La mare aux mots
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Annelise Heurtier

Des romans pour toutes sortes d’enfants

Par 12 mai 2017 Livres Jeunesse

Six romans. Des faciles à lire et d’autres plus compliqués, des courts et des longs, des adaptés aux jeunes lecteurs.trices et d’autres pour les plus grands, des ancrés dans le réel et d’autres totalement barrés. Bref, y’en a pour tout le monde !

Envole-moi
d’Annelise Heurtier
Casterman
12,90 €, 145×220 mm, 262 pages, imprimé en Espagne, 2017.
Des cailloux à la fenêtre
de Jessie Magana
Talents Hauts dans la collection Les héroïques
14 €, 148×210 mm, 158 pages, imprimé en Bulgarie, 2016.
La trouille
de Julia Billet
Calicot
9 €, 120×190 mm, 64 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2017.
Olga et le machin qui pue
d’Élise Gravel
Nathan
9,95 €, 140×210 mm, 167 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2017.
Le mammouth se jette à l’eau !
Texte de Muriel Zürcher, illustré par Olivier Pelletier
Graine² dans la collection Un caillou dans ta chaussure
11,90 €, 141×215 mm, 128 pages, imprimé en France, 2014.
L’autruche n’a pas la chair de poule !
Texte de Muriel Zürcher, illustré par Olivier Pelletier
Graine² dans la collection Un caillou dans ta chaussure
11,90 €, 141×215 mm, 128 pages, imprimé en France, 2014.

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Les invité.e.s du mercredi : Marianne Ferrer et Annelise Heurtier

Par 1 mars 2017 Les invités du mercredi

Dès son premier album, j’ai été touché par le travail de Marianne Ferrer. J’ai eu la chance de voir en avant-première son prochain ouvrage, et je le trouve encore plus réussi. J’ai donc eu envie d’en savoir plus sur elle, ses influences, son travail. Ensuite, j’ai voulu savoir comment Annelise Heurtier écrit et surtout où, on a donc rendez-vous chez elle. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Marianne Ferrer

Comment est né votre album Racines qui vient de sortir chez Monsieur Ed
Racines est un projet qui a résidé en moi pendant plusieurs années, attendant le bon moment et la bonne place pour naître. Quand j’étais petite, au Vénézuéla, j’étais souvent frustrée, car les enfants se moquaient de mon prénom français. J’ai demandé à ma mère pourquoi je m’appelais ainsi et elle m’a raconté l’histoire de comment « Marianne » vient de mon grand-père qui est décédé lorsqu’elle avait 7-8 ans. Mon grand-père avait voulu donner le prénom Marianne à sa fille, ma mère donc, née le 14 juillet, jour de la prise de la Bastille, date symbolique en France. Pour lui, la Marianne de la nation française incarnait la force et le courage. Il l’a finalement nommée Maria Liliana… Il est mort alors que ma mère n’était encore qu’une enfant, laissant un vide énorme. Mais celle-ci m’a alors nommée Marianne pour me transmettre l’esprit sensible et créatif de mon grand-père. Mon nom est un héritage familial, mais c’est aussi l’histoire de ceux qui sont venus avant moi et qui vient se tisser avec la mienne. Et j’ai pu explorer tout cela lors de mon dernier projet à l’université et cela a donné Racines (qui s’appelait Identité à l’époque).

Monsieur Ed est un tout nouvel éditeur québécois, comment s’est passée la collaboration ?
Ce projet a tout de suite plu à Monsieur Ed, mais je le trouvais trop intime et trop personnel, je pensais que cela ne parlerait pas aux gens. Mais, alors que je travaillais sur un autre projet pour Monsieur Ed (Le jardin invisible qui sortira au printemps), Alice et Valérie m’ont reparlé de Racines et qu’elles voulaient vraiment le publier, qu’elles pensaient que ce livre toucherait les lecteurs. J’ai dit « oui » et, depuis, on collabore ! J’étais très excitée de publier Racines, nous avons fait quelques ajustements au niveau du texte et des illustrations. Les filles ont été si gentilles avec moi, me donnant tellement de liberté et d’espace pour grandir en tant qu’artiste.

