Un peu comme au cinéma

Jonas le requin mécaniqueParfois, les stars de cinéma très âgées finissent leurs jours dans des maisons de retraite. C’est ce qui arrive à Jonas. Il a pourtant été une énorme star, son premier film avait battu les records avec plus de 100 millions de dollars de recettes. Ensuite, il avait enchaîné les succès… jusqu’à la dégringolade. Et Jonas ne peut pas jouer des rôles très différents… c’est un requin-robot de sept mètres. Alors il finit ses jours chez Monsterland où, avec des momies, fantômes, vampires et autres monstres il fait peur à un public venu rechercher des frissons. Seulement Jonas vieillit de plus en plus et tombe de plus en plus souvent en panne. Le directeur du parc décide de s’en débarrasser. Heureusement que Krokzilla a tout entendu et a décidé d’aider Jonas à fuir. Jonas part donc pour l’océan, et c’est le début d’une très grande aventure.
Quel bonheur de retrouver la plume grinçante et poétique de l’auteur du Yark. On jubile devant le ton gentiment acerbe de cet hommage aux monstres de cinéma. Tout comme dans le Yark, on a l’impression de lire un livre d’horreur pour enfants (une femme est en train de nager et elle se fait dévorer une jambe par Jonas, on verra ensuite que c’est une comédienne et que c’était une jambe en plastique) et l’on prend énormément de plaisir à lire un conte aussi loin des histoires mièvres dont on abreuve les enfants en permanence. C’est certainement ça la force de Bertrand Santini, faire des livres pour enfants sans prendre ceux-ci pour les créatures naïves amatrices d’histoires de princesses nunuches et petits lapins roses. Nos enfants ne sont pas des bisounours et ça, Bertrand Santini l’a compris ! Les parents se régaleront aussi des clins d’œil qui leur sont destinés (les références cinématographiques, mais aussi un discours assez anticlérical). On pense, forcément (d’autant qu’il est cité), à Pinocchio, mais aussi, et surtout à A.I., le film de Spielberg écrit par Kubrick.
Quand Bertrand Santini écrit pour les enfants un hommage au cinéma d’horreur, les parents comme les enfants prennent énormément de plaisir.

La drôle d'évasion1965 : trois prisonniers s’évadent de la prison dont personne ne peut s’évader, Alcatraz. Personne ne les a jamais retrouvés.
2014 : Zach, un jeune garçon passionné par l’histoire des trois prisonniers a réussi à convaincre ses parents d’aller en vacances à San Francisco. Son but ? Profiter de l’étourderie (et le mot est faible) de son père pour rester sur l’île où se trouve la célèbre prison après une visite. Ensuite, il refera le chemin qu’ont fait les illustres gangsters, il s’évadera à son tour ! Seulement, Zach ne savait pas du tout dans quoi il allait être entraîné…
C’est difficile, une nouvelle fois, de vous résumer La drôle d’évasion de Séverine Vidal, car l’auteur nous amène là où l’on ne pensait pas aller… et je déteste gâcher les surprises ! Mais je peux vous dire qu’on passe un excellent moment à la lecture de ce roman drôle et plein de suspense ! On tremble pour Zach, on est pressé de savoir la suite, de connaître le dénouement… mais on rit aussi du côté Pierre Richard du père, des annotations en bas de page (et l’humour du texte est accentué par les dessins de Marion Puech).
Un roman d’aventures, drôle et plein de suspense parfaitement adapté aux jeunes lecteurs (à partir de 8 ans d’après l’éditeur).

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué des ouvrages de Bertrand Santini (Le Yark et L’étrange réveillon), Séverine Vidal (Le petit dodophobe en 27 leçons, Wilo et Mi, la légende de La Grise, Nestor, maudits mercredis, Les bruits chez qui j’habite, Huit saisons et des poussières, J’aime mes cauchemars, Méga-Loup, Fées d’hiver, Billie du bayou, le banjo de Will, Billie du bayou, SOS Garp en détresse, Noël à l’endroit, Mon secret rit tout le temps, 55 oiseaux, Prune et l’argent de poche, Une girafe un peu toquée, Bad Lino, L’œil du pigeon, Au pays des vents si chauds, Petit Minus, Le laboureur de nuages & autres petits métiers imaginaires, La grande collection, Mon papa est zarzouilleur, Clovis & le pain d’épices, Rien qu’une fois, Philo mène la danse, Plus jamais petite, Comment j’ai connu papa, Arsène veut grandir, Lâcher sa main, Rouge Bitume, Comme une plume, J’attends Mamy, Roulette Russe tome 1 Noël en juillet, Je n’irai pas, Léontine, princesse en salopette, Mamythologie, On n’a rien vu venir, Du fil à retordre, Prune, tome 1 : La grosse rumeur, Prune, tome 2 : Le fils de la nouvelle fiancée de papa, Prune, tome 3 : Prune et la colo d’enfer, 5h22, Les petites marées et La meilleure nuit de tous les temps) et Marion Puech (Trop facile la musique !). Retrouvez aussi notre interview de Séverine Vidal.

Jonas, le requin mécanique
Texte de Bertrand Santini, illustré par Paul Mager
Grasset Jeunesse
12,90 €, 150×210 mm, 112 pages, imprimé en France, 2014
La drôle d’évasion
Texte de Séverine Vidal, illustré par Marion Puech
Sarbacane dans la collection Pépix
9,90 €, 140×210 mm, 153 pages, imprimé en Italie, 2014.

Esther, Olympe, Leïla, Lyuba et les autres

D’hier ou d’aujourd’hui, les filles sont à l’honneur dans la chronique du jour.

