La mare aux mots
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Anne Herbauts

Ça va bof

Par 5 mai 2017 Livres Jeunesse

Aujourd’hui ça ne va pas trop… N’y voyez pas une allusion à l’ambiance actuelle, c’est juste que les personnages des livres d’aujourd’hui ne vont pas super bien.

Nuage
Texte d’Alice Brière-Haquet, illustré par Monica Barengo
PassePartout
16,00 €, 210×290 mm, 32 pages, imprimé en Italie chez un imprimeur éco-responsable, 2016.
Bof
de Clothilde Delacroix
Talents Hauts
12 €, 155×195 mm, 26 pages, imprimé en République Tchèque, 2017.
Mon chagrin
de Malika Doray
MeMo
12,90 €, 211×148 mm, 32 pages, imprimé en Belgique chez un imprimeur éco-responsable, 2012.
Broutille
d’Anne Herbauts
Casterman dans la collection Les Albums Casterman
13,90 €, 180×250 mm, 32 pages, imprimé en France, 2015.
L’heure bleue
de Ghislaine Herbéra
MeMo
14 €, 208×240 mm, 32 pages, imprimé en Europe chez un imprimeur éco-responsable, 2014.
Max et Lapin – La tarte à la colère
Texte d’Astrid Desbordes, illustré par Pauline Martin
Nathan dans la collection Max et Lapin
5,90 €, 177×179 mm, 24 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2017.
Mölang – Piu Piu est malade
Texte de Marie Manand, illustré par Hye-Ji Yoon
Père Castor
6 €, 160×190 mm, 12 pages, imprimé en Pologne, 2017
J’aime PAS être grand
Texte de Stéphanie Richard, illustré par Gwenaëlle Doumont
Talents Hauts
11,50 €, 158×198 mm, 32 pages, imprimé en République Tchèque, 2017.

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Les invité.e.s du mercredi : Anne Herbauts et Amandine Piu

Par 30 novembre 2016 Les invités du mercredi

Alors que débute aujourd’hui le salon de Montreuil, nous recevons une invitée assez exceptionnelle… Anne Herbauts ! Nous lui avons posé quelques questions, elle a accepté de nous répondre et de revenir sur son travail et son parcours. Ensuite, pour notre rubrique Quand je crée, c’est dans l’atelier d’Amandine Piu que nous nous sommes glissés. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Anne Herbauts

Anne HerbautsPouvez-vous nous parler de Broutille, votre dernier album ?
En écoutant le monde à travers les ondes ces dernières années, m’est ressorti cette idée que l’on cherchait peut-être trop à comparer les douleurs, qu’il fallait, sur ces ondes, une surenchère aux malheurs pour avoir sa place dans l’écho du monde.
Et il m’a semblé que ces comparaisons rendaient les choses encore plus violentes.
Et que faire de notre conscience, de notre refuge douillet, face à toutes ces actualités sombres et cataclysmiques ? Moi cela me tétanise. Je suffoque.
La seule chose que je sais faire, c’est des livres. Alors je fais des livres. Et j’essaye d’y passer la nuance, l’importance de la réflexion, le besoin de retrait.
Ici, je voulais montrer comme ce petit personnage est de plus en plus muet, écrasé, face au monde et aux réponses brutales et parfois bavardes ou silencieuses. Que les échardes les plus petites sont présentées au quotidien. Que, bien certainement, il y a des événements très graves, mais que l’important est d’exprimer ce que l’on ressent, et l’importance d’être écouté afin que l’écharde sorte et que l’on fasse sienne cette blessure même minime, que l’on l’accepte en soi, qu’on en fasse une, son histoire.9782203120167
C’est un travail que l’on doit faire seul avec (l’écoute) des autres. C’est une façon d’être humain. Pour enfin pouvoir être debout avec les histoires des autres. Pour ne pas avoir pitié, ou seulement pitié, mais regarder les autres comme des hommes, et le monde comme un élément faisant partie d’une galaxie. Et là serait la vraie et juste humanité.
Sans comparaison, sans ramener tout à soi.
Broutille est un personnage à peine ébauché, un peu mieux qu’un gribouillage.
Il est triste. Mais personne ne l’écoute. Personne ne veut entendre sa perte. Seul un chien sans importance l’écoute et lui propose de faire de cette tristesse son histoire. Qui sera le livre.
Broutille offre plusieurs niveaux de lecture, plusieurs sens. Dans mes livres, je veux la complexité mêlée à la limpidité (comme les flaques en forêt/ça c’est bien pour la Mare aux Mots !) — à l’image de la complexité, la rugosité humaine. La maladresse prodigieuse.
Aussi, je n’arriverai pas à résumer ce livre, que j’ai écrit le plus sobrement possible.
Avec, aussi, de l’espièglerie.

