La mare aux mots
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Les invités du mercredi

Du berger à la bergère : Jonathan Garnier et Mélanie Allag

Par 8 août 2018 Les invités du mercredi

Cet été encore, on vous propose à nouveau la rubrique du berger à la bergère tous les mercredis. Cette rubrique vous avait tellement plu les deux derniers étés, nous nous devions de la reprendre (il faut dire qu’à nous aussi elle plaît beaucoup) ! Donc tous les mercredis jusqu’à la rentrée, ce sont des auteur·trice·s et des illustrateur·trice·s qui posent trois questions à un·e auteur·trice ou un·e illustrateur·trice de leur choix. Puis c’est à l’interviewé·e d’en poser trois à son tour à son intervieweur·euse d’un jour. Après Rémi Courgeon et Albertine, Martin Page et Éric Pessan, Alexandre Chardin et Lucie Pierrat-PajotFranck Prévot et Hélène Delbart on continue ces mercredis de l’été avec Jonathan Garnier qui a choisi de poser des questions à Mélanie Allag.

Jonathan Garnier : Comment as-tu vécu ton passage de l’illustration à la BD et, entre ces deux médias, lequel préfères-tu ?
Mélanie Allag : J’avais délaissé la BD depuis ma sortie des Beaux-arts d’Angoulême au profit de l’illustration jeunesse pour des raisons de temps, de motivation et aussi car le rythme de l’illustration en presse et édition me convenait très bien à l’époque et me permettait de gagner correctement ma vie.
Quand je me suis finalement décidée à me lancer sur un album BD, avec Aurélien Ducoudray et L’Anniversaire de Kim Jong Il (Delcourt) c’est parce que je voyais ce que mon expérience dans l’illustration jeunesse pouvait apporter à son histoire. C’était un peu le récit idéal pour s’y remettre. L’histoire était très dure mais vue par les yeux d’un enfant. Et mon dessin amenait la distance et le décalage dont le récit avait besoin.
Ça a été un véritable marathon, durant lequel j’ai énormément appris, je ne m’étais jamais attelée à un si gros chantier, et j’ai pris un plaisir énorme sur le découpage. Je resterai éternellement reconnaissante à Aurélien de m’avoir laissée aussi libre et de m’avoir fait confiance pour dessiner cette histoire. Ce qui est génial sur un album aussi long (140 pages) c’est à quel point on progresse, alors forcément après une expérience comme ça, on a envie de recommencer même si c’est hyper dur, crevant, exigeant et j’en passe…
Je continue pourtant à trouver mon compte en illustration. C’est juste que pour moi ce sont deux manières différentes de réfléchir.
En illustration, il faut avoir l’esprit de synthèse, arriver en une seule image à évoquer plusieurs choses, et ça c’est vraiment quelque chose qui m’amusera toujours.
La BD c’est plus laborieux dans mon cas, l’image séquentielle permet de jouer avec le temps d’une autre manière, c’est moins instinctif, mais je suis têtue, du coup j’aime assez ce côté casse-tête chinois. Alors aujourd’hui je ne pourrais pas dire ce que je préfère, je suis très heureuse d’avoir la chance de faire les deux.
En ce moment je suis sur la BD, j’ai le nez dedans, je suis repartie sur un nouveau projet avec Aurélien Ducoudray (Le repas des Hyènes, chez Delcourt aussi) mais j’ai pour la suite, des projets jeunesse en attente, très motivants aussi, alors je resterai je pense aussi longtemps que possible, un agent double.

Jonathan Garnier : Depuis quelques mois tu postes sur ton instagram (https://www.instagram.com/melallag) des dessins assez dingues (je suis super fan !) dans des univers assez éloignés des livres que tu as pu publier. Est-ce que tu portes ces univers depuis longtemps ou te sont-ils venus en réaction à un travail et des commandes dans l’illustration jeunesse peut-être un peu trop sages à ton goût ?
Mélanie Allag : C’est un peu les deux je pense, je fais de l’illustration jeunesse depuis une dizaine d’années, et plus précisément de la commande, les choses se sont enchaînées comme ça et cela m’a permis de dessiner des choses très variées dans des genres et des techniques très différentes, sans jamais m’ennuyer mais cela reste quand même de la commande et donc forcément assez éloigné de mon univers personnel. J’ai essayé de garder une pratique de dessin libre dans les carnets mais j’ai eu une grosse période où je ne trouvais plus le temps, et l’énergie pour ça.
Ma première BD, m’a permis de retrouver de l’aisance et du plaisir alors que j’étais un peu en pilote automatique, et dessiner des choses horribles ça peut être un vrai bonheur…
Et sur cette lancée, j’ai fait le Inktober (un dessin à l’encre par jour, en suivant une liste de mots imposés). La contrainte est simple et efficace, ça oblige à sortir de ses habitudes.
Pour moi ça a été un peu comme ouvrir la boîte de pandore, et j’ai recommencé à dessiner pour moi tous les jours. Je pense que j’avais accumulé un monstrueux et envahissant tas de choses et d’histoires qui n’avaient pas pu s’exprimer dans mon travail avant et que c’était le bon timing pour faire sortir tout ça. Donc étant habituée aux contraintes de travail, je m’en suis mise plein, mais de mon propre chef : 1 dessin par jour, changer de support, changer d’outils, etc. Et puis je suis devenue un peu accro à cette gymnastique. Le dessin est une puissante drogue.

Jonathan Garnier : Si l’envie d’écrire te prenait (peut-être est-ce déjà le cas), pourrais-tu nous citer un livre, un film et une chanson, qui t’accompagnerait dans cet exercice, comme source d’inspiration ou de motivation.
Mélanie Allag : Oulala ! Alors je vais botter en touche sur cette question car j’écris très peu. (Sauf mes rêves que je dessine le plus souvent mais que je dois écrire quand ils sont trop compliqués.) Je dessine avec de la musique en permanence, je regarde des films et des séries en dessinant. Mais quand je story-board, ou quand j’écris des bouts d’histoires, j’ai besoin de tout mon processeur, alors le silence est mon allié. La musique peut jouer un rôle préparatoire, pour me mettre dans une ambiance particulière de travail mais j’écoute trop de choses différentes, je n’arriverais pas à citer juste une chanson et du coup cet entretien ferait 10 pages, et me demanderait un mois de réflexion, même problème pour les films et les livres.

Mélanie Allag : Tu es scénariste mais connaissant un peu ton parcours et pour avoir eu l’occasion de dédicacer à tes côtés, tu es aussi un très bon dessinateur, as-tu parfois l’envie d’illustrer un de tes récits, ou si non, te semble-t-il que le fait de dessiner apporte quelque chose de particulier à ta manière d’écrire pour la BD ?
Jonathan Garnier : Très bon dessinateur, je n’irai pas jusque-là ! J’ai avant tout un bagage d’illustrateur/graphiste, je n’ai commencé à écrire qu’il y a peu. J’avais un certain niveau technique en dessin mais je n’étais pas satisfait par mon graphisme et ce que j’en faisais. Du coup, j’ai finalement lâché le dessin, notamment pour me mettre à la photographie.
Mais j’avoue que le fait de gérer un récit de A à Z, du scénario au dessin, me tente bien. J’ai en tête un projet de one shot qui pourrait s’y prêter, un huis clos à la Robinson Crusoé qui m’offrirait l’occasion d’être moins dans la technique et plus dans l’ambiance. Maintenant il me faut trouver le temps et vu mon planning… ce sera peut-être pour mes vieux jours !
En tout cas, savoir dessiner m’aide à facilement visualiser les scènes que je souhaite écrire et à les retranscrire précisément aux dessinateurs avec qui je travaille. Cela me permet aussi d’avoir un outil de plus pour communiquer avec dessinateurs et éditeurs, un petit croquis étant parfois plus parlant qu’une longue explication !

