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Dis… c’est quoi ton métier ?

Dis… c’est quoi ton métier ? Ils parlent des livres à la radio, avec Véronique Soulé et Denis Cheissoux

Par 10 juillet 2013 Les invités du mercredi

Comme l’année dernière, tous les mercredis de juillet et août nous vous proposons de découvrir un métier grâce à deux personnes qui font ce métier-là. Vous découvrirez ainsi ceux qui travaillent autour du livre pour enfants. Après auteur jeunesse, attaché de presse dans une maison d’édition jeunesse, traducteur de livres pour enfants, bibliothécaire jeunesse, éditeur jeunesse, blogueur jeunesse, libraire jeunesse et illustrateur jeunesse, cet été nous vous proposerons d’en savoir plus sur huit autres métiers : graphiste, maquettiste, programmateur de salon, attaché à la promotion des auteurs, vendeurs de droits à l’étranger, diffuseur, responsable de la fabrication et cette semaine j’ai posé des questions à deux personnes qui nous parlent des livres à la radio : Véronique Soulé (Écoute, il y a un éléphant dans le jardin ! sur Aligre FM) et Denis Cheissoux (L’as-tu lu mon p’tit loup sur France Inter).


Dis c’est quoi ton métier… Véronique Soulé

Véronique SouléAnimateur radio ? Journaliste ? Quel est votre métier exactement ?
Animatrice radio, non pas un métier mais une passion, puisqu’Aligre FM est une radio associative, c’est-à-dire non commerciale, indépendante… et sans le sou. Tous ceux qui participent à cette radio sont donc bénévoles.

En quoi consiste-t-il ?
A préparer et animer une émission hebdomadaire sur l’actualité culturelle des enfants : interviews d’auteurs, illustrateurs, éditeurs, metteurs en scène, comédiens, chanteurs, plasticiens, spécialistes, etc. , mais aussi chroniques, critiques de livres, spectacles, expositions, etc., avec une programmation musicale axée sur les musiques et chansons à écouter avec les enfants. Cette émission s’adresse aux adultes qui veulent en savoir un peu plus sur les productions culturelles pour les enfants, qu’ils soient néophytes ou déjà connaisseurs. Quand c’est possible, j’aime bien inviter des enfants autour du micro pour qu’ils en parlent eux-mêmes ; c’est une sacrée expérience pour eux et je trouve important que les adultes (et pas seulement leurs parents ou enseignants) écoutent ce que les enfants ont à dire. Des chroniqueurs interviennent également régulièrement.

Quelle est la formation ou le parcours nécessaire pour l’exercer, quels ont étés les vôtres ?
Je n’en ai aucune ! Comme souvent sur les radios associatives. J’ai eu la chance de rencontrer un responsable d’émission littéraire sur Aligre FM qui m’a proposé, il y a des années, de réaliser une chronique sur les livres pour enfants. Le quart d’heure initial s’est étoffé, une demi-heure, une heure, deux heures, l’équipe de l’émission s’est élargie. A force de faire, de s’écouter, d’écouter les autres, j’ai appris peu à peu.

Y a-t-il une différence entre parler des livres pour enfants et des livres pour adultes ?
Je parle rarement des livres pour adultes, et en fait jamais à la radio. Pour le regard littéraire ou esthétique qu’on peut poser dessus, je ne crois pas qu’il y ait une différence ; en tout cas, il y a la même exigence sur la qualité de l’écriture, de l’illustration, la cohérence du récit, le rapport texte-image, l’intérêt et/ou l’originalité de l’histoire, mais aussi le plaisir qu’on a eu à découvrir et lire ces livres destinés aux enfants. J’ai envie que les auditeurs, quels qu’ils soient, et même s’ils n’ouvrent jamais un livre pour enfants, pensent qu’un livre pour enfants est aussi « sérieux » qu’un livre pour adultes et mérite la même attention.

En dehors du temps à l’antenne, combien de temps vous prend votre métier ?
Pour préparer une émission hebdomadaire d’une heure trente (mais elle durait deux heures il y a encore peu), il me faut une vingtaine d’heures (sans compter les lectures de livres ou les spectacles à voir, bien sûr) : repérer, contacter, relancer, organiser, confirmer les rendez-vous / écrire tout ce que je dis (et il me faut beaucoup de temps !) à l’antenne / choisir les musiques à faire entendre (7 ou 8 par émission) / préparer le conducteur pour le technicien, mais aussi les reportages sur place (quand l’invité ne peut vraiment pas venir en direct), mettre l’émission en ligne sur le site (préparer le podcast, écrire la page de présentation, etc.), et j’en oublie certainement. Heureusement, les techniques numériques ont largement simplifié le travail !

Avez-vous une autre profession à côté ?
Oui, je suis bibliothécaire, sans poste pour le moment, mais toujours intéressée par tout ce qui se passe dans les bibliothèques publiques, plutôt côté jeunesse. Je fais pas mal de formations autour de la littérature jeunesse. Depuis toujours je pense qu’il faut pousser les portes des bibliothèques vers l’extérieur, et entre autres vers les radios. Il reste encore (même si elles disparaissent peu à peu) des radios associatives un peu partout en France sur lesquelles tout un chacun peut proposer ses services…

Comment sélectionnez-vous les livres dont vous parlez ? Qui vous démarche ?
Il y a les livres que je présente sous forme de chronique critique et ceux dont j’interviewe l’auteur, l’illustrateur ou l’éditeur. C’est rare que j’invite plusieurs fois un auteur, quoique… Il y en a que je rêve d’interviewer depuis des années, et je continue de patienter, ceux dont j’attends LE livre pour les inviter. Mais j’aime bien aussi inviter ceux qui publient leur premier livre et dont le talent est déjà là… Il y a ceux que je n’inviterai jamais parce que, décidément, je n’aime pas leurs livres, c’est comme ça. Mais que ce soit pour une chronique ou pour un interview, cela reste difficile de choisir, il paraît tant de livres ! Privilégier un nouvel auteur ou parler d’un livre d’un auteur dont on aime suivre les parutions ? Équilibrer les éditeurs ou choisir seulement en fonction des livres ? A chaque fois, la question se pose. Et comme l’émission n’est pas seulement consacrée aux livres (mais aussi musiques, spectacles, chansons, jeux, etc.), il est rare que j’en présente plus de trois à chaque fois, mais ce sont, à chaque fois, des livres que j’ai aimés, la plupart du temps parus récemment.

Vous arrive-t-il de dire du mal d’un livre ?
Rarement, à vrai dire jamais. D’abord parce qu’il y a déjà beaucoup de livres vraiment bien, inutile de perdre son temps à parler des livres inutiles ; ensuite, je ne crois pas que ça apporte grand-chose aux auditeurs qui, d’une part, ne voient pas le livre en question, et d’autre part ont plutôt besoin de repères pour se retrouver et choisir parmi toutes les parutions. Mais j’aime la confrontation autour des livres, rencontrer des lecteurs qui ne sont pas d’accord avec moi, et leurs avis font évoluer le mien. Le consensus n’est jamais bon signe. J’aimerais bien organiser des débats contradictoires à l’antenne, mais je n’ai pas encore réussi à le faire.

Rencontrez-vous les auteurs et est-ce que ça ne complique pas le fait de critiquer leurs livres ?
Oui, je rencontre les auteurs puisque j’en interviewe régulièrement dans l’émission. Si je les interviewe, c’est que j’ai aimé leurs livres, ou du moins une grande partie d’entre eux. Dans ce cas, c’est possible d’apporter des nuances, ou de dire qu’on aime moins tel ou tel livre, en argumentant, tout en faisant attention à ne pas blesser. Les auteurs sont tout à fait à même d’entendre les critiques, quand elles sont constructives, même si, bien sûr, ils aimeraient en entendre que du bien ! Il m’est souvent arrivé qu’un auteur, après m’avoir écoutée parler de son livre, me dise que j’avais pointé un aspect qu’il n’avait pas vu. J’aime bien ça !

Où et comment travaillez-vous ? (Sur ordinateur ? uniquement au bureau ?)
Tout sur ordinateur : pour écrire d’abord, parce que je « rature » beaucoup, donc le traitement de texte, c’est bien pratique. Avant c’était au crayon de papier, gomme à la main, pas question d’arriver à l’antenne avec un texte difficile à lire. Car tout est écrit. Ensuite, pour faire les montages son, pour les reportages, à l’extérieur.

Comment est faite la rémunération ?
Zéro euro, nous sommes tous bénévoles à la radio qui a déjà bien du mal à boucler les fins de mois.

Quelles sont les idées reçues qui vous énervent sur votre métier ?
Drôle de question ! Je ne me la suis jamais posée… peut-être parce que je n’ai pas fait attention à des possibles idées reçues.

Quels sont les plaisirs à l’exercer ?
La radio a ce côté magique qu’on ne sait pas qui est de l’autre côté du poste à vous écouter (c’est pour ça que j’aime bien le direct), mais on sait qu’ils sont au moins quelques-uns. Et qu’ils resteront à écouter si vous savez les retenir. J’aime bien « construire » ce temps, équilibrer voix, musiques, infos et dialogues ; choisir les mots que je vais utiliser, la façon dont je vais introduire une chronique ou une présentation, ou choisir la première question posée à l’invité. Mais surtout, du côté des micros, dans le petit studio, il y a ce dialogue qui s’engage avec le ou les invités, en toute intimité, et en même temps complètement public, et où mon rôle consiste à les accompagner au mieux pour les faire découvrir aux auditeurs. Ce sont des moments vraiment particuliers.

Et quels sont les mauvais côtés ?
Ne pas avoir assez de temps pour préparer et améliorer l’émission.

Vous pouvez écouter Véronique Soulé dans Écoute, il y a un éléphant dans le jardin tous les mercredis sur AligreFM et réécouter les anciennes émissions en ligne sur leur site.


Dis c’est quoi ton métier… Denis Cheissoux

Denis CheissouxAnimateur radio ? Journaliste ? Quel est votre métier exactement ?
Producteur animateur de radio. J’apporte les idées, le style, le contenu et je parle aux gens derrière un micro en tentant de créer du sens, de la proximité, de l’humain.

En quoi consiste-t-il ?
Je suis payé à être curieux, je transforme la vie qui passe en émissions de radio, j’invente, je teste, je tente. Rien de rationnel. J’ai ainsi été le premier à parler d’écologie en France sur une chaîne radio et télé grand public : CO2 mon amour (1992), j’ai créé L’as-tu lu mon p’tit loup ?  (en 1987), Tout s’explique (magazine de sciences en 2000), etc.

