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Les invités du mercredi

Les invité·e·s du mercredi : Cléa Dieudonné et Annabelle Buxton

Par 25 avril 2018 Les invités du mercredi

Ce mercredi, je vous propose une rencontre avec Cléa Dieudonné que j’ai eu la chance de pouvoir interviewer. Elle nous parle de ses albums que je trouve incroyables et revient sur son parcours. Ensuite, Annabelle Buxton nous révèle les secrets de son atelier…


L’interview du mercredi : Cléa Dieudonné

J’ai adoré votre album complètement fou La Pyramide des animaux ! Comment avez-vous conçu ce livre-fresque qui fourmille d’animaux et autres détails ?
Tout est parti de l’idée un peu absurde d’empiler des animaux dans un livre au format similaire à La Mégalopole. J’ai fait beaucoup de recherches et établis une liste d’espèces des plus connues aux plus étranges, puis j’ai dessiné une première version très droite et ordonnée. Les animaux étaient rangés du plus gros en bas au plus petit en haut, avec un animal par page. Guillaume Griffon, mon éditeur, m’a fait remarquer que cela serait plus amusant de tous les mélanger. J’ai donc dessiné une nouvelle version beaucoup plus complexe et chaotique. J’ai rendu la pyramide plus instable puis j’ai construit sa charpente avec les plus gros animaux et quelques piles de plus petits. En parallèle, j’ai défini une scène par page de la pyramide et écrit le texte. J’ai aussi ajouté des saynètes de second plan, qui ne sont pas mentionnées dans l’histoire. Puis j’ai comblé les vides avec d’autres animaux.
Et ensuite, j’ai pris soin que chacun soit en mouvement même s’ils ne prennent pas part à l’histoire : certains font des selfies, mange du pop-corn, joue avec un hélicoptère télécommandé par exemple. Je voulais que l’ensemble soit foisonnant et que, peu importe où le lecteur pose ses yeux, il ait toujours quelque chose à découvrir.
J’ai porté un soin particulier à ajouter des animaux méconnus ou mal-aimés comme le couscous tacheté, le glouton, le pangolin ou l’araignée, la hyène, le vautour. Au total, il y a plus de 150 espèces différentes et 200 animaux, ça en fait du monde à dessiner !

Quel parcours avez-vous suivi avant de réussir à créer des livres toujours plus surprenants les uns que les autres ?
J’ai étudié le graphisme puis la conception de projets multimédias à Paris pendant 5 ans à l’école Estienne puis à Gobelins. Une fois diplômée, je suis partie travailler à Amsterdam dans une agence de communication où je me suis plutôt orientée sur l’illustration. Pendant tout ce temps, j’ai écrit des histoires pour enfants, rien de bien abouti. Puis un jour, j’ai commencé à concevoir un livre comme mes projets multimédias, j’ai réalisé qu’on pouvait jouer avec la forme du livre, son volume, la façon dont on le manipule et dont on le lit. Cela a donné naissance à mon premier livre La Mégalopole imaginé pour les supports numériques et papier. Le projet s’est concrétisé grâce à ma rencontre avec la maison d’édition L’Agrume. Il m’a aidé à créer ce livre démesuré qui se déplie sur 3,75 m. La pyramide est beaucoup plus petite, seulement 2 m de long !

Vous avez aussi conçu un livre numérique, Avec quelques briques, avec Mathilde Fournier, est-ce que le travail est très différent de la création d’un album papier ?
Pour moi pas vraiment, mais je crois que je pense plus comme une designer que comme une auteure. Je conçois un livre avant de l’écrire et il peut s’incarner à l’écran ou sur le papier. Par contre pour le numérique il faut aussi gérer la production (un peu le rôle de l’éditeur en fait) et travailler en équipe avec un développeur et un sound designer. C’est ce que j’ai fait pour l’app Avec quelques briques qui est l’adaptation du livre pop-up de Vincent Godeau, publié (sur papier) par L’Agrume. C’est une interprétation de son livre et une expérimentation sur la lecture à l’écran. Avis aux amateurs elle est gratuite dans l’App Store !

Quand on regarde votre production, on se dit que la forme du livre est quasiment aussi importante que l’intérieur. Comment décidez-vous de la forme que va prendre une de vos créations ?
C’est exactement ça. L’histoire s’impose d’elle même quand je trouve la forme du livre et de la façon de le lire. Mais ce n’est pas facile de trouver une forme originale qui fonctionne, il faut que le livre soit surprenant, mais lisible et aussi réalisable par l’imprimeur. Pour La Mégalopole j’avais cherché un système de pliage qui me permettrait d’avoir une image panoramique et une histoire à la fois. Mais il fallait que ce vaste espace soit utilisé judicieusement. J’ai repensé à une frustration ressentie lorsqu’on essaie de prendre en photo un gratte-ciel qui dépasse du cadre. D’où l’idée d’une ville géante qui ne peut être regardée en un regard et qui sort du cadre. Pour mon prochain livre, j’ai cherché à jouer avec un système d’ouverture, puis tourner ces pages m’a évoqué le fait d’ouvrir une porte. C’est devenu un livre-maison et les pages sont ses pièces.
Je développe d’autres idées de livres, plusieurs à la fois. Je fais des petites maquettes papier, je réfléchis à la pertinence et de la faisabilité, réfléchi au thème de l’histoire. Quand on décide qu’un projet est mûr, je me lance dans les illustrations et l’écriture. Mais je ne suis pas pressée, je fais seulement un livre par an et j’ai déjà les idées pour les deux prochains.

Quelles sont vos techniques de création ?
Je dessine toujours sur papier puis je scanne mes croquis et les redessine en vectoriel sur le logiciel « Illustrator ». Cela me permet de modifier indéfiniment mes illustrations pour rajouter des couches successives de détails et aboutir à des scènes fourmillantes.

Quand vous étiez enfant et adolescente, lisiez-vous plutôt des albums, des BD, des romans… ?
J’ai lu énormément de BD et de contes et légendes du monde entier, ensuite pas mal de mangas. Très peu de romans en fait, à part Roald Dahl que j’adore toujours et Harry Potter comme tous ceux de ma génération !

Et quel genre de projets explosifs avez-vous pour les mois à venir ?
Je suis en train de finir un nouveau livre qui sortira à la rentrée, un livre maison. On suit les pas d’une petite fille qui explore la villa de sa tante archéologue et évidemment elle vit plein d’aventures loufoques. Il y a encore une fête avec une grande parade plus folle que celle de La Mégalopole. Après ce projet, je pense travailler à un cahier d’activité sur l’architecture. Puis un livre à déplier avec un autre système et la version numérique de La Mégalopole qui est toujours en incubation.

Bibliographie francophone :

  • La Pyramide des animaux, L’Agrume (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • 10 Animaux et leurs voisins, L’Agrume (2016)
  • 10 Véhicules et leurs cousins, L’Agrume (2016).
  • Ville magique, Kimane (2016).
  • La Mégalopole, L’Agrume (2015), que nous avons chroniqué ici.

Son site : http://www.cleaplatre.com


Quand je crée… Annabelle Buxton

Le processus de création est quelque chose d’étrange pour les gens qui ne sont pas créateur·trice·s eux-mêmes. Comment viennent les idées ? Et est-ce que les auteur·trice·s peuvent écrire dans le métro ? Les illustrateur·trice·s, dessiner dans leur salon devant la télé ? Peut-on créer avec des enfants qui courent à côté ? Faut-il de la musique ou du silence complet ? Régulièrement, nous demandons à des auteur·trice·s et/ou illustrateur·trice·s que nous aimons de nous parler de comment et où ils·elles créent. Cette semaine, c’est Annabelle Buxton qui nous parle de quand elle crée.

