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Les invités du mercredi

Les invité.e.s du mercredi : Anne-Caroline Pandolfo et Xavier-Laurent Petit

Par 19 avril 2017 Les invités du mercredi

Aujourd’hui, pour ma toute première interview, je rencontre Anne-Caroline Pandolfo ! Elle nous parle de bandes dessinées, d’albums de jeunesse mais aussi de son parcours. Ensuite, je pars en vacances avec le merveilleux Xavier-Laurent Petit ! Bon mercredi à toutes et à tous !


L’interview du mercredi : Anne-Caroline Pandolfo

Comment vous est venue l’idée de l’album Un portrait au poil qui est absolument génial et est-ce que vous avez autant ri en le créant que moi en le lisant ?
C’est toujours très difficile pour moi de dire comment une idée m’est venue. Je ne sais pas trop, ça vient, tout à coup c’est là, et je me pose la même question que vous. Ce qui est rassurant, c’est la cohérence qui s’installe d’un projet à l’autre, et même entre les livres jeunesse et la BD adulte. En l’observant, je me dis que quelque chose motive ces projets qui vient du même fond, et je continue pour apprendre un jour de quoi il s’agit. Ce qui est sûr c’est que j’ai en effet beaucoup ri en le faisant, et que je ris encore en le lisant. Je suis surprise des expressions de ces drôles d’animaux, et j’aime bien cette espèce de mauvaise foi qu’ils ont. Ils ont un goût du drame, ce qui est très drôle pour moi. Ils exagèrent, ils en font trop, ils sont à la fois fragiles et imbus d’eux-mêmes. Oui, ça me fait rire. Et plus sérieusement, l’histoire soulève la question de l’identité, de qui on est et qui on aimerait être, c’est très important, à tout âge.

Et quelles sont vos techniques d’illustration ?
Pour cet album, c’est de la gouache. C’est très beau la gouache, c’est mat et extrêmement lumineux, cela permet aussi des contours précis, ce qui est important sur des poses tordues. Je travaille aussi à l’aquarelle, ce sont des techniques très malléables. Pour commencer je fais des croquis avec un crayon un peu gras, je trouve les expressions comiques et les poses, les échanges de regards. Ensuite, il faut garder ce premier geste dans le dessin finalisé et propre.

Quelle est la raison de votre collaboration avec Talents Hauts ? Est-ce que c’est une maison qui vous parle particulièrement ?
D’abord ce sont de très bonnes éditrices, très agréables, consciencieuses et respectueuses du travail de l’auteur, c’est vraiment important, et puis elles font de beaux livres, bien suivis avec de belles impressions, de belles maquettes. Ensuite, oui c’est une maison qui m’intéresse particulièrement. Elles ont une ligne essentielle aujourd’hui, les discriminations en tout genre sont intolérables, et la littérature jeunesse est un médium décisif pour espérer que cela change : il faut commencer par là. Je suis effarée de voir le chemin qu’il y a encore à parcourir ! Les enfants sont encore enfermés dans des préjugés inadmissibles sur ce que doit être un garçon, ce que doit être une fille, et beaucoup de parents y contribuent sans en avoir conscience.
J’ai deux enfants, un garçon et une fille de 8 ans (jumeaux), je suis très sensibilisée à la question, d’autant que je ne supporte pas l’idée que l’un d’eux puisse ressentir une gêne à être ce qu’il/elle est ! Dernièrement ils sont revenus de classe verte où un karaoké a été organisé pour eux : les animateurs ont mis à tour de rôle des chansons pour filles, et des chansons pour garçons… je n’en revenais pas ! Les chansons pour garçons sont celles que ma fille et mon fils écoutent tous les jours, les chansons pour les filles sont toutes les licences Disney (Reine des neiges, etc.). Regardons un catalogue célèbre de vêtements pour enfants, ceux des garçons sont faits pour bouger, courir, avec des pantalons « indéchirables », des chaussures amortissantes, respirantes, des looks baroudeurs aux couleurs de la nature. Les vêtements des filles sont pastels, du blanc au corail, des petites robes fines à ne pas salir, des chaussures à lanières avec une semelle toute plate et toute lisse parce qu’elles ne sont pas prévues pour marcher avec, encore moins courir… c’est simplement révoltant. Je fais partie du « Collectif des créatrices de BD contre le sexisme », c’est un groupe courageux qui mène un combat difficile, dans le détail, parce que même dans des milieux créatifs on a affaire à des discriminations d’un autre âge. L’image de la femme aujourd’hui, n’est pas encore partout, celle d’un être humain complet.

Qu’est ce que vous dévoriez enfant ? Des romans, des albums, de la BD ?
De la BD, tout ce qui me passait sous la main, et j’ai relu des dizaines de fois tous les Tintin. J’aimais particulièrement Philémon qui se retrouvait dans des mondes parallèles, ça m’impressionnait beaucoup. J’ai lu beaucoup de romans, je lisais énormément, et je continue à le faire. J’ai un souvenir particulier pour Mon bel oranger de José Mauro de Vasconcelos, et aussi pour Le grand Meaulnes d’Alain Fournier.

Vous faites de la jeunesse, certes, mais surtout beaucoup de bande dessinée avec votre comparse Terkel Risbjerg, d’ailleurs vous êtes même passés à La grande librairie sur France 5 le 28 janvier pour votre album, La Lionne. À quel point le travail en BD est différent du travail en jeunesse ?
C’est très différent, en effet, mais cela se rejoint également par certains côtés. Je crois que dans la BD adulte, les idées me viennent au rythme des questions que je me pose. J’intellectualise beaucoup avant de me sentir à l’aise avec mon sujet pour le rendre « sensible », par le dialogue, le choix des scènes, le découpage et évidemment le dessin. Mon idée est de dés-intellectualiser (gros mot !) des idées qui sont profondes pour moi. Garder la profondeur en faisant un récit imagé, évocateur. Je travaille avec Terkel Risbjerg qui m’apporte son talent de dessinateur, il peut tout faire, il rend possibles mes idées sous forme d’images, c’est une très belle collaboration. Dans l’album jeunesse, mon rapport au sensible est peut-être plus direct.
Les idées qui me viennent relèvent d’une manière plus enfantine, inspirées par mes enfants et ceux que je côtoie, c’est à eux que je m’adresse. J’essaie, autant que possible, de garder une grande liberté de récit et de dessin. Mais je vois bien que le fond est le même, c’est l’attitude par rapport à la lecture qui change. J’ai des sujets récurrents, les questions d’identité, la quête de soi et celle des autres, c’est toujours la même histoire, parfois c’est l’enfant qui parle, parfois l’adulte (et parfois aussi les deux en même temps).

Si vous deviez donner un top 10 des BD qui composent votre bibliothèque intérieure, ça donnerait quoi ?
1. Mambo, de Claire Braud, ed. L’association.
2. Francès I/II/III, de Joanna Hellgren, ed. Cambourakis.
3. L’entrevue, de Manuel Fior, ed. Futuropolis.
4.  B&F, de Gregory Benton, ed. Ça et Là.
5. David, les femmes et la mort, de Judith Vanistendael, ed. Le Lombard
6. Salto, de Judith Vanistendael, ed. Le Lombard
7. Zaï Zaï Zaï Zaï de Fabcaro, ed. 6 pieds sous terre.
8. Ulysse les chants du retour, de Jean Harambat, ed. Actes Sud
9. Beauté, de Kerascoët, ed. Dupuis.
10. Klezmer, de Joann Sfar, ed. Gallimard.

