Chacun fait ce qu’il lui plait !

Aujourd’hui, on fait comme on le sent et comme on en a envie !

le grand bateau de grand oursGrand Ours a donné à Petit Ours son bateau dans lequel il commençait à se sentir à l’étroit. Du coup, il entreprend de se construire une nouvelle embarcation.   Il est très heureux de sa réalisation mais chacun de ses amis y va de son petit commentaire. Et si on mettait une voile ? Un pont ? Une cabine ? Ce ne sont pas de mauvaises idées, mais au final, Grand Ours n’est pas vraiment satisfait ! Ce n’est pas ce qu’il veut ni ce qu’il avait imaginé. Et s’il prenait le temps de s’écouter ? De faire comme bon lui semble ? Après tout c’est son bateau, sa vie, ses rêves !
Faire en fonction de ses envies et pas de celles des autres, voici le message porté par cette belle histoire ! Eve Bunting propose un texte à la fois simple et beau et les illustrations de Nancy Carpenter sont pleines de douceur et de tendresse. On a envie de faire comme Grand Ours : tenir compte de l’avis de ses amis, c’est bien, mais il faut veiller à ne pas aller contre ses propres idées, et prendre le temps, dans un monde qui va toujours plus vite, de s’écouter parfois un peu égoïstement.
Le grand bateau de Grand Ours est un bel album pour apprendre aux enfants à ne pas se laisser influencer et à affirmer leurs choix personnels !

Le garcon qui voulait se déguiser en reinePour Carnaval, Nino voudrait se déguiser en reine. Son père, Aby sa grande sœur, sa mère, tout le monde veut l’en dissuader. Selon eux c’est impossible parce qu’il est un garçon. Mais c’est sans compter sur la ténacité de Nino, qui va prouver à toute sa famille qu’il a bien le droit de faire comme bon lui semble et qu’il n’y a aucune règle en la matière ! Il ira au bout de son idée, en démontant les préjugés sur la question. Et finalement, personne ne s’en portera plus mal !
Quelle belle histoire ! Le garçon qui voulait se déguiser en reine est un album qui se bat contre les clichés sexistes, et met à l’honneur le libre choix et l’indépendance ! Après tout, Nino ne fait de mal à personne et il a bien raison de faire comme bon lui semble en matière de déguisement. Dans une ambiance carnavalesque que l’on retrouve autant dans le texte d’Elsa Valentin (huuum les bugnes !) que dans les illustrations très colorées de Sandra Desmazières, voici une histoire au message fort !
Un album pour combattre les préjugés dans la bonne humeur et avec le sourire !
Vous pouvez feuilleter cet album sur le site des éditions L’initiale.

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué un autre livre d’Eve Bunting et Nancy Carpenter (Le petit bateau de Petit Ours).

Le grand bateau de Grand Ours
Texte d’Eve Bunting, illustré par Nancy Carpenter
Pastel
10,50 €, 212 x 212 mm, 36 pages, imprimé en Belgique, 2014.
Le garçon qui voulait se déguiser en reine
Texte d’Elsa Valentin, illustré par Sandra Desmazières
L’initiale
12 €, 200 x 200 mm, 24 pages, imprimé en France, 2014.

Marianne

Houuuuuuuu !!!!

Loup et fantômes, aujourd’hui on a peur !

Y'a un louuuuhouu !Ron… Zzz ! une petite fille dort quand Oouuuuh ! Ouuuhouu ! un loup entre dans la chambre, bien décidé à terroriser la fillette. Seulement, voilà, pour lui faire peur faudrait qu’elle se réveille, le loup s’époumone… et voilà que le cauchemar sort de sous le lit. Ça ne fait pas son affaire, à lui ! Si le loup la réveille, lui ne pourra plus lui faire peur. Le loup a la solution, il avale ce gringalet et il reprend ses hurlements… sauf que maintenant c’est le cauchemar de la mamie qui s’en mêle…²
Difficile de résumer Y a un louuuuhouu ! d’André Bouchard tant l’histoire est complexe, tant les rebondissements sont nombreux (et il a même un twist final !). À tel point que je trouve d’ailleurs la couverture assez peu cohérente avec l’histoire. Mais quel bonheur ! J’avais beaucoup aimé le ton décalé de L’abominable sac à main, on retrouve ici cet humour mordant. Les enfants se régalent autant que les parents avec ces situations tantôt grotesques, tantôt teintées d’humour noir.
Un très bel album plein d’humour sur la peur et les cauchemars.

