Avoir un petit sourire en coin…

Mais si vous voyez bien de quoi je parle, j’en suis certaine ! Ce petit sourire en coin qui apparaît quand on est attendri et charmé par un bel album. C’est ce qui m’est arrivé récemment avec ces deux albums !

je t'aimeUne petite fille voudrait inscrire « Je t’aime ! » sur son dessin avant de l’offrir. Mais elle ne sait pas encore écrire. Elle se rend donc chez les voisins. Mais elle n’y comprend rien : Fatima a dessiné un gribouillis, Sayako des signes étranges, et Micha, n’en parlons pas ! Et c’est ainsi à tous les étages…
Ce que cette petite fille ne sait pas, c’est que tous ces drôles de dessins veulent bien dire je t’aime ! En arabe, en grec, en russe, en grec, en tamoul… Toutes les langues ont une manière d’exprimer l’amour !
Avec une histoire simple, tendre et poétique mais pas mièvre, Géraldine Elschner s’intéresse aux alphabets et aux cultures du monde. Et surtout, les illustrations pleines de vie et de douceur de Cécile Vangout, que j’aime décidément beaucoup, donnent beaucoup de relief à ce bel album : dans les appartements, on trouve des indices de la culture des habitants, et les écritures du monde entier sont mises en valeur.
Un très bel album pour dire et écrire Je t’aime ! dans toutes les langues !
Vous pouvez feuilleter quelques pages de l’album sur le site des éditions L’élan Vert.

le loup beautéLe Loup Beauté est passionné par les chaussures. Bottes, bottines et bottillons n’ont pas de secret pour lui. Mais voilà, quand on est un loup, on est plutôt destiné à manger des petits cochons et ouvrir une boucherie. Et autour de lui et dans sa famille, on se moque, on le raille… Difficile de résister à la pression, mais le Loup Beauté tient bon. Écouter son cœur, c’est vivre heureux !
Coup de cœur pour cet album qui encourage à vivre sa vie comme on l’entend, et à cultiver la différence ! Angéline Chusseau nous conte une belle histoire, avec des pointes d’humour et beaucoup de tendresse pour ce loup persévérant. Les illustrations de Mélanie Desplanches m’ont beaucoup plu également, à base de peinture et d’une foule de détails malicieux (en fin d’ouvrage, on a même le droit d’entrer un tout petit peu dans les coulisses de l’illustratrice, un bonus bien trouvé).
Un album pour apprendre à gérer la pression collective et à vivre selon ses propres désirs !
Vous pouvez feuilleter quelques pages de l’album sur le site des éditions Les Minots.

Quelques pas de plus
Nous avons déjà chroniqué d’autres albums de Cécile Vangout (D’où il vient ce gros chagrin ?, Petit Minus, Et tu es né…, Est-ce que vous m’aimerez encore… ?, Lulu et Moussu, Je n’irai pas !, J’attends Mamy et Giga Boy) et Angéline Chusseau (Kalou et le fantôme d’en face). Retrouvez également notre interview de Cécile Vangout.

Je t’aime !
Texte de Géraldine Elschner, illustré par Cécile Vangout
L’élan vert dans la collection Roudoudou
10,20 €, 216 x 216 mm, 24 pages, imprimé en Chine, 2014
Le loup beauté
Texte d’Angéline Chusseau, illustré par Mélanie Desplanches
Les Minots
13,50 €, 240 x 195 mm, 32 pages, imprimé en France, 2014

À part ça ?

Si vous aimez les motifs de la couverture de Je t’aime !, sachez qu’ils sont l’œuvre des tampons de Fabienne Muller, qui possède un site, La Fabutineuse.

Marianne

Le grand retour

C’est le grand retour, que tu l’ veuilles ou non
De celui dont tu maudissais le nom
C’est le grand retour, un peu improbable,
D’un drôle de rôdeur, certes infréquentable,
Mais sympathique en diable

Le grand retour, Alain Chamfort

Et oui nous voilà de retour ! Et pour cette rentrée, j’avais envie de vous parler de quatre coups de cœur que j’ai eus cet été. Une chronique un peu plus longue, donc, mais avec que du bon !