Quelle est la formation ou le parcours nécessaire pour l’exercer, quels ont étés les vôtres ?
Aucune directement : IUT de commerce, maîtrise d’audiovisuel à la Sorbonne. Je rentre à 23 ans à France Inter à l’Oreille en coin, j’en ai 57 aujourd’hui. Je fus et suis opiniâtre, endurant, j’ai su saisir ou créer des opportunités, proposer, inventer.

Y a-t-il une différence entre parler des livres pour enfants et des livres pour adultes ?
Si vous êtes sinistre dans la vie, incapable de sourire, que vous avez oublié l’enfant que vous étiez que vous n’avez une entrée que pédagogique, laissez tomber les livres pour enfants. Je sais parler des deux mais je ne théorise pas là-dessus, je m’en fiche. Bon livre mauvais livre, envie pas envie. Point. Vous avez un ton ou vous n’en avez pas.

En dehors du temps à l’antenne, combien de temps vous prend votre métier ?
Beaucoup, je suis à l’affût, en éveil  tout le temps, c’est aussi une façon d’être au monde, j’aime ça.

Avez-vous une autre profession à côté ?
Non, mais je suis souvent demandé. Je refuse 4-5 demandes/ mois d’animations, de débats, de conventions, de conférences sur l’écologie, l’environnement mais aussi d’autres sujets  –  quelques salons de jeunesse car ce sont des amis comme à Troyes par exemple ;  + écritures diverses.

Comment sélectionnez-vous les livres dont vous parlez ? Qui vous démarche ?
Écoutez l’émission, vous répondrez mieux que moi, je vais enfiler des perles inutiles et cela ne fera pas un ton… Il n’empêche que depuis 25 ans on sait trouver les incontournables. J’ai toujours présenté les futurs prix Montreuil, libraires jeunesse en album avant tout le monde, c’est juste  un constat. Les futurs prix sont d’abord passés par L’as-tu lu donc nous devons  avoir du flair avec Véronique Corgibet. J’ai toujours su m’entourer de gens de talent, je trouve les idées d’émission mais seul, je ne suis rien. Hier Patrice Wolf, aujourd’hui Véronique Corgibet et Chloé Marot. C’est une alchimie qui n’a rien de rationnel mais ça marche. En 4 pages je sais si je continue un album ou non. Personne ne nous démarche, nous recevons beaucoup d’ouvrages, les attachées de presse éditeurs nous connaissent bien, parfois attirent l’attention sur… elles  font bien leur boulot, mais ensuite nous sommes libres ! On peut se planter aussi mais c’est rare de passer à côté d’un futur incontournable.

Vous arrive-t-il de dire du mal d’un livre ?
Pas le temps en 4’40 par semaine mais des réserves oui. J’aurais une émission plus longue, ce qui n’arrivera pas, je le ferai pour mettre en valeur les autres et expliquer qu’un livre jeunesse sur deux n’a aucun intérêt voir 2 sur 3… pas plus pas moins qu’en littérature vieillesse.

Rencontrez-vous les auteurs et est-ce que ça ne complique pas le fait de critiquer leurs livres ?
J’aime les créateurs, oui j’en connais beaucoup, tant mieux ; je suis libre et subjectivement honnête. L’objectivité n’existe pas, tant mieux. Le seul intérêt pour eux est que j’ouvre tous leurs livres ce qui n’est pas le cas de tous ; nous en recevons 3000 par an, j’en présente moins de 100. Je fais mon métier, je ne passe pas tous les Bruno Heitz qui est un ami mais il sera sûr que je les lirai tous ses albums. Et puis j’ai le droit d’avoir des chouchoux cailloux genoux à la cheissoux s’ils sont bons. Tous nos albums présentés sont défendables. Personne ne m’a dit en 25 ans tel album est nul – ensuite on peut  ne pas être de notre avis fort heureusement, mais tous racontent quelque chose d’intéressant, d’original à nos yeux et ont du sens !

Où et comment travaillez-vous ? (Sur ordinateur ? uniquement au bureau ?)
Partout, 1 L’as-tu lu = 2 textes = 3/4  Paris-Lyon en TGV. Mais la sélection est la clef, l’écriture va vite. Véronique Corgibet m’aide beaucoup avec un jugement sûr et une bonne plume également.

Comment est faite la rémunération ?
Cachet de France Inter par contrat de sept à juin. Je ne peux pas vivre de L’as-tu lu, c’est évident.

Quelles sont les idées reçues qui vous énervent sur votre métier ?
Elles ne m’intéressent plus depuis longtemps ; les gens sont plutôt gentils, admiratifs, posent de bonnes questions comme vous.

Quels sont les plaisirs à l’exercer ?
Ils sont nombreux. Cela permet de stimuler l’esprit d’enfance, celui de tous, de faire passer plein d’idées sur le vivre ensemble, d’envoyer des ondes positives via le livre de jeunesse – qui aborde par ailleurs tous les sujets de société – d’être du côté de la vie ! Les albums jeunesse (les livres pour ados ne m’intéressent pas, je sais peu les raconter mais ne les occulte pas… sauf Harry Potter, Les Désastreuses aventures des orphelins Baudelaire, etc et quelques autres que nous avons découvert en France les premiers, si, si !) débordent de vie, j’aime ! On ne peut pas désespérer les enfants comme on le fait pour le reste de la société, on a pas le droit !  Cela  permet donc de ne pas vieillir trop vite. Nous avons découvert pas mal de créateurs qui étaient inconnus, nous donnons de la visibilité à leur talent.

Et quels sont les mauvais côtés ?
Aucun. Je passe à côté de 200 bons autres albums que je ne peux pas présenter, je le sais, c’est ainsi en 4’40 par semaine et peu de gens soutiennent cette émission en tête des sondages de toutes les radios de France. 800 000 auditeurs le dimanche à 19h54 ( 1 800 000 quand j’étais le samedi matin durant 20 ans)  Elle est devenue une référence, un label, un booster de ventes, L’as-tu lu est connu partout dans ce (petit) milieu et des auditeurs d’Inter. Ça me suffit largement. C’est une vraie mission joyeuse de service public, sans servir la soupe et qui a une vraie personnalité.

Vous pouvez écouter Denis Cheissoux dans L’as-tu lu mon p’tit loup ? sur France Inter le dimanche entre 19h55 et 20h (mais là c’est la pause estivale !). Les anciennes émissions peuvent être réécoutées sur le site d’inter. A noter aussi qu’il a sorti il y a peu Les indispensables de L’as-tu lu mon p’tit loup (que nous avons chroniqué ici).

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Dis… c’est quoi ton métier ? Les illustrateurs jeunesse : Estelle Billon-Spagnol et Nicolas Gouny

Par 22 août 2012 Fiches métiers, Les invités du mercredi

Voici la dernière fiche de ce rendez-vous estival, la semaine prochaine vous retrouverez les invités du mercredi. Comme tous les mercredis précédents, je vous propose donc de découvrir un métier grâce à deux personnes qui font ce métier-là. Vous avez découvert ainsi ceux qui travaillent autour du livre pour enfants : les auteurs jeunesse (avec Marie Aude Murail et Séverine Vidal), les attachés de presse dans une maison d’édition jeunesse (avec Myriam Benainous et Angela Léry), les traducteurs de livres pour enfants (Rose-Marie Vassallo et Josette Chicheportiche), les bibliothécaires jeunesse (Laurence Horvais et Thierry Bonnety), les éditeurs jeunesse (Loïc Jacob et Chun-Liang Yeh et Cécile Emeraud), les blogueurs jeunesse (Morgan Camus et Lael) et les libraires jeunesse (Claire Fontanel et Karine Bodin). Cette semaine je vous propose de découvrir les illustrateurs jeunesse ! J’ai donc posé des questions, afin de mieux connaître leur activité, à deux illustrateurs : Estelle Billon-Spagnol et Nicolas Gouny. Merci infiniment à eux d’avoir pris le temps de me répondre.


Dis c’est quoi ton métier… Estelle Billon-Spagnol

Comment définiriez-vous « illustrateur jeunesse » ?
Quelqu’un qui raconte avec ses dessins des histoires, qui y prend beaucoup de plaisir et qui du coup en donne aux plus jeunes ET aux plus grands.
Enfin, plus qu’une définition, c’est ce à quoi je tends.

Comment êtes-vous devenue illustratrice jeunesse ?
Ce fut un processus très lent pour moi ! Déjà parce que, dés le départ et pendant longtemps, le dessin ou la peinture a toujours été « le truc » pour exprimer des choses très personnelles. Sans envie d’inventer ou de montrer. Parce que, ensuite, je suis partie vers d’autres directions. Et puis un jour, l’envie est venue. Un an pour retrouver « le truc », un an pour faire un book potable et le présenter. Merci internet ! Pour les infos glanées, pour la facilité d’envoyer des mails et de pouvoir toquer aux bonnes portes.

Comment travaillez-vous ? (Où ? quel matériel utilisez-vous ?)
Je travaille chez moi, dans mon salon. Avec du thé, du café, la radio, la musique ou le silence. N’importe quand pour le dessin. N’importe où pour l’écriture. Seule, mais avec sous la main l’œil toujours disponible de Gwenaelle Doumont, une illustratrice basée en Belgique, ma collègue d’atelier en fait. Merci internet !
Après, ça dépend du projet. Il y a les albums montés en amont avec un auteur, et dans ce cas ce sont des échanges incessants et stimulants pour faire avancer le projet. Il y a les projets solo, et là c’est beaucoup plus aléatoire, plus « fouillis », j’adapte texte et dessin au fur et à mesure. Il y a les projets où l’éditeur me laisse carte blanche, d’autres où il suit chaque étape.
Je ne fais pas beaucoup de recherches, il faudrait et j’aimerais, mais en fait, je prends ma feuille et hop, ça vient (ou ça ne vient pas) (mais ça finit toujours par venir puisque j’ai la chance d’avoir choisi chacun de mes projets).
Globalement, je travaille toujours de la même manière. Je crayonne, j’encre à la plume,  je gomme (une plaie, ces pelures de gomme), je mets en couleur (écoline, aquarelle, crayons de couleur, tout dépend du projet, de l’envie du moment et de ce que j’ai sous la main), je remets mes planches à l’éditeur (ou je scanne et j’envoie des fichiers via internet ce n’est pas ce que je préfère !). Côté matériel, me manque une table lumineuse. Pour éviter la phase « gomme », ou la phase « énervement » quand je rate la couleur et qu’il faut que je recommence. Dans l’idéal, il faudrait aussi que je suive une formation photoshop. De plus en plus, on me demande d’envoyer mes planches via internet. Et là, en général, c’est le début d’une grande galère.

