La mare aux mots
Parcourir la categorie

Les invités du mercredi

Les invité.e.s du mercredi : Kinga Wyrzykowska et Magdalena

Par 24 mai 2017 Les invités du mercredi

J’ai eu un véritable coup de cœur pour De nos propres ailes, j’ai eu envie d’en savoir plus sur son autrice, Kinga Wyrzykowska. Elle a accepté de répondre à mes questions. Ensuite, c’est l’autrice Magdalena qui a accepté de venir nous livrer ses coup de cœur et coup de gueule ! Bon mercredi à vous.


L’interview du mercredi : Kinga Wyrzykowska

Pouvez-vous nous présenter De nos propres ailes, votre dernier roman ?
C’est un roman choral qui raconte les bouleversements, métamorphoses, réajustements, adaptations de sept filles qui font partie d’une même équipe de volley, et qui vont être confrontées, pour les besoins de leur amitié, du sport, d’une certaine idée de justice aussi, à la nécessité de réunir, ensemble, de l’argent. Or, la cagnotte qu’elles mettent en place va révéler les différences entre elles, les violences ou les mensonges qui les habitent, tous les malaises avec lesquels elles ont su composer jusque là. Mais ce n’est pas encore là qu’est le vrai drame, ou le tournant du livre : tout explose quand leur « récolte » disparaît.

Ce qui m’a marqué dans ce roman, c’est le fait que ça sonne juste, tant dans la façon de parler que dans la vie des personnages, vous êtes-vous inspirée de gens que vous connaissiez ?
D’abord merci !
Quand quelqu’un parle, sa manière particulière de dire les choses — son accent, son vocabulaire, etc. – tout ce qui constitue sa petite musique personnelle – vient se graver dans mon disque dur interne, et même parfois l’envahir de manière oppressante. Les autres –ceux que je côtoie ou que je croise, que j’entends à la radio, dans les films, partout – finissent par bavasser, gloser, tchatcher et se disputer en moi. C’en devient cacophonique. On ne s’entend plus là-dedans. Alors, pour ma propre santé mentale, il faut que ces voix s’évacuent d’une manière ou d’une autre. L’écriture est un désengorgement : dans De Nos Propres Ailes, j’ai laissé s’écouler les langues de mon adolescence, celles, bigarrées, de mes copines de Créteil où j’ai grandi mais aussi des timbres plus littéraires, qui seraient comme les « basses » de mon texte et qui m’inspirent « par en dessous ». Je pense à Rage Noire de Jim Thompson notamment que j’ai relu pour De Nos Propres Ailes car je cherchais le rythme de la colère. Enfin, je me suis rechargée aussi en langages plus contemporains en espionnant des utilisateurs sur Periscope, YouTube, etc. Internet est un puits sans fond de jacasseries.

Parlez-nous de votre parcours
Mon parcours est celui d’une immigrée qui a eu beaucoup de chance, avec un milieu familial pour lequel les études et la culture constituaient la seule ligne d’horizon envisageable ; et avec une expérience de l’école publique très heureuse et très variée : j’ai changé une dizaine de fois d’établissement au cours de ma scolarité. Mes pérégrinations géographiques et scolaires m’ont fait passer de banlieue en banlieue (le 93 puis le 94 et le 92) où j’ai des super souvenirs de profs, jusqu’à Paris en terminale et prépa littéraire dans des graaaaands lycées. Après, le roman de la méritocratie continue avec l’École Normale Supérieure, l’agrégation et tout le tralala. Sauf que c’est aussi là qu’il s’arrête parce qu’au moment où je devais commencer à enseigner je me lance tous azimuts dans le théâtre (en mise scène et dramaturgie), la traduction, le film documentaire… pour finir, un jour, par m’avouer, que ce que je rêve de faire c’est d’écrire de la fiction. Et là, c’est une autre histoire qui commence avec Memor, le monde d’après.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Très classiques. Enfant, j’adorais Roald Dahl mais aussi la Comtesse de Ségur, surtout une collection toute rose fuchsia avec des couvertures qui ressemblaient à des images religieuses. Premiers sanglots de lectrice en terminant Mon bel Oranger de Jose Mauro de Vasconcelos en CM2. Puis, au collège, Zola et Zweig (j’aime les noms qui commencent par les dernières lettres de l’alphabet) sont une révélation. Au lycée, je suis révoltée, un peu snob et je me veux poète, je ne jure que par ceux qui sombrent dans l’[o] : Rimbaud, Michaux, Artaud.

Que lisez-vous en ce moment ?
Je suis marraine d’un prix (le Prix Cultura que Memor a remporté en 2015) et donc je lis beaucoup de romans jeunesse et ados pile en ce moment : on délibère de la sélection fin juin. Dans ce cadre, je viens de terminer les Confessions d’un ami imaginaire de Michelle Cuevas.
Sinon, je me remets à peine d’Article 353 du Code Pénal de Tanguy Viel, grandiose. Et je picore avec délectation dans les Brefs Entretiens avec des hommes hideux de David Foster Wallace.

Quels sont vos projets ?
Je travaille depuis un an sur un roman pas jeunesse (donc vieillesse ? Peut-être…). Une histoire de famille, d’ennui et de paranoïa.

Bibliographie :

  • De nos propres ailes, roman, Bayard (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Memor : le monde d’après, roman, Bayard (2015).


Le coup de cœur et le coup de gueule de… Magdalena

Régulièrement, une personnalité de l’édition jeunesse (auteur.trice, illustrateur.trice, éditeur.trice…) nous parle de deux choses qui lui tiennent à cœur. Une chose qui l’a touché.e, ému.e ou qui lui a tout simplement plu et sur laquelle il.elle veut mettre un coup de projecteur, et au contraire quelque chose qui l’a énervé.e. Cette semaine, c’est Magdalena qui nous livre son coup de cœur et son coup de gueule.

Coup de gueule / coup de cœur

J’ai des coups de gueule introvertis.
En réalité je gueule comme une folle dans ma tête mais personne ne m’entend.
Je gueule et je me prends la tête surtout la nuit, quand tout est endormi et que je fais défiler mes pensées.
Parfois, pour ne pas dire souvent, je fixe sur un truc et c’est fichu.

La liste des trucs qui déclenchent mes insomnies coups de gueule, ça peut aller du futile, au grave comme à l’intolérable :

Les propos homophobes, qu’ils soient dits avec ironie ou méchanceté, par des vieux ou par des jeunes, qu’importe, cela me hérisse le cœur et les poils des avant-bras !

Le crétin qui me double pour me piquer la place de parking, parce qu’il est un mal éduqué civique et que je regrette de ne pas être ceinture noire de Karaté pour le défoncer, quand une fois garé, il descendra de son auto.

