La mare aux mots
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Les invités du mercredi

Les invité·e·s du mercredi : Eloïse Rey, Fred Fivaz et Olivier Douzou

Par 20 juin 2018 Les invités du mercredi

Aujourd’hui on rencontre Eloïse Rey, illustratrice et graphiste, qui nous parle avec passion et enthousiasme de son activité et puis, dans un deuxième temps, on revient avec Fred Fivaz et Olivier Douzou, l’auteur et éditeur d’Hyper Bien, sur ce drôle de petit album poétique et farfelu sur l’enfance… Bon mercredi !


L’interview du mercredi : Eloïse Rey

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
Et bien, j’ai d’abord étudié la littérature, le design textile puis le graphisme, sans vraiment oser affirmer ma pratique du dessin. Ce n’est qu’avec le début de ma collaboration avec le journal pour enfants Biscoto en 2013 que j’ai commencé à me positionner en tant qu’illustratrice. L’édition fait également partie intégrante de mon travail, puisque j’ai été pendant 5 ans graphiste et directrice artistique d’un journal de poésie et d’illustration, La Tribune du Jelly Rodger, créé en collaboration avec mon ami poète Seream.

À côté de votre activité de graphiste, que vous apporte l’illustration de littérature jeunesse ?
C’est une belle récréation ! (Même si bien sûr, c’est un travail sérieux et prenant.) Le travail de graphiste consiste à rendre lisible un contenu, en choisissant le bon ton certes, mais en restant suffisamment discret pour laisser passer l’information au premier plan. L’illustration me permet de m’exprimer plus pleinement et plus librement sur le plan artistique, mais aussi de transmettre des messages qui me sont propres. L’image est un langage. Comme les mots, elle véhicule des idées et engage donc celle ou celui qui la crée. Travailler pour la jeunesse est donc pour moi une forme d’engagement d’autant plus grande qu’elle implique sa part de responsabilité : les images lues et regardées par un enfant auront une influence sur sa manière de voir et de comprendre le monde. Tout l’enjeu pour moi est donc de proposer et d’encourager un bel imaginaire, tout en délivrant un message qui me semble bon et bienveillant.

Parlez-nous de votre travail sur Anna qui chante de Sonia Paolini, et sur ce qui vous a donné envie d’illustrer le texte.
Quand Biscoto m’a proposé le texte de Sonia, je savais déjà que j’étais entre de bonnes mains et face à vrai engagement éditorial. Étant moi-même très attentive aux questions de genres et de défense des droits des femmes, j’avais déjà adopté le texte avant même de l’avoir lu ! Un texte mettant en avant une pléiade de fillettes et comptant deux héroïnes, c’est déjà tellement rare en littérature jeunesse… Les montrer si fortes, libres et maîtres de leur destin, voilà un message que j’avais hâte de délivrer moi aussi. Le texte de Sonia est très beau parce qu’il prend la tournure d’un conte initiatique classique (il y a un roi, une princesse enfermée dans le château…), tout en y mêlant une voix et des préoccupations très actuelles. Le défi pour moi sur ce livre était de rester dans l’univers symbolique du conte tout en montrant à quel point il est contemporain, et de permettre à ses lecteurs et lectrices de se projeter intimement dans l’histoire d’Anna et Judith. Le choix d’utiliser des couleurs très vives va dans ce sens, et apporte également la lumière et la force nécessaire pour traverser les parties sombres de récit.

Quelles étaient vos lectures d’enfant et d’adolescente ? Qui étaient vos héros et vos héroïnes enfant ?
Je garde plus de souvenirs de lectures du soir que de livres en particulier, mais je crois que je lisais un peu de tout : du Journal de Spirou au Grand Meaulnes d’Alain Fournier, en passant par la collection de romans Fais-moi peur et autres bandes dessinées de science-fiction qui peuplaient les étagères de la maison ! Les images qui m’ont néanmoins le plus marquée sont celles de Chien bleu de Nadja, et la petite bouille de Yok-Yok dessinée par Étienne Delessert. J’en garde un souvenir très poétique et sensoriel.

Avez-vous de nouveaux projets d’albums ?
Pas pour l’instant malheureusement. Mais j’ai hâte de trouver le temps pour me consacrer à un album dont j’aimerais également écrire l’histoire…

Bibliographie : 

  • Anna qui chante, illustration d’un texte de Sonia Paolini, Biscoto (2017), que nous avons chroniqué ici

Son site : http://www.eloiserey.fr


Parlez-moi de… Hyper bien !

Régulièrement, on revient sur un livre qu’on a aimé avec son auteur·trice, son illustrateur·trice et/ou son éditeur·trice. L’occasion d’en savoir un peu plus sur un livre qui nous a interpellés. Cette fois-ci, c’est sur Hyper bien !  – un drôle de petit album déluré et attachant qui nous conte les tribulations de Charles – que nous revenons avec son auteur Fred Fivaz, qui nous livre ses secrets de fabrication…. et Olivier Douzou l’éditeur

Fred Fivaz (auteur):
Bonjour la mare aux mots. Voilà 5 secrets, bien gardés, à propos du livre Hyper Bien.
1 : Hyper bien n’a pas toujours été Hyper Bien, et non. Son premier nom était Ça dépend des jours. Il était plus petit, il n’avait que 16 pages, couverture comprise. Il était imprimé en sérigraphie, à la main, avec cette petite odeur de solvant si romantique. Un tirage très très limité, 100 exemplaires seulement. Avis au collectionneur de petits livres de 16 pages imprimés en sérigraphie à la main, il en reste en circulation.
2 : La construction graphique de mes images se fait en 2 étapes. Première étape, je réalise tous les dessins à la main, sur du papier, à l’aide de feutres noirs, plumes pinceaux et encre de Chine, c’est le meilleur moment du processus. Deuxième étape, je numérise toute cette matière. La couleur et le montage des images se font ensuite à l’aide d’un ordinateur… c’est aussi le meilleur moment du processus.
3 : Je n’ai fait qu’un seul et unique dessin pour le personnage de Charles, Il n’y a que sa bouche et ses « vêtements » qui changent. Certains diront que c’est de la flemmardise… mauvaises langues.
4 : La rumeur court que Charles serait un enfant. Un enfant qui vit seul et qui est souvent au volant de sa voiture, pourquoi pas.
5 : D’ailleurs en parlant de Charles, c’est lui qui aurait dû écrire ces quelques mots, mais il vient de me quitter pour un concert de Black Metal.
6 : Alors le point six, c’est juste un prétexte pour remercier quelques personnes qui m’ont beaucoup aidé dans la création de ce livre, Dans le désordre : Mélanie, Mirjana, Olivier, Benoit, Cécile, Julien, Cyril. Bisous et merci à eux. Merci et bisous La mare aux mots.