Comment est faite la rémunération ? (salaire fixe ? pourcentages ? avances ?)
– Avance sur droits au moment de la signature du contrat.
– Une fois l’avance « remboursée », les droits d’auteur sur les ventes du livre (il faut être patient) (entre 3,5 et 5 % du prix du livre)

Est-ce que vous avez un métier à côté ?
Non.

Vous arrive-t-il de refuser de travailler avec un auteur, un éditeur ? Comment travaillez-vous avec eux ? Vous imposent-ils leur vision ou êtes-vous libre totalement ?
Par manque de temps, et par envie d’écrire moi-même, je refuse de plus en plus les propositions de collaboration avec des auteurs. Concernant les éditeurs, je n’ai pas eu à refuser. Il y a trois points qui sont cependant importants pour moi : leur ligne éditoriale, leurs rapports avec les auteurs-illustrateurs, le contrat proposé.

Vous arrive-t-il d’illustrer des textes que vous n’aimez pas ?
Pour l’instant, non. Certainement parce que jusqu’à présent, mes publications sont venues de projets proposés à l’éditeur. Maintenant que les éditeurs commencent à venir vers moi, peut-être que la question se posera. Comme il faut bien manger (et que j’aime ça), peut-être que je le ferai. Sauf si c’est un texte avec un message auquel je n’adhère pas, sauf si c’est tout rose ou tout bleu. En gros.

Tentez-vous parfois de faire changer le texte à l’auteur ?
Pas vraiment. Plutôt des suggestions qui me viennent au moment de dessiner.

Comment propose-t-on ses illustrations ? (En leur envoyant par la poste ? Par mail ? En les rencontrant ?)
Par mail. Par la poste jamais. C’est quand même génialement facile de pouvoir envoyer son travail grâce à internet, sans perte de temps et d’argent. En les rencontrant également, dans le cadre de salons, ou suite à un petit coup de fil. Et maintenant, après quelques publications, certains éditeurs commencent à me proposer des choses.

Contactez-vous plutôt les auteurs ou les éditeurs ?
Au début, j’ai contacté des auteurs, cela m’a permis de comprendre comment monter un dossier, comment travailler, ça m’a poussée à dessiner encore et encore et à ne pas me limiter à ce que je savais faire. De savoir aussi ce que je voulais vraiment. Maintenant que j’ai plus de contrats, je contacte principalement les éditeurs. Mais j’ai autour de moi des auteurs que j’aime particulièrement et avec qui tout est possible !

Que deviennent vos projets non édités ?
Certains : rien et tant mieux. D’autres sont recyclés. Des personnages changent d’histoire, des prénoms changent de tête… Et puis il y a les projets pour lesquels la conviction ne faiblit pas. Et là, on ne lâche rien, on le « sort » régulièrement. Hein Séverine ? Hein Lino ?!

Dessinez-vous pour des magazines ? Des livres numériques ? D’autres supports ? Quelle est la différence entre écrire pour ces supports et pour des livres papier ?
Mon programme du jour est justement de m’occuper d’un petit strip qui paraîtra dans un magazine. Des contraintes plus précises, un cadre assez calibré mais avec tout de même l’espace de mettre sa patte. Pour le numérique, non jamais fait. Pourquoi pas ? Si les droits suivent. En tant que lectrice, d’instinct, je suis 100 % livre-papier. Je suis incapable d’apprécier une lecture sur un écran (album ou roman). Ça m’énerve au bout de cinq minutes, je ne suis pas « dedans ». Je sais que des choses se font, originales avec des vraies idées innovantes derrière. Alors je suis partagée, mais…

Quels sont les plaisirs à être illustrateur jeunesse ? Les grandes joies ?
En premier évidemment : dessiner toute la journée. Passer d’une histoire à une autre juste en changeant de feuille. Et la liberté d’organiser ses journées comme on l’entend. En ce moment je travaille bien mieux tôt le matin, mais je peux choisir de décaler la nuit. De pouvoir travailler chez soi et par temps de canicule, de pouvoir travailler en short et pas coiffée. D’être son propre chef, de décider ce qui est prioritaire ou pas, que ce jour est un jour off, d’aller boire un café dehors et d’avoir subitement une idée et de rentrer du coup en courant chez soi, de glisser une piscine entre deux planches. L’alternance entre les périodes intenses de bouclage et les périodes plus calmes entre deux projets, propices aux nouvelles idées. Le bouquin au final. Pas pour le regarder avec satisfaction (je n’y arrive jamais), mais pour tout ce que je n’imaginais pas : invitations dans des salons, découverte de la France, rires et discussions avec les collègues (globalement sympa), rencontre avec des gens passionnés (libraires, organisateurs, instits), les retours des enfants et ce lien qui se crée avec le lecteur petit ou plus grand…

Et quels sont les mauvais côtés ?
???… Comme on n’est jamais content, je dirais :
– le manque de lien social. Pour moi qui ne bosse pas en atelier, le café avec des collègues, les échanges qui vont avec, me manquent beaucoup. Heureusement il y a internet… Et si il y a des ateliers qui proposent des cafés, je suis preneuse !
– la gestion. De la négociation de contrat aux relances pour se faire payer. Mais ça va, je suis de plus en plus armée.

Retrouvez Estelle Billon-Spagnol sur son blog et sur sa page facebook.


Dis c’est quoi ton métier… Nicolas Gouny

Comment définiriez-vous « illustrateur jeunesse » ?
C’est un métier, qui tient, selon moi, de l’artisanat… Je me sens un peu comme un pâtissier : de la technique, du savoir-faire, du travail et, de temps à autre, un résultat inspiré.

Comment êtes-vous devenu illustrateur jeunesse ?
Par hasard, amour et ennui. Pendant longtemps je faisais un dessin chaque année pour ma femme, pour son anniversaire, puis j’ai eu l’occasion de découvrir Photoshop et de mettre en ligne mes premières « illustrations ». A partir de là tout s’est enclenché. J’ai vu de la lumière, je suis entré, et finalement j’ai eu l’impression d’être chez moi. Depuis que je suis installé dans la campagne creusoise, c’est ma seule activité, mon métier, et j’en tire un grand bien-être.

Comment travaillez-vous ?
J’occupe un grand atelier/chambre dans mon grenier, c’est grand et très lumineux, ça serait parfait pour un peintre, mais comme je travaille sur ordinateur, c’est surtout un endroit où je me sens bien. Mes outils sont finalement peu de chose, mes doigts, ma wacom et mon PC, plus mes petits carnets où je note idées et esquisses.

Comment se passe la rémunération ? (salaire fixe ? pourcentages ? avances ? Contrat longue durée avec un éditeur ?)
Il y a tous les cas de figure… mais ce sont surtout les avances qui me font vivre, mais c’est aussi parce que je suis un « jeune » auteur (mes livres ne sont pas encore anciens).
Une part importante de mes revenus est aussi constituée d’interventions et d’animations scolaires ou autres.

Est-ce que vous avez un métier à côté ?
Je suis bénévole auprès de ma femme, qui a sa petite entreprise de bijoux illustrés (de mes dessins) ^^. C’est comme une coopérative, nous travaillons ensemble.

Comment sont répartis les bénéfices d’un livre entre l’auteur, l’illustrateur et l’éditeur ?
L’éditeur s’accapare la plus grosse part, pour s’acheter ses cigares et ses voitures de luxe, et les auteurs se partagent les miettes. Plus sérieusement, je crois que c’est un partage assez égal, dès l’instant où l’éditeur remplit sérieusement les termes de nos contrats, ce qui n’est malheureusement parfois pas le cas (pas de relevés de ventes, etc.).

Vous arrive-t-il de refuser de travailler avec un auteur, un éditeur ? Comment travaillez-vous avec eux ? Vous imposent-ils leur vision ou êtes-vous libre totalement ?
Pour les éditeurs, assez peu, sauf en cas de contrat abusif ou si je n’ai pas le temps. Côté auteurs, je reçois de plus en plus de textes, mais je n’ai pas vraiment le temps de tenter de nouvelles choses, malheureusement.

Vous arrive-t-il d’illustrer des textes que vous n’aimez pas ?
Oui. C’est aussi mon travail.

Tentez-vous parfois de faire changer le texte à l’auteur ?
Oui, pour le faire davantage coller à mes images.

Contactez-vous plutôt les auteurs ou les éditeurs ?
Assez peu jusqu’à maintenant, à l’exception de quelques auteurs amis, avec lesquels j’ai déjà travaillé.

Comment vous faites-vous connaître auprès des auteurs et des éditeurs ?
Par Internet, essentiellement, via facebook ou mon blog. J’y consacre chaque jour pas mal de mon temps. Sinon, c’est tout une communication informelle, par les réseaux d’amis, de connaissances, sur les salons du livre, via les partenaires institutionnels, etc.

Comment propose-t-on ses illustrations ? (En leur envoyant par la poste ? Par mail ? En les rencontrant ?)
Je ne sais pas, les trois je pense.

Dessinez-vous pour des magazines ? Des livres numériques ? D’autres supports ?
Oui… je dessine pour qui le demande.

Quels sont les plaisirs à être illustrateur jeunesse ? Les grandes joies ?
L’indépendance, l’indépendance et l’indépendance.

Et quels sont les mauvais côtés ?
L’indépendance, l’indépendance et l’indépendance. Nous travaillons sur du sable.

Retrouvez Nicolas Gouny sur son blog et sur la page facebook de La parenthèse enchantée.

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Dis… c’est quoi ton métier ? Les libraires jeunesse : Claire Fontanel et Karine Bodin

Par 15 août 2012 Fiches métiers, Les invités du mercredi

Tous les mercredis de juillet et août je vous propose de découvrir un métier grâce à deux personnes qui font ce métier-là. Vous découvrirez ainsi ceux qui travaillent autour du livre pour enfants. Vous avez déjà découvert les auteurs jeunesse (avec Marie Aude Murail et Séverine Vidal), les attachés de presse dans une maison d’édition jeunesse (avec Myriam Benainous et Angela Léry), les traducteurs de livres pour enfants (Rose-Marie Vassallo et Josette Chicheportiche), les bibliothécaires jeunesse (Laurence Horvais et Thierry Bonnety), les éditeurs jeunesse (Loïc Jacob et Chun-Liang Yeh et Cécile Emeraud) et les blogueurs jeunesse (Morgan Camus et Lael). En attendant de découvrir les illustrateurs jeunesse la semaine prochaine, cette semaine je vous propose de découvrir les libraires jeunesse ! J’ai donc posé des questions, afin de mieux connaître leur activité, à deux libraires : Claire Fontanel de la librairie Chantepages à Tulle et Karine Bodin de la librairie La marmite à mots à Belfort. Merci infiniment à elles d’avoir pris le temps de me répondre.


