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Les invités du mercredi

Les invité·e·s du mercredi : Claudia Bielinsky et Hélène Vignal

Par 21 février 2018 Les invités du mercredi

Aujourd’hui, c’est avec Claudia Bielinsky que je vous propose de passer un moment. Autrice-illustratrice qui séduit les tout-petits (et les plus grands), elle nous parle de son parcours et de son travail. Ensuite, on a rendez-vous avec Hélène Vignal qui nous livre ses coups de gueule et ses coups de cœur, accrochez-vous ! Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Claudia Bielinsky

Parlez-nous de votre parcours.
Je suis Argentine, et je vis à Paris depuis 1987.
Dans ma « première » vie, après avoir fait mes études aux Beaux-Arts de Buenos Aires, la peinture et la gravure étaient mon quotidien.
Pendant mes études et aussi après, j’ai travaillé dans le domaine de l’art avec les enfants. Je ne sais pas pourquoi, communiquer avec les tout-petits a toujours été naturel et facile pour moi.
Quand j’ai décidé de « changer de métier » (ma deuxième vie) pour faire des livres jeunesse, travailler pour les enfants de 0-5 ans était une évidence pour moi.

Pouvez-vous nous parler de Valise surprise, sorti il y a peu aux éditions Casterman ?
J’essaye avec Valise surprise de faire un mini parcours où dans chaque page il y a un seul personnage (toujours des animaux anthropomorphisés) avec chacun une caractéristique et une surprise à l’intérieur de la valise qu’il porte.
Je travaille avec les flaps de façon à introduire la notion du temps et d’animation (avant- après, intérieur-extérieur) et dans le pop-up final la notion du groupe, un chouette voyage avec les amis !
Ce qui m’intéresse c’est que mes livres puissent avoir plusieurs « lectures », toujours avec de l’humour…

La maison des bisous est un classique chez moi ! C’est le livre dont on vous parle le plus ?
La maison des bisous c’est un livre que j’aime beaucoup et j’ai eu la chance qu’il ait été traduit dans plusieurs langues.
C’est très émouvant pour moi de savoir que des enfants d’autres pays, de cultures différentes, certaines que je ne connais même pas, peuvent lire mes livres, par exemple en Espagne, Italie Chine, Corée, Japon, etc., etc.
J’ai eu la chance récemment d’avoir reçu la demande de mes éditeurs de le refaire 10 ans après la première version, et je l’ai redessiné en entier en changeant un peu le texte.
Je dois vous avouer que maintenant la nouvelle version est ma préférée !
J’adore raconter La maison des bisous aux enfants quand je suis dans les écoles ou dans les bibliothèques.

Quelles techniques d’illustration utilisez-vous ?
Les premiers livres ont été faits de façon « traditionnelle » papier/pinceaux/acrylique.
Après j’ai commencé à travailler avec des collages et aux crayons de couleur sur papier, avec une petite intervention numérique sur les fonds (Le plus beau cadeau du monde), et, à partir de là, je me suis lancée à travailler complètement sur ordinateur, je scanne des textures qui m’intéressent et je mélange tout.
Je ne travaille pas en « vectorielle », mais je dessine, je coupe, je colle à l’ordi.
Les résultats me procurent de la satisfaction pour le moment…

Où trouvez-vous votre inspiration ?
Généralement en marchant, et c’est parfois une image ou une phrase qui déclenche une idée…

Quelles étaient vos lectures d’enfant et d’adolescente ?
Enfant et adolescente en Argentine, comme toutes les mômes de ma génération, Maria Helena Walsh (merveilleuse auteure et musicienne), mais aussi Monteiro Lobato (auteur brésilien). Adolescente, Julio Cortazar, Gabriel Garcia Marquez….

Parlez-nous de vos prochains ouvrages
En mars va sortir 1,2, 3 Varicelle !!! (chez Casterman), un livre animé pour apprendre à compter avec les boutons de varicelle (qui n’épargne aucun enfant à l’école). En même temps, on découvre une partie du corps et c’est très drôle, j’espère… !
Depuis 2017, je travaille pour Bayard Presse : je sors une histoire par an dans le magasin Tralalire. Cette année va sortir aux éditions Bayard (l’équivalent, côté livre) La rentrée de Roudoudou. Une petite bande de copains de maternelle, tous différents, mais complémentaires, pas de héros, chacun les problèmes selon ses caractéristiques, avec de l’humour et ses propres idées !

Bibliographie :

  • 1, 2, 3 Varicelle, texte et illustrations, Casterman (à paraître, mars 2018).
  • La maison des bisous, texte et illustrations, Casterman (nouvelle édition 2017).
  • Valise surprise, texte et illustrations, Casterman (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Prêt pour le grand jour ?, texte et illustrations, Bayard Jeunesse (2017).
  • C’est la ronde des saisons, texte et illustrations, Casterman (2016).
  • Au dodo doudou !, texte et illustrations, Casterman (2016).
  • 1, 2, 3… j’enlève tout !, texte et illustrations, Casterman (2015).
  • Le plus beau cadeau du monde, texte et illustrations, Casterman (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Poisson, poissons !, texte et illustrations, Casterman (2010).
  • Cache-cache à l’école, texte et illustrations, Casterman (2006).


Le coup de cœur et le coup de gueule de… Hélène Vignal

Régulièrement, une personnalité de l’édition jeunesse (auteur·trice, illustrateur·trice, éditeur·trice…) nous parle de deux choses qui lui tiennent à cœur. Une chose qui l’a touché·e, ému·e ou qui lui a tout simplement plu et sur laquelle il·elle veut mettre un coup de projecteur, et au contraire quelque chose qui l’a énervé·e. Cette semaine, c’est Hélène Vignal qui nous livre ses coups de cœur et ses coups de gueule.

Un seul coup de gueule c’est pas assez pour dénoncer nos vicissitudes, voici une courte liste de 10 coups de gueule (dans le désordre parce que je déteste aussi les classements)  :

  • L’État français qui continue de nier ses responsabilités en matière d’accueil de migrants et en particulier de mineurs étrangers.
  • Les internautes qui se croient obligés d’écrire tous leurs posts sur un ton enjoué, qui finit par donner la nausée (particulièrement développé chez certaines autrices jeunesse, les filles reprenez-vous !)
  • Le manque de place d’accueil d’urgence pour les adolescents en crise.
  • La non-reconnaissance du burn-out comme maladie professionnelle.
  • Les droits d’auteurs en dessous de 10 % et les à-valoir ridicules pour les auteurs jeunesse.
  • Les media où les journalistes s’expriment comme si la France entière vivait à Paris.
  • Les parents qui répondent à la place de leur enfant.
  • Les arbres coupés pour des motifs futiles.
  • Ceux qui achètent des prestations sexuelles.
  • L’entre-soi.

Et un seul coup de cœur pour embrasser le monde, c’est bien trop peu, en voici 10 :

Hélène Vignal est autrice.

Bibliographie :

  • Manuel d’un garçon invisible, Rouergue (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Qui es-tu Morille ? /D’où viens-tu Petit-Sabre, Rouergue (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Casseurs de solitude, Rouergue (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Plan B pour l’été, Rouergue (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • La Fille sur la rive, Rouergue (2011).
  • La Nuit de Valentine, Rouergue (2011).
  • L’Ébouriffée, Rouergue (2009).
  • Sorcières en colère, Rouergue (2008).
  • Zarbi, Rouergue (2008).
  • Gros dodo, Rouergue (2007).
  • Trop de chance, Rouergue (2007).
  • Bière Grenadine, Rouergue (2007).
  • Les Rois du Monde, Rouergue (2006).
  • Passer au rouge, Rouergue (2006).
  • Le Grand Concours, Rouergue (2005).