Comme dans la plupart de vos albums, on y retrouve la cafetière, le merle, l’arbre et la chaise (manque ici la maison), pouvez-vous nous dire quelques mots sur ces éléments qui traversent vos œuvres ?
Ces objets sont des objets particuliers et banals à la fois. Graphiquement intéressants car simplifiables et transformables. Concrets et pareillement abstraits.
9782203090002Ils racontent des histoires ou des lieux invisibles, des espaces intérieurs.
À force de les utiliser, je les ai transformés en icônes texte. Ce sont devenus des mots, des vocabulaires écrits dans l’image. Comme quand, dans le texte, je glisse des images (avec les mots). Le merle est une virgule, la cabane, un espace modulable, intérieur et extérieur à la fois, un trait qui dit maison, demeure, espace, refuge, jeu… L’arbre est un paysage à lui tout seul.
Je me détache de force de certains de ces « mots-images » pour qu’ils ne soient pas une décoration, un bavardage, un tic graphique, pour qu’ils ne perdent pas leur force, pour que je ne les glisse pas par habitude ou facilité. Et j’en créée petit à petit de nouveaux.

Comment naissent vos histoires ?
Les livres naissent de plusieurs fils croisés, mêlés, emmêlés, tissés.
Il y a la question du livre, le rapport au fond, à l’objet qui, presque inconsciemment, vient toujours. Puis un personnage, et un sujet, une phrase, une situation graphique, une chose indicible que je cherche à dire dans chaque album et que je contourne sans cesse.

9782203106284Est-ce que le texte vient avant l’image ou l’inverse ?
Le texte et l’image sont liés et sont donc pensés ensemble.
Je construis dès le départ le livre en pensant le texte et l’image.

Quelles techniques d’illustration utilisez-vous ?
Ce sont la plupart du temps des techniques mixtes. Du trait et de la peinture. Du collage aussi. Le choix de la technique dépend aussi de l’écriture — la technique fait partie de l’écriture du livre. J’oriente mes choix de technique en fonction de mes envies picturales — car le plaisir de faire l’image est très important —, mais aussi en fonction de ce que j’écris (je parle d’écriture pour le texte ET l’image).

Pouvez-vous nous parler de votre fidélité à votre éditeur, Casterman ?
J’ai besoin de stabilité pour travailler. Un éditeur est une personne avec qui l’on construit un travail à long terme, sur une confiance mutuelle. Casterman m’offre une chose très très précieuse : la liberté. Je travaille depuis bientôt 20 ans avec la maison d’édition Casterman, il y a eu des changements, mais je connais bien les équipes et ils connaissent ma façon de travailler et créer. J’y ai construit mon parcours principal et ma liberté de création, et ils l’ont respectée depuis le début.

Dans votre travail, tout semble réfléchi, être là pour une raison, alors je me dis que la typo de votre nom (sans majuscule et les N à l’envers) a aussi une raison d’être ainsi
C’est un jeu avec la lettre qui n’en est plus tout à fait une et bascule ainsi dans une presque image. C’est aussi, l’inversion : minuscule au début, puis miroir et majuscule au centre. Je n’aime pas les majuscules, en début, graphiquement.
Je t'aime tellement queJ’avais inventé cela au départ comme jeu espiègle pour me différencier des 3 autres Anne qui travaillaient dans l’atelier d’illustration pendant mes études.