Quelles techniques d’illustration utilisez-vous ?
J’aime essayer de tout ! Il y a tellement de techniques et d’outils que c’est difficile de décider ce que je vais explorer comme technique. Je commence souvent mon travail avec l’aquarelle, le crayon, la gouache, l’encre, etc., car j’aime la chaleur et la texture de ces outils traditionnels. Et je finis le tout sur ordinateur pour pouvoir profiter de ⌘Z [NDLR : ⌘Z est un raccourci clavier qui permet, sur un mac, d’annuler la dernière action].

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
J’avais 3 ans lorsque j’ai pris un crayon pour la première fois et j’ai su, même à cet âge, que je voulais passer ma vie à dessiner. Mes parents m’ont toujours encouragée à suivre ce rêve, surtout ma mère. Quand j’avais 11-12 ans, elle était en train de compléter son BAC en Design Graphique à l’UQÀM (Université du Québec à Montréal). Ses cours préférés étaient ceux de Michèle Lemieux et j’allais souvent avec elle et je dessinais dans ses classes. Ma mère me rappelle souvent de la fois où elle a demandé à Michèle comment je pourrais suivre une carrière d’artiste. Michèle lui a dit de faire attention, que la majorité des gens arrête de dessiner lorsqu’ils deviennent ados et qu’ils laissent alors l’art dans l’enfance, mais que si on n’arrête pas, on dessine pour la vie. Alors c’est exactement ce que j’ai fait.
J’ai donc dessiné tout le temps et partout : dans tous mes cahiers de notes, sur des pupitres, etc., et au secondaire, j’avais toujours un cahier d’esquisses avec moi, dans tous mes cours. J’ai construit tout mon parcours pour étudier dans un programme d’art pour perfectionner ma technique. J’ai donc fait le programme d’Illustration et Design au collège Dawson, mais je savais qu’il me manquait encore une étape avant de devenir une vraie illustratrice. Alors je suis allée à l’UQÀM dans le cours de Michèle Lemieux pour continuer à développer mon propre talent et ma passion.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
J’ai toujours été attirée par les albums illustrés. Même à l’adolescence. Lorsque moi et ma sœur allions flâner à la librairie, elle allait vers les romans, mais moi j’allais dans la section pour enfants ou dans les romans graphiques. Je prenais les œuvres avec la couverture dont l’art m’intéressait le plus et j’admirais les illustrations sur chaque page !

Quels sont les artistes qui vous inspirent ?
Évidemment, je suis toujours inspirée par le travail de grands illustrateurs/illustratrices qui ont aussi été mes professeurs, incluant Jules Prud’homme, Michèle Lemieux, Pol Turgeon, Janice Nadeau, et Gérard Dubois. Je suis aussi une énorme fan d’Isabelle Arsenault, Carson Ellis, Marion Arbona, Violeta Lopiz, Mar Hernandez, Gosia Herba, Yelena Bryksenkova, Benoît Tardif, Patrick Doyon, Brecht Evens, Chuck Groenink, Owen Gent… La liste est infinie, je passe mon temps libre à regarder sur internet le travail des artistes et de ceux qui les inspirent à leur tour !

Que lisez-vous en ce moment ?
En ce moment je suis en train de terminer un livre qui m’a été recommandé par mon copain, The Brief Wondrous Life of Oscar Wao, de Junot Díazt. ll me l’a suggéré, car j’avais tellement aimé Le tragique destin de Pépito, de Pierre Lapointe et Catherine Lepage. Et depuis quelques mois, je relis aussi souvent, au lit, Parfois les ennuis mettent un chapeau, de José Parrondo.

Quels sont vos projets ?
Il y a plusieurs projets d’albums sur lesquels je travaille avec différentes maisons d’édition. Je me sens très chanceuse d’être si occupée ! Monsieur Ed m’a également donné l’opportunité de publier un deuxième projet personnel, Le jardin invisible, qui sera raconté par Valérie Picard et qui paraîtra au printemps. En fait, lorsque j’ai rencontré Alice et Valérie, j’avais amené avec moi un de mes travaux, un jardin dessiné sur un petit mouchoir et Valérie m’a proposé d’explorer plus avant cela. J’ai toujours été une personne silencieuse et introspective. Petite, je passais beaucoup de mon temps à observer les détails autour de moi. Cette habitude s’est transformée en curiosité, en des questionnements. Je m’interroge sur ce que cela représente « exister » et comment, nous, les humains faisons partie de l’univers. Le Jardin Invisible touche à ce sujet. C’est un livre qui évoque notre place dans l’échelle de l’univers, que nous sommes des témoins de cet univers. L’album montre aussi qu’en changeant de perspective, on peut admirer à quel point nous sommes incroyablement grands et terriblement petits dans l’infini.