Dis c’est quoi ton métier… Claire Fontanel

Photo de Mathilde Fraysse (photographe)

Qu’est-ce qu’un « libraire jeunesse » ?
Une libraire jeunesse (dans mon cas), c’est une passionnée de littérature qui a toujours gardé une âme d’enfant, qui aime partager ses coups de cœur, raconter des histoires, et voir des étoiles s’allumer dans les yeux des enfants lorsque le livre s’ouvre ! En fait, une librairie jeunesse, c’est comme une libraire normale… avec peut-être un grain de folie en plus !

Comment devient-on « libraire jeunesse » ?
Dans mon cas, j’ai suivi une formation (DUT et LP) pour devenir libraire. Ensuite je me suis dirigée vers la librairie jeunesse très naturellement. J’avais envie de continuer à vivre dans la fantaisie, dans le rire. J’ai aujourd’hui toujours plus de difficulté à lire certains romans adultes trop terre à terre. Finalement on devient libraire jeunesse, comme on devient libraire : par passion, par chance aussi un peu et puis… quand on veut, on peut non ?

Quelle est la différence avec un libraire « adulte » ?
Je dirais qu’un libraire jeunesse peut toucher un public de 0 à 100 ans (au moins !) tandis qu’un libraire adulte touche plutôt un public adulte… Tout simplement !

Vous ne travaillez que quand la librairie est ouverte au public ?
Non pas seulement, nous sommes aussi une librairie itinérante, alors vous pouvez nous retrouver le dimanche, le soir sur des salons, dans des festivals. Sinon, une partie de mon travail est aussi… de lire ! Mais c’est toujours un plaisir !

Lisez-vous beaucoup de livres ? Que des livres jeunesse ?
Oui je lis beaucoup, beaucoup. Je suis une « bouquinovore » ! Je lis essentiellement des livres jeunesse, des albums, des romans, des documentaires aussi. Mais j’aime de temps en temps lire un livre de poche pour adulte ! Récemment, j’ai relu pour la 20ème fois au moins Fahrenheit 451 de Ray Bradbury !

Participez-vous à des salons ?
Comme nous sommes également libraire itinérante nous avons l’habitude de tenir des stands à de diverses occasions, notamment des salons du livre. Prochainement nous tiendrons des stands en Creuse, puis à un salon à Brive. Nous organisons aussi des salons du livre en collaboration avec les écoles et les bibliothèques. Nous nous déplaçons aussi sur des marchés des Noël, lors de conférences, etc…

Organisez-vous des rencontres avec les auteurs ?
Oui lors des salons dernièrement nous étions à Ussel (19) pour les Zinzins de Lecture ! Nous avons accueilli Nicolas Gouny, Claire Gaudriot, Maria Jalibert et Alain Grousset sur notre stand pour une super journée de dédicace !
Être libraire c’est aussi être « médiateur », c’est-à-dire amener le lecteur (ou le non lecteur) à découvrir le livre, son univers et ses acteurs.

Comment travaillez-vous ?
Nous travaillons sur ordinateur. Notre stock est référencé dans une base de données sur un logiciel spécialisé pour la gestion des librairies. Et heureusement d’ailleurs ! Nous avons ouvert depuis huit mois maintenant et nous avons déjà plus de 4000 références en magasin !

Comment est faite la rémunération ?
La rémunération… Il faut savoir qu’un libraire a en moyenne une remise de 30 à 35% chez les fournisseurs. Sur un livre à 10 euros de prix de vente, un libraire gagne donc 3 à 3.50 euros.
Cette marge est utilisée pour payer les charges (transport, loyer, électricité, fournitures, etc) et occasionnellement pour payer le ou les libraires ! Donc autant vous dire que notre « rémunération » varie selon les mois et les possibilités de la librairie ! Et oui, pas toujours facile !

Choisissez-vous les livres qui sont dans la librairie ou vous sont-ils imposés ?
Il existe un système appelé « office » qui nous envoie automatiquement tant d’exemplaires de chaque nouveauté. Nous refusons ce système. Chaque livre reçu est un choix de notre part. Et nous y tenons ! C’est aussi ce qui fait la richesse d’une librairie indépendante : son fonds !

Claire Fontanel par Claire Gaudriot

Comment les choisissez-vous ?
Question qui n’est pas facile puisque cela implique une réponse très vaste !
Nous aimons, nous adorons, nous défendons les petites maisons d’éditions indépendantes ! Nous nous sommes engagées auprès de certaines pour les faire connaître, pour les faire aimer, alors nous considérons qu’il est indispensable de suivre leurs nouvelles parutions !
Certaines maisons d’éditions ont des représentants qui viennent régulièrement nous rendre visite pour nous présenter les nouveautés. Avec eux nous décidons des quantités. Nous avons la chance d’avoir des représentants très honnêtes et qui commencent à nous connaître : il y a donc des choses qu’ils nous conseillent et d’autres sur lesquels ils passent.
D’autres nous envoient simplement un bon de commande avec des présentations.
Ensuite il y a le système D, nous recherchons nous même les informations, nous suivons les actualités des auteurs, des éditeurs et s’il y a coup de cœur, il y a commande !

Êtes-vous démarchée par des auteurs ? Des éditeurs ?
Nous travaillons en direct avec certains éditeurs oui. Plus particulièrement avec de petites maisons d’éditions avec qui nous avons créé des liens très forts.

Vous arrive-t-il de refuser de mettre un livre en rayon ?
Oui nous refusons d’avoir certains titres présents en magasin. Nous défendons une littérature qui permet aux enfants de s’ouvrir au monde, de ne pas apprendre avec des idées reçues. Si nous considérons qu’un livre développe des propos sexiste ou raciste, par exemple, alors oui, nous le refusons.

Quelles sont les idées reçues qui vous énervent sur les libraires ?

  • « J’ai toujours rêvé d’avoir une librairie ! ». Oui c’est un rêve devenu réalité pour moi, pour nous, mais ce n’est pas un métier facile. C’est un « métier passion » ! Si on ne s’enrichit pas au niveau du portefeuille, on s’enrichit chaque jour de nos rencontres, de nos lectures, de nos échanges.
  • « C’est génial de pouvoir lire toute la journée ». Faux archi-faux ! Pas le temps de lire à la librairie. La lecture c’est à la maison, pendant les vacances, le dimanche, etc… Tout comme vous, nous lisons pendant notre temps libre !

Quels sont les plaisirs à être libraire jeunesse ?
Oh qu’il est difficile de répondre à cette question…
Voir grandir les enfants au contact des livres, les voir sourire, rire, comprendre. Voir les parents ou grands-parents (ou oncles ou tantes…) comprendre eux aussi, trouver les mots au travers des livres, accompagner les plus jeunes dans un univers à part entière !
Oh et puis aussi, les heures du contes ! C’est toujours un plaisir de lire, de raconter les histoires. Cette petite demi-heure coupée du monde.

Et quels sont les mauvais côtés ?
Honnêtement, j’aimerai parfois pouvoir entrer dans une librairie sans être libraire. Avoir cette distance avec ce monde du livre que je n’ai plus maintenant que je le vis de l’intérieur.

Le site de Chantepages : http://www.librairiechantepages.fr (où on peut même acheter de beaux livres), son blog : http://librairiechantepages.eklablog.com et sa page facebook : https://www.facebook.com/pages/Librairie-Chantepages/110295432414939


Dis c’est quoi ton métier… Karine Bodin

Qu’est-ce qu’un « libraire jeunesse » ?
Un libraire jeunesse est un passeur : outre les parents, et l’environnement qu’ils mettent en place autour de l’enfant, il est le premier vecteur de culture, dès qu’il est possible de mettre un livre entre les mains de bébé, de lire une histoire. On pourrait dire la même chose du bibliothécaire, mais entrer, pour des parents, dans une librairie, est encore plus un geste symbolique : on vient y découvrir un livre que l’on va garder, et le libraire est la personne ressource qui va opérer la rencontre entre l’enfant, vierge de toute référence culturelle, et sa famille. Après tout, on se souvient toujours de ses premiers livres, de qui les a offerts et même du libraire qui a donné le goût d’entrer en littérature. Comme de son premier professeur. Plus tard, quand l’enfant passe au stade de l’adolescent, le libraire, s’il est toujours là, continue ce rôle de passeur. Oui, le libraire est un passeur.

Comment devient-on « libraire jeunesse » ?
Si l’on garde une âme d’enfant, c’est encore mieux : outre les formations techniques indispensables à tout libraire, il y a l’état d’esprit. Rester bon public, tomber en amour devant un texte, aussi court soit-il, une image, faire parler le jeune lecteur qu’on a été. Et aimer les histoires, même les plus inconcevables. Lorsque je choisis un album, je dis souvent que si j’arrive à le lire à voix haute dans ma tête, c’est gagné : j’arriverai à le faire partager, avec toutes les intonations qu’il demande. Quant aux romans, même constat : ce sont à nos émotions qu’ils doivent parler, puisque l’enfant reste longtemps un puits d’émotions. Enfin, pour le côté technique, mieux vaut bien connaître la littérature jeunesse, de sa genèse à aujourd’hui, les grandes références, les grands courants, puisqu’il est, là aussi, question de tendances.

Quelle est la différence avec un libraire « adulte » ?
Sans hésiter, une certaine liberté de choix : connaissez-vous beaucoup de magazines, d’émissions dédiés à la littérature de jeunesse ? Les mensuels littéraires leur font peu de place alors que c’est le secteur le plus prolifique. Alors, on peut presque se permettre de ne pas avoir le « Musso » jeunesse sur ses tables. Quoique, mieux vaut proposer Harry Potter ou Eragon, ne pas les présenter serait peu professionnel. Cette infinité de choix permet surtout de donner à sa librairie une saveur, une direction éditoriale, pour ne pas ressembler à n’importe quelle grande surface culturelle, qui, au demeurant, remplira bien son rôle en proposant le tout-venant.

Vous ne travaillez que quand la librairie est ouverte au public ?
Oh que non ! Depuis que nous avons ouvert la librairie en mars dernier –nous sommes deux associées, dont l’une vient de succéder à l’autre-, la durée de travail hebdomadaire se rapproche davantage des soixante heures que des trente-cinq ! On travaille d’ailleurs davantage quand la librairie est fermée, pour tout ce qui est comptabilité, commandes, retours, programmation des animations, élaboration du site Internet, présence sur les réseaux sociaux… Même la nuit, on a tendance à travailler, encore, du chapeau !