Dans mon processus de création, dessin et écriture marchent côte à côte. Un dessin peut m’apporter une idée de scénario et une idée de scénario un dessin. J’ai beaucoup de difficultés à être linéaire, je vois le monde en petits morceaux. Cela se retranscrit aussi dans ma manière de travailler.
Je commence toujours le travail avec mon rituel café, que je pose tant bien que mal entre une trousse débordante de crayons, deux trois pots de pinceaux, un pot d’eau sédimentaire, une palette, des encres, des carnets, des post-its (partout) une table à découper sous une table lumineuse, sous une tablette graphique et un sèche-cheveux sur la droite qui est très important pour faire sécher plus rapidement la peinture. Je travaille le plus souvent à la maison, car mon matériel est compliqué à déplacer. Le silence le matin me plaît et m’aide à me concentrer, il m’arrive très souvent d’allumer la radio et d’aller choisir mes podcasts de mes émissions fétiches que j’écoute l’après-midi et le soir. France inter, France culture et Arte radio composent la playlist. Connaissez-vous le podcast Écoutez le monde Le chasseur de silence… ? Une pépite.
Après avoir écouté avec la tête j’écoute avec le cœur, vient alors le tour de Joe Strummer, des Talking Heads, ou encore des petites histoires de Mathieu Boogaerts.
Beaucoup de styles se confondent, le fil conducteur ? Leur voix.

Il y a plusieurs étapes dans mon travail et celle qui à ma préférence est l’esquisse. Un cahier et quelques crayons suffisent et voilà que je m’échappe dans des cafés parisiens vers Bastille ou Laumière. J’ai un peu mes adresses préférées où les décibels s’alignent, la lumière est belle et le décor est chargé, voire poussiéreux. Je m’arrange toujours pour être près d’une fenêtre. L’agitation mesurée et les bruits de porcelaine, des rires étouffés, des serveurs et des personnes qui vont et qui viennent, m’apportent de bonnes conditions pour rester concentrée dans mon travail sans être frustrée d’être contenue sur ma chaise.
Les trains me font aussi cet effet, l’immobilité mobile fonctionne bien pour moi.

Annabelle Buxton est autrice-illustratrice.

Bibliographie  :

  • Tom et Tow, texte et illustration, Albin Michel Jeunesse (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Système solaire, illustrations d’un texte d’Anne Jankeliowitch, De la Martinière Jeunesse (2017)
  • La Pointeuse botanique, illustration d’un texte de Caue De L’Essonne, avec photos de Gérard Arnal, Actes Sud Junior (2016).
  • Le livre-tapis des jouets, texte et illustrations, Actes Sud Junior (2015).
  • Archicubes, illustrations d’un texte de Sandrine le Guen, Actes Sud Junior (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Le Rhinocéros de Wittgenstein, illustrations d’un texte de Françoise Armengaud, Les Petits Platons (2013).
  • Le Tigre blanc, texte et illustrations, Magnani (2012).

Son site : http://annabellebuxton.com

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Les invité·e·s du mercredi : Coline Pierré et Øyvind Torseter

Par 18 avril 2018 Les invités du mercredi

C’est un mercredi un peu spécial pour moi aujourd’hui. On commence par une longue interview avec une autrice que j’apprécie beaucoup, tant pour son travail que pour sa personnalité, Coline Pierré, ensuite on part en vacances avec l’un de mes illustrateurs préférés, Øyvind Torseter. À travers ces deux rencontres, j’espère vraiment vous donner envie de connaître leur travail. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Coline Pierré

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur votre très bel album Le jour où les ogres ont cessé de manger des enfants ?
Après avoir illustré la couverture de mon second roman, L’immeuble qui avait le vertige, Loïc m’a contactée pour me dire qu’il l’avait aimé et me demander si ça m’intéresserait de monter un projet de livre ensemble. Je connaissais et j’aimais son travail donc j’étais ravie.
J’avais justement cette idée d’histoire en tête. Je ne sais plus comment elle est née, mais je me souviens très bien où : j’étais devant ma cuisinière.
J’en ai parlé en quelques mots à Loïc et il a été curieux. J’ai écrit l’histoire, elle lui a plu et on s’est lancés. On l’a proposée à Olivier Douzou, qui est l’éditeur des albums au Rouergue. Il a été tout de suite intéressé, et il y a apporté des choses vraiment intéressantes, un regard extérieur qu’on n’avait pas.
C’est une sorte de conte moderne humoristique, qui aborde notre rapport à l’alimentation et à la consommation. C’est aussi un livre qui milite de manière pas vraiment dissimulée pour le végétarisme. Pour la petite anecdote, j’ai écrit ce texte avant de cesser de manger de la viande. Et je n’en ai vraiment saisi la portée que lorsque Loïc, puis Olivier, y ont posé leur regard. Il faut croire que quelque chose infusait sans doute déjà en moi. 🙂

Comment avez-vous travaillé sur ce projet avec Loïc Froissart ?
J’ai écrit une première version du texte à partir de laquelle Loïc a fait de premières images. Puis j’ai écrit mille versions du texte et Loïc a refait mille versions des images. Parfois en parallèle, parfois en rebondissant sur le travail et les idées de l’autre. Loïc a apporté des idées et de nouvelles dimensions au texte. On a un peu le même fonctionnement, je crois, on tâtonne, on recommence, on n’est pas satisfait, on améliore petit à petit. Il s’est passé plus de trois ans entre la première version du texte et la publication du livre, donc on a eu tout le loisir d’hésiter et de parfaire les choses.
Entre temps, on a monté une lecture dessinée et sonore ensemble (une histoire d’oiseau dont personne ne comprend le chant), on prépare une lecture dessinée et musicale à partir des Ogres, et on réfléchit à de nouveaux projets de livres.

Vous avez créé Monstrograph avec votre compagnon Martin Page, pouvez-vous nous parler de ce projet ?
Nous avons monté il y a quelques années cette maison de micro-édition pour y publier des livres courts et hors-normes, impubliables ailleurs ou refusés partout, et auxquels nous tenons. Ce sont souvent des textes un peu bizarres et très personnels. Pour l’instant, il s’agit surtout de livres illustrés et d’essais. (au départ, on faisait aussi un peu de sérigraphie mais on n’a plus vraiment le temps pour ça).
On ne se donne aucun objectif en termes de régularité, on fait les livres que l’on veut, quand on a envie. C’est un plaisir de pouvoir travailler sur des formats un peu différents, et de réfléchir à tous les aspects du projet, de penser quelque chose de global : écriture, illustration, maquette, choix du format, du papier, vente. Et puis ça permet de s’affranchir du temps parfois trèèèès long de l’édition.
Mais c’est aussi un sacré travail (et un investissement financier personnel) donc on en fait très peu. Mais ils font aussi parfois naître de beaux projets : J’ai par exemple fait un atelier d’écriture sur la base d’un de mes livres illustrés, et une classe de collégiens avait monté une lecture musicale à partir d’un de ces textes.
On aimerait aussi un jour s’ouvrir à des publications d’amis, ou traduire des textes courts d’auteurs qu’on aime.