Surtout ne prends pas froidEsther est au Vélodrome d’Hiver. Elle écrit à son père. Nous sommes le 17 juillet 1942, Esther est juive. Après il y aura le camp de Pithiviers, il y aura encore des lettres, les lettres d’Esther, celles de sa mère et quelques rares lettres de son père. Puis le silence.
C’est en s’inspirant de la vraie histoire de Marie Jelen et de la correspondance qu’elle a eue avec son père, qu’Isabelle Wlodarczyk a écrit ce magnifique et poignant roman épistolaire, Surtout ne prends pas froid (superbe titre extrait d’Avec le temps de Léo Ferré). On y voit la guerre à travers le regard innocent d’un enfant. Le roman ne parle pas directement d’atrocités commises pendant cette époque, les enfants peuvent le lire sans être traumatisés. En fin d’ouvrage, on retrouve, comme d’habitude dans cette collection, une partie documentaire extrêmement intéressante. On y parle des rafles, de la déportation, des camps et de Marie Jelen.
Un très beau roman pour ne pas oublier.

OlympeLiberté, égalité Olympe de Gouges de Gouges va être guillotinée. Elle marche vers la mort sous les huées de certains et les acclamations d’autres et elle se souvient de ceux qui ont marqué sa vie : son père, sa mère, ses amours, ses amis, son fils… Celle qui a rédigé la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne et qui a défendu les noirs à une époque où c’était mal vu, va mourir exécutée.
Liberté, égalité, Olympe de Gouges est un magnifique ouvrage, un portrait d’une figure du féminisme à portée des plus jeunes. Chaque chapitre nous parle donc d’une des personnes qui ont marqué sa vie, alors qu’elle va mourir elle se souvient d’eux. Une très bonne façon d’en savoir plus sur cette femme importante de l’Histoire et sur cette époque.

LeïlaLe cahier de Leïla (de l’Algérie à Billancourt) a dû quitter son Algérie natale pour venir rejoindre son père en France. Elle le vit plutôt bien, sa mère moins. Leïla rencontrera quand même le racisme, la bêtise de certaines personnes, son parcours ne sera pas toujours facile, mais Leïla est persuadée qu’elle sera docteur.
Le cahier de Leïla, de l’Algérie à Billancourt est un magnifique roman signé Valentine Goby et illustré par Ronan Badel, sorti dans la collection Français d’ailleurs. On parle ici d’immigration (c’est le principe de cette collection), on suit le parcours d’une jeune Algérienne dans les années 60. Leïla va se rendre compte que certaines personnes ne l’aiment pas du fait de ses origines, que les gens racontent parfois n’importe quoi à propos de son peuple et qu’il faudra garder la tête haute. Les passages avec sa mère sont absolument magnifiques, la mère est d’ailleurs le plus beau « rôle » du livre !
En fin d’ouvrage, on retrouve un dossier pédagogique très bien fait.
Superbe petit roman sur une jeune Algérienne qui arrive en France et découvre notre beau pays… pas toujours très accueillant.
Le même vu par Bric a book et par Les lectures de Liyah.

SortiLYUBA OU LA TETE DANS LES ETOILES dans la même collection (Français d’ailleurs chez Autrement), Lyuba ou la tête dans les étoiles, Les Roms, de la Roumanie à l’Île-de-France nous parle d’une jeune rom et de sa vie en Île-de-France. Sa vision de la France, la vie de ses parents, de sa famille. Entre rêves et espoirs, entre les étoiles et la réalité. Là encore un très joli roman écrit par Valentine Goby et illustré par Ronan Badel, ici également complété par une partie documentaire.

OnElles ont réalisé leur rêve termine avec un grand et bel ouvrage sorti chez De La Martinière Jeunesse, Elles ont réalisé leur rêve de Philippe Godard et Jo Witek. On y trouve cinquante portraits de femmes célèbres, de Diane Arbus aux sœurs Williams en passant par Isadora Duncan, Patti Smith, Simone Weil, Maria Montessori ou Florence Arthaud.
Magnifiques photos, maquette aérée, encadrés… c’est un ouvrage extrêmement riche et pourtant facile à lire, jamais rébarbatif. On pense à une maquette magazine. On y apprend des tas de choses sur ces 50 femmes qui ont marqué l’Histoire d’une façon ou d’une autre. Et même si l’on n’est pas là pour « apprendre », on va se régaler avec ces vies de femmes, des histoires que l’on nous raconte. Pour chacune, on rappelle dans un encadré le contexte, l’époque dans laquelle elles ont vécu. On trouve aussi des citations, des idées de choses à lire, à voir, à écouter.
Un très bel ouvrage à offrir aux jeunes filles… et aux jeunes garçons !

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué des ouvrages d’Isabelle Wlodarczyk (Léo et Célestin, Sur mon arbre perché et La petite disparue), Ronan Badel (Le carnet secret de Timothey Fusée, La bonne humeur de Loup GrisDragons père et fils, Billie du bayou, le banjo de Will, Billie du bayou, SOS Garp en détresseHenri ne veut pas aller au centre de loisirs, Cucu la praline se déchaîne, Emile se déguise, Bob le loup, Émile veut une chauve-souris, Émile est invisible, Émile fait la fête, Émile veut un plâtre, La mémé de ma mémé, Tout ce qu’une maman ne dira jamais et Le pépé de mon pépé), Jo Witek (Ma boîte à petits bonheurs, Mauv@ise connexion, Un jour j’irai chercher mon prince en skate et Le ventre de maman) et de Philippe Godard (La toile et toi). Retrouvez aussi nos interview d’Isabelle Wlodazczyk et de Jo Witek.

Surtout ne prends pas froid
d’Isabelle Wlodarczyk
Oskar dans la collection Histoire et Société
8,95 €, 145×190 mm, 54 pages, imprimé en Europe, 2014.
Liberté, égalité, Olympe de Gouges
de Catherine Le Quellenec
Oskar dans la collection Histoire et Société
9,95 €, 145×190 mm, 70 pages, imprimé en Europe, 2014.
Le cahier de Leïla, de l’Algérie à Billancourt
de Valentine Goby, illustré par Ronan Badel
Autrement dans la collection Français d’ailleurs
4,95 €, 125×78 mm, 64 pages, imprimé en Espagne, 2014.
Lyuba ou la tête dans les étoiles, Les Roms, de la Roumanie à l’Île-de-France
de Valentine Goby, illustré par Ronan Badel
Autrement dans la collection Français d’ailleurs
4,95 €, 125×78 mm, 64 pages, imprimé en Espagne, 2014.
Elles ont réalisé leur rêve
Textes de Philippe Godard et Jo Witek
De La Martinière Jeunesse
21,50 €, 192×255 mm, 221 pages, imprimé en France, 2014.