Olivier Douzou (éditeur) : Charles ne s’appelait pas Charles, le titre était « ça dépend des jours ». C’est ainsi que j’ai reçu ce petit objet sérigraphié de 16 pages que Fred Fivaz souhaitait voir éditer sous la forme d’un album. Il a fallu ensemble réfléchir au Rythme de l’album, à sa durée, compléter son récit en glissant par exemple dans les images des indices qui permettaient au lecteur (comme à Charles) d’enchaîner les séquences. Puis l’idée d’en faire une histoire en boucle s’est imposée l’histoire de l’ennui, comme de l’hyper activité étant une histoire sans fin. Cette histoire de déconcentration a été ainsi dé-concentrée pour répondre au mieux à son sujet.

Hyper bien, de Fred Fivaz sorti chez Le Rouergue (2018), chroniqué ici.

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Les invité·e·s du mercredi : Bobi+Bobi et Célia Chauffrey

Par 13 juin 2018 Les invités du mercredi

Deux illustratrices singulières au programme du jour. On commence par Bobi+Bobi pour une interview où l’on en apprend un peu plus sur son travail, ensuite, c’est Célia Chauffrey qui nous ouvre les portes de son atelier. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Bobi+Bobi

Pouvez-vous nous parler d’Une fleur, votre dernier album publié chez À pas de loups ?
Une fleur est l’histoire d’une petite fille qui se sent envahie par ses émotions. Tellement envahie que ça lui semble un peu difficile à gérer. Alors elle essaie de trouver des solutions pour apprivoiser ces émotions. Elle essaie aussi de comprendre d’où elles viennent et ce qu’elle peut en faire. C’est une petite fille optimiste pleine de ressources. Elle réfléchit beaucoup. Les enfants s’interrogent et réfléchissent beaucoup, il ne faut pas l’oublier.

C’est votre premier livre avec Sandrine Kao, comment s’est passée cette collaboration ?
Sandrine Kao est une illustratrice qui écrit. J’aime bien travailler avec des auteurs qui sont à l’aise avec les mots autant qu’avec les images. Ce n’est pas si courant. En ce qui me concerne, l’essentiel d’un album jeunesse se construit dans une concentration plutôt silencieuse, et dans une certaine solitude. Mais on peut échanger au tout début, ne serait-ce que pour voir dans le regard de l’autre comment ça prend forme. C’est ce qui s’est passé – par l’intermédiaire de notre éditrice – qui est une personne attentive et encourageante.

Avec d’autres types de livres, vos collaborations sont différentes ?
Oui. Pour la réalisation d’un album BD par exemple, je collabore tout au long du travail sans problème. Chaque dessin d’une BD exprime une situation précise, alors qu’une planche d’album jeunesse est pour moi le détail d’un tout indivisible plus abstrait. Et en poésie c’est encore autre chose.

Quelles techniques d’illustration utilisez-vous ?
Pour Une fleur j’ai principalement utilisé l’aquarelle. J’ai choisi deux papiers, un papier blanc très beau et très épais pour les fleurs, et un autre plus ordinaire que j’ai préparé moi-même – c’est-à-dire que je l’ai rendu aquarellable à ma manière. Ce qui m’a permis de préparer des fonds colorés avant de commencer à peindre. Je suis peintre avant tout, et même quand je dessine, la peinture est le moteur de mon travail, que ce soit pour un livre, une commande, un travail personnel d’atelier. Je cherche toujours la technique qui convient le mieux à une histoire. D’un livre à l’autre je peux passer du dessin à la peinture à l’huile, du monotype à la couture. J’aime bien cette diversité. Mais la technique n’est que la technique : elle ne change en rien à ma manière de voir, d’interpréter, de dessiner et de peindre.

Où trouvez-vous votre inspiration ?
Essentiellement dans ma tête. J’ai un imaginaire flamboyant comme les robes de Peau d’Âne. Je crois que la nourriture principale de cet imaginaire vient des mots, de la littérature, de la poésie, de la solitude quand elle est choisie, du silence. Je lis beaucoup. Je prends parfois des notes pour ne pas oublier les images et les associations qui se créent spontanément quand je lis.

Quel est votre parcours ?
J’ai longtemps rechigné à faire une école d’arts plastiques, j’avais peur de perdre quelque chose. Ce qui est bien étrange, car à 20 ans j’avais tout à apprendre. Alors j’ai fait Lettres Modernes et Histoire de l’Art, et puis plus tard seulement j’ai suivi les cours d’une école d’arts plastiques. Côté édition, j’ai commencé par de la poésie, j’ai publié mes premiers poèmes très jeune. Côté arts plastiques, en plus de mon travail d’atelier, j’ai commencé par des décors de théâtre, des affiches. Un jour, en découvrant les travaux du concours d’illustration du Salon International de Littérature Jeunesse de Montreuil, je me suis aperçue que l’illustration pouvait être un art à part entière. Et comme je suis une raconteuse d’histoires, ma peinture, mes mots et mes dessins ont fini par se rejoindre en un tout très compact.

D’où est venu ce nom Bobi+Bobi (et d’ailleurs doit-on prononcer le « + » ?)
Ce nom est venu de mon premier blog, je m’appelais « Bobinette » et mes lecteurs m’ont rapidement appelée « Bobi ». Un deuxième Bobi est venu tout naturellement tenir compagnie au premier. Il est venu avec une esperluette (&) qui a été troquée tout aussi naturellement contre un « + ». Ce « + » s’écrit sans espaces entre les deux Bobi, forcément, car il est un espace ajouté à lui tout seul. Et le « + » ne se prononce pas. Il n’y a pas très longtemps – et je vous jure que c’est véridique – j’ai rêvé de Jean-Paul Gaultier. Il me complimentait sur mon pseudo, s’étonnait de ce « + », me disait que c’était intéressant mais que surtout, il ne fallait pas le prononcer. Que voulez-vous ajouter à ça ?

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Enfant, j’avais surtout à ma disposition des livres scolaires, dont ceux de français, bourrés d’illustrations, que je lisais et relisais. À 12 ans j’ai pu m’inscrire dans une bibliothèque, et là je me suis rattrapée. J’ai commencé par les Alice (des petits romans policiers) et je suis passée directement à Balzac. Puis Zola. Puis tout ce que je trouvais. C’était fou cette gourmandise. C’est comme ça que j’ai rencontré l’auteur de ma vie : Proust. Et bien plus tard, à 40 ans, j’ai découvert les albums jeunesse…

Y a-t-il des illustrateurs et des illustratrices dont le travail vous touche ou vous inspire ?
Je crois que je dois beaucoup à Carll Cneut et à Suzanne Janssen. Ma peinture était proche de la leur, la leur était proche de la mienne. Je sentais les connexions. Le lien entre mots et images s’est cristallisé quand j’ai découvert leurs univers, très certainement. Aujourd’hui je suis surtout touchée par les artistes qui ont du métier et qui développent une œuvre personnelle, je pense par exemple à Manon Gauthier, Sylvie Bello, Stefan Zsaitsits, Pablo Auladell, Daisuke Ichiba. Les peintres m’inspirent et me stimulent, Jérome Bosch, Rembrandt, Vuillard, Matisse, Richard Diebenkorn, Patrick Procktor, Peter Dahl et cent autres, Raphael Balme, Vanessa Stockard que je viens de découvrir.