Est-ce que vous voulez bien nous parler un peu de votre parcours, de votre licence de Lettres Modernes à votre participation au dessin animé Pop Secret (d’ailleurs, est-ce que vous saviez qu’il y a une marque de popcorn qui s’appelle pop secret ?) en passant par The Wall Street journal et même encore après ?
C’est déjà une longue histoire ! J’ai fais mes études à Strasbourg en Lettres Modernes, puis aux Arts Décoratifs. J’étais très heureuse dans cette école. J’y ai rencontré Isabelle Simler, nous sommes devenues amies et nous avons partagé un atelier. Ensemble nous nous sommes lancées dans l’illustration, et très vite, nous avons rencontré un agent à Paris, « Marie & Nous » qui s’est occupée de nos affaires. Nous avons beaucoup travaillé pour la publicité et la presse. Nous étions encore rares à travailler l’illustration en numérique. Un jour, nous avions fait une affiche pour la SNCF qui était accrochée dans le métro, et un producteur de dessins animés (Method films) est passé par là. Il nous a contactées. Nous nous sommes rencontrés, et nous avons travaillé ensemble, en association avec un autre producteur « Futurikon » pendant presque 10 ans. Nous avons créé l’univers graphique (personnages, décor, style) des séries télé Flatmania et Popsecret (oui j’étais au courant pour le pop corn), puis nous sommes passées à la réalisation. Réaliser une série animée est une excellente école ! Il faut aller vite, il faut travailler avec de grandes équipes, superviser les scénarios, les story-boards, la production graphique, les plans d’animation, la musique, le son, les voix… C’est très excitant.
J’ai rencontré Terkel Risbjerg (avec qui je travaille aujourd’hui en BD et avec qui j’ai 2 enfants sur la production, il était notre chef décorateur. Avec Isabelle, nous avons changé d’agent pour ouvrir un peu le champ à nos illustrations, et nous avons travaillé avec un agent américain « Anna Goodson » basé au Canada, et puis nos vies ont changé. Nous avons arrêté le dessin animé, j’ai déménagé et quitté Paris, j’ai eu besoin de travailler de façon plus personnelle, j’ai eu des enfants…
J’ai aussi un peu pris en grippe mon ordinateur après avoir passé tant de temps penchée dessus, alors j’ai recommencé à dessiner à la main, à profiter des matières, des papiers, de l’eau, de l’huile, et j’ai complètement abandonné le dessin numérique. Un grand renversement, une révolution à l’envers.
Je me suis mise à écrire des scénarios et à les envisager en bande dessinée avec Terkel au dessin, et nous avons trouvé notre 1er éditeur : Sarbacane à Paris. Nous avons publié Mine, une vie de chat, l’Astragale, Le Roi des scarabées et La Lionne chez Sarbacane. Ensuite nous avons eu une proposition (entre autres), des éditions du Lombard et nous avons publié chez eux Perceval. Nous avions envie de garder notre liberté d’auteur et de ne pas être associés à une seule maison d’édition. Parallèlement, j’ai fais plusieurs albums jeunesse, Les artistes aux éditions l’Edune, un livre que j’aime beaucoup, mais l’éditeur a disparu, aucun contact possible, un livre dans la nature… et puis chez Amaterra, les Upsilottes et Pépito ainsi qu’un carnet d’activité, et avec Talents Hauts, nous avons fait les deux derniers en date, La Cagoule, Un portrait au poil, et j’espère d’autres à venir.

Et sinon, quels sont vos futurs projets ? Plutôt BD, plutôt jeunesse, plutôt animation ?
Plutôt BD. Je travaille actuellement sur deux beaux projets BD, avec Terkel Risbjerg. Pour le printemps 2018, nous avons signé avec Sarbacane une adaptation d’un roman américain contemporain : Serena de Ron Rash. Un grand récit choral, plein de personnages, une nature gigantesque… Et puis un autre dont il m’est plus difficile de parler maintenant, mais qui nous tient à cœur car nous y pensons déjà depuis des années. Par ailleurs, je travaille encore sur un projet de bande dessinée jeunesse, que je dessine moi-même, je n’ai pas encore cherché son éditeur mais cela ne va pas tarder.

Bibliographie :

  • Perceval, BD avec Terkel Risbjerg au dessin, Lombard (2016).
  • Un portrait au poil, album, Talents hauts, (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • La Lionne, un portrait de Karen Blixen, BD avec Terkel Risbjerg au dessin, Sarbacane (2015).
  • La Cagoule, album, Talents hauts (2015).
  • Les petits curieux de la nature, cahier d’activités, Amaterra (2015).
  • Le Roi des scarabées, BD avec Terkel Risbjerg au dessin, Sarbacane (2014).
  • Upsilotte et Pépito, série de 3 albums, Amaterra (2013-2014).
  • L’Astragale, BD avec Albertine Sarrazin et Terkel Risbjerg au dessin, Sarbacane (2013).
  • Les Artistes, album, L’Edune (2012)
  • Mine, une vie de chat, BD avec Terkel Risbjerg au dessin, Sarbacane (2012).


En vacances avec… Xavier-Laurent Petit

Régulièrement, nous partons en vacances avec un.e artiste. Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais moi j’adore partir comme ça avec quelqu’un, on apprend à la.le connaître notamment par rapport à ses goûts… cet.te artiste va donc profiter de ce voyage pour nous faire découvrir des choses. On emporte ce qu’elle.il veut me faire découvrir. On ne se charge pas trop… 5 de chaque ! 5 albums jeunesse, 5 romans, 5 DVD, 5 CD, sur la route on parlera aussi de 5 artistes qu’il.elle veut me présenter et c’est elle.lui qui choisit où l’on va… 5 destinations de son choix. Cette fois-ci, c’est avec Xavier-Laurent Petit que nous partons ! Allez, en route !

5 albums jeunesse :

  • Max et les maximonstres, de Maurice Sendak
  • Le Géant de Zéralda, de Tomi Ungerer
  • Les Derniers Géants, de François Place
  • Loup y es-tu ?, de Mitsumasa Anno
  • Papa sur la lune, d’Adrien Albert

5 romans :

  • Le Roi des aulnes, de Michel Tournier
  • Le Chasseur, de Julia Leight
  • Sukkwan Island, de David Vann
  • Dalva, de Jim Harrison
  • Le Vieux qui lisait des romans d’amour, de Luis Sepulveda

5 BD :

  • Les Cités obscures, de François Schuiten et Benoît Peeters
  • Le Magasin général, de Tripp et Loisel
  • Transperceneige, de Lob, Rochette et Legrand
  • Lulu femme nue, d’Étienne Davodeau
  • Persépolis, de Marjane Satrapi

5 DVD :

  • Dans ses yeux, de Juan José Campanella
  • The Ghost writer, de Roman Polanski
  • Mystic River, de Clint Eastwood
  • Fargo et The big Lebowski, de Joel et Ethan Coen
  • Le Goût des autres, d’Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri

5 CD :

  • Concertos italiens, de J.S. Bach, par Alexandre Tharaud
  • IV, de Led Zeppelin, avec le somptueux Stairway to heaven : 8 minutes de rock et de pur bonheur !
  • Continuo, d’Avishaï Cohen
  • Exile on Main Street, des Rolling Stones
  • Missa votiva, de Jan Dismas Zelenka

5 lieux :

  • Le Scoresby Sund : le plus grand fjord du monde, à 600 km au nord du cercle polaire, sur la côte est du Groenland. À son embouchure, Ittoqqortoormiit est le village le plus septentrional de cette même côte. Autant dire le bout du monde !
  • La Savane-roche Virginie, en Guyane
  • Le Cap Corse
  • Les lacs italiens
  • Baume les messieurs, dans le Jura

5 artistes :

  • Pierre Bonnard
  • Marige Ott
  • Dorothea Lange
  • Hokusaï
  • Edward Hopper

Xavier-Laurent Petit est auteur de romans.

Bibliographie jeunesse sélective :

  • Le fils de l’Ursari, l’école des loisirs (2016).
  • Un monde sauvage, l’école des loisirs (2015).
  • Itawapa, l’école des loisirs (2013).
  • Ma tête à moi, l’école des loisirs (2010).
  • Mon petit cœur imbécile, l’école des loisirs (2009).
  • L’Attrape rêves, l’école des loisirs (2009).
  • Il va y avoir du sport mais moi je reste tranquille, recueil de nouvelles collaboratif, l’école des loisirs (2008).
  • La Route du Nord, l’école des loisirs (2008).
  • Be safe, l’école des loisirs (2007).
  • Mastro, l’école des loisirs (2005).
  • Charlemagne, l’école des loisirs (2005).
  • Marie Curie, l’école des loisirs (2005).
  • Le Col des Milles Larmes, l’école des loisirs (2004).
  • Les yeux de Rose Andersen, l’école des loisirs (2003).