À part ça ?

Le guide de l'édition jeunesse 2015Le guide de l’Edition Jeunesse 2015 est paru ! Depuis 12 ans, ce guide remplace la chance et le hasard. On y trouve des tas de conseils, que l’on soit auteur, illustrateur ou tout autre métier de l’édition. Des conseils artistiques, techniques ou sur la façon de démarcher les éditeurs, un catalogue de maisons d’édition (avec leurs spécificités), d’auteurs, d’illustrateurs, mais aussi des prix littéraires, des sites internet, des salons… En fin d’ouvrage, on trouve même des petites annonces ! Bref si vous cherchez quelque chose sur l’édition jeunesse, il y a de grandes chances que vous le trouviez dans Le guide de l’Edition Jeunesse 2015 !
Plus d’infos : http://leguidedeleditionjeunesse.com.

Gabriel

Les invité-e-s du mercredi : Stéphane Servant et Fanny, institutrice (+ concours)

Aujourd’hui, c’est une grande interview que nous vous proposons. Stéphane Servant a accepté de répondre à mes questions, et elles étaient nombreuses (j’aurai même pu continuer longtemps). J’espère que vous prendrez autant de plaisir que moi à le lire nous parler du Cœur des louves, de son travail et de lui-même. À la suite de cette interview, l’un de vous pourra gagner le roman Le cœur des louves dont nous parlons beaucoup dans cette interview, grâce aux éditions du Rouergue. Ensuite, on a rendez-vous avec Claire, maîtresse de CM1-CM2 dans le Finistère, pour un nouveau Dans la classe de. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Stéphane Servant

Stéphane ServantParlez-nous de votre parcours
La ligne de force, c’est l’enfance.
L’enfance, je la redécouvre quand, à côté de mes études, je travaille comme traducteur dans un institut mettant en relation des thérapeutes anglophones et des parents d’enfants atteints de troubles autistiques sévères.
Ces familles et ces enfants me bouleversent. Comment être au monde quand on est cadenassé en soi ? Quand les mots ne suffisent pas à relier deux êtres. Quand les mots n’existent pas pour dire ce qui brille pourtant à l’état brut — joie, peine, abattement, colère — de façon si violente parfois qu’on s’en trouve démuni et blessé.
Je quitte alors la fac avec ce désir idéaliste, cette prétention démesurée : tendre la main à ces enfants-là, leur donner une voix.
Je rate le concours d’entrée en école d’éducateur, je travaille comme animateur en milieu scolaire et associatif, avec les mômes on fait du roman-photo, de la poésie, de la danse, je m’indigne souvent de la place faite aux enfants, du peu de considération de ce qu’ils sont et de la voix qu’ils portent, je m’engage dans l’éducation populaire, je vais conter dans les cours de récré, je donne des cours de cirque, je programme des spectacles, je fais des collages, je joue dans une troupe de théâtre de rue,…. je cherche un chemin, au plus près de l’enfance.
Et durant tout ce temps, j’écris. Pas spécialement sur l’enfance. J’écris parce que j’aime écrire. J’écris parce que j’aime lire. J’écris presque par gratitude : Sartre, Kafka et Cortazar m’ont maintenu la tête hors des flots de l’adolescence. Les mots ont le pouvoir de consoler et d’interroger le monde, alors j’écris.
Un jour où je travaille dans une bibliothèque scolaire, je découvre Le voyage d’Oregon de Rascal et Louis Joos et je suis subjugué. Je réalise qu’en associant un texte de fiction à une écriture graphique, on peut parler de tout aux enfants, même à ceux qui ne savent pas lire, même à ceux qui ne comprennent pas tout, avec intelligence et sensibilité, loin de tout didactisme.
Alors, à partir de ce jour-là, j’écris pour l’enfance, j’écris sur l’enfance.
Un matin de rentrée scolaire, idée saugrenue, je mets un texte dans une enveloppe et je l’envoie à un éditeur.le gros goûter
La réponse mettra quelques mois à arriver.
Et elle sera négative.

Depuis il y a eu beaucoup de oui puisque vous avez sorti une trentaine d’ouvrages en moins de 10 ans !
Eh bien, entre ce premier envoi et le premier « oui », quelques années ont passé.
J’ai travaillé mon écriture, encore et encore.
Parce que l’écriture d’album est une écriture de l’économie. Une écriture sur le fil.
Comment dire beaucoup avec peu ? Comment laisser toute sa place à l’image ? Comment dialoguer avec elle ? À quelle hauteur d’enfance se place-t-on ? On ne résout pas ces questions si facilement, et je ne suis toujours pas certain d’avoir les bonnes réponses.
À cette époque-là, j’ai eu la chance de bénéficier du regard bienveillant de Cécile Emeraud, alors éditrice au Rouergue.
Elle m’a souvent dit : « Je ne publierai pas ce texte-là. Mais continuez à écrire, il y a quelque chose dans votre écriture, persévérez, ça vaut le coup. »
J’ai suivi ses conseils et les premiers albums ont vu le jour en 2006, non pas au Rouergue, mais chez Didier jeunesse, Rue du Monde et Où sont les enfants ?
Depuis, effectivement, d’autres textes sont devenus des livres. Des livres plus ou moins réussis. Mais qui témoignent certainement de qui j’étais au moment où je les ai écrits, de ma façon de voir le monde à ce moment-là, de mes interrogations, de mes maladresses, de mes engouements, et, toujours, d’une écriture en chantier.