Bibliographie :

  • Le jardin invisible, raconté par Valérie Picard, Monsieur Ed (à paraître au printemps).
  • Racines, Monsieur Ed (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Les carnets de Rhubarbe, avec  Stéphanie Labelle, Cyril Doisneau et Ohara Hale, La Pastèque (2015).


Quand je crée… Annelise Heurtier

Le processus de création est quelque chose d’étrange pour les gens qui ne sont pas créateur.trice.s eux-mêmes. Comment viennent les idées ? Et est-ce que les auteur.e.s peuvent écrire dans le métro ? Les illustrateur.trice.s dessiner dans leur salon devant la télé ? Peut-on créer avec des enfants qui courent à côté ? Faut-il de la musique ou du silence complet ? Régulièrement, nous demandons à des auteur.e.s et/ou illustrateur.trice.s que nous aimons de nous parler de comment et où ils créent. Cette semaine, c’est Annelise Heurtier qui nous parle de quand elle crée.

Spontanément, j’associe deux grands types de « lieux » à mon activité d’auteur.
D’abord, les chemins, les rues et les sentiers que je traverse lorsque je cours. Depuis quelques années, la course à pied est vraiment devenue un besoin. Et j’ai remarqué que souvent, une bonne séance peut m’aider à débloquer un point d’un scénario, voire même faire naitre une idée. En tous cas ce qui est sûr, c’est que les idées de fond n’arrivent pas souvent devant mon ordi, pendant la phase d’écriture. Elles naissent un peu spontanément, n’importe où, n’importe quand, car par définition, on ne peut pas vraiment provoquer leur apparition…Mais je suis persuadée que l’activité physique stimule la créativité…et je ne suis pas la seule : c’est scientifiquement prouvé !

Ensuite, bien sûr, il y a l’endroit où je m’installe pour travailler avec mon ordinateur. Là je ne peux pas courir. Enfin je crois.
J’ai eu de nombreux bureaux car avec mon compagnon, nous avons beaucoup déménagé ! Je suis récemment passée d’un bureau tahitien à un bureau…bourguignon. C’est sûr, quand on regarde par la fenêtre, ce n’est pas le même décor.
Je ne suis pas forcément toujours assise à une table, d’ailleurs. Il est important que je puisse avoir une pièce-bureau (même petite) pour y laisser mes affaires, mais souvent, je prends mon ordinateur et je vais m’installer ailleurs. Dehors (enfin ça c’était le bon temps, quand j’étais au chaud sous les tropiques !), sur le canapé avec une couverture (ça c’est ici), ou debout, en posant l’ordi sur une table haute… J’aime bien travailler debout. Et il parait que ça se développe de plus en plus !

Celui-là fait un peu hamster mais bon… j’aime bien l’idée !


Source image magazette.fr

Annelise Heurtier est auteure.

Bibliographie sélective :

  • Envole moi, roman, Casterman (sortie mars 2017).
  • Trois frères pour un seul trésor, album illustré par Judith Gueyfier, Rue du Monde (2016).
  • La couronne, album illustré par Andrea Alemanno, Alice Jeunesse (2016).
  • Le complexe du papillon, roman, Casterman (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Danse Hinatea !, album illustré par Élice, Au vent des îles (2015).
  • Refuges, roman, Casterman (2015)
  • Série Charly Tempête, romans, Casterman (2013-2014), que nous avons chroniqués ici, et ici.
  • Là où naissent les nuages, roman, Casterman (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Combien de terre faut-il à un homme ?, album illustré par Raphaël Urwiller, Thierry Magnier (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Babakunde, album illustré par Mariona Cabassa, (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Sweet Sixteen, roman, Casterman (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • On n’a rien vu venir, roman collectif, Alice Jeunesse (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • Bertille au chocolat, roman illustré par Élice, Alice Jeunesse (2012).
  • La fille aux cheveux d’encre, roman illustré par Princesse Camcam, Éditions Casterman (2012) que nous avons chroniqué ici.
  • Le carnet rouge, roman, Casterman (2011), que nous avons chroniqué ici.

Retrouvez la bibliographie complète d’Annelise Heurtier sur son blog.