DesCa n'existe pas choses qui disparaissent, d’autres qui se déplacent… c’est certainement un coup des fantômes ! Sauf que Violette n’y croit pas, elle voit une explication rationnelle dans tous les événements qui ont lieu. C’est le chien, le chat, les souris… mais les fantômes, ça n’existe pas !
Ah si Violette voyait ce qui se cache un peu partout… nous, si nous on ouvre l’œil, on les voit ces fantômes ! Car en plus de l’humour de l’album, on peut s’amuser à tous les chercher. Les illustrations sont très jolies avec un côté un peu rétro, et l’objet est beau avec sa couverture non vernie et son beau papier.
Un très joli livre, plein d’humour… avec des fantômes !

EtAu Secours un Fantôme Farceur puisqu’on parle de fantômes, un nouveau dans la collection Au secours ! d’Orianne Lallemand c’est toujours une bonne nouvelle ! Après le loup tout poilu, la sorcière au nez crochu, l’ogre glouton et le monstre gluant, ici c’est le fantôme farceur que l’on cherche en soulevant des flaps… et à force de chercher, forcément, on va le trouver !
C’est toujours aussi drôle et toujours aussi bien fait, décidément on aime vraiment beaucoup cette collection !

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué des livres d’André Bouchard (L’abominable sac à main, Avant quand y avait pas l’école et Quand papa était petit il y avait des dinosaures), d’Orianne Lallemand (Let’s go to school with Jenny and Jack !Let’s play with colours with Jenny and Jack !, La Princesse Optipois, Le loup qui changeait de couleurLe loup qui fêtait son anniversaire, Sur les remparts de Saint-MaloLe loup qui n’aimait pas NoëlLes chaussettes de GaspardAu secours ! Un ogre gloutonP’tit loup rentre à l’écoleAu secours ! Une sorcière au nez crochuAu secours ! Un loup tout poilu et Pestouille et Jolicoeur) et Roland Garrigue (Mille milliards de fourmis, Mon gros dico des monstres à ratatinerAu secours ! Une sorcière au nez crochu, Comment ratatiner les cauchemars, Comment ratatiner les méchants et  Ah ! Si j’étais président).

Y a un louuuuhouu !
d’André Bouchard
Seuil Jeunesse
13,50 €, 295×265 mm, 40 pages, imprimé en Belgique, 2014.
Ça n’existe pas !
d’Ella Bailey (traduit par Vanessa Rubio-Barreau)
Gallimard Jeunesse
13,50 €, 230×270 mm, 32 pages, imprimé en Belgique chez un imprimeur éco-responsable, 2014.
Au secours ! Un fantôme
Texte d’Orianne Lallemand, illustré par Roland Guarrigue
Nathan dans la collection Au secours !
14,90 €, 190×290 mm, 16 pages, imprimé en Malaisie, 2014.

À part ça ?

cram cram !On quitte les fantômes, les loups et les cauchemars… et l’on file au Népal avec notre ami Cram Cram !, le magazine jeunesse qui voyage ! On vous en parle à chaque numéro, car on adore cette super revue sans pub qui fait découvrir aux enfants les pays du monde (grâce à des familles françaises qui y vivent ou qui y ont voyagé pendant une longue période) et des tas d’autres choses. Dans ce nouveau numéro on fait la connaissance de la famille Manalou qui a vécu un an au Népal, en camping-car et a même fait de petits concerts dans les écoles. Nourriture locale, habitants, géographie, animaux, religion, traditions… nos explorateurs en herbe vont apprendre plein de choses sur ce pays et sur l’Himalaya. Ensuite, on va rencontrer le lophophore, lire une histoire de yéti (puis en savoir plus sur cette légende), Grand-Père Daniel va nous proposer de jouer au chamane népalais en fabriquant notre casse-tête (une sorte de tambour) et enfin trouver des idées créatives et une recette de bonbecs ! On adore Cram Cram ! et c’est encore un super numéro… vivement le prochain !
Cram Cram ! n° 28, 5,90 €.
Commander ce numéro de Cram Cram ! (ou d’autres) ou même s’abonner : http://www.cramcram.fr.