Les vendeuses qui me collent et qui veulent me faire rentrer dans deux tailles en dessous ou deux tailles au-dessus avec le même aplomb, pourvu qu’elles vendent n’importe quoi à n’importe qui. Alors que je n’ai même pas sollicité leur avis, elles insistent avec leur : essayez c’est fait pour vous ! C’est parfait ! et autres inepties. Je les déteste.

Les cathos, et leur culpabilité qui ne les empêche même pas de tenir des propos racistes à voix haute sans aucune gêne comme s’il était d’évidence que nous pensions comme eux.
Et les propos racistes de tous ceux qui en tiennent et qui nous les agitent sous le nez comme si de rien n’était.

Les sans riens que je croise dans la rue avec la honte de ne rien faire de plus pour eux

Les ascenseurs qui toussotent entre deux étages avant d’éternuer enfin l’ouverture de la porte alors que je suis hyper claustrophobe.

Et le pire des pires : Les « sans riens » que je croise dans la rue avec la honte de ne rien faire de plus pour eux et là le coup de gueule je l’ai contre moi et c’est toujours le plus douloureux !

La liste pourrait être rallongée mais j’ai j’en garde pour une autre fois.

J’arrête et je vais passer à mes coups de cœur, qui sont tout aussi silencieux que mes coups de gueule.

C’est sans doute pour cela que j’écris.

La découverte des illustrations d’un de mes textes, c’est toujours une première fois, et j’ai toujours un pincement au cœur…

Le pain frotté à la tomate avec de l’huile d’olive et du jambon cru.

Les cerises, celles de Céret en particulier.

Mon dernier coup cœur au cinéma LALALAND m’en fiche qu’on se moque de moi, j’ai acheté la B.O. et je danse dans mon salon en l’écoutant quand il n’y a pas de soleil, ça me remonte le moral.

Mes coups cœurs ont des couleurs de grenadine, et de ciel bleu ils suivent mes humeurs et la météo.
Ils ont gardé un goût d’enfance alors ils sont nombreux et ont tendance à se multiplier à partir du printemps. En hiver ils hibernent, sauf quand j’ai la chance d’être réveillée par un album ou par un tableau dans une expo.

Sur ce motus et bouche cousue !

magdalenaMagdalena est autrice.

Bibliographie sélective :

  • Les monstres de la nuit, album illustré par Christine Davenier, Père Castor (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Dans le noir de la nuit, album illustré par Christine Davenier, Père Castor (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Série Je suis en CE1, romans première lecture illustrés par divers.es illustrateurs.trices, Père Castor (2015-2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Série Les contes du CP, romans première lecture illustrés par divers.es illustrateurs.trices (2014-2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Louna et la chambre bleue, album illustré par Christine Davenier, Kaléidoscope (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • La princesse Tralala. Une histoire qui joue avec les voyelles, album illustré par Gwen Keraval, Père Castor (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Pipi Caca Popot, album illustré par Claire Frossard, Père Castor (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • La petite fille du tableau, album illustré par Elsa Huet, Kaléidoscope (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • Série Je suis en CP, romans première lecture illustrés par divers.es illustrateurs.trices, Père Castor (2011-2017), que nous avons chroniqué ici.
  • La princesse rosebonbon, album illustré par Éléonore Thuillier, Kaléidoscope (2010).
  • Série Bali, albums illustrés par Laurent Richard, Père Castor (2009-2015), que nous avons chroniqué ici.
  • 24 petites souris vont à l’école, album illustré par Nadia Bouchama, Père Castor (2004), que nous avons chroniqué ici.
  • La princesse Tambouille, album illustré par Marianne Barcillon, Kaléidoscope (2003).
  • La semaine de souris chérie, album illustré par Maïté Laboudigue, Kaléidoscope (2001).

You Might Also Like

Les invité.e.s du mercredi : Gilles Baum et Marianne Zuzula

Par 17 mai 2017 Les invités du mercredi

Aujourd’hui, c’est l’auteur Gilles Baum qui a accepté de répondre à nos questions. Avec lui, nous revenons sur son dernier album, Le piège parfait (Seuil) et sur son travail en général. Ensuite, c’est l’éditrice Marianne Zuzula (La ville brûle) qui a accepté de venir nous livrer ses coup de cœur et coup de gueule ! Bon mercredi à vous.


L’interview du mercredi : Gilles Baum

Parlez-nous de votre dernier album, Le piège parfait, que vous venez de sortir aux éditions du Seuil.
Les pièges, c’est un sujet fascinant. En général, l’intelligence humaine est sans limite dès qu’il s’agit d’emprisonner, de faire du mal, de tuer. Du coup, avec Matthieu, on avait envie de retourner le truc, d’en faire un album souriant avec une fin qui fait (un peu) réfléchir.

C’est votre première collaboration avec Matthieu Maudet, comment ça s’est passé ?
Parfaitement ! Enfin, pour moi… Faudra aussi lui poser la question à l’occasion.
Cela fait très longtemps que j’avais envie de travailler avec lui, j’aime beaucoup son travail et j’ai beaucoup ri avec mes enfants autour de ses livres avant même de le connaître. Un jour sur un salon, j’ai pu lui dire tout ça, lui demander son adresse mail et à partir de là il était fichu… Car le piège parfait, en fait, c’est moi. 😉
Ce projet on l’a vraiment construit ensemble à partir d’un texte initial qui n’a plus grand rapport avec le texte d’aujourd’hui. Sur la fin, on a su trouver un peu d’aide extérieure également. Je crois que c’est un beau projet, construit assez intelligemment.

J’aimerais aussi que vous me disiez quelques mots sur D’entre les ogres, sorti au Seuil également.
J’ai beaucoup de mal à parler de ce livre, à la fois parce que je l’aime beaucoup mais surtout parce qu’il me dépasse, il m’a échappé, je trouve cela fou et génial à la fois. Évidemment, l’apport de Dedieu y est pour beaucoup dans cette affaire, ses images sont incroyables.
Je trouve que ce livre ouvre beaucoup de portes, soulève de nombreuses questions mais en même temps il affirme quelque chose d’essentiel sur la foule.

Comment naissent vos histoires ?
L’éternelle question. Je ne suis même pas sûr d’avoir envie de connaître la réponse. Elles naissent, voilà. Les périodes de vide sont si douloureuses à vivre que la naissance d’une idée, il faut s’en réjouir et l’accepter sans se poser trop de questions je crois.
Dans le cas de « D’entre-les-ogres », c’est le titre qui m’a sauté au visage une nuit.