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
J’ai très vite trouvé l’atelier qui me correspondait : où l’on interroge le rapport texte-image, avec Anne Quévy et Bruno Goosse à l’ARBA (Académie des Beaux Arts de Bruxelles) en illustration. J’aimais lire. J’avais fait mes « gammes » et acquis un assez large vocabulaire en arts plastiques pendant mon adolescence (dix années de cours d’art plastique en académie du soir).
J’ai publié chez Casterman dès ma sortie des beaux-arts. Et mon chemin s’est construit ainsi.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Je lisais beaucoup.
Enfant, mes parents me lisaient des albums tous les soirs.
Nous n’avions pas la télévision.
Et nous n’allions pas au cinéma.
Les livres, les arbres et les moraines étaient mes voyages.

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur vos projets ?
Depuis quelques années, j’ai décidé de me concentrer principalement sur mes livres. J’ai besoin de plus en plus de temps pour concevoir et créer un album.
J’ai besoin de retrait.
J’ai beaucoup de projets, mais je sais que je dois choisir et approfondir, ne pas courir pour tout faire.
Je suis dans les premières ébauches texte-images du prochain album Casterman.
Un autre est en latence. D’autres en attente. Je macère les livres plusieurs années avant d’écrire les premiers jets. Si je les force, ils ne sont pas justes.

Une vidéo passionnante pour écouter Anne Herbauts parler de son travail : https://www.youtube.com/watch?v=qLbgoVoGeRE

Bibliographie sélective :

  • Broutille, texte et illustration, Casterman (2016).
  • L’Arbre Merveilleux, texte et illustration, Casterman (2016).
  • Sous la montagne, texte et illustration, Casterman (2015).
  • un jour Moineau, texte et illustration, Casterman (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • je t’aime tellement que, texte et illustration, Casterman (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • de quelle couleur est le vent ?, texte et illustration, Casterman (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Theferless, texte et illustration, Casterman (2012).
  • les moindres petites choses, texte et illustration, Casterman (2012).
  • La Galette et la Grande Ourse, texte et illustration, Casterman (2009).
  • Lundi, texte et illustration, Casterman (2004).


Quand je crée… Amandine Piu

Le processus de création est quelque chose d’étrange pour les gens qui ne sont pas créateur.trice.s eux-mêmes. Comment viennent les idées ? Et est-ce que les auteur.e.s peuvent écrire dans le métro ? Les illustrateur.trice.s dessiner dans leur salon devant la télé ? Peut-on créer avec des enfants qui courent à côté ? Faut-il de la musique ou du silence complet ? Régulièrement, nous demandons à des auteur.e.s et/ou illustrateur.trice.s que nous aimons de nous parler de comment et où ils créent. Cette semaine, c’est Amandine Piu qui nous parle de quand elle crée.