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Les invité.e.s du mercredi : Anne-Isabelle Le Touzé et Martin Page

Par 12 avril 2017 Les invités du mercredi

Aujourd’hui, c’est avec Anne-Isabelle Le Touzé que nous avons rendez-vous. Avec elle nous revenons sur son actualité et sur son parcours. Ensuite, je vous propose de partir en vacances avec un grand nom de la littérature, Martin Page. Nous vous souhaitons un bon mercredi !


L’interview du mercredi : Anne-Isabelle Le Touzé

Pouvez-vous nous présenter Je veux voir le directeur, l’album plein d’humour que vous venez de sortir aux éditions Clochette ?
Je veux voir le directeur a été écrit au départ pour mon amie Christine Davenier à qui j’avais depuis longtemps envie de proposer un texte.
Nous avions déjà plusieurs fois évoqué l’idée de travailler ensemble, et j’avais envie (exercice que je n’ai encore jamais pratiqué : écrire un texte pour un autre illustrateur) qu’elle pose sur mon texte ses dessins enlevés, tendres et pleins d’humour.
Comme je suis connectée à ma radio du matin au soir, je me suis mise à réfléchir à une histoire d’actualité, et plus précisément sur… des élections ! Et j’ai inventé ce cochon, nouvel arrivant dans une ferme et qui, apprenant qu’il n’y a pas de directeur, décide de se présenter pour le poste. Bien sûr d’autres animaux vont se mettre également en lice et il y aura une mini campagne électorale à l’issue de laquelle ce nouveau directeur sera élu… non sans mal !

Quasiment au même moment vous sortez Monsieur Émile et petit Tom chez Pastel.
Cette histoire de Monsieur Émile et petit Tom, je l’ai créé il y a des années. Je dirais même qu’elle me vient du temps où j’étais moi même enfant (il y a presque cent ans !). J’adorais inventer des histoires un peu magiques avec des personnages fantaisistes…
Petit Tom a ainsi évolué, mais se confrontant toujours à une situation concrète (faire un dessin) qui dégénère. Ce qui est amusant c’est que la première réaction des enfants est une interrogation : Petit Tom, c’est un garçon ou une fille ? (il s’appelle Tom mais il a une robe), puis ils se laissent prendre par l’histoire de ces crayons magiques.

Comment naissent vos histoires ?
Je suis incapable de vous dire précisément comment naissent mes histoires. Certaines, comme Pips s’imposent d’elles-mêmes (l’histoire d’un petit oiseau qui ne peut pas dormir car ses parents l’en empêchent en l’appelant, se disputant… et à l’époque ma fille me réveillait toutes les nuits).
Je peux être interpellée par des événements extérieurs (mon histoire d’élection)… et de plus en plus je commence par le dessin, gribouille des personnages, les fais évoluer…
En fait j’ai dix mille histoires sous le coude, non éditées, et parfois je vais également remettre le nez dedans (comme pour Monsieur Émile et Petit Tom).

Quelles techniques d’illustration utilisez-vous ?
J’utilise beaucoup de techniques différentes. Lorsque j’ai débuté dans l’illustration jeunesse, je vivais entre la France et l’Allemagne. Pour la France je travaillais à l’aquarelle, encres et encre de Chine, et pour l’Allemagne, au pastel gras. Puis au bout d’une dizaine d’années, j’ai eu envie d’essayer de nouvelles choses. J’ai des albums à l’acrylique, au crayon de couleur, avec des collages, faits sur ordinateur, à la gouache… et des mélanges de tout ça !
Je fais des albums très simples graphiquement (Monsieur Émile et Petit Tom) et d’autres comme Est-ce que la maîtresse dort à l’école qui m’a pris beaucoup de temps car je voulais travailler chaque image presque comme des petits tableaux (avec un mélange de gouaches et crayons).

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
J’ai toujours aimé écrire et dessiner (j’ai entamé, enfant, quantité de romans) et après le bac je suis rentrée aux Beaux Arts de Rennes. J’y ai rencontré Andrée Prigent (et nous sommes restées grandes amies) et c’est grâce à elle que je me suis lancée dans l’édition jeunesse. Elle a commencé un peu avant moi, et c’est elle qui m’a poussée à prospecter auprès des éditeurs (à l’époque je ne savais pas trop ce que j’avais envie de faire).
J’ai eu la chance de faire très vite mon premier album chez Didier jeunesse avec qui j’ai réalisé plusieurs livres. Puis je suis partie vivre en Allemagne, et j’ai beaucoup travaillé pour une maison d’édition, Coppenrath verlag. Ce qui est marrant c’est que lorsque je dessinais pour les Allemands, ils me reprochaient souvent un travail trop « français » (?). Et lorsque je retrouvais mes éditeurs français, ils me demandaient de me lâcher plus… C’est anecdotique, mais je me rends compte que j’ai mis du temps à trouver vraiment mon style, ayant toujours peur d’en faire trop ou pas assez !

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Si vous me lancez sur mes lectures, on n’a pas fini !!! J’ai toujours ADORÉ lire, c’était pour moi une nécessité (ça l’est toujours, et je ne peux toujours pas m’endormir sans avoir lu quelques pages. Me retrouver sans livre par ex dans un hôtel lors d’un salon… c’est une catastrophe ! Je me souviens d’une anecdote avec Amélie Sarn, autre grande lectrice : sur un salon nous avions toutes deux oublié d’emporter un livre. Nous avons été demander à la réception si un client n’avait pas oublié un roman quelconque. Et, oui, il y en avait un ! Mais un seul… Du coup on a tiré au sort, et je me souviens que j’ai gagné. J’ai donc emporté le livre tandis qu’Amélie piquait tous les magazines disponibles qui traînaient sur une table !)
Mais pour en revenir à mes lectures, j’avais la chance d’avoir une famille très tournée vers les livres et chez mes grands-parents paternels comme chez ma grand-mère maternelle il y avait une importante bibliothèque. Toute petite j’ai lu tous les albums du Père castor, puis plus grande je me suis plongée dans les Comtesse de Ségur (la magnifique première bibliothèque rose, avec des gravures qui m’ont faite rêver). Mais j’avais également des Club des cinq, les Fantômette, Bennett et Mortimer (qui me font toujours hurler de rire). Puis j’ai découvert la fabuleuse bibliothèque internationale, chez Nathan, avec les Moumines (probablement le n° 1 du top 50 de mes lectures favorites), et des tas d’autres titres venant du monde entier. J’ai également dévoré les Okapi auxquels j’étais abonnée, mais aussi les Semaines de Suzette que ma mère a conservés.
Adolescente j’ai continué à lire beaucoup, tout ce qui me tombait sous la main. J’alternais -et toujours maintenant- des classiques avec des romans plus actuels. Comme j’aime les romans d’épouvante, j’ai commencé à lire Stephen King (je crois les avoir tous !). Puis j’ai découvert Bilbo le Hobbit et Le Seigneur des anneaux que j’ai dû lire 20 fois !

Quels sont vos projets ?
Ce troisième trimestre va être bien rempli car je vais beaucoup me déplacer sur des salons.
Et entre deux salons je travaillerai sur différentes choses, des albums en duo avec mon amie Elsa Devernois, mais aussi une compilation de proverbes chinois très amusants que j’aimerais proposer à des éditeurs (j’ai une sœur qui parle et écrit le chinois et qui m’a envoyé une liste savoureuse de citations). Et puis retravailler des projets, et pour l’instant je vais vers des albums destinés plutôt aux plus petits.

