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En vacances avec…

Les invité·e·s du mercredi : Fanny Deschamps (Versant Sud) et Anne Herbauts

Par 4 juillet 2018 Les invités du mercredi

Dernier rendez-vous des invité·e·s du mercredi de la saison 2017-2018 (la semaine prochaine, vous retrouverez comme les étés précédents la rubrique Du berger à la bergère) et l’on termine l’année en Belgique ! On commence avec l’éditrice des éditions Versant Sud Jeunesse, puis on part en vacances avec Anne Herbauts (qui vient de sortir un double album magnifique chez Esperluète, mais nous en reparleront bientôt). Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Fanny Deschamps

Pouvez-vous nous raconter votre parcours personnel ?
Les livres ont toujours fait partie de ma vie. Aussi, au moment de choisir mes études, c’est assez naturellement que je me suis dirigée vers les lettres. Diplômée par l’Université Libre de Bruxelles, j’ai ensuite suivi un DES en Gestion Culturelle, dans le cadre duquel j’ai fait un stage au Prix Bernard Versele. Il s’agit d’un prix littéraire pour enfants très connu en Belgique : 50 000 enfants y participent chaque année. Cette expérience a conforté une certitude : je voulais travailler dans le secteur de la littérature de jeunesse. C’est dans ce but que j’ai commencé à travailler en librairie. Pendant pas mal d’années, j’ai été responsable des rayons jeunesse et BD d’une grande librairie bruxelloise. Cette expérience professionnelle s’est révélée très formatrice : j’y ai acquis des connaissances sur les auteur·trice·s, les illustrateur·trice·s, mais aussi sur la chaîne du livre et tous ses acteurs. Savoir défendre un livre, trouver le bon ouvrage pour chaque client, tout cela est passionnant. Mais la crise est passée et la librairie a fermé. C’était le moment pour moi de bifurquer vers une autre voie. J’ai commencé à rédiger des articles pour Le Carnet et les Instants, une revue consacrée à la littérature belge. Puis, j’ai fait la rencontre fortuite Élisabeth Jongen, éditrice et directrice des éditions Versant Sud… et une nouvelle page s’est ouverte !

Parlez-nous des éditions Versant Sud et de votre rôle au sein de la maison.
Les éditions Versant Sud ont été fondées en 2001 par Élisabeth Jongen. Elle y publie alors des livres de voyage, d’histoire, de musique. En 2015, Élisabeth me propose de la rejoindre pour créer une branche jeunesse. Un projet passionnant, puisque tout est à imaginer de A à Z. Nous commençons en nous entourant de trois jeunes illustratrices, Noémie Favart, Paola De Narvaez et Camille Van Hoof qui réalisent chacune un livre et nous accompagnent dans cette démarche créative. Les premiers albums sortent au printemps 2016.
Mon rôle dans la maison est multiple : nous sommes si peu nombreux que, par la force des choses, je touche à tout. Disons que mes principales missions sont d’une part éditoriale et artistique (accompagnement des auteurs sur les livres), d’autre part de communication (faire vivre les livres après leur sortie : contacts avec les commerciaux, avec la presse, réalisation de catalogues, community management, etc.). Cela fait beaucoup, mais c’est absolument passionnant. Je me régale chaque jour !

Pouvez-vous nous parler du reste de l’équipe ?
Élisabeth Jongen dirige Versant Sud. Elle a une grande expérience de l’édition : elle a auparavant travaillé chez Jacques Antoine (littérature belge) et aux éditions De Boeck. C’est quelqu’un d’entreprenant et qui a le sens des affaires. Elle a une grande sensibilité à l’art. Nos regards sur les livres sont complémentaires, ce qui est plutôt enrichissant. Nous prenons toutes les décisions éditoriales ensemble.
Notre graphiste, Sébastien Vellut, travaille en freelance. Il est perfectionniste et a toujours un avis très pertinent, qui permet aussi d’améliorer ou d’affiner les projets de nos auteurs. Son travail est très qualitatif et cela nous tient à cœur : c’est grâce à lui si nos livres sont si soignés sur le plan formel.