atelier-amandine-piuQuand je crée ? Pas évidente cette question… est-ce que je crée vraiment puisque rien ne se crée, tout se transforme ?
Je travaille dans mon atelier, sous le toit de ma maison, on dirait une cabane, une cabane douillette mais bien désordonnée, je l’avoue !
Dès que ma tribu quitte le navire, mon thé et mon café avalés, hop, je monte mes escaliers, et je travaille jusqu’à 17H (retour de mes monstres). Parfois, (euh, souvent) je retourne à mon bureau vers 20h30 jusqu’à ce que mes forces s’évaporent. Pourtant, je suis plutôt du matin !
Si je suis dans une phase de réflexion sur des crayonnés d’albums, de jeux ou autres, je gribouille dans un silence monacal, j’ai besoin d’être très concentrée (il n’y a que mon chat qui tente de me distraire régulièrement). Je griffonne un peu partout, dans mes carnets, sur des feuilles volantes, dans mon ordi, sur la liste de course…
Pour illustrer un album, la première question que je me pose est « que vais-je donc bien pouvoir apporter de plus à ce super texte ? » C’est la phase la plus excitante et la plus dure du projet.
Je fais une multitude de petits crayonnés timbre poste et illisibles pour chaque double, j’ai besoin de faire sortir toutes les possibilités de personnages, toutes les possibilités de compositions ou de sens à donner aux images, bref, tout ce qui me trotte dans la tête concernant le projet… ensuite vient le moment de la torture, car il faut faire des choix dans ce joyeux bazar.
Voilà pourquoi j’aime bien travailler à plusieurs et échanger avec l’auteur, les DA [NDLR :directeur.trice artistique], ça m’aide énormément à avancer. J’en ai vraiment besoin, ils m’aident à prendre une direction, à avoir « confiance ».
Il m’arrive parfois de travailler sur un projet et d’avoir soudainement l’idée d’une image qui n’a rien avoir avec le projet, alors, là aussi, je la griffonne quelque part en me disant que ça servira peut être pour plus tard.
Si je suis en phase de « coloriage », c’est la fête, je peux mettre la musique à fond (du tout doux si je fais du « poétique », de la grosse musique rythmée si je veux colorier avec entrain, etc.). J’écoute aussi souvent la radio, parfois la télé ou des films (sans jamais voir aucune images, ou seulement des bribes). Quand le projet est fini, je range mon bureau, je fais place nette pour le prochain (mais ça ne marche pas quand je travaille sur plusieurs projets à la fois comme en ce moment, où le désordre règne en maître pendant plusieurs mois).
J’aime bien prendre le train, ou être contrainte « d’attendre » quelque part, je peux dessiner dans mes carnets sans but précis et c’est souvent à ces moments-là que des idées ou des images naissent.
Globalement, je dirais que j’ai d’abord besoin d’un ou des mots pour ensuite créer des images, comme pour mes cartes postales. Mais un jour peut être, que je ferais l’inverse, un album tout en images sur lequel j’essayerai d’y poser des mots.

Amandine PiuAmandine Piu est illustratrice.

Bibliographie sélective :

  • Hou ! Hou ! Prince Charmant ?, illustration d’un texte de Sylvie Misslin, Amaterra (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Le bateau rouge d’Oscar, illustration d’un texte de Jo Hoestland, Père Castor (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Ce n’est pas l’histoire…, illustration d’un texte de Michaël Escoffier, Frimousse (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Sur la route de la musique, illustration d’un texte de Virginie Hanna, De la Martinière Jeunesse (2014)
  • Qui veut jouer au ballon ?, illustration d’un texte de Sylvie Misslin, Amaterra (2013).
  • Comptines de Compère Loup, Larousse (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Sur la route des couleurs, illustration d’un texte de Virginie Hanna, De la Martinière Jeunesse (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Mes drôles de copains se promènent, illustration d’un texte de Sylvie Misslin, Amaterra (2012).
  • Mes drôles de copains sont amoureux, illustration d’un texte de Sylvie Misslin, Amaterra (2012).
  • Berlingot est un super héros, illustration d’un texte de Virginie Hanna, Auzou (2012).
  • Le jardin des animaux zinzins, illustration d’un texte de Virginie Hanna, Mic_Mac (2011).
  • Les pâtes de Francesca, illustration d’un texte de Sophie Cottin, Petit à Petit (2006).

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Avec une infinie délicatesse

Par 12 janvier 2015 Livres Jeunesse

Un jour MoineauMatin sort de son lit, ouvre la fenêtre et se réjouit de ce qu’il voit. Matin veut alors ouvrir la porte… mais n’y arrive pas. Le Jour moineau, qui passe par là, lui indique qu’un énorme rocher bloque la porte… ou est-ce un éléphant ? Un météore ? Non c’est une géante qui est couchée là… Comment sortir ? Comment la réveiller ?
Anne Herbauts nous a habitués aux ouvrages poétiques et délicats, on n’est pas dépaysé avec Un jour Moineau. C’est là encore le genre d’album où tout n’est pas mâché, où notre imaginaire travaille. La poésie est aussi présente dans les illustrations que dans le texte. Les livres d’Anne Herbauts ne ressemblent à aucun autre, et c’est tant mieux !
Un grand album pour ceux qui aiment les albums qui laissent une part belle à l’imaginaire.
Des extraits sur le blog des Sandales d’Empédocle.