Gabriel

Apprivoiser un loup et dessiner des dragons

toile de dragonThong-Li aime dessiner. Avec un bâton de bois, il dessine dans la poussière, mais ses dessins s’effacent, ce qui le rend triste. Un jour, un mendiant lui échange, contre un poisson, un bâton d’encre, une pierre pour l’écraser, un fin pinceau, et un conseil : veille à ne pas tracer les limites de ta liberté. Mais l’enfant n’a pas de support pour exercer son art, il va pourtant en trouver un : des toiles d’araignée. Et parce qu’il peint divinement sur un support aussi fragile, l’empereur va le faire venir à lui où il devra exercer son art… ou avoir la tête tranchée !
Mais quelle merveille… Tout d’abord avec les planches de Qu Lan dont la plupart sont à tomber par terre ! Le grand format de l’album les met particulièrement en valeur, nos yeux se régalent. Ensuite dans le texte extrêmement poétique de Muriel Zürcher. C’est un auteur que j’aime particulièrement et je pense qu’elle signe ici son plus beau texte. Elle parle ici de l’art, de la liberté, de la beauté de la nature, de la folie de ceux qui veulent tout s’approprier.
Un album absolument magnifique dont vous risquez de tomber amoureux.
Des extraits qui finiront de vous convaincre.

LeDans les yeux du loup loup hurle, une jeune fille approche. Elle est venue pour le tuer. Elle veut ramener sa tête à son père pour qu’il soit fier d’elle, pour qu’elle soit aussi importante que ses frères à ses yeux. Mais si elle gagnait la confiance de l’animal elle le ramènerait entier et vivant, ce serait encore plus impressionnant…
C’est dans les yeux de la jeune fille que le loup va savoir qui elle est, c’est dans les yeux du loup que la jeune fille va savoir qui il est. Difficile de résumer cet album très poétique. On y parle d’amitié, d’amour d’une fille pour son père, père qui ne lui donne pas l’amour qu’elle attend de lui et qui préfère ses fils. On pense bien sûr aux contes (surtout lorsque l’héroïne parle de sa belle-mère), on pense aussi à Féroce de Jean-François Chabas et David Sala. Les illustrations d’Aurélia Fonty sont comme toujours somptueuses.
Un très bel album plein de poésie avec un beau message sur l’amitié.

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué des ouvrages de Muriel Zürcher (Ça déménage au 6B, Série Livranimo, Cro-magnonLe tourneur de page, T.3 Au-delà des temps, Le gang des gigoteurs, Le voleur de lunettes, Papa Yaga, Krok Mais, Le tourneur de page, tome 2 : Vers l’inconnu, Le tourneur de page – T1 : Passage en outre-monde et La perle volée),de Qu Lan (Le chat bonheur, Le rossignol et l’empereur de Chine) et d’Aurélia Fronty (L’Enfant, le jaguar et le feu, La Belle et la Bête, Raja, Princesse Yong Hee et la perle de la nuit, Comptines de rose & de safran, Le roi de la montagne en hiver, Un jour grand-père m’a donné un ruisseau et Une si belle entente). Retrouvez aussi notre interview de Muriel Zürcher.

Toile de dragon
Texte de Muriel Zürcher, illustré par Qu Lan
Picquier Jeunesse
13,50 €, 256×382 mm, 40 pages, imprimé en Chine, 2014.
Dans les yeux du loup
Texte d’Agnès Laroche, illustré par Aurélia Fronty
Kilowatt
12,90 €, 196×267 mm, 26 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2014.

À part ça ?

Un spécial cinéma aujourd’hui, avec un film sur les écrans et deux DVD.

