La mare aux mots
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Anaïs - La mare aux mots

Encore et encore…

Par 27 avril 2017 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, on rencontre des parents désespérés aux prises avec un livre dont ils ne peuvent se débarrasser puis on fait la connaissance d’un ours qui ne trouve pas le sommeil, dans deux albums très rigolos qui jouent sur la répétition !

Dis Ours, tu dors ?
Texte de Jory John (traduit par Mathilde Colo), illustré par Benji Davies
Little Urban
12,50€, 233×288 mm, 32 pages, imprimé en Italie, 2017.
Le vaillant petit livre
Texte de Christine Beigel, illustré par Juliette Baily
Oskar Éditeur dans la collection Complices
9,95€, 192×237 mm, 32 pages, imprimé en Europe, 2016.

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Les invité.e.s du mercredi : Morgane de Cadier, Florian Pigé et Marine Carteron

Par 26 avril 2017 Les invités du mercredi

Aujourd’hui c’est un savoureux duo qui répond à nos questions : Morgane de Cadier et Florian Pigé. On découvre ensuite le coup de cœur et le coup de gueule de Marine Carteron, qui nous a notamment régalés avec sa trilogie des Autodafeurs ! Bon mercredi !


L’interview du mercredi : Morgane de Cadier et Florian Pigé

Parlez-nous de votre dernier album, Chut ! sorti aux éditions HongFei Cultures.
Florian : Le texte est né d’une idée de Morgane, un lapin ronchon qui n’aime rien. Comme pour tous nos livres, nous avons enrichi cette histoire en sirotant une Piña Colada. L’idée des cabanes haut-perchées, du voisin, de l’oiseau, sont venues au bout de quelques verres. (Rires)
Au début, l’oiseau géant devait juste emporter les protagonistes au loin, mais on a trouvé ça plus intéressant de faire grossir l’oiseau, comme une métaphore de la haine de Monsieur Franklin.
Morgane : Je tenais aussi énormément à ce que l’on reste dans le même décor, à ce que l’on ne quitte pas ces deux cabanes et leurs petits habitants. Au final, c’est un livre qui parle de solidarité et d’ouverture au monde sans avoir à s’aventurer très loin.
Je pense que c’est un des albums dont on est le plus fier. On a tous les deux beaucoup évolué en le réalisant.

Quelques mots sur votre parcours ?
Florian : Quand vous dites parcours j’ai l’impression d’avoir 150 ans et des années d’expérience derrière moi. Au final, on est assez « jeunes » dans le milieu de l’édition.
Morgane : J’ai commencé mon « parcours » à l’École Émile Cohl, tout de suite après le bac. Je voulais faire du dessin animé, mais j’ai vite compris que c’était long (et un peu chiant), du coup je me suis dit que j’allais plutôt faire de l’illustration. C’est là-bas que j’ai rencontré Florian, à une soirée entre étudiants.
Au final, j’ai arrêté Émile Cohl en cours de route. L’année suivante, je me suis mise à écrire avec Florian et à travailler sur Tout là-haut (notre premier album). Maintenant, j’ai repris des études en Concept Art à l’École Bellecour, tout en continuant à écrire. Pour tout dire, je dois passer mon diplôme à la fin de l’année.
Florian : Comme tous les illustrateurs, j’ai commencé par un IUT de gestion après le bac. (Rires) Après mon diplôme, j’ai directement enchainé avec l’École Émile Cohl à Lyon. Je ne me voyais pas faire un métier sans création, j’y ai passé quatre années géniales. La quasi-totalité de mes potes sont des ressortissants de l’école.
À Cohl, je ne me voyais pas du tout faire de la jeunesse, j’avais plutôt envie de faire de la BD sombre en noir et blanc. Ce sont les professeurs en dernière année qui m’ont poussé dans cette direction.
Une fois diplômé, j’ai commencé à travailler sur Tout-là haut avec Morgane. Notre complicité était déjà évidente avant, on a le même sens de l’humour, les mêmes goûts et cela nous aide beaucoup à travailler ensemble.