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Du berger à la bergère : d’Annelise Heurtier à Élice

Par 10 août 2016 Les invités du mercredi

Cet été, on vous propose encore une nouvelle rubrique pour nos invité.e.s du mercredi. Après les questions sur les métiers et les questions des enfants, on a proposé cet été à des auteur.e.s et des illustrateurs.trices de poser trois questions à un auteur.e ou une illustrateur.trice de leur choix. Puis à l’interviewé.e d’en poser une à son tour à son intervieweur.euse d’un jour. Après Jean-Luc Englebert et Benjamin Chaud, Fred Bernard et Loïc Clément, Marine Carteron et Clémentine Beauvais, Clément Lefèvre et Matthieu Maudet, Dorothée de Monfreid et Clothilde Delacroix cette semaine c’est à Élice qu’Annelise Heurtier a choisi de poser des questions.

Annelise Heurtier : Je me pose toujours la question (indiscrète ?)… pourquoi un pseudo ?
Élice
Élice : Va savoir pourquoi, ça me paraissait évident d’avoir un pseudo pour ce genre de métier. Peut être parce que certains de mes profs, qui étaient des dessinateurs de BD, avaient un pseudo. Un jour à l’école, il a fallu que je dessine une hélice de bateau à 3 pales, en perspective. J’ai bien galéré. Alors on a commencé à délirer sur « Alice qui dessine une hélice »… Et c’est de là qu’est partie naturellement l’idée d’en faire un pseudo. L’idée d’un mot court avec lequel on peut jouer, ça me plaisait. Le concept de l’hélice aussi.
Mais récemment, je me suis posé la même question que tu me poses là. Et je me suis demandé pourquoi je n’utilisais pas mon vrai nom. Le pseudo, c’est un peu une mini création (ou le caprice de choisir son nom, yeaaah !), ça me paraissait assez logique dans un métier créatif. Mais je crois que c’est surtout une prise de distance par rapport à ma vie privée. Mon nom et mon prénom réfèrent à mon identité. Mon pseudo caractérise ce que je crée, mon travail, pas qui je suis. Même si, forcément, c’est un peu lié. La limite est souvent floue et c’est pas toujours facile de s’y retrouver. Mon lieu de travail est le même que mon lieu de vie, les horaires pas bien définis. Mais c’est justement pour ça que j’aime bien l’idée de tenter de séparer vie perso et boulot. C’est peut-être un moyen d’éviter la névrose. Et puis, si un jour je sors un gros navet que je n’ai pas envie d’assumer, je changerai de pseudo. Ahah !

Annelise Heurtier : Qu’est-ce qui t’a amenée au dessin ? Voulais-tu devenir illustratrice quand tu étais petite ? Raconte-nous comment tu en es arrivée là…
Élice : J’ai voulu être beaucoup de choses quand j’étais petite. Institutrice, fauconnière, vétérinaire, garde forestier… mais illustratrice, je n’y avais pas pensé. Je passais du temps à dessiner, mais comme beaucoup d’enfants je crois. J’aimais surtout les travaux manuels, les activités créatives, fabriquer des trucs, bricoler.  7_illu_BertilleAu lycée, j’ai un peu slalomé : première S, Terminale L, club ciné. J’ai commencé une fac de cinéma, mais j’ai vite laissé tomber. Je ne savais pas trop quoi faire en fait, mais je voulais être dans un domaine créatif. S’il fallait bosser 40 ans de sa vie, autant que ce soit un peu intéressant. Mon frère suivait une formation de 3D dans une école d’art sur Bordeaux. J’ai regardé de plus près les sections proposées. Comme je ne dessinais pas réellement (j’avais bien pris option BD en fac de cinéma, mais ça se limitait à un cours une fois de temps en temps, on étudiait les ombres et les lumières sur des capuchons de stabilo…), je n’avais pas grand-chose à montrer lors de l’entretien, mes autres dessins remontaient à l’époque du collège ! J’ai fait une année de prépa pour me remettre à niveau, dans l’idée de poursuivre sur un BTS communication visuelle. En cours d’année, j’ai découvert la section illustration/BD. À la fin de mon année de prépa, j’avais le niveau suffisant pour y entrer. C’était une bonne surprise ! J’ai beaucoup appris dans les deux années qui ont suivi.
Mais du coup, je suis loin d’être une grosse tueuse en dessin, j’ai des lacunes certaines, je m’arrache les cheveux pour que ce qu’il y a dans mon cerveau atterrisse sur le papier, mais je fais mon petit truc et ça a l’air de fonctionner… En tous cas, ça me laisse une bonne marge de progression ! 🙂