Le coeur des louvesC’est d’ailleurs au Rouergue que vous avez sorti l’année dernière le marquant Le cœur des louves, un roman qui m’a personnellement beaucoup touché. Comment est née l’idée de ce roman ?
À l’automne 2010, je devais être accueilli en résidence à Marseille. J’y allais avec un projet de roman très urbain.
Et puis la résidence n’a pu se faire mais j’avais tout de même envie de ce temps d’écriture, loin de chez moi.
Alors j’ai loué une maison dans un village des Pyrénées. Je me suis installé là durant un mois sans vraiment savoir ce qu’il allait se passer.
J’ai pris le temps de découvrir le village, la montagne, les habitants, l’histoire et les légendes de cette vallée. J’ai noué des liens très forts avec des gens qui m’ont ouvert leur porte, qui m’ont raconté leur quotidien. J’ai marché, de jour, de nuit, sur les sentiers des forêts alentour.
Mon imaginaire s’est enrichi des hommes et des paysages et un récit a peu à peu émergé.
Bien entendu, j’ai modelé cette matière de façon à éclairer différemment ce qui est au cœur de chacun de mes romans : la liberté, l’oppression, la difficulté à communiquer, la transmission entre les générations, le vivre ensemble, la famille, la folie, la marginalité.
Au bout d’un mois, j’avais entre les mains une ébauche de texte qui ne fonctionnait pas du tout.
Et je n’arrivais pas à savoir pourquoi. Alors j’ai rangé ce texte dans le tiroir des livres avortés, pensant que j’arriverai à en faire le deuil, que je passerai à autre chose assez rapidement.
Mais ça n’a pas été le cas. Toutes mes tentatives d’écriture échouaient. Ce récit m’obsédait. J’étais dans une impasse.
Un an après, au salon de Lorient, je suis en dédicace à côté de l’illustratrice Julia Chausson. Julia me montre son projet en cours : un magnifique travail de gravure à partir du conte du Petit chaperon rouge. Et, en voyant ces images, je comprends alors pourquoi mon récit ne fonctionne pas. C’est une évidence : mon personnage principal n’est pas un garçon comme je l’avais cru dans un premier temps. Comme dans le conte livré par Perrault, il y a trois générations de femmes et quelque chose court entre ces trois générations. Mon personnage principal sera donc une jeune fille. C’est, en quelque sorte, la naissance de Célia.Boucle D'ours
Dès lors, j’ai repris le texte, j’ai substitué la jeune fille au garçon, et la pelote de l’histoire a enfin pu se dérouler…

Le roman est d’ailleurs un superbe hommage aux femmes, les hommes de l’histoire n’ont pas vraiment le beau rôle…
C’est vrai. Et pourtant ce n’est pas un roman féministe comme on me l’a parfois dit.
Les personnages du roman, qu’ils soient masculins ou féminins, sont tous appelés à jouer un rôle. Et par rôle, j’entends une façon de se mouvoir, de parler, de penser, exactement comme dans une pièce de théâtre. Comme si le village dans lequel se déroule le roman était une scène et ses habitants des acteurs.
Des hommes il est attendu une force, une rudesse, une violence, presque. Des femmes, a contrario, la douceur et la soumission. Ce sont des archétypes et tous sont obligés de s’y conformer.
Au cours du récit, un certain nombre d’évènements font tomber les masques. Les acteurs laissent apparaître leur vraie nature : certains, comme Tonio ou Thomas, tentent de détourner les yeux, d’autres, comme Tina, se dérobent au regard des spectateurs. Les valeurs sont renversées. La cohésion du village bouleversée. La violence des hommes mais aussi celle des femmes, sera la seule voie pour retrouver un peu de stabilité. Et ceux qui pensaient échapper à cette mise en scène étouffante en se réfugiant à l’extérieur de la communauté, que ce soit Thomas, Tina ou la Quimette, ont malgré tout un rôle à endosser : celui des marginaux, ceux qui rappellent à tous le prix à payer pour avoir osé contester les règles.
Le machinJ’ai voulu ce village un peu comme une miniature de notre société où, quand le récit collectif s’effiloche, quand les mots sont vidés de sens, il ne reste que la peur. Et on le constate tous les jours : la peur engendre la violence et en premier lieu à l’endroit des plus faibles.
Finalement, le seul personnage à assumer pleinement sa nature et ses choix, le seul à se confronter aux autres, est Andreas, le fils de Thomas. C’est peut-être le personnage le plus fort du roman même si, évidemment, le récit est porté par des voix de femmes.

D’ailleurs Andréas est homosexuel, et c’est le seul homme qui justement n’est pas un homme « mauvais » ou lâche.
Effectivement. Andréas est un personnage qui aurait toutes les raisons de fuir ce village : la violence de son père, son homosexualité, son activité artistique atypique.
Et pourtant il fait le choix de vivre là. Parce qu’il considère qu’il fait partie de la communauté, au même titre que les autres.
Ce qui m’intéressait dans ce personnage, c’est de donner à voir l’inverse de l’archétype masculin. Andréas le clame calmement : on peut exister autrement. Autrement, c’est à Le masquedire en étant soi-même. En délaissant le rôle qui nous a été attribué. À la violence de son père, il oppose la compassion. Il vit sa sexualité librement, sans se soucier du regard des autres. Quand les garçons de ce village n’imaginent pas d’autre choix que de travailler à la scierie, lui invente son propre métier : il fabrique des encres et des papiers végétaux pour des livres d’artistes.
Ce que je veux dire, c’est que l’homosexualité ne résume pas le personnage, mais qu’elle sert à renforcer son côté atypique.
Cette liberté d’être et de penser, Andréas l’a développée au contact de Tina. Sans trop en dire, Andréas sert également à éclairer autrement le personnage de Tina. Cette femme qui, sur la fin de sa vie, s’est peut-être rendue compte que sa dureté et son indépendance farouche l’avaient amenée à se couper de tous, et en premier lieu de sa fille Catherine et de Célia. Elle sait que la mort viendra bientôt, elle sait le poids du silence, d’où cet impérieux désir de transmission. Et Andréas était le seul à qui elle pouvait se livrer car il a réussi là où elle avait échoué à vivre librement.
Une dernière chose sur le personnage d’Andréas : Tout au long du roman, l’univers du village vacille. Les hommes s’en aperçoivent à peine mais le monde est en mouvement : les mines ferment, la scierie est amenée à disparaître, les enfants s’en vont. Malgré tous leurs efforts, malgré toute l’inertie, le monde change. Et Andréas est peut-être le seul à l’avoir compris. Par exemple, à l’exploitation forcenée des ressources de la terre, Andréas lecrafougna_couverturepréfère la symbiose. Il s’adapte, il trouve une nouvelle façon d’exister, pour lui mais aussi pour la communauté et, j’en suis convaincu, nous devrons passer par là si nous voulons continuer à vivre ensemble. Nous existons au monde individuellement et nos individualités ne doivent pas servir à réduire le monde mais au contraire à l’enrichir.