Lisez-vous beaucoup de livres ? Que des livres jeunesse ?
Dire que je ne lis que ça est présomptueux. Mais comme je ne suis pas du genre à savoir lire en diagonale, je savoure chaque texte, et mets donc du temps à les découvrir. J’aime aussi raconter des histoires aux enfants dans la librairie, ou à mes trois enfants, qui, même s’ils sont d’assidus lecteurs, aiment qu’on leur ressorte un vieil album pour le lire à voix haute. Je regrette juste que les journées ne fassent que vingt-quatre heures. Mais j’aime aussi sortir de temps en temps de la littérature jeunesse pour déguster des romans adultes, classiques, ou de gros documentaires historiques, une autre passion.

Participez-vous à des salons ?
Pour l’heure, pas des salons dans le sens littéral du terme. A l’automne, nous serons présentes lors de la Foire aux livres de l’Est, une grande manifestation dédiée au livre d’occasion qui dure un mois à Belfort, avec des animations. Notre librairie est dédiée aux livres neufs, nous y serons davantage pour nous faire connaître. Et nous participerons aussi au programme Bébé bouquine de la Médiathèque de Montbéliard, avec une conférence sur le livre et le tout-petit. Notre secteur ne compte pas vraiment de grande manifestation littéraire. Pourquoi ne pas en être, un jour, à l’origine ?

Organisez-vous des rencontres avec les auteurs ?
J’y mets un point d’honneur. J’en ai rencontré beaucoup par le passé, j’aime découvrir leur processus de création. Mais des dédicaces juste pour des dédicaces, assez peu pour moi ! En juin, nous avons fait venir une auteure franc-comtoise, Sandrine Beau, qui  a sorti au printemps, avec six autres collègues, un excellent livre sur l’avènement d’un parti extrémiste au pouvoir. On n’a rien vu venir avait été préfacé par Stéphane Hessel. Une rencontre a eu lieu à la librairie, et nous avons eu les honneurs de la presse locale, mais Sandrine était, dans la journée, intervenue dans deux classes de CM1-CM2 dont les enseignants avaient préparé la venue. Les questions ont été très pertinentes et Sandrine, pour qui c’était la première expérience d’immersion en classe avec ce livre, a été très enthousiaste. J’espère renouveler l’expérience le plus vite possible.

Comment travaillez-vous ?
Énormément sur ordinateur, sur un logiciel professionnel dans lequel les stocks sont enregistrés, les mouvements, les facturations, les retours. Il s’agit surtout de ne pas se tromper ! Pour ce qui est de la comptabilité, je la double aussi sur papier, pour ne rien omettre, ce n’est pas encore mon fort.

Comment est faite la rémunération ?
Au bout de cinq mois d’existence, il n’y en a pas ! Malgré des marchés publics et un bon démarrage, nous avons eu un investissement conséquent, notamment en terme de stock et de mobilier. Je garde mon premier métier à mi-temps mais mon associée doit être salariée, elle travaille à temps plein dans la société et n’a aucun revenu par ailleurs. Ma rémunération sera sans doute plutôt un bénéfice, s’il y en a un jour !

Choisissez-vous les livres qui sont dans la librairie ou vous sont-ils imposés ?
Les deux ! Il y a les incontournables, et on m’a déjà imposé des titres sans que je les ai demandés, en sortie internationale par exemple. Les représentants qui me rendent visite sont plutôt de bon conseil, ils ont souvent été libraires, même s’ils se trompent parfois en évoquant un titre qui « marche » et que moi, je ne vendrai pas, allez savoir pourquoi ! D’où l’importance de bien connaître la littérature de jeunesse, pour ne pas acheter n’importe quoi. Et bien connaître sa clientèle et ses habitudes.

Comment les choisissez-vous ?
Pour ce qui est du fonds, j’en ai lu beaucoup, j’ai compulsé les sélections de la Revue des livres pour enfants, des librairies du réseau Sorcières et je consulte régulièrement les résumés des programmations sur les sites internet des éditeurs pour ce qui est de l’actualité. Sans compter la venue des représentants, primordiale pour les petites maisons d’édition. Et la presse jeunesse, qui évoque régulièrement les grands titres qui marchent. Enfin, les lecteurs aussi nous font part quelquefois de pépites à ne pas manquer, cette relation d’échanges est d’ailleurs étonnante.

Êtes-vous démarchée par des auteurs ? des éditeurs ?
Il m’est arrivé d’avoir la visite d’auteurs, notamment sans éditeurs, qui veulent déposer leurs livres chez nous. Je leur demande plutôt de les accompagner par une rencontre avec des lecteurs susceptibles d’être intéressés, la librairie ayant pour vocation d’être un lieu qui vit de ces échanges. Les éditeurs aussi, notamment régionaux, se positionnent pour être référencés chez nous. Et avec Internet, l’annonce de la création d’une librairie ne passe pas vraiment inaperçue. Alors, il y a souvent un « oui, je prends », pour cinq « non, ça ne m’intéresse pas ».

Vous arrive-t-il de refuser de mettre un livre en rayon ?
Aucun de ceux que j’ai commandés. Sauf peut-être celui d’un auteur pour lequel j’avais commandé une dizaine de beaux livres, qu’il était censé dédicacer le jour de notre inauguration et qui, à la dernière minute, nous a fait faux bond… Par contre, il y a des livres que je ne commande pas sciemment : ceux qui peuplent les rayons des grandes surfaces commerciales et qui se jettent comme un kilo de pommes de terre dans le chariot pendant les courses. Quand on me les demande, j’explique pourquoi. Même si j’en ai toujours au moins une référence en réserve.

Quelles sont les idées reçues qui vous énervent sur les libraires ?
Quand on est indépendant, c’est qu’on est plus cher, je l’ai déjà entendu maintes fois. Il faut régulièrement expliquer que le prix du livre en France est assujetti à une loi très importante pour nous. Mais comme je ne suis pas libraire à l’origine, je me moque un peu des idées reçues.

Quels sont les plaisirs à être libraire jeunesse ?
Lorsque les clients ne sont pas contents, ils le disent sans circonvolutions : « ça, j’aime pas ! » C’est un excellent moyen pour se remettre en question ! J’adore aussi voir revenir un enfant qu’on m’a présenté comme « n’aimant pas lire » et qui me demande la suite du bouquin que je lui ai conseillé. Ce miracle n’arrive pas tous les jours, mais c’est fréquent. Ou ces tout-petits qui ont fait de la librairie le lieu des détours quotidiens, pour rendre visite « au lapin » peint sur la vitrine. Quand le lecteur revient, me tutoie, m’invite à faire partie de son univers, c’est un très beau cadeau qui n’a rien de superficiel.

Et quels sont les mauvais côtés ?
Les sous ! Il en faut pour acheter les livres, il ne faut pas relâcher la vigilance pour obtenir des remises viables de la part des éditeurs et faire comprendre, dans le paysage local, qu’une librairie indépendante a encore toute sa légitimité. Même si elle est petite, n’appartient à aucun réseau national et que les portes ne s’ouvrent jamais aussi vite que pour une franchise. C’est toute cette énergie que l’on doit déployer dans les paperasses, les discussions parfois stériles qui peut, à la longue, user. Mais quelle belle aventure, même si elle ne dure qu’un temps !

Le site de La marmite à mots : http://lamarmiteamots.com et sa page facebook : https://www.facebook.com/LaMarmiteAMots

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Dis… c’est quoi ton métier ? Les blogueurs : Morgan Camus et Lael

Par 8 août 2012 Fiches métiers, Les invités du mercredi

Tous les mercredis de juillet et août je vous propose de découvrir un métier grâce à deux personnes qui font ce métier-là. Vous découvrirez ainsi ceux qui travaillent autour du livre pour enfants : illustrateurs jeunesse et libraires jeunesse, vous avez déjà découvert les auteurs jeunesse (avec Marie Aude Murail et Séverine Vidal), les attachés de presse dans une maison d’édition jeunesse (avec Myriam Benainous et Angela Léry), les traducteurs de livres pour enfants (Rose-Marie Vassallo et Josette Chicheportiche), les bibliothécaires jeunesse (Laurence Horvais et Thierry Bonnety), et les éditeurs jeunesse (Loïc Jacob et Chun-Liang Yeh et Cécile Emeraud). Cette semaine je vous propose de découvrir un métier… qui n’en est pas un mais qui compte quand même de plus en plus dans le secteur de l’édition jeunesse… les blogueurs jeunesse ! J’ai donc posé des questions, afin de mieux connaître leur activité, à deux blogueuses : Morgan Camus du blog Papier de soie et Lael de Sous le feuillage. Merci infiniment à elles d’avoir pris le temps de me répondre.


Dis c’est quoi ton métier… Morgan Camus

C’est quoi un blogueur jeunesse ?
– C’est quelqu’un qui s’est spécialisé dans la lecture pour les enfants et… qui est intarissable sur les livres jeunesse ! Qui a toujours quelque chose à raconter dessus, un titre à faire découvrir, une merveille à avoir absolument dans sa bibliothèque. Les porte-monnaie de nos lecteurs ne nous disent pas merci !

Comment devient-on blogueur jeunesse ?
– Je suis devenue blogueuse jeunesse car j’étais passionnée par les albums pour enfants. Pour partager cette passion avec le plus grand nombre, créer un blog est vite devenu une évidence ! Je me suis lancée dans l’aventure et je ne le regrette pas 🙂

Quelles sont les qualités pour devenir blogueur ?
– Premièrement, il faut aimer lire et trouver une utilité à la lecture. Ça peut être une façon d’aborder un thème délicat, un sujet évoqué qui fait se sentir moins seul, une évasion, une accession à un monde, un style nouveau, repousser les tabous, faire accepter les différences, etc…
Il faut avoir une certaine sensibilité artistique et oser dire qu’être auteur jeunesse ou illustrateur est aussi talentueux que peintre ou écrivain pour adultes ! Avoir de l’estime et du respect pour tous les acteurs de la littérature jeunesse (auteurs, éditeurs, illustrateurs, lecteurs…), un point essentiel pour moi.

Est-ce que c’est rentable financièrement ?
– Pour le moment, pas vraiment. Mais par contre, je possède une fortune en ouvrages jeunesse ! Mes trésors.