C’est sur internet que vous faites vos découvertes ?
Oui, principalement sur Instagram. Tout en limitant mes visites sur les réseaux sociaux, car il y a tellement de choses merveilleuses à découvrir que j’y passerais ma vie si je m’écoutais. Je me tiens à distance d’internet pour rester concentrée sur mon propre travail, pour ne pas perdre le fil.

Quelques mots sur vos projets ?
Je prépare quelques publications à tirage très limité, avec mon collectif. Et je suis passée à la réalisation de grands formats qui pourraient illustrer des albums. De très grands dessins, de très grandes peintures. J’ai envie que le travail d’atelier du peintre rejoigne celui de l’illustrateur. Faire très peu de livres, choisir de faire de l’art avec l’édition jeunesse (plutôt que chercher à en vivre), montrer des originaux aux enfants, leur expliquer en quoi une création graphique est plus qu’une image, voilà ce qui m’intéresse.

Bibliographie jeunesse :

  • Une fleur, illustration d’un texte de Sandrine Kao, À pas de loups (2018).
  • Les mots qui manquent, illustration d’un texte d’Anne Loyer, À pas de loups (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Dix ans tout juste, collectif, HongFei Cultures (2017).
  • Petites gouttes de poésie avec quelques poèmes sans gouttes, illustration d’un texte de Pierre Albert-Birot, Motus (2017).
  • S’aimer, collectif, À pas de loups (2016).
  • À bas la lecture, illustration d’un texte de Didier Lévy, Oskar jeunesse (2015).
  • Comment bien promener sa maman, illustration d’un texte de Claudine Aubrun, Seuil Jeunesse (2015).
  • Ma sœur et moi, illustration d’un texte de Cécile Roumiguière, La Joie de Lire (2012).
  • Un ami pour Lucas, illustration d’un texte de Chun-Liang Yeh, HongFei Cultures (2010).
  • Yin la Jalouse, illustration d’un texte de Qifeng SHEN, HongFei Cultures (2009).

Retrouvez Bobi+Bobi sur son blog : http://bobibook.blogspot.com


Quand je crée… Célia Chauffrey

Le processus de création est quelque chose d’étrange pour les gens qui ne sont pas créateur·trice·s eux-mêmes. Comment viennent les idées ? Et est-ce que les auteur·trice·s peuvent écrire dans le métro ? Les illustrateur·trice·s, dessiner dans leur salon devant la télé ? Peut-on créer avec des enfants qui courent à côté ? Faut-il de la musique ou du silence complet ? Régulièrement, nous demandons à des auteur·trice·s et/ou illustrateur·trice·s que nous aimons de nous parler de comment et où ils·elles créent. Cette semaine, c’est Célia Chauffrey qui nous parle de quand elle crée.

Pour travailler impossibles les terrasses ensoleillées et les carrés TGV… j’ai besoin d’un endroit familier, de quelques litres de thé, de nicotine et surtout de son avec ou sans casque – ça, ça dépend si les collègues de l’atelier sont dans les parages.
Élaborer une illustration ou un album complet n’est pas quelque chose de serein pour moi. En cas de tempête de doute j’ai à portée de casque deux disques refuge : The touch of your lips de Chet Baker et The ghosts of Saturday night de Tom Waits. Je les écoute surtout en début de projet, ce moment très intranquille quand je découvre un texte et que tout est à faire.
Je possède beaucoup de carnets : trop jolis, trop parfaits. Je ne me résous pas à les salir. Les pages sur lesquelles j’ai écrit ou dessiné je les ai arrachées. Je préfère les feuilles libres pour sans complexe commettre à foison des tas de petits dessins caca.
Les dessins caca c’est très important. Il faut que j’en fasse beaucoup pour qu’une de ces petites crottes me parle. Quand une se distingue enfin des autres je saisis mon scalpel, la prélève délicatement et paf je la colle sur une feuille immaculée, elle se met alors à sentir comme le lilas un soir d’avril.
La mini bouse est devenue graine porteuse d’envie et d’intuitions graphiques. C’est magique. Je peux attaquer la phase de recherche pour la narration. À ce moment je remise Tom et Chet dans leur tiroir pour leur préférer de la musique baroque ou du piano – jazz, classique, contemporain mais peu Mozart qui me tape sur les nerfs, ça ne s’explique pas. Peu de chanson, peu d’émissions de radio pour arriver au terme des esquisses, la musique m’accompagne mais elle ne doit pas me distraire. En revanche lorsque le chemin de fer est terminé c’est l’orgie : des trucs très speed, des morceaux parfois douteux (pop italienne des années 80-90, Tekilatex, Grems…) et les podcasts fiction et documentaire France Culture sans retenue. Et quand par chance la phase de réalisation coïncide avec Roland Garros c’est joie joie.
J’adore cette impression d’avoir deux cerveaux : un très attentif à ce que j’écoute et l’autre concentré sur l’image : plus ce que j’entends me passionne mieux je travaille.

Sinon pour commencer un projet j’aime avoir un bureau tout propre avec juste le nécessaire sur la table. Le temps faisant les moutons colonisent les pieds de mon tabouret et la poubelle déborde. Je ne le vois pas jusqu’à ce que ça me gonfle, d’un coup comme ça.
Alors je nettoie, ça brille, je respire.

Célia Chauffrey est illustratrice.

Bibliographie :

  • Trop tôt, illustration d’un texte de Céline Sorin, L’école des loisirs (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Petite Cage cherche un oiseau, illustration d’un texte de Rodoula Pappa, Belin Jeunesse (2017).
  • Le parfum des feuilles de thé, illustration d’un texte d’Ingrid Chabbert, De la Martinière (2016).
  • Sven et les musiciens du ciel, illustration d’un texte de Pierre Coran, L’école des loisirs (2014).
  • Matachamoua, illustration d’un texte de Céline Sorin, L’école des loisirs (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • Mademoiselle Tricotin, illustration d’un texte d’Alice Brière-Haquet, Les p’tits bérets (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • Les Voyages de Gulliver, illustration d’un texte de Jonathan Swift, Gründ (2011).
  • Pierre la lune, illustration d’un texte d’Alice Brière-Haquet, Auzou (2010), que nous avons chroniqué ici.
  • Celui qui voulait changer le monde, illustration d’un texte de Juliia, Auzou (2010).
  • Hibiscus, illustration d’un texte de Céline Sorin, L’école des loisirs (2010).
  • Quatre fois vite un chuchotis, illustration d’un texte de Jacqueline Persini-Panorias, Soc et Foc (2009).
  • Grand, Moyen, Petit, illustration d’un texte d’Alice Brière-Haquet, Frimousse (2009).
  • La fille du géant, illustration d’un texte de Céline Sorin, Pastel (2010).