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Les invité·e·s du mercredi : Christine Davenier et Ole Könnecke

Par 14 février 2018 Les invités du mercredi

Aujourd’hui, c’est à Christine Davenier que j’ai souhaité poser quelques questions, elle a gentillement accepté de me répondre. Puis, notre rubrique “En vacances avec” s’est aujourd’hui ouverte à l’internationale car c’est avec Ole Könnecke que je pars. Bon mercredi à vous.


L’interview du mercredi : Christine Davenier

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
Après une enfance en Touraine, je suis venue à Paris pour faire l’école des arts appliqués Olivier de Serres. J’ai passé ensuite deux ans aux États-Unis, pour suivre des cours d’illustration à la Rhode Island School of Design de Providence, où j’ai rencontré mon agent américain actuel.
À mon retour en France, j’ai commencé à travailler avec différents éditeurs américains tout en développant mon activité d’illustratrice pour divers clients français.
En France, je dessine pour les célèbres maisons Hermès et Puyforcat, pour la presse avec Famille Magazine, Bayard, et pour les albums jeunesse, en tant qu’auteur-illustratrice ou illustratrice, avec des éditeurs comme Kaléidoscope, Casterman, Hachette, Seuil Jeunesse.
Aux États-Unis, je collabore notamment avec Farrar Strauss and Giroux, Candlewick, Little Brown, Harper and Colins, Fiewel and Friends.
Je vis aujourd’hui à Paris où je continue à travailler pour la France et les États-Unis.

Je trouve votre travail d’illustration sur Minusculette, la série écrite par Kimiko, absolument magnifique, pouvez-vous nous dire quelques mots sur cette série et sur la façon dont vous avez travaillé dessus ?
J’ai rencontré Kimiko il y a près de 15 ans lorsque nos filles faisaient de la danse africaine dans le même cours.
Kimiko m’a, depuis longtemps, évoqué l’envie de collaborer sur un projet… À la suite d’une exposition de dessins que j’ai faite, Kimiko m’a proposé de passer chez moi et d’ouvrir mes carnets de croquis. Elle y a repéré des personnages qu’elle aimait et en a fait des photos. Quelque temps après elle m’a proposé le personnage de Minusculette ainsi que l’idée de la série.
Depuis c’est avec grand plaisir, enthousiasme et gourmandise que je découvre ses histoires.
Des images s’imposent naturellement sur ses mots.
Alors je crayonne et après s’en suit un va-et-vient pour les corrections qui doivent être finalement validées par Grégoire Solotareff.
Il en est de même pour les couleurs !
Je leur fais à tous les deux une grande confiance et j’aime cette liberté dans le trait et dans la couleur qu’ils me donnent l’occasion de pratiquer.
Le conseil que Grégoire et Kimiko m’ont donné dès le début c’est de « dessiner à ma main »… C’est à dire dans le format où ma main reste la plus spontanée et libre !

Vous utilisez des techniques d’illustrations diverses, pouvez-vous nous dire lesquelles et comment vous choisissez celle que vous allez utiliser pour un projet ?
J’utilise toujours de l’encre.
Ce qui change c’est le trait qui est parfois au crayon et parfois à la plume ainsi que le support.
Et parfois je retravaille un peu au crayon de couleur sur mes encres.
Cela donne un rendu différent, mais la technique reste la même.
L’étape que je préfère restant celle des crayonnés !
Ce qui change également c’est le décor plus ou moins présent.
Le choix peut venir de la demande de l’éditeur ou bien de mon humeur ou encore du sujet traité dans l’histoire.

On remarque une certaine fidélité à des autrices, est-ce ce qui vous fait dire « oui » à un projet ou y a-t-il d’autres critères ?
J’ai la chance de connaître des auteures (et oui ce sont souvent des femmes) dont j’aime l’écriture ; qui sont devenues des amies et avec lesquelles nous initions ensemble des projets. C’est le cas avec Nadine Brun Cosme, Magdalena, Maureen Dor, Fanny Joly, Kimiko et récemment Fani Marceau.
Mais je peux aussi accepter des projets avec des auteurs que je ne connais pas.
C’est le cas aux États-Unis où j’illustre de nombreux auteurs que je n’ai jamais rencontrés.
Ce qui me fait accepter les projets c’est bien évidemment l’histoire, le propos et parfois aussi le challenge d’explorer de nouveaux univers !

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Mes lectures d’enfant c’était les histoires du père castor et les contes de Perrault, Andersen… que ma grande sœur nous lisait.

Que lisez-vous en ce moment ?
En ce moment j’essaie de lire le Prix Goncourt qu’une amie m’a offert, mais je dois vous avouer que je ne suis pas une grande lectrice.
Je note les titres dès que quelqu’un me conseille un livre. Après les livres peuvent s’accumuler sur ma table de nuit et il m’arrive de ne jamais les ouvrir.
J’ai assez de mal à ne pas m’échapper de mes lectures et suis plus friande d’images… je regarde énormément de films.

Quelques mots sur vos prochains ouvrages ?
Cette année va sortir chez sarbacane un album dont je suis très fière : Babam écrit par Fani Marceau.
Il s’adresse aux touts petits. C’est un très grand format et l’ensemble me paraît très différent de tout ce qui existe aujourd’hui pour cette tranche d’âge.
Un autre projet qui me tient beaucoup à cœur c’est « MINA » une série pour petits, tout au crayon de couleur, chez Casterman avec Fanny Joly.
Je suis également en train de faire des essais pour un roman graphique pour adultes… ce serait une nouvelle aventure !!!
C’est difficile pour moi de faire des choix dans les albums que j’ai terminés et qui vont sortir et ceux qui sont en cours de réalisation, car tous les projets sur lesquels je travaille aujourd’hui me plaisent énormément !!!!

Bibliographie sélective (francophone) :

  • Le troisième fils de Monsieur John, illustration d’un texte de Nadine Brun-Cosme, Sarbacane (2018).
  • Louna et la petite Tahitienne, illustration d’un texte de Magdalena, Kaléidoscope (2018).
  • Bébé Boule et Bébé Brioche, illustration de textes de Magdalena, Kaléidoscope (2017).
  • Série Minusculette, illustration de textes de Kimiko, l’école des loisirs (2017).
  • Vingt cœurs, illustration d’un texte de Fanny Joly, Les éditions Clochette (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Les monstres, illustration d’un texte de Magdalena, Père Castor-Flammarion (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Léontine, texte et illustrations, Kaléidoscope (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Dans le noir de la nuit, illustration d’un texte de Magdalena, Père Castor (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Ça roule pour Clara, illustration d’un texte de Linda Ashman, Circonflexe (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Oh, Pétard !, illustration d’un texte de Christine Naumann-Villemin, Kaléidoscope (2011), que nous avons chroniqué ici.

Retrouvez Christine Davenier sur : https://www.christinedavenier.com/blog.


En vacances avec… Ole Könnecke

Régulièrement, nous partons en vacances avec un·e artiste. Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais moi j’adore partir comme ça avec quelqu’un, on apprend à la·le connaître notamment par rapport à ses goûts… cet·te artiste va donc profiter de ce voyage pour nous faire découvrir des choses. On emporte ce qu’elle·il veut me faire découvrir. On ne se charge pas trop… Des livres, de la musique, des films… sur la route on parlera aussi de 5 artistes qu’il·elle veut me présenter et c’est elle·lui qui choisit où l’on va… 5 destinations de son choix. Cette fois-ci, c’est avec Ole Könnecke que nous partons (cette interview a été réalisée en anglais, nous avons choisi de ne pas traduire les réponses) ! Allez, en route !