Parlez-nous de votre parcours.
Une enfance dans les quartiers populaires de Mulhouse. Du foot dès que possible mais une vraie passion pour l’école malgré tout. Des études de mathématiques et un diplôme de professeur des écoles.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescent ?
Je crois que je vais vous navrer, mais peut-être aussi créer de l’espoir chez vos plus jeunes lecteurs…
Enfant je lisais Mondial, Onze, France Football, L’année du Football que nous recevions à Noël de notre tata Georgette, et mes albums Panini… vous voyez le genre. En dehors de cela, des BD, uniquement des BD.
Il m’a fallu attendre le début du lycée pour découvrir grâce à mon grand frère la puissance de la littérature avec Camus, Vian, Sartres, Anouilh…

Quels sont vos projets ?
Un album magnifique avec Barroux qui sortira en octobre chez Kilowatt, « mon pull panda ». Il y est question de solidarité. On prépare aussi aux éditions des éléphants un album marrant sur l’escalade de la violence qui s’appellera « Furio ».
Les autres projets, c’est secret.
Faudra repasser me voir.

Bibliographie sélective :

  • Le piège parfait, album illustré par Matthieu Maudet, Seuil Jeunesse (2017).
  • D’entre les ogres, album illustré par Thierry Dedieu, Seuil Jeunesse (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Le grand incendie, album illustré par Barroux, Les éditions des éléphants (2016).
  • Le totem, album illustré par Thierry Dedieu, Seuil Jeunesse (2016).
  • Camille est timide, album illustré par Thierry Dedieu, Seuil Jeunesse (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Le baron bleu, album illustré par Thierry Dedieu, Seuil Jeunesse (2014).
  • Pousse Piano ou la symphonie des nouveaux mondes, album illustré par Rémi Saillard, Le Baron Perché (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Série La nature te le rendra, albums illustrés par Thierry Dedieu, GulfStream Éditeur (2012-2014), que nous avons chroniqué ici et .
  • Un royaume sans oiseaux, album illustré par Thierry Dedieu, Seuil Jeunesse (2013).


Le coup de cœur et le coup de gueule de… Marianne Zuzula

Régulièrement, une personnalité de l’édition jeunesse (auteur.trice, illustrateur.trice, éditeur.trice…) nous parle de deux choses qui lui tiennent à cœur. Une chose qui l’a touché.e, ému.e ou qui lui a tout simplement plu et sur laquelle il.elle veut mettre un coup de projecteur, et au contraire quelque chose qui l’a énervé.e. Cette semaine, c’est Marianne Zuzula qui nous livre son coup de cœur et son coup de gueule.

Coup de cœur, coup de gueule

Je vais commencer par mon coup de gueule, ce sera fait. Mais avant ça, je vous demande un peu d’indulgence parce que là, maintenant, je suis en train d’écrire, et nous sommes le 24 avril 2017. Oui oui, le lendemain de ce 1er tour terrible, où en a juste envie de vomir, où on se souvient qu’en 2002 tout le monde était dans la rue, choqué et effaré, et où on est obligés de constater que 15 ans après, eh bien on s’est habitués à l’horreur de voir le FN atteindre de tels scores, et que limite on est soulagés parce que « ça aurait pu être pire ». Bref… pour se changer un peu les idées, mon coup de gueule ne parlera pas des élections.

Aux éditions la ville brûle, nous avons publié l’an dernier un album jeunesse sur le handicap [NDLR On n’est pas si différents, plus d’infos], pour déconstruire les stéréotypes liés au handicap, pour dire à toutes et tous qu’être handicapé c’est être différent, mais que différent cela ne veut pas dire moins bien, et que la personnalité de quelqu’un ne se réduit pas à son handicap.

C’est un vraiment chouette livre. Il est magnifiquement illustré par Claire Cantais, qui a pour cela passé pas mal de temps dans un Institut médico-éducatif, au plus près des enfants, et les textes de Sandra Kollender sont drôles et percutants.

Sur les salons, quand les gens le feuillètent, ils nous disent toujours que c’est vraiment un chouette livre, que c’est super de faire des livres comme ça sur le handicap… Puis la plupart du temps ils font une petite moue et ils ajoutent que bon, eux ils n’ont pas besoin d’aborder ce sujet puisque personne n’est handicapé dans leur famille.

Est-ce que l’on imaginerait quelqu’un feuilleter un livre sur le racisme, le trouver super, et puis ajouter : « Mais je n’ai pas besoin de sensibiliser mes enfants à cette question parce que personne n’est racisé dans la famille ? » Non.

D’autant plus que c’est faux, et que tout le monde est concerné par le handicap : les enfants sont confrontés au handicap à l’école, dans leur classe, dans les parcs et espaces publics. Échanger, partager, communiquer avec les personnes, enfants et adultes, porteurs de handicap nous concerne toutes et tous, c’est une question de vivre ensemble on ne peut plus élémentaire que d’essayer de connaître et comprendre toutes celles et ceux avec qui on partage l’espace public. Je sais que le handicap fait peur, et que ce déni est une façon d’éloigner cette peur, mais bon, ça me met vraiment en rogne et c’est un de mes coups de gueule récurrents…

Et mon coup de cœur c’est tous les salariés, du public comme du privé, qui tous les jours en font plus que ce qu’ils sont sensés faire, que ce soit par amour de leur métier, par conscience professionnelle, par respect pour les gens avec qui ils sont en contact, pour ne pas pénaliser leurs collègues ; les artistes dont le travail nous nourrit, nous rend heureux… mais qui ne parviennent pas à en vivre ; les bénévoles qui se consacrent aux autres d’une façon ou d’une autre, dans un cadre associatif ou à titre individuel… Je crois que la France ne tient que grâce à ça, à ces millions d’heures non comptées, non payées, non récupérées, ces millions d’heures invisibles et ignorées de celles et ceux qui dirigent le pays mais qui permettent à notre société de fonctionner, malgré tout. Et en écrivant ça je me dis que ce coup de cœur n’est pas très loin d’être un coup de gueule, finalement !

Marianne Zuzula est éditrice (La ville brûle)

Bibliographie sélective de La ville Brûle :

  • L’Homme est-il un animal comme les autres, de Jean-Baptiste de Panafieu et Étienne Lécroart (2017).
  • Osons la politique !, de Caroline De Haas et Camille Besse (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Blanche Neige ou la chute du Mur de Berlin, de Métilde Weyergans et Samuel Hercule (2016).
  • On n’est pas des moutons, de Claire Cantais et Yann Fastier (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • On n’est pas si différents, de Sandra Kollender et Claire Cantais (2015).
  • Mon super cahier d’activités antisexiste, Claire Cantais (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Le choix, de Désirée et Alain Frappier (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • De baraque en baraque, de Cendrine Bonami-Redler (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Pourquoi les riches sont-ils de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres ?, de Monique Pinçon-Charlot, Michel Pinçon et Étienne Lécroart (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • On n’est pas des super héros, de Delphine Beauvois et Claire Cantais (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • On n’est pas des poupées, de Delphine Beauvois et Claire Cantais (2013), que nous avons chroniqué ici.