Retrouvez Célia Chauffrey sur son blog.

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Les invité·e·s du mercredi : Nathalie Seroux et Frédéric Stehr

Par 6 juin 2018 Les invités du mercredi

Notre première invitée est photographe et vient de sortie un bel album à destination de la jeunesse, Fruits et Légumes, Nathalie Seroux. Ensuite, nous partons en vacances avec l’auteur/illustrateur Frédéric Stehr. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Nathalie Seroux

Pouvez-vous nous raconter votre parcours et comment est venue l’idée de mettre votre talent de photographe au service de l’édition jeunesse ?
Mon goût pour la photographie a commencé à treize ans, j’ai hérité de cette passion de mon papa qui était un amateur averti. J’ai passé des heures à m’inventer des histoires à partir des superbes albums photo. À vingt ans, j’ai intégré l’École supérieure de commerce de Lille (Skema). J’ai travaillé dans le marketing et la communication, j’avais toujours un appareil photo ou un caméscope sur moi. À quarante ans, j’ai décidé de sortir de ma zone de confort, tout lâcher pour me consacrer entièrement à la photographie. J’ai repris le chemin de l’école pour étudier l’histoire des arts et de la photographie à l’Université de Paris VIII. J’ai adoré cette période de ma vie. Mon master 2 de photo et d’art contemporain en poche, j’ai commencé ma nouvelle vie en devenant photographe auteur. Grâce à une précieuse rencontre j’ai pu présenter un projet comportant une centaine de photos qui a donné naissance à Autour de moi mon premier imagier photo. J’ai revisité le style littéraire qu’est l’imagier avec mon écriture photographique. Travailler avec les équipes De La Martinière Jeunesse est un pur bonheur car je peux laisser libre cours à mon imagination et à ma sensibilité. Mon rêve de réaliser des livres photo pour enfants s’est ainsi réalisé. Cela me permet de réunir mes trois passions : la photographie, la littérature et les enfants. La lecture est un moment de partage précieux et fondateur pour l’enfant. C’est aussi une véritable invitation au dialogue entre les parents et leurs enfants.

Parlez-nous de Fruits et légumes, le magnifique imagier photo que vous venez de sortir chez De la Martinière Jeunesse ? J’aimerais savoir comment vous procédez pour créer vos albums, est-ce vos photos qui donnent l’idée d’album ou au contraire vous avez l’idée puis vous faites les photos en fonction du thème choisi ?
Pour Fruits et Légumes, c’est Émile, un petit garçon de quatre ans fin gastronome qui a été l’élément déclencheur de cet imagier. En tant que parents, nous avons très envie d’éveiller les papilles de nos enfants. Aujourd’hui, la majorité de la population vivant dans les villes, les joies de la nature, du jardin, du potager n’est pas le quotidien des enfants. Des enfants qui ne connaissent souvent les légumes que via le supermarché, soit frais, surgelés ou en conserve, légumes qu’ils n’aiment pas forcément goûter. J’espère leur donner envie de les croquer en stimulant leur rétine avec les jeux de matières et de couleurs.
Une fois le thème choisi avec l’éditeur je me mets en mode création et j’envoie au fur et à mesure mes photographies. Je réfléchis au choix des mots dans un premier temps. Ensuite j’ai arpenté tous les marchés, découvert moult fruits et légumes, invité mes amis avec des enfants pour leur faire découvrir la variété des fruits et des légumes. J’aime alterner les photos de la vie quotidienne et les photographies mises en scène. Avec mon éditrice, Garance Giraud, et le directeur artistique, Hubert Van Rie, nous réalisons ensemble l’imagier. J’aime cette étape de création, nos échanges de points de vue. La littérature jeunesse est très exigeante, je suis toujours à l’écoute de leur œil expert. J’espère que les parents et les enfants prendront autant de plaisir à le lire que j’en ai eu à la réaliser.

Que faites-vous quand vous ne faites pas des livres pour enfants ?
J’aime aller à la rencontre de mes lecteurs en participant à des séances de dédicaces chez les librairies et lors de salons littéraires. Ce sont toujours des moments d’échanges riches et joyeux. Je vais aussi à la rencontre des institutrices et instituteurs que je trouve formidables. Je suis toujours impressionnée par leur créativité.
Je voyage beaucoup. Je reviens de Corée du Sud, j’étais invitée par l’Alliance française de Busan dans le cadre de la Francophonie. Nous avons conçu une exposition de 26 photographies en lien avec l’alphabet. Elle est itinérante et voyage au sein des espaces culturels des six alliances Françaises de Corée du Sud. À travers ces photographies c’est une invitation à découvrir l’alphabet et la beauté de notre langue française. Je suis restée deux semaines sur place, j’ai réalisé mon premier ABCdaire franco-coréen avec la classe maternelle du lycée international Xavier de Séoul. J’ai aussi rencontré des lycéens qui apprennent le français. J’ai vécu des moments de joie et de partage autour de l’exposition. C’était très émouvant de ressentir que la photographie permet de dépasser le barrage de la langue.
Je réalise aussi des portraits de famille et pour les entreprises. Je photographie ma famille et mes amis. Je vais voir régulièrement des expositions, je pratique la méditation. Je cuisine, je savoure les instants simples de la vie, notre passage terrestre est précieux, je veille à apporter de la douceur et de la bienveillance autour de moi. Rencontrer, créer, aimer et partager. Voilà mon credo. J’aime les gens, ce qui m’anime ce sont les chemins de vie, les histoires des rencontres, des liens qui se tissent.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescent ?
Je me souviens que ma mère me lisait une histoire chaque soir au moment du coucher. J’ai le souvenir d’un livre : Qui m’appelle aux éditions L’école des loisirs. C’est un rituel délicieux que j’ai reproduit avec mes enfants, des moments tellement privilégiés. J’ai lu et relu Le petit prince, Heidi, Le Club des cinq, j’aimais aussi les BD Gaston Lagaffe, Michel Vaillant, Tintin, Tanguy et Laverdure. Puis adolescente, je lisais Henri Troyat, Marcel Pagnol, j’étais fascinée par l’univers de Stephan Zweig.