5 albums jeunesse :

  • Jean de Brunhoff – Babar
  • Crockett Johnson – Harold and the purple crayon
  • Shel Silverstein – Lafcadio
  • Tomi Ungerer – La grosse bête de monsieur Racine
  • Mo Willems – We are in a book

5 roman :

  • Dumas – Le comte de Monte Cristo
  • J.J. Voskuil – Das Büro
  • Wodehouse – The code of the Woosters
  • Simenon – Any Maigret I can get my hands on
  • Sempé – Raoul Taburin

5 DVD :

  • Buster Keaton – Steamboat Bill, jr.
  • Laurel & Hardy – Fra Diavolo
  • Hitchcock – North by northwest
  • Kaurismäki – I hired a contract killer
  • The Dick van Dyke Show

5 CD :

  • From Elvis in Memphis
  • Jerry Lee Lewis live at the Star-Club, Hamburg
  • Cornelis Vreeswijk – Tio vackra visor och Personliga Persson
  • Duke Ellington – The pianist
  • Mofro – Lochloosa

5 artistes (+2) :

  • Sempé
  • Tomi Ungerer
  • William Steig
  • Stuart Davis
  • Karin Mamma Andersson
  • Saul Steinberg
  • Ulf Lundkvist

5 BD :

  • Ulf Lundkvist – Assar
  • Hergé – Le sceptre d’Ottokar
  • Carl Barks – Donald Duck
  • Jim Woodring – Frank
  • Hal Foster – Prince Valiant

5 lieux :

  • The sunny coast of Bohuslän
  • The deep woods north of Uddevalla
  • The ferry on the river Elbe in Hamburg
  • The friendly Town of Göteborg
  • The beautiful Town of Paris

Ole Könnecke est auteur et illustrateur.

Bibliographie sélective (francophone) :

  • Série Lester et Bob, textes et illustrations (traduits par Svea Winkler-Irigoin), l’école des loisirs (2016-2017).
  • Elvis et l’homme au manteau rouge, texte et illustrations (traduit par Bernard Friot), De la Martinière Jeunesse (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Série Anton, textes et illustrations, l’école des loisirs et De la Martinière Jeunesse (2005-2015) que nous avons chroniqué ici et .
  • Le grand imagier des animaux du monde, texte et illustrations, l’école des loisirs (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Bravo, texte et illustrations (traduit par Florence Seyvos), l’école des loisirs (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Le grand imagier des petits, texte et illustrations, l’école des loisirs (2010).
  • Il l’a fait !, texte et illustrations, l’école des loisirs (2010), que nous avons chroniqué ici.
  • Bonne chance, texte et illustrations (traduit par Florence Seyvos), l’école des loisirs (2010).
  • Le grand méchant Bill, texte et illustrations, l’école des loisirs (2003).
  • Lola et les pirates, texte et illustrations (traduit par Dominique Kugler), l’école des loisirs (2003).

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Les invité·e·s du mercredi : Marianne Zuzula et Martin Page

Par 7 février 2018 Les invités du mercredi

C’est une éditrice dont on aime l’engagement que l’on reçoit aujourd’hui, Marianne Zuzula des très bonnes éditions La ville brûle. Puis on a proposé à l’auteur Martin Page de nous livrer ses coup de cœur et coup de gueule. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Marianne Zuzula

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
Je viens de l’édition scolaire, je travaille sur des manuels scolaires et parascolaires de SES et histoire-géo (et à la différence de pas mal de monde, j’adore ça !).

Et donc en 2009, vous créez La ville brûle, pourquoi avoir créé cette maison d’édition ?
Raphaël Tomas (qui vient lui aussi du scolaire, il est éditeur scientifique) et moi avons eu envie de faire des livres qui, tout en se situant aussi dans une démarche de transmission des savoirs, prennent parti, sont plus engagés, moins neutres. Nous avions aussi envie de mener des projets éditoriaux de bout en bout, d’être seuls maîtres à bord !

Pourquoi ce nom « La ville brûle »
Alors… on a eu beaucoup de mal à trouver un nom pour cette maison d’édition, quelle galère !!!! Et moi, j’avais vu et adoré, quand j’étais au lycée, Prénom Carmen de Godard, et j’avais été notamment complètement subjuguée par la dernière réplique du film. J’ai revu le film et noté cette phase sur un petit bout de papier, puis j’ai fait des recherches pour voir d’où ça venait, je sentais que cette phrase avait un statut différent dans le film, que c’était peut-être une citation, mais ce n’était pas évident… Donc j’ai fait des recherches (et là je parle de faire des recherches en 1983, hein, avant Internet, avant Google, avant YouTube, je vous jure que ce n’était pas une mince affaire…) et j’ai découvert que c’était la phrase finale de Electre, de Giraudoux.
Voici la citation en question : Comment cela s’appelle-t-il quand le jour se lève, comme aujourd’hui, et que tout est gâché, que tout est saccagé, et que l’air pourtant se respire, et que tout est perdu, que la ville brûle, que les innocents s’entretuent, mais que les coupables agonisent, dans un coin du jour qui se lève ?? […] Cela s’appelle l’aurore. (Jean Giraudoux, Électre, 1937.)
Cette phrase, finalement j’y suis revenue quand il a fallu baptiser notre maison d’édition, et j’ai réussi à convaincre Raphaël de ce qui n’était pas la meilleure idée du monde : ça fait un peu autonome prêt à tout faire péter, et ça nous place sous le patronage d’un auteur pas très progressiste (euphémisme, Giraudoux était carrément collabo !), mais bon ça laisse aussi transparaître une forme d’urgence, et cette urgence à se remettre à penser collectivement, elle est bien réelle !

Quelle est votre ligne éditoriale ?
Elle est la même en jeunesse et pour les adultes : nous faisons pas (ou peu) de littérature, et nous publions des essais, des livres qui prennent parti, qui affirment un point de vue, et qui visent à susciter le débat. Nos livres jeunesse (enfants et ados) sont ceux qui fonctionnent le mieux, et c’est rassurant pour l’avenir !

Qui compose l’équipe ?
Nous sommes deux, Raphaël Tomas et moi. Chacun de nous suit ses propres ouvrages du 1er contact avec les auteur·es aux relations presse et librairies quand le livre est achevé (les sciences pour Raphaël, les SHS et la jeunesse pour moi). Sinon, Raphaël suit plus particulièrement la fabrication, et moi la partie administrative et comptable.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Ma mère était une grande fan de Christian Bruel et de la collection Le sourire qui mord, on les avait tous et je les adorais, donc c’est vraiment les livres dont je me souviens le plus, ceux qui m’ont construite… Et mon livre fétiche parmi eux, c’est L’Histoire de Julie qui avait une ombre de garçon, j’ai vraiment grandi avec, je le connais par cœur… J’aimais aussi beaucoup Ce que mangent les maîtresses, et les livres d’Agnès Rosenstiehl aux éditions des femmes J’adorais Les Filles et surtout De la coiffure, ce livre me fascinait… Un autre souvenir marquant, c’est un livre jeunesse de Françoise Mallet-Joris, qui s’appelle Les feuilles mortes d’un bel été, et qui racontait l’histoire d’enfants cruels, qui faisaient du mal aux animaux et osaient se réjouir de la mort (de leur grand-mère ? ou du jardiner de celle-ci ? je ne sais plus, mais je me souviens que j’aimais être un peu scandalisée par ces héros cyniques et fascinants, et je revois encore les illustrations de ce livre avec beaucoup de précision…). Et je me souviens du premier essai que j’ai lu, c’était Du côté des petites filles, j’étais au collège, et c’était une vraie révélation : des livres qui ne racontent pas d’histoires peuvent être passionnants !