C’est un roman extrêmement riche dont nous pourrions parler des heures, c’est aussi un roman social car on y parle, comme vous le dites, des mines et de la scierie qui ferment et donc des ouvriers qui se retrouvent sur le carreau mais pendant ma lecture quelque chose me taraudait, je me suis demandé à plusieurs reprises en quoi c’était un roman « jeunesse », vous êtes-vous aussi posé la question ?
Non, je ne me suis pas posé la question.
Quand j’écris un texte destiné à devenir un album, je pense toujours au lecteur, à l’enfant qui va le découvrir seul ou qui l’écoutera, à l’adulte qui va le lire à haute voix. Je joue sur la langue, les niveaux de lecture, le symbolisme…
Quand j’écris un roman, j’écris. Le lecteur qui s’emparera de ce texte est lointain, indéterminé. Il n’a pas d’âge, pas de sexe.
D’ailleurs, c’est quoi un roman « jeunesse » ?
Un roman initiatique ? Un roman d’aventures ? Un roman avec une happy end ? Un roman qui simplifie ? Un roman qui parle des jeunes d’aujourd’hui ? Un roman qui parle la langue des jeunes d’aujourd’hui ?
Honnêtement, je n’en sais rien.
En tant que lecteur, je suis venu à la littérature par des textes publiés en littérature générale. Il n’existait pas de collection « ado ». Aujourd’hui, je lis avant tout pour me nourrir, et peu m’importe l’étiquette ado ou adulte des romans.
Bon, bien entendu, on peut construire un « pur » roman jeunesse. Il y a des recettes, des modes, des codes. On peut les appliquer comme on applique une règle de trois (même si je doute du résultat car je n’ai jamais été très doué en maths). Et avec une bonne dose de marketing, on peut espérer écouler quelques dizaines de milliers d’exemplaires.
Mais ce n’est plus de la littérature parce qu’il n’y a plus de sincérité.
cheval oceanQuand j’écris un roman, j’écris. En faisant confiance à l’intelligence et la sensibilité du lecteur, qu’il ait vingt ou soixante ans. Point.
Je pourrais m’arrêter là. Mais ce ne serait pas tout à fait franc.
Parce que oui, je me suis posé la question : « est-ce que ce texte a sa place dans une collection jeunesse ? »
Mais cette question est venue a posteriori.
Nous nous la sommes posée avec mon éditrice Sylvie Gracia. Nous avons consulté des libraires. Et un choix a été fait.
Je ne sais pas si c’était le bon, je ne sais pas si c’était le meilleur.
Le Cœur des louves a été soutenu par la presse à sa sortie, Jean-Claude Mourlevat l’a défendu pour les Pépites à Montreuil, le roman est sélectionné pour le Prix Farniente en Belgique dans la catégorie jeunes adultes mais c’est une réalité : il existe difficilement dans les prix littérature ado (et on sait tous que les prix sont pour beaucoup dans la vie d’un livre). On l’écarte parce que trop dur, trop cru, trop complexe.
À tel point qu’on m’a dit que c’était un faux roman pour adolescents. Que le Rouergue s’était trompé dans son choix.
Et de l’autre côté, celui de la littérature générale, l’étiquette « ado » suffit à rebuter la plupart des lecteurs. Le Salon du livre de Bron et les Cafés littéraires de Montélimar ont été les seuls à mettre le roman en avant… en passant un peu sous silence le nom de la collection DoAdo….
Depuis la parution du Cœur des louves, de nombreux libraires et des bibliothécaires m’ont dit leur trouble : sur quel rayonnage placer cet objet ?
La vérité c’est que je n’en sais rien.
Je fais ce que je peux : j’écris.

Que lisiez-vous quand vous étiez enfant et adolescent ?
J’ai grandi avec très peu de livres autour de moi.
À l’heure de la sieste, une de mes grands-mères me lisait régulièrement un vieux recueil des contes de Grimm et de Perrault.
ban-bennett-anthony-buckeridge-L-1Plus tard, une cousine me fait découvrir la bibliothèque verte, et notamment Anthony Buckeridge avec la série Bennet.
Comme je passe beaucoup de temps seul, sans copains autour de moi, la bibliothèque municipale devient mon coffre aux trésors. J’adore Roald Dahl et Pierre Gripari que je dévore. Et tout l’univers de la BD, Tintin et Astérix, forcément, puis ensuite Fred et Bilal (quelle chance, les BD « adultes » ont atterri dans les bacs « jeunesse » !).
Au collège, notre prof de français nous ouvre les portes du CDI une fois par semaine. Elle nous demande de choisir un livre. Au hasard des rayonnages, je rencontre Julio Cortazar avec Les armes secrètes. Et je crois que c’est à ce moment-là que je réalise la magie de la littérature.
Dès que j’ai un peu d’argent, je cours à la librairie. Acheter un livre, le posséder, pouvoir corner les pages, lire et relire, le garder près de soi, rien ne me fait plus plaisir, comme s’il y avait un vide à combler. Alors je pioche au hasard des étagères et des présentoirs. Je n’ai aucune référence, aucune culture. Je me fie à mon instinct. La nausée de Sartre marquera mon entrée dans l’adolescence. Kafka, Lautréamont, Baudelaire, Lovecraft m’accompagneront tout du long…

