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Christophe Mauri

Du berger à la bergère : Christophe Mauri et Jean-Philippe Arrou-Vignod

Par 29 août 2018 Les invités du mercredi

Cet été encore, on vous a proposé à nouveau la rubrique du berger à la bergère tous les mercredis. Cette rubrique vous avait tellement plu les deux derniers étés, nous nous devions de la reprendre (il faut dire qu’à nous aussi elle plaît beaucoup) ! Donc tous les mercredis jusqu’à celui-ci, ce sont des auteur·trice·s et des illustrateur·trice·s qui ont posé trois questions à un·e auteur·trice ou un·e illustrateur·trice de leur choix. Puis c’est l’interviewé·e qui en a posé trois à son tour à son intervieweur·euse d’un jour. Après Rémi Courgeon et Albertine, Martin Page et Éric Pessan, Alexandre Chardin et Lucie Pierrat-Pajot, Franck Prévot et Hélène Delbart, Jonathan Garnier et Mélanie Allag, Cathy Ytak et Jo Witek, Magdalena Guirao-Jullien et Susie Morgenstern on termine ces mercredis de l’été avec Christophe Mauri qui a choisi de poser des questions à Jean-Philippe Arrou-Vignod.

Christophe Mauri : J’ai toujours pensé, en regardant Blanche Neige, que c’était une prouesse technique de gérer sept nains qui se ressemblent tous. Dans ta famille aux petits oignons, il y a six frères qui, non contents de vivre sous le même toit, s’appellent tous Jean-Quelque-Chose, de Jean A à Jean F. Comment fais-tu pour faire exister chacun d’eux ?
Jean-Philippe Arrou-Vignod : C’était en effet un pari que de mettre en scène six frères, tous prénommés Jean-Quelque-chose, sans que le lecteur s’y perde. Les classer par ordre alphabétique m’a paru à la fois drôle et efficace pour situer les membres de la fratrie, des plus grands aux plus petits. Un jeu de mots sur le prénom de chacun met en avant un trait de caractère distinctif : Jean-A., c’est Jean-Ai-marre, le frère aîné râleur, Jean-C. devient Jean-Sais-rien, le distrait de la famille, etc. Au fond, on retrouve là un peu tes sept nains, avec Atchoum, Prof ou Grincheux… Chacun des frères a son indicatif, ses tics de langage et de comportement. Et les retrouver inchangés, livre après livre, participe un peu, je crois, du plaisir de la lecture.

Christophe Mauri : Dans ton conte Le prince Sauvage et la renarde, une renarde est au chevet d’un prince prisonnier de l’un de ses propres pièges à loup. Longtemps, j’ai pensé que la renarde finirait par le délivrer. Pourquoi as-tu choisi que le prince se défasse lui-même de ses chaînes ?
Jean-Philippe Arrou-Vignod : Mon prince Sauvage a été élevé comme un enfant roi, un petit prédateur habitué à piller, à détruire et à tuer, qui considère le monde qui l’entoure comme son terrain de chasse. Pris dans un piège qu’il a lui-même posé, contraint à l’immobilité, il va apprendre au contact d’une renarde à voir le monde autrement, à en découvrir la beauté et à s’émerveiller du miracle de la vie. Amaigri par le jeûne, il peut enfin se libérer de la mâchoire d’acier qui le cloue au sol. C’est bien évidemment une métaphore du chemin intérieur qu’il a parcouru, se délestant peu à peu de sa morgue, de sa violence et de son goût du sang. Il me semble que le sens du conte aurait été moins fort si la renarde l’avait elle-même libéré par quelque formule magique.

Christophe Mauri : Suis-tu certains rituels avant d’écrire ?
Jean-Philippe Arrou-Vignod : Mon premier rituel est lié au lieu où j’écris : impossible de commencer un roman ailleurs que chez moi, à ma table de travail habituelle. C’est là que j’ai toujours écrit, là que je me sens dans mon élément pour m’enfoncer dans mon imagination librement. Je pourrais poursuivre ailleurs, si nécessaire, mais pas lancer un livre, opération compliquée, qui me demande de me sentir en confort.
Le deuxième rituel consiste à formater ma page sur l’ordi afin qu’elle ressemble au maximum à ce que sera la page imprimée. J’en ai besoin pour juger à mesure de ce que j’écris, et que le premier jet ne ressemble pas à un brouillon échevelé et décourageant à la relecture.