Le site de La ville brûle : https://www.lavillebrule.com.

You Might Also Like

Les invité.e.s du mercredi : Anaïs Vaugelade, Cathy Ytak, Thomas Scotto et Alain Claude

Par 10 mai 2017 Les invités du mercredi

Aujourd’hui, on parle anatomie, crocodile et encyclopédie avec la formidable Anaïs Vaugelade et puis l’on part à la rencontre d’Alain Claude, Thomas Scotto et Cathy Ytak qui nous présente leur fantastique Libre d’être ! Bon mercredi !


L’interview du mercredi : Anaïs Vaugelade

Comment vous est venue l’idée de faire un livre « d’anatomie et de bricolage » ?
De mon goût pour l’anatomie, pour les corps, pour le « comment ça marche », aussi. Et d’une question de mon fils (que j’ai mise au tout début du livre) : « Dis, est-ce que ma poupée a elle aussi une colonne vertébrale ? »
Puis est venue l’idée de raconter la construction d’un corps, puis l’idée de réutiliser le personnage de Zuza, sa liberté de ton, son petit monde aussi.
Et enfin, d’utiliser pour référent scientifique une « Encyclopédie Crocodilis », fournie par le crocodile ami de Zuza, ce qui m’a donné la petite distance nécessaire pour aborder les sujets délicats : la vue en coupe d’un zizi « crocodile » passe mieux que celle d’un zizi humain.
Cette encyclopédie crocodilis a aussi permis d’ouvrir le livre à un peu d’anatomie comparée, et j’adore d’anatomie comparée.

Les animaux ont une place prépondérante dans vos histoires, pouvez-vous nous dire pourquoi ?
C’est une politesse envers le lecteur, une façon de ne pas forcer l’identification, de ne pas lui dire « C’est toi, regarde, ça parle de toi ». En même temps, un lapin qui porte des t-shirts et qui se lave les dents, on comprend que ça ne parle pas tellement du règne animal… Les enfants comprennent très bien très, très tôt le principe de fiction.

Quelles sont vos principales sources d’inspirations ?
Ce qui m’arrive. Ce qui m’arrive est ma principale source d’inspiration.

Qui étaient vos auteurs/illustrateurs préférés lorsque vous étiez enfant/adolescente ?
Lobel, Sendak, et puis la Gerda Muller de Marlaguette !

Aura-t-on le plaisir de retrouver Zuza bientôt ?
J’ambitionne d’écrire l’Encyclopédie Crocodilis, enfin, une version « reader ’s digest » et Zuzesque, de l’Encyclopédie Crocodilis ; mais vu qu’il m’a fallu deux années juste pour parler d’anatomie, je ne pense pas que ce soit pour bientôt bientôt…

Bibliographie sélective :

  • Comment fabriquer son grand frère, texte et illustrations, l’école des loisirs (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Mes animaux (anthologie), textes et illustrations, l’école des loisirs (2014).
  • L’invitation faite au loup, illustration d’un texte de Christian Oster, l’école des loisirs (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Le poulet fermier, illustration d’un texte d’Agnès Desarthe, l’école des loisirs (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Te voilà !, texte et illustrations, l’école des loisirs (2013).
  • 4 histoires d’Amir, texte et illustrations, l’école des loisirs (2012).
  • Le chevalier et la forêt, texte et illustrations, l’école des loisirs (2012).
  • Papa, maman bébé, texte et illustrations, l’école des loisirs (2010).
  • Zuza ! (anthologie), textes et illustrations, l’école des loisirs (2010).
  • Mission impossible, illustration d’un texte d’Agnès Desarthe, l’école des loisirs (2009), que nous avons chroniqué ici.
  • Dans les basquettes de Babakar Quichon, texte et illustrations, l’école des loisirs (2009).
  • Le déjeuner de la petite ogresse, texte et illustrations, l’école des loisirs (2002).
  • Une soupe au caillou, texte et illustrations, l’école des loisirs (2000).

Parlez-moi de… Libre d’être

Régulièrement, on revient sur un livre qu’on a aimé avec son auteur.trice, son illustrateur.trice et/ou son éditeur.trice. L’occasion d’en savoir un peu plus sur un livre qui nous a interpellés. Cette fois-ci, c’est sur Libre d’être, que nous revenons avec ses auteurs.trices (Cathy Ytak et Thomas Scotto) et son éditeur (Alain Claude des éditions Pourquoi pas ?)

Alain Claude – Président de l’association Les Éditions du Pourquoi Pas ?

Libres d’être…
des créateurs d’une maison d’édition jeunesse, pas comme les autres, associative, seulement fondée sur de l’engagement et du bénévolat… défi d’une douzaine de militants vosgiens issus de la Ligue de l’Enseignement des Vosges et de l’École Supérieure d’Art de Lorraine-site d’Épinal, militants, qui au travers de nombreux autres projets en commun, ont toujours placé la création artistique et la fréquentation des œuvres comme des vecteurs essentiels de la formation de la jeunesse…

Libres d’être…
des agitateurs de débats citoyens, politiques -de la vraie politique- débats provoqués par la lecture de textes de grande qualité littéraire, plaçant la culture là où elle doit être dans une démarche incisive chère à l’Éducation Populaire.

Libres d’être…
les instigateurs d’une connivence de plus avec l’ami de longue date Thomas Scotto rejoint pour ce projet par Cathy Ytak avec qui ce sera une première collaboration. Une évidence vue les proximités de vues et d’engagement. Et puis, c’était bien la moindre des choses que de confier le projet à un duo féminin-masculin.

Thomas Scotto : J’avais déjà publié aux Éditions du Pourquoi Pas ? Un texte de commande, « La vie encore », qui abordait la Première Guerre mondiale (NDLR Que nous avons chroniqué ici). Projet que j’avais d’abord refusé, ne m’en sentant pas capable. Seulement, je connais Alain Claude depuis plus d’une dizaine d’années… et comment dire, c’est un homme de grande persuasion ! La commande s’est transformée en carte blanche et pour ce premier projet d’envergure, l’aventure était lancée.

Alain : Pas question de s’arrêter en si beau chemin, pas question de se replier en ces temps agités. Nouvelle commande « toute simple » : le lecteur doit s’interroger sur la laïcité sous l’angle de la liberté de conscience, d’expression, de croire ou ne pas croire… tellement d’actualité !
Sujet complexe… On est bien dans la littérature, dans le plaisir de lire, on ne fait pas la leçon, mais on y va sans retenue aucune…

Thomas : Et puis est venue l’idée de parler des femmes, et de l’égalité Homme/Femme. Là, je me suis tourné vers Cathy pour avoir son avis précieux.