La légende de ManoloManolo et Joaquim aiment la même fille, Maria. Manolo est un doux rêveur, Joaquim aimerait devenir un guerrier. Mais La Muerte et Xibalba, qui règnent sur les royaumes des morts, aiment les paris et chacun va parier sur l’un des deux en disant que c’est son favori qui épousera Maria. Seulement, Xibalba est un tricheur…
C’est difficile de résumer ce magnifique film sans trop vous dévoiler l’intrigue (qui est d’ailleurs bien trop racontée partout à mon goût !), mais donc on parle de la légende des morts au Mexique, c’est rythmé, coloré et plein d’humour (mais ça fait aussi un peu peur… je le déconseille aux trop petits).
Esthétiquement réussi, La légende de Manolo c’est surtout un super film qui casse les clichés : la fille n’est absolument pas passive (et pas du tout attirée par le plus costaud), le futur torero n’a aucune envie de tuer… Au-delà de la réussite d’un point de vue technique, c’est typiquement le genre de films que j’ai envie que mes enfants voient (loin des disniaiseries). Et très franchement, les adultes ne s’ennuient pas une seconde !
Un super bon film à voir en salle !
Le site (avec la bande annonce et plein d’autres choses encore : http://www.lalegendedemanolo-lefilm.com.

dvd FolimômesOn adore le studio Folimage, on vous en a parlé régulièrement. Quelle bonne idée ils ont eu de proposer un DVD regroupant 10 de leurs courts métrages ! pour la plupart ce sont des bijoux ! La chose perdue (primé aux oscars), Bisclavret, Nikita le tanneur, Le petit garçon et le monstre… Il sera ici question d’éléphant qui veut un vélo, de flocon de neige qui chamboule une vie, de vie de chien, de monstre-ami venu de l’eau, du divorce des parents… Et c’est un régal !
Visuellement, c’est généralement très beau, les histoires sont pleines de poésie et de tendresse (mais jamais mièvres).
On est fans !
Plus d’infos sur le DVD Folimômes ici.

La sorcière dans les airsOn vous avait parlé de La sorcière dans les airs (ici) au moment de sa sortie en salle, voici qu’il sort en DVD ! Un court métrage génial, par les créateurs du Gruffalo ! Ici, il est question d’une sorcière un peu trop généreuse qui va se faire des amis et va devoir affronter un dragon ! C’est drôle, plein de tendresse, il y a du suspense et même la voix de Pierre Richard ! On adore !
Niveau bonus, une mise en scène théâtrale par l’auteur du livre, Julia Donaldson et un making of du court métrage.
En plus du DVD, on trouve une version DVD + livre (format réduit) dans un fourreau violet (chez Gallimard).
Bande annonce : https://www.youtube.com/watch?v=oM-ofpC_tFk&.

Gabriel

Les invité-e-s du mercredi : Isabel Finkenstaedt et Thomas Gornet (+ concours)

Le grand public connaît les auteurs et les illustrateur-trice-s des livres, parfois, mais rarement les éditeur-trice-s. Pourtant sans eux-elles, sans leurs choix, sans leur travail avec les auteurs, il n’y aurait pas d’aussi bons livres en librairie. À La mare aux mots nos aimons vous les présenter, vous les faire connaître. Généralement, nous choisissons d’interviewer ceux-celles que nous avons rencontré-e-s et avec qui nous avons sympathisé, Isabel Finkenstaedt en fait partie. Alors qu’elle doit être bien occupée par sa belle maison, elle est toujours accessible, par mail ou en vrai. Quand on va chez Kaléidoscope, on est toujours bien accueilli. J’avais envie de vous faire connaître cette éditrice passionnante et passionnée… et si chaleureuse. À la suite de cette belle interview, je vous propose de tenter de gagner le très beau recueil qui vient de sortir pour les 25 ans de Kaléidoscope. Ensuite, nous partirons en vacances avec un auteur que nous aimons beaucoup, Thomas Gornet. Bonne semaine à vous !