Rien de rienIl était une fois une pierre. Oui une pierre, à laquelle il n’arrivait jamais rien. Rien de rien. Tout le monde passait à côté, sans la remarquer. Il y avait aussi un enfant, un enfant à qui il n’arrivait jamais rien, rien de rien….
Ici encore, votre esprit continuera de travailler après avoir refermé Rien de rien de Yael Frankel. Ici encore tout n’est pas mâché. Ici encore c’est poétique et délicat. Les illustrations sont faites de dessins et de collages. Ici, on parle des rencontres qui changent une vie, on parle des choses inattendues qui arrivent alors qu’il ne se passait rien.
Un bien bel album, délicat et poétique.
Des extraits sur le site de l’éditeur.

Sur un toit, un chatSur un toit, un chat. Sur le toit, il y a un fil, un fil accroché à des croix de métal, un fil que suit le chat. Un fil qui va dans les maisons…
Après Une princesse au palais, c’est encore un ouvrage très particulier que nous proposent Cécile Roumiguière et Carole Chaix. Comme dans les deux livres précédents, ce n’est pas le genre d’album où tout est dit (on est loin de Tchoupi fait un gâteau !), c’est plus le genre d’album qu’on ne comprend pas à la première lecture, mais qui fait son chemin, nous laisse créer notre propre histoire. Un album qui ne plaira pas à tout le monde, comme les deux précédents d’ailleurs, mais ne vaut-il pas mieux chavirer le cœur de certains que plaire moyennement à la majorité ?
Des extraits sur le site de l’éditeur.

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué des livres d’Anne Herbauts (Je t’aime tellement que… et De quelle couleur est le vent.), Cécile Roumiguière (La Belle et la Bête et Une princesse au palais) et Carole Chaix (Une princesse au palais).

un jour Moineau
d’Anne Herbauts
Casterman dans la collection les albums Casterman
14,50 €, 309×230 mm, 40 pages, imprimé en France, 2014.
Rien de rien
de Yaël Frankel (traduit par Florence Camporesi)
Passe Partout
14 €, 170×240 mm, 32 pages, imprimé en Italie, 2014.
Sur un toit, un chat
Texte de Cécile Roumiguière, illustré par Carole Chaix
À pas de loups
16 €, 245×177 mm, 56 pages, imprimé en Belgique, 2014.

Gabriel

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Le plein d’émotion

Par 18 février 2013 Livres Jeunesse

Aujourd’hui deux livres coup de cœur, deux livres inclassables qui font ressentir énormément d’émotion.

l'album de familleLà sur la page de droite c’est sa grand-mère enfant et ici ses parents avant leur rencontre. L'album de familleLà lui bébé et là sa petite sœur bien plus tard. En tournant les pages on suit l’histoire d’une famille.

Cet album est absolument superbe. Les illustrations de Princesse Camcam (qui sont en fait des vitrines en 3D prises en photo) sont vraiment magnifiques, délicates, poétiques, avec un charme un peu ancien… bref je trouve ça à tomber par terre ! Le papier légèrement glacé avec les photos carrément vernies, le ruban rouge marque page, la couverture avec le médaillon légèrement en relief, l’écriture manuelle… l’objet lui-même est un petit bijou. On a vraiment l’impression de feuilleter un album de famille. Le petit garçon nous présente donc ses ancêtres, ses parents, puis nous montre sa vie jusqu’à L'album de familleaujourd’hui (une dizaine d’années je pense). On assiste donc à des évènements comme la naissance d’une petite sœur ou la mort du grand-père et on découvre son amour pour Géraldine, qui est dans sa classe. Le texte est fin, beau et poétique à l’image des illustrations. On imagine bien un enfant commenter les photos comme ici, avec cette façon qu’ont les enfants de répéter ce que leur ont dit les adultes en déformant parfois un peu, leur façon décalée de comprendre les choses. Il faut aussi parler de l’humour de l’album, un humour par petites touches délicates, qui ne vient jamais enlever le côté poétique de l’objet. Bref, vous l’aurez compris, un vrai coup de cœur.