Bibliographie (sélective) :

  • Je veux voir le directeur !, texte et illustrations, Éditions Clochette (2017).
  • Monsieur Émile et petit Tom, texte et illustrations, l’école des loisirs (2017).
  • Surprise !, texte et illustrations, Les p’tits bérets (2016).
  • Est-ce que la maîtresse dort à l’école ?, illustration d’un texte de Carole Fives, l’école des loisirs (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Timoléon, illustration d’un texte de Steve Waring, Les éditions des Braques (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • Le roi-lapin, illustration d’un texte de Nadine Brun-Cosme, l’école des loisirs (2011).
  • Les vaches de Noël, texte et illustrations, Didier Jeunesse (2009).
  • Tous sauf un, illustration d’un texte de Nadine Brun-Cosme, Points de suspension (2009), que nous avons chroniqué ici.
  • Antoine déménage, texte et illustrations, l’école des loisirs (2007).

Retrouvez Anne-Isabelle Le Touzé sur son site : http://minisites-charte.fr/sites/anne-isabelle-le-touze.


En vacances avec… Martin Page

Régulièrement, je pars en vacances avec un.e artiste (je sais vous m’enviez). Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais moi j’adore partir comme ça avec quelqu’un, on apprend à la.le connaître notamment par rapport à ses goûts… cet.te artiste va donc profiter de ce voyage pour me faire découvrir des choses. On emporte ce qu’elle.il veut me faire découvrir. On ne se charge pas trop… 5 de chaque ! 5 albums jeunesse, 5 romans, 5 DVD, 5 CD, sur la route on parlera aussi de 5 artistes qu’il.elle veut me présenter et c’est elle.lui qui choisit où l’on va… 5 destinations de son choix. Cette fois-ci, c’est avec Martin Page que je pars ! Allez en route !

5 albums jeunesse :

  • La plage magique, Crockett Johnson
  • Halte, on ne passe pas, Isabel Minhos Martins/Bernardo Carvalho
  • Le petit Nicolas, Sempé-Gosciny
  • A rule is to break, A Child’s Guide to Anarchy, Jana Christy et John Seven
  • Les musiciens de Brême, par les frères Grimm

5 romans :

  • David Goodis : Retour à la vie
  • Paul Nizan : Aden Arabie
  • Carson Mc Cullers : Frankie Adams
  • Boris Vian : Un automne à Pékin
  • Italo Calvino : Le Baron Perché

5 BD :

  • Insolente Veggie, Rosa B
  • Drinking at the movie, Julia Wertz
  • Approximativement, Lewis Trondheim
  • Nausicaä, Miyazaki
  • I Kill Giants, Joe Kelly and J.M. Ken Niimura

5 DVD :

  • His girl friday, Howard Hawks
  • Harold et Maud, Hal Ashby
  • Kissed, Lynne Stopkewich
  • Papa est parti en voyage d’affaires, Émir Kusturica
  • Journal intime, Nanni Moretti

5 CD :

  • OP8, Slush
  • Brel, Les Marquises
  • Marvin Gaye, What’s going on
  • Cartola, Cartola
  • Pulp, This is hardcore
  • Ô Paon, Fleuve
  • Mount Eerie, A crow look at me

5 artistes

  • Manon de Lastens
  • Sunaura Taylor
  • Ana Mendieta
  • Lavinia Fontana
  • Artemisia Gentileschi
  • Mon père (artiste secret)

5 lieux

  • Mon jardin
  • L’idée que je me fais du paradis
  • Là où est posé mon macbook
  • Mon lit
  • N’importe où avec ma compagne et mon fils (et mes amis)

Martin Page est auteur.

Bibliographie (jeunesse) :

  • La recette des parents, album illustré par Quentin Faucompré, Rouergue (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • La folle rencontre de Flora et Max, roman coécrit avec Coline Pierré, l’école des loisirs (2016).
  • Le zoo des légumes, roman illustré par Sandrine Bonini, l’école des loisirs (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Plus tard, je serai moi, roman, Rouergue (2013).
  • La bataille contre mon lit, album illustré par Sandrine Bonini, Le Baron Perché (2011).
  • Le club des inadaptés, roman, l’école des loisirs (2010).
  • Traité sur les dragons pour faire apparaître les miroirs, roman, l’école des loisirs (2009).
  • Je suis un tremblement de terre, roman, l’école des loisirs (2009).
  • Conversation avec un gâteau au chocolat, roman illustré par Aude Picault, l’école des loisirs (2009).
  • Juke-box, roman, collectif, l’école des loisirs (2007).
  • Le garçon de toutes les couleurs, roman, l’école des loisirs (2007).

Retrouvez Martin Page sur son site : http://www.martin-page.fr (et ne manquez surtout pas son dernier livre adulte, Les animaux ne sont pas comestibles).

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Les invité.e.s du mercredi : Francine Bouchet, Oulya Setti et Perrine Rempault

Par 5 avril 2017 Les invités du mercredi

Quel bonheur et quel honneur pour nous de publier aujourd’hui une interview de la fondatrice d’une des plus belles maisons d’édition Jeunesse, La joie de lire ! Avec Francine Bouchet, donc, nous revenons sur cette magnifique maison qui fête cette année ses 30 ans et sur son parcours personnel. Ensuite, c’est avec Oulya Setti et Perrine Rempault que nous avons rendez-vous pour la rubrique Parlez-moi de… Ensemble, elles reviennent sur leur album, Dis, c’est quoi un attentat. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Francine Bouchet

Bonjour, vous avez créé les éditions La joie de lire il y a 30 ans cette année. Pourquoi avoir créé cette maison d’édition et d’où vient son nom ?
Le nom de La joie de lire vient de celle de la librairie genevoise (créée en 1937) que j’ai rachetée en 1981. Cette librairie avait publié des livres pour la jeunesse pendant la guerre. Je me suis vite rendue compte que ma voie était ailleurs. Les livres des autres m’ont beaucoup appris, mais j’ai ressenti que j’avais quelque chose à dire de différent.

Qu’est-ce qui a changé en 30 ans au sein de La joie de lire et comment avez-vous vu l’édition jeunesse évoluer ?
Ce qui a changé ? C’est passer de 1 à 700 titres, de 2/3 titres à 40 par année !
En 87, les tout grands étaient déjà là : Lionni, Ungerer, Sendak, Stevenson, Lobel, Janosh etc.  Des œuvres encore incontournables aujourd’hui. Depuis lors, la production a considérablement accéléré, au détriment parfois de la qualité. De nombreux talents émergent cependant, il faut savoir les débusquer.

Comment décririez-vous la ligne éditoriale de La joie de lire ? Comment choisissez-vous les projets que vous éditez ?
C’est une ligne exigeante qui ne se laisse pas enfermer dans un quelconque conformisme. Chaque projet a son histoire : une arrivée par la poste, par mail, une rencontre, une commande etc. Tous les cas de figure sont possibles. Vient alors le moment du programme et de son équilibre, le moment des vrais choix qui se font au sein de la très bonne équipe qui travaille avec moi. Les critères sont simples, d’abord qualité du texte et de l’illustration qui dépendent de la culture de chacun d’entre nous. Une question essentielle : qu’est-ce que le nouveau livre va apporter à son lecteur ? C’est là notre responsabilité d’adulte.

Je sais que la question n’est pas facile, mais si je vous demandais les livres phares qui ont marqué ces 30 premières années ou ceux qui représentent le mieux la maison, vous me citeriez lesquels ?
Je dirai simplement : Corbu comme Le Corbusier (qui reparaît cette année avec une nouvelle couverture), Mozart de Christophe Gallaz illustré par Georges Lemoine, les Marta d’Albertine et Germano Zullo, les Milton de Haydé, toute la littérature étrangère, en particulier les textes de Rodari, Alki Zei, Alice Viera, les œuvres complètes de S. Corinna Bille, plus récemment Diapason de Laëtitia Devernay, Il faut le dire aux abeilles de Sylvie Neeman avec les photographies de Nicolette Humbert, Les oiseaux d’Albertine et Germano Zullo, Drôle d’encyclopédie d’Adrienne Barman. Il y en a bien sûr beaucoup d’autres.

Il y a une belle fidélité des auteurs.trices à La joie de Lire (on les retrouve d’ailleurs dans le magnifique Petit répertoire du temps qui passe que vous avez édité pour l’anniversaire de la maison), c’est important pour vous ?
La vie est faite de rencontres qu’il s’agit de nourrir le mieux possible. Les écrivains et les artistes par la régularité de leur travail et nous par la conviction que nous mettons à les défendre.