Jean-Philippe Arrou-Vignod : Les héros de tes différents livres, Peter Pan, Poucet et même Mathieu Hidalf, pour lequel tu revendiques l’héritage de Harry Potter, semblent venir tout droit de ta bibliothèque idéale. Écrire, pour toi, est-ce revisiter le territoire féérique de tes lectures d’enfance ?
Christophe Mauri : Je crois qu’il s’agit moins d’un bonheur à revisiter les univers de mon enfance, qu’un besoin de m’appuyer sur les récits qui m’ont fait aimer la lecture. Ma plus grande source de motivation pour écrire est ma bibliothèque. Quand je doute, ou que la passion bute sur les obstacles, je me tourne vers les livres que j’aime. Mais je crois que le moment est venu de me détacher, au moins pour un temps, de cette bibliothèque idéale. Le roman jeunesse que je viens de commencer ne lui ressemble pas, et j’en suis très heureux !

Jean-Philippe Arrou-Vignod : Quand tu commences un roman, as-tu en tête l’intégralité de ton histoire, un plan, peut-être ? Ou, au contraire, découvres-tu ton histoire à mesure, en l’écrivant ?
Christophe Mauri : Je me situe entre ces deux modèles. J’envisage un plan assis dans un fauteuil, mais écrire, c’est être sur le terrain. Et le terrain l’emporte toujours sur les idées. J’imagine que c’est un peu comme annoter une carte à la veille de traverser la jungle. Une fois qu’on est dans la jungle, on met de côté le planning idéal pour se confronter aux réalités. Je passe mon temps à rebrousser chemin, à errer aux carrefours et à emprunter des voies de traverses.

Jean-Philippe Arrou-Vignod : Te sens-tu à l’étroit dans le champ de la littérature jeunesse ? Aspires-tu à écrire un jour pour les adultes ?
Christophe Mauri : S’il m’arrivait de me sentir à l’étroit, je crois qu’il me suffirait d’ouvrir un roman de Roald Dahl ou d’un autre pour me dire : « Comment puis-je me sentir à l’étroit dans un monde où l’on a écrit James et la grosse pêche ? » C’est un retour à la bibliothèque idéale. Si j’écris pour les adultes, ce sera parce qu’une envie impérieuse imposera un projet. Je serais ravi que cela arrive un jour !

Bibliographie sélective de Jean-Philippe Arrou-Vignod :

  • Série Histoires des Jean-Quelque-chose, romans, Gallimard Jeunesse (2000-2018), que nous avons chroniqué ici et .
  • Le prince Sauvage et la renarde, album illustré par Jean-Claude Götting, Gallimard Jeunesse (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Vous écrivez ? Le roman de l’écriture, essai adulte, Gallimard (2017).
  • Série Rita et Machin, albums illustrés par Olivier Tallec, Gallimard Jeunesse (2006-2016), que nous avons chroniqué ici, et ici.
  • Mimsy Pocket et les enfants sans nom, roman, Gallimard Jeunesse (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Série Enquête au collège, romans, Gallimard Jeunesse (1989-2012), que nous avons chroniqué ici, et ici.
  • Magnus Million, roman, Gallimard Jeunesse (2011).
  • Louise titi, album illustré par Soledad Bravi, Gallimard Jeunesse (2004), que nous avons chroniqué ici.
  • L’invité des CE2, roman illustré par Estelle Meyrand, Gallimard Jeunesse (2002).
  • Agence Pertinax : Filatures en tout genre, roman illustré par Philippe Munch, Gallimard Jeunesse (1996).