Mélanie Allag : L’écriture a-t-elle toujours fait partie de ta vie, ou est-ce par le dessin (le tien ou celui des autres) ou par d’autres sources que l’envie d’écrire est née ?
Jonathan Garnier : Lorsque j’étais jeune, j’avais déjà en tête de devenir auteur BD mais en tant que dessinateur car je considérais que l’écriture n’était pas pour moi. Finalement, comme je le disais, je n’étais pas satisfait par mon dessin. L’envie d’écrire ne m’est donc pas venue du souhait de développer des personnages, des univers que j’aurais visuellement créés. Par contre, le fait de perdre un moyen d’expression a peut-être provoqué une frustration chez moi qui a pu, inconsciemment, me pousser vers l’écriture.
Accompagner des auteurs dans l’écriture de leurs projets, lorsque j’étais éditeur, de parler avec eux de méthode, de narration, m’a aussi permis de me préparer à cette pratique.
Le premier déclencheur visuel a été une série de photographie d’une petite japonaise, Mirai-chan, par Kotori Kawashima. Elle était tellement photogénique, expressive, que j’ai voulu lui donner vie au-delà de ces photos, sachant que j’avais déjà l’envie d’écrire sur l’enfance. Momo était née.
Pour Bergères Guerrières, tout est parti de dessin d’Amélie Fléchais. L’image a donc une grande importance dans mon processus d’écriture.

Mélanie Allag : As-tu un petit cérémonial, des conditions particulières pour te mettre à travailler sur un récit, ou arrives-tu à travailler un peu partout et n’importe quand ?
Jonathan Garnier : En journée j’ai du mal à bosser. Je me disperse pas mal avec toutes les sollicitations que je peux recevoir par mails, téléphone… En tant que scénariste, je travaille sur plusieurs projets en même temps, je cumule donc les co-auteurs et maisons d’édition qui peuvent me contacter à tout moment de la journée.
L’après-midi j’ai donc surtout la tête dans les mails, l’organisation de mes déplacements (ateliers, dédicaces), le travail de relecture de scénarios, de découpages et de planches. Je me consacre vraiment à l’écriture la nuit. Là je peux rester focus des heures sans être déconcentré par des éléments extérieurs. Je me couche souvent vers 4 h du mat, des fois plus tard quand je suis lancé et me lève en fin de matinée. Mais j’ai conscience que le jour où j’aurai un enfant, tout cela va changer !
Je peux travailler n’importe où et j’aime particulièrement travailler dans le train ! Pas de connexion internet, rien pour me déconcentrer, juste moi face à mon ordi portable, c’est parfait.

Mélanie Allag : As-tu, en tant qu’auteur, envie d’explorer d’autres médias que celui de la bande dessinée ?
Jonathan Garnier : J’adorerais faire du documentaire photo ou vidéo. L’audiovisuel m’intéresse beaucoup, que ce soit pour de l’animation ou pour du live, de la série ou du long-métrage. Avoir l’occasion de travailler sur l’adaptation en long-métrage animé de Bergères Guerrières me permet déjà de mettre un pied dans ce média, c’est chouette !
À terme, j’aimerais me frotter à la réalisation, tout en continuant la bande dessinée, car cela reste mon premier amour et c’est un média dans lequel on a une énorme liberté.

Bibliographie sélective de Mélanie Allag :

  • L’équipage le plus terrible du monde, illustration d’un texte de Richard Petitsigne, P’titGlénat (2018).
  • Série Les animaux de Lou, illustration de textes de Mymi Doinet, Nathan (2010-2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Pendant que le loup n’y est pas, illustration d’un texte de Bénédicte Rivière, L’élan Vert (2017).
  • Série Les grandes années, illustration de textes de Mymi Doinet, Nathan (2017).
  • Série Les contes du CP, illustrations de texte de Magdalena, Père Castor (2014-2016), que nous avons chroniqué ici.
  • L’anniversaire de Kim Jong-Il, dessins d’après un scénario d’Aurélien Ducoudray, Delcourt (2016)
  • Mon parc d’attractions, illustration d’un texte de Myriam Ouyessad, L’élan vert (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Série Mode d’emploi, illustration de textes d’Alice Brière-Haquet, P’tit Glénat (2012-2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Défends-toi !, illustration d’un texte de Géraldine Collet, L’Élan Vert (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Dis-moi pourquoi ?, collectif, Larousse (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • L’écologie des petits, illustration d’un texte d’Yvette Barbetti, Lito (2012), que nous avons chroniqué ici.

Bibliographie de Jonathan Garnier :

  • série Momo (2 tomes), scénario illustré par Rony Hotin, Casterman (2017), que nous avons chroniqué ici et .
  • série Bergères guerrières (1 tome), scénario illustré par Amélie Fléchais, Glénat (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • DoggyBags – tome 8, collectif, Ankama (2015).

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Du berger à la bergère : Franck Prévot et Hélène Delbart

Par 1 août 2018 Les invités du mercredi

Cet été encore, on vous propose à nouveau la rubrique du berger à la bergère tous les mercredis. Cette rubrique vous avait tellement plu les deux derniers étés, nous nous devions de la reprendre (il faut dire qu’à nous aussi elle plaît beaucoup) ! Donc tous les mercredis jusqu’à la rentrée, ce sont des auteur·trice·s et des illustrateur·trice·s qui posent trois questions à un·e auteur·trice ou un·e illustrateur·trice de leur choix. Puis c’est à l’interviewé·e d’en poser trois à son tour à son intervieweur·euse d’un jour. Après Rémi Courgeon et Albertine, Martin Page et Éric Pessan, Alexandre Chardin et Lucie Pierrat-Pajot on continue ces mercredis de l’été avec Franck Prévot qui a choisi de poser des questions à Hélène Delbart de l’association Grains De Lire – les nomades du livre !

Franck Prévot : Ça sert à quoi d’organiser des résidences, des formations, des ateliers, des tournées nomades… ? Est-ce que l’école ne suffit pas pour que les enfants apprennent à lire ?
Hélène Delbart : … Vaste question ! Pour nous tout est lié. Lire-Lier une lettre est déplacée et tout prend sens. Chacune de ces actions existe avec les autres.
Une certitude (une certitude c’est ce qui sert !?) : notre objectif commun. Plaisir de lire, de faire lire, de partager les histoires.
Au-delà de ce point de départ, dans la littérature jeunesse (domaine essentiel de la rencontre entre mots et images) s’ouvre la possibilité de donner à voir et comprendre le monde.
Raconter, découvrir, lire le monde, celui dans lequel on vit et celui dans lequel on va être, vivre, avancer avec les autres autrement et ensemble.
Lire, c’est avancer chacun avec ses images sur le chemin. Lire, c’est rentrer en relation avec les mots, la pensée, le regard des auteurs-créateurs. Une re-création. Nous, on veut juste que cette relation soit vivante, alors on passe par la pratique et pour la rendre encore plus sensée et tangible, on invite les créateurs que sont les auteurs et les illustrateurs à nous prêter des clés, aiguiser notre regard, partager leurs chemins.
Les livres sont vivants ; derrière, autour, dedans, il y a des êtres humains. Le livre se partage, passe et voyage de mains en mains. Des mains parfois toutes différentes, le jeu c’est d’y trouver une petite part qui va à chacun. Les publics doivent connaître rencontrer vivre des choses avec les créateurs… C’est la base de l’éducation populaire : allier la pratique et la rencontre avec les artistes créateurs… le rapport au monde du livre passe par quelqu’un de vivant, qui pense, essaie, explore, joue, compose.
Lire des livres, même à voix haute et en partage ne suffirait pas, c’est l’ensemble des actions de pratique « artistique » qui fait que notre projet peut essaimer, s’adresser à des différents niveaux de publics. Pratiquer, lire, écrire, dessiner, illustrer, composer, inventer, c’est aussi rendre le lecteur vivant, avec une autre écoute et un autre regard sur les histoires.
Si nous organisons des ateliers c’est pour préparer les tournées nomades, s’il y a des tournées nomades c’est parce qu’il y a des formations et des ateliers. Les formations c’est pour ouvrir des portes hors du temps de l’école… à tous les niveaux de la co-éducation, aux adultes.
Peut-être faut-il dire ce qu’est la Tournée Nomades ; elle tient en deux particularités : le duo auteur-illustrateur et le déplacement vers les publics en « tous genres » dans des lieux variés (librairies, écoles, bibliothèques, prisons, rues…)
Le duo… c’est une rencontre, un temps dédié à deux. C’est la « mise en scène vivante » de tout ce qui fait la littérature jeunesse dans son articulation mots-images… Sont présents ensemble l’auteur et l’illustrateur (et parfois l’éditeur).
C’est peut-être un peu une mise en danger, il faut laisser de côté son ego, et laisser accompagner dans ce qu’est vraiment l’objet livre, deux êtres humains qui s’aiment bien, qui travaillent ensemble de près ou de loin, qui partagent les mêmes livres parfois différemment… ça désacralise, le rapport à l’écriture, au dessin, à la création… ça met l’humain au cœur de la rencontre.
Mener des ateliers ça sert à découvrir des livres, mais pas que… on fait le pari qu’en menant des ateliers en jouant avec les mots, ses propres mots, ceux des autres, ceux des livres et en jouant avec les images… on aimera écrire donc lire et créer… C’est aussi un peu comme une permission d’imaginaires. Devant des portes entrouvertes, offrir un trousseau de clés, un passe, pour les ouvrir entièrement en grand et pour « se découvrir » pas si éloignés des mots et des images donc des livres… ça reste un pari, un enjeu quotidien.
Nous naviguons dans toutes ces formes de rencontres parce que l’enrichissement se fait au travers des échanges, des partages, des discussions avec des « gens différents ».
Sur l’école, c’est clair, la réponse est plus courte : l’école est là aussi (voire surtout) pour faire comprendre que tout ce qui s’y apprend ne reste pas dans la sphère scolaire, n’est pas réservé uniquement au cercle de l’école.
Alors non l’école ne suffit pas parce qu’elle doit être ouverte sur l’en dehors. C’est sa mission première. La pédagogie c’est accompagner sur le chemin, c’est donc pour mieux avancer et sortir du bois. Éduquer c’est élever, conduire « hors ». L’école ne peut se suffire à elle même au risque d’enfermer au lieu d’élever.
Et je ne lancerai pas le débat sur le manque de formation des enseignants sur la littérature jeunesse par exemple…