Pouvez-vous nous parler de votre parcours personnel ?
J’ai fait du tourisme universitaire en lettres et en psychologie. J’étais « destinée » à l’enseignement lequel m’a laissée sur ma faim.
Mes trois enfants et La Joie de lire sont les œuvres de ma vie. La poésie (pour adultes) m’appelle parfois. J’ai peut-être une petite veine poétique. Mais je n’aspire aucunement à devenir écrivain. Ma vie se partage aujourd’hui entre agitation et silence.

Quel est votre rôle aujourd’hui au sein de La joie de lire ?
J’en suis encore le capitaine. Mais le navire a grandement besoin de tous ses marins…

Parlez-nous de l’anniversaire, comment allez-vous le fêter ?
Entrée en fanfare à la Médiathèque Françoise Sagan avec une très belle exposition (scénographie de Lénaïck Durel) qui dure jusqu’au 14 avril. Dans le même lieu, nous avons pu organiser un colloque sur la liberté dans le livre jeunesse qui fut un magnifique moment de réflexion sur notre travail.
Fin avril, la fête battra son plein au Salon du livre de Genève avec notamment une fête et un petit concert le samedi autour d’un livre patrimonial sur la montée à l’alpage, La Poya, illustré par Fanny Dreyer.
Nous serons très présents au Livres sur les quais à Morges tout début septembre.
La Bibliothèque universitaire de Genève consacrera à partir du 5 septembre, une exposition aux affiches que nous avons publiées au cours de ces 30 années. Un débat suivra « Robinsonnades et utopies », à l’occasion de la publication du Robinson suisse, dans une adaptation de Peter Stamm qui participera à ce débat aux côtés de Michel Porret, professeur d’histoire à l’université de Genève. Germano Zullo et Sylvie Neeman donneront chacun une conférence, l’un sur la voie de l’écrivain, l’autre sur l’œuvre pour la jeunesse de S. Corinna Bille.
Enfin, le 5 octobre sera inaugurée l’exposition La Joie de lire, la joie d’éditer au théâtre Am Stram Gram de Genève.
Un bal littéraire autour des textes de La Joie de lire suivra, mené par l’écrivain Fabrice Melquiot.
Par ailleurs, plusieurs libraires de France verront leur vitrine décorée par des illustrateurs de La Joie de lire.

Que peut-on vous souhaiter pour les 30 prochaines années ?
Voir une Joie de lire pérenne, généreuse, confiante et sans compromis.

Le site de La joie de lire : http://www.lajoiedelire.ch.

Les derniers livres de La joie de lire que nous avons chroniqués :

  • Moi je suis un cheval, texte de Bernard Friot, illustré par Gek Tessaro (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Tête de mule, d’Øyvind Torseter (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • La danse de la mer, de Laëticia Devernay (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Alcibiade, de Rémi Farnos (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Mister Orange, de Truus Matti (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Mais qui dessine là ?, de Constance von Kitzing (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Socrate et son papa, texte d’Einar Øverenget (traduit par Aude Pasquier), illustré par Øyvind Torseter (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Mon tout petit, texte de Germano Zullo, illustré par Albertine (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Tant pis pour elle, de Valérie Dayre et Pierre Leterrier (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Les oiseaux, texte de Germano Zullo, illustré par Albertine (2010), que nous avons chroniqué ici.


Parlez-moi de… Dis… c’est quoi un attentat ?

Régulièrement, on revient sur un livre qu’on a aimé avec son auteur.trice, son illustrateur.trice et/ou son éditeur.trice. L’occasion d’en savoir un peu plus sur un livre qui nous a interpellés. Cette fois-ci, c’est sur Dis, c’est quoi un attentat ?, que nous revenons avec son autrice (Oulya Setti) et son illustratrice (Perrine Rempault). L’éditeur n’a pas souhaité s’exprimer.

Oulya Setti, autrice:

Dis, c’est quoi un attentat ? est un texte auquel je tiens particulièrement. Je l’ai écrit quelques semaines après les attentats du 13 novembre 2015.
Après les attentats de Charlie Hebdo de janvier 2015, comme beaucoup j’ai ressenti le besoin d’écrire et de m’exprimer. D’abord des textes personnels pour plus grands car ils renvoient à ce que j’avais déjà vécu et ressenti durant la décennie noire en Algérie.
J’ai deux enfants et nous avons décidé avec leur père de leur dire ce qui s’est passé. Tenter d’expliquer ce qu’est un attentat à des enfants est déconcertant car plus vous tentez d’expliquer plus vous avez des Pourquoi ?…
Après le 13 novembre, réexplication difficile. Surtout, ce qui importait c’est que les enfants ne perdent pas espoir…
La fin du livre m’est venue tout naturellement avant tout le reste ! Puis le titre. Je tenais à expliquer ce qu’est un attentat avec les mots de l’enfant, à l’aide de son imaginaire. L’enfant a une telle force en lui qu’il est capable de pleurer parce qu’il est triste et heureux une seconde après pour une chose insignifiante.
Il était compliqué pour un enfant d’échapper à toute cette psychose. Beaucoup d’entre eux se sont exprimés avec des dessins. J’ai voulu m’exprimer avec leurs mots et leur imaginaire. Quoi de mieux que les animaux et des scènes de la (leur) vie quotidienne pour décrire la méchanceté et la dureté de l’autre ?
Les mots se sont enchaînés en une nuit. Dis, c’est quoi un attentat ? est né avec des mots doux d’enfants pour parler de la terreur. L’enfant n’est pas seul car à la fin l’adulte (protecteur ?) reprend les mots de l’enfant et l’accompagne dans la compréhension de l’horreur de cet acte.

Perrine Rempault, illustratrice:

Travailler sur cet album a été un véritable challenge professionnel pour moi, par rapport au thème mais aussi parce qu’il m’a poussé à sortir de ma zone de confort au niveau de mon style. Julie, l’éditrice, m’a fait confiance tout de suite alors que nous n’avions jamais travaillé ensemble et que mon premier livre n’était même pas encore sorti. Nous avons beaucoup échangé au début du projet afin de trouver le bon « ton » pour accompagner les mots délicats d’Oulya Setti sur ce sujet sensible. Julie m’a incitée à me lâcher et  à explorer un nouveau style. Du coup j’ai évolué en même temps avec cet album.
Nous avons donc choisi de jouer avec les blancs, pas de décors, afin d’apporter de la légèreté, du souffle à ce sujet sensible. Et en même temps, comme c’est un album pour les 3-6 ans, j’ai choisi de travailler à la gouache, avec des couleurs simples mais intenses pour créer un équilibre avec les fonds blancs.
Pour trouver mes harmonies couleur, je m’inspire souvent de ce que je vois dans la rue, l’architecture, les vêtements ou encore les magazines déco.
La petite sœur a un rôle très important dans le livre. Par son attitude, elle apporte de la légèreté au sujet dans le sens où elle représente toutes ces personnes qui osent se dresser contre les terroristes au péril de leurs vies. On sort de la fatalité, de la violence de l’événement et on rappelle l’espoir d’un autre monde possible…
Le passage aux crayons cassés a été l’illustration la plus difficile à réaliser… Évidemment, c’est une référence à Charlie mais pas seulement. C’est un hommage à tous ces caricaturistes, dessinateurs de presse qui se font tuer partout dans le monde pour leur art et leur militantisme.

Le site de Perrine Rempault : http://rempault.ultra-book.com.


Dis, c’est quoi un attentat ?
Texte d’Oulya Setti, illustré par Perrine Rempault.
Sorti chez Bilboquet (2017).

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Les invité.e.s du mercredi : Yaël Hassan et Loïc Clément

Par 29 mars 2017 Les invités du mercredi

Yaël Hassan fait partie des grands noms de la littérature jeunesse, nous sommes fier.ère.s qu’elle ait accepté de répondre à nos questions aujourd’hui. Ensuite, c’est un autre auteur que nous aimons beaucoup qui a accepté de venir nous livrer ses coup de cœur et coup de gueule, Loïc Clément ! Bon mercredi à vous.