Annelise Heurtier : Comment conçois-tu ton métier ?
Élice : Je crois que le but de l’illustration c’est d’accompagner un texte. Arriver à trouver un équilibre pour servir le propos de l’histoire sans être redondant, mais sans être complètement à côté de la plaque non plus (sauf quand c’est un parti pris, ça peut être marrant). Je trouve ça plus ou moins évident selon les projets. J’adore les livres dont les images et le texte créent une vraie synergie, lorsqu’ils se complètent, qu’on ne peut pas les dissocier sans perdre du sens.
36_illu_LeRireDuPapillonL’auteur est souvent à l’origine de l’histoire. C’est sa création, son idée au départ. Les illustrations viennent se greffer ensuite au projet, mais ne sont pas indispensables à la compréhension de l’histoire. C’est mon expérience en tous cas. C’est ça qui est difficile je trouve, faire en sorte que les images apportent quelque chose en plus, qu’elles aient une raison d’être.
Je vois mon travail d’illustration comme une interprétation, une adaptation de cette histoire filtrée par mon regard. Quand je commence à illustrer un livre, j’aime échanger avec l’auteur, confronter nos points de vue, et arriver à un équilibre pour rester fidèle au propos tout en dessinant ce qui me fait plaisir. De l’échange naissent aussi les idées.
J’attache beaucoup d’importance à la composition et au cadrage, et à la place du texte dans l’image. Peut-être que ça vient de mon petit bout de chemin en cinéma, ou bien de ma formation qui était plus orientée BD ? C’est là-dedans que je trouve la plus grosse part de créativité, que j’ai le plus de liberté et de choix. On peut suggérer beaucoup par le cadrage. Quand je regarde mon chemin de fer avec toutes mes petites vignettes représentant chaque page esquissée, ça me donne une vue globale du livre, ça ressemble à une petite BD. Il faut qu’il y ait une certaine fluidité et une cohérence de cet ensemble, et pas trop de répétitions.
Danse HitaneaJe pense qu’il y a toujours moyen de se faire plaisir en illustrant, même si c’est un travail de commande ou un boulot « chiant ». Puisque c’est une interprétation, je crois qu’on peut presque toujours l’orienter dans un sens qui nous correspond. J’aime le détail, les petits trucs que l’on découvre souvent à la deuxième lecture, les personnages qui n’existent pas dans le texte, mais qui vivent leur vie en parallèle de l’histoire qui se raconte, le « background ».
Je pense aussi que chaque projet est une occasion de tester et de découvrir de nouvelles choses. Je n’ai pas de style bien défini, ça me permet d’expérimenter, de tester des techniques que l’histoire m’inspire. Je me nourris aussi beaucoup de ce que je vois, de ce que font les autres. J’ai tendance à accumuler pas mal de photos et d’images de références, ça me permet d’encrer mes illustrations dans des univers plus crédibles.

Élice : À mon tour de te poser une question ! Il y a une partie du métier (dont je n’ai pas du tout parlé) qui m’impressionne beaucoup, c’est la rencontre avec le public (enfants et adultes). La création, c’est une étape plutôt solitaire, et d’un coup tu te retrouves à parler face à ceux qui lisent tes histoires. Je suis curieuse de savoir comment tu le ressens, comment tu vis cette partie de ton métier ?

Annelise HeurtierAnnelise Heurtier : J’imagine que ces temps de rencontres sont appréhendés de manières différentes en fonction des auteurs/illustrateurs… Personnellement je suis d’un naturel plutôt bavard et ouvert, donc je trouve ces journées très récréatives ! Elles sont très importantes pour moi : elles cassent la solitude du métier et me permettent de me confronter aux réactions directes des lecteurs. Dialoguer avec un lecteur, c’est tout de même différent que de lire sa chronique en ligne, aussi dithyrambique soit-elle 😉
Je conçois ces journées comme une partie intégrante de mon travail d’auteur. À ce titre, je passe toujours beaucoup de temps à les préparer, en fonction des besoins et des souhaits de l’équipe pédagogique. Les enseignants et les établissements scolaires investissent en temps et en argent pour nous recevoir, j’estime donc que nous nous devons d’apporter une vraie valeur ajoutée. Pour ma part, j’ai mis au point plusieurs animations autour de la chaîne du livre, que je propose quand je sens que le besoin est latent. Je peux aussi animer des petites « conférences » lorsque le sujet du roman s’y prête (pour Sweet Sixteen, par exemple, j’ai mis au point un diaporama qui a pour but de bien resituer le contexte politique et social de l’époque). J’apporte aussi souvent des « matériaux » pour rendre mes propos plus concrets (brouillons, corrections de l’éditeur, contrats, différentes éditions d’un même texte, traductions….). J’aime que ces rencontres soient interactives, alors je m’efforce de faire participer les lecteurs en les questionnant aussi !

