La mare aux mots
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Eloïse Rey

Les invité·e·s du mercredi : Eloïse Rey, Fred Fivaz et Olivier Douzou

Par 20 juin 2018 Les invités du mercredi

Aujourd’hui on rencontre Eloïse Rey, illustratrice et graphiste, qui nous parle avec passion et enthousiasme de son activité et puis, dans un deuxième temps, on revient avec Fred Fivaz et Olivier Douzou, l’auteur et éditeur d’Hyper Bien, sur ce drôle de petit album poétique et farfelu sur l’enfance… Bon mercredi !


L’interview du mercredi : Eloïse Rey

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
Et bien, j’ai d’abord étudié la littérature, le design textile puis le graphisme, sans vraiment oser affirmer ma pratique du dessin. Ce n’est qu’avec le début de ma collaboration avec le journal pour enfants Biscoto en 2013 que j’ai commencé à me positionner en tant qu’illustratrice. L’édition fait également partie intégrante de mon travail, puisque j’ai été pendant 5 ans graphiste et directrice artistique d’un journal de poésie et d’illustration, La Tribune du Jelly Rodger, créé en collaboration avec mon ami poète Seream.

À côté de votre activité de graphiste, que vous apporte l’illustration de littérature jeunesse ?
C’est une belle récréation ! (Même si bien sûr, c’est un travail sérieux et prenant.) Le travail de graphiste consiste à rendre lisible un contenu, en choisissant le bon ton certes, mais en restant suffisamment discret pour laisser passer l’information au premier plan. L’illustration me permet de m’exprimer plus pleinement et plus librement sur le plan artistique, mais aussi de transmettre des messages qui me sont propres. L’image est un langage. Comme les mots, elle véhicule des idées et engage donc celle ou celui qui la crée. Travailler pour la jeunesse est donc pour moi une forme d’engagement d’autant plus grande qu’elle implique sa part de responsabilité : les images lues et regardées par un enfant auront une influence sur sa manière de voir et de comprendre le monde. Tout l’enjeu pour moi est donc de proposer et d’encourager un bel imaginaire, tout en délivrant un message qui me semble bon et bienveillant.

Parlez-nous de votre travail sur Anna qui chante de Sonia Paolini, et sur ce qui vous a donné envie d’illustrer le texte.
Quand Biscoto m’a proposé le texte de Sonia, je savais déjà que j’étais entre de bonnes mains et face à vrai engagement éditorial. Étant moi-même très attentive aux questions de genres et de défense des droits des femmes, j’avais déjà adopté le texte avant même de l’avoir lu ! Un texte mettant en avant une pléiade de fillettes et comptant deux héroïnes, c’est déjà tellement rare en littérature jeunesse… Les montrer si fortes, libres et maîtres de leur destin, voilà un message que j’avais hâte de délivrer moi aussi. Le texte de Sonia est très beau parce qu’il prend la tournure d’un conte initiatique classique (il y a un roi, une princesse enfermée dans le château…), tout en y mêlant une voix et des préoccupations très actuelles. Le défi pour moi sur ce livre était de rester dans l’univers symbolique du conte tout en montrant à quel point il est contemporain, et de permettre à ses lecteurs et lectrices de se projeter intimement dans l’histoire d’Anna et Judith. Le choix d’utiliser des couleurs très vives va dans ce sens, et apporte également la lumière et la force nécessaire pour traverser les parties sombres de récit.

Quelles étaient vos lectures d’enfant et d’adolescente ? Qui étaient vos héros et vos héroïnes enfant ?
Je garde plus de souvenirs de lectures du soir que de livres en particulier, mais je crois que je lisais un peu de tout : du Journal de Spirou au Grand Meaulnes d’Alain Fournier, en passant par la collection de romans Fais-moi peur et autres bandes dessinées de science-fiction qui peuplaient les étagères de la maison ! Les images qui m’ont néanmoins le plus marquée sont celles de Chien bleu de Nadja, et la petite bouille de Yok-Yok dessinée par Étienne Delessert. J’en garde un souvenir très poétique et sensoriel.