L’engagement prend une grande place aussi dans votre travail à vous et dans celui de Martin, j’ai l’impression. Pouvez-vous nous en parler ?
Je n’ai pas l’impression d’être une fille très engagée (je manifeste très rarement, je ne fais pas partie d’associations), je culpabilise même souvent de cette inaction quand je vois les autres qui agissent concrètement. Alors pour donner le change, j’essaie d’être engagée avec mes armes à moi, là où je me sens plus à l’aise : dans ma vie quotidienne (véganisme, écologie…), dans mon langage, dans mes rapports aux autres, dans mes votes, dans ce que je dis aux élèves que je rencontre, et puis j’essaie de faire des livres qui véhiculent (souvent clandestinement, parfois plus frontalement) les valeurs auxquelles je crois : féminisme, antispécisme, humanisme…
Martin et moi sommes radicaux dans différents domaines 🙂

Parlez-nous de votre parcours
J’écris depuis l’enfance. Adolescente, j’écrivais aussi des chansons, mais l’idée de monter sur scène me terrorisait. J’avais envie que la création fasse partie de ma vie d’adulte, sans vraiment me décider pour un art. J’oscillais entre musique et écriture, j’ai fait un peu de vidéo, de dessin…
J’ai suivi des études d’information et communication à la fac, avec la vague intention de devenir journaliste, car c’était le compromis que j’avais trouvé pour à la fois rassurer mes parents avec le spectre d’un « vrai métier », et vivre de l’écriture. J’ai abandonné en cours de route parce qu’au fond, ce n’était pas ça que j’avais envie de faire. Je suis devenue rédactrice indépendante, et en parallèle, j’ai continué à essayer d’écrire des livres (j’ai écrit beaucoup de débuts de romans). Un jour, j’ai fini par réussir à terminer une histoire, et L’école des loisirs l’a publiée [NDLR Apprendre à ronronner sorti en 2013]. Assez vite, j’ai développé des activités annexes qui m’intéressent beaucoup (animation d’ateliers d’écriture, lectures musicales, création de projets mêlant écriture, son, vidéo…) et qui m’ont permis d’en faire mon métier. 
Maintenant, je reviens doucement à la musique en la mêlant à ma pratique de la littérature, je compose des musiques qui accompagnent des lectures, et j’ose enfin monter sur scène pour les jouer.

Où trouvez-vous votre inspiration ?
Dans mes souvenirs d’enfance et d’adolescence, dans mes sentiments d’adulte, dans ce que vivent mes proches, dans mes angoisses, mes colères, mes doutes et mes incapacités, dans le monde partout autour de moi, en essayant de décaler légèrement mon regard sur la réalité, d’ouvrir des portes dérobées, de renverser des situations, de faire entrer en collision des choses qui s’opposent pour créer des mini big bang intimes. Et puis dans les œuvres d’art des autres, parce qu’elles me donnent de l’énergie et des envies. Mais aussi dans celles que j’aurais aimé aimer mais qui ne me plaisent pas, parce qu’elles me donnent envie de les réécrire.

Est-ce quand on vit avec un·e auteur·trice ça inspire ou au contraire c’est parfois compliqué de ne pas se piquer l’un l’autre des idées ? Est-ce que Martin est votre premier lecteur et inversement ? Intervenez-vous l’un·e sur le travail de l’autre ? (je précise que j’aurai posé la même question à Martin)
Oui, nous sommes le premier lecteur l’un de l’autre, on se fait toujours relire nos livres au moins deux fois. Nos écritures et nos goûts sont plutôt proches, nos idées aussi, donc je pense qu’on comprend bien ce que l’autre veut faire dans ses textes, c’est quelque chose de très précieux pour l’un comme pour l’autre. On sait qu’on peut être franc dans nos remarques et nos corrections, et on est capables d’accepter les critiques de l’autre sans y mettre trop d’ego, c’est important (cela dit, on est très bienveillants). Et c’est pareil quand on écrit des livres ensemble.
En ce qui concerne les idées, ce n’est pas une guerre ! Parfois, une idée naît au cours d’une conversation ou d’une blague commune, et alors la grande question de « à qui appartient cette idée ? » apparaît, mais c’est rare. C’est comme ça par exemple qu’on a décidé de co-écrire un projet de série jeunesse, parce qu’on ne savait plus qui en avait eu l’idée. Mais le partage des idées n’est pas source de scènes de ménage, il y en a assez d’autres dans l’univers. 🙂
C’est au contraire plutôt inspirant d’être au contact des idées et de l’enthousiasme de l’autre (parce qu’on n’a pas les mêmes périodes creuses), on s’épaule, on se stimule. Et c’est un sacré confort de vivre avec quelqu’un qui fait le même métier que soi, qui comprend vraiment nos problématiques, qui a le même rythme de travail. Il n’y a que lorsque l’un de nous a un texte accepté par un éditeur qui a refusé un texte à l’autre, que c’est un peu frustrant. Mais ça n’arrive pas souvent.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Enfant, je ne faisais pas très attention aux noms des auteur.trice.s qui étaient écrits sur les livres (honte à moi). Je lisais en vrac ce qui m’interpellait, par le ton, l’histoire, les idées. Je me souviens avoir adoré (et désastreusement tenté de plagier à 11 ans) la série des « Enquête au collège » de Jean-Philippe Arrou-Vignod, je me souviens avoir relu mille fois « Les cacatoès » de Quentin Blake, avoir dévoré une bonne partie de la collection des « Chair de poule », avoir grandi avec les abonnements à L’école des loisirs et avoir lu un paquet de bandes dessinées : les classiques de la bande dessinée franco-belge, et puis les magazines Disney (Le journal de Mickey, Super Piscou Géant…) 
Adolescente, je me suis construite avec les livres de Boris Vian, Howard Buten, Virginie Despentes, Manu Larcenet, Roald Dahl, Hubert Selby Jr, Oscar Wilde, Marjane Satrapi, Bill Watterson… (argh, je réalise que ce sont majoritairement des hommes).

Que lisez-vous en ce moment ?
Je viens de lire un livre réjouissant de Sophie G. Lucas, une sorte d’essai poétique qui s’appelle Assommons les poètes. Dernièrement, j’ai aussi beaucoup aimé Inséparables, de Sarah Crossan, et adoré Handi-gang de Cara Zina (un roman qui met en scène un groupe d’adolescents souffrants de différents handicaps, qui décident d’agir pour dénoncer les injustices dont ils sont victimes). Et parmi l’amoncellement de livres en cours à côté de mon lit, il y en a qui sont extras : Je suis le genre de fille, de Nathalie Kuperman, La vie effaçant toutes choses de Fanny Chiarello, Ces hommes qui m’expliquent la vie, de Rebecca Solnit, et Olympe de Gouges, la bande dessinée de Catel et Bocquet. (tiens, cette fois, ce ne sont presque que des femmes !)

Quelques mots sur vos prochains ouvrages ?
Mon nouveau livre paraît au Rouergue aujourd’hui (youhou !). C’est un roman pour enfants qui s’intitule La révolte des animaux moches. Il met en scène un groupe d’amis composé de quatre animaux, dans un monde très légèrement futuriste où animaux et humains vivent en paix (c’est-à-dire sans se manger). Seulement, les animaux « nobles » (chevaux, chiens…) sont désormais les alliés des humains, et les animaux moches sont déconsidérés, méprisés, ils sont devenus les nouveaux prolétaires de ce monde. Alors les quatre héros du livre décident de mener une révolte pour faire advenir plus de justice et être reconnus à leur juste valeur.
Chez Monstrograph, la maison de micro-édition que j’ai créée avec mon compagnon, Martin Page, nous publions aussi deux livres ce printemps. 
Un livre collectif que nous éditions tous les deux et qui interroge 31 artistes sur les conditions de leur création. Il s’intitule : Les artistes ont-ils vraiment besoin de manger ? Actuellement, il est en souscription via un financement participatif [NDLR plus d’info ici].
Et puis un court essai que j’ai écrit, qui parle de la littérature, de la fiction, et du rôle politique et social de l’imagination et des fins heureuses, intitulé : Éloge des fins heureuses.