Bibliographie de Christophe Mauri :

  • Série La famille royale, romans, Gallimard Jeunesse (2016 – 2018).
  • Série Mathieu Hidalf, romans, Gallimard Jeunesse (2011- 2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Les saisons de Peter Pan, illustré par Gwendal Le Bec, Gallimard jeunesse (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Le Petit Poucet c’est moi, album illustré par Marie Caudry, Casterman (2017), que nous avons chroniqué ici.

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Les invité·e·s du mercredi : Christophe Mauri et Éric Pessan

Par 21 mars 2018 Les invités du mercredi

Christophe Mauri fait partie de mes plus belles découvertes de ces derniers mois, aussi après l’avoir découvert j’ai lu plusieurs de ses ouvrages et naturellement j’ai eu envie d’en savoir plus sur lui, il a accepté de répondre à mes questions. Ensuite on a rendez-vous avec Éric Pessan, un auteur dont j’aime l’écriture et l’engagement, tout naturellement j’ai eu envie de lui proposer de partager avec nous ses coups de cœur et coup de gueule. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Christophe Mauri

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
J’ai commencé à écrire à l’adolescence, comme on découvre un jeu. Très vite, ce jeu est devenu une passion et je n’ai plus cessé d’écrire. Pendant des années, j’ai envoyé mes manuscrits à des éditeurs ; parmi eux, Gallimard Jeunesse m’a toujours répondu et encouragé. C’est mon éditeur depuis le premier tome de la série Mathieu Hidalf.

Comment est né le personnage Mathieu Hidalf ?
Mathieu Hidalf est né quand j’avais treize ou quatorze ans. Mais c’est à vingt-et-un ans que je suis revenu à ce personnage. J’étais devenu adulte, Mathieu était resté enfant. Cette distance m’a permis de regarder mon héros avec davantage de recul et d’affection, et d’introduire l’humour dans son univers. C’était beaucoup plus difficile à l’époque où je marchais dans son ombre.

En fin d’année dernière, alors que la série semblait terminée, vous avez proposé un prequel… ce héros vous manquait ?
Je voudrais dire que non, mais j’imagine que oui ! Mathieu, je le connais par cœur. Il aura toujours une place particulière. Pendant des années, au téléphone, mes proches me demandaient : « Et comment va Mathieu ? » Ça voulait dire, bien sûr : « Comment va l’écriture de ton roman ? »

D’où est venue l’idée de vous attaquer à Peter Pan ?
Un jour, je me suis demandé comment Peter Pan réagirait s’il trouvait une Belle au bois dormant au milieu de l’Île imaginaire. J’ai pensé que peut-être Peter Pan finirait alors par céder à la tentation du changement ; car pour comprendre le mystère de cette belle endormie, je suis persuadé qu’il faut grandir. C’était mon point de départ, pourtant mon récit a très vite emprunté un autre chemin. Écrire, c’est se confronter au terrain de l’imaginaire. Pour moi, c’est le terrain qui révèle une histoire.

Parler d’un héros créé par quelqu’un d’autre, ça ne doit pas être évident, comment avez-vous travaillé sur cette histoire ?
Quand on s’attaque à des héros si universels, je crois qu’on peut très vite se les approprier, avec insouciance et passion, car ces héros ont en eux le germe des préoccupations de mille lecteurs, de mille consciences. Ce que je veux dire, c’est que dès lors que j’ai été plongé dans l’univers de Peter Pan, je n’ai plus pensé à James Matthew Barrie. Et c’est sans doute parce que mes souvenirs du véritable Peter étaient flous et indistincts, que j’ai pu l’aborder avec cette insouciance. Quand vous écrivez ou que vous lisez, peu à peu, tout vous appartient, non ? Il n’y a plus d’auteurs derrière les grands héros.