Je t'aime tellement que...Je t’aime tellement que…  j’ai les chaussures qui vont toutes seules

Je t'aime tellement queIl y a des livres impossibles à résumer et difficiles à raconter, des livres qui se vivent, se ressentent, se lisent avec émotion, le poil dressé sur les avant-bras et la voix chevrotante. Je t’aime tellement que… en fait partie. Ici pas vraiment d’histoire, juste une suite de phrases qui commencent bien souvent par Je t’aime tellement que…

« Dans le creux de mon oreille, tu as déposé Je t’aime tellement qu’on a de l’eau de mer au robinet . »

« Où que je sois, tu as dit encore Je t’aime tellement que j’ai mal au ventre »

Les illustrations d’Anne Herbauts faites de collages, peinture, dessin,… sont à l’image du Je t'aime tellement quetexte, surprenantes, pleines de poésie. Je pense que c’est un album qui peut laisser indifférent totalement ou tout l’inverse. A vous de voir dans quelle catégorie vous vous situez. Moi c’est un album que je trouve renversant.

Je ne mets jamais les quatrièmes de couv’ ou autre mais là je ne peux m’empêcher de citer le dossier de presse à propos de ce livre, car je trouve beau ce qui est dit, et je trouve que ça parle bien du livre.

Un livre, parce que aimer, c’est impossible à dire, à écrire, à peindre. Alors j’ai écrit, peint, relié les lointains. Dans ce livre singulier, la couleur s’invite progressivement, comme si l’auteur devait apprivoiser un trop plein d’émotions. Au fil des pages, l’ouvrage explose d’images et de mots d’amour, on est à la fois dans le trop plein et la crainte du manque. Un livre léger et dense, aérien et profond. Entre l’incantation et la comptine, l’opéra et la chanson, une œuvre où le grandiose côtoie l’imperceptible.

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué des livres de Princesse Camcam : Marie de Paris, Marie voyage en France, Drôles de marchés ! et La fille aux cheveux d’encre et un livre d’Anne Herbauts : De quelle couleur est le vent.

L’album de famille
de Frédéric Kessler, illustré par Princesse Camcam
Autrement
14,95, 227×247 mm, 70 pages, imprimé en Chine, 2012.
Je t’aime tellement que…
d’Anne Herbauts
Casterman dans la collection Les albums Casterman
18,50€, 258×346 mm, 52 pages, imprimé en Chine, 2013.

A part ça ?

Je participe à ma dernière lecture commune pour A l’ombre du grand arbre, Victoria Rêve de Timothée de Fombelle c’est aujourd’hui sur le blog.

Gabriel

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Handicaps et différences

Par 27 mars 2012 Livres Jeunesse

« Si je diffère de toi, loin de te léser, je t’augmente», Antoine de St-Exupéry.

Je vous propose aujourd’hui ma première sélection thématique. J’ai choisi de vous présenter quelques livres qui ont pour sujet « le handicap », dans toute sa complexité et sa variété. Mais ce n’est pas parce que le sujet ou les questions sont sérieuses, qu’il faut lésiner pour autant sur la qualité, la poésie, et la beauté du texte et des illustrations !

On commence avec ce magnifique album d’Anne Herbauts, De quelle couleur est le vent ?, paru aux éditions Casterman. Je ne résiste pas au plaisir de vous en livrer les premiers mots, pour vous plonger dans l’ambiance :

On ne voit pas le vent,
on entend ce qu’il apporte.
On n’entend pas le vent,
on voit ce qu’il emporte.