Bibliographie : 

  • La révolte des animaux moches, roman illustré par Anne-Lise Combeaud, Rouergue (2018).
  • Le jour où les ogres ont cessé de manger des enfants, album illustré par Loïc Froissart, Rouergue (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • La Folle rencontre de Flora et Max, roman coécrit avec Martin Page, l’école des loisirs (2016).
  • Ma fugue chez moi, roman, Le Rouergue (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • L’immeuble qui avait le vertige, roman, Le Rouergue (2015).
  • N’essayez pas de changer, le monde restera toujours votre ennemi, roman coécrit avec Martin Page, Monstrograph (2015).
  • Petite encyclopédie des introvertis, roman, Monstrograph (2015).
  • Apprendre à ronronner, roman illustré par José Parrondo, l’école des loisirs (2013).

Le site de Coline Pierré : http://www.colinepierre.fr.


En vacances avec… Øyvind Torseter

Régulièrement, nous partons en vacances avec un·e artiste. Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais moi j’adore partir comme ça avec quelqu’un, on apprend à la·le connaître notamment par rapport à ses goûts… cet·te artiste va donc profiter de ce voyage pour nous faire découvrir des choses. On emporte ce qu’elle·il veut me faire découvrir. On ne se charge pas trop… Des livres, de la musique, des films… sur la route on parlera aussi de 5 artistes qu’il·elle veut me présenter et c’est elle·lui qui choisit où l’on va… 5 destinations de son choix. Cette fois-ci, c’est avec Øyvind Torseter que nous partons ! Allez, en route !

5 albums jeunesse :  

  • Asbjørnsen and Moe : Norwegian folktales [NDLR sorti en France sous le titre Contes populaires norvégiens]
  • Tove Jansson : Moomin [NDLR sorti en France sous le même titre]
  • Jockum Nordstrom: Sailor and Pekka [NDLR sorti en France sous le titre Sailor et Pekka font les courses]
  • Jan Loof : The red apple
  • Astrid Lindgren : Emil [NDLR sorti en France sous le titre Les farces d’Emil]

5 romans :

  • Jon Fosse : Trilogien
  • Haruki Murakami : Colorless Tsukuru Tazaki [NDLR sorti en France sous le titre L’Incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage]
  • Lars Saabye Christensen : The half brother
  • Vigdis Hjorth : Wills and Testament
  • Karl Ove Knausgård : My struggle

5 DVD

  • Vertigo [NDLR sorti en France sous le titre Sueurs froides]
  • Twin Peaks [NDLR sorti en France sous le titre sous le même titre]
  • Lost in translation [NDLR sorti en France sous le titre sous le même titre]
  • Fanny and Alexander [NDLR sorti en France sous le titre Fanny et Alexandre]
  • Bladerunner [NDLR sorti en France sous le titre sous le même titre]

5 CD

  • Talk Talk : Laughing stock
  • Joanna Newsom : Ys
  • Robert Wyatt : Rock bottom
  • Biosphere : Substrata
  • Bill Callahan : Dream River

5 BD

  • Tove Jansson : Moomin, The complete Tove Jansson Comic Strip
  • Lars Fiske and Steffen Kverneland : Kanon
  • Pushwagner : Soft City [NDLR sorti en France sous le même titre]
  • Chris Ware : Jimmy Corrigan [NDLR sorti en France sous le même titre]
  • Joost Swarte : Is that all there is?

5 lieux

  • Shanghai, China
  • Lofoten, Norway
  • Reykjavik, Iceland
  • Cornwall, UK
  • Nordmarka, Oslo

5 artistes

  • David Hockney
  • Brian Eno
  • Saul Steinberg
  • David Shrigley
  • Vanessa Baird

Øyvind Torseter est auteur et illustrateur

Bibliographie française :

  • Noirbert, illustration d’un roman de Håkon Øvreås, La joie de Lire (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Tête de mule, BD, texte et illustrations, La joie de Lire (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Maarron, illustration d’un roman de Håkon Øvreås, La joie de Lire (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Socrate et son papa, illustration d’un roman de Einar Øverenget, La joie de Lire (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Ina et Aslak opération dynamique, illustration d’un album de Tore Renberg, Didier Jeunesse (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Pourquoi les chiens ont la truffe humide, illustration d’un album de Kenneth Steven, Cambourakis (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Ina et Aslak apprentis bûcherons, illustration d’un album de Tore Renberg, Didier Jeunesse (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Le trou, album, texte et illustrations, La joie de Lire (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • Gravenstein, album, texte et illustrations, La joie de lire (2011).
  • Detours, album, texte et illustrations, La joie de lire (2009).
  • Mr Randpy, album, texte et illustrations, Rouergue (2002).

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Les invité·e·s du mercredi : Alexandre Chardin et Thomas Gornet

Par 11 avril 2018 Les invités du mercredi

Aujourd’hui, je vous propose de partager avec vous l’une de mes plus belles rencontres de ces derniers mois… Alexandre Chardin. J’ai rencontré tout d’abord son écriture qui m’a instantanément séduit (mais Sarah m’en avait dit tant de bien que je n’ai pas été étonné), puis l’auteur qui est une personne extrêmement sympathique, chaleureuse, passionnée… Je lui ai donc posé quelques questions et je vous propose de lire ses réponses. Ensuite, c’est avec un autre auteur que j’aime beaucoup que je vous propose de continuer, Thomas Gornet partage avec nous ses coups de cœur et coups de gueule. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Alexandre Chardin

Vous venez de sortir un roman absolument magnifique, Mentir aux étoiles, j’aimerais que vous nous le présentiez, que vous nous disiez comment il est né et qui est Léon, le jeune héros de cette histoire.
Pour commencer, merci pour l’adjectif qualifiant mon dernier roman qui prend une place particulière dans mon cœur et mon imaginaire. Il est difficile de se lancer dans une histoire avec des personnages aussi « vivants » et forts que Léon et Salomé, mais ils avaient une telle envie d’être écrits que je leur ai fait confiance. L’origine de cette histoire, cette fois, n’est pas un lieu, mais une situation qui m’a bouleversé. Il y a quelques années, j’ai eu deux élèves dans deux classes différentes (je suis enseignant) : un « Léon » en sixième, apeuré, fragile, sensible, et une « Salomé », en quatrième, ronde, brûlante de colère, de gros mots et de violence, mais avec qui je m’entendais très bien. Et puis, un jour, des « grands » ont fait tomber Léon dans le couloir et lui ont mis le sac sur la tête avant de partir avec des rires gras. Salomé m’a devancé pour réparer la barbarie. Elle a fondu sur Léon, l’a relevé, rassuré avec une empathie et une douceur de maman. J’ai laissé faire, ému. Ensuite, Léon « ramassé », elle est allée mettre quelques pifs-pafs aux grands qui n’ont pas répliqué… Et je n’ai rien vu, ou bien j’étais trop loin, ou bien…
Le sujet était là : une très grosse fille à l’immense sensibilité, et un « petit » garçon qui avait besoin d’elle pour s’émanciper, s’ouvrir, se découvrir et prendre courage. Le reste, n’est que fiction…

Ça veut dire que votre travail d’enseignant a une influence sur votre travail, que vos élèves vous inspirent ?
Mes élèves m’inspirent peu, généralement, mis à part pour Mentir aux étoiles, mais ils m’apportent de la matière, des regards, des mots, des attitudes, des postures, des rôles, des agacements, une énergie, des rires. Je me nourris de leur force, parfois aussi de leur mollesse, qui m’agace ou me fait rire (en fonction de ma forme…)
Une chose est certaine : enseigner et écrire, pour moi, vont de paire, comme se nourrir et nourrir en retour. Je reste donc un enseignant heureux, très heureux !