On peut reprocher à l’œuvre de Barrie d’être sexiste (Wendy a pour passion le ménage et la couture, reste à la maison…), dans votre roman à vous Peter et les garçons font le ménage, Wendy est plus aventurière, c’était voulu ou c’est venu naturellement ?
Je ne sais pas si l’œuvre de Barrie est sexiste mais je n’y ai jamais pensé. J’ai toujours imaginé que Peter et Wendy, en singeant le monde des adultes, en dénonçaient les conventions plutôt qu’ils les incarnaient véritablement. Je n’ai pas eu l’intention de décrire une Wendy aventurière. Mais je crois que la Wendy de mon histoire a une conscience profonde d’elle-même et des autres, contrairement à Peter qui ne voit rien ni personne. Je pense que c’est l’humanité de Wendy qui la rend libre, plus libre que Peter et les garçons perdus.

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur votre série La famille royale ? Est-ce différent d’écrire pour les tout·es jeunes lecteur·trice·s ?
C’est très différent, pour moi en tout cas ! Je m’attache de plus en plus à cette petite famille royale, qui rêve de vivre comme tout le monde mais qui fait tout de travers dès qu’elle sort de son château. Ce qui me plaît, c’est que le roi, la reine, Alice et Louis-Junior vont toujours de l’avant ensemble et qu’ils bouillonnent de curiosité. Ce qu’on connaît par cœur, pour eux, c’est une aventure extraordinaire. Rien de plus incroyable que de déguster des pâtes au beurre pour le dîner !

Quelques mots sur les prochaines histoires que vous nous proposerez ?
Sincèrement, je ne les connais pas encore. Je viens de finir un nouvel épisode de la Famille royale. À présent, je suis entre deux projets, dans ces moments où tout est possible mais où il peut aussi bien ne rien arriver avant longtemps.

Bibliographie :

  • Série La famille royale, romans, Gallimard Jeunesse (2016 – 2018).
  • Série Mathieu Hidalf, romans, Gallimard Jeunesse (2011- 2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Les saisons de Peter Pan, illustré par Gwendal Le Bec,  Gallimard jeunesse (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Le Petit Poucet c’est moi, album illustré par Marie Caudry, Casterman (2017), que nous avons chroniqué ici.


Le coup de cœur et le coup de gueule de… Éric Pessan

Régulièrement, une personnalité de l’édition jeunesse (auteur·trice, illustrateur·trice, éditeur·trice…) nous parle de deux choses qui lui tiennent à cœur. Une chose qui l’a touché·e, ému·e ou qui lui a tout simplement plu et sur laquelle il·elle veut mettre un coup de projecteur, et au contraire quelque chose qui l’a énervé·e. Cette semaine, c’est Éric Pessan qui nous livre ses coups de cœur et ses coups de gueule.

Préférant finir sur une note positive, je vais commencer par mon coup de gueule.

Jeudi 8 mars, un chiffre était à la une du journal Le Monde : 93 400 000 000 €. Il faut un temps d’arrêt pour le lire, ce chiffre-là, il faut réfléchir, compter les zéros, les regrouper par trois, et enfin se formuler que cela signifie 93,4 milliards d’euros. Une fois qu’on l’a apprivoisé, il paraît moins impressionnant. Quand on le regarde à nouveau, avec ses huit zéros, la tête tourne encore un peu. Mais de quoi s’agit-il ? Ce chiffre est celui du bénéfice de quarante des plus grandes entreprises. Attention, on ne parle pas de chiffre d’affaires (qui comprendrait des recettes et des dépenses) mais bien de bénéfice, de profits, d’argent gagné par des banques, des sociétés pharmaceutiques, des fournisseurs d’énergie… 93 400 000 000 d’euros de profits pour les entreprises du CAC 40. Le chiffre m’a donné une gifle. Et, plus bas, l’article précisait qu’il est en progression de 24 % par rapport à l’année dernière.
Je ne sais pas ce que l’on peut s’acheter avec 93,4 milliards d’euros. Pour 200 millions de dollars, on a un Airbus A380, le plus grand avion du monde. Si on fait la conversion dollar/ euros, c’est 576 avions d’un coup que l’on peut s’offrir. Ou 31 porte-avions à propulsion nucléaire. C’est un chiffre que l’on ne sait pas utiliser tellement il est énorme. C’est un chiffre qui me blesse. Il me fait mal parce que j’entends partout répéter que c’est la crise, que les temps sont durs, qu’il faut être réaliste, que les entreprises doivent pouvoir licencier plus facilement leurs employés, que le droit protège trop les salariés, qu’il faut travailler plus et plus longtemps, que l’on doit se déshabituer à certains acquis sociaux, qu’il est normal que certains médicaments soient moins remboursés, que ça va mal, très mal. Je relis le chiffre en une, et je vois un homme gras, couvert d’or et de diamants qui fait un bras d’honneur à un enfant affamé.