Combien de temps ça prend ?
– Pour rédiger un article ? Entre une heure et deux heures. La spécificité de Papier de Soie est d’insérer des visuels avec l’article pour que les visiteurs se rendent mieux compte de l’univers que dégage le livre. Je dois donc prendre des photos, les recadrer, mettre les mentions légales sur chacune d’entre elles et écrire l’article. Quand je suis satisfaite, je valide l’article et je le mets en attente de publication.
Ça prend un certain temps et cela demande de la concentration, car je tiens un rythme d’un article par jour du lundi au vendredi. Ensuite, je peux faire une semaine sur un thème (anniversaire, handicap, maman…) donc je m’organise pour ne parler que de livres qui traitent ce sujet.
Je tiens également à « brasser » les maisons d’édition, ne pas en mettre une plus en avant que l’autre. Heureusement, le choix est vaste ! Il faut également se tenir informé sur toutes les nouveautés, les changements au sein des maisons d’édition, l’évolution de la carrière des auteurs et des illustrateurs, créer sans cesse de nouveaux liens.
Finalement, c’est un travail à plein-temps !

Faut-il des connaissances en informatique, internet, réseaux sociaux ?
– Je ne sais pas… Peut-être pour créer un site ou un blog agréable à consulter. Quoiqu’il y a des blogs tout faits ! Je n’ai pas à me préoccuper de cet aspect, il se trouve que j’ai un informaticien à domicile 😉
Ensuite, oui, il est important d’avoir des réseaux sociaux, c’est ce qui permet de faire fonctionner le site ou le blog, mais c’est à la portée de tout le monde. Je dirais que ce qui est primordial c’est d’entretenir les relations avec les acteurs du livre.

Avez-vous un objectif ? Espérez-vous en faire votre métier ?
– Ce serait une consécration ! Mais je retire déjà beaucoup de satisfaction à réaliser ce que je fais.

Comment obtenez-vous les livres que vous chroniquez ? Les achetez-vous, êtes-vous abonnée à une bibliothèque ?
– Tous les livres que je reçois sont des services de presse. C’est-à-dire que ce sont les maisons d’édition qui me les envoient. Il arrive que ce soit aussi les auteurs qui me font parvenir un exemplaire de leur dernier-né.

Lisez-vous tous les livres que vous recevez ?
– Oui, sans exception ! Les petites maisons d’édition m’envoient toutes leurs parutions qui ne sont pas nombreuses sur l’année. Les grosses maisons d’édition m’envoient leur communiqué de presse et je fais mon choix. Si je demande tels livres, je mets un point d’honneur à faire un article dessus. J’aurais mauvaise conscience de demander des livres sur lesquels je n’écrirai pas…

Que se passe-t-il quand vous n’aimez pas un livre ?
– Je n’en parle pas. Car il faut savoir qu’un livre se construit dans certaines conditions, notamment un album jeunesse où le dialogue, la confiance, la coordination des différents acteurs, les délais raisonnables sont très importants pour en faire un bon ouvrage.
De plus, il est toujours extrêmement facile de dire du mal d’un travail artistique, les perceptions sont nombreuses. Mais il ne faut jamais oublier que l’artiste est une personne très investie dans son univers et donc très sensible aux critiques, et qu’il faut respecter un travail que l’on n’est pas capable de faire soi-même.
Étant donné que la fréquentation de Papier de Soie est plutôt bonne, je ne veux pas donner une opinion dévalorisante sur un livre quand souvent, il a été fait dans de mauvaises conditions. Des visiteurs peuvent se faire une idée erronée d’un auteur ou d’un illustrateur avec un avis négatif donné sur un de leurs livres, alors que c’est juste une faute de parcours. Comme tout le monde le sait : sois parfait pendant 100 ans et commet une faute, les gens ne retiendront que cette dernière…

Qui vous démarche ? Des auteurs ? Des illustrateurs ? Des éditeurs ?
– Les trois ! C’est là que les réseaux sociaux et le bouche-à-oreille sont très importants : ils construisent une réputation dont il faut prendre soin et cela permet d’être contacté par les auteurs, les illustrateurs et les éditeurs qui souhaitent que l’on parle de leurs livres.

Quelles sont vos relations avec eux ?
– Bonnes ! C’est un vrai plaisir d’échanger avec chacun d’entre eux, de se tenir au courant des nouveautés, des évolutions, des changements.

Rencontrez-vous les gens en « vrai » ?
– Oui, bien sûr ! Notamment au Salon du Livre Jeunesse de Montreuil, le plus important d’Europe qui dure environ une semaine. C’est un vrai marathon organisé pour pouvoir rencontrer presque tout le monde ! Mais c’est génial, cela permet de rencontrer des auteurs et des illustrateurs du monde entier que l’on ne verrait pas autrement.
Sinon, je fais également les salons du livre de mon département où, il faut le dire, il y a pleins de talents connus et reconnus !

Est-ce que cela complique vos chroniques ?
– Pas du tout ! Au contraire, je peux approfondir le sujet sur le thème abordé avec l’auteur, les techniques utilisées par l’illustrateur, etc… C’est une vraie richesse 🙂
De plus, je comprends mieux pourquoi untel ou untel construit son sujet de telle façon, pourquoi il voit les choses sous cet angle, quel était son but, sa prise de risque s’il y en a.

Avez-vous des relations avec les autres blogueurs ? y-a-t-il une concurrence ?
– J’en ai quelques-unes… que j’entretenais bien au début, puis avec l’accumulation de travail sur Papier de Soie, j’ai malheureusement laissé de côté mes relations avec les blogueurs (honte sur moi !).
Par contre, il ne m’a jamais semblé y avoir de concurrence. Je pense que lorsque l’on trouve son propre style, il y a de la place pour chacun 😉

Avez-vous encore le temps de lire autre chose que des livres jeunesse ?
– Oui, je suis une addict aux livres… J’adore les BD, il y a également beaucoup de talents et de richesses dans cette discipline. Et je dévore pleins de romans (plage, salles d’attente, voiture, train, lit, etc…) dès que j’ai cinq minutes, j’ouvre un livre.

Quelles sont les idées reçues qui vous énervent sur les blogueurs jeunesse ?
– Ha bon, il y a des idées reçues ? On ne m’en a jamais fait part…
Enfin si, la seule que j’ai jamais entendue vient des auteurs et des éditeurs qui sont déçus par les blogueurs (mais aussi par les magazines et journalistes, c’est vraiment au sens large) qui se contentent de reprendre le résumé de la quatrième de couverture. Pas d’investissement ni d’avis, et je leur donne raison.

Quels sont les plaisirs à être blogueur jeunesse ?
– Les plaisirs sont nombreux : lire tous les albums que l’on souhaite, avoir la reconnaissance des éditeurs, auteurs et illustrateurs, avoir des horaires souples, faire des découvertes sublimes en permanence, ne pas connaître l’ennui, découvrir toujours plus de talents et d’univers différents, ce qui procure une grande richesse artistique 🙂
Être libre aussi : parler d’un livre parce qu’il nous plaît et non pas contraint par quoi que ce soit. Pour ma part, si les éditeurs refusent que je mette des visuels, je ne parle pas de leurs livres. Parfois, c’est dommage, mais il y a tellement de choix, que ce n’est finalement pas grave pour moi. Et aujourd’hui, ils ont tous accepté.
Et pour finir, être un petit maillon de cette formidable chaîne qui donne envie de lire des livres !

Et quels sont les mauvais côtés ?
– En ce qui me concerne, je n’en connais aucun. C’est quelque chose que j’ai choisi, et la lecture procure toujours de la magie et de l’émerveillement 🙂

Papier de soie : http://www.papier-de-soie.com


Dis c’est quoi ton métier… Lætitia Lael

C’est quoi un blogueur jeunesse ?
– Un blogueur jeunesse c’est un chroniqueur, un connaisseur du monde de la littérature de jeunesse. Il fait des sélections parmi les nombreuses publications.
Il fait ressortir le meilleur de la production actuelle et met en avant la richesse, la diversité de ce domaine. C’est un chroniqueur de blog ou webzine qui se veut être spécialisé dans les romans ados, les albums destinés à l’enfance et à l’adolescence. On ne choisit pas par hasard ce domaine, au même titre qu’un blogueur spécialisé dans les bandes dessinées.

Comment devient-on blogueur jeunesse ?
– On devient blogueur jeunesse avec une envie, une passion, une volonté de partager des lectures à travers un réseau social : internet, les blogs.
La passion est le leitmotiv majeur pour réussir son blog. Garder cette envie d’écrire, de chroniquer de faire passer avec les mots son enthousiasme.
On apprend à être blogueur, à utiliser les outils, à développer des qualités rédactionnelles. C’est également un investissement, tout particulièrement dans ce domaine parce qu’il faut lire, se tenir informé des nouveautés. Il faut alimenter son blog et créer du contenu.

Quelles sont les qualités pour devenir blogueur?
– La patience pour tout ce qui est technique (codes html, widgets…). Avec l’enthousiasme et l’envie, on peut aller loin. Il faut être soi même et rester naturel, pour créer un univers de lecture original, si ce n’est personnel et donc unique. Un certain goût pour la langue française : son vocabulaire, sa syntaxe et « créer sa manière de raconter un livre ». Il faut communiquer son « amour » pour la lecture, pour ce domaine. Il faut savoir rester « humble » et modeste et ne pas se lancer dans la compétition aux services de presse. Au contraire, il faut recevoir chaque partenariat comme un cadeau, une preuve de sa place « à part », une confiance donnée par un professionnel.

Est-ce que c’est rentable financièrement ?
– Pas du tout !!!! On ne vit pas d’un blog. La seule richesse rentable voire palpable et concrète ce sont les services de presse. C’est toujours un plaisir et un remerciement de notre travail.

Combien de temps ça prend ?
– Cela dépend de l’investissement que l’on veut y mettre. Un blog de lectures c’est du temps pour lire les livres, du temps pour rédiger les articles, du temps pour créer des index, des bibliographies. Tout dépend de sa vie de famille, de sa manière de concilier vie professionnelle, vie sociale et vie familiale avec sa passion. J’ai appris une chose : lire est une passion, créer un blog et bloguer en découle aussi. Petit à petit, rédiger des articles devient également une passion. Approximativement par semaine : 2 à 4h (mais c’est peu en ce moment pour moi car je m’occupe de ma maison et j’ai donc moins de temps). Cela peut aussi être toute une journée d’un week-end.

Faut-il des connaissances en informatique, internet, réseaux sociaux ?
– Un peu. Ça aide. On apprend petit à petit.

Avez-vous un objectif ? Espérez-vous en faire votre métier ?
– Mon rêve serait d’être reconnue en tant que chroniqueuse jeunesse professionnelle : comme une référence dans ce domaine. Une bonne connaisseuse, une spécialiste. Idéalement, si mon blog pouvait m’ouvrir les portes pour devenir attachée de presse dans une maison d’édition, assistante d’édition ou rédactrice papier : ce serait incroyable. J’aimerais être payée pour lire, pour écrire des chroniques, pour promouvoir des sorties. C’est grâce à Sous le feuillage que j’ai obtenu mon poste de libraire jeunesse.