Cathy Ytak : C’est au cours d’une de ces discussions avec Thomas que j’ai dû dire quelque chose comme : « Si je devais écrire un texte sur ce sujet, je le placerais dans le passé, au début du XXe siècle, peu après la séparation de l’Église et de l’État… » Et au final, je me suis retrouvée à écrire ce texte, pour de bon. Je m’y suis mise très vite, avec une espèce de rage. Me glissant sans trop de difficulté dans la peau d’une femme en colère… Pensant sans arrêt à ma propre grand-mère, qui aurait tant aimé avoir la liberté dont nous jouissons aujourd’hui.

Thomas : Pour un projet sur l’égalité, deux voix étaient bien sûr l’idéal.
En regard du texte de Cathy fort et engagé, s’est naturellement imposé le contre-pied d’un texte d’« aujourd’hui ». Mais ça ne suffisait pas. Il m’a fallu du temps pour écrire le mien. Beaucoup de temps. Tout d’abord pour trouver une manière de légitimité… J’ai ressenti tout de suite le bouleversement qu’allait être l’écriture de ce texte-là. Mettre des mots sur cette évidence d’égalité en laquelle je crois mais qui est aussi, et toujours, le constat d’un grand échec humain. Une résonance incroyable et violente, douloureuse dans ma vie pourtant protégée. J’en ai parlé à plusieurs femmes, féministes convaincues ou moins engagées, à des amis hommes aussi. Et finalement, c’est l’une de mes filles qui m’a offert la clé de l’écriture. Dans mon envie de leur montrer des films féministes, des livres féministes, de leur offrir des t-shirts à messages féministes… un jour, elle m’a dit : « mais c’est ton combat… papa ». Alors, tout est parti de là… : Pourquoi je tremble plus que mes filles sur cette grande question d’égalité ?

Cathy : Nous avons discuté ensuite de la place de nos textes, le mien s’insérant au milieu du texte de Thomas, comme un rappel que les combats d’hier et d’aujourd’hui sont indissociables.

Thomas : Nous en proposons, depuis, des lectures à voix haute. Deux voix hautes… l’une comme un cri, l’autre comme une question…
Et c’est émouvant, rassurant, étonnant d’écouter les ados débattre après.

Cathy : Pour moi, ce « Libres d’être » est une belle aventure humaine et littéraire, menée en altérité.

Thomas : Je sais que j’écris ici, aux Éditions du Pourquoi pas ? des textes dont je n’aurais pas eu l’idée ailleurs.

Alain : Et grande première, les illustrations étaient confiées à Thomas. Nous lui connaissons tous ce talent au travers de ses dédicaces. Alors Pourquoi pas ?

Cathy et Thomas, merci à vous pour le partage de votre talent et l’engagement à nos côtés.

 

Libres d’être, au sens plein de ce mot : voilà que la Laïcité prend chair, faisant fi des discours et de l’incantation. C’est cela, peut-être : une colère d’abord, et la résistance qui naît, l’espoir enfin qui fleurit. Rien que de l’humain, tout compte fait. Voilà que Cathy et Thomas usent de mots sensibles et justes de leur art pour, en dépit des obscurs, célébrer le monde et chanter à voix haute et claire, un bel hymne à la fraternité.

Gérard David – membre de l’association EDPP

 


Libre d’être
Texte de Thomas Scotto et Cathy Ytak, illustré par Thomas Scotto.
Sorti chez Éditions du Pourquoi Pas ? (2016).
Retrouvez, ici, notre chronique.

You Might Also Like

Les invité.e.s du mercredi : Andrée Prigent et Flore Vesco

Par 3 mai 2017 Les invités du mercredi

Aujourd’hui, c’est Andrée Prigent qui a accepté de répondre à nos questions, puis on part en vacances avec Flore Vesco… et l’on va bien se marrer ! Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Andrée Prigent

J’aimerais que vous nous parliez de Poto le chien, qui est ce personnage qui donne son titre à un album qui vient de sortir chez Didier Jeunesse ?
Poto est un chien abandonné ! Attaché à un poteau qui lui donnera son nom : POTO

Quelles techniques d’illustration utilisez-vous ?
La technique ressemble à celle de la lithographie, chaque couleur est réalisée en noir au crayon 9B sur des feuilles séparées, ensuite ces matières noires sont scannées puis transformées en couleur puis en calque et ensuite tout est assemblé.

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
Coté parcours j’ai fait les beaux arts de Rennes je passais mon temps dans l’atelier de gravure… j’ai adoré ces 5 années d’étude…

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Je n’ai pas eu beaucoup de livres quand j’étais enfant alors je me rattrape !

Quels sont vos projets ?
Mon prochain texte est en préparation le titre serait « C’est quand qu’il neige ».
Histoire d’un lièvre et d’une planète qui se réchauffe…

Bibliographie sélective :

  • Poto le chien, texte et illustrations, Didier Jeunesse (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Gérard et le machin collant, illustration d’un texte de Fred Paronuzzi, Kaléidoscope (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Didoune, texte et illustrations, Didier Jeunesse (2016).
  • L’Ogre Babborco, illustration d’un texte de Muriel Bloch, Didier jeunesse (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Colografouillage, La maison est en carton (2014).
  • Quel radis dis-donc !, illustration d’un texte de Praline Gay-Para (2008).
  • Tibili, le petit garçon qui ne voulait pas aller à l’école, illustration d’un texte de Marie Léonard, Magnard Jeunesse (2001).


En vacances avec… Flore Vesco

Régulièrement, nous partons en vacances avec un.e artiste. Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais moi j’adore partir comme ça avec quelqu’un, on apprend à la.le connaître notamment par rapport à ses goûts… cet.te artiste va donc profiter de ce voyage pour nous faire découvrir des choses. On emporte ce qu’elle.il veut me faire découvrir. On ne se charge pas trop… 5 de chaque ! 5 albums jeunesse, 5 romans, 5 DVD, 5 CD, sur la route on parlera aussi de 5 artistes qu’il.elle veut me présenter et c’est elle.lui qui choisit où l’on va… 5 destinations de son choix. Cette fois-ci, c’est avec Flore Vesco que nous partons ! Allez, en route !

5 albums jeunesse

Bon, je m’excuse, j’ai explosé le compteur… cet exercice est trop difficile. Sans mentir, j’ai terminé avec un tic nerveux à la paupière gauche, rien que d’avoir essayé de choisir entre tout ce que j’aime.