L’interview du mercredi : Yaël Hassan

Pouvez-vous nous parler de votre collaboration avec Rachel Hausfater et du spectacle que vous préparez ensemble ?
Rachel et moi nous connaissons depuis vingt ans et, dès le début de notre amitié et de nos premiers pas en Littérature jeunesse, nous nous sommes mises à écrire régulièrement ensemble.
Spectacle est un bien grand mot. Nous avons eu envie de raconter à nos lecteurs l’histoire de notre rencontre. Parce qu’il est rare que nous soyons invitées ensemble pour en parler, faire cette petite mise en scène était l’occasion de partager cette magnifique aventure avec tous ceux qui nous invitent, nous lisent et apprécient notre travail. Dans cette modeste représentation nous évoquons donc notre rencontre, les livres que nous avons écrits, comment chacun des romans est né, et tout cela entrecoupé de quelques notes de musique. C’est très artisanal mais, la première fois que nous l’avons présenté au salon de Morges, les gens ont vraiment apprécié.

Comment naissent vos histoires ?
Bien souvent de rencontres, justement. Je ne suis pas quelqu’un de doué d’une imagination débordante. Ma matière à moi c’est le vrai, le concret, le réel, le vécu. Et mon moteur principal, l’émotion.

Oui, j’ai l’impression que les rencontres sont importantes pour vous, on vous voit souvent sur les salons et vous animez régulièrement des rencontres scolaires mais vous avez également écrit plusieurs romans à quatre mains. Qu’est-ce que ces rencontres vous apportent ?
Pour écrire pour la jeunesse, (quand on n’est plus soi-même, très jeune !) il faut aller sur le terrain, garder le contact. Les modes changent, les codes, le langage, les intérêts. Rencontrer mes lecteurs me permet de rester dans le coup, tout simplement ! Et puis, ces rencontres, les salons permettent aussi de s’extraire de l’écriture qui est souvent très accaparante et chronophage.

On pourrait d’ailleurs parler de rencontres aussi quand vous nous racontez les histoires de personnes ayant réellement existé.
Oui, je pars toujours de quelque chose ou de quelqu’un ayant existé. Cela peut-être même un simple témoignage entendu à la télévision, un article dans un magazine… Bien souvent, au départ, je n’ai que cela, un seul et unique personnage autour duquel je vais construire mon roman. Il faut systématiquement que je sois touchée par quelqu’un pour pouvoir commencer à écrire.

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
Un parcours assez simple. J’ai publié mon premier roman Un grand-père tombé du ciel en 1997. J’avais écrit ce texte pour participer au concours de Littérature pour la Jeunesse qu’organisait à l’époque le Ministère de la Jeunesse et des Sports. J’ai eu la chance de remporter le premier prix, que le roman a plu à Casterman et c’est ainsi que je suis devenue auteur pour la Jeunesse. J’en suis à une cinquantaine de textes publiés à ce jour et espère continuer encore longtemps cette formidable aventure !

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
La littérature jeunesse de mes toutes jeunes années n’était pas aussi riche qu’aujourd’hui. J’en ai vite fait le tour. Mon premier grand choc de lecture reste Le journal d’Anne Frank que j’ai lu à onze ans. Adolescente, je lisais les sœurs Brontë, Henri Troyat, Romain Gary, Guy Des Cars, Cronin, Daphné du Maurier, Simone de Beauvoir, beaucoup de romans historiques et de littérature anglo-saxonne.

Que lisez-vous en ce moment ?
Je viens de terminer Petits secrets, grands mensonges, le deuxième roman d’une auteur australienne dont j’avais adoré le premier. Et là, je suis en train de lire un recueil de nouvelles de Nathan Englander qui s’appelle Parlez-moi d’Anne Frank. Il s’agit d’un auteur américain que j’aime beaucoup, dont les thématiques tournent autour de la Shoah mais dans l’humour total.

Quels sont vos projets ?
La sortie en septembre 2017 chez Syros d’un roman sur lequel je travaille depuis deux ans. Mes éditrices le qualifient d’ovni. Il s’agit effectivement d’un genre bien particulier, très novateur en littérature de jeunesse. Je ne peux vous en dire plus pour le moment ! Mais avant cela, au mois de mai, je sortirai aux Éditions du Mercredi un roman historique très émouvant intitulé La révolte des Moins-que-rien.

Bibliographie sélective :

  • Achille, fils unique, Nathan (2016).
  • C’est l’histoire d’un grain de sable, illustré par Manuela Ferry, éditions du pourquoi pas ? (2016).
  • Quatre de cœur, co-écrit avec Matt7ieu Radenac, Syros (2016).
  • Perdus de vue, co-écrit avec Rachel Hausfater, Flammarion Jeunesse (2016).
  • L’usine, Syros (2015).
  • J’ai fui l’Allemagne nazie, Gallimard Jeunesse (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Les demoiselles des Hauts-Vents, Magnard Jeunesse (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • L’heure des mamans, illustré par Sophie Rastégar, Utopique (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • La fille qui n’aimait pas les fins, coécrit avec Matt7ieu Radenac, Syros (2013).
  • Défi d’enfer, roman illustré par Colonel Moutarde (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Rue Stendhal, Casterman (2011).
  • Momo, petit prince des Bleuets, Syros (1998).
  • Un Grand-père tombé du ciel, Casterman (1997).

Le site de Yaël Hassan : http://minisites-charte.fr/yael-hassan.


Le coup de cœur et le coup de gueule de… Loïc Clément

Régulièrement, une personnalité de l’édition jeunesse (auteur.trice, illustrateur.trice, éditeur.trice…) nous parle de deux choses qui lui tiennent à cœur. Une chose qui l’a touché.e, ému.e ou qui lui a tout simplement plu et sur laquelle il.elle veut mettre un coup de projecteur, et au contraire quelque chose qui l’a énervé.e. Cette semaine, c’est Loïc Clément qui nous livre son coup de cœur et son coup de gueule.

Je suis scénariste de bande dessinée, auteur de romans et d’albums jeunesse. Cela signifie que je crée des univers et des personnages que le lecteur s’approprie le temps d’une lecture. C’est mon métier. Cependant, sur mon temps libre je suis moi même lecteur avéré et parfois fan invétéré, ça arrive. J’éprouve parfois le besoin de prolonger le plaisir que j’ai ressenti en compagnie de certains personnages, en les retrouvant autrement, ailleurs. Je poursuis donc le voyage en regardant des adaptations animées de mangas chéris tout en craquant de temps en temps pour de superbes figurines par exemple.
Je suis du genre à avoir des vitrines avec un vif d’or et des baguettes de sorcier à côté des livres et des films Harry Potter ou d’avoir une statue géante de Hilda au milieu des bds de Luke Pearson. Vous voyez le genre ?
Je sais qu’un produit officiel, ce n’est pas toujours donné. Je sais que parfois, il faudra que j’économise un moment avant d’assouvir un petit plaisir coupable, mais c’est le jeu.
Du coup, s’il y a bien une chose qui m’exaspère sur ce sujet c’est de voir la quantité astronomique de pubs qui inondent Facebook pour vendre des produits de licence, à un tarif défiant toute concurrence. C’est presque toujours la même chose… une lampe Totoro à 12 euros, une figurine du Sans Visage de Chihiro à 6 euros, des coques pour iPhone reprenant des personnages de Dragon Ball pour 3,90 euros… Ce sont des centaines de milliers de like pour aimer des entreprises de contrefaçon.
Alors certains peu regardant, pourraient penser que peu importe le flacon tant qu’ils ont l’ivresse ? Pourquoi acheter un produit officiel à 5 à 10 fois le prix ? Comment résister à cette veilleuse Totoro qui ira tellement bien dans la chambre de son enfant ?
Hé bien les raisons en sont multiples. Pour commencer, acheter des produits de contrefaçon, c’est acheter des produits de mauvaise qualité, fabriqués avec des matériaux fragiles et parfois toxiques.
Le jouet ou l’objet en mélamine ou polycarbonate vecteurs de produits nocifs pour la santé apparaît déjà moins glamour dans un intérieur feutré, non ?
D’autre part, il y a à mes yeux une profonde dichotomie entre se déclarer par exemple amoureux des films de Miyazaki, et acheter des produits de contrefaçons tirés de ses films. Quand on sait que le studio Ghibli a longtemps pu produire des longs métrages, en partie en générant des profits via les produits dérivés, j’ai du mal à comprendre où se situe la logique là dedans. J’aime voir un film Ghibli mais je participe à mon échelle, goutte d’eau parmi les gouttes d’eau, à empêcher le succès de l’entreprise qui me fait rêver ? Soyons sérieux.
Bon, et Facebook dans tout ça ? Ils tolèrent des entreprises de contrefaçon basées en Chine qui font commerce de produits pirates ? Oui. Absolument. À moins d’être vous même le détenteur des droits et de secouer le réseau social de Mark Zuckerberg en faisant valoir la violation de votre copyright, aucun signalement ne permet la mise en lumière de ce commerce illégal. Ces pages génèrent du profit à Facebook et ça leur convient très bien ainsi.
Bilan : la prochaine fois que ce tee-shirt trop cool de Batman vous fait de l’œil ou que ce Chatbus en porte-clé vous donnera envie de ronronner, demandez-vous trente secondes pourquoi les prix pratiqués sont si bas. C’est certainement parce que l’auteur ou l’ayant droit d’origine se fait voler et que vous enrichissez des truands.