Franck Prévot : Que penses-tu de la production et des choix éditoriaux actuels en jeunesse :

Hélène Delbart:

  • À titre personnel,
  • à titre professionnel ?

La réponse est encore plus courte, je ne fais aucune distinction entre le personnel et le professionnel. Ce qui me va personnellement ira forcément professionnellement et vice-versa ; l’exigence de la qualité et de la sincérité, de la beauté, de l’émotion je l’ai pour les deux « titres ».
Je veux juste dire qu’il y a matière à travailler ensemble, entre professions et personnes avec tous les acteurs de la chaîne du livre (et c’est en chemin, et c’est bien, et nous serons là pour y réfléchir). Nous sommes à un tournant parce que oui il y a surproduction, oui les choix éditoriaux sont parfois plus commerciaux que qualitatifs ou courageux.
Parce que oui les auteurs et les illustrateurs ne sont pas assez reconnus dans leurs métiers.
Parce que oui c’est un vrai problème pour nous les passeurs, médiateurs de ne plus pouvoir trouver des livres qui nous semblent incontournables. La vie d’un livre est trop courte et en cause des exigences purement commerciales, ce n’est pas durable !
Parce que oui c’est triste, vraiment triste de savoir que dans vos bibliographies, la majorité parfois de vos livres ne sont plus en vente. Et pourtant, on sait, mais peut-être pas assez, qu’un livre autour duquel il y a médiation est un livre « à fort potentiel de vente ».
Avoir envie de garder à vie entre les mains l’objet trace de ce qu’on a partagé à voix haute, en écriture, en illustration, c’est une évidence.
Parce que oui il faut dire haut et fort que votre travail est un métier, que le nôtre aussi, et que l’économie doit se repenser dans la répartition plus juste. Vous êtes le maillon principal de la chaîne mais si le premier maillon ne tient pas, pas de réaction en chaîne possible…

Franck Prévot : Avec les autres nomades, vous faites un travail hors norme. Que faudrait-il de plus à Grains De Lire pour faire encore mieux ? Quels sont vos rêves ?
Hélène Delbart : De plus en plus courtes mes réponses. Déjà, merci de penser que notre travail est hors norme. Ça nous va bien.
Clairement pour faire mieux, je commence par le plus évident, le moins intéressant, le moins innovant, le plus attendu : une reconnaissance financière de la part des partenaires, et surtout sur du plus long terme. Une sorte d’engagement contractuel sur plusieurs années. J’ai parfois l’impression de ne faire que de la course aux subventions, il faut justifier, comptabiliser, mettre les bons mots aux bons endroits. Inventer des actions, trouver des nouvelles formes, ce n’est pas un problème, mais être reconnus dans des choix politiques ça l’est… Et c’est parfois inquiétant.
Mais il faut continuer, continuer à donner de l’importance à la littérature jeunesse qui propulse, qui construit, qui donne des étincelles dans les yeux aux enfants, aux parents, aux ados, aux jeunes adultes, aux séniors… des lectures qui percutent pour qu’une autre réalité soit possible.
Notre lieu « nomade » (c’est notre paradoxe), est passé de « boutique éphémère » à « Maison des Utopies ». Ces mots en disent long sur notre chemin de grand écart !
Notre rêve il est là précisément, en deux parties : avoir un lieu et rester nomades. Restaurer une vieille friche industrielle et une caravane !
Un lieu d’accueil, d’ateliers, d’expositions, de « lectures variées spectaculaires », de vente de livres, de convivialité, de mixité… Un lieu de croisements, de partages où se retrouveraient autour des livres et des arts vivants tous ceux qui veulent changer le monde, c’est simple non ? Le dossier est prêt si jamais ça dit à quelqu’un…
Notre rêve est juste que ça ne s’arrête pas…

Hélène Delbart : Est-ce que tu te sens parfois comme un funambule ? Un funambule cherchant l’équilibre entre la force qu’il faut pour écrire et publier et les rêves d’ailleurs, d’autrement, d’autres mondes ou rivages que tu voudrais atteindre en prenant le temps ? Un funambule entre littérature jeunesse et littérature adulte ?
Franck Prévot : Écrire m’aide à garder le contact avec le fil de mes « rêves d’autrement et d’ailleurs » parce qu’écrire est aussi une poursuite de l’ailleurs. J’y trouve donc justement une partie de mon équilibre, ce qui est précieux pour un funambule ! Ceci dit, je ne pense pas qu’à l’écriture, ou qu’aux livres !
Les gens que je rencontre à l’occasion des salons, enfants comme adultes, me demandent parfois si j’ai un… « vrai métier », contribuant ainsi à installer l’idée que l’écriture ne peut pas vraiment être une activité professionnelle, ou que si elle l’est, elle est pour le moins à part des autres.
Même si l’écriture est une activité envahissante pour l’esprit, je veux parvenir à la considérer parfois « juste » comme un métier, un boulot même, pour parvenir à poursuivre d’autres rêves. Je ne voudrais surtout pas que le fait d’écrire des histoires devienne exclusif de tout le reste : je ne suis pas rentré dans les ordres de l’écriture et je suis rétif à tout discours qui sacralise le fait d’inventer une histoire et de la poser sur une feuille de papier.
Quant à la littérature adulte, j’espère que mes livres sont autant de fils tendus entre adultes et enfants, et que ce que j’écris peut tout simplement se ranger sous l’étiquette « littérature », sans précision d’âge. Je m’efforce d’écrire des textes littéraires, que les enfants peuvent lire.
Mais je ne perçois jamais cela comme un exercice de funambulisme ! Je ne cherche pas à garder l’équilibre entre enfants et adultes lorsque j’écris, ou à doser mes phrases de manière à ce que tous y trouvent leur compte. J’écris, c’est tout ! Je raconte.
Je raconte une histoire, comme j’ai envie de la raconter. En veillant, éventuellement, à ce que les enfants puissent y entrer.