L’interview du mercredi : Isabel Finkenstaedt

Isabel FinkenstaedtParlez-nous de votre parcours.
Pour commencer, je n’avais aucune intention de travailler dans l’édition : je me voyais plutôt patronne de restaurant. J’aurais un mari cuisinier et ensemble nous régalerions notre clientèle amie de mets délicieux dans notre restaurant unique et chaleureux…
Après mon bac littéraire, je me suis donc inscrite à Ferrandi, l’école Française de gastronomie qui est aujourd’hui rue de l’Abbé Grégoire. J’y suis restée deux ans, j’ai d’abord passé un CAP de commis de cuisine, et l’année suivante un CAP de commis de salle. J’étais vraiment déterminée et je me suis totalement investie, mais six ans plus tard, l’évidence était là, ce métier ne voulait pas de moi. Non seulement mon prince charmant cuisinier ne se présentait pas, mais mes exigences de qualité me dirigeaient vers des restaurants gastronomiques où la brigade était 100 % masculine, les brimades en tout genre malgré des journées de 14 heures non-stop, ont eu raison de ma passion, mon avenir n’était pas dans la restauration.
C’est alors que mon père, éditeur, m’a proposé d’être « scout » pour la maison américaine, William Morrow. C’était un travail rêvé pour une fervente lectrice comme moi, je lirais tout ce qui sortait en France et j’enverrais les meilleurs romans à la maison d’édition new-yorkaise. Hélas, là non plus, la sauce n’a pas vraiment pris (les Américains sont très frileux quand il s’agit d’acheter des droits, tout était « too French »). Mais je suis quand même allée à New York pour un « summer job » l’été de mes 24 ans. Là, j’ai fait la Elmerconnaissance de Susan Hirschman, grande éditrice de livres pour enfants chez Greenwillow — et elle m’a proposé de revenir travailler pour elle l’été suivant. Je suis donc rentrée à Paris avec des albums et des romans jeunesse sous le bras – que j’ai dévorés.
Tout en continuant de travailler pour mon père, je me suis mise en quête d’un stage dans l’édition enfantine à Paris (je ne voulais pas arriver totalement ignorante chez Greenwillow – et je n’y connaissais franchement rien en matière de littérature enfantine !) et c’est Catherine Deloraine chez Flammarion Jeunesse qui a accepté de me prendre sous son aile. Et dans la foulée, comme elle n’aimait pas voyager, elle m’a demandé de la représenter au salon du livre de jeunesse à Bologne.
Une fois mon stage chez Flammarion Jeunesse terminé, j’ai intégré la fabuleuse équipe de Greenwillow où je suis restée deux ans. Puis je suis revenue en France en 1983 et Catherine Deloraine m’a proposé un poste d’éditrice assistante à ses côtés.

Cet élan est à moiEt donc il y a 25 ans vous créez Kaléidoscope, pourquoi avez-vous eu envie de créer votre propre maison d’édition ?
Je suis restée chez Flammarion Jeunesse pendant 5 ans. Nous y avons publié essentiellement des auteurs anglais ou américains et non des moindres, John Burningham, William Steig, Anthony Browne
En 1988, le Père Castor et Flammarion Jeunesse ont été réunis sous une même direction, et mes compétences de chercheuse de nouveaux talents étrangers n’étaient plus vraiment sollicitées. Quelle serait ma prochaine étape ? Londres ? J’ai appelé mon ami Klaus Flugge chez Andersen Press (éditeur de Ralph Steadman, David McKee et Tony Ross entre autres) – qui m’a dit « Fais comme moi, monte ta propre maison ! » « Ha ! » « Mais si, je t’assure, tu as les contacts, les compétences, il te suffit de trouver un diffuseur ! Je serai même actionnaire ! » Triple « Ha ! ».
De nature, je suis une pragmatique. Mais là, j’avoue que je suis rentrée à la maison (c’était un vendredi 2 décembre), et que j’ai passé le week-end à jouer avec les chiffres. Et à additionner les noms d’auteurs devenus amis au fil du temps. Est-ce qu’ils voudraient me suivre dans l’aventure ?
Le lundi je suis allée à la librairie Chantelivre acheter des cartes de vœux dessinées par Anthony Browne et je suis tombée sur mon ami Michel Gay, qui s’est enthousiasmé pour Sans le Ale projet et qui en a parlé à Arthur Hubschmid et c’est vraiment ainsi que Kaléidoscope est né.
D’un mélange de chance, d’amitié et d’opportunité.