Comment se passe votre collaboration ? Morgane, vous qui êtes aussi illustratrice, intervenez-vous sur le travail de Florian ? (qui décide, par exemple, de l’espèce à laquelle appartiendront les personnages, ou le type de décors ?)
Morgane : Comme on travaille souvent ensemble et qu’on se demande régulièrement notre avis, on finit forcément par s’influencer l’un l’autre. Mais c’est davantage de l’ordre du conseil que de l’intervention. Et puis comme on parle tout le temps de nos différents projets (au restaurant, en voiture, jusque sur la plage), on en arrive à construire nos idées ensemble.
Florian : Pour les espèces d’animaux, c’est assez logique au final. Par exemple, pour Une île sous la pluie il nous fallait des habitants qui n’aiment pas l’eau alors on a évidemment pensé aux chats.
Il arrive aussi que ce soit arbitraire, comme pour Monsieur Franklin dans Chut !
Morgane : Ayant un gout prononcé pour le minimalisme, si Florian m’écoutait, la moitié de nos livres se passeraient sur fond blanc, sans décors ou dans la neige. (Rires)
Florian : Les décors et les cadrages sont des éléments très importants pour moi. Dans Chut ! le décor comme le cadrage sont porteurs de sens. Ils opposent directement les deux personnages, notamment par la séparation de la page.

Vos albums évoquent souvent l’ouverture à l’autre, au monde, est-ce un thème cher à vos yeux ?
Morgane : Pour tout dire, on ne pense jamais vraiment au sous-texte de nos albums. Je n’essaye pas d’inclure une morale ou un message dans mes textes. Cela dit, je suis toujours très touchée quand on me le fait remarquer. Ce sont des thèmes qui me semblent importants, surtout par les temps qui courent. Et je suis flattée de pouvoir faire passer ces valeurs aux lecteurs, même si ce n’était pas intentionnel au départ.

Florian, pourriez-vous nous parler de vos/votre technique(s) d’illustration ?
Florian : Je pars toujours d’un croquis sur feuille, je le scanne et j’ajoute des couleurs et des matières par ordinateur. J’aime bien mixer plusieurs techniques : aquarelle, crayon, craie, stylo…
Le mélange des textures donne un côté organique que j’aime bien.
Je fais en général plus de recherches sur l’ambiance générale. Pour moi, l’impression que laisse une illustration est plus importante que la justesse du dessin.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescent.e ? Y’a-t-il des auteurs.trices et illustrateur.trice.s qui ont particulièrement influencé votre travail ?
Morgane : Pour être tout à fait honnête, je ne lisais pas beaucoup d’albums étant enfant. Mes parents avaient plutôt l’habitude de me lire des petites nouvelles avant d’aller dormir. Je pense avoir grandi en étant entourée davantage de mots que d’images.
Quand j’ai commencé à lire, j’ai dévoré les albums de La Famille Passiflore (illustrés par Loïc Jouannigot) et les histoires de Beatrix Potter. Plus tard, j’ai aussi été très marquée par Max et les Maximonstres (de Maurice Sendak).
Florian : Je ne lisais pas d’albums jeunesse non plus. J’ai surtout collectionné des comics et regardé BEAUCOUP de films. J’essayais régulièrement d’adapter les films que je voyais en BD mais je m’arrêtais au bout de quelques pages.
J’ai découvert les albums jeunesse durant ma dernière année à Cohl et depuis j’en achète au moins
deux par mois.

Auriez-vous quelques coups de cœur à nous faire partager ?
Florian : Alors alors… cet été j’ai lu Léo le fantôme de Mac Barnett et Christian Robinson. Je trouve qu’ils ont tout compris, tant au niveau de l’histoire que de l’illustration.
Plus récemment j’ai beaucoup aimé : Un grand jour de rien de Béatrice Alemagna et Sur mon fil de Séverine Vidal et Louis Thomas.
Morgane : Mon premier coup de cœur a sans doute été Mon Meilleur Ami de Satoe Tone, que j’ai découvert à Bologne en 2014.
Dans un autre style, Shackleton’s Journey de William Grill m’a beaucoup marquée. Pour la petite histoire, c’est un livre documentaire que j’ai trouvé en anglais dans une librairie à Amsterdam. Je ne sais pas s’il a été traduit en français depuis, mais il vaut vraiment le détour. (NDLR  : il est en effet publié chez Casterman !)
Plus récemment, j’ai aussi beaucoup aimé Troisième Branche à Gauche d’Alexandra Pichard.

Peut-on en savoir plus sur vos futurs projets ? (seul.e ou ensemble !)
Morgane : Trouver du travail après mon diplôme ? (Rires) Plus sérieusement, on a plusieurs projets ensemble sur le feu. Si tout se passe bien, notre prochain album devrait sortir en fin d’année chez HongFei Cultures, il s’appellera Le Secret du Loup. On continue également à monter des projets avec Balivernes éditions.
Florian : Je suis en train d’écrire ma première série de livres pour tout-petits. Le premier de cette série s’appelle Si petit et parle d’un girafon. Je les illustre avec des tampons que je sculpte dans de la gomme. Le style graphique diffère un peu de ce que je fais d’habitude.
Je travaille aussi sur un projet avec Séverine Vidal, que j’ai contactée après avoir lu Sur mon fil.