Heureusement, dans ce monde terriblement déséquilibré, il y a mille raisons d’avoir des coups de cœur. Des coups de cœurs, je pourrais en distribuer chaque jour : dans la rue, dans les écoles où je suis invité, sur les plateformes coopératives d’internet. Des coups de cœurs pour les gens qui – le soir, au retour du travail – logent un ou plusieurs réfugiés, ceux qui – une fois par semaine – préparent un repas collectif. Des coups de cœurs pour les profs ou les bibliothécaires qui glissent un livre entre les mains d’un enfant qui va rechigner un peu et se laisser emporter dans un monde dont il ignorait l’existence quelques minutes auparavant. Des coups de cœurs pour la personne qui propose de porter la trop lourde valise d’une vieille dame sur le marchepied d’un train. Des coups de cœurs pour un sourire aperçu par la vitre d’un bus. Des coups de cœurs pour une main tendue sans recherche de profit, sans calcul, sans recherche d’enrichissement, simplement parce qu’il ne tient qu’à chacun d’agir en humain. Je sais que tout ceci peut paraître très naïf, alors je donne un coup de cœur aux gens naïfs qui préfèrent aider que compter et amasser.

Éric Pessan est auteur.

Bibliographie jeunesse :

  • Les étrangers, roman co-écrit avec Olivier de Solminihac, L’école des loisirs (à paraître, avril 2018).
  • Dans la forêt de Hokkaïdo, roman, L’école des Loisirs (2017).
  • Pebbleboy, théâtre, L’école des loisirs (2017).
  • La plus grande peur de ma vie, roman, L’école des loisirs (2016).
  • Aussi loin que possible, roman, roman, L’école des Loisirs (2015).
  • Cache-cache, théâtre, L’école des loisirs (2015).
  • Et les lumières dansaient dans le ciel, roman, L’école des Loisirs (2014).
  • Plus haut que les oiseaux, roman, L’école des loisirs (2012).
  • Quelque chose de merveilleux et d’effrayant, album illustré par Quentin Bertoux, Thierry Magnier (2012).

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Héros de romans

Par 12 mars 2018 Livres Jeunesse

Aujourd’hui six romans qui ont des garçons pour héros. Des garçons fragiles ou combatifs, qui vivent des choses dures chez eux ou encore habitent sur l’Île imaginaire.

Mathieu Hidalf – Le génie de la bétise
de Christophe Mauri
Gallimard Jeunesse dans la série Mathieu Hidalf
12,50 €, 140×205 mm, 224 pages, imprimé en Italie chez un imprimeur éco-responsable, 2017.
Qui suis-je ?
de Thomas Gornet
Rouergue dans la collection doado
9,20 €, 140×205 mm, 80 pages, imprimé en France, 2018.
Mentir aux étoiles
d’Alexandre Chardin
Casterman
11,90 €, 145×210 mm, 192 pages, imprimé en Espagne, 2018.
La première fois que j’ai (un peu) changé le monde
de Martin Page
PlayBac dans la collection La première fois
9,95 €, 140×206 mm, 113 pages, imprimé en Bosnie-Herzégovine chez un imprimeur éco-responsable, 2018.
Les tarines au kétcheupe
de Marie-Sabine Roger
Rouergue dans la collection doado
9 €, 140×190 mm, 96 pages, imprimé en France, 2017.
Les saisons de Peter Pan
Texte de Christophe Mauri, illustré par Gwendal Le Bec
Gallimard jeunesse
14 €, 140×205 mm, 160 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2018.