Aujourd’hui, comment définiriez-vous Kaléidoscope ?
Nous avons choisi la devise : « lire, rire, grandir (des albums pour accompagner la petite enfance) ». C’est certainement notre objectif.
Nous n’avons pas toujours une réponse ou une solution aux questionnements d’un enfant, mais nous nous rappelons tellement bien notre propre enfance, nous espérons vivement que nos albums pourront aider ceux qui les lisent à se sentir moins seuls dans leurs émotions, et parfois même à en rire. Car l’enfance est un moment souvent effrayant. Le nombre d’expériences nouvelles et déroutantes est immense et souvent l’adulte, interrogé, répond que tout ça n’est pas grave, « tu comprendras plus tard. » « Non ! Maintenant ! » vous répondra la petite Isabel qui, forte de ses 30 ans d’expérience, choisit les publications avec son émotion de fillette de 5 ans.

J’ai remarqué autour de moi que souvent les gens associent Kaléidoscope à l’école des loisirs, alors que l’école des loisirs n’est que votre diffuseur ! C’est quelque chose qui vous énerve ?
Nous serions bien ingrats ! Nous avons une relation fabuleuse avec notre diffuseur – qui n’a pas son pareil en France pour trouver les meilleurs marchés pour nos albums.La vague
Mon père me disait qu’un excellent éditeur avec une mauvaise diffusion n’avait aucune chance de survie alors qu’un éditeur médiocre avec une bonne diffusion avait potentiellement une longue vie devant lui.
Alors un excellent éditeur (soyons modestes !) avec une excellente diffusion ?!
Nous n’avons qu’une chose à dire à l’école des loisirs : MERCI !
(Et tant pis si les uns ou les autres pensent que nous appartenons à l’école des loisirs… il est des filiations plus terribles !)

Cette année, pour fêter vos 25 ans, vous sortez un magnifique recueil regroupant 25 titres sortis ces 25 dernières années, comment s’est fait ce choix des titres ?
Nous sommes trois chez Kaléidoscope et nous travaillons de façon très collégiale. Alors quand nous a été soufflée l’idée de publier une anthologie, nous nous sommes amusées à Va-t'en, Grand Monstre Vert !faire chacune une liste d’albums « incontournables » en y glissant nos coups de cœur plus personnels.
Il a fallu écarter tous les titres avec trous (Va-t’en Grand Monstre Vert) ou rabats (plusieurs titres d’Emily Gravett par exemple), et comme nous nous sommes arrêtées au nombre 25, certaines de nos histoires préférées ne font pas partie de l’anthologie. Mais qui sait, peut-être publierons-nous un autre recueil un jour ?
En attendant, nous nous sommes beaucoup amusées et nous espérons surtout avoir honoré tous ces merveilleux auteurs et illustrateurs qui nous accompagnent parfois depuis nos débuts, et font la richesse de notre catalogue.

Ensuite il y aura Montreuil, je crois que vous préparez quelques belles surprises, vous pouvez nous en dire quelques mots ?
Outre nos auteurs français qui viendront signer sur notre stand, Anthony Browne et Emily Gravett ont aussi accepté de venir cette année.
Sinon il y aura une rencontre avec Geoffroy de Pennart le vendredi 28 novembre. prosper Et le lundi, je participe à une table ronde autour de la question « Littérature de jeunesse, 10e Art ? » Enfin, l’après-midi, nous prévoyons une présentation de Kaléidoscope autour de l’album de notre quart de siècle, Kaléidoscope d’histoires.

Que peut-on vous souhaiter pour les 25 prochaines années ?
Une bibliothèque française forte, une librairie indépendante et solide, un paysage éditorial diversifié et créatif – et PLEIN de nouveaux talents de tous horizons.