Y a-t-il des photographes qui vous ont inspirée ?
Oui bien sûr, tout d’abord mon père puis Sarah Moon, Marc Riboud, Richard Avedon, mes camarades de master photo de Paris 8, Albert Renger-Pratzch, Paul Stand, Michael Kenna, Maria-Letizia Piantoni, Alain Keler, Julien Daniel, Ed Alcock, Christophe Crénel, Vivian Maier, Flore-Aël Sturun, Corinne Mercadier.

Sur quoi travaillez-vous actuellement ? Un nouvel album bientôt ?
Je commence un nouveau travail photographique sur le bord de mer, un sujet qui me tient vraiment à cœur qui devrait donner naissance à un nouvel imagier, à paraître au printemps prochain, aux éditions De La Martinière Jeunesse.

Bibliographie sélective :

  • Fruits et légumes, mon premier imagier photo, De La Martinière Jeunesse (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Abcdaire, mon premier imagier photo, De La Martinière Jeunesse (2017).
  • Autour de moi, mon premier imagier photo, De La Martinière Jeunesse (2014), que nous avons chroniqué ici.


En vacances avec… Frédéric Stehr

Régulièrement, nous partons en vacances avec un·e artiste. Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais moi j’adore partir comme ça avec quelqu’un, on apprend à la·le connaître notamment par rapport à ses goûts… cet·te artiste va donc profiter de ce voyage pour nous faire découvrir des choses. On emporte ce qu’elle·il veut me faire découvrir. On ne se charge pas trop… Des livres, de la musique, des films… sur la route on parlera aussi de 5 artistes qu’il·elle veut me présenter et c’est elle·lui qui choisit où l’on va… 5 destinations de son choix. Cette fois-ci, c’est avec Frédéric Stehr que nous partons ! Allez, en route !

5 albums jeunesse :

  • Hulul d’Arnold Lobel
  • Winnie the pooh Ernest H. Shepard et Milne (premier livre de chevet à 7 ans, version bilingue)
  • Tout Corentin
  • Tout Sendak ou presque
  • La famille souris de Kasuo Iwamura

5 romans :

  • Le baron perché d’Italo Calvino (je rêve de voir François Place illustrer ce texte)
  • La confusion des sentiments de Stefan Sweig
  • La forêt des renards pendus d’Arto Paasalinna
  • Mon chien stupide de John Fante
  • ET globalement, Dylan Thomas (en souvenir de mon adolescence)

5 DVD :

  • Les sept samouraïs de Kurosawa et tous les autres films
  • Dead man de Jim Jarmusch et la bande-son magnifique
  • Mon voisin Totoro de Miyazaki et aussi Le voyage de Chihiro et….
  • Tigres et dragons de Ang Lee
  • Sa Majesté des mouches de Peter Brook

5 BD :

  • L’homme qui marche de Jirô Taniguchi
  • Little Nemo de Winsor Mac Kay
  • Prince Vaillant de Harold Foster
  • Nestor Burma de Tardi
  • et Totoche de Tabary pour mon enfance

5 CD :

  • Björk, Debut
  • Donovan, Sustras
  • Tom Waits, Small change (pour en choisir un au hasard)
  • Lhassa, tout…
  • Gérard Manset, Revivre, et tout le reste.

5 artistes :

  • Goya
  • Camille Claudel
  • Rimbaud
  • Björk
  • Tomi Ungerer

5 lieux :

  • Le Japon (encore un rêve)
  • Une maison au bord d’un des 6000 lacs en Lituanie
  • Au pied du Mont Ventoux
  • La forêt
  • Une maison au bord d’une rivière avec famille et amis

Frédéric Stehr est auteur

Bibliographie :

  • L’orage, texte et illustrations, Pastel (2018).
  • Copains-Câlins, texte et illustrations, Pastel (2017).
  • Zim Bam Boum, texte et illustrations, Pastel (2016).
  • Les trop petits cochons, illustration d’un texte de Christian Oster, L’école des loisirs (2016).
  • Le bonnet d’Olga, texte et illustrations, L’école des loisirs (2012).
  • Série Flocon, illustration de textes de Charlotte Derville, Milan (2002-2012)
  • Promenade avec un lapin, illustration d’un texte de Christian Oster, L’école des loisirs (2010).
  • Série Calinours, illustration de textes d’Alain Broutain, L’école des loisirs (1987-2009).
  • Série Mariette et Soupir, illustration de textes d’Irène Schwartz, L’école des loisirs (1985-2005).
  • Série Foufours, illustration de textes de Gérard Stehr, L’école des loisirs (1996-2003).

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Les invité·e·s du mercredi : Adèle Tariel, Myriam Ouyessad, Arnaud Nebbache et Brigitte Cazeaux

Par 30 mai 2018 Les invités du mercredi

Aujourd’hui, on reçoit l’autrice Adèle Tariel, avec elle on revient sur son travail et son parcours. Ensuite, c’est avec Myriam Ouyessad, Arnaud Nebbache et Brigitte Cazeaux que nous avons rendez-vous pour la rubrique Parlez-moi de… Ensemble, elles et il reviennent sur leur magnifique album, Moi, mon papa. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Adèle Tariel

Parlez-nous de votre parcours.
J’ai fait des études de communication à Angers puis Rennes jusqu’à la maîtrise (aujourd’hui master), puis l’école de journalisme à Lille. Après 5 ans en presse régionale, je travaille depuis 11 ans chez Playbac presse, éditeur du Petit quotidien, Mon Quotidien et L’actu, quotidiens d’actualité pour les enfants.
J’ai commencé à écrire des histoires après la naissance de ma fille en 2009. Depuis, l’envie est grandissante !

J’aimerais que vous nous présentiez Carnivore qui vient de sortir aux éditions du Père Fouettard.
C’est l’histoire d’un grillon qui se rend compte un jour que tous les insectes disparaissent un par un. Il décide de mener l’enquête pour débusquer le coupable. C’est un récit à la croisée des genres, entre polar et documentaire, écrit en rimes.
L’origine de ce livre est un mélange de plein de choses. Dans un restaurant, j’ai remarqué un jour une plante étrange, portant de petits « sacs ». Je l’ai repérée car j’en avais eu une chez moi il y a une quinzaine d’années. Il faut lire le livre pour comprendre sa place dans l’histoire. Je savais que Jérôme Peyrat, l’illustrateur, était passionné par les insectes, leurs morphologies, leurs couleurs… Il m’a fait observer les reflets bleutés des bousiers de longues minutes (sur une bouse donc !). Je venais de lire Os court, un album de Jean-Luc Fromental et Joëlle Jolivet, que j’avais beaucoup aimé. Je trouvais le texte en rimes très beau. Je ne pourrais pas vous dire comment, tout ça s’est connecté une nuit dans mon cerveau, et j’ai écrit le texte dès le lendemain.