RaphaëlJérôme par coeur aime Jérôme, il le dit d’ailleurs, c’est facile : Raphaël aime Jérôme. Il aime quand il lui tient la main et quand ils se cascadent de rigolade.
Les parents de Raphaël apprécient beaucoup ce jeune garçon bien élevé même si son papa trouve dommage qu’il n’aime pas le football. Pourtant un matin alors que Raphaël parle de son rêve de Jérôme son père s’agace. Mais Raphaël aime Jérôme, il le dit, c’est très facile.

Jerôme pas coeur par Za

Extrait volé au Cabas de Za

Les jours de sortie au musée des tableaux, c’est moi qu’il choisit pour être bien en rang.

C’est pour ça que je l’aime, Jérôme

Ça ne me dérange pas.
Raphaël aime Jérôme.
Je le dis. Très facile

Jérôme par cœur m’a été conseillé par Chloé Marot de Causette (lire son article ici). Et qu’elle a eu raison de me parler de cet album que je ne connaissais pas ! Quelle délicatesse, quelle poésie ! Tant dans le texte de Thomas Scotto que dans les illustrations d’Olivier Tallec. Certains y verront une amitié très forte, d’autres un petit garçon qui aime les garçons sans savoir encore ce que cela implique (lalbum est d’ailleurs dédié au Xavier d’Anne Sylvestre, chanson qui m’a valu de sacrés débats avec un copain sur le thème Xavier est-il homo ou pas).
Raphaël est un rêveur, un garçon légèrement différent des autres qui est bien content d’avoir trouvé Jérôme. Tout simplement magnifique.
Le même vu par Le cabas de Za.

DansCombien de terre faut-il à un homme- l’Ouest sibérien, Pacôme vivait avec sa femme et ses trois enfants. Ce paysan n’était pas riche, mais sa famille mangeait à sa faim. Pourtant il voulait plus, et quand il eut plus il voulut encore plus. Cette envie jamais assouvie le pousse à partir loin, puis encore plus loin, chez les Bachkirs. Là, on lui propose un étrange marché, il aura autant de terre qu’il peut en faire le tour en une journée. Seulement dans son envie d’avoir plus, Pacôme pense à aller le plus loin possible, mais pense peu au retour…

Combien faut-il de terre à un homme ?C’est une magnifique (et tragique) histoire de Tolstoï qu’adapte ici, avec beaucoup de talent, Annelise Heurtier. Un conte russe qui a plus d’un siècle et qui est pourtant tout aussi parlant aujourd’hui. À force de vouloir toujours plus, qu’avons-nous au final ? L’histoire est magnifique et la plume d’Annelise Heurtier est très belle, mais surtout le livre est sublimé par les illustrations de Raphaël Urwiller (un des membres d’Icinori dont nous avions adoré Issun Bôshi). De plus, Thierry Magnier a fait un bien bel ouvrage avec un beau papier épais.
Un bien beau livre, tant sur le fond que sur la forme, pour se rappeler que l’important est de profiter de ce que l’on a plutôt que d’en vouloir toujours davantage.

L’heureLa retraite de Nénette de la retraite a sonné pour Nénette, l’orang-outang du Jardin des Plantes à Paris. Faut dire qu’elle vivait enfermée depuis qu’elle était enfant, il était temps qu’on la laisse partir. On lui dégote donc un petit deux pièces sous les toits à Paris et on lui donne quand même quelques consignes : manger équilibré, faire un peu de sport, prendre ses médicaments pour la tension et nourrir le petit chat. Seulement, Nénette a du mal à suivre tout ça, elle mange surtout des bananes et elle grossit de plus en plus… Et si sa vie était ailleurs ?
Quel magnifique ouvrage ! Claire Lebourg a écrit, illustré et même édité ce très bel objet (là aussi tant au niveau du contenu que du contenant !) et soyons franc, je n’ai jamais vu un livre autoédité d’une telle qualité (à tout point de vue). Les illustrations sont superbes, le papier épais et l’histoire aussi drôle que poétique. Claire Lebourg s’est inspirée de la vraie Nénette du Jardin des Plantes (qui a moins de chance que son héroïne, car, elle, vit toujours enfermée). Au-delà de ça, on pourra aussi y voir une métaphore sur l’heure de la retraite chez nous, les hommes, cousins des orangs-outangs.
Une magnifique histoire sur la liberté, un petit bijou.
De nombreux extraits sur le site de Claire Lebourg.
Le même vu par Enfantipages.