Pouvez-vous nous dire quelques mots de Chat par-ci, chat par-là, votre dernier roman ?
C’était un peu un défi d’écrire ce texte-là.Chat par-ci
Je n’ai pas de souci pour faire le grand écart entre l’album et le roman ados/adultes.
Mais le territoire qui se trouve entre les deux est pour moi un mystère…
J’y ai tenté quelques incursions avec La cabane sur le toit chez Rue du Monde et Le loup sous le lit chez Oskar, dans la collection dirigée par Thierry Lenain.
Pour autant, ce n’est vraiment pas une écriture que je porte en moi.
J’ai découvert la collection Boomerang du Rouergue avec le roman Mon frère est un cheval d’Alex Cousseau. J’adore l’écriture d’Alex et j’ai été ébloui par la façon qu’il avait eu de s’emparer des contraintes de la collection (deux récits tête-bêche qui se complètent et se répondent) pour démultiplier la force de son univers.
J’ai mis un certain temps à oser me lancer. J’avais pourtant les éléments de l’histoire en tête : Une vieille dame acariâtre. Un jeune garçon timide. Deux solitudes. Un chat indépendant qui relie tout ce petit monde. De l’humour. Des quiproquos. De la poésie. Mais je n’arrivais pas à commencer… Et puis, suite à une discussion avec Alex, j’ai compris que ces contraintes pouvaient devenir un terrain de jeu et l’histoire s’est déroulée sans difficulté. Je crois que c’était la première fois que je rigolais autant en écrivant !

Pour finir, pouvez-vous nous parler de vos projets ?
C’est toujours un peu délicat de parler des livres qui n’existent pas encore tout à fait (c’est mon côté superstitieux, certainement).
Ce que je peux dire, c’est qu’au second semestre 2015, paraîtra chez Didier jeunesse un album intitulé Cinq minutes et des sablés. Il sera illustré par Irène Bonacina. C’est Nos beaux doudousune histoire qui raconte la vieillesse, la solitude et comment la vie peut retrouver sa saveur avec quelques gâteaux… (très proche du propos de Chat par-ci/chat par-là, finalement)
En 2015, j’entame également une toute nouvelle collaboration avec les éditions Thierry Magnier. J’ai écrit un texte pour une illustratrice dont j’aime, forcément, l’univers et l’album devrait sortir en fin d’année. Mais ça reste encore top-secret.
Nous réfléchissons aussi avec Ilya Green à une nouvelle création commune. Ilya a un travail de plasticienne très singulier qui m’intéresse beaucoup et qui pour l’instant est resté dans l’ombre. Ce n’est que le tout début d’une réflexion, on ne sait pas si ça aboutira, mais l’envie est là.
Enfin, du côté des romans, je travaille depuis plusieurs mois sur un texte que j’inscris dans la continuité du Cœur des louves de par les motifs évoqués. Avec une forme sensiblement différente puisque j’ai voulu un récit moins dense, plus linéaire, presque onirique, à hauteur d’enfance. On ne sait jamais, il se pourrait qu’il voie le jour à l’automne prochain…

Bibliographie sélective :

  • Chat par-ci/chat par-là, roman, Le Rouergue (2014).
  • Cheval océan, roman, Actes Sud Junior (2013).
  • Le gros goûter, album illustré par Cécile Bonbon, Didier Jeunesse (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Nos beaux doudous, album illustré par Ilya Green, Didier Jeunesse (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Le cœur des louves, roman, Le Rouergue (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Boucle d’Ours, album illustré par Laëtitia Le Saux, Didier Jeunesse (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Le loup sous le lit, roman illustré par Benoît Morel, Oskar (2012)
  • Le crafougna, album illustré par Anne Montel, Didier Jeunesse (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • Le masque, album illustré par Ilya Green, Didier Jeunesse (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • La culotte du loup, album illustré par Laëtitia Le Saux, Didier Jeunesse (2011).
  • Ti Poucet, album illustré par Ilya Green, Rue du monde (2009)
  • Le machin, album illustré par Cécile Bonbon, Didier Jeunesse (2007), que nous avons chroniqué ici.

Retrouvez Stéphane Servant sur son blog : http://stephaneservant.over-blog.com.

Concours
Comme je vous le disais avant cette interview, l’un de vous va avoir la chance de gagner un exemplaire du magnifique roman de Stéphane Servant Le cœur des louves, grâce aux éditions du Rouergue. Pour participer, dites-moi, en commentaire quel est le dernier roman qui vous a particulièrement marqué, un roman qui vous a beaucoup plu. Je tirerai au sort parmi vos réponses, vous avez jusqu’à mardi, 20 h ! Bonne chance à tous.


Dans la classe de… Fanny

Régulièrement, un-e instituteur-trice nous parle de livres de sa classe. Ouvrages qu’il-elle aime lire aux élèves, ouvrages que ses élèves aiment particulièrement, livres du moment ou éternels… Les maître-sse-s connaissent bien la littérature jeunesse, nous leur donnons la parole (et si vous voulez être un des prochains invités envoyez-nous un mail à danslaclassede@lamareauxmots.com). Cette semaine, c’est Fanny qui nous parle des livres de sa classe. Fanny est maîtresse de CM1-CM2 dans le Finistère.

Dans une classe comme dans la vie, tout le monde n’a pas les mêmes goûts, et heureusement. Les livres que je vais vous présenter ici ont toutefois remporté un certain succès dans ma classe de CM1-CM2, dans des genres bien différents.

Histoires comme ça  Rudyard Kipling.« Histoires comme ça » de Rudyard Kipling.

Dans le genre contes des origines (on dit « étiologiques »), Kipling est remarquable : il conte pour sa fille des histoires farfelues — mais auxquelles on croirait volontiers — qui expliquent pourquoi le léopard a des tâches, comment le chameau acquit sa bosse (la faute à un Djinn qui n’aimait pas les fainéants), ou encore comment la première lettre fut inventée au Néolithique (!)

Pour les enfants, l’aspect farfelu des ces explications est très drôle, et certains font même semblant d’y croire…

Pour l’enseignant, le vocabulaire et la structure sont riches, et bien sûr on ne pourra s’empêcher de faire écrire aux enfants un nouveau conte des origines !