Hélène Delbart : En quoi est-ce important pour toi d’aller à la rencontre des lecteurs ?
Franck Prévot : Je vois deux grandes raisons à cette volonté : le désir de la rencontre, de l’échange, et, soyons honnêtes…, l’argent !
Je pense être aussi passionné par la diffusion des histoires, sous forme imprimée ou non, que par l’écriture elle-même. J’emploie le mot « diffusion » au sens le plus large qui soit, c’est-à-dire tout moyen permettant à une histoire de circuler, de continuer à vivre. Rencontrer mes lecteurs est donc pour moi une manière de poursuivre le dialogue que j’ai entamé en écrivant et en publiant un livre.
J’ai aussi une grande fascination pour cette idée qu’une fois le livre publié, l’histoire ne nous appartient plus, et que chaque lecteur de nos pages termine en quelque sorte le travail, chacun à sa manière. Mille lecteurs fabriquent donc mille livres différents à partir de cette pièce unique que nous pensions avoir publiée. Et cela me plaît de les rencontrer. Les mille !
L’argent aussi, ben oui !
Comme tous les auteurs et illustrateurs que je connais, je suis contraint de développer d’autres activités à côté de la création puisque la multiplication des nouveautés, combinée à la répartition, entre ses différents acteurs, de la valeur créée par la chaine du livre, ne permet pas aux auteurs de vivre de leurs droits d’auteurs. Dans l’état actuel des choses, si on ne parle que des revenus, nos livres deviennent alors de simples cartes de visite nous permettant d’être sollicités pour de telles rencontres (qui seraient donc notre « vrai métier » ?). Heureusement, j’ai toujours grand plaisir à rencontrer lecteurs et médiateurs du livre, pour travailler avec eux en ateliers, satisfaire leur curiosité quant à nos métiers et… faire vivre les histoires avec eux ! Alors je vis mes nombreux déplacements avec plaisir, et non pas comme on va au turbin pour faire bouillir la marmite !

Hélène Delbart : Queneau disait « c’est en lisant qu’on devient liseron… c’est en écrivant qu’on devient écriveron », quand tu partages tes textes en lecture à voix haute, quand tu proposes des ateliers d’écriture, quelque part tu fais écho à cette idée. En ce sens, nous sommes sur la même longueur d’ondes… peux-tu nous dire pourquoi de ton point de vue c’est important de continuer à faire vivre cette idée, et de le faire avec « nous » les Nomades du livre ici et là.
Franck Prévot : Queneau avait un vocabulaire approximatif, comme chacun sait : le liseron est une plante herbacée de la famille des Convolvulaceae et je ne vois pas le rapport avec la lecture. Quant à l’écriveron… le correcteur de mon ordi le souligne en rouge alors… Mais pardonnons à Queneau : malgré ses approximations langagières il a raison sur le fond et oui, je suis convaincu que plus un enfant fréquente les livres et l’écrit en général, dans des occasions aussi variées que possible, mieux il s’approprie la langue et la littérature. Cela paraît presque niais d’évidence mais ce n’est pas forcément clair pour tout le monde, pas même pour les concepteurs des programmes de l’Éducation nationale ! Le site gouvernemental qui présente les cinq domaines du fameux « socle commun » sous forme de vidéos pour les parents d’élèves (www.education.gouv.fr), est assez révélateur. Il y est question de la langue française, dans le domaine intitulé « Des langages pour penser et communiquer » mais on y évoque seulement « les codes, les signes, les systèmes de représentation, par exemple le vocabulaire et la grammaire de la langue française ». Les mots « livre », ou « littérature » ne sont pas prononcés. On retrouve quand même le mot « littéraire » dans la présentation du dernier domaine (« Les représentations du monde et de l’activité humaine ») lorsque le Président du Conseil Supérieur des Programmes lui-même explique que « le français est convoqué, pour aborder les grandes œuvres du patrimoine littéraire ».
Dans les documents destinés aux enseignants, on aborde plus la littérature (il ne faut pas exagérer) mais ce choix de ne pas en parler, ou si peu, dans la présentation « grand public » me semble assez révélateur de la place que les programmes réservent aux « liserons » et aux « écriverons » ! Raymond si tu m’entends, je te salue bien bas !
Pour ma part, j’ai été instit’ pendant dix ans et j’aime toujours partager et transmettre, accompagner les gamins dans leurs chemins vers les histoires et les livres, leur proposer des ateliers au cours desquels on « travaille la langue française » en tant qu’objet de plaisir plus qu’en tant que code, ce qui permet d’ailleurs de travailler le code en mettant « les mains à la pâte », et donc en donnant du sens aux apprentissages, même si oui, à un moment, il faut bien parler « accord sujet-verbe » ou « complément d’objet direct ».
Mais voici que, saisi par la passion pédagogique, je m’égare et oublie de répondre à ta question : pourquoi travailler avec les médiateurs du livre en général, et avec vous les Nomades de Grains De Lire en particulier ?
Le livre dit « jeunesse » a en effet cette particularité que quelqu’un l’amène à son lecteur, voire le lui lit, et sans ce moment de médiation, nos livres n’arriveraient pas à leurs lecteurs. C’est aussi pour cela qu’on ne devrait pas parler de « littérature jeunesse » puisque si un enfant lit un livre, c’est souvent parce qu’un adulte l’a lu avant lui et qu’il l’a aimé, en tant qu’œuvre littéraire. Il me parait donc impossible d’envisager une relation auteur-lecteur en jeunesse, sans travailler avec les médiateurs, inlassables et remarquables travailleurs de la culture (médiathécaires, enseignant·e·s, organisateur·trice·s de salons, libraires, bénévoles d’associations…). Nous partageons la passion de la transmission et de la collaboration avec les gamins. Conjuguer nos efforts et accorder nos savoir-faire a donc du sens, pour que les « liserons » se régalent de lire, d’inventer, d’écrire, et de jouer de « notre belle langue française » comme on jouerait de la trompinette à cordes ou du violineau à coulisse. Et le solfège attendra encore un peu que le plaisir les guide vers lui.
Enfin, pourquoi aimé-je travailler avec vous, les Nomades de Grains De Lire ?
Ben… juste…
… parce que vous savez tout ça à merveille
… parce que grâce à la confiance que vous accordez aux gens, un atelier chez vous devient souvent une véritable création collective
… parce que ce faisant, vous écrivez une vraie grammaire des semailles de graines de littérature
… parce que vous osez marcher sur les chemins de traverse où fleurissent librement les liserons,
et… parce que je vous aime bien, tiens !

Bibliographie sélective de Franck Prévot :

  • Oddvin, le prince qui vivait dans deux mondes, album illustré par Régis Lejonc, HongFei (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Dix ans tout juste, album co-écrit avec Liqiong Yu, illustré par un collectif, HongFei (2017).
  • Je serai cet humain qui aime et qui navigue, album illustré par Stephane Girel, HongFei (2016).
  • Voleuse !, roman, Thierry Magnier (2015).
  • Lumières, l’encyclopédie revisitée, album illustré par un collectif, Éditions L’Édune / CRDP de Champagne-Ardenne (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Le roman de Râ, roman, Thierry Magnier (2013).
  • Au fil de l’amour, album illustré par Judith Gueyfier, Le buveur d’encre (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • Wangari Maathai la femme qui plante, album illustré par Aurélia Fronty, Rue du monde (2011).
  • Paradiso album illustré par Carole Chaix, Éditions L’Édune (2010).
  • Les Indiens, album illustré par Régis Lejonc, Éditions l’Édune (2009).

 

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Du berger à la bergère : Alexandre Chardin et Lucie Pierrat-Pajot

Par 25 juillet 2018 Les invités du mercredi

Cet été encore, on vous propose à nouveau la rubrique du berger à la bergère tous les mercredis. Cette rubrique vous avait tellement plu les deux derniers étés, nous nous devions de la reprendre (il faut dire qu’à nous aussi elle plaît beaucoup) ! Donc tous les mercredis jusqu’à la rentrée, ce sont des auteur·trice·s et des illustrateur·trice·s qui posent trois questions à un·e auteur·trice ou un·e illustrateur·trice de leur choix. Puis c’est à l’interviewé·e d’en poser trois à son tour à son intervieweur·euse d’un jour. Après Rémi Courgeon et Albertine, Martin Page et Éric Pessan, on continue ces mercredis de l’été avec Alexandre Chardin qui a choisi de poser des questions à Lucie Pierrat-Pajot !

Alexandre Chardin : Le livre que tu rêves d’écrire ?
Lucie Pierrat-Pajot : Je rêve d’écrire un énorme bouquin gothique ! J’ai un gros (un très gros) faible pour ce courant littéraire et esthétique avec tout ce que ça compte de châteaux délabrés pleins de courants d’air, de cimetières balayés par l’orage et autres secrets familiaux sur cinq générations. J’adorerais pouvoir écrire un pavé où je pourrais jouer à longueur de chapitres avec des décors délicieusement lugubres et une flopée de personnages étranges. Et bien entendu il faudrait que le tout soit passionnant au point de happer le lecteur et de le hanter ensuite jusqu’à la fin de ses jours (n’ayons surtout pas peur d’être ambitieuse !).