D’où vous vient votre inspiration alors ?
Mon inspiration vient le plus souvent de lieux que je traverse en courant dans la montagne, de parfums, de choses vues ou entendues, de voyages. J’appelle ça les pièces de mon puzzle. J’en ai des centaines, peut-être des milliers dans la tête. Elles s’accumulent jusqu’à ce qu’un jour un personnage se mette à placer des pièces et me révèle une histoire. Il ne me reste plus qu’à l’écouter pour transmettre au mieux ce qu’il veut raconter au lecteur. Je me considère comme un intermédiaire à l’écoute. Parfois, c’est délicieux de combler les trous du puzzle en faisant turbiner mon imaginaire, mais c’est difficile d’être à la hauteur des personnages…

Quand vous écrivez un roman, savez-vous à l’avance comment va se terminer votre histoire ?
J’écris en funambule. Je ne monte sur la corde, entre deux falaises, que lorsque je vois le bout de la corde. Écrire est vertigineux, je vise le bout, la fin, et ne regarde que très peu mes pieds pour éviter de tomber (ce qui m’est arrivé quelques fois). Une fois, la corde passée, je la reprends, me relis, jusqu’à la fluidité, avec l’aide de mes éditrices, précieuses et brillantes personnes, qui me rassurent quand je tremble. Et je doute beaucoup.

Parlez-nous de votre parcours, comment êtes-vous venu à l’écriture ?
J’ai passé un bac F7, biochimie, un BTS de biotechnologie, j’ai redoublé deux fois, je détestais lire, j’avais zéro à toutes mes dictées et j’ai toujours exécré l’école. Et… Je suis professeur et auteur… Cherchez l’erreur… La faute à JMG Le Clézio qui m’a offert lumière, chaleur et parfums avec Désert : ma révélation, ma première grande histoire d’amour littéraire ! Oui, cet écrivain a ouvert une porte en moi que je ne connaissais pas. Je lui dois beaucoup.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescent ?
Enfant, lire était une corvée, une souffrance. J’aimais les forêts, courir, faire du vélo, pêcher et rêver. J’ai découvert, bien plus tard, que je ressemblais à un personnage d’André Dhôtel ou de Giono… en rêveur éveillé. J’ai un très beau souvenir de Tistou les pouces verts de Maurice Druon ! Et de BD comme Boule et Bill, Les Schtroumpfs (Gargamel, j’adore !)

Que lisez-vous en ce moment ?
Actuellement, je suis un mauvais lecteur. Je lis comme un cuisinier, je picore, je n’arrive plus à finir de plat, parce que chaque livre que je commence me donne trop envie d’écrire ! C’est terrible ! Mais j’ai commencé Elena Ferrante, L’amie prodigieuse et c’est vraiment très bon ! J’ai envie de me laisser emporter, naïvement, délicieusement !

Je crois que vous avez quelques beaux projets qui arrivent, pouvez-vous nous en dire quelques mots ?
Concernant mes projets, deux albums sont à paraître le mois prochain chez L’Élan Vert (pour les 3-6 ans), un roman Les Larmes de Avalombres, chez Magnard jeunesse en juin (un grand roman d’aventures illustré par l’immmmmense Régis Lejonc !) et un roman très mystérieux chez Thierry Magnier, La Fosse au loup, un peu dans la veine de Mentir aux étoiles quant à l’atmosphère… qui paraîtra en janvier 2019. Et puis quelques romans non envoyés et cinq ou six romans qui voudraient être écrits…
Bref, la vie est belle, passionnante, surtout quand l’écriture me permet de multiplier les ombres du réel.
Merci pour ces questions. J’ai peur d’avoir été bavard… Je l’avoue…

Bibliographie :

  • Mentir aux étoiles, roman, Casterman (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Des vacances d’Apache, roman, Magnard (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Jonas dans le Ventre de la Nuit, roman, Thierry Magnier (2016).
  • Le goût sucré de la peur, roman, Magnard (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Adélaïde, ma petite sœur intrépide, album illustré par Mylène Rigaudie, Casterman (2015).
  • Petit lapin rêve de gloire, album illustré par Mylène Rigaudie, Casterman (2013).


Le coup de cœur et le coup de gueule de… Thomas Gornet

Régulièrement, une personnalité de l’édition jeunesse (auteur·trice, illustrateur·trice, éditeur·trice…) nous parle de deux choses qui lui tiennent à cœur. Une chose qui l’a touché·e, ému·e ou qui lui a tout simplement plu et sur laquelle il·elle veut mettre un coup de projecteur, et au contraire quelque chose qui l’a énervé·e. Cette semaine, c’est Thomas Gornet qui nous livre ses coups de cœur et ses coups de gueule.

Mon coup de cœur du moment est un coup de cœur qui dure depuis maintenant plus de 25 ans.
C’est un coup de cœur que je partage avec des millions d’autres personnes.
(on a toujours envie d’être un peu original, quand on parle d’un coup de cœur, non ? Genre on va faire découvrir un truc unique. Mais là, non. C’est pas original.)
C’est David Lynch. Ou plus exactement c’est le cinéaste David Lynch.
Et plus particulièrement Twin Peaks : The Return, aussi nommée parfois « troisième saison de Twin Peaks ».
C’est d’ailleurs plus qu’un coup de cœur, c’est une obsession.
Au-delà de la joie de revoir des acteurs et des actrices que j’ai connu·e·s il y a 25 ans, j’ai été estomaqué, à chaque épisode, par la liberté totale que se permet d’avoir Lynch.
Rien à faire des codes sériels d’aujourd’hui
Rien à faire de la linéarité
Rien à faire du rythme unifié et uniforme qu’ont tous les films et toutes les séries d’aujourd’hui
Aux chiottes les intrigues qui se ferment
À la poubelle les clifhangers
Rarement, en regardant un film ou un objet télévisuel, j’ai été traversé par autant de sentiments différents : l’exaltation, la terreur, la tristesse, la joie, l’impatience…
Et tout cela me redonne un peu confiance en l’avenir du cinéma et, pourquoi pas, du théâtre.
Car si Lynch peut se permettre ça, alors on doit toutes et tous pouvoir se le permettre aussi : créer ce qu’on veut, ce qu’on sent, sans penser à rien d’autre qu’à être fidèle à ce qu’on a dans la tête.

Je m’énerve tout le temps sur tout. Alors du coup, j’ai décidé de me calmer et d’arrêter de m’énerver sur tout et tout le temps.
Donc, finalement, mon coup de gueule, c’est moi-même.

Thomas Gornet est auteur.