Nos dernières chroniques d’ouvrages Kaléidoscope :

  • Elmer de David McKee (traduit par Élisabeth Duval) (1989), que nous avons chroniqué ici.
  • L’anniversaire de Michaël Escoffier et Kris di Giacomo (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • À calicochon d’Anthony Browne (1986), que nous avons chroniqué ici.
  • Moi méchant méchant d’Alessandro Sanna (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Qu’est-ce que je m’ennuie de Christine Naumann Villemin et François Soutif (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Bonne nuit petit monstre vert d’Ed Emberley (traduit par Elisabeth Duval) (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Sinon…! d’Alice Bassié et Sylvain Diez (2009), que nous avons chroniqué ici.
  • Le Grand Livre des Bêtes d’Emily Gravett (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Jérémy dessine un monstre de Peter McCarty (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Dis papa, est-ce que les dinosaures sont morts ? de Julie Middleton (traduit par Elisabeth Duval) et Russell Ayto (2013), que nous avons chroniqué ici.

Le site de Kaléidoscope : http://www.editions-kaleidoscope.com.

Concours :
Un Kaléidoscope d'histoiresComme je vous le disais avant cette interview, grâce à Kaléidoscope je vais pouvoir offrir à l’un de vous le très beau recueil sorti à l’occasion des 25 ans de la maison, Kaléidoscope d’histoires. On y trouve notamment Mon singe et moi, Guili Lapin, À poil(s), Le Gentil P’tit Lapin, Perdu ? Retrouvé, Elmer… 25 albums complets ! Un bien bel ouvrage à l’édition soignée. Pour participer au tirage au sort, dites-moi en commentaire quel est votre album préféré chez Kaléidoscope (et si vous n’en avez pas dites-moi lequel vous tenterai le plus !). Vous pouvez vous aider de leur site. Je tirerai au sort parmi vos réponses. Vous avez jusqu’à mardi 20 h, bonne chance à tous !


En vacances avec… Thomas Gornet

Régulièrement, je pars en vacances avec un artiste (je sais vous m’enviez). Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais moi j’adore partir comme ça avec quelqu’un, on apprend à le connaître notamment par rapport à ses goûts… cet artiste va donc profiter de ce voyage pour me faire découvrir des choses. On emporte ce qu’il veut me faire découvrir. On ne se charge pas trop… 5 de chaque ! 5 albums jeunesse, 5 romans, 5 DVD, 5 CD, sur la route on parlera aussi de 5 artistes qu’il veut me présenter et c’est lui qui choisit où l’on va… 5 destinations de son choix. Cette fois-ci, c’est Thomas Gornet qui s’y colle, merci à lui !
Allez en route !

5 albums jeunesse

  • Jérôme par coeurTout contre Léo de Christophe Honoré
  • Une soirée au théâtre avec monsieur catastrophe John S. Goodall
  • Marcellin Cailloux de Sempé
  • Si un jour… de Malika Doray
  • Jérôme par cœur de Thomas Scotto et Olivier Tallec

5 romansPoint de côté

  • Point de côté de Anne Percin
  • Blonde de Joyce Carol Oates
  • La faute de l’abbé Mouret de Émile Zola
  • Dream Boy de Jim Grinsley
  • Le château de Kafka

5 DVD

  • Qu'est-il arrivé à Baby Jane ?Sunset Boulevard de Billy Wilder
  • Dark Crystal de Jim Henson
  • What ever happened to Baby Jane ? de Robert Aldrich
  • Miracle of life de Douglas Sirk
  • Le tombeau des lucioles de Isao Takahata

5 CD

  • B.O de Exotica (Atom Egoyan) de Mychael DannaBlanc Zbigniew Preisner
  • B.O de Blanc (Krzysztof Kieslowski) de Zbigniew Preisner
  • Concerto pour piano No.23 de Mozart
  • B.O de Twin Peaks (David Lynch) de Angelo Badalamenti
  • B.O de Trouble every day (Claire Denis) de Tindersticks

5 artistes

  • Stanley Kubrick
  • Roman Polanski
  • David Lynch
  • Franquin
  • Et je ne sais pas qui a fait ça (Der Lauf der Dinge)

5 destinations

  • La piscine de Hofsos en Islande Piscine Hofsos
  • Une forêt de châtaigniers près de Saint Avit Rivière en Dordogne (24)
  • La Bibliothèque Francophone Multimédia de Limoges (87)
  • Un restaurant indien de Hong Kong
  • La friterie près de la mairie de Croix (59)

Thomas GornetThomas Gornet est auteur.