Alexandre Chardin : Auteure jardinière ou architecte avant de te mettre à écrire ?
Lucie Pierrat-Pajot : Auteure totalement jardinière. Et bien entendu nous ne parlons pas d’un jardin à la Française avec des buis géométriques et des allées rectilignes mais plutôt d’un coin de verdure luxuriant et semi-sauvage. Certes, il y a quand même dans mon écriture deux-trois trucs qui sont planifiés : des notes, une vague trame narrative ; une sorte de petit sentier qui serpente au milieu de tout ce bazar. L’inconvénient c’est que je ne sais pas toujours exactement où il va m’emmener, ni comment. De temps en temps je suis bloquée et je dois me dégager à la machette un passage à travers les ronces. L’avantage c’est qu’il y a souvent des idées qui poussent sans prévenir au milieu de tout ce bazar et j’ai alors le plaisir incroyable d’être surprise par mon histoire. Idéalement, il faudrait quand même que je tente de structurer un peu cette jungle… c’est d’ailleurs sur ma liste de bonnes résolutions d’auteure !

Alexandre Chardin : Une dernière : Tu doutes au début ? Pendant ? À la fin ? Tout le temps ? Si écrire, c’est être funambule, tu tombes, parfois ?
Lucie Pierrat-Pajot : Ohlala, oui, je doute souvent ! Ma confiance en moi est extrêmement cyclique. Il suffit parfois de peu de chose pour me faire tomber : de la fatigue, une contrariété, un chapitre dans lequel je me suis empêtrée, la lecture d’une critique tiédasse de ma prose, la lecture d’un roman tellement trop bien qu’à côté je me sens les capacités littéraires d’une crotte de cafard… J’ai alors l’impression qu’on m’a publiée sur un malentendu et que je mérite pas du tout d’avoir mon nom sur la couverture d’un livre (le fameux syndrome de l’imposteur). Bref je déprime sec. Quand c’est parti comme ça, je broie du noir, je pleurniche sur ma nullité, et je suis désagréable avec mon mari, ma fille et mon chat. Au bout d’un moment ça s’arrange tout seul : je range mes mouchoirs et je recommence à écrire parce que j’aime beaucoup trop ça pour être capable de m’en passer…

Lucie Pierrat-Pajot : Quel serait l’aménagement de ton bureau d’écrivain idéal (budget no limit et lois naturelles pas forcément respectées) ?
Alexandre Chardin : Imaginons que, par une absurderie de la nature, ou comme les enfants savent parfaitement de faire sur leurs dessins, le Costa Rica s’approche de l’Alaska (pour pouvoir pêcher dans les plus belles rivières en regardant passer les loups) et qu’il pousse, sur la plage de Tamarindo (où les vagues sont magnifiques pour surfer, et l’eau à 36 °C), un cèdre du Liban. Imaginons que je puisse construire une cabane de 110 mètres carrés en haut de ce cèdre avec vue sur les vastes plaines du Kirghizstan (Ô pays magique !) et sur l’Islande. Imaginons que je puisse avoir l’intégrale de Mario Rigoni Stern, de Erri De Luca, de Le Clezio, d’Herman Melville, d’André Dhôtel et tous les albums de Syd matters, de PJ Harvey et des Black Keys. Imaginons, tant qu’à faire, que mon amoureuse, mes enfants, mes amis, ma canne à mouche, mes baskets de course, ma planche de surf et mes skis (Ah, oui, j’ai oublié de préciser qu’il neige, dans mon rêve, au Costa Rica, une poudreuse japonaise) et mon ordinateur portable se trouvent à portée de main. Eh bien, je crois que je serai heureux, là.
Mais, franchement, à la table du salon, je ne suis pas malheureux non plus…

Lucie Pierrat-Pajot : Mets-tu beaucoup de toi-même dans tes livres ? Te dit-on parfois : « c’est tout à fait toi, ça » ?
Alexandre Chardin : Mes romans sont des puzzles dont les pièces sont assemblées par mes personnages. S’ils me murmurent qu’un évènement que j’ai vécu, ou vu, convient à leur vie, ils me le volent, et s’emparent de mon souvenir en le transformant. Mais ils ont leur cohérence, leur logique. J’aimerais avoir le courage de Jonas, la loufoquerie de Marcel Miluche, la détermination de Louise et de Nandeau.
Finalement, je me demande si, ce qui me ressemble le plus dans mes romans, ce ne sont pas les lieux que hantent mes personnages. Les forêts, en particulier.

Lucie Pierrat-Pajot : Si une fée t’accordait d’améliorer un point de ton écriture, lequel choisirais-tu ?
Alexandre Chardin : D’abord, je commencerais par lui passer un sacré savon parce qu’elle a mis du temps à venir, et puis je lèverais le menton, l’air hautain, et lui dirais, l’air supérieur :
« C’est trop tard, ma p’tite ! J’ai pris goût à la sueur, aux doutes, aux ronces dans les chemins, au rabot des éditeurs, au plaisir de se dire, aussi, parfois, que mince, elle fonctionne quand même bien, cette phrase ! »
Et je lui tournerais le dos, en me disant aussitôt que je viens de faire une belle connerie…

Lucie Pierrat-Pajot : Quelle serait ta devise d’écrivain ?
Alexandre Chardin : Écrire tous les jours.
Ne pas perdre la joie.
M’améliorer toujours.
Ne pas chercher l’émoi.

Bibliographie jeunesse de Lucie Pierrat-Pajot :

  • Les Mystères de Larispem, 3 tomes, Gallimard Jeunesse (2016-2018).
  • Quantpunk, collectif, Realities Inc (2016).

Bibliographie d’Alexandre Chardin :

  • Les larmes des Avalombres, roman, Magnard (2018).
  • Barnabé n’a pas de plumes, album illustré par Christophe Alline, L’élan vert (2018).
  • Bigre ! Un tigre !, album illustré par Barroux, L’élan vert (2018).
  • Mentir aux étoiles, roman, Casterman (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Des vacances d’Apache, roman, Magnard (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Jonas dans le Ventre de la Nuit, roman, Thierry Magnier (2016).
  • Le goût sucré de la peur, roman, Magnard (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Adélaïde, ma petite sœur intrépide, album illustré par Mylène Rigaudie, Casterman (2015).
  • Petit lapin rêve de gloire, album illustré par Mylène Rigaudie, Casterman (2013).

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Du berger à la bergère : de Martin Page à Éric Pessan

Par 18 juillet 2018 Les invités du mercredi

Cet été encore, on vous propose à nouveau la rubrique du berger à la bergère tous les mercredis. Cette rubrique vous avait tellement plu les deux derniers étés, nous nous devions de la reprendre (il faut dire qu’à nous aussi elle plaît beaucoup) ! Donc tous les mercredis jusqu’à la rentrée, ce sont des auteur·trice·s et des illustrateur·trice·s qui posent trois questions à un·e auteur·trice ou un·e illustrateur·trice de leur choix. Puis c’est à l’interviewé·e d’en poser trois à son tour à son intervieweur·euse d’un jour. Après Rémi Courgeon et Albertine, on continue ces mercredis de l’été avec Martin Page qui a choisi de poser des questions à Éric Pessan !