Quelle est votre ligne éditoriale, comment choisissez-vous les projets que vous éditez ?
Au départ, cela s’est fait de façon intuitive, et puis, en prenant du recul, on a vu une ligne se créer, une identité se marquer. C’est difficile d’expliquer des choix qui se font en partie à l’instinct. Disons que nous cherchons à proposer des illustrations de qualité et qui offrent une certaine originalité. Nous évitons le lisse, le classique, mais sans chercher à tout prix l’audace graphique. Et puis les livres sont avant tout là pour s’adresser aux enfants : nous cherchons des histoires qui sortent des sentiers battus et/ou qui parlent aux lecteurs de ce qu’ils peuvent vivre au quotidien par le biais de récits sincères. L’intention de l’auteur est importante : il faut que l’histoire vienne d’un réel désir de raconter quelque chose. Nous évitons les livres intentionnels et les livres « médicaments », qui seraient conçus non pas comme œuvres littéraires, mais pour répondre à une demande du marché.
Par ailleurs, nous publions pas mal d’illustrateurs débutants. Il y a beaucoup de jeunes talents à Bruxelles grâce aux excellentes et très dynamiques écoles d’art qu’on y trouve. C’est très gai de publier le premier livre d’un auteur. L’expédition du Mokélé-Mbembé est un très bon exemple : c’est la première parution de Yannick NorY, et déjà, quelle maitrise dans la construction de l’image !

Pour vous, qu’est-ce que c’est un bon livre pour enfants ?
Cela rejoint en partie la réponse précédente, puisque mes choix se font en fonction de ce que j’estime être un bon livre. Disons qu’un bon livre est d’abord un livre dans lequel on entre, puis par lequel on est happé. C’est un livre singulier, qui surprend, emporte, et qui se lit avec plaisir.

Il y a différentes collections dans la maison, pouvez-vous nous les présenter ?
La collection les Pétoches traite de la peur. Il s’agit d’un cadre, dans lequel nous laissons nos auteurs libres d’aborder le thème comme ils l’entendent. C’est pourquoi il y a une telle diversité dans la collection : des livres oniriques (L’appel de la lune), d’autres franchement drôles (L’épouvantable histoire de Valentine et ses 118 poux ou Clac, la trappe ! de Loïc Gaume), des livres qui font un peu peur (Bien fait !), d’autres qui parlent de la peur (De l’autre côté du carrousel).
Nous publions aussi des livres axés sur l’art. C’est notre première parution, L’oiseau en cage, qui nous a lancé sur cette piste. Javier Zabala y met en images l’extrait d’une lettre de Vincent Van Gogh à son frère. Par la suite, nous avons publié d’autres albums qui tournent autour de peintres, ou même d’un couturier (Hubert de Givenchy par Philip Hopman). Nous avons d’autres beaux projets prévus pour 2019 en peinture et en musique.

Je sais que la question n’est pas facile, mais si vous deviez me citer quelques albums qui ont marqué la maison…
C’est vrai que c’est difficile, nous tenons à tous nos livres ! L’oiseau en cage, c’est sûr. Il a « donné le ton » au catalogue. Je citerais aussi Jan Toorop – Le chant du temps de Kitty Crowther, un magnifique album consacré à ce peintre symboliste hollandais. C’est aussi notre premier prix littéraire puisque Kitty a reçu le prix Libbylit pour cet album et qu’il a participé à la Petite Fureur de lire. L’expédition du Mokélé-Mbembé a retenu l’attention de la presse et a été nominé au prix d’illustration de la Foire de Francfort. Dernièrement, Les lunettes de Margarita del Mazo et Guridi semble mettre tout le monde d’accord : c’est un livre délicieux, intelligent, beau et drôle. Un délice.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Toute petite, j’adorais les albums d’Ernest et Célestine de l’artiste belge Gabrielle Vincent. Quelle finesse, quelle justesse d’observation ! Ensuite, j’ai lu beaucoup de romans de L’école des loisirs, mais aussi tous les Roald Dahl (relus plusieurs fois !). La bande dessinée fait aussi pleinement partie de ma culture littéraire : la bibliothèque familiale était généreusement fournie et j’adorais des classiques comme Gaston Lagaffe et Lucky Luke, avant de découvrir la bande dessinée adulte puis indépendante. Adolescente, j’aimais des auteurs comme Buzzati, Kundera puis Romain Gary (ce dernier fait toujours partie de mon panthéon personnel).