Bibliographie d’Élice :

  • Mazort Fugus, album, illustration d’un texte de Perrine Joe, Auzou (2015).
  • Danse Hinatea, album, illustration d’un texte d’Annelise Heurtier, Au vent des îles (2015).
  • Des enfants A-DO-RA-BLES !, album, illustration d’un texte de Sandrine Beau, Limonade (2014).
  • Série Je suis un autre, romans, illustration de textes d’Anne-Gaëlle Balpe, Alice Jeunesse (2012-2014).
  • Le secret de Madame Tannenbaum, album, illustration d’un texte d’Amélie Billon-Le Guennec, Des ronds dans l’O (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Le fenouil et le marron, album, illustration d’un texte d’Emmel, Lilly Jeunesse (2013).
  • La super chouette histoire de Ginette, album, illustration d’un texte d’Emmel, Lilly Jeunesse (2013).
  • La vieille dame toute ratatinée, album, illustration d’un texte de France Quatromme, Planète Rêvée (2013).
  • Inspecteur Sauciflard, album numérique, illustration d’un texte d’Olivier Dupin, Square Igloo (2012).
  • Bertille au chocolat, roman, illustration d’un texte d’Annelise Heurtier, Alice Jeunesse (2012).
  • Série Les potions de Papi-Guérit-Tout, romans, illustration de textes d’Anne-Gaêlle Balpe, Les lucioles (2011).
  • L’été où mon grand-père est devenu jaunophile, roman, illustration d’un texte de Sandrine Beau, Les lucioles (2011), que nous avons chroniqué ici.

Retrouvez Élice sur son site : http://www.elice-illustration.com.

Bibliographie sélective d’Annelise Heurtier :

  • Le complexe du papillon, roman, Casterman (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Danse Hinatea !, album illustré par Élice, Au vent des îles (2015).
  • Refuges, roman, Casterman (2015)
  • Série Charly Tempête, romans, Casterman (2013-2014), que nous avons chroniqués ici, et ici.
  • Là où naissent les nuages, roman, Casterman (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Combien de terre faut-il à un homme ?, album illustré par Raphaël Urwiller, Thierry Magnier (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Babakunde, album illustré par Mariona Cabassa, (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Sweet Sixteen, roman, Casterman (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • On n’a rien vu venir, roman collectif, Alice Jeunesse (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • Bertille au chocolat, roman illustré par Élice, Alice Jeunesse (2012).
  • La fille aux cheveux d’encre, roman illustré par Princesse Camcam, Éditions Casterman (2012) que nous avons chroniqué ici.
  • Le carnet rouge, roman, Casterman (2011), que nous avons chroniqué ici.

Retrouvez la bibliographie complète d’Annelise Heurtier sur son blog.

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Des romans forts

Par 27 juin 2016 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, je vous propose trois romans forts, trois romans qui ne m’ont pas laissé indifférent.

Le complexe du papillon
d’Annelise Heurtier
Casterman
12 €, 145×210 mm, 192 pages, imprimé en Espagne, 2016.
À ma source gardée
de Madeline Roth
Éditions Thierry Magnier
7,20 €, 120×212 mm, 59 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2015.
Je sais que tu sais
de Gilles Abier
Talents Hauts dans la collection Ego
8 €, 125×190 mm, 95 pages, imprimé en République Tchèque, 2016.