Martin Page : Tu écris de la littérature générale, jeunesse, du théâtre, un essai (sur Stephen King et l’écriture, je conseille à tout le monde de le lire), tu dessines, tu fais des lectures avec des musiciens sur scène, tu travailles avec des peintres et des photographes, quand je vois tout ce que tu fais, je trouve ça important et inspirant. Est-ce que c’est une volonté de casser des murs entre genres, d’abaisser les frontières ? Comme un geste à la fois politique et esthétique ? Ou c’est juste que tu suis tes envies ? À moins que ce soit une affaire de rencontre ? Est-ce que tu penses que ces différents genres s’enrichissent les uns les autres ? Si oui, alors en quoi ? Est-ce que tu as envie d’aborder d’autres continents ? La BD, le cinéma, la comédie musicale ?
Éric Pessan : Un jour, un lecteur qui connaissait mes livres les plus confidentiels m’a dit que j’avais un homonyme qui écrivait des romans tellement il lui paraissait improbable qu’un auteur qui publie aux éditions du Chemin de Fer ou de l’Attente puisse également publier chez Albin Michel. Lorsque j’étais adolescent, je voulais devenir écrivain. C’était l’écriture qui m’intéressait : les romans, les poèmes, le théâtre. Je ne me posais pas la question du genre du texte. Je lisais tout ce qui me tombait sous la main et j’ignorais totalement le cloisonnement, je ne savais pas que les poètes écrivent la poésie, que les auteurs dramatiques écrivent le théâtre et que les romanciers écrivent les romans (et que souvent, les uns dénigrent les autres). J’ai soif d’écriture. Dans un monde idéal, le genre du texte serait secondaire : on prendrait un livre pour son sujet, parce que l’on aime son auteur, pour la langue dans laquelle il est écrit, et on lirait. Dans un monde idéal, il ne faudrait pas indiquer « roman » ou « récit » ou « poésie » sur la couverture. D’autant plus que les genres sont perméables, ils ont tout à gagner à se mêler. J’ai écrit des romans qui respectent les unités du théâtre classique (temps, lieu, action) tout comme des pièces où les rôles ne sont pas distribués. J’ai écrit des textes qui finissent dans le merveilleux fourre-tout de la poésie parce que des éditeurs m’ont répondu qu’ils n’étaient ni des romans ni du théâtre. J’ai envie d’explorer tous les genres, de tout m’autoriser. Dans la pratique, de très nombreux auteurs décloisonnent. La critique et la théorie avancent plus lentement. Pour le public, l’étiquette « roman » reste le sésame suprême. Je suis un lecteur curieux, je veux être un auteur curieux. Et j’espère bien aller vers d’autres domaines dans les prochaines années : j’ai très envie de science-fiction, de bandes dessinées, d’écrire des paroles de chansons aussi (même si l’exercice est redoutable dans sa concision) et j’espère beaucoup des hasards favorables de futures rencontres, j’ai du mal à partir vers une idée de bande dessinée ou d’album jeunesse sans complice.

Martin Page : Tu as un plan B si tu ne peux plus vivre de ton art, grâce à ton art ? Je te demande ça parce que c’est une question très présente pour moi ces temps-ci. Comment survivre en cas de coups durs ?
Éric Pessan : Je ne sais pas, c’est l’une des trois questions angoissantes (avec celle de la retraite et celle de la maladie : comment je ferai si je ne suis plus en état d’écrire ?). Actuellement, je vis parce que je me déplace beaucoup, parce que j’accepte les rencontres, les ateliers. Cela me permet de subvenir à mes besoins, et – pour éviter tout malentendu – je précise que ce sont des choses que j’aime et que je souhaite faire. J’ai une formation de travailleur social, je me suis ensuite occupé d’une radio associative, les questions de la transmission, de l’émancipation sont importantes. Mon statut d’auteur me donne la possibilité d’être un passeur de culture, et je m’en réjouis. J’imagine que si mes droits d’auteurs diminuaient de façon drastique, j’animerais plus d’ateliers. Depuis quinze ans que je n’ai pas d’autre métier qu’écrivain, je n’ai jamais été imposable. Je l’écris noir sur blanc parce que, régulièrement, je suis confronté au mépris de ceux qui pensent que publier des livres rend riche et totalement déconnecté du réel.
En ce moment précis (avril 2018), les grèves de la SNCF m’ont obligé à prendre ma voiture pour tenir mes engagements (et de rouler 5 ou 6 heures parfois pour aller à une rencontre), je me heurte là aux limites de mon statut : les raisons de la grogne des cheminots sont tout à fait légitimes, mais je ne peux pas me permettre d’annuler mes ateliers, alors je roule et je suis littéralement épuisé (je précise qu’allant dans des coins très reculés et partant pour plusieurs jours en passant de ville en ville, aucune autre solution que le train n’est satisfaisante). J’avance sans trop regarder vers le sol, c’est le syndrome du funambule : je suis à la merci du moindre accident, et j’avoue ne pas vouloir y penser.

Martin Page : Est-ce que pour toi la relation avec un éditeur est importante ? Est-ce que tu es attaché à certains éditeurs au point de les considérer comme des sortes de Nigel Godrich (producteur de Radiohead) ou des George Martin ?
Éric Pessan : Je viens de vérifier, j’ai publié chez 29 éditeurs (sans compter les livres collectifs), mon record étant l’École des loisirs (huit livres !), j’ai connu des éditeurs géniaux, des éditeurs absents, des éditeurs sadisants, des éditeurs négligents, des éditeurs dont le regard m’a fait faire de grands bonds en avant, des éditeurs d’une culture incroyable (des Brian Eno, pour filer la métaphore) comme d’autres vulgaires et violents (des Phil Spector, donc). Certains de mes éditeurs sont maintenant des amis. Lorsque je voulais devenir écrivain, je ne m’imaginais pas une bibliographie aussi frivole, j’avais des images/mirages en tête : un rapport intellectuel privilégié avec une personne, rapport installé dans la durée et la confiance. Je n’ai pas trouvé cette personne, sans doute parce que ce modèle-là d’éditeur appartient pour grande partie au passé. Sans doute aussi en raison de la diversité des genres auxquels je m’essaie. Pour être sincère, lorsque j’avais 25 ans, j’ai rêvé d’être édité par Paul Otchakovsky-Laurens, parce qu’il publiait des textes très différents dans lesquels je reconnaissais une parenté de préoccupations, et parce que P.O.L. accueillait des romans, des poèmes et du théâtre sans trop se poser la question des genres ni des esthétiques. Cette rencontre-là n’a jamais eu lieu, à plusieurs reprises mes textes ont été refusés, et j’ai continué à grandir en lisant les livres publiés par cet homme. Pour un auteur, le regard d’un éditeur est précieux : j’attends qu’un éditeur valide mon texte (c’est la publication qui me donne une légitimité), j’attends aussi qu’il m’en montre les angles morts et les passages perfectibles. Cela m’est arrivé de modifier en profondeur un texte lorsque j’ai pu en parler avec mon éditeur en toute confiance. Il est aussi arrivé de ne pas accepter un refus et de changer de maison. Le plus triste, en définitive, c’est lorsque la relation à l’éditeur se borne à la négociation interminable d’un contrat, d’une avance et d’un pourcentage sur les ventes (ou aux réclamations suite à des droits non-payés).

Éric Pessan : Souvent, lorsque je rencontre des jeunes gens, ils me posent la question du message que je veux faire passer dans mes livres et je passe pas mal de temps à leur expliquer que je n’écris pas des romans pour faire passer des messages, mais que l’on retrouve mes valeurs dans mes ouvrages. Dans ton livre Les animaux ne sont pas comestibles tu racontes comment tu es engagé dans une éthique de vie autour du véganisme, je te pense proche également de notions comme celle de la décroissance, je voudrais savoir si (et comment) cela modifie ton écriture ?
Martin Page : Ça modifie mon écriture d’abord parce que ça me modifie comme être humain. Pendant la majeure partie de ma vie j’ai mangé des animaux et ça me paraît fou et terrible aujourd’hui. Je n’avais pas vu les animaux, je n’avais pas vu qu’ils avaient des émotions, des sentiments, une conscience, qu’ils nouaient des liens entre eux et des attachements. Et donc ça m’incite à penser qu’il y a des choses que je ne vois pas aujourd’hui, des êtres, des souffrances. Ça m’oblige à la modestie. Plus directement le véganisme élargit ma vision du monde, mon but est de faire grandir ma rétine. Ça me rappelle aussi que tout livre est politique et que la manière dont on décrit un homme, une femme, un animal, dit quelque chose de profondément politique, ce sont des représentations qui montrent que je suis construit par la société, mais que je participe aussi à cette construction. Il importe donc de se délivrer d’idées toutes faites qui soutiennent une société d’une violence d’autant plus terrible qu’elle est rendue socialement invisible. L’art est un vecteur important de changement des représentations, c’est pour ça que je chéris cette époque où on peut trouver des livres avec des parents homosexuels, des ados trans, des animaux qui ne sont pas des choses, des féministes. Il ne s’agit pas de faire un art de propagande, avec seulement des personnages positifs qui partageraient mes vues, je veux un art sauvage et plein de personnages forts, mais d’affirmer qu’esthétique et éthique sont sœurs siamoises, et de proposer autre chose que ce que la société veut bien nous servir. D’élargir ce qu’on nous donne pour réel.