Léon Walter Tillage« Léon » de Léon Walter Tillage.

C’est l’autobiographie d’un Noir américain né en 1936, qui nous raconte avec beaucoup d’émotion et de pudeur son enfance et son adolescence, marquées par les discriminations que subissaient les Noirs dans le sud des États-Unis, quelques dizaines d’années après la fin de la guerre de Sécession.

Les élèves s’identifient facilement à Léon enfant, et sont à la fois captivés et révoltés par ce qu’il vit.

Ils découvrent aussi l’Histoire dans l’histoire, avec Martin Luther King et ses marches pacifistes, et touchent du doigt le long combat pour les droits de l’Homme que l’on a dû mener, et que l’on doit encore mener aujourd’hui. À 10 ans, ils ont la lutte contre les injustices chevillée au corps !

« Léon » est un bon point de départ pour qui voudrait aborder les droits de l’enfant ou de l’homme, le racisme ou les discriminations en général.

Il permet aussi l’étude du genre autobiographique.

Une version sur CD existe également.

Un tueur à ma porte« Un tueur à ma porte » d’Irina Drozd.

C’est l’histoire de Daniel, un jeune garçon de 12 ans qui souffre de cécité provisoire. Il va être le témoin auditif d’une agression en bas de chez lui, et bien que Daniel n’ait pu voir le tueur, celui-ci l’ignore, et va vouloir se débarrasser de ce témoin gênant…

Ce livre est un bon récit policier pour des CM1-CM2, les enfants ont fait tout au long de la lecture de nombreuses hypothèses sur la suite, ils étaient impatients de la découvrir ! L’histoire est enrichie d’une histoire d’amitié un peu compliquée, comme celle que peuvent connaître des enfants de cet âge (« il m’a piqué mon amoureux… »)

La lecture est assez facile au niveau du vocabulaire et de la syntaxe, mais le rapport entre les personnages demande à être explicité.

Petits et gros animaux cartonnés

Aujourd’hui, je vous présente deux albums : un tout petit et un très grand ! Deux belles façons de découvrir les animaux !

imagier_animaux_du_monde_couv_546 x 350À la montagne, dans le désert, dans la savane, dans la jungle, en Afrique, en Amérique, sous l’océan, les animaux sont partout ! Certains sont connus, d’autres plus rares. On en trouve des noirs, des blancs, des colorés, des poilus,… Certains volent, d’autres nagent, d’autres encore courent !
C’est tout cette variété que nous propose de découvrir Ole Könnecke avec Le grand imagier des animaux du monde. Pour chaque double-page, on suit un groupe de petites souris en voyage et on découvre un joli paysage et tous les animaux qu’on peut y croiser. J’aime énormément les imagiers, les grands livres à observer, et celui-ci est particulièrement réussi. Les illustrations sont claires, simples mais suffisamment détaillées et on se régale à parcourir encore et encore ce grand album cartonné et joliment relié !
Un livre pour voyager sans bouger de chez soi !

petites bêtes et gros animaux

Entre la souris et la baleine, il y a une sacrée différence de taille ! Et entre les deux, on trouve entre autres la grenouille, le renard, le crocodile, le loup ou l’éléphant.
Ce sont tous ces animaux (et quelques autres, disséminés de manière plus discrètes au fil des pages) que l’on découvre dans Petites bêtes et gros animaux, un album cartonné pour les petites mains avec des découpes de pages originales. Ainsi on a une petite page à la taille de la souris, et un très grande à celle de la baleine. Pour chaque espèce, Madeleine Deny nous livre une petite info facile à comprendre pour les plus jeunes. Les illustrations de Peggy Nille occupent l’espace, colorées, et pleines de vie (on a l’impression que les animaux nous surveillent avec leurs grands yeux).
Simple et beau, voilà un album cartonné original et attrayant !

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué d’autres livres d’Ole Könnecke (Bravo !, Anton et le cadeau de Noël, Anton et les rabat-joie et Il l’a fait !), Madeleine Deny (La grande course, La tétine de Kouki, C’est trop bon ! spécial Régions, En piste les dés !) et Peggy Nille (Perce-Neige et les trois ogressesLily cherche son chat, Mon cher petit coeur, La Princesse Optipois, Le petit oiseau au grain de blé, Le voleur de lune, Le Petit Chaperon Rouge, Les amoureux du ciel, Le nom du diable et Contes d’un autre genre). Retrouvez également notre interview de Madeleine Deny et notre interview de Peggy Nille.

Le grand imagier des animaux du monde
d’Ole Könnecke
L’école des loisirs 
12,20 €, 260 x 340 mm, 20 pages, imprimé en Malaisie, 2014.
Petites bêtes et gros animaux
Texte de Madeleine Deny, illustré par Peggy Nille
Tourbillon 
10,99 €, 204 x 140 mm, 12 pages, imprimé en Chine, 2014.

Marianne

De beaux ouvrages

Créatures légendes & mystèresUn monstre marin vivant dans un lac en Écosse qui va aider un vieil homme, deux bûcherons qui vont rencontrer une femme des neiges au Japon, un enfant dont la mère est une selkie (jeune femme qui se transforme en phoque), un Islandais capturé par un troll, un Indien enlevé par l’oiseau-tonnerre, un vieux Breton se cachant de l’Ankou, des gremlins farceurs et bien d’autres personnages encore, bienvenue dans l’univers de Créatures de la collection Légendes & mystères.
Muriel Zürcher ne se contente pas de nous raconter les légendes de personnages plus ou moins célèbres (en plus de ceux cités plus haut on trouvera le monstre de Frankenstein, la bête du Gévaudan, le Yéti, Dracula, le Golem, le dragon, la licorne et un bateau fantôme, le Hollandais volant), elle met en scène ces histoires. Dans les nouvelles qui composent le recueil, chaque fois ces personnages sont au cœur d’une intrigue entièrement créée par l’auteur. Comme dans le précédent ouvrage de cette collection (Paris, légendes et mystères, chroniqué ici), chaque histoire est accompagnée d’une double page pour mieux connaître la légende évoquée (dans une très jolie mise en page, comme si on lisait des articles de vieux journaux).
Quinze créatures de légende, pour faire frissonner les jeunes lecteurs, réunies dans un très beau recueil, le genre d’ouvrage parfait pour faire un beau cadeau.