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Dis, tu peux lui demander… ? (Saison 2, 5/9)

Par 29 juillet 2015 Les invités du mercredi

Cet été, comme l’été dernier, vous pourrez lire, tous les mercredis, une question d’enfant et la réponse d’auteur-e-s, illustrateur-trice-s, éditeur-trice-s… Aujourd’hui, c’est une question de Madeleine, 7 ans : « Comment font les auteurs pour ne jamais faire de fautes d’orthographe ? Est-ce qu’ils faisaient zéro faute dans leurs dictées quand ils étaient à l’école ? ». Les auteur-e-s Clémentine Beauvais, Bertrand Santini, Charlotte Moundlic, Jean-Luc EnglebertAnnelise HeurtierCathy Ytak et Mymi Doinet ont accepté de lui répondre, vous découvrirez, Mon chien qui pueen même temps qu’elle leurs réponses. Chacune des questions retenues fait en plus gagner un ouvrage à l’enfant qui l’a posée. Cette question permet donc à Madeleine d’avoir la chance de recevoir, grâce aux éditions du Seuil Jeunesse, Mon chien qui pue de Christine Roussey, un album aussi drôle que beau (et sans faute), que nous avions chroniqué ici.


« Comment font les auteurs pour ne jamais faire de fautes d’orthographe ? Est-ce qu’ils faisaient zéro faute dans leurs dictées quand ils étaient à l’école ? » (Madeleine 7 ans)

Clémentine Beauvais :
Ça dépend des auteurs! Moi j’adorais les dictées, d’autres les détestaient. En fait, ça n’a que peu d’importance, car les histoires que l’on écrit sont relues par des éditeurs ou des éditrices qui sont champion-nes en orthographe. Donc les fautes sont corrigées. Parfois on en oublie, et elles se retrouvent dans le livre fini. Argh!!! ça s’appelle des ‘coquilles’. Rien à voir avec les escargots…

Les petites reinesClémentine Beauvais écrit des romans (le dernier : Les petites reines, sorti chez Sarbacane) et des albums (le dernier : Lettres de mon hélicoptêtre, chez Sarbacane également). À la rentrée, on découvrira Les bébés ça pue chez Hachette.
Retrouver ici l’interview que nous avions réalisée d’elle.
Le site de Clémentine Beauvais : http://www.clementinebeauvais.com.

Bertrand Santini :
Non, les auteurs ne font jamais zéro faute et on peut avoir une belle imagination même si on est nul en orthographe… Néanmoins, l’orthographe n’est pas une invention uniquement destinée à faire enrager les enfants. Sans le savoir, apprendre l’orthographe vous apprend à penser. Plus vous maitrisez l’orthographe, mieux vous savez utiliser votre esprit. Ça vaut le coup de faire des efforts, non ? Et puis rassurez-vous ! Vous avez toute la vie pour faire des progrès.
Et pour répondre plus précisément à la question de Madeleine, le texte que l’auteur remet à l’éditeur est relu plusieurs fois par des super héros que l’on appelle “les correcteurs” et qui arrivent avec leurs yeux bionics à détecter toutes les fautes d’orthographe, mais également les erreurs de grammaire ou les lourdeurs de style.

Le journal de GurtyBertrand Santini est auteur et illustrateur de romans et d’albums. Son dernier roman, Le journal de Gurty, vacances en Provence, est sorti il y a peu chez Sarbacane. Avant cela, il a sorti, entre autres, Le Yark et Jonas le requin mécanique chez Grasset Jeunesse.
Retrouver ici l’interview que nous avons réalisée de lui.

Charlotte Moundlic :
Chère Madeleine,
pour pouvoir te répondre je dois te livrer un secret de fabrication…
afin de ne pas faire de fautes d’orthographe, l’auteur a une potion magique à deux ingrédients.
– Le premier d’entre eux, est un livre très précieux qu’on appelle un dictionnaire (!)
Il permet de vérifier les mots sur lesquels l’auteur a un doute.
– L’ingrédient suivant est absolument indispensable il s’agit du correcteur (ou une correctrice).
C’est une sorte d’humain surdoué qui connait toutes les règles de grammaire et autres pièges de notre chère langue française.
Ce dernier a un œil de lynx et son métier est de traquer, de vérifier et de corriger toutes les erreurs qui se cachent dans les textes.
C’est une personne impitoyable pour les fautes et très précieuse pour un auteur.
C’est ainsi que des gens qui ont fait des tas de fautes dans leurs dictées lorsqu’ils étaient enfants ont la possibilité d’écrire des histoires sans avoir de mauvaises notes.

Je suis le fruit de leur amourCharlotte Moundlic est auteure. Elle alterne les albums et les romans. Son dernier roman, Je suis le fruit de leur amour, est sorti chez Thierry Magnier, son dernier album, Le papa de Simon (d’après une histoire de Maupassant, illustré par François Roca), chez Milan.
Retrouvez l’interview que nous avons réalisée d’elle ici.