Quelques mots sur les prochains ouvrages jeunesse que vous allez sortir ?
Nous publierons deux chouettes albums au printemps, ils sont presque finis, et j’ai hâte de les voir arriver en librairies !
Le premier s’appelle Grotoni à tout prix. C’est notre premier album jeunesse qui raconte une histoire. Il est écrit et illustré par Benoît Préteseille, un dessinateur que j’adore et qui fait surtout de la BD (il collabore également au journal Biscoto). Le livre parle des produits dérivés, du merchandising, de la surconsommation. En fait on voulait faire un livre sur ces questions depuis pas mal de temps, dans notre collection d’albums-essais, qui aborde les sujets de façon très directe, sans la médiation de la fiction. On a essayé avec plusieurs auteurs et ça ne fonctionnait pas du tout ! C’était hyper donneur de leçons, culpabilisant et limite anxiogène, et grosso modo ça revenait à dire aux enfants qu’ils étaient des gros nuls de vouloir un sac à dos des Minions ou des Legos Star Wars, ou bien que leurs parents étaient des gros nuls de leur acheter ça. Bref, ça ne marchait pas ! Heureusement, Benoit est arrivé, tel Zorro, avec son Grotoni, et là ça fonctionne très très bien, vous verrez… (et moi qui clame partout haut et fort qu’on n’a pas besoin de la fiction, que tous les thèmes peuvent être abordés très frontalement, comme des essais, y compris avec les enfants, et bien j’ai mangé mon chapeau !).
Le deuxième, s’appelle On n’est pas au centre du monde, et c’est un essai jeunesse qui va paraître dans la collection Jamais trop tôt. L’auteur des textes, Jean-Loïc Le Quellec est anthropologue, et il est illustré (superbement !) par Claire Cantais. C’est un livre qui parle de culture, de transmission, du fait qu’il n’y a pas de culture supérieure aux autres ni de culture « normale », qu’il y a différentes façons de voir le monde, de dire le monde, et qu’aucune n’est supérieure aux autres. Bref, un manifeste anti-ethnocentrisme et un véritable premier manuel d’anthropologie accessible dès 3-4 ans.

Bibliographie (jeunesse) sélective de La ville Brûle :

  • Les règles… quelle aventure !, d’Élise Thiébaut et Mirion Malle (2017).
  • Ici, de Gaëtan Dorémus (2017).
  • Antigone, de Yann Liotard et Marie-Claire Redon (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • L’Homme est-il un animal comme les autres, de Jean-Baptiste de Panafieu et Étienne Lécroart (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Osons la politique !, de Caroline De Haas et Camille Besse (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Blanche Neige ou la chute du Mur de Berlin, de Métilde Weyergans et Samuel Hercule (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • On n’est pas des moutons, de Claire Cantais et Yann Fastier (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • On n’est pas si différents, de Sandra Kollender et Claire Cantais (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Mon super cahier d’activités antisexiste, Claire Cantais (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Le choix, de Désirée et Alain Frappier (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • De baraque en baraque, de Cendrine Bonami-Redler (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Pourquoi les riches sont-ils de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres ?, de Monique Pinçon-Charlot, Michel Pinçon et Étienne Lécroart (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • On n’est pas des super héros, de Delphine Beauvois et Claire Cantais (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • On n’est pas des poupées, de Delphine Beauvois et Claire Cantais (2013), que nous avons chroniqué ici.

Le site de La ville brûle : https://www.lavillebrule.com.


Le coup de cœur et le coup de gueule de… Martin Page

Régulièrement, une personnalité de l’édition jeunesse (auteur·trice, illustrateur·trice, éditeur·trice…) nous parle de deux choses qui lui tiennent à cœur. Une chose qui l’a touché·e, ému·e ou qui lui a tout simplement plu et sur laquelle il·elle veut mettre un coup de projecteur, et au contraire quelque chose qui l’a énervé·e. Cette semaine, c’est Martin Page qui nous livre son coup de cœur et son coup de gueule.

Coup de cœur.
Mon coup de cœur d’écrivain de littérature jeunesse va aux adultes qui ont fait le choix de travailler pour et avec les enfants. Je peux être assez critique à l’égard de l’éducation nationale et du monde de l’édition, mais j’ai la preuve tous les jours que dans ces milieux souvent hostiles, des adultes considèrent les enfants sans paternalisme ni condescendance. Ils sont leurs alliés et ils se donnent, entre autres, pour mission de favoriser leur rencontre avec des livres originaux.
Donc gros coup de cœur pour ceux qui sont du côté des enfants et des adolescents, et qui voient en eux les êtres passionnants et profonds qu’ils sont.

Mon coup de gueule.
Je crois qu’il faut être juste et cohérent : si on écrit pour les enfants, alors la moindre des choses c’est de les écouter, de les défendre, de se battre pour qu’ils soient traités comme des individus libres. Malheureusement je trouve que c’est rarement le cas.
Par exemple, nous sommes à une époque et dans un pays où les châtiments corporels sont encore la règle, c’est-à-dire que des enfants sont frappés dans le cadre de leur famille. Frappés. Aujourd’hui, il y a réprobation sociale si un homme frappe une femme. Mais pas si un parent frappe son enfant. Pourquoi ? Et pourquoi les autrices et auteurs jeunesse se taisent sur ce sujet ? Pourquoi ne pas prendre la parole collectivement pour défendre les enfants qui reçoivent fessées et gifles ?
Deuxième chose. Des enfants auront tout et d’autres rien. Là encore, silence sidérant de ceux qui consacrent leur vie aux enfants.
Cet hiver des enfants ont froid. Ils ont froid parce que leurs parents n’ont pas les moyens de payer le chauffage. Des enfants vont mal manger. Des enfants ne vont pas avoir accès à des villes dotées d’équipements culturels. Des enfants seront logés dans des appartements insalubres.
Et qu’est-ce que nous disons en tant qu’écrivains et écrivaines jeunesse ? Pourquoi ne prenons-nous pas position publiquement pour défendre celles et ceux qui nous lisent et sans qui nous ne ferions pas ce métier ? Sommes-nous vraiment attachés à eux, les respectons-nous vraiment si nous nous taisons alors qu’ils souffrent ?
Notre passivité à l’égard du mépris et de l’oppression subies par les enfants et les adolescents me révolte. Bien sûr nous parlons de sujets graves dans nos livres et nous aidons des enfants et des adolescents. Je crois que certains d’entre nous leur donnons des armes ou des moyens de s’en forger eux-mêmes. C’est bien. Mais ça ne suffit pas. J’aimerais que nous nous engagions davantage.
Ce n’est pas simple. Ça veut dire nous faire remarquer. Ça veut dire nous opposer. Ça demande du courage. Et je sais bien : il est très difficile de porter socialement une voix critique. Le contrôle social est là, la censure et la réprobation.
Mais est-ce que défendre les enfants ne devrait pas être le minimum pour des gens qui écrivent et dessinent pour eux ?

Martin Page est auteur.

Bibliographie (jeunesse) :

  • La recette des parents, album illustré par Quentin Faucompré, Rouergue (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • La folle rencontre de Flora et Max, roman coécrit avec Coline Pierré, l’école des loisirs (2016).
  • Le zoo des légumes, roman illustré par Sandrine Bonini, l’école des loisirs (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Plus tard, je serai moi, roman, Rouergue (2013).
  • La bataille contre mon lit, album illustré par Sandrine Bonini, Le Baron Perché (2011).
  • Le club des inadaptés, roman, l’école des loisirs (2010).
  • Traité sur les dragons pour faire apparaître les miroirs, roman, l’école des loisirs (2009).
  • Je suis un tremblement de terre, roman, l’école des loisirs (2009).
  • Conversation avec un gâteau au chocolat, roman illustré par Aude Picault, l’école des loisirs (2009).
  • Juke-box, roman, collectif, l’école des loisirs (2007).
  • Le garçon de toutes les couleurs, roman, l’école des loisirs (2007).

Retrouvez Martin Page sur son site : http://www.martin-page.fr.

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Les invité·e·s du mercredi : Mélanie Rutten, Thierry Dedieu, Carole Fréchette et Loïc Jacob

Par 31 janvier 2018 Les invités du mercredi

Ce mercredi, je vous propose une rencontre avec la merveilleuse Mélanie Rutten que j’ai eu la chance de pouvoir interviewer. Elle nous parle de ses doux albums et revient sur son parcours. Ensuite, Carole Fréchette, Thierry Dedieu et Loïc Jacob nous parlent de l’album très engagé Si j’étais ministre de la Culture.