OnLe chevalier noir termine par une histoire pleine d’humour qui nous a bien fait nous bidonner, ma fille et moi.
Un chevalier s’avance vers une haute tour où vit une princesse. Il lui annonce être le célèbre chevalier noir et qu’il vient la délivrer, il suffit qu’elle lui jette les clés du château. La princesse ne voit pas pourquoi elle ferait ça, elle ne le connaît pas et visiblement elle est bien là où elle est ! Alors le chevalier menace, si la princesse n’obéit pas, il fera intervenir son géant. Un géant ? Notre princesse se marre, et affirme quant à elle avoir une fée. Sauf que d’après le chevalier les fées n’existent pas…
Je ne vais quand même pas vous raconter toute l’histoire, même si je suis bien tenté (et tout à l’heure encore, je la racontais en me marrant), mais voilà une histoire pleine d’énergie et d’humour avec une princesse vraiment pas nunuche (et un chevalier quand même un peu arrogant !). On y voit même un combat à mains nues entre les deux héros, et croyez-moi, la princesse n’est pas la plus faible !
Un album plein de punch, vraiment très drôle dont la fin me fait me gondoler.
Des extraits sur le site de l’illustrateur.

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué des ouvrages de Thomas Scotto (Un bond de géant – 1969, on a marché sur la lune), Olivier Tallec (La boum ou la plus mauvaise idée de ma vie, Qui quoi qui, Coffret Grand Loup & Petit Loup, MarlaguetteLe plus féroce des loups, Pas de pitié pour les baskets, Kevin et les extraterrestres, Restons Calmes !, Joyeux Noël Rita et MachinMaurice Carême chanté par Domitille, Mon cœur en miettesLe slip de bain, ou les pires vacances de ma vie et La croûte), Annelise Heurtier (L’affaire du chien, Babakunde, On déménage !, Drôle de rentrée !, Sweet Sixteen, Le carnet rouge et La fille aux cheveux d’encre), Raphaël Urwiller (Issun Bôshi, l’enfant qui n’était pas plus haut qu’un pouce), Michaël Escoffier (L’anniversaire, La croccinelle, Le ça, Tous les monstres ont peur du noir, Trois petits riens, Le jour où j’ai perdu mes super pouvoirs, Zizi, Zézette, mode d’emploi, Le grand lapin blanc, Vacances à la ferme, Bonjour FacteurLa plume et Sans le A, Bonjour Docteur) et Stéphane Sénégas (Y’a un monstre à côté). Retrouvez aussi nos interviews d’Annelise Heurtier et de Michaël Escoffier.

Jérôme par cœur
Texte de Thomas Scotto, illustrations d’Olivier Tallec
Actes Sud Junior
14,20 €, 285×225 mm, 30 pages, imprimé en Italie, 2009.
Combien de terre faut-il à un homme ?
Texte d’Annelise Heurtier d’après Tolstoï, illustré par Raphaël Urwiller
Thierry Magnier
17 €, 310×180 mm, 40 pages, imprimé en Italie, 2014.
La retraite de Nénette
de Claire Lebourg
Auto-édité
15 €, t155x246 mm, 56 pages, imprimé en Espagne, 2014.
Le chevalier noir
Texte de Michaël Escoffier, illustré parStéphane Sénégas
Frimoussedans la collection Sa majesté du soir
14 €, 225×292 mm, 24 pages, imprimé en Italie, 2014.

À part ça ?

Le mois de septembre est là, c’est le moment de vous donner nous coups de cœur de juillet-août. Marianne a choisi Wilo et Mi de Séverine Vidal et Christine Roussey (L’élan vert), Le jour où j’ai rencontré le monstre de Céline Claire et Barroux (Circonflexe) et Pousse Piano de Gilles Baum et Rémi Saillard (Le baron perché). Et moi : Le grand Antonio d’Élise Gravel (La Pastèque), Arlequin, Charlot, Guignol & Cie de Bénédicte Rivière et Gérard DuBois (Actes Sud Junior) et La princesse qui n’aimait pas les princes d’Alice Brière-Haquet et Lionel Larchevèque (Actes Sud Junior).
Retrouvez nos coups de cœur des mois précédents sur le blog, sur Facebook (ici pour les albums et pour les romans) et sur Pinterest (ici pour les albums et pour les romans).