Un garçon non-voyant, un petit géant, se demande de quelle couleur est le vent. Il s’en va donc parcourir le monde, pour essayer de trouver réponse à sa question. Il rencontre des animaux et des objets, qui lui donnent tous leur vision de la chose. Il semble y avoir autant de réponses que d’individus…
La chute est forte, inattendue, surprenante et poétique, alors je ne peux vous en dire plus…
Vous l’aurez compris, avec ce très bel album souple, on aborde le handicap visuel. Par cette belle histoire, certes, mais également par l’objet lui-même. Au-delà des belles illustrations d’Anne Herbauts, qui mélangent de nombreuses techniques, on trouve à chaque page de nombreux effets tactiles, discrets, pour parcourir le livre les yeux fermés. Il faut effleurer le papier, le caresser du bout des doigts pour avoir accès à toutes les nuances et tous les détails. Embossage et vernis sont les secrets de ces jolis reliefs, qui permettent de vivre une nouvelle expérience de lecture. De manière poétique et vivante, on découvre donc doucement le monde autrement.

A sa naissance, Léonie est parfaite. A un détail près : à la place des jambes, elle porte un jupon de métal. Tout le monde l’observe et trouve cela étrange. En grandissant, Léonie aimerait bien se défaire de cette lourde cage de fer, et prendre son envol. Ses parents vont essayer de trouver une solution : dorénavant, sa cage sera mobile. Ainsi, elle peut danser, tournoyer et même un peu se déplacer. Elle croise un jour la route d’un cirque. En son sein, le pauvre lion a peur, parce qu’il n’a plus de cage. Léonie se propose pour le protéger, et part ainsi parcourir le monde avec la troupe, jouant le rôle de cage protectrice. Mais rapidement, elle se lasse, et l’envie de découvrir de nouveaux horizons la démange… Laissera-t-elle tomber son ami ? Peut-elle aller où elle veut malgré sa particularité ? Et lui, pourra-t-il la retenir de force ? Ces deux-là n’ont pas fini de vivre de folles aventures.
Le lion de Léonie d’Aude Maurel, paru aux éditions d’Orbestier, a reçu en 2009 le prix Handi-Livres du meilleur livre. Et pourtant, les mots différence et handicap ne sont pas employés une seule fois. Là encore, c’est par le biais d’une véritable histoire, une sorte de conte mis en valeur par de très beaux collages de papiers, que sont abordés des thèmes aussi divers que la différence physique, le manque de mobilité, l’envie d’autonomie, l’amitié, ou bien le regard des autres. On ne tombe jamais dans le pathos larmoyant, mais on prend tout de même conscience du quotidien pas simple de cette petite fille prisonnière de sa cage de fer.

Avec Pierrot le Grand d’Halfdam Rasmussen, on parle de différence plus discrète mais tout de même parfois difficile à vivre au quotidien. Pierrot est petit, trop petit selon lui. Il ne rêve que d’une chose : devenir grand. Par accident, il tombe dans une lessiveuse, et glisse entre les rouleaux. Il en ressort grand, très grand. Alors qu’il devrait être heureux de voir son souhait exaucé, il se rend compte, qu’être très grand n’est pas très facile non plus. Non seulement le monde n’est pas toujours adapté, mais en plus, il est difficile de faire comprendre aux autres qu’il n’est encore qu’un enfant…
Cette réédition d’un livre danois des années 50, dans la collection Aux couleurs du temps de Circonflexe, a complètement sa place dans le monde d’aujourd’hui. De format très allongé, et avec les illustrations pleines d’humour d’Ernst Clausen, l’objet colle au texte : une histoire intemporelle à la fois drôle et profonde sur la difficulté à se satisfaire de ce que l’on est, à s’adapter au monde plein de standards dans lequel on vit, et sur le regard ou pire l’ignorance que les autres peuvent faire peser sur nous.