L’interview du mercredi : Mélanie Rutten

Vos albums sont d’une incroyable poésie, où puisez-vous autant de douceur et d’inspiration ?
Merci…
L’inspiration est un processus complexe à expliquer et qui nous échappe la plupart du temps.
Si certaines choses peuvent être nommées avec l’intellect, l’inspiration met en mouvement toutes nos perceptions sensorielles, nos souvenirs, nos désirs et affects… Les émotions sont souvent, chez moi, au cœur d’un projet. Dessus viennent se greffer des sensations, des couleurs, des lumières, peut-être des intentions plus formelles, une structure de narration… le tout formant une matière brute, une atmosphère floue, mais chatoyante. La littérature, la musique, la photographie ou toute autre forme d’art viennent étoffer ces idées et les faire rebondir.
Rêver d’un livre encore invisible est fantastique, ce sera toujours le plus beau livre du monde. Après il faut ménager la frustration, l’écart entre ses envies et la forme.
L’inspiration est ce moment traqué, mais inattendu, fugace où l’on se connecte avec son être le plus profond.
Tout le monde peut avoir accès à son inspiration, nous sommes remplis d’histoires. La nuit, chacun se raconte des histoires, c’est un besoin fondamental de pouvoir se projeter en arrière, en avant dans le temps.
La douceur, c’est important… surtout lorsque j’aborde des thématiques qui sont parfois complexes.

Comment êtes-vous devenue illustratrice jeunesse, quel a été votre parcours ?
J’ai commencé par entamer des études en psychologie que j’ai abandonnées pour faire un graduat en photographie spécialisé dans le reportage en noir et blanc. Mais à l’époque, j’hésitais aussi avec l’histoire de l’art, le dessin…
Lorsque je redécouvre la littérature jeunesse vers 24 ans, c’est une révélation : le monde de l’enfance, le rapport texte image et la grande liberté graphique que permet le support de l’album m’appellent.
Entourée de livres, je commence mon parcours d’autodidacte à travers lequel j’ai eu la chance de rencontrer et de suivre des ateliers avec des auteures illustratrices comme Montse Gisbert ou Kitty Crowther.

Qu’utilisez-vous comme techniques ?
Les techniques d’illustration varient d’un projet à un autre, car elles participent à la mise en place d’une ambiance graphique qui va porter la narration. Chaque élément participe à donner du sens à l’échelle de l’album.
J’aime aussi pouvoir me donner des défis et m’amuser en explorant d’autres médiums. Jusqu’à présent, j’ai principalement utilisé des crayons de couleurs, feutres, encre de Chine, brou de noix et aquarelle en les mixant parfois ensemble pour créer des accidents dans les matières.

Dans toute votre production, la Nature a une place extrêmement importante, elle est presque personnage. Pour quelles raisons ?
J’aime me sentir connectée avec les animaux, les arbres, la lumière, c’est une source de stabilité, de force. La nature me permet d’exprimer l’appartenance des personnages à un monde plus large qui les englobe et à questionner ce rapport au monde.
La nature, tantôt protectrice, tantôt menaçante, reflète les émotions du personnage et comme lui, est en perpétuel changement. Cela me permet d’introduire la notion du temps : celle du rythme des saisons, du cycle du cosmos, du jour et de la nuit offre un cadre rassurant pour aborder la question de l’impermanence, de la vie et de la mort. La nature nous parle de la grande histoire, celle de l’univers… et noue l’espace au temps, deux notions particulièrement difficiles à ménager dans un album.

Voilà maintenant plusieurs années que vous êtes fidèle aux Éditions MeMo, pouvez-vous nous parler de votre relation à cette belle maison nantaise ?
Lorsque les éditions MeMo ont publié mon premier album Mitsu, un jour parfait, je ne pouvais rêver mieux. J’ai toujours eu beaucoup d’admiration pour leur travail et la manière de le concevoir.
Depuis, je propose mes projets d’albums en toute liberté tant au niveau de la forme que du contenu.
MeMo est une petite maison d’édition menée par une petite équipe, passionnée et exigeante ; un soin infini est dédié à toutes les étapes de conception et de fabrication du livre. Je travaille donc en toute confiance avec eux, car un livre est un travail d’équipe.
Les éditions MeMo veulent défendre au sein de leur catalogue des « livres qui durent », depuis 20 ans tous leurs livres sont encore au catalogue, ce qui est très précieux aujourd’hui au sein d’un marché saturé.

Quelles étaient vos lectures favorites quand vous étiez enfant et adolescente ?
Quelques héros incontournables de mon enfance : Babar, Ranelot et Buffolet, Eloïse, Petzi, Ernest et Célestine, Matilda, le Bon Gros Géant…
Les auteurs que je préfère encore aujourd’hui sont ceux de mon enfance : Maurice Sendak, Arnold Lobel, Roald Dahl… mais aussi Tomi Ungerer, John Burningham.
La littérature « ado » n’était pas encore très développée à mon époque, on passait donc de l’univers des bandes dessinées à Racine ou Zola. Puis il y a eu Maupassant, Kundera, et William Boyd…

De beaux projets à nous dévoiler pour la suite ?
Sans doute une petite aventure à l’échelle de mon personnage pour les plus petits, Ploc.
Et puis, sur ma table de travail, des encres, du brou de noix, de la craie grasse, beaucoup de couleurs pour une histoire peuplée de séquoias géants, d’une montagne creuse, d’un Martin-pêcheur, d’un montreur d’ours et de deux enfants à la recherche du lien entre leurs rêves et leur passé.

Bibliographie sélective :

  • Ploc, éditions MeMo (2017).
  • La Forêt entre les deux, éditions MeMo (2015).
  • Les Sauvages, éditions MeMo (2015).
  • La Source des jours, éditions MeMo (2014).
  • L’Ombre de Chacun, éditions MeMo (2013).
  • Nour, le moment venu, éditions MeMo (2012).
  • Eliott et Nestor, l’heure du matin, éditions MeMo (2011).
  • Öko, un thé en hiver, éditions MeMo (2010).
  • Mitsu, un jour parfait, éditions MeMo (2008).

Son site : http://www.melanierutten.com


Parlez-moi de… Si j’étais ministre de la Culture.

Régulièrement, on revient sur un livre qu’on a aimé avec son auteur·trice, son illustrateur·trice et/ou son éditeur·trice. L’occasion d’en savoir un peu plus sur un livre qui nous a interpellés. Cette fois-ci, c’est sur Si j’étais ministre de la Culture que nous revenons avec Carole Fréchette, Thierry Dedieu et Loïc Jacob.