Avez-vous de nouveaux projets d’albums ?
Pas pour l’instant malheureusement. Mais j’ai hâte de trouver le temps pour me consacrer à un album dont j’aimerais également écrire l’histoire…

Bibliographie : 

  • Anna qui chante, illustration d’un texte de Sonia Paolini, Biscoto (2017), que nous avons chroniqué ici

Son site : http://www.eloiserey.fr


Parlez-moi de… Hyper bien !

Régulièrement, on revient sur un livre qu’on a aimé avec son auteur·trice, son illustrateur·trice et/ou son éditeur·trice. L’occasion d’en savoir un peu plus sur un livre qui nous a interpellés. Cette fois-ci, c’est sur Hyper bien !  – un drôle de petit album déluré et attachant qui nous conte les tribulations de Charles – que nous revenons avec son auteur Fred Fivaz, qui nous livre ses secrets de fabrication…. et Olivier Douzou l’éditeur

Fred Fivaz (auteur):
Bonjour la mare aux mots. Voilà 5 secrets, bien gardés, à propos du livre Hyper Bien.
1 : Hyper bien n’a pas toujours été Hyper Bien, et non. Son premier nom était Ça dépend des jours. Il était plus petit, il n’avait que 16 pages, couverture comprise. Il était imprimé en sérigraphie, à la main, avec cette petite odeur de solvant si romantique. Un tirage très très limité, 100 exemplaires seulement. Avis au collectionneur de petits livres de 16 pages imprimés en sérigraphie à la main, il en reste en circulation.
2 : La construction graphique de mes images se fait en 2 étapes. Première étape, je réalise tous les dessins à la main, sur du papier, à l’aide de feutres noirs, plumes pinceaux et encre de Chine, c’est le meilleur moment du processus. Deuxième étape, je numérise toute cette matière. La couleur et le montage des images se font ensuite à l’aide d’un ordinateur… c’est aussi le meilleur moment du processus.
3 : Je n’ai fait qu’un seul et unique dessin pour le personnage de Charles, Il n’y a que sa bouche et ses « vêtements » qui changent. Certains diront que c’est de la flemmardise… mauvaises langues.
4 : La rumeur court que Charles serait un enfant. Un enfant qui vit seul et qui est souvent au volant de sa voiture, pourquoi pas.
5 : D’ailleurs en parlant de Charles, c’est lui qui aurait dû écrire ces quelques mots, mais il vient de me quitter pour un concert de Black Metal.
6 : Alors le point six, c’est juste un prétexte pour remercier quelques personnes qui m’ont beaucoup aidé dans la création de ce livre, Dans le désordre : Mélanie, Mirjana, Olivier, Benoit, Cécile, Julien, Cyril. Bisous et merci à eux. Merci et bisous La mare aux mots.

Olivier Douzou (éditeur) : Charles ne s’appelait pas Charles, le titre était « ça dépend des jours ». C’est ainsi que j’ai reçu ce petit objet sérigraphié de 16 pages que Fred Fivaz souhaitait voir éditer sous la forme d’un album. Il a fallu ensemble réfléchir au Rythme de l’album, à sa durée, compléter son récit en glissant par exemple dans les images des indices qui permettaient au lecteur (comme à Charles) d’enchaîner les séquences. Puis l’idée d’en faire une histoire en boucle s’est imposée l’histoire de l’ennui, comme de l’hyper activité étant une histoire sans fin. Cette histoire de déconcentration a été ainsi dé-concentrée pour répondre au mieux à son sujet.

Hyper bien, de Fred Fivaz sorti chez Le Rouergue (2018), chroniqué ici.

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Demandez des contes ! [article en libre accès]

Par 20 novembre 2017 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, deux pépites pour accompagner vos soirées d’automne au coin du feu : le conte féministe Anna qui chante de Sonia Paoloni et Eloïse Rey et le formidable Le petit poucet c’est moi… Régalez-vous !