Éric Pessan : L’écrivain américain Howard A. Norman qui a vécu dans les années 70 parmi les Indiens Cree pour collecter leurs poésies et leurs traditions orales raconte dans son ouvrage L’os à vœux qu’un jour, au beau milieu d’une clairière enneigée, il voit un spectacle terrible : des dizaines de corbeaux gisent dans leur sang sans qu’aucune trace de prédateur ne soit visible dans la neige. Il est accompagné de deux Indiens, ils sont au nord du Canada, dans la région de Manitoba. Il demande à ses guides s’ils comprennent ce qui s’est passé. L’un d’eux finit par répondre : « Une histoire passera par-là, elle trouvera ces corbeaux et plus tard elle nous racontera ce qui leur est vraiment arrivé. » Penses-tu qu’il y aurait là une métaphore de l’art de l’écrivain : piocher des éléments incompréhensibles du monde pour leur donner du sens au travers d’une histoire (d’un roman, d’une nouvelle) ?
Martin Page : Je crois que le monde est très compréhensible. C’est peut-être sa clarté qui aveugle. Elle nous est insupportable. La question animale en est un exemple. Quand je discute avec n’importe qui, on s’accorde pour dire que tuer un veau de quelques semaines ça ne va pas, je montre une vidéo et c’est juste insupportable. On le sait. Mais changer nous demanderait trop d’efforts, trop de remise en question, trop de contestation de l’ordre établi.
Le monde est limpide. Le réchauffement climatique est là, il faudrait interdire la viande, les voyages en avion, le plastique, développer les transports en commun, répartir les richesses. Mais qui veut voir ? Des millions de gens vont mourir, mais pas chez nous, ça sera en Afrique, alors on ne fait rien ? Le monde est limpide, bon sang.
En tant qu’écrivain, ce qui compte le plus pour moi, c’est le plaisir. Si j’ai été lecteur, c’est parce que dans une vie pas toujours joyeuse, les livres étaient là, ils me donnaient du plaisir et de l’énergie, ils étaient mes amis. Et j’ai toujours cette idée en tête : je veux que mes livres comptent dans la vie des lecteurs, qu’ils y soient attachés comme à des amis. Parce que le monde est froid et dur, les livres réchauffent, fournissent des armes et des ruses, de nouvelles manières d’êtres, ils poussent à l’invention dans nos vies personnelles. Parce que je suis devenu écrivain pour ça : pour me sauver, c’était juste une ruse existentielle, j’étais bizarre, différent, et je crois que l’art a été inventé pour ça, pour les freaks, pour nous sauver, c’est notre soucoupe volante. Alors forcément il y a plein d’artistes qui sont des notables et très bien intégrés, ce sont des chefs de service. Ils ont récupéré le truc, comme certains musiciens ont volé le blues aux Afro-Américains pour faire de la soupe commerciale. La déprime, non ? Mais on s’en moque. Nous avons notre soucoupe volante et nous éclatons de rire.

Éric Pessan : Écrire des livres ne permet pas à un auteur de vivre décemment (sauf succès inattendu et imprévisible). Il existe un véritable fossé entre la représentation de l’écrivain et sa réalité économique. Dans ce monde où le modèle dominant voudrait que les écrivains proposent des produits pensés pour générer des profits sur un secteur à forte concurrence que faudrait-il pour permettre aux auteurs de mieux vivre ? Des aides ? Une sorte d’intermittence ? De plus grandes facilités pour intervenir dans les domaines éducatifs ou culturels ?
Martin Page : Il faudrait tout ça et plus encore. Une meilleure répartition des richesses, une meilleure protection juridique des auteurs.
Les bibliothèques devraient être des lieux d’accueil pour écrivains, chacune devrait avoir un écrivain en résidence (où il pourrait être accueilli avec sa famille ou seul). Même chose pour les facs de Lettres, les écrivains vivants devraient être au centre, y donner des cours de creative writing, ça devrait être une des bases de la fac. C’est symptomatique, ces facs qui n’ouvrent pas grandes leurs portes aux auteurs : ce sont des morgues. Je n’en reviens pas, mais des professeurs en fac de lettres ne connaissent pas la littérature contemporaine (à part certains auteurs reconnus, avalisés, chics, ne parlons pas de leur méconnaissance de la géniale littérature jeunesse), ils n’en lisent pas. Le fétichisme des auteurs morts est une tragédie qui contribue à flinguer les auteurs vivants. Un truc que j’ai découvert en devenant écrivain est que le monde littéraire est classiste, raciste, sexiste, je veux dire, c’est un milieu comme un autre, extrêmement violent et qui profite aux plus favorisés, et c’est triste, j’ai découvert bien sûr l’influence des réseaux et un mépris pour certaines maisons d’édition, pour certains genres (en premier lieu la jeunesse, reflet du mépris qu’éprouve ce pays à propos des enfants et des adolescents).
Enfin, notre condition n’est pas différente de celle des autres précaires, la logique voudrait que nous luttions avec nos potes qui sont serveurs, travaillent dans des centres d’appel, sont vacataires, etc. Donc oui, un statut d’intermittent, mais pour tout le monde, en fait. Plus généralement, nous avons besoin d’une société juste. Car à quoi bon avoir un super statut pour les auteurs dans une société qui maltraite les plus fragiles ? D’ailleurs, je trouve qu’en tant qu’écrivains jeunesse nous devrions collectivement prendre position contre les châtiments corporels à l’égard des enfants, qui sont toujours légaux. Je veux bien que nous nous battions pour nos droits et notre survie, mais battons-nous aussi pour ceux qui sont nos lecteurs et qui souffrent de la première des oppressions : les enfants et les adolescents.

Bibliographie jeunesse d’Éric Pessan :

  • Les étrangers, roman co-écrit avec Olivier de Solminihac, L’école des loisirs (2018).
  • Dans la forêt de Hokkaïdo, roman, L’école des Loisirs (2017).
  • Pebbleboy, théâtre, L’école des loisirs (2017).
  • La plus grande peur de ma vie, roman, L’école des loisirs (2016).
  • Aussi loin que possible, roman, roman, L’école des Loisirs (2015).
  • Cache-cache, théâtre, L’école des loisirs (2015).
  • Et les lumières dansaient dans le ciel, roman, L’école des Loisirs (2014).
  • Plus haut que les oiseaux, roman, L’école des loisirs (2012).
  • Quelque chose de merveilleux et d’effrayant, album illustré par Quentin Bertoux, Thierry Magnier (2012).

Bibliographie jeunesse sélective de Martin Page :

  • Les Nouvelles Vies de Flora et Max, roman coécrit avec Coline Pierré, l’école des loisirs (à sortir en novembre).
  • La première fois que j’ai (un peu) changé le monde, roman, PlayBac (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • La recette des parents, album illustré par Quentin Faucompré, Rouergue (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • La folle rencontre de Flora et Max, roman coécrit avec Coline Pierré, l’école des loisirs (2016).
  • Le zoo des légumes, roman illustré par Sandrine Bonini, l’école des loisirs (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Plus tard, je serai moi, roman, Rouergue (2013).
  • La bataille contre mon lit, album illustré par Sandrine Bonini, Le Baron Perché (2011).
  • Le club des inadaptés, roman, l’école des loisirs (2010).
  • Traité sur les dragons pour faire apparaître les miroirs, roman, l’école des loisirs (2009).
  • Je suis un tremblement de terre, roman, l’école des loisirs (2009).
  • Conversation avec un gâteau au chocolat, roman illustré par Aude Picault, l’école des loisirs (2009).
  • Juke-box, roman, collectif, l’école des loisirs (2007).
  • Le garçon de toutes les couleurs, roman, l’école des loisirs (2007).

Retrouvez Martin Page sur son site : http://www.martin-page.fr.

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Du berger à la bergère : de Rémi Courgeon à Albertine

Par 11 juillet 2018 Les invités du mercredi

Cet été encore, on vous propose à nouveau la rubrique du berger à la bergère tous les mercredis. Cette rubrique vous avait tellement plu les deux derniers étés, nous nous devions de la reprendre (il faut dire qu’à nous aussi elle plaît beaucoup) ! Donc tous les mercredis jusqu’à la rentrée, ce sont des auteur·trice.s et des illustrateur·trice.s qui posent trois questions à un·e auteur·trice ou un·e illustrateur·trice de leur choix. Puis c’est à l’interviewé·e d’en poser trois à son tour à son intervieweur·euse d’un jour. On commence ces mercredis de l’été avec Rémi Courgeon qui a choisi de poser des questions à Albertine !