Quand on est éditeur·trice on doit passer son temps à lire des manuscrits, avez-vous encore le temps de lire d’autres livres ?
Je lis plein d’autres choses, heureusement. Je ne suis pas éditrice de romans, mais d’albums jeunesse, qui ont l’avantage de se lire bien plus rapidement.
Je lis beaucoup de bandes dessinées (j’écris toujours des articles dans ce domaine, d’ailleurs) européennes, japonaises ou américaines comme Goggles de Testuya Toyoda, Seconds de Bryan Lee O’Malley ou les réjouissantes Culottées de Pénélope Bagieu. Mes enfants me laissent parfois le temps de lire quelques romans, aussi. Mes derniers coups de cœur : L’homme qui savait la langue des serpents d’Andrus Kivirähk, En route pour la gloire de Woody Guthrie et Personne ne gagne de Jack Black. Et puis ma soif de fiction ne se limite pas à l’écrit : je regarde beaucoup de films et de séries. Toutes ces histoires me nourrissent.

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur les prochains ouvrages à sortir chez Versant Sud ?
Avec plaisir ! En octobre nous publierons deux nouveaux Pétoches : Tibor et le monstre du désordre, de Noémie Favart, un livre désopilant sur l’envahissement des jouets et le désordre dans les chambres des enfants, et Hiro, hiver et marshmallows de Marine Schneider, une autrice bruxelloise déjà publiée en Norvège et qui fait un travail magnifique. En novembre, Saint Nicolas VS Père Noël, écrit par Jane Oshka et illustré par Noémie Favart, mettra en scène une hilarante joute verbale entre deux personnages que nous découvrirons en concurrence (le mystère entourant ces grands hommes sera 100 % préservé, bien sûr !), et La tailleuse de nuages, un récit très sensible d’Emma Anticoli Borza sur une vieille dame qui voit sereinement son heure venue et sur son rapport à ses souvenirs, qui constituent tout ce qui a fait sa vie. C’est Daniela Tieni, récemment publiée au Rouergue, qui illustre ce livre très touchant et allégorique.
J’en profite pour remercier tous nos auteur·trice·s : c’est très enthousiasmant de travailler avec eux, de côtoyer de tels talents et une telle effervescence créative.

Bibliographie jeunesse (sélective) de Versant Sud :

  • L’appel de la lune, d’Elis Wilk (2018).
  • Je te vois, et toi ?, de Siska Goeminne et Alain Verster (2018).
  • Les lunettes, de Margarita Del Mazo et Guridi (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • L’expédition du mokélé mbembé, de Yannick NorY, dans la collection Les Pétoches (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Les animaux de l’herbier, d’Yvonne Lacet (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • De l’autre côté du carrousel, de Teresa Arroyo Corcobado (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Bien fait !, de Jane Oshka et Paola De Narváez, dans la collection Les pétoches (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Petite peur bleue, de Valentine Laffitte (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Bleu de Delft, d’Ingrid Schubert et Dieter Schubert (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Hubert de Givenchy, pour Audrey avec tout mon amour de Philip Hopman (traduit par Aline Gustot) (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • La valise d’Osvaldo, d’Emma Anticoli Borza et Alessandra Vitelli, dans la collection Les pétoches (2017), que nous avons chroniqué ici.

Le site de Versant Sud Jeunesse : https://www.versant-sud.com/jeunesse.


En vacances avec… Anne Herbauts

Régulièrement, nous partons en vacances avec un·e artiste. Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais moi j’adore partir comme ça avec quelqu’un, on apprend à la·le connaître notamment par rapport à ses goûts… cet·te artiste va donc profiter de ce voyage pour nous faire découvrir des choses. On emporte ce qu’elle·il veut me faire découvrir. On ne se charge pas trop… Des livres, de la musique, des films… sur la route on parlera aussi de 5 artistes qu’il·elle veut me présenter et c’est elle·lui qui choisit où l’on va… 5 destinations de son choix. Cette fois-ci, c’est avec Anne Herbauts que nous partons ! Allez, en route !

5 albums jeunesse :

  • Voyage d’hiver, Anne Brouillard
  • L’étranger mystérieux, Atak
  • Romance, Blexbolex
  • Ce jour-là, Mitsumasa Ano
  • Jojo la mâche, Douzou
  • Et j’ajoute, Koi ke bzzz ? de Carson Ellis, car en jeunesse, c’est impossible de faire des choix !