Bibliographie :

  • Qui suis-je ? (nouvelle édition), Rouergue (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Sept jours à l’envers, Rouergue (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Je porte la culotte / Le jour du slip, coécrit avec Anne Percin, Rouergue (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • À bas les bisous, Rouergue (2012).
  • Mercredi c’est sport, Rouergue (2011).
  • L’amour me fuit, l’école des loisirs (2010).
  • Je n’ai plus dix ans, l’école des loisirs (2008).
  • Qui suis-je ?, l’école des loisirs (2006), que nous avons chroniqué ici.

Retrouvez Thomas Gornet sur son blog : http://thomasgornet.blogspot.fr.

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Les invité·e·s du mercredi : Kiko et Étienne Gerin

Par 4 avril 2018 Les invités du mercredi

Aujourd’hui, je vous propose une interview de Kiko, l’auteur-illustrateur qui vient de publier À l’époque, un album que j’ai beaucoup aimé. Avec lui on parle de ce bel ouvrage aussi tendre que drôle mais aussi de son parcours. Ensuite, on part en vacances avec Etienne Gérin dont le très beau Monsieur vroum sort demain… on vous en parle bientôt ! Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Kiko

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
Pas vraiment une ligne droite. Plutôt pas mal de détours et beaucoup de hasards.
J’ai fait des études d’histoire de l’art et à la fin de mon cursus, je me suis rendu compte que la traduction professionnelle de cette discipline ne m’irait pas du tout. J’étais assez perdu. Un ami qui travaillait dans le dessin animé et qui savait que je ne dessinais pas trop mal m’a dit « tu te formes à Photoshop et je te fais entrer pour un remplacement ». Facile à dire. Le problème est que je n’avais ni ordinateur, ni tablette graphique et encore moins Photoshop. Une amie m’a proposé de me laisser les clefs de chez elle et de m’entrainer la journée sur son matériel, pendant qu’elle était au travail. Quelle chance d’avoir eu des amis comme ça ! J’ai découvert laborieusement Photoshop. Il n’y avait pas encore internet et ces milliers de tutos. Quatre mois après, j’ai passé un test pour faire un remplacement d’été. Sûrement pas à la hauteur, mais j’ai été pris grâce à cet ami qui a retouché un peu l’image avant de la présenter au réalisateur. Quelle imposture !
J’ai semble-t-il réussi à donner le change car je suis resté au-delà des vacances. J’ai continué pendant trois ans dans le dessin animé.
Un jour, nouveau hasard, une décoratrice me parle d’un storyboarder pour la pub (Dominique Gelli également auteur et dessinateur de BD) qui cherche un coloriste. Elle est débordée et me propose le plan. J’accepte et c’est ainsi que je me suis retrouvé à travailler comme coloriste puis moi-même comme storyboarder.
Au bout d’une dizaine d’années, l’activité s’est complètement écroulée. Encore une fois un peu perdu, je ne savais pas quoi faire. Je fantasmais depuis quelque temps sur l’illustration pour la jeunesse. J’avais constitué un book et un peu démarché mais ça n’avait rien donné. Pour tout dire, ça n’était pas très bon. Un an après, j’ai retravaillé mon book et ma compagne m’a convaincu de m’inscrire aux rencontres avec les DA [NDLR Directrice Artistique] des maisons d’édition au salon du livre jeunesse de Montreuil. J’ai rencontré une éditrice, Danielle Védrinelle, qui était enthousiaste. Mais aucune nouvelle pendant un an. Puis un jour, un coup de fil. Elle me propose de faire deux titres en doc jeunesse… et finalement toute la collection ! Quasiment simultanément, Élisabeth Cohat DA à Gallimard, à qui j’avais envoyé mon book, me contacte. Et c’était parti ! À partir de là je dois dire que tout s’est enchaîné à merveille. Je touche du bois.

D’où vient ce nom Kiko ?
Mon vrai prénom est Nicolas. La fille d’une amie quand elle était petite n’arrivait pas à prononcer Nico. Elle disait Kiko. J’avais trouvé ça marrant et je l’ai pris comme pseudo.

J’aimerais que vous nous parliez d’À l’époque, comment est venue cette idée d’enfant qui s’interroge sur les époques… le tout assis sur les toilettes !
Tout simplement d’une situation vécue avec ma fille. Les conversations depuis les toilettes avec la porte ouverte semblent être un grand classique partagé par pas mal de familles d’ailleurs.
Cette expression « à l’époque » qu’elle utilisait, englobait aussi bien les dinosaures, que mon enfance, voire même les quelques derniers mois écoulés de sa propre vie. J’ai essayé de construire autour de cette confusion chronologique une histoire à la fois drôle et poétique. Je me suis remplacé par une grand-mère car l’écart de génération était plus intéressant pour le récit. Et puis il y avait cette idée de la pelote de laine et du fil du temps qui est venue et qui me plaisait bien.

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur la collection Comptines en forme ?
Il s’agit d’une commande des éditions Milan pour mettre en images des comptines célèbres pour les tout petits. C’est un exercice très cadré à la fois par la contrainte de la forme de découpe de la couverture et des pages intérieures mais également par la volonté de l’éditeur qui sait exactement ce qu’il veut. Les pages sont même parfois déjà esquissées en amont. Il s’agit donc de retranscrire ça « au propre » avec son style.

Quelles techniques d’illustrations utilisez-vous ?
La plupart du temps, je fais mes brouillons et croquis sur du papier déjà utilisé. Dos d’enveloppes, photocopies ratées. J’ai beaucoup de mal à dessiner sur de belles feuilles vierges. Ensuite je scanne, et je mets en couleur numériquement avec une tablette graphique. Mais il m’arrive également de faire les esquisses directement sur l’ordi. Il n’y a pas trop de règles.

Il y a-t-il des illustrateurs et des illustratrices dont le travail vous touche ou vous inspire ?
Je pourrais en citer des tonnes ! J’aime chez un illustrateur-trice quand il arrive à trouver un équilibre entre un côté graphique fort et malgré tout un univers tendre avec de l’humour. Ce qui m’a amené vers le style que j’ai choisi c’est tout d’abord le travail de gens comme Alain Gré, Gerda Muller, Richard Scarry, Miroslav Sasek… Les albums du père castor, la collection des petits livres d’or… J’aime donc aussi le travail de gens où je retrouve une filiation avec cette époque. Par exemple, Marc Boutavant, Aurélie Guillerey, Anne Hemstege, Julia Wauters…
En fait, chaque fois que je vais dans une librairie je suis éberlué par la quantité de nouveautés qui me plaisent graphiquement.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescent ?
Je me souviens avoir beaucoup aimé Les Moumines ainsi que la BD Sybilline de Raymond Macherot.
Adolescent j’ai été un grand fan de Yves Chaland qui était ma référence. Mais aussi Serge Clerc et beaucoup d’autres de cette école du retour de la ligne claire.
Par contre aujourd’hui, je dois avouer que j’ai décroché de la BD. Je n’arrive plus à suivre depuis pas mal d’années. Il y a trop de titres.

Sur quoi travaillez-vous actuellement ? Un nouvel album dans les tiroirs ?
Plusieurs ouvrages en parallèle. Je suis en train de finir un livre animé pour Gallimard sur les transports. Je suis en plein dans un titre pour Fleurus (une histoire de père Noël) ainsi qu’un imagier sonore pour les petits chez Milan.
En juin va sortir chez Mango jeunesse un album intitulé Une drôle de tête dont je suis l’auteur et l’illustrateur. L’histoire d’un scientifique un peu particulier, raconté par son chat.