Avez-vous fait des recherches pour ce livre ou le monde des insectes n’a aucun secret pour vous ?
Jérôme les connaissait bien mieux que moi. J’ai fait quelques recherches mais j’avoue que je suis allée vers les noms les plus mystérieux, qui m’attiraient. Doryphore, ténébrion, lucane… ça sonne tellement bien !

Vous êtes journaliste en plus d’être autrice, est-ce que cela a une influence sur votre travail d’écriture ?
Oui bien sûr. Dans mon travail, je suis touchée par certains sujets d’actualité. Et à travers des recherches ou des interviews de spécialistes, j’apprends chaque jour sur l’espace, l’histoire, la biologie, les animaux… Tout ça m’inspire parfois. La rédaction d’un article sur les kangourous par exemple a donné naissance à l’album C’est dans la poche ! (Talents Hauts).
Mon travail de journaliste joue sans doute aussi sur la forme, quand je cherche le mot juste ou à construire des phrases simples. Mais j’essaie de m’en détacher. Pour moi, l’intérêt d’écrire de la fiction, c’est justement de passer outre les règles strictes et les formats restrictifs. D’être libre, de transmettre des émotions, voire parfois des messages. L’inverse du « zéro opinion » prôné dans nos journaux.

Votre album Un air de violoncelle est finalement un pont entre ces deux activités, vous parlez d’un événement historique mais dans une fiction
Oui tout à fait, les genres peuvent se mêler dans les albums. L’enjeu de cette collection Un jour ailleurs aux éditions Kilowatt est d’inscrire une fiction dans un événement majeur du XXe siècle (La chute du mur de Berlin pour Un air de violoncelle). Il faut donc respecter un contexte historique très précis, et pour cela faire un travail documentaire préalable. Inventer l’histoire de personnes qui auraient pu vivre à cette époque a été un exercice passionnant. Cette collection est une très belle idée pour une approche différente de l’histoire. D’ailleurs, quand je le présente dans des classes, les élèves sont souvent assez captivés, même dès le CP.
Par ailleurs, j’ai aussi écrit des documentaires comme des fictions. Les albums Les étoiles stars chez Ricochet ou Maisons, chez Kilowatt, sont une première approche de ces grands sujets, mais à lire comme une histoire.

Qu’est-ce qui vous inspire ?
Un peu tout ! La nature, les gens que j’aime, la peinture, l’art contemporain… Et certains thèmes particulièrement : l’égalité filles/garçons, l’écologie, l’environnement, les dérives de notre société moderne…

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
J’ai beaucoup lu, relu, rerelu les magazines de chez Bayard : Pomme d’Api, J’aime Lire et Je Bouquine. Quelques livres m’ont beaucoup marquée : Mimi-Cracra, La Belle Lisse Poire du Prince de Motordu ou le roman L’histoire d’Helene Keller (une jeune fille sourde, muette et aveugle), réédité récemment.

Avez-vous eu des coups de cœur récents en littérature jeunesse ?
Je lis beaucoup d’albums jeunesse, mais je me suis mise depuis peu aux romans ados. L’Aube sera grandiose d’Anne-Laure Bondoux est magistral. J’ai aussi lu récemment Quand vient la vague de Jean-Christophe Tixier et Manon Fargetton, je l’ai beaucoup aimé. La transcription des émotions adolescentes est si juste et maîtrisée, une histoire qu’on ne peut pas lâcher. Ma fille de 9 ans lisait en même temps Dix minutes de dingue, également de Jean-Christophe, et elle l’a adoré aussi !

Quelques mots sur les prochaines histoires que vous nous proposerez ?
En fin d’année, je publie un album aux éditions Utopique intitulé Un vent meilleur qui raconte la rencontre dans le nord de la France entre un enfant migrant et une petite fille. Il évoque la solidarité, la désobéissance civile, un autre thème qui me tient à cœur. En fin d’année également, nous signons un nouvel album chez Père Fouettard avec Jérôme Peyrat : Cargo. Il évoque la relation entre un petit garçon et son père, capitaine de cargo, parti en mer. Les premières illustrations sont déjà magnifiques ! Et en début d’année prochaine, de retour sur l’égalité filles-garçons avec un chouette projet en compagnie d’Estelle Billon-Spagnol aux éditions Talents Hauts, ainsi qu’un nouveau livre avec Jérôme dans la jeune et jolie maison d’édition L’étagère du bas.

Bibliographie :

  • Carnivore, texte illustré par Jérôme Peyrat, Père Fouettard (2018).
  • 1000 vaches, texte illustré par Julie de Terssac, Père Fouettard (2017).
  • Un air de violoncelle, texte illustré par Aurore Pinho E Silva (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • La fosse aux lions, texte illustré par Jérôme Peyrat, Les éditions du Ricochet (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Maisons, texte illustré par Aude Brisson, Kilowatt (2015).
  • Mon papi peuplier, texte illustré par Jérôme Peyrat, Talents Hauts (2015).
  • Les étoiles stars, texte illustré par Céline Maniller, Les éditions du Ricochet (2014).
  • C’est dans la poche, texte illustré par Jérôme Peyrat, Talents Hauts (2012).
  • La révolte des Cocottes, texte illustré par Céline Riffard, Talents Hauts (2011).


Parlez-moi de… Moi, mon papa

Régulièrement, on revient sur un livre qu’on a aimé avec son auteur·trice, son illustrateur·trice et/ou son éditeur·trice. L’occasion d’en savoir un peu plus sur un livre qui nous a interpellés. Cette fois-ci, c’est sur Moi, mon papa, que nous revenons avec son autrice (Myriam Ouyessad), son illustrateur (Arnaud Nebbache) et son éditrice (Brigitte Cazeaux des éditions Points de suspension).