Comment obtenez-vous les livres que vous chroniquez ? Les achetez-vous, êtes-vous abonnée à une bibliothèque ?
– J’achète tous mes livres et je reçois des services de presse. Je ne vais jamais à la bibliothèque : c’est le comble et un paradoxe que personne ne comprend !!

Lisez-vous tous les livres que vous recevez ?
– Oui. C’est un honneur de recevoir des livres gratuitement : une confiance donnée. Il peut m’arriver d’être en retard sur des chroniques mais tout ce que je reçois, je le chronique. C’est j’estime la moindre des choses. Quant aux livres/services de presse que je n’ai pas demandé, je les chronique mais ils ne passent pas en priorité sur ma liste.

Que se passe-t-il quand vous n’aimez pas un livre ?
– Rien de particulier. Je le dis c’est tout. Quand je n’ai pas aimé un livre, je rédige ma chronique et j’explique, je motive mon opinion. De plus, je peux ne pas aimer un livre mais qu’il soit aimé par d’autres lecteurs. Chaque livre a son lecteur et chaque lecteur a son livre.

Qui vous démarche ? des auteurs ? des illustrateurs ? des éditeurs ?
– Éditeurs et auteurs. Je pense ne pas avoir encore reçu de propositions de la part des illustrateurs. Mon crédo : laisser les professionnels venir à moi. Ne rien demander.

Quelles sont vos relations avec eux ?
– Bonnes. Relations de professionnels.

Rencontrez-vous les gens en « vrai » ?
– Oui cela m’arrive lorsque j’ai la chance de pouvoir me rendre aux salons.

Est-ce que cela complique vos chroniques ?
– Pas du tout. En quoi cela compliquerait nos chroniques ? Que ce soit un services de presse ou un livre de notre PAL (NDLR : acronyme pour « pile à lire »), je rédige mes articles avec les mêmes principes et les mêmes envies.

Avez-vous des relations avec les autres blogueurs ? y-a-t-il une concurrence ?
– Oui j’ai appris à connaître d’autres blogueuses (Liyah, Thalie que je connais en vrai, Stephie, Clarabel, Ori, Bladelor …) On partage des moments de complicité autour de nos coups de cœur. Concurrence : Je ne conçois pas ma passion comme ça. Chacun a sa personnalité, a son univers de lecture, a sa manière d’écrire sur un livre. On crée un blog pour soi, pour les autres, pour partager. Le faire dans un esprit de compétition ? Où est donc la passion ?

Avez-vous encore le temps de lire autre chose que des livres jeunesse ?
– J’essaye, je m’y efforce. C’est difficile de pouvoir caser une lecture autre que jeunesse parce que tout simplement pour moi, c’est la littérature de jeunesse qui me fait le plus vibrer.

Quelles sont les idées reçues qui vous énervent sur les blogueurs jeunesses ?
– Qu’ils ne puissent pas être des professionnels. Qu’ils se donnent des airs de critique littéraire. C’est archi-faux. Nous n’avons pas cette prétention là. Nous avons un poids et les éditeurs l’ont compris.

Quels sont les plaisirs à être blogueur jeunesse ?
– Avoir ce sentiment de « mener sa barque », d’être à part, de faire quelque chose qui ne ressemble pas à ce que l’on voit. Au travail, quand je dis que je tiens Sous le feuillage, un blog, les gens me voient autrement et j’en suis fière. C’est une manière de se définir, de définir sa passion.

Et quels sont les mauvais côtés ?
– La frustration du manque du temps, du manque d’argent (car il n’y a pas un jour où je ne veux pas une nouveauté !!!).

 Sous le feuillage : http://souslefeuillage.blogspot.fr

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Dis… c’est quoi ton métier ? Les éditeurs de livres pour enfants : Loïc Jacob, Chun-Liang Yeh et Cécile Emeraud

Par 1 août 2012 Fiches métiers, Les invités du mercredi

Tous les mercredis de juillet et août je vous propose de découvrir un métier grâce à deux personnes qui font ce métier-là. Vous découvrirez ainsi ceux qui travaillent autour du livre pour enfants : illustrateurs jeunesse, libraires jeunesse, blogueurs jeunesse, vous avez déjà découvert les auteurs jeunesse (avec Marie Aude Murail et Séverine Vidal), les attachés de presse dans une maison d’édition jeunesse (avec Myriam Benainous et Angela Léry), les traducteurs de livres pour enfants (Rose-Marie Vassallo et Josette Chicheportiche) et les bibliothécaires jeunesse (Laurence Horvais et Thierry Bonnety), cette semaine je vous propose de découvrir les éditeurs de livres pour enfants ! J’ai donc posé des questions, afin de mieux connaître leur profession, à trois éditeurs : Loïc Jacob et Chun-Liang Yeh des éditions HongFei et Cécile Emeraud des éditions du Rouergue. Merci infiniment à eux d’avoir pris le temps de me répondre.


Dis c’est quoi ton métier… Loïc Jacob et Chun-Liang Yeh

Comment définiriez-vous « éditeur jeunesse » ?
– L’éditeur jeunesse est d’abord un éditeur, c’est-à-dire quelqu’un qui cultive l’art de publier et celui de transmettre. L’art de publier se rapporte à un projet d’édition, une œuvre (texte, illustration) et à l’attention que l’éditeur met à créer un « bon livre » pour servir cette œuvre (rencontrer les lecteurs). L’art de transmettre se rapporte d’avantage à un projet éditorial (la ligne de la maison) et aux intentions de l’éditeur lorsqu’il construit son catalogue.
L’intitulé « éditeur jeunesse » précise une dimension supplémentaire en signalant toute l’attention que l’éditeur porte à la spécificité du « lecteur type » à qui il destine ses livres : le bébé, l’enfant et l’adolescent. Non pas que l’éditeur réponde nécessairement à une demande (même si c’est parfois le cas) mais plutôt qu’il tient compte des caractères propres de son lectorat. Celui-là est formidable car curieux et très disponible ; mais il est également très exigeant et sans état d’âme.

Comment êtes-vous devenu éditeur jeunesse ?
– Par choix. HongFei Cultures est une maison d’édition que nous avons fondée à deux. Après que chacun de nous deux ait d’abord mené une autre vie professionnelle, nous avons décidé de travailler à la création de livres. La littérature nous accompagnait depuis toujours. L’image occupait une place importante dans nos vies. C’est assez naturellement que nous avons songé à l’édition jeunesse où il est possible de travailler sur ces deux champs d’expression et, même, de les marier. Pour ce qui nous concerne, ce projet n’était pas dissociable d’une intention interculturelle (la rencontre des cultures chinoises et française) et du souhait de l’inscrire dans une entreprise de création.

Comment est faite la rémunération ? (salaire fixe ? pourcentages ? avances ?) Est-ce que vous avez un métier à côté ?
Comme dans toute entreprise, la rémunération de l’éditeur dépend de la nature de ses liens avec la maison d’édition : il peut être gérant (souvent le cas pour les créateurs des maisons), salarié ou intervenir sur mission. Parfois, lorsque la maison d’édition fonctionne sur un mode associatif, il arrive qu’il travaille à titre gracieux. L’existence d’une autre activité, généralement plus sûrement rémunératrice, dépend donc des choix et conditions de chacun. Les deux éditeurs de HongFei Cultures ont fait le choix d’exercer leur métier à part entière et n’ont pas d’autres activités professionnelles que celle-là.

Comment sont répartis les bénéfices d’un livre entre l’auteur, l’illustrateur et l’éditeur ?
– L’économie du livre est beaucoup plus complexe que le suggère la question, pour trois raisons au moins. D’une part les acteurs sont nombreux ; au-delà de l’auteur, l’illustrateur et l’éditeur (derrière qui on trouve le graphiste, la communication, etc.), la chaîne du livre intègre l’imprimeur, le diffuseur (qui assure la commercialisation du livre auprès des libraires), le distributeur (qui se charge du transport du livre jusqu’à la librairie où il sera vendu et, éventuellement du retour du livre en stock s’il n’est pas vendu), et le libraire. Précisons ici que les cas de figure sont variés : certains éditeurs assurent eux-mêmes diverses tâches (graphisme, communication, diffusion ou distribution). D’autre part, une partie des rémunérations intervient avant même la vente du livre : un livre commence par coûter de l’argent avant d’en rapporter (quand c’est le cas). C’est là une des caractéristiques du métier de l’éditeur : la publication est une prise de risque (assumée et mesurée). Enfin, à la question de la répartition, on répond toujours avec un « camembert » qui montre les pourcentages revenant aux uns et aux autres (en gros, sur un livre de 10€, 3€ vont au libraire, 2,6€ à la diffusion-distribution, 2€ à l’imprimeur, 1,4€ à l’éditeur, 1€ à l’auteur). Malheureusement, il y a loin du schéma à la réalité et on y confond souvent les marges (celles grâces auxquelles sont payés les salaires, les fournisseurs, les locaux, etc.) et les bénéfices. Par exemple, un éditeur ne gagne pas 14% du prix d’un livre puisqu’avec cette part il finance le graphisme, la communication, les évènements, ses locaux, etc. En outre, c’est l’éditeur qui supporte le coût financier des livres qui méritent d’être publiés et défendus même s’il s’avère qu’une perte commerciale est possible. Cette confusion entre marge et bénéfice est souvent source de malentendu, notamment entre les auteurs et les autres acteurs de la chaîne du livre.

Comment choisissez-vous les auteurs ? Les illustrateurs ? Arrive-t-il que des auteurs imposent/proposent un illustrateur ?
– Les éditions HongFei Cultures ont une ligne éditoriale. Nous publions essentiellement des textes d’auteurs de culture chinoise que nous faisons illustrer par des artistes vivant en France. Ensuite, nous avons des intentions à l’égard des jeunes lecteurs ; elles se manifestent notamment à travers une triple thématique : l’intérêt pour l’inconnu, le voyage et la relation à l’autre. Enfin, il y un tempérament général qu’on perçoit à travers la nature des textes et illustrations publiés et qui, chez HongFei Cultures, portent à la douceur plutôt qu’à heurter. C’est sur ces bases que nous effectuons nos choix.