Carole Fréchette (autrice) :
L’histoire de cet album se déroule en deux temps.
Premier temps. Au printemps 2014, des élections provinciales sont en cours au Québec et, comme toujours, la campagne électorale fait peu de place aux enjeux culturels. Afin de remédier à ce silence, le Conseil Québécois du Théâtre (CQT) invite plusieurs personnalités publiques – artistes, écrivains, gestionnaires culturels – à écrire une lettre ouverte sur le thème « Si j’étais ministre de la Culture… »  En recevant l’invitation du CQT, j’ai d’abord pensé que je n’étais pas la meilleure personne pour élaborer sur cette question. Tout en étant convaincue de la pertinence de cette initiative, je ne me sentais pas les compétences pour me lancer dans des démonstrations socioéconomiques savantes ou pour élaborer des listes de priorités. Je n’avais pas envie, par exemple, de redire qu’il faut créer des ponts entre l’Éducation et la Culture et que l’accès aux arts dès le plus jeune âge est primordial. En 35 ans de pratique théâtrale, j’ai entendu ces revendications des centaines de fois, et même si je les trouve toujours justes, je ne voyais pas l’intérêt de les répéter sur le même ton, avec les mêmes arguments. J’étais donc sur le point de refuser, quand l’idée m’est venue d’un texte plus fantaisiste, entre opinion et fiction. Il y a longtemps, j’avais été frappée par le slogan publicitaire d’une maison d’édition : « Que seraient nos vies sans histoires ? » J’avais aimé cette approche par la négative qui incitait à réfléchir sur le rôle que joue la fiction dans nos vies. Au lieu de marteler l’importance des arts et de la littérature, essayer d’imaginer un monde d’où ils seraient totalement absents. J’ai commencé à faire l’exercice, pour m’amuser. Que seraient nos vies sans musique, sans lecture, sans art public ? J’ai senti que le jeu était vibrant, qu’il pouvait mener loin. Pour mettre en place ce monde desséché, sans élan artistique, je me suis inspirée d’une formidable manifestation qui existe au Québec : « Les Journées de la culture ». Chaque année, pendant un weekend de septembre, on célèbre la culture de mille façons – mini spectacles, visites d’ateliers, répétitions ouvertes, etc. J’en ai pris simplement le contrepied pour créer les « Journées sans culture » ! Beaucoup de gens ont réagi avec enthousiasme à ma petite fiction. Je ne sais pas si elle a eu un quelconque impact sur les politiciens, mais, en tous les cas, elle a fait parler. J’avais posé ma minuscule brique dans le grand édifice du débat démocratique. Je croyais que ça s’arrêterait là.
Deuxième temps. Printemps 2014, toujours. Mon texte commence à circuler. Quelqu’un le fait parvenir à Thierry Dedieu, illustrateur français au parcours impressionnant. Ce dernier s’emballe pour ma petite démonstration et caresse le projet d’en faire un album. Moi, je ne sais rien de tout cela. Je ne connais pas monsieur Dedieu, ni Yves Nadon, qui allait bientôt fonder les Éditions D’eux. En juin 2014, je reçois un courriel de Thierry Dedieu, qui me dit, en gros, qu’il a adoré mon texte, qu’il voudrait en faire un album jeunesse, et il m’envoie une maquette de la chose dans les jours qui suivent ! Je tombe des nues. Je ne savais pas que ce projet se tramait, et je n’avais jamais imaginé que ma lettre ouverte puisse s’adresser à des enfants. Je suis séduite par la force et la beauté du dessin, mais j’ai quelques questions sur certaines coupes opérées dans mon texte et sur la personnification que fait Dedieu du ministre de la Culture : un petit monsieur portant haut-de-forme et queue-de-pie. Je demande : pourquoi pas une femme ministre, puisque c’est moi qui m’imagine dans ce rôle ? D’abord réticent à cette idée, Thierry Dedieu me revient quelque temps après avec une toute nouvelle maquette, encore plus belle, plus percutante, et qui met en vedette une femme ministre à la fois sympathique et redoutable ! Je suis comblée. Voilà mon plaidoyer pour les arts devenu lui-même objet artistique ! Le livre sort aux éditions D’eux, au Québec, puis aux éditions HongFei, Cultures, en France. Double bonheur.

Thierry Dedieu (illustrateur) :
La lettre ouverte écrite par Carole Fréchette sur l’importance de la Culture m’a été envoyée par Gilles Baum, auteur avec lequel je travaille régulièrement, à sa lecture j’ai tout de suite été enthousiasmé par la fulgurance de la démonstration que faisait l’auteure.
Je l’ai contacté aussitôt et je lui ai soumis une adaptation pour en faire un album, je me sentais obligé, investi, j’avais le devoir de faire passer le message dans les écoles.
Comme Carole est canadienne j’ai eu l’opportunité de faire publier l’ouvrage au Canada aux éditions D’eux. Par ailleurs, je souhaitais qu’il soit publié en France et j’ai choisi de le proposer aux éditions Hong Fei.

Loïc Jacob (éditeur) :
En avril 2016, nous avons reçu un mail de Thierry Dedieu dont le sujet portait un unique mot intriguant : « OVNI ». Dans un message concis, Thierry, avec qui nous avons déjà publié plusieurs ouvrages, nous y présentait un projet qui « ne rentre pas dans [n]otre ligne éditoriale [mais qui] pourrait quand même [n]ous intéresser […], une sorte de manifeste en faveur de la culture, un livre engagé en ces temps particuliers. »
De fait, Si j’étais ministre de la Culture de Carole Fréchette et Thierry Dedieu, est un livre à part dans le catalogue HongFei ; mais Dedieu – qui ne manquait pas d’ambition en imaginant un livre possible pour la jeunesse (le texte ayant initialement été écrit en 2014, au Québec, lors d’une campagne électorale, pour bousculer un [é]lectorat adulte) – avait vu juste en nous soumettant le projet.
Maison engagée, nous le sommes, avec une ligne éditoriale qui fait la part belle à l’expérience de l’altérité et de l’interculturalité. Maison militante, non ! Dans la mesure où habituellement nous ne publions pas de livre dont le message précèderait sa lecture par le lecteur et serait porteur d’un mot d’ordre. Or, c’est pourtant bien le cas avec Si j’étais ministre de la culture, conçu autour d’un texte pamphlétaire, d’une image cinglante et complétés par une exhortation en 4e de couverture : « Lis et passe à ton voisin ! »
Alors pourquoi publier un tel ouvrage chez HongFei ? D’abord parce que nous avons été séduits et bluffés par un tour de force : l’autrice et l’illustrateur réussissaient avec une incroyable efficacité à faire sentir la suffocation d’un monde privé de culture et à nous faire rire en même temps par l’absurde de la situation et la drôlerie irritante des images. Ensuite parce que nous aimions voir exposée là une représentation large et ouverte de la « culture » entendue dans sa définition sociologique, laquelle inclut certainement ce qu’on a pris l’habitude de désigner comme la « haute culture » (les arts et lettres ou, pour faire court, une culture esthétisante) mais également le vaste ensemble des productions d’une collectivité valant pour elle expression d’un discours ou d’un imaginaire (où les contenus télévisés, les arts appliqués, le théâtre de Guignol, les créateurs de mode ont aussi droit de cité). Enfin, il faut avouer que nous avons trouvé audacieuse l’idée de Thierry Dedieu de saisir les enfants d’une question qui, tout en les concernant, ne ressort pas de leurs préoccupations ni de leur pouvoir d’agir. Or, il nous est revenu à l’esprit qu’enfants on nous avait sensibilisés à ne pas jeter papiers et cigarettes dans la rue. Pourtant nous ne fumions pas. Mais nos parents oui. Peut-être alors comptait-on un peu sur nous pour influer sur eux… C’est en partie dans cet esprit que, comme éditeur, nous avons travaillé.
Ajoutons que tout cela arrivait à quelques mois d’une campagne électorale présidentielle dont on pouvait pressentir qu’elle ferait peu de place à la question de la culture, et dont nous avons bien vite mesuré qu’elle composerait un environnement propice à la sortie d’un livre engagé.
Nous étions loin d’imaginer, à l’origine du projet, qu’après les élections le ministère de la Culture serait confié à Françoise Nyssen, l’éditrice de Carole Fréchette aux éditions Actes Sud.

 

Si j’étais ministre de la Culture
texte de Carole Fréchette, illustré par Thierry Dedieu, sorti chez HongFei, que nous avons chroniqué ici.

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Les invité·e·s du mercredi : Cathy Ytak et Taï-Marc Le Thanh

Par 24 janvier 2018 Les invités du mercredi

Quel bonheur de recevoir aujourd’hui une autrice dont on aime tant le travail, Cathy Ytak ! Ses histoires sont généralement très fortes, et nous marquent. Son dernier roman, D’un trait de fusain, fait partie de ceux-là. Cela faisait longtemps que nous souhaitions l’interviewer, c’est maintenant chose faite. Ensuite, c’est avec un auteur que nous aimons beaucoup que nous partons en vacances, Taï-Marc Le Thanh. Bon mercredi à vous.