  • Album primo-avrilesque, Alphonse Allais
  • Tout-petits déjà, Nikolaus Heidelbach
  • Cuisine de nuit, Maurice Sendak
  • Il ne faut pas habiller les animaux, Judi et Ron Barrett
  • Marcel et Hugo, Anthony Browne
  • Papa ! Philippe Corentin
  • Pierre l’ébouriffé, Heinrich Hoffmann
  • Les Nibelungen, Carl Otto Czeschka

5 romans

Cette fois, je m’engage à respecter les règles. Cinq romans, pas plus. Promis, je ne triche pas. La preuve ? Je me suis retenue de poursuivre la liste ci-dessous en tassant encore L’Odyssée de Pi de Yann Martel et Le Passage de Louis Sachar. Et j’ai fait des efforts pour ne pas glisser également Neil Gaiman, Anthony Horowitz, François Place, Timothée de Fombelle, Gail Carson Levine, Franny Billingsley…

  • 1) Tout Marcel Aymé
  • 1bis) Dieu et nous seuls pouvons, Michel Folco
  • 1 ter) La Horde du contrevent, Alain Damasio
  • 2) La trilogie héraldique d’Italo Calvino
  • 3) Princess Bride, William Goldman
  • 3 bis) Gagner la guerre, Jean-Philippe Jaworski
  • 3 ter) Le cœur cousu, Carole Martinez
  • 4) La Stratégie Ender, Orson Scott Card
  • 5) Le nom du vent, Patrick Rothfuss

5 BD

Je continue à jouer le jeu. C’est la moindre des choses. Où irions-nous, si tous les auteurs s’amusaient à dépasser systématiquement le compte ? Ça n’aurait plus aucun sens.

  • 1) Tout Marcel Gotlib
  • 2) Tout Daniel Goossens
  • 2.5) Sunnymoon et Blotch, Blutch
  • 3) Petit Vampire, Joan Sfar
  • 3.8) Le Capitaine Ecarlate, David B et Guibert
  • 4) Nausicaä, Hayao Miyazaki
  • 4.33) Peter Pan, Loisel
  • 5) La ligue des gentlemen extraordinaires, Alan Moore et Kevin O’Neill

5 DVD

Ça n’a pas été facile, mais je suis fière de moi. Je suis à nouveau parvenue à me plier à cette contrainte du top 5.

  • -2) Tout Charlie Chaplin
  • -1) Le Sens de la vie, les Monty Python (et tous les autres films des Monty Python, évidemment)
  • 0) Old boy, Park Chan-Wook
  • 1) La Folle ingénue, Ernst Lubitsch
  • 2) Grindhouse, Quentin Tarantino et Robert Rodriguez
  • 3) 12 hommes en colère, Sidney Lumet
  • 4) Shaolin Soccer et Crazy kung fu, Stephen Chow
  • 5) Le Corbeau, Les Diaboliques et Le Salaire de la peur, Henri-Georges Clouzot

5 CD

En voilà cinq et seulement cinq. Je suis comme ça, moi. J’ai une discipline de fer.  

  • 1) Boris Vian et Boby Lapointe
  • 2) Hans Zimmer et James Newton Howard
  • 3) John Frusciante et R.E.M.
  • 4) Florence and the machine et alt-J
  • 5) Rimsky Korsakov et Camille Saint-Saëns

5 artistes

Clairement, je m’améliore à cet exercice. Je m’en tiens à cinq. Facile. Les cinq doigts dans le nez ! High five !

  • 1) Roland Topor
  • 2) Gustave Doré
  • 3) Jacques Prévert, les poèmes et les collages
  • 3) Plonk et Replonk
  • 4) Robert Doisneau
  • 5) Jean Lecointre

5 lieux

J’ai beaucoup cherché, et puis je suis enfin arrivée à trouver cinq lieux. Si, si. 

  • 1) Le nombril du monde, à Pougne-Hérisson (79)
  • 2) La colline de Taumata­whakatangihanga­koauau­o­tamatea­turi­pukaka­piki­maungah­oronuku­pokai­whenuaki­tanatahu en Nouvelle-Zélande
  • 3) La plaine où vivent les mulefas dans A la croisée des mondes
  • 5) Le jardin de ma grand-mère

Flore Vesco est autrice.

Bibliographie :

  • Louis Pasteur contre les loups-garous, roman, Didier Jeunesse (2016).
  • De cape et de mots, roman, Didier Jeunesse (2015).

Retrouvez Flore Vesco sur son site : florevesco.com

You Might Also Like

Les invité.e.s du mercredi : Morgane de Cadier, Florian Pigé et Marine Carteron

Par 26 avril 2017 Les invités du mercredi

Aujourd’hui c’est un savoureux duo qui répond à nos questions : Morgane de Cadier et Florian Pigé. On découvre ensuite le coup de cœur et le coup de gueule de Marine Carteron, qui nous a notamment régalés avec sa trilogie des Autodafeurs ! Bon mercredi !


L’interview du mercredi : Morgane de Cadier et Florian Pigé

Parlez-nous de votre dernier album, Chut ! sorti aux éditions HongFei Cultures.
Florian : Le texte est né d’une idée de Morgane, un lapin ronchon qui n’aime rien. Comme pour tous nos livres, nous avons enrichi cette histoire en sirotant une Piña Colada. L’idée des cabanes haut-perchées, du voisin, de l’oiseau, sont venues au bout de quelques verres. (Rires)
Au début, l’oiseau géant devait juste emporter les protagonistes au loin, mais on a trouvé ça plus intéressant de faire grossir l’oiseau, comme une métaphore de la haine de Monsieur Franklin.
Morgane : Je tenais aussi énormément à ce que l’on reste dans le même décor, à ce que l’on ne quitte pas ces deux cabanes et leurs petits habitants. Au final, c’est un livre qui parle de solidarité et d’ouverture au monde sans avoir à s’aventurer très loin.
Je pense que c’est un des albums dont on est le plus fier. On a tous les deux beaucoup évolué en le réalisant.

Quelques mots sur votre parcours ?
Florian : Quand vous dites parcours j’ai l’impression d’avoir 150 ans et des années d’expérience derrière moi. Au final, on est assez « jeunes » dans le milieu de l’édition.
Morgane : J’ai commencé mon « parcours » à l’École Émile Cohl, tout de suite après le bac. Je voulais faire du dessin animé, mais j’ai vite compris que c’était long (et un peu chiant), du coup je me suis dit que j’allais plutôt faire de l’illustration. C’est là-bas que j’ai rencontré Florian, à une soirée entre étudiants.
Au final, j’ai arrêté Émile Cohl en cours de route. L’année suivante, je me suis mise à écrire avec Florian et à travailler sur Tout là-haut (notre premier album). Maintenant, j’ai repris des études en Concept Art à l’École Bellecour, tout en continuant à écrire. Pour tout dire, je dois passer mon diplôme à la fin de l’année.
Florian : Comme tous les illustrateurs, j’ai commencé par un IUT de gestion après le bac. (Rires) Après mon diplôme, j’ai directement enchainé avec l’École Émile Cohl à Lyon. Je ne me voyais pas faire un métier sans création, j’y ai passé quatre années géniales. La quasi-totalité de mes potes sont des ressortissants de l’école.
À Cohl, je ne me voyais pas du tout faire de la jeunesse, j’avais plutôt envie de faire de la BD sombre en noir et blanc. Ce sont les professeurs en dernière année qui m’ont poussé dans cette direction.
Une fois diplômé, j’ai commencé à travailler sur Tout-là haut avec Morgane. Notre complicité était déjà évidente avant, on a le même sens de l’humour, les mêmes goûts et cela nous aide beaucoup à travailler ensemble.