Bibliographie  :

  • Chut !, HongFei Cultures (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Une maison à hanter, Balivernes (2016).
  • Une île sous la pluie, Balivernes (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Tout là-haut, HongFei Cultures (2015). que nous avons chroniqué ici.

Le site de Florian Pigé : https://www.florianpige.com et celui de Morgane de Cadier : https://www.morganedecadier.com.


Le coup de cœur et le coup de gueule de… Marine Carteron

Régulièrement, une personnalité de l’édition jeunesse (auteur.trice, illustrateur.trice, éditeur.trice…) nous parle de deux choses qui lui tiennent à cœur. Une chose qui l’a touché.e, ému.e ou qui lui a tout simplement plu et sur laquelle il.elle veut mettre un coup de projecteur, et au contraire quelque chose qui l’a énervé.e. Cette semaine, c’est Marine Carteron qui nous livre son coup de cœur et son coup de gueule.

Mon coup de gueule

Je profite de cette tribune que m’offre généreusement Anaïs pour porter la voix de mes amis Alice Brière-Haquet, Vincent Villeminot et Cécile Roumiguière, pour pousser un coup de gueule collectif contre la nouvelle gestion du droit de lecture.
Alors, vous me direz, « Le droit de quoi ? On doit payer pour lire des livres ? Même si on le fait gratuitement, même si on est bénévole, même si nous avons écrit le texte nous-même ? »
Oui, je sais, ça paraît idiot mais la réponse est OUI !

Comme l’expliquent très bien Alice, Vincent et Cécile la lecture à haute voix de livres, en totalité ou sous forme d’extraits, est considérée comme une « représentation », et tombe de facto sous le coup du « droit de représentation ». Jusque-là, ce droit était géré par une société d’auteurs, la SACD, mais depuis le 1er janvier 2016, et sans que grand monde en ait été informé, la gestion du droit de lecture est passée dans l’escarcelle de la SCELF, une société d’éditeurs.
Or, celle-ci a décidé d’appliquer à la lettre le barème de la SACD : trente euros minimum, même sans billetterie ! Y compris pour les « heures du conte », les associations de lecteurs bénévoles, ou les auteurs lisant leurs propres textes…
L’affaire est ubuesque et contre-productive !

Alors nous, auteurs, bibliothécaires, médiathécaires, lecteurs bénévoles, simples amateurs de lecture ou parents d’enfants à qui on lit des livres, avons décidé de dire NON :
NON à l’usine à gaz pour les bibliothécaires qui organisent les « heures du conte »,
NON à ce que la lecture coûte aux bénévoles qui offrent leur voix et leur temps,
NON à la ponction des salons qui contribuent à la vie des livres et des auteurs,
NON aux prélèvements sur les auteurs eux-mêmes lorsqu’ils lisent leurs livres !
Les livres ont besoin de médiateurs, et les lectures offertes au public en font partie. Notamment les lectures faites aux enfants, à tous les enfants, pas seulement ceux qui ont la chance de lire et d’entendre lire dans leur famille : ce sont eux qui feront vivre demain la littérature !
Plusieurs collectifs d’auteurs, dont la Charte et la SGDL, se sont rassemblés pour signer en mars une lettre pour interroger la SCELF… qui a immédiatement botté en touche en leur donnant rendez-vous à l’automne ! Une manière à peine diplomate de renvoyer les auteurs jouer avec leurs crayons, et de laisser les autres, bibliothécaires, bénévoles, se débrouiller pour payer ou se mettre hors la loi !
Nous, auteurs, sommes vigilants sur la façon dont on dispose de nos droits. Et l’un des droits de l’auteur est justement celui de dire « non » à l’incohérence d’une mesure qui va à l’encontre de ce pour quoi nous écrivons. La lecture offerte n’est pas un spectacle comme les autres, revoyons sa place au sein du droit de représentation !
Nous, auteurs signataires de cette pétition, demandons l’exonération de prélèvement SCELF sur les lectures à voix haute proposées dans un cadre non marchand sans billetterie.
Quant à nous, lecteurs, bénévoles, bibliothécaires, amateurs de lecture, soucieux de protéger le droit des lecteurs mais aussi celui des auteurs, nous nous félicitons de l’opposition des auteurs au prélèvement SCELF sur les lectures gratuites dans un cadre non-marchand. Et nous entendons ainsi pouvoir continuer à lire les livres qui nous réunissent.
Vive la lecture à haute voix ! Et vive ceux qui lisent !