UnHistoires avant bien dormir âne à qui l’on avait prédit qu’il finirait en manteau et qui cherchait une solution pour que son destin change, un loup qui apprit à souffler très fort pour être moins violent, un ogre qui aimait les oiseaux et qui partit vivre dans le ciel, des amoureux changés en ours condamnés à vivre dans une forêt, un homme obligé de se remarier avec une femme méchante, un œuf de cygne mis dans un nid de cane… Douze histoires dont la fin vous rappellera le début d’une histoire connue.
Ne vous êtes-vous jamais demandé pourquoi l’âne du roi dans Peau d’âne déféquait de l’or, pourquoi un ogre vit dans les nuages dans Jack et le haricot magique, qu’est-ce qui fait qu’un loup puisse souffler aussi fort dans Les trois petits cochons, pourquoi il y a un génie dans la lampe d’Aladin, comment un cygne est arrivé dans une famille canard dans Le vilain petit canard… Vincent Malone répond à ces questions !
Histoires avant de bien s’endormir est un ouvrage réjouissant (si on met de côté quelques réflexions sexistes). On y découvre donc les préquelles de douze classiques. Écrites dans une forme des plus classiques (la plume de Vincent Malone est ici magnifique), ces histoires sont annotées de petites remarques complètement décalées. Chaque récit est découpé en courts chapitres régulièrement conclus par des phrases du genre « Mais si tu veux jouer avec les génies, commence par passer une bonne nuit », « Nous irons voir bientôt d’où provenait cette lumière, mais pour l’heure file dans ton lit ! »… incitant l’enfant à dormir.
Un ouvrage totalement réjouissant, un bel objet à garder longtemps. Un futur classique !

UnGrimm contes choisis chat qui survécut à un renard un peu trop sûr de lui, une jeune fille que sa marâtre et ses deux sœurs surnommaient Cendrillon qui rencontra un prince, des voyageurs qui tentèrent de s’approprier la lune, une sœur qui tenta de sauver ses frères transformés en cygnes, une poule qui mourut d’avoir mangé une noix, une jeune femme sans mains qui se maria avec un roi, un chat et une souris qui firent un bien mauvais ménage… et treize autres histoires.
Textuel édite une magnifique version des contes des frères Grimm illustrés par Yann Legendre. Des illustrations modernes et pleines de couleurs qui font un peu penser à Lichtenstein et qui donnent un souffle nouveau à ces contes classiques.
L’objet est absolument magnifique avec sa tranche argentée, son beau papier, ses illustrations magnifiquement mises en valeur.
Un superbe ouvrage très graphique pour relire les célèbres contes de Grimm.
Des extraits sur le site de l’illustrateur.

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué des ouvrages de Muriel Zürcher (Toile de dragon, Ça déménage au 6B, Série Livranimo, Cro-magnonLe tourneur de page, T.3 Au-delà des temps, Le gang des gigoteurs, Le voleur de lunettes, Papa Yaga, Krok Mais, Le tourneur de page, tome 2 : Vers l’inconnu, Le tourneur de page – T1 : Passage en outre-monde et La perle volée), de Karim Friha (Paris, légendes & mystères), de Vincent Malone (Mon ami le zombie, Kiki est kaki, Kiki a un kiki, Kiki en Amérique, La grande petite bibliothèque de Rose et Émile, Kiki kiffe l’écolePapa Houêtu, Maman HoutuvaKiki fout le camp, Kiki King de la banquise, Kiki fait caca et Quand papa était petit il y avait des dinosaures), de Jean-Louis Cornalba (Kiki est kaki, Kiki a un kiki, Kiki en Amérique, Kiki kiffe l’école, Kiki fout le camp, Kiki King de la banquise et Kiki fait caca) et les Frères Grimm (Tom Pouce, Les musiciens de Brême, Le vieux Cric Crac, Le voleur de lune, Les musiciens de Brême, L’homme à la peau d’ours, Tom Pouce, Le petit chaperon rouge, Blanche Neige, Hansel et Gretel et Hans la chance). Retrouvez aussi notre interview de Muriel Zürcher.

Créatures
Textes de Muriel Zürcher, illustrés par Karim Friha
Graine² dans la collection Légendes & mystères
18,50 €, 195×279 mm, 155 pages, imprimé en Belgique, 2013.
Histoires avant de bien dormir
Textes de Vincent Malone, illustrés par Jean-Louis Cornalba
Seuil Jeunesse dans la collection L’ours qui pète
18 €, 188×257 mm, 192 pages, imprimé en Espagne, 2014.
Grimm contes choisis
Textes de Jacob et Wilhelm Grimm (traduits par José Corti), illustrés par Yann Legendre
Textuel
29 €, 200×235 mm, 208 pages, imprimé en Chine, 2014.

À part ça ?

BibliomanePuisqu’on parle de beaux ouvrages… Les éditions Bibliomane ont la très bonne idée de rééditer de très vieux ouvrages jeunesse avec un respect scrupuleux de l’édition originale (dos toilé et même doubles pages vierges entre chaque double page imprimées avec l’empreinte des presses, comme à l’époque). Le moulin à paroles (1890) et Le cirque à la maison (1893) vont réjouir les amateurs de vieux livres. Dans la première histoire, il est question d’une petite fille qui parle trop et dans la seconde d’un petit garçon qui veut reconstituer le cirque qu’il a vu pour sa petite sœur. Les enfants de 2014 apprécieront ces deux histoires au charme d’antan, tout comme les parents vont admirer les belles planches.
Allez absolument en voir plus ici et .
Le moulin à paroles et Le cirque à la maison, vignettes par Lorentz Froelich, textes par P.-J. Stahl, Éditions Bibliomane, 12,50 € chacun, imprimés en Italie.

Gabriel