Myriam Ouyessad, autrice :
Ce livre a une genèse un peu particulière. Au départ, il y a d’abord une envie graphique d’Arnaud : représenter une réalité qui enfle, se déforme par exagération… Très vite, nous pensons à ces fameuses discussions entre enfants sur leur fantastique papa « qu’est le plus fort » ! L’idée nous amuse, et nous poussons un peu… Nous voyons bien comment l’histoire pourrait progresser, devenir extravagante… mais comment finir ? Dans ce toujours encore plus qui marque la rivalité entre les deux garçons, il faudrait une fin qui soit aussi une chute : inattendue, drôle, ou décalée.
Mieux qu’un papa encore plus ceci ou cela… Deux papas ! C’est la seule fin possible ! Et c’est aussi celle qui instantanément nous amuse le plus !
De là à en faire un album…
Commencer à écrire pour de bon cette histoire, c’est sentir que ce texte qui évoque l’homoparentalité sur un ton léger et décalé, peut aussi avoir, mine de rien, quelque chose à apporter. J’ai l’impression que c’est justement sa légèreté, son absence de gravité qui rend ce texte particulier.
Un premier éditeur auquel nous avions soumis le texte l’avait refusé en regrettant qu’il s’arrête au moment où il devenait « intéressant » : avant de parler clairement de la vie d’une famille homoparentale. Certes, cela risquait de rendre le texte un peu moins drôle, mais…
Mais justement. Le but n’était pas de faire un texte qui porte un message didactique, qui expliciterait des arguments. En posant qu’on n’a pas nécessairement besoin d’en passer par là, ce texte s’ancre dans un monde où cette simple réalité est déjà acquise, admise.
Selon moi, c’est ce positionnement qui confère à ce texte son côté jubilatoire.
Pour les autres jeunes lecteurs, ce texte est plus modestement une fenêtre ouverte sur une réalité qu’ils ignorent encore souvent, une invitation à la discussion, à la réflexion.
Ma profession me fait côtoyer de jeunes enfants et à plusieurs reprises, ces dernières années, il m’est arrivé d’assister à des discussions entre eux sur l’homosexualité ou l’homoparentalité. À chaque fois, ce qui m’a frappé, c’est l’incrédulité des enfants. Non pas le rejet, mais l’incrédulité. Ainsi, lorsque l’un d’eux racontait que deux copines de ses parents voulaient se marier, plusieurs avaient ri parce que leur copain disait n’importe quoi ! Deux femmes qui s’aiment et se marient, c’était juste « pas possible » !
Mais si. C’est possible. Un petit garçon peut aussi avoir deux papas, ou deux mamans…
Permettre que l’ignorance ne soit pas le début de l’intolérance.

Arnaud Nebbache, illustrateur :
Le projet Moi mon papa a trouvé naissance en discutant avec Myriam Ouyessad autour d’une signature lors d’un salon littéraire.
Les occasions sont (trop) rares de faire naître un livre en collaborant directement avec les auteur·e·s. Ça a déjà été le cas avec Myriam pour Tibouli rêve de couleurs (éditions Circonflexe). Je lui faisais part de mon envie de travailler sur la surenchère des enfants pour décrire leurs parents. Mon intérêt était purement graphique, je voulais réfléchir sur l’accumulation et sur une narration qui fonctionnerait sur l’absurde des exagérations, voir des mensonges des enfants pour se faire valoir aux yeux de leurs copains.
Myriam a réagi assez rapidement en proposant la chute avec les deux papas… qui donnait réellement sens à ce texte. Et comme souvent, le projet est resté en gestation pour quelques mois. Nous avons repris l’histoire un peu plus tard et Myriam a travaillé le texte notamment en définissant le contexte. Les deux enfants devaient discuter sur la plage en construisant un château de sable de plus en plus haut, afin d’appuyer sur la surenchère et de faire écrouler le château en fin d’histoire.
Nous avons également défini ensemble les choix graphiques où deux techniques se juxtaposent pour aider à la bonne différentiation de la partie réelle (encre pour la page de gauche) et de la partie fantasmée (pochoirs pour la page de droite).
Les éditions Points de suspension ont été les premiers à vouloir accueillir ce livre et le projet qu’ils proposaient dans son ensemble était cohérent par rapport à nos intentions et à nos envies. Le résultat correspond à nos attentes grâce au bon travail qui a été fait sur l’impression. Je suis content et assez fier d’aller « défendre » ce livre dans les écoles ou les salons quand j’en ai l’occasion.

Brigitte Cazeaux, éditrice :
Lorsque j’ai reçu par mail le projet d’Arnaud et Myriam, j’avoue que ce sont d’abord les images qui m’ont séduite.
En lisant le texte, je me disais, c’est une histoire qui a déjà été racontée, j’avais en tête Moi, ma grand-mère de Pef, et Le fils du tailleur de pierre de Moon-hee Kwon, un régal de palabre entre deux enfants.
Tout en lisant, j’essayais d’imaginer quelle serait la fin et ce à quoi je pensais n’avait rien à voir avec le texte de Myriam et cette chute géniale qui m’a convaincue de la nécessité de publier ce livre.
Ce n’est pas tous les jours que l’on reçoit un projet bien traité, sur un sujet important qui nous tient à cœur et qui colle parfaitement à nos ambitions éditoriales : faire découvrir le monde tel qu’il est et non pas tel que certains voudraient qu’il soit.
De plus, le travail avec Myriam et Arnaud a été d’une simplicité incroyable, je n’ai quasi pas eu à mettre mon grain de sel, tout avait été réfléchi et travaillé en amont, ce qui m’a permis de publier assez rapidement cet album indispensable, de mon point de vue.
J’espère que cet album aidera à connaître et accepter toutes les formes de parentalité ou au moins d’en discuter.
Il fait partie de la bibliographie « Parent quelle aventure », sélection de L’Atelier des Merveilles, un projet soutenu par la CAF de l’Ardèche.


Moi, mon papa

Texte de Myriam Ouyessad, illustré par Arnaud Nebbache.
Sorti chez Points de suspension (2017).
Retrouvez notre chronique ici.

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Les invité·e·s du mercredi : Anne-Hélène Dubray et Gaëtan Dorémus

Par 23 mai 2018 Les invités du mercredi

Aujourd’hui, on rencontre Anne-Hélène Dubray qui nous parle de ses beaux albums riches en détails. Ensuite, on découvre où et comment Gaëtan Dorémus dessine et crée.


L’interview du mercredi : Anne-Hélène Dubray

Quelles ont été les inspirations pour votre très bel album La Montagne ?
Pour La Montagne, j’avais envie de travailler sur de grandes images foisonnantes et de grandes scènes avec plein de personnages. Je me suis pas mal tournée vers la peinture pour voir le traitement de l’espace et de la couleur, les 36 vues du mont Fuji en particulier, à cause de la montagne bien sûr et des différentes atmosphères colorées. J’ai beaucoup regardé les miniatures persanes ou indiennes (j’avais vu de très belles fresques en Inde avec de grandes scènes de batailles où se mêlaient animaux et humains).
Il y a eu une grande phase de recherche sur la végétation, les animaux de chaque ère, l’histoire des villes, et une foule de petits détails (ce que mangeaient les hommes préhistoriques et comment on s’habillait en Mésopotamie) pour ensuite laisser place à une interprétation plus imaginaire.
C’est un livre qui a commencé avec des images, le texte est venu après pour souligner et animer certaines petites scènes et guider le regard du lecteur tout en l’amusant.

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
Mes études ne m’ont pas directement amenée à l’illustration. Après les Beaux-Arts j’ai d’abord été graphiste dans l’édition. Puis j’ai repris des études en littérature tout en donnant des cours d’arts plastiques. J’ai alors commencé la gravure et réalisé avec cette technique un premier livre illustré, Daphné (Esperluète). Puis j’ai rencontré Chloé Marquaire et Guillaume Griffon de l’Agrume pour un premier projet jeunesse. J’ai ainsi continué l’illustration et l’écriture, puis travaillé petit à petit pour d’autres domaines de l’illustration comme la presse, l’édition adulte ou la communication.