Si, comme nous vous souhaitez vous élever contre cette affaire ubuesque vous pouvez vous joindre à nous en signant cette pétition sur Change.org.

Mon coup de cœur

Mon coup de cœur va aller à Mark Zuckerberg, enfin, plutôt à sa création : Facebook.
Oui, je sais c’est étrange de la part d’une prof, auteure jeunesse et maman de deux garçons de 10 et 17 ans. Sur le papier je devrais plutôt faire partie de ceux qui critiquent, de celles qui dénoncent les excès, mettent en garde contre les dangers de ce réseau social planétaire, mais pourtant c’est bien mon coup de cœur.
Mais pour que vous compreniez mieux pourquoi il faut que je vous parle un peu de moi (rassurez-vous, j’ai dit « un peu »). Je fais partie de ces personnes qui quittent rarement leur domicile (la foule me fait peur, les transports en commun me tétanisent et l’inconnu me paralyse). En plus, j’habite en province… genre en province de la province ; genre une ville sans gare TGV où personne ne vient de son plein gré (je vais me faire des amis dans la ville en question, je le sens…). Du coup, Facebook pour moi c’est le lieu où je rencontre des gens.
Car c’est surtout ça Facebook : des gens drôles, énervés, râleurs, amoureux, timides, excédés, imaginatifs, fatigués, explosifs, débordants de talent. Tout un tas d’inconnus qui pour certains, au fil du temps, sont devenus mes amis.
Je vous entends déjà murmurer en rigolant : « la pauvre meuf qui croit qu’elle a des vrais amis sur Facebook, c’est pathétique… ». Peut-être, mais tant pis, j’assume et je répète : Oui, je me suis fait des amis sur Facebook, des vrais potes avec qui je me marre, j’échange, je rêve, je procrastine, je râle. Des ami(e)s qui me donnent des conseils qui sont là quand j’ai un coup de blues ou une bonne nouvelle à partager, qui m’apprennent des trucs hyper utiles (comment transformer un dinosaure en plastique en bougeoir par exemple).
Bref, je sais que c’est à la mode de se plaindre de Facebook, mais je n’ai jamais été à la mode alors merci Mark Zuckerberg d’avoir amené tous ces gens formidables dans ma vie, tu es mon coup de cœur du jour. 🙂

Marine Carteron est autrice.

Bibliographie :

  • Génération K, tome 2, Le Rouergue, (2017).
  • Génération K, tome 1, Le Rouergue, (2016).
  • Les autodafeurs, tome 3 – Nous sommes tous des propagateurs, Le Rouergue (2015).
  • Les autodafeurs, tome 2 – Ma sœur est une artiste de guerre, Le Rouergue (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Les autodafeurs, tome 1 – Mon frère est un gardien, Le Rouergue (2014), que nous avons chroniqué ici.

Vous pouvez retrouver les héroïnes des romans de Marine Carteron sur Facebook : ici celui de Césarine Mars des Autodafeurs et ici celui Kassandre Bathory de Kapolna de Génération K !

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Des petits romans pour l’égalité filles-garçons [article en libre accès]

Par 10 avril 2017 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, on découvre des histoires qui bousculent les clichés, avec des petites filles et des petits garçons qui ne s’en laissent pas conter. Quatre courts romans pour s’interroger, débattre, réfléchir… parce qu’il n’y a pas d’âge pour aborder l’égalité !