Comment se passe votre collaboration ? Morgane, vous qui êtes aussi illustratrice, intervenez-vous sur le travail de Florian ? (qui décide, par exemple, de l’espèce à laquelle appartiendront les personnages, ou le type de décors ?)
Morgane : Comme on travaille souvent ensemble et qu’on se demande régulièrement notre avis, on finit forcément par s’influencer l’un l’autre. Mais c’est davantage de l’ordre du conseil que de l’intervention. Et puis comme on parle tout le temps de nos différents projets (au restaurant, en voiture, jusque sur la plage), on en arrive à construire nos idées ensemble.
Florian : Pour les espèces d’animaux, c’est assez logique au final. Par exemple, pour Une île sous la pluie il nous fallait des habitants qui n’aiment pas l’eau alors on a évidemment pensé aux chats.
Il arrive aussi que ce soit arbitraire, comme pour Monsieur Franklin dans Chut !
Morgane : Ayant un gout prononcé pour le minimalisme, si Florian m’écoutait, la moitié de nos livres se passeraient sur fond blanc, sans décors ou dans la neige. (Rires)
Florian : Les décors et les cadrages sont des éléments très importants pour moi. Dans Chut ! le décor comme le cadrage sont porteurs de sens. Ils opposent directement les deux personnages, notamment par la séparation de la page.

Vos albums évoquent souvent l’ouverture à l’autre, au monde, est-ce un thème cher à vos yeux ?
Morgane : Pour tout dire, on ne pense jamais vraiment au sous-texte de nos albums. Je n’essaye pas d’inclure une morale ou un message dans mes textes. Cela dit, je suis toujours très touchée quand on me le fait remarquer. Ce sont des thèmes qui me semblent importants, surtout par les temps qui courent. Et je suis flattée de pouvoir faire passer ces valeurs aux lecteurs, même si ce n’était pas intentionnel au départ.

Florian, pourriez-vous nous parler de vos/votre technique(s) d’illustration ?
Florian : Je pars toujours d’un croquis sur feuille, je le scanne et j’ajoute des couleurs et des matières par ordinateur. J’aime bien mixer plusieurs techniques : aquarelle, crayon, craie, stylo…
Le mélange des textures donne un côté organique que j’aime bien.
Je fais en général plus de recherches sur l’ambiance générale. Pour moi, l’impression que laisse une illustration est plus importante que la justesse du dessin.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescent.e ? Y’a-t-il des auteurs.trices et illustrateur.trice.s qui ont particulièrement influencé votre travail ?
Morgane : Pour être tout à fait honnête, je ne lisais pas beaucoup d’albums étant enfant. Mes parents avaient plutôt l’habitude de me lire des petites nouvelles avant d’aller dormir. Je pense avoir grandi en étant entourée davantage de mots que d’images.
Quand j’ai commencé à lire, j’ai dévoré les albums de La Famille Passiflore (illustrés par Loïc Jouannigot) et les histoires de Beatrix Potter. Plus tard, j’ai aussi été très marquée par Max et les Maximonstres (de Maurice Sendak).
Florian : Je ne lisais pas d’albums jeunesse non plus. J’ai surtout collectionné des comics et regardé BEAUCOUP de films. J’essayais régulièrement d’adapter les films que je voyais en BD mais je m’arrêtais au bout de quelques pages.
J’ai découvert les albums jeunesse durant ma dernière année à Cohl et depuis j’en achète au moins
deux par mois.

Auriez-vous quelques coups de cœur à nous faire partager ?
Florian : Alors alors… cet été j’ai lu Léo le fantôme de Mac Barnett et Christian Robinson. Je trouve qu’ils ont tout compris, tant au niveau de l’histoire que de l’illustration.
Plus récemment j’ai beaucoup aimé : Un grand jour de rien de Béatrice Alemagna et Sur mon fil de Séverine Vidal et Louis Thomas.
Morgane : Mon premier coup de cœur a sans doute été Mon Meilleur Ami de Satoe Tone, que j’ai découvert à Bologne en 2014.
Dans un autre style, Shackleton’s Journey de William Grill m’a beaucoup marquée. Pour la petite histoire, c’est un livre documentaire que j’ai trouvé en anglais dans une librairie à Amsterdam. Je ne sais pas s’il a été traduit en français depuis, mais il vaut vraiment le détour. (NDLR  : il est en effet publié chez Casterman !)
Plus récemment, j’ai aussi beaucoup aimé Troisième Branche à Gauche d’Alexandra Pichard.

Peut-on en savoir plus sur vos futurs projets ? (seul.e ou ensemble !)
Morgane : Trouver du travail après mon diplôme ? (Rires) Plus sérieusement, on a plusieurs projets ensemble sur le feu. Si tout se passe bien, notre prochain album devrait sortir en fin d’année chez HongFei Cultures, il s’appellera Le Secret du Loup. On continue également à monter des projets avec Balivernes éditions.
Florian : Je suis en train d’écrire ma première série de livres pour tout-petits. Le premier de cette série s’appelle Si petit et parle d’un girafon. Je les illustre avec des tampons que je sculpte dans de la gomme. Le style graphique diffère un peu de ce que je fais d’habitude.
Je travaille aussi sur un projet avec Séverine Vidal, que j’ai contactée après avoir lu Sur mon fil.

Bibliographie  :

  • Chut !, HongFei Cultures (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Une maison à hanter, Balivernes (2016).
  • Une île sous la pluie, Balivernes (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Tout là-haut, HongFei Cultures (2015). que nous avons chroniqué ici.

Le site de Florian Pigé : https://www.florianpige.com et celui de Morgane de Cadier : https://www.morganedecadier.com.


Le coup de cœur et le coup de gueule de… Marine Carteron

Régulièrement, une personnalité de l’édition jeunesse (auteur.trice, illustrateur.trice, éditeur.trice…) nous parle de deux choses qui lui tiennent à cœur. Une chose qui l’a touché.e, ému.e ou qui lui a tout simplement plu et sur laquelle il.elle veut mettre un coup de projecteur, et au contraire quelque chose qui l’a énervé.e. Cette semaine, c’est Marine Carteron qui nous livre son coup de cœur et son coup de gueule.