Gabriel

De la patience, de l’impatience, mais tout vient à point à qui sait attendre (semaine anniversaire, la chronique de Leia)

Pour fêter notre anniversaire, nous avons demandé à des gens qui comptent beaucoup pour La mare aux mots de prendre notre place toute cette semaine. Aujourd’hui, nous avions envie de mettre à l’honneur nos lecteurs, c’est Leia, une des plus fidèles, qui nous propose une chronique !

Gabriel et Marianne


Quand La mare aux mots me demande de parler de livres que j’aime, c’est difficile de faire un choix. Mais il a bien fallu se décider. J’ai donc choisi un album où la lecture passe essentiellement par les illustrations, un autre où c’est au contraire le texte, et pour finir le premier roman jeunesse lu à l’âge adulte qui m’a bouleversée et qui m’a donné une autre image des romans destinés aux adolescents.

Toujours rienJe vais commencer par Toujours rien, de Christian Voltz, un petit album au format carré parfait pour les petites mains. Quand j’ai acheté ce livre il y a plus de 10 ans à la boutique de la cité des sciences, je pensais acheter une petite histoire sur la germination. Mais en fait, ce livre est bien plus que cela.
Derrière l’histoire de Monsieur Louis, apprenti jardinier qui plante une graine, en prend soin et attend avec plus ou moins de patience qu’elle pousse, est abordée la question fondamentale du temps qui passe, de la patience et de la persévérance. Le malicieux auteur a aussi souhaité en faire une histoire drôle avec des lecteurs complices du mauvais tour joué à Monsieur Louis. Seuls les lecteurs voient la germination sous terre de la fleur, puis savent que la fleur a fleuri, mais a été cueillie par l’oiseau. Rien de tout cela ne transparaît dans le texte. Tout est dans les illustrations essentielles à la compréhension de l’histoire (et notamment au temps qui passe évoqué par les changements de tenue de Monsieur Louis et une page sans texte totalement noire avec juste la lune). Et je crois que plus que le rebondissement de l’histoire c’est en savoir davantage que le personnage principal qui est un vrai délice. Plonger dans l’univers de Christian Voltz c’est découvrir des histoires toujours pleines d’humour, mais traitant de thèmes importants comme le temps qui passe, la mort, le sexisme. Je ne peux que vous en conseiller la lecture.

ZeZe vais te manzer vais te manzer est quant à lui un conte à lire absolument à voix haute. Son auteur, Jean-Marc Derouen, est conteur. Son style est très oral et les nombreux dialogues se prêtent à des jeux de voix.
Le loup, héros de ce conte, a un cheveu sur la langue et beaucoup de naïveté. Affamé, en pleine forêt, il est ravi de rencontrer un petit lapin blanc dont il compte bien faire son dîner. Mais celui-ci lui propose d’abord d’aller chercher une pince à épiler pour lui retirer l’énorme cheveu qu’il a sur la langue. Le temps, ici encore au cœur de l’histoire, passe. Le loup est de plus en plus affamé, mais le petit lapin blanc ne revient pas. Alors quand un petit lapin roux arrive il pense enfin pouvoir manger. Mais une fois de plus, le repas est différé à cause d’une supercherie du lapin. Croyant qu’il revient enfin le loup va se méprendre et se retrouver en mauvaise posture face à un ours. Au final, son repas sera une fois encore reporté et légèrement différent à cause d’une rencontre fortuite avec un arbre cette fois qui va lui faire perdre toutes ses dents. Ce conte est très drôle parce que le loup se fait toujours avoir, mais aussi et surtout à cause de son zozotement, et enfin grâce au texte très oralisé qui théâtralise le tout. Mais si le texte est essentiel, les illustrations rondes et simples de Laure du Faÿ rendent les personnages encore plus sympathiques. Quant à ses arbres bleus et marron, ils créent une forêt très originale.