Pour terminer (même si cette sélection est loin d’être exhaustive), je vous présente deux romans qui ont comme personnages principaux le frère ou la soeur d’enfants handicapés.

Dans La préférée, écrit par Sylvaine Jaoui on suit Emma, une jeune fille de 12 ans dont la petite sœur, Aliénor, est autiste. Et la vie n’est pas simple tous les jours. Sa mère est très occupée à protéger Aliénor qui demande beaucoup d’attention, alors qu’à l’inverse son père, dépassé, se réfugie dans le travail. Au milieu de tout cela, quelle place reste-t-il à Emma, dont le rêve est de devenir un jour une grande pianiste ?

Sylvaine Jaoui nous fait vivre avec beaucoup d’émotion les tourments de cette famille, dans ce court roman, facile à lire. Emma est tiraillée entre la colère contre cette situation, l’amour pour sa petite sœur malgré tout, la peur du regard des autres à un âge auquel on y est parfois particulièrement sensible, et le désespoir de voir un jour la situation s’arranger… Et pourtant ! L’écriture est forte, les mots choisis, et on ne prend parti pour personne : c’est aussi difficile pour Emma, que pour Aliénor, ou que pour leurs parents, aussi différents soient-ils dans leurs attitudes. Une belle peinture des liens familiaux aussi bien dans l’adversité que dans les beaux moments.

Et pour terminer, on fait la connaissance de Simple, un jeune homme handicapé mental qui a deux âges, selon l’expression de son petit frère, Kléber : 22 ans à l’état-civil, et 3 au quotidien. Simple dit quelques phrases, toujours très sincères, et joue avec les téléphones, les réveils et Monsieur Pinpin, son lapin en peluche. Lorsque son père a voulu qu’il aille vivre en institution, à Malicroix, Simple a failli mourir de chagrin. Kléber, même s’il est en Terminale, et qu’il est épuisé de s’occuper de son grand-frère, n’a pas supporté la situation non plus. Alors, lorsqu’il part vivre en colocation avec trois étudiants, il décide de prendre son frère avec lui.Je vous avais déjà parlé de Marie-Aude Murail à propos de l’excellent Oh, boy !. Et bien j’ai retrouvé dans cette histoire toute la tendresse et la force de son écriture et de ses personnages. Simple mérite qu’on prenne le temps de s’intéresser à lui, et ça, Kléber, l’a bien compris, même s’il sait aussi que le quotidien est lourd et difficile, et que tout n’est pas rose, loin de là. Avoir un frère handicapé mental, ce n’est pas facile tous les jours, mais c’est également une source d’amour immense qu’il faut protéger à tout prix, d’après ce que nous raconte ce petit frère dévoué, qui ne s’oublie pas pour autant.

Dans la même thématique, Gabriel avait également parlé de Paul-la-toupie, un livre sur l’autisme ici.

De quelle couleur est le vent, d’Anne Herbauts
Casterman, 19,50 €
Public : A leur lire / Lecteurs débutants

Le lion de Léonie, d’Aude Maurel
D’Orbestier, 13 €
Public : A leur lire / Lecteurs débutants

Pierrot le grand, d’Halfdan Rasmussen, illustré par Ernst Clausen
Circonflexe, dans la collection Aux couleurs du temps, 13 €
Public : A leur lire / Lecteurs débutants

La préférée, de Sylvaine Jaoui
Casterman, 8,75 €
Public : Lecteurs confirmés (dès 10 ans selon l’éditeur)

Simple, de Marie-Aude Murail
L’Ecole des Loisirs, dans la collection Médium, 10,50 €
Public : Lecteurs confirmés

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A part ça ?

Pour expliquer simplement aux enfants ce qu’est l’autisme, cette vidéo très poétique tombe à point nommé. Simplicité, noir et blanc, et jolies animations, pour parler de ce petit frère qui vient « un peu de la Lune ».


mon petit frère de la lune par fondationorange

Marianne

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