Mon coup de gueule

Je profite de cette tribune que m’offre généreusement Anaïs pour porter la voix de mes amis Alice Brière-Haquet, Vincent Villeminot et Cécile Roumiguière, pour pousser un coup de gueule collectif contre la nouvelle gestion du droit de lecture.
Alors, vous me direz, « Le droit de quoi ? On doit payer pour lire des livres ? Même si on le fait gratuitement, même si on est bénévole, même si nous avons écrit le texte nous-même ? »
Oui, je sais, ça paraît idiot mais la réponse est OUI !

Comme l’expliquent très bien Alice, Vincent et Cécile la lecture à haute voix de livres, en totalité ou sous forme d’extraits, est considérée comme une « représentation », et tombe de facto sous le coup du « droit de représentation ». Jusque-là, ce droit était géré par une société d’auteurs, la SACD, mais depuis le 1er janvier 2016, et sans que grand monde en ait été informé, la gestion du droit de lecture est passée dans l’escarcelle de la SCELF, une société d’éditeurs.
Or, celle-ci a décidé d’appliquer à la lettre le barème de la SACD : trente euros minimum, même sans billetterie ! Y compris pour les « heures du conte », les associations de lecteurs bénévoles, ou les auteurs lisant leurs propres textes…
L’affaire est ubuesque et contre-productive !

Alors nous, auteurs, bibliothécaires, médiathécaires, lecteurs bénévoles, simples amateurs de lecture ou parents d’enfants à qui on lit des livres, avons décidé de dire NON :
NON à l’usine à gaz pour les bibliothécaires qui organisent les « heures du conte »,
NON à ce que la lecture coûte aux bénévoles qui offrent leur voix et leur temps,
NON à la ponction des salons qui contribuent à la vie des livres et des auteurs,
NON aux prélèvements sur les auteurs eux-mêmes lorsqu’ils lisent leurs livres !
Les livres ont besoin de médiateurs, et les lectures offertes au public en font partie. Notamment les lectures faites aux enfants, à tous les enfants, pas seulement ceux qui ont la chance de lire et d’entendre lire dans leur famille : ce sont eux qui feront vivre demain la littérature !
Plusieurs collectifs d’auteurs, dont la Charte et la SGDL, se sont rassemblés pour signer en mars une lettre pour interroger la SCELF… qui a immédiatement botté en touche en leur donnant rendez-vous à l’automne ! Une manière à peine diplomate de renvoyer les auteurs jouer avec leurs crayons, et de laisser les autres, bibliothécaires, bénévoles, se débrouiller pour payer ou se mettre hors la loi !
Nous, auteurs, sommes vigilants sur la façon dont on dispose de nos droits. Et l’un des droits de l’auteur est justement celui de dire « non » à l’incohérence d’une mesure qui va à l’encontre de ce pour quoi nous écrivons. La lecture offerte n’est pas un spectacle comme les autres, revoyons sa place au sein du droit de représentation !
Nous, auteurs signataires de cette pétition, demandons l’exonération de prélèvement SCELF sur les lectures à voix haute proposées dans un cadre non marchand sans billetterie.
Quant à nous, lecteurs, bénévoles, bibliothécaires, amateurs de lecture, soucieux de protéger le droit des lecteurs mais aussi celui des auteurs, nous nous félicitons de l’opposition des auteurs au prélèvement SCELF sur les lectures gratuites dans un cadre non-marchand. Et nous entendons ainsi pouvoir continuer à lire les livres qui nous réunissent.
Vive la lecture à haute voix ! Et vive ceux qui lisent !

Si, comme nous vous souhaitez vous élever contre cette affaire ubuesque vous pouvez vous joindre à nous en signant cette pétition sur Change.org.

Mon coup de cœur

Mon coup de cœur va aller à Mark Zuckerberg, enfin, plutôt à sa création : Facebook.
Oui, je sais c’est étrange de la part d’une prof, auteure jeunesse et maman de deux garçons de 10 et 17 ans. Sur le papier je devrais plutôt faire partie de ceux qui critiquent, de celles qui dénoncent les excès, mettent en garde contre les dangers de ce réseau social planétaire, mais pourtant c’est bien mon coup de cœur.
Mais pour que vous compreniez mieux pourquoi il faut que je vous parle un peu de moi (rassurez-vous, j’ai dit « un peu »). Je fais partie de ces personnes qui quittent rarement leur domicile (la foule me fait peur, les transports en commun me tétanisent et l’inconnu me paralyse). En plus, j’habite en province… genre en province de la province ; genre une ville sans gare TGV où personne ne vient de son plein gré (je vais me faire des amis dans la ville en question, je le sens…). Du coup, Facebook pour moi c’est le lieu où je rencontre des gens.
Car c’est surtout ça Facebook : des gens drôles, énervés, râleurs, amoureux, timides, excédés, imaginatifs, fatigués, explosifs, débordants de talent. Tout un tas d’inconnus qui pour certains, au fil du temps, sont devenus mes amis.
Je vous entends déjà murmurer en rigolant : « la pauvre meuf qui croit qu’elle a des vrais amis sur Facebook, c’est pathétique… ». Peut-être, mais tant pis, j’assume et je répète : Oui, je me suis fait des amis sur Facebook, des vrais potes avec qui je me marre, j’échange, je rêve, je procrastine, je râle. Des ami(e)s qui me donnent des conseils qui sont là quand j’ai un coup de blues ou une bonne nouvelle à partager, qui m’apprennent des trucs hyper utiles (comment transformer un dinosaure en plastique en bougeoir par exemple).
Bref, je sais que c’est à la mode de se plaindre de Facebook, mais je n’ai jamais été à la mode alors merci Mark Zuckerberg d’avoir amené tous ces gens formidables dans ma vie, tu es mon coup de cœur du jour. 🙂

Marine Carteron est autrice.

Bibliographie :

  • Génération K, tome 2, Le Rouergue, (2017).
  • Génération K, tome 1, Le Rouergue, (2016).
  • Les autodafeurs, tome 3 – Nous sommes tous des propagateurs, Le Rouergue (2015).
  • Les autodafeurs, tome 2 – Ma sœur est une artiste de guerre, Le Rouergue (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Les autodafeurs, tome 1 – Mon frère est un gardien, Le Rouergue (2014), que nous avons chroniqué ici.

Vous pouvez retrouver les héroïnes des romans de Marine Carteron sur Facebook : ici celui de Césarine Mars des Autodafeurs et ici celui Kassandre Bathory de Kapolna de Génération K !

You Might Also Like