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Demandez des contes ! [article en libre accès]

Par 20 novembre 2017 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, deux pépites pour accompagner vos soirées d’automne au coin du feu : le conte féministe Anna qui chante de Sonia Paoloni et Eloïse Rey et le formidable Le petit poucet c’est moi… Régalez-vous !

Il était une fois un drôle de pays : le Pays des Sept Collines. Dans cette contrée éloignée, vivaient un roi et sa fille, Judith, surnommée par les habitant·e·s du royaume « Judith la Triste ». Un roi méchant, tyrannique qui la gardait enfermée. Si Judith avait droit à une éducation hors pair, musique, langues étrangères, calcul et dissection, elle s’ennuyait ferme toute seule… Alors le roi eut une idée de génie : kidnapper des petites filles pour que Judith ait des amies… Seulement, au milieu de ces petites filles, il y en avait une particulière : Anna…
Anna qui chante est un album féministe et poétique. Sonia Paolini nous propose une histoire drôle et révoltée. L’autrice suit les codes classiques du conte : un pays lointain, un roi odieux, une princesse enfermée promise à un prince… Sauf que contrairement aux contes classiques, la Princesse Judith ne se mariera pas à un Prince, et que les jeunes filles se rebellent contre le patriarcat. Grâce à « Anna qui chante » « Judith qui pleure » va oser s’exprimer face au Roi et prendre son destin en main. Le chant d’Anna est un chant de colère, qui parle aux cœurs des jeunes filles désobéissantes et insoumises. C’est un chant de soulèvement, d’émeute. Les illustrations d’Eloise Rey accompagnent magnifiquement ce très beau texte. Oniriques et éclatantes, d’un style symbolique, elles nous plongent dans un univers ensoleillé où la sororité est la première des qualités. Graphiquement, l’album est somptueux et l’on suit la mélopée d’Anna avec ravissement – on la murmure presque… –
Un très bel album, coup de cœur, féministe et engagé !

Des années après avoir volé les bottes de sept lieux et échappé à l’Ogre, le Petit Poucet reçoit une drôle de lettre « Petit Poucet, tu seras sans doute surpris de recevoir cette lettre. Depuis que j’ai voulu vous manger, tes frères et toi, il est vrai que je n’ai pas beaucoup donné de nouvelles. » À partir de là, une correspondance s’établit entre le Petit Poucet et l’Ogre. Une correspondance passionnante, étonnante et drôle, où l’on découvre le quotidien de notre Petit Poucet (pas si drôle) et les envies d’écrivain de l’Ogre…
Quel album incroyable ! Christophe Mauri et Marie Caudry nous offrent ici un album fantastique. L’idée de départ est géniale : écrire une suite au Petit Poucet (et quelle suite). Sous forme épistolaire, on découvre le quotidien des deux protagonistes : le Petit Poucet est toujours le vilain petit canard de sa famille, tandis que l’Ogre souffre de rhumatisme, de vieillesse… Il adorerait recevoir son correspondant à manger chez lui… Sauf que tout n’est pas si facile : un Ogre peut-il inviter un Petit Poucet pour dîner sans avoir envie d’en faire son plat principal ? (Vous avez 4 heures). L’histoire est à la fois hilarante, émouvante et pose des questions morales et éthiques : notamment lorsque l’Ogre décide de se lancer dans l’écriture de conte de fée (que vous reconnaîtrez, j’en suis sûre) et qu’il se fait emporter dans l’industrie du divertissement. Marie Caudry illustre à merveille ce bel album : on a l’impression d’ouvrir un livre de conte du XIXe siècle : tant dans le trait que dans la forme. On passe du temps à admirer ces belles scènes qui sont parfois sur double-page !
Un superbe album, à lire sans modération ! Un vrai coup de cœur.

Anna qui chante
Texte de Sonia Paolini, illustré par Eloïse Rey
Biscoto
18 €, 227×317 mm, 66 pages, imprimé en France, 2017
Le Petit Poucet c’est moi
Texte de Christophe Mauri, illustré par Marie Caudry
Casterman
14,95 €, 195×254 mm, 124 pages, imprimé en France, 2017.

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