Mattéo fête prochainement son anniversaire et a, pour l’occasion, confectionné une magnifique carte mêlant requins, camions, cœurs et paillettes. Séduit.e.s par l’invitation, ses ami.e.s acceptent de bon cœur, et entreprennent de lui chercher un cadeau. Mais pas facile de trouver la bonne idée pour un camarade qu’ils ne connaissent pas si bien, car il est arrivé deux mois plus tôt. Qu’à cela ne tienne, les enfants se débrouillent pour obtenir une liste de ce que souhaite Mattéo par l’intermédiaire de sa mère. Et là, c’est la stupéfaction ! Car sur la liste, on trouve un ballon de foot, une voiture de police, des dragons… mais aussi une dinette, un petit poney et une poupée ! On s’étonne, on s’inquiète, on n’y croit pas… Et puis petit à petit, on débat. Dans la petite bande, tout le monde y va de son avis et se creuse la tête : mais qui est donc cet étrange garçon dont les goûts ne rentrent dans aucune case ?
Ah, les jouets genrés et leurs rayons rose et bleus… Ce petit livre prend la question à bras le corps et permet aux plus jeunes de creuser leur réflexion. Si l’on peut lui reprocher un aspect un peu trop pédagogique (c’est d’ailleurs la maitresse, à l’aide d’un exercice plutôt malin, qui va aider les enfants à y voir un peu plus clair), le texte a le mérite d’inciter à réfléchir par soi-même, en suivant le débat que les enfants vont mener entre eux. Le sujet y est traité avec pertinence et simplicité, et le questionnement des personnages montre bien l’absurdité de la répartition. : les dauphins, c’est forcément pour les filles ? Mais alors ce sont les requins qui sont pour les garçons ? Et les perles, c’est un truc de filles ? Mais un dragon en perles, c’est pour qui ? Un petit roman qui fera sûrement réagir les jeunes lecteurs et lectrices, donc, et qui leur offre aussi une très jolie histoire d’amitié !
Un court roman parfait pour évoquer le sujet des jouets genrés.

Quand la maîtresse a demandé aux élèves d’écrire une pièce de théâtre sur le Moyen-Âge, Noé a choisi une histoire de chevalier et de princesse, certain qu’elle plairait à la belle Pénélope, dont il est éperdument amoureux. Pourtant, à la lecture, la petite fille a l’air peu convaincue et même passablement énervée. Pourquoi Noé aurait-il forcément le rôle du combattant courageux et elle celui de la demoiselle attendant comme une idiote en haut de sa tour ? Un peu déboussolé, le petit garçon se confie à son ami Azote le troll, qui trouve que les filles sont bien compliquées… Les deux amis entreprennent alors de répéter à leur tour la pièce de théâtre, dans l’espoir de comprendre ce qui a bien pu rendre Pénélope aussi furieuse. Mais Ozone, la sœur d’Azote, a elle aussi bien du mal à jouer les demoiselles en détresse : elle se bagarre, vient en aide au chevalier, et va jusqu’à l’embrasser brusquement sans lui demander son avis ! Vexés, les garçons décident de faire cavaliers seuls, mais une mésaventure survenue en chemin va leur montrer que les garçons aussi ont parfois besoin d’être sauvés…
Cette fois c’est aux contes traditionnels que l’on s’intéresse, avec leur lot de princesses éplorées et de chevaliers téméraires. Si le roman traite le sujet avec humour (et nous offre aussi une belle dose de péripéties), je dois dire que j’ai tout de même été un peu gênée à la lecture par le baiser forcé de la trollesse sur le petit garçon que j’ai trouvé évoqué assez légèrement, quand on voit combien il est important d’enseigner le consentement à toutes et tous. L’inversion des rôles (ici c’est la fille/trollesse qui force le garçon) peut cependant être vue comme un moyen de dénoncer un acte très présent dans les histoires classiques, et d’évoquer le sujet avec les jeunes lecteur.trice.s qui auront sûrement un avis sur la question. Malgré cette légère réserve, ce nouveau tome de Noé et Azote reste un très bon petit roman, qui évoque les clichés avec malice et pertinence et ne manquera pas de susciter le débat chez les plus jeunes !
Un bon petit roman pour réfléchir aux rôles traditionnels et bousculer les clichés !

C’est la rentrée pour le jeune Omar Canard, qui débarque dans une nouvelle école après un déménagement. Dès son arrivée, les ennuis commencent : on se moque de son manteau flambant neuf, on rit de son prénom, on le traite de vilain, de petit, de canard. À la récré, on lui propose tout de même une partie de football, mais Omar refuse, pas vraiment intéressé. Car la passion du petit garçon, ce n’est pas le ballon rond, mais la danse. Le soir, sur le chemin de la maison, il passe devant un lac où s’ébattent de magnifiques cygnes, et reste émerveillé devant leur beauté. C’est décidé, il sera aussi beau que ces derniers, et il dansera avec eux. En deux temps trois mouvements, le petit garçon se fabrique un beau costume, et entame sa carrière de danseur…
Voilà une réécriture du vilain petit canard vraiment originale. Plus court que les deux précédents, ce livre est parfaitement adapté aux débutant.e.s en lecture, avec son texte réduit à l’essentiel, ses dialogues représentés sous forme de bulles et la grande place qu’il laisse aux illustrations. Malgré sa simplicité, Le Vilain Petit Canard (ou presque) propose une variation autour du conte très bien amenée doublée d’une jolie histoire à la conclusion particulièrement émouvante. On peut aussi saluer la diversité présente dans les illustrations, qui font figurer des personnages de toutes origines, ce qui n’est malheureusement pas encore si courant (même si l’on progresse !).
Une vraie réussite, à mettre entre toutes les mains !