PassonsPoil au nez maintenant à un roman destiné aux adolescents qui m’a totalement bouleversée. Dans poil au nez de Cécile Chartre, Angel, le personnage principal est un adolescent qui le soir de la Saint Sylvestre n’a pas la tête à la fête avec les copains, car il a rendez-vous avec son père, un rendez-vous qu’il attend depuis 10 ans quand celui-ci est mort d’un cancer. Pendant 10 longues années, il a vécu et grandi dans son ombre, sans lui, mais avec lui malgré tout. Faisant tout pour lui ressembler, comme pour qu’il continue à exister malgré tout. Tout cela on le sait, car Angel nous le raconte ce 31 janvier 2009 avant d’ouvrir une boîte que son malicieux père lui a remise il y a 10 ans en lui faisant promettre de ne l’ouvrir que le 1er janvier 2010. Ce qu’elle renferme permettra à Angel de s’affranchir de son passé et de décider de son avenir.poil au nez
Ce court roman sur le deuil est vraiment touchant. Lire la vie d’un jeune homme qui a grandi avec les souvenirs de son père, sans réussir à faire complètement son deuil ne peut laisser indifférent. On tremble au moment de l’ouverture de la boîte et on tremble encore plus quand on sait ce qu’elle contient. Le suspense est vraiment à son comble dans les dernières pages.
Dans ce roman, le temps est aussi au cœur de l’histoire, le temps qui passe et qui permet de panser certaines blessures.

Toujours rien
de Christian Voltz
Rouergue
11,70 €, 174×174 mm, 30 pages, imprimé en Belgique, 1997.
Ze vais te manzer
Texte de Jean-Marc Derouen, illustré par Laure du Faÿ
Frimousse dans la collection Maxi’ boum
17 €, 240×310 mm, 37 pages, imprimé en Italie, 2010.
Poil au nez
de Cécile Chartre
Rouergue dans la collection DoAdo
8,50 €, 141×206 mm, 80 pages, imprimé en France, 2012.

À part ça ?

Christian Voltz a mis en ligne quelques animations de ses albums. Vous pouvez retrouver celle de Toujours rien à cette adresse : http://www.christianvoltz.com/film-fr.php?film=louis.

Dorothée

Des livres pour grandir (semaine anniversaire, la chronique de Cécile Vangout)

Pour fêter notre anniversaire, nous avons demandé à des gens qui comptent beaucoup pour La mare aux mots de prendre notre place toute cette semaine.

Gabriel et Marianne


Marie est partie – Isabelle Carrier

marie est partieQuand Marie est partie, Basile a perdu un petit bout de lui-même… Une grosse boule rouge (symbolisée par un morceau de tissu détaché de son pull) dont il ne sait que faire, boule de tristesse, boule de colère, elle le suit partout, jour et nuit. Pourtant au fil des pages Basile parvient à l’apprivoiser cette grosse boule, qui devient légère, et petite, jusqu’à devenir une cerise… qu’il avale, disparue la tristesse.

J’ignore si cet album parle du deuil, la chose est assez ambigüe puisqu’on aperçoit Marie non seulement dire au revoir sur la couverture, mais aussi revenir en quatrième de couverture (?). Plus largement on peut dire qu’il s’agit d’aider l’enfant à gérer les gros chagrins et les absences du quotidien (un ami ou un parent qui déménage, gérer la séparation lorsque l’enfant part en vacances sans les siens par exemple), autant que les deuils.

Voilà un album qui n’est plus édité (mais que vous pouvez trouver d’occasion) mais que j’aime beaucoup. Comme toujours, les livres d’Isabelle Carrier transmettent un message fort à travers un texte et des images simples, un petit bijou de tendresse et de poésie.

Tu es vraiment formidable – Lucile Ahrweiller

Tu es vraiment formidable - Lucile AhrweillerVoilà un livre qui tient sa promesse, il fait du bien.

Lucile Ahrweiller nous propose 9 messages pleins d’amour à se répéter comme un mantra ou offrir à ses proches : tu es vraiment formidable, tu as de nombreux talents, tu peux te faire confiance, tu as le droit de te tromper, etc.

Chaque message est illustré de petites saynètes. Dans un autre style cela me rappelle les livres toujours positifs de Peter H. Reynolds, auteur que j’apprécie. Les illustrations sont superbes, c’est très graphique, c’est frais, c’est pop, coloré comme la vie, on aurait presque envie de les voir en affiches afin de les avoir toujours à portée de vue ces messages qui font du bien !