Je profite également de mon pataugeage dans La mare aux mots pour délivrer un coup de cœur, même s’il s’agit ici d’un cœur brisé. Le 11 février 2017 nous quittait le mangaka Jirō Taniguchi et j’ai ressenti un grand vide en apprenant cette nouvelle.
Dans ma vie, j’ai longtemps été bibliothécaire et je voulais rappeler d’expérience à quel point cet auteur de bande dessinée a été un cadeau du ciel dans notre travail de médiation. Chaque fois que j’avais à faire avec un.e réfractaire au manga, il me suffisait de prêter un Journal de mon Père ou un Quartier Lointain pour convaincre mon interlocuteur d’élargir son champ d’intérêt. Un amateur d’alpinisme ? -> Le sommet des dieux ! Une épicurienne amatrice de bonne chère ? -> Le Gourmet Solitaire ! Amateurs de romance -> Les Années douces !
Je ne connaissais pas personnellement cet homme qu’on raconte humble et discret mais ce qui est sûr, c’est qu’il va drôlement me manquer…

Légendes des photos :
1 – Oh qu’ils sont mignons les 9 bouts de plastique toxiques Miyazaki pour 7,25 €
2 – Technique classique de ces sites de contrefaçon, vous attirer l’œil sur Facebook avec des objets pirates « gratuits » afin que vous remarquiez leur boutique et que vous passiez des commandes.
3 – Aucun produit n’est épargné. Ici les coques d’Iphone pour Geek peu scrupuleux. Notez que les visuels sont à la base des fan-arts, c’est à dire des dessins faits par des fans à des fins non lucratives. Ces sites pirates violent les lois du copyright et détournent en plus des visuels détournés de leur fonction première : manifester son amour d’une licence. Un comble.
4 – Quand les contrefacteurs ont de l’humour… Ici une mention de copyright sur un site Internet Thaïlandais développé pour le marché français qui menace donc de ne pas contrefaire ses produits pirates 🙂

Loïc Clément est auteur et scénariste.

Bibliographie :

  • Professeur Goupil, Little Urban (à paraître en septembre).
  • Le voleur de souhaits, scénario illustré par Bertrand Gatignol, Delcourt (à paraître en avril).
  • Chaussette, scénario illustré par Anne Montel, Delcourt (à paraître en avril).
  • Le temps des mitaines, tome 2 – Cœur de renard, scénario illustré par Anne Montel, Didier Jeunesse (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Les Jours sucrés, scénario illustré par Anne Montel, Dargaud (2016).
  • Mille milliards de trucs (et de moutons), texte illustré par Anne Montel, Belin Jeunesse (2014).
  • Le petit et les arbres poussaient, texte illustré par Églantine Ceulemans, Les p’tits bérêts (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Le temps des mitaines, scénario illustré par Anne Montel, Didier Jeunesse (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Shä & Salomé. Jours de pluie, texte illustré par Anne Montel, Jean-Claude Gawsewitch (2011).

Le site de Loïc Clément : http://nekokitsune.blogspot.fr.

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Les invité.e.s du mercredi : Françoise de Guibert et Clémence Pollet

Par 22 mars 2017 Les invités du mercredi

Hasard du calendrier, nos deux invitées du jour viennent de sortir un ouvrage ensemble, Dis où tu habites un magnifique documentaire animalier qui vient de paraître à La Martinière Jeunesse : Françoise de Guibert et Clémence Pollet. La première a accepté de répondre à nos questions, la seconde nous fait visiter son atelier et nous parle de la façon dont elle travaille. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Françoise de Guibert

Pouvez-vous nous dire quelques mots du superbe documentaire Dis, où tu habites que vous venez de sortir avec Clémence Pollet à La Martinière Jeunesse ?
C’était un grand plaisir de retravailler avec Clémence Pollet après Dis, comment ça pousse ? J’avais aimé ses fruits et légumes mais ses illustrations animalières m’ont bluffée ! Car cette fois, on explore les habitats des animaux, de la coquille de l’escargot au terrier du blaireau. Le livre parle d’espèces très variées dont certaines communes et peu connues, le balanin des noisettes ou la patelle par exemple, qu’elle a dessinés avec beaucoup de sensibilité. Je dois à une amie naturaliste la découverte passionnante de ces mille petites bêtes qui nous entourent.

J’aimerais aussi que vous nous parliez d’un héros dont mes filles sont totalement fans, Eliott.
Ah Eliott ! Par le plus grand des hasards, il porte le prénom de mon fils ! Une belle aventure partagée avec l’illustrateur Olivier Latyk et l’éditrice Élise Lacharme chez Gallimard. Ce petit tigre a fait sa rentrée à l’école maternelle au moment où mon garçon y entrait ce qui m’a permis d’observer de près les réactions des petits pendant ces premiers jours. Olivier était dans le même état d’esprit à l’école de sa fille. D’ailleurs un enfant a fait le plus beau des compliments au livre lors d’une dédicace en s’écriant : « Regarde papa ! C’est mon école, c’est ma maîtresse ! » un oiseau, donc. Notre envie avec ce nouveau petit héros : montrer un enfant, enfin un tigre, d’aujourd’hui, entouré de sa famille mais aussi de ses copains et même des copains de ses parents qui viennent pour l’apéro et, ça, c’est chouette parce qu’Eliott adore le saucisson. La série arrive à son dixième titre avec Eliott a une petite sœur (Klara !) et un hors-série va paraître au printemps, un format à l’italienne où l’on retrouvera Eliott et ses parents faisant les courses sur le marché. Un thème idéal pour Olivier et ses grandes images riches mais très lisibles !

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
Jeune fille, je me suis morfondu sur mon avenir bien incertain : qu’allais-je bien pouvoir faire ? (j’étais en DEUG de géographie !) Jusqu’au jour où j’ai trouvé un job d’été en librairie jeunesse. J’ai alors réalisé que je connaissais plein de livres, leurs auteurs et leurs illustrateurs, les noms des éditeurs, je me souvenais des histoires et pouvais conseillé des clients… j’avais trouvé mon élément : le livre jeunesse. J’ai ensuite travaillé dix ans dans l’édition jeunesse pour finalement quitter Paris et devenir auteure un peu par la force des choses. Tant mieux, je crois être bien meilleure auteure qu’éditrice !