Bibliographie (sélective) :

  • Une drôle de tête, texte et illustrations, Mango (à paraître).
  • À l’époque, textes et illustrations, Milan (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Qui vit où ?, texte et illustrations, Milan (2018).
  • Les engins, texte et illustrations, Gallimard Jeunesse (2017).
  • Le renard et les poulettes, illustration d’un texte d’Agnès Cathala, Milan (2016).
  • Collection Comptines en formes, illustrations d’auteur·trice·s divers·es, Milan (2016-2018).
  • Le garage, texte et illustration, Gallimard Jeunesse (2015).


En vacances avec… Étienne Gerin

Régulièrement, nous partons en vacances avec un·e artiste. Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais moi j’adore partir comme ça avec quelqu’un, on apprend à la·le connaître notamment par rapport à ses goûts… cet·te artiste va donc profiter de ce voyage pour nous faire découvrir des choses. On emporte ce qu’elle·il veut me faire découvrir. On ne se charge pas trop… Des livres, de la musique, des films… sur la route on parlera aussi de 5 artistes qu’il·elle veut me présenter et c’est elle·lui qui choisit où l’on va… 5 destinations de son choix. Cette fois-ci, c’est avec Etienne Gerin que nous partons ! Allez, en route !

5 albums jeunesse :

  • Ma vallée de Ponti
  • Max et les Maximonstres de Sendak
  • Bento Bestiary de Ben Newman
  • Le géant de Zéralda de Ungerer
  • Jon Klassen (tout est bien)

5 BD :

  • L’entrevue de Fior
  • Astérios Polyp de Mazzuchelli
  • Aujourd’hui, demain, hier de Muradov
  • L’empire de l’Atome de Clérisse
  • Beauté des Kerascoet

5 artistes :

  • Eyvind Earle
  • Jim Flora
  • Klimt
  • Kupka
  • Caspar David Friedrich

5 CD :

  • Orphéon Celesta
  • Orphée aux Enfers d’Offenbach
  • The Beatles (n’importe lequel)
  • Thrill of the Arts de Vulfpeck
  • Rhapsody in Blue de Gershwin

5 DVD :

  • Le Roi et l’Oiseau de Grimault
  • Le Château dans le Ciel de Miyazaki (mais y sont tous bien, bien évidemment)
  • Samurai Jack de Gendy Tartakovsky
  • Les Shadoks
  • Fantasia de Disney

5 lieux

  • Une petite crique perdue pas loin de Saint-Cyr-Sur-Mer
  • Les grandes forêts de pins en face du glacier de Tignes
  • Une épave sous-marine d’avion à l’Est de La Ciotat, uniquement accessible en masque et bouteilles
  • Une petite vallée sur les hauts-plateaux du Vercors, très verte et discrète avec un seul arbre en son centre
  • Les Terres Froides, c’est un peu au Sud de Lyon. Et c’est magnifique quelques soit la saison.

Étienne Gerin est auteur et illustrateur

Bibliographie :

  • Mr Vroum, texte et illustrations, La Pastèque (2018).
  • Dino-Lune, illustration d’un texte de Morgane de Cadier, Frimousse (2017).

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Les invité·e·s du mercredi : Johan Leynaud, Élise Thiébaut, Mirion Malle et Marianne Zuzula

Par 28 mars 2018 Les invités du mercredi

Il y a quelques semaines, j’ai découvert la série Dou de Johan Leynaud, et j’ai trouvé ce nouveau personnage pour tout-petits vraiment réussi. J’avais envie d’en savoir plus sur son auteur, il a accepté de répondre à mes questions. Ensuite, c’est avec Élise Thiébaut, Mirion Malle et Marianne Zuzula que nous avons rendez-vous pour la rubrique Parlez-moi de… Ensemble, elles reviennent sur leur album, Les règles… quelle aventure ! Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Johan Leynaud

Pouvez-vous nous parler de Dou, votre série sortie chez Sarbacane ? Comment est-il est né ? D’où est venu ce héros ?
Dou est un petit ornithorynque qui vit avec tendresse et humour les aventures quotidiennes d’un enfant de 2 ans, environ. L’idée est apparue lors de mon premier rendez-vous chez Sarbacane. J’y allais pour parler du projet de mon premier album, et j’avais pris avec moi quelques dessins. Parmi ces dessins, il y avait un ornithorynque assez malicieux. Un corps de loutre, un bec et des pattes de canard, une queue de castor, je trouvais que ce drôle d’animal en construction résonnait particulièrement avec les enfants qui grandissent, petit bout par petit bout. Ce n’était pas encore Dou, mais j’ai vu que mes éditeurs l’aimaient bien. Ça m’a donné envie de le retravailler et de leur proposer ce petit héros. Ça m’a pris plus d’un an et demi pour les convaincre. Ils étaient intéressés, mais aussi réticents, car ce n’est pas facile de lancer une série pour les tout-petits. Après de nombreux allers-retours, tout s’est concrétisé quand ils ont été touchés par le design presque définitif de Dou. Je pense que ça a été l’élément déclencheur pour qu’on se lance tous ensemble dans l’aventure.

En plus d’être auteur/illustrateur, vous êtes aussi graphiste et réalisateur, parlez-nous de votre parcours.
J’ai fait mes études aux Beaux-arts de Marseille. Bien que j’y ai dessiné, j’y ai aussi découvert, avec passion, la vidéo. Après ma formation, j’ai travaillé dans l’audiovisuel à Paris, en tant qu’assistant monteur, puis monteur et graphiste vidéo, principalement dans le milieu de la publicité. Puis j’ai commencé à réaliser des petits films graphiques, avant de me lancer dans des projets d’animation. De mon métier de graphiste j’ai appris à être efficace. Et le montage et la réalisation m’ont permis d’exercer mon sens de la narration et du rythme. J’essaie de mettre toutes ces choses dans mes albums.

Quelles techniques d’illustrations utilisez-vous ?
Je travaille en équilibre entre le papier et la tablette graphique. Mes premières recherches et mes crayonnés se font toujours sur papier, puis mes couleurs finales et mon encrage se font sur tablette. Ça me permet de marier le plaisir des feutres et du crayon avec le contrôle très précis des lignes et des couleurs. Je ne cherche pas à avoir quelque chose de parfait, et je ne veux pas non plus quelque chose de maladroit. À ma manière j’essaie de trouver quelque chose de parfaitement imparfait.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescent ?
Mes premières amours furent pour la BD. Beaucoup de comics, mais aussi Rahan, Gaston Lagaffe, Achille Talon. Puis j’ai grandi avec des auteurs comme Loisel, Comès, Moëbius, Bilal.
Du côté album jeunesse, mon premier souvenir de lecture seul est : Le dictionnaire des mots tordus. Ça a été un ravissement ! J’ai aussi été très marqué par un recueil des contes de Ceylan publié chez Gründ, qui était totalement envoûtant et magnifiquement illustré par Marian Capka.