HongFei n’édite que des textes chinois, quelle est la limite de cette spécificité ?
– Notre ligne directrice est double : la rencontre des cultures et la création. Nous publions moins des textes chinois que des textes d’auteurs chinois. La nuance est importante. Elle permet de ne pas trouver dans nos livres une « Chine éternelle » traitée comme un objet de curiosité (souvent sur la base de clichés) mais une écriture qui révèle une Chine sensible et qui s’émeut, susceptible de susciter une création d’illustrations, même loin de sa source (par exemple en France). Par ailleurs, nous publions aussi des livres sans lien avec la Chine, ni par leur auteur ni par leur sujet. Cela rejoint notre préoccupation première d’éditeur : faire de bons et beaux livres pour les jeunes lecteurs.

Est-ce qu’il vous arrive de demander aux auteurs de changer un texte, aux illustrateurs de changer un dessin ?
– Comme éditeur, nous considérons le chemin à parcourir avec un auteur et/ou un illustrateur comme un compagnonnage fondé sur la confiance. Le plus souvent, il y a loin du projet au livre. Chacun, avec son talent et ses compétences, participent à la réalisation du livre et il est entendu que l’éditeur y joue un rôle majeur. C’est d’autant plus vrai lorsqu’il est à l’origine du projet. Ça ne veut pas dire que l’éditeur fait ce qu’il veut et demande ce qu’il veut. Au contraire, nous attendons toujours d’être surpris par le point de vue de l’artiste que vient formaliser un savoir faire technique. Nous ne sommes pas des créateurs et ne souhaitons pas à avoir à dire « il faut écrire cela, il faut dessiner ceci ». Mais nous sommes des lecteurs, au regard formé et exercé. Nos interventions se justifient donc par la recherche de la qualité, de la justesse et, généralement, par la certitude que l’auteur/l’illustrateur peut aller un peu au-delà de sa proposition. Par ailleurs, l’éditeur connaît le marché du livre, ses exigences, ses contraintes, ses faiblesses mais aussi sa disponibilité à découvrir un nouveau texte, une nouvelle illustration. Le succès n’est jamais garanti. Mais avancer ensemble est souvent une satisfaction.

Comment choisissez-vous ce que vous éditez ?
– Le choix se réalise en fonction de critères très objectifs : la ligne de la maison, la possibilité d’intégrer un projet à un ensemble qui le dépasse (le catalogue), la qualité propre du projet, la possibilité de le porter efficacement devant le public. Pourquoi publier un projet qu’on défendra mal ? Il arrive aussi que le choix soit très personnel. Les auteurs ou illustrateurs qui nous sollicitent nous demandent souvent d’expliquer un refus. C’est parfois difficile.

Vous arrive-t-il de commander des projets ?
HongFei Cultures a la particularité d’être essentiellement une maison de commande ; sur la trentaine de titres déjà publiés, à peine un quart sont des projets personnels d’auteurs-illustrateurs. Pour les autres, c’est nous qui avons sollicité les auteurs ou les illustrateurs de notre choix.

Comment vous propose-t-on les textes ?
– Nous recevons surtout les projets par voie électronique ou postale. Parfois, les auteurs ou illustrateurs nous sollicitent pour un rendez-vous pendant lequel ils nous font découvrir leur travail. Les envois sont très nombreux. Rares sont les projets que nous accueillons ; d’abord parce que nous ne publions que très peu de livres par an ; mais aussi parce que, le plus souvent, les envois ne tiennent pas vraiment compte des spécificités de la maison.

Quels sont les plaisirs à être éditeur jeunesse ?
– Comme dans toutes les activités, on a les plaisirs qu’on sait y trouver. Pour notre part, nous avons le plaisir de mettre en œuvre des idées, des projets, celui de mobiliser des talents, de les accompagner, la satisfaction d’un accomplissement de qualité, de servir l’invention géniale du papier par une production qui mérite d’exister. Nous sommes heureux de notre indépendance et de notre liberté, des rencontres nombreuses et variées avec des publics divers… Et puis, comme éditeur jeunesse, nous travaillons en direction d’un lectorat plein des possibles qu’offre la vie lorsqu’elle est à venir.

Et quels sont les mauvais côtés ?
– Les difficultés sont nombreuses mais elles sont chaque fois l’occasion de relever un défi et d’avancer… Nous aimons notre travail et tout ce qui le constitue.

Le site des éditions HongFei Cultures : http://www.hongfei-cultures.com et leur page facebook : https://www.facebook.com/pages/%C3%A9ditions-HongFei-Cultures/282130295139702


Dis c’est quoi ton métier… Cécile Emeraud

– Comment définiriez-vous « éditeur jeunesse » ?
– Le Petit Robert dit de la jeunesse que c’est un « Ensemble de caractères propres à la jeunesse, mais qui peuvent se conserver jusque dans la vieillesse. Fraîcheur, verdeur, vigueur. »
Le travail d’éditeur est justement d’essayer de garder toute sa fraîcheur devant chaque manuscrit, chaque projet, qu’ils soient pour les petits ou pour les grands !
Plus précisément, une fois les manuscrits sélectionnés, mon rôle d’éditrice est d’accompagner le projet dans toutes ses étapes pour le faire devenir livre. C’est un travail de coordinateur car, à chaque étape – sa création avec auteurs et illustrateurs, sa mise en forme avec les graphistes, sa fabrication avec les responsables de production et les imprimeurs, sa promotion et sa diffusion avec les commerciaux – l’éditeur est l’interlocuteur et le pivot qui permet d’aller à l’étape suivante. C’est ce qui est passionnant dans le métier d’éditeur, c’est qu’il ne se résume pas à lire des manuscrits toute la journée, mais qu’il amène à être en lien avec tous les acteurs de la chaîne du livre – de l’auteur jusqu’au libraire – pour faire aboutir ce qui n’était qu’un projet.
On ne peut éditer un livre sans se poser la question de son lectorat – la spécificité « jeunesse » a donc bien sûr toute son importance… mais je ne la prends pas comme une contrainte car il n’est pas « un » enfant mais une multitude d’enfants, chacun avec des besoins, des envies, des expériences et des aspirations différentes. Si l’on fait confiance aux enfants et à leur intelligence, cela laisse une grande latitude ! Face à un manuscrit destiné à la « jeunesse », l’idée est moins de se poser les questions « à qui s’adresse-t-il ? » et « de quoi parle-t-il ? » mais « comment le fait-il » ?
Aux éditions du Rouergue, je m’occupe à présent des collections de romans pour les jeunes lecteurs (zig zag, dacodac et d’autres à venir…)

Comment êtes-vous devenue éditeur jeunesse ?
– D’abord en lisant beaucoup de livres pas forcément pour les enfants quand j’étais enfant. Puis beaucoup de livres pour enfants depuis que je ne suis plus enfant… et, accessoirement, en faisant des études de Lettres Modernes et un DESS d’édition !

Comment travaillez-vous ? (Avez-vous un bureau ou chez vous ?)
– Je travaille dans les bureaux des éditions du Rouergue à Paris, avec mes collègues et ceux des éditions Actes sud et Thierry Magnier. C’est un environnement très stimulant ! Mais je passe aussi du temps au téléphone ou par mail avec mes collègues qui travaillent en Arles, à Rodez et les auteurs et illustrateurs d’ici et d’ailleurs. Et bien sûr, sur les salons, en France ou à l’étranger…

Comment est faite la rémunération ? (salaire fixe ? pourcentages ? avances ?) Est-ce que vous avez un métier à côté ?
Pour ma part, je suis salariée, et n’ai pas d’autre activité que celle d’éditrice.

Comment sont répartis les bénéfices d’un livre entre l’auteur, l’illustrateur et l’éditeur ?
– Grosso modo, les auteurs et illustrateurs ont 6 à 10 % du prix du livre, le libraire environ 35 %, les diffuseur et distributeur 18 %, l’imprimeur 16 %, la TVA 7 % et le reste est pour l’éditeur…

Vous arrive-t-il de commander des projets ?
Très rarement ! Nous publions essentiellement les textes/projets qui nous arrivent spontanément. Dans le cas d’une nouvelle collection que nous lançons, il arrive que nous en parlions aux auteurs pour susciter des idées et des envies, mais sans jamais que la commande ne soit plus précise que cela. Les textes viennent ou ne viennent pas… mais très vite, en général, les collections sont repérées et les projets arrivent d’eux-mêmes.

Comment choisissez-vous ce que vous éditez ? Comment choisissez-vous les auteurs ? Les illustrateurs ? Arrive-t-il que des auteurs imposent/proposent un illustrateur ?
– Je regroupe ces questions, car nous choisissons avant tout des projets faits par des auteurs/illustrateurs, l’un n’allant pas sans l’autre. C’est une question à la fois cruciale et à laquelle il serait fastidieux de répondre précisément, puisqu’il s’agit là de définir notre politique éditoriale ! Bien sûr, nous n’avons pas de grille d’analyse précise avec les différents critères de sélection qui nous permettent de choisir ou de ne pas choisir les manuscrits. Quand nous découvrons un projet, nous nous laissons nécessairement guider par notre subjectivité… Mais nous avons aussi en tête des exigences assez précises en terme d’écriture et d’illustration. Nous ne sélectionnons jamais un projet en fonction du thème qui est traité mais en fonction de la façon dont il est traité : l’originalité du point de vue donné sur un thème, la qualité de l’écriture, du graphisme. Nous recherchons en particulier textes et images qui permettent au lecteur d’avoir des interprétations multiples du livre/du monde et dont le sens ne s’épuise pas à la première lecture…
Quant à la façon dont auteurs et illustrateurs travaillent ensemble, tous les cas sont possibles. Certains auteurs nous proposent de travailler avec un illustrateur de leur choix ; si cela nous semble cohérent avec le projet, alors pourquoi pas ?

Est-ce qu’il vous arrive de demander aux auteurs de changer un texte, aux illustrateurs de changer un dessin ?
– Je dirais que notre rôle d’éditeur est d’être le regard critique des auteurs et illustrateurs : nous les encourageons quand nous trouvons que c’est abouti et nous les poussons à travailler quand nous pensons qu’ils peuvent aller plus loin. Si c’est cela « changer », alors, oui, nous les faisons changer, mais toujours avec leur consentement !

Comment vous propose-t-on les textes ?
– Par La Poste. Par e-mail. Sur les salons… Au téléphone, à l’état d’idée ! Tout est possible !

Quels sont les plaisirs à être éditeur jeunesse ?
– Nombreux : les belles relations qui se nouent avec les auteurs, illustrateurs mais aussi avec les autres acteurs de la chaîne du livre. Les rencontres avec les lecteurs et leurs étonnantes lectures. La belle surprise quand on découvre un manuscrit tout neuf. Et la chance de ne jamais faire la même chose !

Et quels sont les mauvais côtés ?
– C’est addictif !

 Le site des éditions du Rouergue : http://www.lerouergue.com et leur page facebook : https://www.facebook.com/rouerguejeunesse

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