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Ma maman a été bénévole dans la bibliothèque pour enfants de ma commune, il y avait des livres à la maison, plein, et mes parents nous ont longtemps lu des livres à voix haute, des moments précieux. J’entends encore mon père rigoler comme un bossu en lisant les histoires du Petit Nicolas ! Petite, j’ai été marquée par les images d’albums comme La vache orange ou Poule rousse au Père castor, les imagiers de Richard Scarry ou encore le génial Préfèrerais-tu ? de John Burningham auquel on répondait très sérieusement avec mes frères (Préfèrerais-tu manger une grenouille ou sauter dans les orties ?!). Mais c’est en lisant mes premiers romans seule que j’ai rencontré les livres comme on rencontre des personnes. Je pense notamment aux romans de la bibliothèque internationale chez Nathan, ils étaient tous réussis. Mes deux préférés : La petite fille de la ville de Liouba Voronkova offert par ma grand-mère et qui m’a émue à en pleurer ; et Tom et le jardin de minuit de Philippa Pearce, relu à tous les âges, qui m’a entraînée dans son monde hors du temps. J’ai aussi adoré un roman d’aventures qui s’appelait Black Jack (Leon Garfield) et débutait avec la résurrection d’un pendu. Et aussi les deux jumelles interchangeables de Erich Kastner… et Lassie chien fidèle… et Moumine le troll… et les Contes de la rue Broca

Que lisez-vous en ce moment ?
Je viens de terminer le premier tome de Sauveur et fils de Marie-Aude Murail qui m’a donné envie de lire le deuxième vite. J’entame Les bottes suédoises de Henning Mankell, un peu inquiète de ne pas y trouver la force des Chaussures italiennes. J’ai beaucoup aimé récemment S’enfuir, le récit d’un otage raconté en BD par Guy Delisle (merci Alfred pour le conseil !) et L’île Louvre de Florent Chavouet dont j’adore les dessins et l’humour. Je bouquine aussi des essais historiques sur le XVIIe siècle (voir question suivante).

Quels sont vos projets ?
Je suis une auteure hétéroclite, j’aime expérimenter et quand ça change ! Parmi les projets, il y a des romans historiques dans la France de Louis XIV, trilogie initiée par ma complice en fiction Laurence Schaack ; un nouveau documentaire pour La Martinière toujours avec Clémence Pollet ; un livre dont vous êtes le héros imaginé par l’ébouriffante Florie Saint-Val.
Je suis aussi très contente, une petite histoire écrite mais aussi illustrée par moi-même sortira dans le numéro d’avril de Mes premiers j’aime lire. Ça s’appelle Petit Radis veut jouer au foot et ça m’a beaucoup plu de dessiner !

Bibliographie sélective :

  • Dis, où tu habites ?, album illustré par Clémence Pollet, Seuil Jeunesse (2017).
  • Série Eliott, illustrée par Olivier Latyk, Gallimard Jeunesse (2014-2017), que nous avons chroniqué et ici.
  • Sin le veilleur, album illustré par Audrey Calleja, Seuil Jeunesse (2016).
  • Série Gus le chevalier minus, illustrée par Dankerleroux, Gulf Stream (2016).
  • Love, Mode d’emploi, co-écrit avec Laurence Schaack, illustré par Jacques Azam, La martinière jeunesse (2016).
  • Les sœurs Ramdam, album illustré par Ronan Badel, Thierry Magnier (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • 3 (ou 4) amies (trois tomes), co-écrits avec Laurence Schaack, Nathan (2014-2015).
  • Maman et Papa, album illustré par Vincent Bourgeau, Le baron perché (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • 1001 manières de se déplacer, avec Véronique Gaspaillard, Gulf Stream (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • 1001 manières de naître et de se reproduire, avec Véronique Gaspaillard, Gulf Stream (2012), que nous avons chroniqué ici.


Quand je crée… Clémence Pollet

Le processus de création est quelque chose d’étrange pour les gens qui ne sont pas créateur.trice.s eux-mêmes. Comment viennent les idées ? Et est-ce que les auteur.trice.s peuvent écrire dans le métro ? Les illustrateur.trice.s dessiner dans leur salon devant la télé ? Peut-on créer avec des enfants qui courent à côté ? Faut-il de la musique ou du silence complet ? Régulièrement, nous demandons à des auteur.trice.s et/ou illustrateur.trice.s que nous aimons de nous parler de comment et où ils.elles créent. Cette semaine, c’est Clémence Pollet qui nous parle de quand elle crée.

Je construis mes images en collage, aux crayons de couleur, à la gouache ou à l’encre noire. Je fais également beaucoup de gravure taille douce (eau-forte, aquatinte, pointe sèche) ou taille d’épargne (linogravure). En fonction de la technique, je suis soit assise à mon bureau chez moi à Pantin, soit derrière les presses de mon atelier de gravure à Malesherbes dans le Loiret. Mon bureau est mobile, je n’ai pas arrêté de déménager depuis le début mes études. Paris, Strasbourg, Bologne, Troyes, Grasse, Betanzos, Montreuil, Londres, Tours, aujourd’hui Pantin, demain ? Dans chacun de ces lieux de vie, je réussis à me créer un petit coin bureau que j’ai plaisir à retrouver. J’ai partagé un atelier avec d’autres travailleurs indépendants quand je vivais à Londres, j’en garde un bon souvenir mais préfère travailler chez moi. J’aime bien me lever le matin et prendre mon temps. Répondre à mes mails ou commencer un dessin en buvant mon premier thé de la journée. Je suis souvent sortie le soir mais quelques fois je m’accorde une soirée travail pour mon plus grand plaisir.
Lorsque je travaille sur un album, le déroulé est à peu près toujours le même. Après d’éventuelles recherches graphiques, je commence à travailler sur le chemin de fer. Tout se met en place à ce moment (concept de l’illustration, rapport texte/image qui en découle, composition des images). Nous échangeons beaucoup avec l’éditeur. C’est très rare que ma première proposition soit la bonne… Ce temps de travail me demande beaucoup de concentration. Dans ce cas je travaille plutôt en silence ou avec un léger fond musical. Le temps de la réalisation des images est très différent, mon esprit ne se concentre alors plus que sur la forme. Dans ce cas, je suis plus disponible et aime écouter les émissions de l’après-midi sur France Culture. J’ai des semaines plutôt musique, et là j’alterne entre ma playlist très éclectique (France Gall, Metronomy, MIA) et FIP. En ce moment je travaille sur quatre chemins de fer, autant dire que mon ouverture sur ce qui se passe autour de moi est quasi nulle.
En parallèle de mes livres, je crée des images comme ça, détachées de tout projet. Elles me viennent au réveil, en lisant un texte ou en me baladant dans les musées. Je n’hésite pas à reprendre le jeu de couleur ou la composition d’une œuvre qui me plaît. Un petit tour au British Museum ou au musée d’Orsay m’est toujours bien utile en cas de panne d’inspiration.

Clémence Pollet est autrice et illustratrice.

Bibliographie sélective :

  • Il était une fois… La traversée, illustration d’un texte de Véronique Massenot, HongFei (à paraître en avril).
  • Une poule sur un mur, illustration de textes de divers auteur.trice.s, P’titGlénat (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Mon grand livre-disque de comptines, illustration de textes de divers auteur.trice.s (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • La ballade de Mulan, illustration d’un texte de Chun-Liang Yeh, HongFei (2015).
  • Contes d’un roi pas si sage, illustration d’un texte de Ghislaine Roman, Seuil Jeunesse (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Loup un jour, illustration d’un texte de Céline Claire, Rouergue (2014).
  • La langue des oiseaux et autres contes du palais, illustration d’un texte de Chun-Liang Yeh, HongFei (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Rémi : d’après Sans famille d’Hector Malot, illustration d’un texte d’Alain Paraillous, Amaterra (2013).
  • Mon coffret pour découvrir la ferme, De la Martinière Jeunesse (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • L’auberge des ânes, illustration d’un texte d’Alexandre Zouaghi et Chun-Liang Yeh, HongFei (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • Le Petit Chaperon bleu, illustration d’un texte de Guia Risari, Le baron perché (2012).
  • Soupe de maman, illustration d’un texte de Karin Serres, Rouergue (2011).
  • L’ébouriffée, illustration d’un texte d’Hélène Vignal, Rouergue (2009).

Le blog de Clémence Pollet : http://clemencepollet.wordpress.com.

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