Dans la même série, on retrouve également Cendrillon (ou presque). Reposant sur le même principe, celui-ci nous propose une réécriture de l’histoire de la célèbre princesse à travers le personnage de la petite Sandi, une fillette passionnée de football. Bien que très douée, cette dernière peine à s’intégrer dans l’équipe de filles de son quartier, car deux méchantes sœurs se moquent de sa tenue en piteux état. Quand vient le jour du grand concours départemental destiné à désigner la meilleure joueuse, les sœurs l’écartent du groupe. Peinée, la fillette va se réfugier à la bibliothécaire où travaille sa marraine, qui lui dégote une tenue de sport et décide illico presto de l’emmener au tournoi. Sandi y montre toute l’étendue de son talent, mais au moment de désigner la grande gagnante, elle prend peur et s’enfuit. Heureusement, la petite fille a semé sur son chemin une de ses chaussures de foot, et les organisateurs vont vite identifier la mystérieuse joueuse !
Tout aussi réussi que Le Vilain Petit Canard, Cendrillon (ou presque) s’adresse aux enfants un tout petit peu plus à l’aise avec la lecture (mais reste tout de même très accessible). Les références au conte y sont nombreuses, bien trouvées et plutôt rigolotes (la super marraine bibliothécaire conduit par exemple une voiture orange baptisée Citrouille). On peut saluer également le fait qu’ici les clichés sont démontés sans même être mentionnés : le don pour le football de la petite fille et la présence d’une équipe de filles sont présentés comme des choses tout à fait normales. Voilà donc une petite Cendrillon bien différente de celle que l’on connait, et dont le courage et la débrouillardise sont particulièrement salvateurs !
Une Cendrillon nouvelle génération, qui donne un bon coup de pied dans le conte originel et démonte au passage pas mal de clichés !

Le garçon qui jouait à la poupée
de Roger Judenne
Oskar dans la collection Premiers romans
8,95 €, 130×200 mm, 42 pages, imprimé en Europe, 2016.
Noé et Azote T.9 : Coup de théâtre !
Texte de Mim et Benoît Bajon, illustré par Aurélie Guillerey
Magnard Jeunesse dans la collection Mes premiers romans
5,90 €, 145×195 mm, 48 pages, imprimé en Belgique, 2017.
Le Vilain Petit Canard (ou presque)
Texte de René Gouichoux, illustré par Rémi Saillard
Nathan dans la collection Premières lectures
5,60 €, 145×190 mm, 31 pages, imprimé en France, 2017.
Cendrillon (ou presque)
Texte de René Gouichoux, illustré par Rémi Saillard
Nathan dans la collection Premières lectures
5,60 €, 145×190 mm, 31 pages, imprimé en France, 2017.

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Des dodos et des Oh !

Par 3 avril 2017 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, on commence par rencontrer un mystérieux oiseau, puis on s’échauffe la voix en poussant des Oh et des Ah !

Hello, monsieur Dodo !
de Nicholas John Frith (traduit par Rémi Stefani)
Casterman dans la collection les Albums Casterman
14,90 €, 224×276 mm, 40 pages, imprimé en Malaisie, 2017.
OH ! Un livre qui fait des sons
de Hervé Tullet
Bayard Jeunesse
11,90 €, 220×220 mm, 64 pages, imprimé en Chine, 2017.

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Histoires de familles

Par 27 mars 2017 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, on s’intéresse aux familles, à toutes les familles ! Le premier livre nous les présente dans toute leur diversité, et le second nous fait découvrir celle d’une fillette et de ses deux papas.

Les papas de Violette
Texte d’Émilie Chazerand, illustré par Gaëlle Soupard
Gautier-Languereau
10,50 €, 208×238 mm, 35 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2017.
Familles
Texte de Patricia Hegarty (traduit par Anne-Judith Descombey), illustré par Ryan Wheatcroft
Flammarion
13,50 €, 280×260 mm, 24 pages, imprimé en Chine, 2017.

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