Il était une fois un drôle de pays : le Pays des Sept Collines. Dans cette contrée éloignée, vivaient un roi et sa fille, Judith, surnommée par les habitant·e·s du royaume « Judith la Triste ». Un roi méchant, tyrannique qui la gardait enfermée. Si Judith avait droit à une éducation hors pair, musique, langues étrangères, calcul et dissection, elle s’ennuyait ferme toute seule… Alors le roi eut une idée de génie : kidnapper des petites filles pour que Judith ait des amies… Seulement, au milieu de ces petites filles, il y en avait une particulière : Anna…
Anna qui chante est un album féministe et poétique. Sonia Paolini nous propose une histoire drôle et révoltée. L’autrice suit les codes classiques du conte : un pays lointain, un roi odieux, une princesse enfermée promise à un prince… Sauf que contrairement aux contes classiques, la Princesse Judith ne se mariera pas à un Prince, et que les jeunes filles se rebellent contre le patriarcat. Grâce à « Anna qui chante » « Judith qui pleure » va oser s’exprimer face au Roi et prendre son destin en main. Le chant d’Anna est un chant de colère, qui parle aux cœurs des jeunes filles désobéissantes et insoumises. C’est un chant de soulèvement, d’émeute. Les illustrations d’Eloise Rey accompagnent magnifiquement ce très beau texte. Oniriques et éclatantes, d’un style symbolique, elles nous plongent dans un univers ensoleillé où la sororité est la première des qualités. Graphiquement, l’album est somptueux et l’on suit la mélopée d’Anna avec ravissement – on la murmure presque… –
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Des années après avoir volé les bottes de sept lieux et échappé à l’Ogre, le Petit Poucet reçoit une drôle de lettre « Petit Poucet, tu seras sans doute surpris de recevoir cette lettre. Depuis que j’ai voulu vous manger, tes frères et toi, il est vrai que je n’ai pas beaucoup donné de nouvelles. » À partir de là, une correspondance s’établit entre le Petit Poucet et l’Ogre. Une correspondance passionnante, étonnante et drôle, où l’on découvre le quotidien de notre Petit Poucet (pas si drôle) et les envies d’écrivain de l’Ogre…
Quel album incroyable ! Christophe Mauri et Marie Caudry nous offrent ici un album fantastique. L’idée de départ est géniale : écrire une suite au Petit Poucet (et quelle suite). Sous forme épistolaire, on découvre le quotidien des deux protagonistes : le Petit Poucet est toujours le vilain petit canard de sa famille, tandis que l’Ogre souffre de rhumatisme, de vieillesse… Il adorerait recevoir son correspondant à manger chez lui… Sauf que tout n’est pas si facile : un Ogre peut-il inviter un Petit Poucet pour dîner sans avoir envie d’en faire son plat principal ? (Vous avez 4 heures). L’histoire est à la fois hilarante, émouvante et pose des questions morales et éthiques : notamment lorsque l’Ogre décide de se lancer dans l’écriture de conte de fée (que vous reconnaîtrez, j’en suis sûre) et qu’il se fait emporter dans l’industrie du divertissement. Marie Caudry illustre à merveille ce bel album : on a l’impression d’ouvrir un livre de conte du XIXe siècle : tant dans le trait que dans la forme. On passe du temps à admirer ces belles scènes qui sont parfois sur double-page !
Un superbe album, à lire sans modération ! Un vrai coup de cœur.

Anna qui chante
Texte de Sonia Paolini, illustré par Eloïse Rey
Biscoto
18 €, 227×317 mm, 66 pages, imprimé en France, 2017
Le Petit Poucet c’est moi
Texte de Christophe Mauri, illustré par Marie Caudry
Casterman
14,95 €, 195×254 mm, 124 pages, imprimé en France, 2017.

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