Bibliographie :

Retrouvez Thomas Gornet sur son blog : http://thomasgornet.blogspot.fr.

Coeurs de pères

Aujourd’hui, je vous présente deux albums coup de cœur, qui mettent les pères à l’honneur !

papa îleBetty et Jean-Louis seront bientôt parents. Pour Jean-Louis, c’est encore un peu abstrait : quel père sera-t-il ? Comment être un super papa ? Jouer au foot, plonger, bricoler, très peu pour lui… Mais Betty a sa petite idée : elle sait quel père il sera ! Un papa-île, un papa-cheval, un papa-avion…
Que de douceur et d’émotion dans cet album ! J’ai envie de l’offrir à tous les futurs ou jeunes papas de mon entourage !
Papa-île est une magnifique histoire, à la fois simple et belle, comme je les aime…  Emile Jadoul rend hommage aux pères et c’est une réussite ! Pas de fioritures, pas de niaiseries, mais des mots forts et des illustrations qui donnent le sourire. Un sourire attendri et ému.
Un album fort et simple, un coup de cœur !

La piscineNager, sauter, plonger, le tout sous le regard admiratif de son papa qui a pris du temps alors qu’il est débordé, c’est fantastique ! Mais pourquoi est-ce que ça passe si vite ? Alors qu’une heure peut parfois être si longue dans d’autres circonstances… C’est la subjectivité du temps !
Nadia Roman a un véritable talent pour raconter le quotidien. Avec La piscine, j’ai eu l’impression d’avoir de nouveau cinq ans et de passer un moment à la piscine municipale, le dimanche matin. Tout y est, des yeux qui piquent à cause du chlore aux cheveux qui fouettent le visage, en passant par le maillot qui rentre dans les fesses quand on plonge. Et dans le même temps, il y a énormément d’émotion qui se dégage de cette histoire : le temps précieux et partagé, l’admiration des enfants pour leurs parents, la douceur des petits moments du quotidien… Les illustrations d’Amélie Falière, colorées et à l’air un peu rétro, nous plongent (sans mauvais jeu de mots) au cœur de cette belle histoire !
Voici un album qui donne envie de profiter et de prendre le temps, même quand ça paraît un peu difficile !

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué d’autres livres d’Émile Jadoul (Canaille fête son anniversaire, Ça sent bon la maman, Comme un secret, Canaille a oublié son doudou, Canaille ne veut pas aller à l’école, Canaille va chez le docteur, Canaille n’aime pas la soupe, Mon bonnet, Les mains de papaÀ l’eau, Hourra, Aglagla, Tout le monde y va, Gros pipiÀ la douche et À la folie) et Amélie Falière (Moi je, Le petit-déjeuner et Qu’est-ce qui mijote dans ma marmite à mots ?). Retrouvez également notre interview d’Émile Jadoul.

Papa-île
d’Émile Jadoul
Pastel
12,50 €, 208 x 300 mm, 22 pages, imprimé en Italie, 2014.
La piscine
Texte de Nadia Roman, illustré par Amélie Falière
Les éditions du Ricochet
13,70 €, 260 x 263 mm, 30 pages, imprimé en Pologne, 2014.

À part ça ?

Je vous parle souvent de Georges, ce magazine hors du commun, original et joliment illustré.
Georges a besoin de vous pour se développer (et oui, un magazine sans aucune publicité et d’une telle qualité demande un certain investissement financier…) et lance un appel à financements via la plateforme Ulule ! Comme on dit,  « les petits ruisseaux font les grandes rivières »…

Marianne