L’interview du mercredi : Cathy Ytak

Parlez-nous « D’un trait de fusain », comment est né ce roman ?
Ce roman est né d’une belle rencontre. Début 2015, Jessie Magana, directrice de la collection Les Héroïques, aux éditions Talents Hauts, m’a contactée pour savoir si j’avais envie d’écrire un roman ado pour cette collection qui, à l’époque, était encore en gestation. Nous avons discuté des thèmes et des époques qui m’intéressaient. Parmi ces thèmes, il y avait « les années sida » avec, en filigrane, une réflexion sur l’engagement militant. Pourquoi s’engage-t-on, lorsqu’on est adolescent, pour telle ou telle cause ? Quels sont les mécanismes qui se mettent en place à ce moment-là ?
D’autre part, depuis quelques années, j’écris sur le corps adolescent, sur la sexualité. Il y a beaucoup à dire, à écrire. C’est un enjeu majeur, un sujet qui concerne tous les ados. L’époque actuelle, en France, est assez paradoxale. Entre liberté d’aimer et retour au puritanisme… Peut-être parce que j’ai milité dès mon adolescence, je suis sensible à ça, et je suis persuadée, comme le dit si bien le Canard Enchaîné, que « la liberté ne s’use que quand on ne s’en sert pas ».
C’était aussi pour moi l’occasion de regarder ces années quatre-vingt, quatre-vingt-dix, ces « années sida », avec un certain recul. J’ai milité quelque temps à Act-up (dès sa création), je suis allée aussi dans une école d’art… Je viens d’une famille où le corps et la sexualité étaient tabous. Il y a pas mal de choses autobiographiques, dans ce roman, mais pas forcément là où on le pense !
Au final, j’ai eu la chance que ce livre soit porté par les éditions Talents Hauts. C’est un livre à la fabrication soignée, avec des rabats, et une superbe couverture signée Julia Wauters.

Comment avez-vous reçu l’accueil critique (vous avez eu énormément d’articles et tous dithyrambiques) ?
Dithyrambiques, je ne sais pas ! Mais c’est vrai, il y a une belle unanimité dans les nombreuses critiques reçues. Ce qui me touche particulièrement, dans ces articles, c’est l’émotion qui s’en dégage. Mon roman touche, émeut, bouleverse, et fait naître parfois des textes très personnels et superbes.
Pour moi, c’est aussi un énorme soulagement… Je n’ai jamais autant douté en écrivant un roman. Il pesait, sur mes épaules, tous les fantômes de cette époque que je porte avec moi ; les ami·e·s disparu·e·s trop tôt, les gens que j’ai aimés et que j’ai vus mourir. J’avais peur de les trahir, je ne pouvais pas les trahir, j’étais effrayée à l’idée de ne pas savoir parler d’eux, de ne pas arriver à transmettre ce qu’ont été pour moi et pour eux ces années-là, où le désespoir côtoyait le rire, la folie, la rage. Je me sentais vraiment responsable de ça… Je ne voulais pas me tromper de discours, pas « être à côté de la plaque ».
À cela s’ajoutaient mes interrogations sur la possibilité de faire passer un message de prévention, en partant d’une époque très éloignée pour les ados d’aujourd’hui. Ce que je raconte, c’est plutôt la vie de leurs parents, pas la leur ! Pourtant, je suis persuadée que certaines choses n’ont pas tant changé, et notamment les rapports amoureux.
Alors, toutes ces critiques, et aussi tous les mails et témoignages personnels que je reçois en marge de ce Trait de fusain, me rassurent et me font plaisir, évidemment. En même temps, c’est assez étrange parce que j’ai le sentiment que nous étions, dans ces années quatre-vingt, quatre-vingt-dix, plus seuls, plus isolés, et qu’il y avait bien moins de bienveillance… Quelle résonance aurait eu mon roman, s’il était paru dans ces années-là ?
C’est peut-être l’histoire qui veut ça… Il faut du temps pour regarder ce qu’on a vécu comme quelque chose qui est « passé dans l’Histoire ».
Le CNL m’a octroyé une bourse pour l’écriture de ce roman. Outre l’aspect pratique de pouvoir me dégager du temps pour l’écrire sans trop galérer financièrement, c’était aussi une reconnaissance de mon travail dans son ensemble, et cela tombait bien.
Je dois également ajouter que j’ai la chance d’avoir autour de moi des gens qui me soutiennent, et qui ont été là, pendant ces mois d’écriture. Je partais d’une matière sensible, de douleurs parfois pas complètement cicatrisées. Ils ont su m’encourager, écouter mes doutes, me rassurer et me tenir la main. Éric, Thomas, Gilles, Jessie… Je ne vous remercierai jamais assez !

J’aimerais aussi que vous disiez quelques mots sur le très joli roman Tu vois, on pense à toi !
Ce roman-là, pour les plus jeunes, est aussi né d’une rencontre. J’avais été invitée pour le salon du livre jeunesse « Aix Libris » sur l’île d’Aix, avec Thomas Scotto et Gilles Abier. Un salon extraordinaire dans un lieu incroyable… L’année suivante, j’y suis retournée juste pour une lecture publique… et je me suis offert une espèce de « résidence d’écrivain » sur mesure, avec un défi : écrire en cinq jours une histoire qui aurait l’île d’Aix pour cadre. Lorsque je suis arrivée sur l’île, je n’avais aucune idée de ce que j’allais écrire… Et puis, très vite, s’est imposée l’idée que mon histoire ne pouvait que tourner autour de l’amitié, mais aussi du rapport entre fiction et réalité.
J’ai tenu mon pari : j’ai écrit cette histoire en cinq jours… Je l’ai ensuite envoyée aux éditrices de chez Syros qui se sont montrées très enthousiastes. Mais le texte était trop court pour elles. Je l’ai donc étoffé pour en faire un vrai roman jeunesse, pour les 9-11 ans. Ce roman est dédié à Thomas et à Gilles, et c’est bien sûr un clin d’œil à mes amis, collègues et complices de L’Atelier du Trio, Thomas Scotto et Gilles Abier. Sans eux, ce roman n’aurait sans doute jamais vu le jour.

Comment naissent vos histoires ?
D’une espèce de nécessité à dire, à partager quelque chose. Il y a quelques années, je suis tombée sur cette phrase de Jean-Claude Mourlevat « Écris ce que toi seul peux écrire ». Et je suis d’accord avec ça. Nous avons tous et toutes nos particularités, notre histoire… Et c’est de ce matériau unique qu’il peut sortir quelque chose de singulier. J’ai longtemps souffert d’une sensibilité exacerbée. Elle m’a empoisonné la vie mais c’est elle qui, aujourd’hui, paradoxalement, me permet d’écrire des textes que l’on qualifie de « sensible ». Je reste à l’écoute du monde, de ses pulsations, de ses violences, de ses beautés cachées… Mes histoires naissent de ça, et s’en nourrissent.
Même si c’était encore plus vrai lorsque j’étais plus jeune, je crois que j’écris toujours pour mieux comprendre et appréhender le monde qui m’entoure, pour en dénoncer les travers, mais aussi, parfois, pour tenter de le ré-enchanter.