Un magnifique livre-objet (une couverture en carton épais, un format pas trop grand, une jolie tranche avec marque-page, une jaquette) agrémenté de petits exercices à faire pour prendre confiance en soi

Maintenant je suis grand – Stephen Krensky et Sara Gillingham

Maintenant Je Suis GrandVoilà un livre cartonné pour les plus petits. À travers des petites scènes avant/après l’enfant peut se rendre compte à quel point il devient autonome : avant, j’étais tout petit (page de gauche, il est dans sa poussette sous un pommier), Maintenant, j’ai grandi (page de droite, gros plan où il attrape la pomme tout seul). Un livre fort sympathique au texte simple, permettant de dialoguer avec son enfant en lui demandant par exemple de trouver ses propres « avant/après ». Les illustrations sont signées Sara Gillingham, un style très graphique et vintage assez plaisant. Notons que dans la même collection il existe le non moins charmant « Je sais faire toute seule« .

Marie est partie
d’Isabelle Carrier
Bilboquet
214×210 mm, 28 pages, 2006.
Tu es vraiment formidable
de Lucile Ahrweiller
Gautier Languereau
12,50 €, 165×220 mm, 58 pages, 2013.
Maintenant je suis grand
Texte de Stephen Krensky (traducteur non indiqué), illustré par Sara Gillingham
Nathan
7,90 €, 165×227 mm, 12 pages, imprimé en Allemagne, 2014.

À part ça ?

Salomon et la reine de SabaConnaissez-vous la conteuse et auteure Catherine Zarcate ? C’est l’un de mes coups de cœur cd. J’avais emprunté à la médiathèque de ma ville le cd « Salomon et la reine de Saba« , sans grande conviction (mais attirée par la belle pochette), pensant m’ennuyer ferme. C’est tout le contraire qui s’est produit, dès les premières minutes j’ai été happée par la narration et la voix chaude de Catherine Zarcate, c’est drôle, tendre et bienveillant, que l’on s’intéresse à la religion ou pas. J’ai depuis acheté le cd et sa suite, « L’exil du Roi Salomon« , et je ne manque pas d’écouter les autres excellents titres des éditions Oui- Dire.

Cécile Vangout

Deux tortues, six lapins et trois printemps pour la Mare aux mots (semaine anniversaire, la chronique de Mélanie Decourt)

Pour fêter notre anniversaire nous avons demandé à des gens qui comptent beaucoup pour La mare aux mots de prendre notre place toute cette semaine. Aujourd’hui nous laissons les clefs à Mélanie Decourt, cofondatrice des Éditions Talents Hauts.

Gabriel et Marianne


Alors il paraît que c’est l’anniversaire de la Mare aux mots. Bon anniv la Mare !
Et Gabriel m’a demandé d’écrire une chronique. Merci Gabriel !
Donc je me suis prêtée à cette expérience « Vis ma vie de blogueur jeunesse ». Je vous le dis, je ferais pas ça tous les jours.
Le plus long fut de choisir. Finalement mon premier choix s’est imposé, un de mes premiers livres de petite fille.

Clémentine s'en va...Clémentine s’en va commence plutôt bien. « Par une belle journée de printemps, deux jeunes tortues blondes, Clémentine et Arthur, se rencontrèrent au bord d’un étang et décidèrent de se marier le soir même. » Clémentine fait « mille et mille projets ». Puis les jours se succèdent, Arthur va à la pêche et Clémentine s’ennuie. Alors comme elle aimerait jouer de la flûte, il lui offre un tourne-disque. Comme elle veut peindre (« en voila une idée ridicule »), il lui offre un tableau. Il lui attache ses cadeaux sur le dos et la petite tortue croule bientôt sous une tour d’objets hétéroclites. Un beau jour, elle s’en va. Sur la dernière page, s’étend un paysage vallonné et verdoyant et ses mots « peut-être Clémentine voyage-t-elle de par le monde, heureuse, jouant de la flûte et peignant les fleurs et les fruits ».
De ce livre, je me souvenais des illustrations délicates de Nella Bosnia qui alternent les compositions et les cadrages audacieux, les fleurs vintage et les oiseaux prenant parfois la première place.
De ce livre, j’ai aussi mémoire de l’émotion qui s’en dégage, une sorte de vibration pleine d’espoir.
Aujourd’hui j’admire le rapport texte-image subtil, comme dans cette dernière page où j’ai longtemps cherché la tortue dans les collines, où mes filles la cherchent encore.
Aujourd’hui j’ai plaisir à lire le texte, tant la langue d’Adela Turin est belle et chantante, expressive comme les visages des tortues, tant l’humour corrosif est présent derrière chaque remarque de l’aveugle Arthur.
Aujourd’hui je sais que Clémentine s’en va était un livre engagé. Paru en France en 1976, il est dans la ligne des combats féministes de ces années : accès des femmes au divorce, à l’indépendance. C’est un livre qui, comme le reste de la collection « Du coté des petites filles » d’Adela Turin, a marqué une étape dans la lutte pour les droits des femmes et dans la littérature jeunesse.
Mais au-delà de ça, c’est un album magnifiquement réussi, avec « mille et mille » sens de lecture, autant que de projets pour Clémentine. Une splendide ode à la liberté, avec un petit parfum des années 70, qui se déguste comme une madeleine de Proust.