Rémi Courgeon : La façon dont vous dessinez a l’air tellement fluide et naturelle, que cela soit d’un trait spontané ou dans les scènes en couleurs plus sophistiquées, vous arrive-t-il parfois de rater des dessins, de douter, et de tout jeter à la poubelle en vous traitant de nulle ?
Albertine : On peut se dire « tu » tu sais. Avant, quand j’étais jeune, je prenais tous mes dessins et mes sérigraphies et je les mettais au feu dans mon jardin.
Aujourd’hui, quand je ne suis pas satisfaite d’un dessin, je le range dans un tiroir. Et parfois je le retrouve et je me dis « Y a de l’idée, ce n’était pas si mal ». Je travaille énormément.
Je dessine tous les jours, Je dirais que je cherche tous les jours. Alors forcément, il y a parfois des choses moins réussies. Mais c’est intéressant, car l’imperfection ou les accidents font surgir de nouvelles voies.

Rémi Courgeon : Je sais par des amis indiscrets que tu adores cuisiner. En quoi l’univers culinaire influence ton travail graphique ? En quoi ton travail graphique influence-t-il ta façon de cuisiner ?
Albertine : C’est surtout Germano qui cuisine bien. Comme un Italien. Il dit que la première grande cuisine c’est pas la France, c’est l’Italie. Moi je l’aide surtout à éplucher les légumes ou je lui lis le journal pendant qu’il cuisine. C’est le moment où nous parlons de politique.
Nous aimons les restaurants. D’abord parce qu’on y mange, et aussi on partage ensemble des idées, des projets, des points de vue en dehors de nos ateliers. Mon atelier est le lieu où je cherche, j’explore. L’extérieur est le lieu où je prends des idées.

Rémi Courgeon : Quand aurons-nous l’occasion de nous rencontrer ? (Je me débrouille assez correctement en lapins à la moutarde et en mousses au chocolat.)
Albertine : Avec plaisir. Tu es aussi le bienvenu chez nous. On te fera la pizza maison dans le jardin. On parlera de tout.

Albertine : Tu écris et tu dessines aussi. C’est merveilleux de faire les deux. Comment procèdes-tu ?
Rémi Courgeon : C’est vrai, je ne t’ai pas posé de question sur ton équipe, avec Germano. Votre travail semble si naturellement cohérent. Comme une écriture commune. Pour ma part, je me sens raconteur d’histoires avant d’être illustrateur : tout commence par des débuts de textes griffonnés au stylo bille dans des carnets. Puis je raconte ces histoires à mes proches, mes amis, aux écoliers que je rencontre. Ces histoires s’achèvent souvent à l’oral. Si des petites lumières s’allument dans les yeux de mes interlocuteurs, je passe à l’étape suivante : la frappe du texte définitif, puis la mise en scène, dessinée page par page, en noir et blanc, puis en couleurs. Quand la couleur arrive, c’est comme si je jouais de la musique, c’est une joie nouvelle, qui complète celle du conteur. Je fais souvent la couverture avant les illustrations intérieures. Parfois j’écris des trucs que je suis incapable de dessiner. J’aime bien confier les textes à d’autres illustrateurs, ou illustrer des beaux textes, d’autres auteurs. En vacances, je fais des images qui ne racontent rien : des collages.

Albertine : Est-ce qu’il y a des récurrences dans ton travail. Un truc qui revient malgré toi dans tes histoires ?
Rémi Courgeon : J’aime raconter des histoires de filles, autour de l’identité, notamment à travers 5 albums : Les cheveux de Léontine. La harpe. Brindille. Passion et Patience. Et puis le prochain, qui sort en octobre : Tiens-toi droite. Tous mes personnages de livre en livre, ont à un moment ou l’autre les pieds en liberté, voyant ça, j’ai donc fini par faire un album qui porte ce titre : Pieds nus. Mes autres sujets de prédilection : les arbres, la transmission, la musique. La mort revient aussi, sans pathos. Notre société a trop tendance à l’occulter, alors qu’il faut l’aborder de front, très tôt, pour apprivoiser l’idée de devoir quitter tout ça. Mais en ce moment, c’est le personnage du tigre Timoto, série pour les tout-petits, qui me réveille la nuit. Il ressemble tellement à l’enfant que j’étais.

Albertine : Est-ce qu’il arrive de te censurer ? T’interdire d’aborder certains sujets ? 
Rémi Courgeon : Non, pas vraiment. Les seules censures sont peut-être mes blocages psychologiques. Certains sujets sont difficiles à traiter, comme la mort d’un enfant par exemple, ou le suicide d’un proche. Pourtant je sais que si j’en ai envie, le moment venu, je le ferai. Ce que je me refuse à raconter, c’est les histoires sans espoir. C’est peut-être ça ma censure.

Bibliographie sélective d’Albertine :

  • Ils arrivent…, illustration d’un texte de Sylvie Neeman, La joie de Lire (2018).
  • Le roi nu, illustration d’un texte de Hans Christian Andersen, La joie de Lire (2018).
  • Des mots pour la nuit, illustration d’un texte d’Annie Agopian, La joie de Lire (2017).
  • Le président du monde, illustration d’un texte de Germano Zullo, La joie de Lire (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Farces et attrapes, illustration d’un texte de Jeanne Plante, Little village (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Le grand roman de ma petite vie, illustration d’un texte de Susie Morgenstern, De la Martinière Jeunesse (2016).
  • Mon tout petit, illustration d’un texte de Germano Zullo, La Joie de Lire (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • La mer est ronde, illustration d’un texte de Sylvie Neeman, La Joie de Lire (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Caprices, c’est fini ?, illustration d’un texte de Pierre Delye, Didier Jeunesse (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Circus, illustrations, À pas de loups (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Les robes, illustration d’un texte de Germano Zullo, La Joie de Lire (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Dadá, illustration d’un texte de Germano Zullo, La Joie de Lire (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Départ en vacances, illustration, Les apprentis rêveurs (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Ligne 135, illustration d’un texte de Germano Zullo, La Joie de Lire (2012).
  • À la montagne, illustration d’un texte de Germano Zullo, La Joie de Lire (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • Les oiseaux, illustration d’un texte de Germano Zullo, La Joie de Lire (2010), que nous avons chroniqué ici.
  • Les gratte-ciel, illustration d’un texte de Germano Zullo, La Joie de Lire (2011).
  • À la mer, illustration d’un texte de Germano Zullo, La Joie de Lire (2008).
  • Le Génie de la Boîte de Raviolis, illustration d’un texte de Germano Zullo, La Joie de Lire (2002), que nous avons chroniqué ici.

Bibliographie sélective de Rémi Courgeon :

  • Série Timoto, texte et illustrations, Nathan (2017-2018), que nous avons chroniqué ici et .
  • L’oizochat – Le fils caché, texte et illustrations, Mango Jeunesse (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Tohu Bohu, texte et illustrations, Nathan (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Passion et Patience, texte et illustrations, Mango (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • C’est l’histoire d’un poisson bavard, texte et illustrations, Seuil Jeunesse (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • J’aime pas les clowns, illustration d’un texte de Vincent Cuvellier, Gallimard Jeunesse (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • L’oizochat, texte et illustrations, Mango (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Gros chagrin, texte et illustrations, Talents Hauts (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Le grand arbre et autres histoires, recueil d’albums, textes et illustrations, Mango (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Contes d’Afrique, illustration de textes de Jean-Jacques Fdida, Didier Jeunesse (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • Pieds nus, texte et illustrations, Seuil Jeunesse (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Blancs comme neige, texte et illustrations, Milan (2013).
  • Toujours debout, texte illustré par Isabelle Simon, L’initiale (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Elvis Presley, illustration d’un texte de Stéphane Ollivier, Gallimard Jeunesse (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • Brindille, texte et illustrations, Mango jeunesse (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • Pas de ciel sans oiseaux, texte et illustrations, Mango Jeunesse (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • Le géant petit cadeau, texte et illustrations, Père Castor (2012).
  • Dans sa tête, texte et illustrations, JBZ & cie (2010).
  • Invisible mais vrai, texte et illustrations, Mango (2006).

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