Vous illustrez pour la presse, pour l’édition, vous faites également un peu de microédition, est-ce que ce sont trois manières de travailler différentes ?
Pour la presse ou une commande en édition, on est amené à travailler sur des sujets qu’on ne connaît pas, j’aime beaucoup ça, il y a de la découverte et des contraintes très stimulantes. Pour mes projets personnels d’auteure, c’est un travail dans le temps, avec parfois beaucoup de recherches documentaires et graphiques, il faut apprendre à faire avec la liberté, c’est une chance, mais ça suscite des moments de doutes aussi. En micro édition, il faut porter le projet matériellement, on va jusqu’à produire un objet, on apprend plein de choses. Ces différentes pratiques s’alimentent les unes les autres.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Mes parents s’intéressaient assez aux livres pour enfants et j’ai de bons souvenirs de lecture, avec un gout prononcé pour le loufoque, je pense à 333 fois fou de Salisbury Kent, La Maison hantée, Si les chiens et les chats étaient des dinosaures. Mais aussi à des livres poétiques comme L’œuf et la poule de Iela Mari. Ensuite j’ai adoré lire Roald Dahl. Puis j’ai eu une grande passion pour Picsou magazine, je dessinais très bien Donald sous toutes les coutures.
Adolescente, c’était la BD, les romans policiers et Boris Vian. J’aimerais beaucoup travailler sur une histoire policière d’ailleurs.

Auriez-vous quelques coups de cœur à nous faire partager ?
J’ai lu dernièrement Santa Fruta, de Delphine Perret et Sébastien Mourrain, qui est vraiment drôle et touchant ; et Le tunnel de Mari Kanstad Johnsen, j’adore son travail. Sinon, j’essaie d’avoir toujours un livre de Blex Bolex à portée de main, Les Saisons ou un tout petit livre sans paroles La longue vue, son art de la narration m’émerveille.

Travaillez-vous sur un projet particulier en ce moment ? Pouvez-vous nous en parler ?
Je travaille sur un nouveau livre jeunesse avec l’Agrume, c’est un abécédaire, avec des textes vivants et amusants je l’espère. Il sortira à l’automne prochain.

Bibliographie :

  • La Montagne, L’Agrume (2017) que nous avons chroniqué ici.
  • Les Farceurs, L’Agrume (2016).
  • Daphné, Esperluète (2014).

Son site : http://annehelenedubray.fr


Quand je crée… Gaëtan Dorémus

Le processus de création est quelque chose d’étrange pour les gens qui ne sont pas créateur·trice·s eux-mêmes. Comment viennent les idées ? Et est-ce que les auteur·trice·s peuvent écrire dans le métro ? Les illustrateur·trice·s, dessiner dans leur salon devant la télé ? Peut-on créer avec des enfants qui courent à côté ? Faut-il de la musique ou du silence complet ? Régulièrement, nous demandons à des auteur·trice·s et/ou illustrateur·trice·s que nous aimons de nous parler de comment et où ils·elles créent. Cette semaine, c’est Gaëtan Dorémus qui nous parle de quand il crée.

Boulot
Je ne suis pas un artiste maudit qui erre sur les chemins de France à la recherche de l’inspiration, puis partirais m’isoler dans ma grotte pour « créer »… C’est mon activité, ma passion, mon travail. Comme un vrai travail. Je ne travaille pas la nuit ou n’importe quand : j’aspire à une vie sociale en dehors de mon activité d’illustrateur, et je me cale sur la vie autour de moi.

Train
Je réalise mes livres dans mon atelier, qui n’est pas une pièce de ma maison. J’ai besoin de trajets pour passer de ma vie professionnelle à mes autres vies, j’ai besoin de trajet pour que mes idées infusent et cheminent en moi. C’est pour cela que l’endroit où vraiment j’arrive à un maximum de concentration pour dérouler le fil d’une nouvelle histoire, c’est… le train. Ça se déplace, c’est calme, on est avec soi, son petit carnet, ses pensées, ses éventuelles notes précédentes. Mais ensuite tout se passe à l’atelier : ça bouge moins qu’un train, ce qui est nécessaire pour dessiner.

Radio
Je regarde/relis mes carnets ferroviaires pour développer mes projets de bouquins. J’écoute beaucoup de radio et de musique lorsque je dessine, pas lorsque je travaille sur le texte ou la narration. Le son d’une radio avec des gens qui parlent m’aide à lâcher prise je pense dans mon dessin, me permet d’évacuer la pointe d’angoisse du ratage de dessin, du mal fait, du dessin coincé. Mon éveil culturel, ma conscience politique se sont particulièrement nourris grâce à mes journées de travail, la radio allumée. En ce moment, je me délecte de Métronomique sur France Culture. Souvent en bas de mes dessins ou sur des post-its apparaissent des noms d’émissions, de musiciens, de livres à lire, de phrases entendues, d’idées-flash qui n’auront peut-être pas de suites immédiates. J’écoute des albums de musique, jamais des playlists aléatoires, j’aime à être immergé dans une ambiance sonore. Un disque c’est environ 45 minutes, ça structure mon travail, souvent je change de tâche lorsque je change de disque, ou je réponds à un mail ou deux pendant 5 minutes avant de lancer un autre album de musique.

Gaëtan Dorémus est auteur et illustrateur.

Bibliographie sélective :

  • Les Goûters méga chouettes de Machinette, texte et illustrations, Albin Michel Jeunesse (2018).
  • Tout doux, texte et illustrations, Rouergue (2018).
  • ICI, texte et illustrations, La Ville Brûle (2017).
  • Dans les dents !, illustration d’un texte de Denis Baronnet, Actes Sud Junior (2017).
  • Minute papillon !, texte et illustrations, Rouergue (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Série Till, illustrations de texte de Philippe Lechermeier, Les fourmis rouges (2015-2016).
  • Les Oreilles, texte et illustrations, Albin michel jeunesse (2016).
  • La Maman de la maman de mon papa, texte et illustrations, Les fourmis rouges (2016).
  • Mon bébé croco, texte et illustrations, Albin Michel Jeunesse (2015).
  • Le miel des trois compères, illustration d’un texte de Richard Marnier, Le rouergue (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Vacarme, texte et illustrations, Notari (2014).
  • Mon ami, texte et illustrations, Rouergue (2012).
  • Tonio, texte et illustrations, Rouergue (2012).
  • Ping Pong, texte et illustrations, Seuil jeunesse (2010).

Son site : https://gaetandoremus.com

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