EtMadame le lapin blanc le deuxième, comme en miroir, s’est imposé lui aussi. Peut-être que certains et certaines d’entre vous ne le connaissent pas, car il n’y a pas été chroniqué dans la Mare, et pourtant…
Madame Le Lapin Blanc est aussi une histoire de femme au foyer. C’est le journal intime de l’épouse du lapin blanc d’Alice au pays des merveilles.
Elle y raconte ses soucis domestiques de femme de lapin blanc et mère de six enfants inénarrables. Là aussi, plusieurs niveaux de lecture s’entrecroisent.
Les petits se régalent des images qui fourmillent de détails hallucinatoires.
Les plus grands vont aimer retrouver les personnages de Lewis Caroll qui se succèdent dans un tourbillon hilarant, du chat du Cheshire, « sournois, voleur, hyperactif, froussard, goinfre et transparent », à la baby-sitter ayant « une fâcheuse tendance à changer de taille pour un oui ou pour un non ».
Le décalage texte-image est poussé jusqu’au fou rire : « Betty a découvert avec un peu d’appréhension sa nouvelle école » dit le texte placé sous l’illustration qui nous montre la fillette lapin dans un couloir d’école qui s’enfuit les yeux exorbités de terreur et la main crispée tendue vers l’avant, comme si elle était poursuivie par Freddy les griffes de la nuit.
L’ironie de l’héroïne confine à la lucidité voire à la revendication : « Il m’arrive même parfois d’imaginer – suis-je sotte ! – un monde où les hommes participeraient aux travaux du ménage… »
Une version moderne et illustrée du slogan du MLF d’août 1970 « Il y a plus inconnu que le soldat inconnu : sa femme ». Il y a plus drôle et plus intelligent que le lapin blanc de Lewis Caroll : sa femme, par Gilles Bachelet.
À ne pas manquer.

Et pour finir, vous prendrez bien une petite douceur ?
Premiers PrintempsDans Premiers printemps, un narrateur externe s’adresse à une petite fille : « regarde, petite fille, comme tout devient vert, c’est le printemps ».
Anne Crausaz nous emmène avec elle sur un chemin qui traverse les quatre saisons. Chaque page est une évocation d’un sens (« en fermant les yeux, tu entends mieux les merles chanter… », « goûte aux premières mûres sucrées… et acides à la fois », « l’air sent bon le feu de bois »), une découverte pour l’enfant et un souvenir pour l’adulte…
Tout concorde dans une harmonie parfaitement maîtrisée, les formes arrondies presque alanguies, les couleurs qui se touchent sans contours dans une palette insaturée d’une grande finesse, la douceur ouatinée du papier Munken qu’on aime à caresser, le texte qui se lit comme un poème, la tendresse du narrateur envers l’héroïne, écho de la tendresse du parent lecteur à l’enfant sur ses genoux.
Un livre lumineux et enchanteur, où le fond rejoint la forme dans un équilibre sensuel.

Clémentine s’en va
texte d’Adela Turin, illustrations de Nella Bosnia Éditions des femmes, collection « Du côté des petites filles »
220 x 280 mm, 40 pages, imprimé en Italie, 1976. Réédité sous le titre Arthur et Clémentine, par Actes Sud, 1999. Vous trouverez cette dernière version (malheureusement épuisée elle aussi) assez facilement en bibliothèque.
Madame le lapin blanc
de Gilles Bachelet
Le Seuil Jeunesse 15 €, 270 x 330 mm, 40 pages, imprimé en Belgique, 2012.
Premiers Printemps
d’Anne Crausaz
MeMo
14 €, 180 x 220 mm, 44 pages, imprimé en France, 2010.

À part ça ?

À part ça, l’année prochaine, Talents Hauts aura dix ans. C’est chouette, non ?

Mélanie Decourt