Jean-Luc Englebert :

Je fais encore des fautes d’orthographe quand j’écris la première version d’un texte, ensuite je corrige. Mon texte est ensuite à nouveau corrigé par mon éditeur.
Je faisais des fautes pendant les dictées mais en général je n’étais pas trop mauvais en orthographe. Juste dans la moyenne.

Donne-moi une histoireJean-Luc Englebert est auteur et illustrateur. Il vient de sortir Donne-moi une histoire (Pastel) dont il a fait le texte et les illustrations et Ulysse 15 de Christine Avel (l’école des loisirs) qu’il a illustré. À la rentrée, on découvrira Un ours à l’école (Pastel).
Son site : http://englebert.ultra-book.com/portfolio.

Annelise Heurtier :
En fait, tous les auteurs ne sont pas forcément des champions de l’orthographe. Bien sûr, certains sont très forts – à l’école, ils ne devaient pas faire de faute en dictée, comme tu le dis – mais d’autres sont « moyens », et certains sont peut-être même archi-nuls !
Heureusement, être mauvais en orthographe n’empêche pas d’écrire des livres et il existe tout un tas de techniques pour éliminer ces vilaines fautes… La plus efficace reste l’examen du texte par le correcteur/correctrice. Cet employé de la maison d’édition est une sorte de super-champion de l’orthographe. Son travail consiste à débusquer la moindre petite faute dans chaque manuscrit. Fautes d’orthographe, de grammaire, typographiques (qui concernent les majuscules et la ponctuation), de syntaxe (construction de la phrase), manque de clarté et de cohérence : rien ne lui échappe ! Enfin, le plus souvent 🙂

RefugesAnnelise Heurtier est auteure de romans et d’albums. Son dernier roman Refuges est sorti chez Casterman. Son dernier album, Combien de terre faut-il à un homme, chez Thierry Magnier.
Retrouver ici une interview que nous avions réalisée d’elle.
Le site d’Annelise Heurtier : http://histoiresdelison.blogspot.fr.

Cathy Ytak :
Aïe aïe aïe… De mon côté, lorsque j’étais à l’école primaire, je collectionnais les fautes d’orthographe et les zéros en dictée. Et, au collège, je ne comprenais rien au cours de grammaire. Cela ne m’a jamais empêché d’écrire ! Mais, une fois adulte, lorsque j’ai voulu faire de l’écriture un métier, j’ai repris des cours d’orthographe et de grammaire, pour m’améliorer. Aujourd’hui, cela va nettement mieux.
Il existe aussi des logiciels de corrections orthographiques, dans les ordinateurs, qui permettent de corriger certaines fautes. Mais ça ne suffit pas ! Lorsque l’on donne un manuscrit à un éditeur, lui-même va le confier à une personne que l’on appelle un « correcteur », ou une « correctrice ». Eux (ou elles) sont des spécialistes de l’orthographe et de la grammaire. Rien ne leur échappe ! Et ils sont irremplaçables. Tous les manuscrits des écrivains passent entre leurs mains (parfois deux fois de suite), pour donner un texte dans lequel il n’y aura plus aucune faute, même toute petite.

La seule façon de te parlerCathy Ytak écrit non seulement des romans jeunesse mais aussi des livres de cuisine. Et quand elle n’écrit pas ses propres histoires, elle traduit celles des autres ! Son dernier roman vient tout juste de sortir chez Nathan et s’intitule La seule façon de parler.
Son site : http://www.cathy-ytak.net.

Mymi Doinet :
Gamine, je n’étais pas une flèche en maths, mais assez championne en dictées. À ce propos, je conseille souvent aux pioupious qui me posent cette question que le bon moyen de devenir imbattable en orthographe, c’est de bouquiner encore et encore. Comme notre cerveau est un peu plus performant que celui d’un gentil poisson rouge, à force de les lire, les mots finissent par s’imprimer dans la mémoire de notre fantastique disque dur !

La tour Eiffel à New York !Mymi Doinet est auteure. Elle a notamment écrit la série Les animaux de Lou et Les copains du CP (tous deux chez Nathan). Elle vient de sortir la suite de La tour Eiffel à des ailes, La tour Eiffel à New York, illustré par Mélanie Roubineau chez Nathan là encore.
Son site : http://mymidoinet.blogspot.fr.

 

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