Il y a-t-il des illustrateurs et des illustratrices dont le travail vous touche ou vous inspire ?
Il y en a plein ! Venant plutôt de la BD et de l’animation, beaucoup de ma culture de l’illustration est à faire et reste à faire. Grâce au Prince des mots tordus, j’ai un attachement particulier pour le travail de Pef. Puis, au-delà des classiques que j’adore comme Sempé et Tomi Ungerer, j’aime aussi beaucoup la générosité émotionnelle de Benoît Charlat, l’intelligence de Yusuke Yonezu et le sens de la forme de Janik Coat. J’ai aussi été très impressionné par l’élégance du travail d’Alexandra Pichard sur l’album Puisque c’est comme ça je m’en vais ! (écrit par Mim). Récemment j’ai eu deux coups de cœur pour le travail de Laurent Simon et d’Audrey Spiry. Le travail de Laurent Simon est plein d’énergie et de fraîcheur, et celui d’Audrey Spiry est un véritable tourbillon !

Quelques mots sur vos prochains ouvrages ?
Mes prochains albums seront de nouveaux épisodes de Dou. D’ailleurs en juin de cette année, on le retrouvera à la crèche ! En parallèle je pense aussi à d’autres projets pour les tout-petits mais aussi pour les plus grands ! Ce n’est pas les idées qui manquent, c’est le temps !

Bibliographie :

  • Dou s’habille, texte et illustration, Sarbacane (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Dou et son doudou, texte et illustration, Sarbacane (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Ma maman arc-en-ciel, texte et illustration, Sarbacane (2017).
  • Mon papa est un soleil, texte et illustration, Sarbacane (2015).


Parlez-moi de… Les règles… quelle aventure !

Régulièrement, on revient sur un livre qu’on a aimé avec son auteur·trice, son illustrateur·trice et/ou son éditeur·trice. L’occasion d’en savoir un peu plus sur un livre qui nous a interpellés. Cette fois-ci, c’est sur Les règles… quelle aventure !, que nous revenons avec son éditrice (Marianne Zuzula), son autrice (Élise Thiébaut) et son illustratrice (Mirion Malle).

Marianne Zuzula, éditrice :
J’ai lu et adoré Ceci est mon sang, le livre d’Élise Thiébaut paru à la Découverte en début d’année 2017, et j’étais vraiment super enthousiaste à l’issue de cette lecture, avec tout de suite l’envie de faire un livre de ce style pour les préados. En effet parler des règles, c’est parler de féminisme, c’est parler du corps des femmes, c’est parler du patriarcat, c’est parler de sexualité, c’est parler de politique, bref, il me semblait indispensable de sensibiliser les ados à cette question, de leur montrer que les règles ce n’est pas juste un truc pénible qui arrive une fois par mois, mais que c’est un VRAI sujet dont il faut se saisir. J’ai regardé ce qui existait sur le sujet en jeunesse et là c’était vite vu : rien !!! Tous les livres sur la puberté, les bons comme les mauvais, traitent des règles, et consacrent une ou deux pages, voire même un petit chapitre, à ce sujet, mais c’est tout. Je me suis dit qu’il fallait y remédier immédiatement, et proposer un livre qui ne soit pas un documentaire, mais un essai, un livre qui prend parti, qui donne son avis et qui questionne. Donc j’ai contacté Élise, qui était partante (ouf !). Sur un tel sujet, où la question de la représentation est centrale, il ne fallait pas se louper dans le choix de l’illustratrice (je dis illustratrice car honnêtement ça ne nous est jamais venu à l’idée de proposer à un homme de faire les dessins !), c’est pourquoi j’ai proposé à Mirion Malle, la meilleure du monde si vous voulez mon humble avis, d’illustrer ce livre, et elle a accepté (ouf !). À l’arrivée, le livre est juste parfait, il est vraiment utile, il fonctionne bien et il fait son chemin… et ce n’est pas fini !

Élise Thiébaut, autrice :
Quand j’ai publié Ceci est mon sang, de nombreuses personnes me disaient « Ah si j’avais su ça quand j’étais ado, j’aurais bien mieux vécu mes règles ! » Pourtant, je n’envisageais pas d’écrire de nouveau sur le sujet, alors que j’avais déjà publié trois livres documentaires pour ados chez Syros. C’est uniquement parce que Marianne Zuzula m’a contactée avec ce projet que j’ai commencé à me dire que c’était une bonne idée, surtout quand j’ai vu les précédents livres de la collection Jamais trop tôt, écrits par les Pinçon-Charlot ou Caroline de Haas, qui sont géniaux… Mais ce qui m’a vraiment enthousiasmé dans cette aventure (ah ah), c’est de savoir que Mirion Malle allait illustrer le livre. J’aime beaucoup ses dessins et sa façon d’aborder les choses, avec une puissance et une originalité totalement bluffantes. Je pensais au départ adapter Ceci est mon sang pour un public jeune, mais très vite, j’ai compris qu’on était en train de faire quelque chose de plus audacieux, presqu’un manuel de féminisme : on a essayé de s’adresser à tout le monde, sans stéréotype et sans faux semblant, avec humour, pour que chacune, chacun soit à l’aise avec cette histoire qui produit encore aujourd’hui trop de honte. Ce n’est pas sain d’avoir honte de soi parce qu’on a ses règles, ça empêche d’avoir confiance en soi, de se respecter, de prendre soin de soi. Parler des règles de façon positive, c’est créer les conditions pour qu’elles se vivent mieux, et pour qu’on aborde ensuite la sexualité et la vie en général avec plus de confiance… Sang peur et sang reproche !

Mirion Malle, illustratrice :
Quand Marianne m’a contactée pour me demander si, éventuellement, si jamais l’autrice était d’accord, si le sujet m’intéressait, je voudrais bien illustrer un livre jeunesse sur les menstruations, je me suis dit que c’était trop beau : je voulais travailler avec La ville brûle depuis un bout, j’avais entendu parler du livre d’Élise, Ceci est mon sang, et faire de l’illustration jeunesse était pour moi un joli nouveau défi. Et en plus sur, tout simplement, le meilleur sujet !!! Ça me semble tellement incongru que ce soit le premier livre jeunesse entièrement consacré aux règles, alors que c’est quelque chose qu’il est nécessaire d’aborder le plus tôt possible, de façon claire, précise, sans mystère ou menace qui planent autour. Je repense toujours à ma grand-mère, à qui on n’avait jamais parlé des règles, qui en rentrant des courses quand elle était une toute jeune fille s’est rendu compte qu’elle saignait du sexe. Ses parents étaient absents, alors elle s’est ruée chez la voisine en hurlant qu’elle allait mourir, qu’elle perdait son sang, qu’elle était blessée ; elle était perdue et paniquée. Je ne sais pas ce que la voisine lui a dit exactement, je sais qu’elle l’a rassurée, mais des fois je me demande comment cette dame a réagi… J’imagine qu’elle n’avait pas plus envie de parler de ça à ma mamie que mes arrières-grands-parents, et qu’elle a dû se dépatouiller maladroitement avec cette tâche ingrate. Je pense à ma mamie qui devait ne rien comprendre et sur qui cette nouvelle assommante (tu vas saigner tous les mois pendant environ 40 ans) est tombée d’un coup. C’est crucial de parler de ça à celles et ceux qui sont concerné.e.s, aux jeunes filles, aux jeunes garçons, pour que les tabous et le dégoût qui les entourent disparaissent, que ce soit plus facile. Quand j’ai lu les textes d’Élise, j’ai été tellement heureuse que ça marche et qu’on puisse faire ce livre. C’est celui que j’aurais aimé avoir à 10, 11,12, 13 ans et même après !


Les règles… quelle aventure !

Texte d’Élise Thiébaut, illustré par Mirion Malle.
Sorti chez La ville brûle (2017).

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