Pouvez-vous nous parler de votre parcours et de la manière dont vous êtes venue à l’écriture ? 
J’ai quitté l’école à tout juste 18 ans avec un CAP de reliure manuelle. J’en ai profité pour prendre mon indépendance, et j’ai commencé à travailler. Je laissais derrière moi une adolescence chaotique, difficile, violente. L’écriture a toujours fait partie de ma vie. Elle a été un moyen de communication, de compréhension, de guérison, de partage, d’ouverture aux autres, et enfin de vrai plaisir. Adolescente, elle m’a permis de ne pas sombrer. Adulte, elle m’a donné de grandes joies. Je lui dois de superbes rencontres, des amitiés, des moments forts, inoubliables.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Je n’ai pas vraiment de souvenirs de mes lectures d’enfant. Si ce n’est que, avant même de savoir lire et écrire, je « faisais semblant de lire », avec n’importe quel livre pris dans la bibliothèque de mes parents !
Lorsque j’étais ado, il n’y avait pas de romans spécifiques pour mon âge, et ceux pour adultes ne m’intéressaient pas beaucoup…
Le premier roman qui m’a vraiment marquée, c’était La maison des autres de Bernard Clavel. Je l’ai lu je devais avoir 13 ou 14 ans. Une révélation ! Tant au niveau de l’écriture que dans le thème traité (l’émancipation d’un apprenti pâtissier).
En revanche, il y avait, chez mes grands-parents, presque tous les livres des éditions Arthaud, et je les dévorais, tout comme mon frère aîné. Récits d’aventures, de voile, de voyages sur les mers, de navigations… Ce qui est drôle, c’est le résultat de ces lectures : dès qu’il a pu, mon frère s’est acheté un voilier… Alors que moi je n’ai jamais eu envie de naviguer… mais de vivre au bord de la mer, oui ! Au fond, les livres ont été, et sont encore, mes plus beaux voyages.
Dans le même temps, je lisais aussi tout ce que je trouvais sur la prison, le milieu carcéral. Je me sentais très peu libre, à l’adolescence… et je m’interrogeais beaucoup sur la privation de liberté. Sur les idées que l’on défend et qui peuvent mener en prison. J’avais des amis qui, à l’époque, refusaient de faire leur service militaire. Certains ont été incarcérés. Je me suis très tôt interrogée sur ça : jusqu’où suis-je prête à aller pour défendre mes idées ?

Que lisez-vous en ce moment ?
La mise à nu de Jean-Philippe Blondel. C’est un auteur que j’aime, tant en jeunesse qu’en adulte. Une musique de mots, douce, tranquille… et l’émotion qui surgit d’un coup, sans prévenir.
Je lis aussi, un peu en avant-première, le prochain gros roman de Gilles Abier qui sort en février chez Actes Sud : Stéréotypes. J’ai eu l’immense privilège de le voir s’écrire, et je suis heureuse de le relire sous sa forme définitive. C’est un vrai plaisir !

Sur quoi travaillez-vous actuellement ?
J’hésite à répondre à cette question… Je n’aime pas parler de mes textes en cours d’écriture. Non pas par superstition, mais parce que je ne suis jamais à l’abri d’une bonne ou d’une mauvaise surprise… Peut-être que le texte sur lequel je travaille en ce moment ne verra jamais le jour. Peut-être que demain je vais subitement en stopper l’écriture pour partir sur autre chose qui me semblera plus urgente… Peut-être que je vais mettre un an à le terminer, ou peut-être sera-t-il fini cette nuit et ne trouvera jamais d’éditeur… Trop d’incertitudes pour en parler… Mais une chose est sûre… En ce moment, j’écris. Avec mes doutes et mes interrogations, mais aussi avec plaisir, rage, détermination, et ténacité.
Ténacité… C’est un joli mot pour terminer cette interview, non ?

Bibliographie sélective :

  • D’un trait de fusain, roman, Talents Hauts (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Tu vois, on pense à toi !, roman, Syros (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Ça change tout !, album illustré par Daniela Tieni, L’atelier du poisson soluble (2017).
  • Moi et ma bande / Zélie et moi, roman coécrit avec Thomas Scotto, Rouergue (2017).
  • Libre d’être, album co-écrit avec Thomas Scotto, illustré par Thomas Scotto, Éditions du Pourquoi Pas ? (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Les mains dans la terre, roman, Le Muscadier (2016).
  • La Seule Façon de te parler, roman, Syros (2015).
  • 50 minutes avec toi, roman, Actes Sud Junior (2015), chroniqué ici.
  • Pas couché, roman, Actes Sud Junior (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Petits ruisseaux, album illustré par Vincent Mathy, Sarbacane (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • Les aventures du livre de géographie qui voulait voyager avant de s’endormir, théâtre, Syros (2010).

Retrouvez Cathy Ytak sur :

Son site : http://cathy-ytak.fr
Son blog : http://blog.cathy-ytak.fr
Le site de L’Atelier du Trio : http://atelier-du-trio.net


En vacances avec… Taï-Marc Le Thanh

Régulièrement, nous partons en vacances avec un·e artiste. Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais moi j’adore partir comme ça avec quelqu’un, on apprend à la·le connaître notamment par rapport à ses goûts… cet·te artiste va donc profiter de ce voyage pour nous faire découvrir des choses. On emporte ce qu’elle·il veut me faire découvrir. On ne se charge pas trop… Des livres, de la musique, des films… sur la route on parlera aussi de 5 artistes qu’il·elle veut me présenter et c’est elle·lui qui choisit où l’on va… 5 destinations de son choix. Cette fois-ci, c’est avec Taï-Marc Le Thanh que nous partons ! Allez, en route !

5 albums jeunesse :

  • Night Kitchen – Maurice Sendak
  • Caroline au Canada – Pierre Probst
  • ABC – Marion Arbona
  • Le Chien que Nino n’avait pas – Edward van de Vendel – Anton Van Hertbruggen
  • Quand papa était petit, il y avait des dinosaures – Vincent Malone – André Bouchard

5 roman :

  • Moravagine – Blaise Cendrars
  • Tokyo – Mo Hayder
  • Butcher Boy – Patrick McCabe
  • Les amants du Spoutnik – Haruki Murakami
  • 22/11/63 – Stephen King

5 DVD :

  • Bonnie & Clyde – Arthur Penn
  • Phantom of Paradise – Brian de Palma
  • Tandem – Patrice Leconte
  • Old Boy – Park Chan-Wook
  • Le tigre et la neige – Roberto Benigni

5 CD :

  • Chunga’s Revenge – Frank Zappa
  • White Pony – Deftones
  • The Way – Macy Gray
  • Music to make Love to Your Old Lady by – Lovage
  • Mute – Demians

5 artistes :

  • Henri de Toulouse-Lautrec
  • Francisco de Goya
  • Norman Rockwell
  • Jérôme Bosh
  • Jean-Léon Gérôme

5 BD :

  • Astérix Légionnaire – René Goscinny – Albert Uderzo
  • Akira – Katsuhiro Ôtomo
  • Saga – Brian K. Vaughan – Fiona Staples
  • Le grand pouvoir du Chninkel – Grzegorz Rosinski – JeanVan Hamme
  • Sin City – Frank Miller

5 lieux :

  • New-Orleans – Cimetière St-Louis
  • Portugal – Cap St-Vincent
  • Île d’Ouessant – Pointe de Pern
  • Sardaigne – Plage de Piscinas
  • Moscou – Gorki Parc

Taï-Marc Le Thanh est auteur.

Bibliographie (sélective)  :

  • Quetzalcoatl, album illustré par Eric Puybaret, Gautier-Languereau (2017).
  • Les 7 de Babylone – Tome 1 : La mémoire des Anciens, roman, Slalom (2017).
  • série Le Jardin des épitaphes, romans, Didier Jeunesse (2016-2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Le Carnaval Jazz des animaux, livre-CD, illustré par Rose Poupelain, raconté par Édouard Baer, musique de The Amazing Keystone Big Band d’après Camille Saint-Saëns, Gautier-Languereau (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Yéti, album illustré par Rebecca Dautremer, Gautier-Languereau (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • série Jonah, six tomes, Didier Jeunesse (2013-2015), que nous avons chroniqué ici et .
  • Elvis, album illustré par Rebecca Dautremer, Gautier-Languereau (2008).
  • Série Séraphin Mouton, albums illustrés par Rebecca Dautremer, Gautier-Languereau (2007-2008).
  • Cyrano, album illustré par Rebecca Dautremer, Gautier-Languereau (2005),
  • Babayaga, album illustré par Rebecca Dautremer, Gautier-Languereau (2003), que nous avons chroniqué ici.

Retrouvez le sur son site http://www.taimarclethanh.fr .

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