5 romans :

  • Jacques Chessex, Le vampire de Ropaz
  • John le Carré (tout)
  • Per Olov Enquist, L’extradition des Baltes, ou encore, Blanche et Marie
  • Russel Banks, Continents à la dérive
  • Chamoiseau, Texaco

5 DVD :

  • Le vent se lève de Myazaki
  • Où est la maison de mon ami de Kiarostami
  • Panique au village de Pic Pic André
  • Playtime de Tati
  • Le joli mai de Chris Marker

5 CD :

  • Bach, tout Bach, c’est bien !
  • Venise n’est pas en Italie de Reggiani
  • El Gusto
  • Un peu beaucoup de titres de Bob Dylan
  • Fall of the Moon de Marcel Khalifé et Mahmoud Darwish

5 artistes :

  • Le Photographe Walker Evans, ses portraits familiaux
  • Bruno Munari, From afar it was an island
  • Tout Caravaggio
  • Une plongée dans Fra Angelico, Giotto, Ucello
  • Les hommes-loups de Dominique Goblet

5 lieux :

  • Voyage dans les vieux livres Univers des Formes (nrf), notamment celui de « Perse, proto-Iraniens, Mèdes, Achéménides ».
  • Sous un vieil arbre, à l’ombre de l’été, avec un pique-nique simple et de l’eau fraîche, – des choses que l’on aime manger-, après avoir ratissé, pour faire des andains, l’herbe fauchée d’un verger en pente.
  • Assise devant un paysage de vallée glacière, sur une moraine après une marche respectable, mais pas trop ardue. Juste ce qu’il faut de fatigue.
  • Le matin tôt, debout devant un jardin d’été.
  • Traverser les salles d’un grand ancien musée presque vide, salles à hauts plafonds, un peu sombres et lumières venues de verrières lointaines, avec une odeur de Brueghel et de Bosch…

Et aussi,

  • De bons abricots, des cerises, de la purée d’amandes pure, du pain grillé, une citronnade de sureau.
  • Des nuages-paquebots qui passent lentement dans le ciel.
  • Des oiseaux dans les haies.

Anne Herbauts est autrice et illustratrice

Bibliographie sélective :

  • Les koalas ne lisent pas de livres, texte et illustration, Esperluète (2018).
  • Une histoire grande comme la main, texte et illustration, Casterman (2017).
  • Broutille, texte et illustration, Casterman (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • L’Arbre Merveilleux, texte et illustration, Casterman (2016).
  • Sous la montagne, texte et illustration, Casterman (2015).
  • un jour Moineau, texte et illustration, Casterman (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • je t’aime tellement que, texte et illustration, Casterman (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • de quelle couleur est le vent ?, texte et illustration, Casterman (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Theferless, texte et illustration, Casterman (2012).
  • les moindres petites choses, texte et illustration, Casterman (2012).
  • La Galette et la Grande Ourse, texte et illustration, Casterman (2009).
  • Lundi, texte et illustration, Casterman (2004).

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Les invité·e·s du mercredi : Nathalie Seroux et Frédéric Stehr

Par 6 juin 2018 Les invités du mercredi

Notre première invitée est photographe et vient de sortie un bel album à destination de la jeunesse, Fruits et Légumes, Nathalie Seroux. Ensuite, nous partons en vacances avec l’auteur/illustrateur Frédéric Stehr. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Nathalie Seroux

Pouvez-vous nous raconter votre parcours et comment est venue l’idée de mettre votre talent de photographe au service de l’édition jeunesse ?
Mon goût pour la photographie a commencé à treize ans, j’ai hérité de cette passion de mon papa qui était un amateur averti. J’ai passé des heures à m’inventer des histoires à partir des superbes albums photo. À vingt ans, j’ai intégré l’École supérieure de commerce de Lille (Skema). J’ai travaillé dans le marketing et la communication, j’avais toujours un appareil photo ou un caméscope sur moi. À quarante ans, j’ai décidé de sortir de ma zone de confort, tout lâcher pour me consacrer entièrement à la photographie. J’ai repris le chemin de l’école pour étudier l’histoire des arts et de la photographie à l’Université de Paris VIII. J’ai adoré cette période de ma vie. Mon master 2 de photo et d’art contemporain en poche, j’ai commencé ma nouvelle vie en devenant photographe auteur. Grâce à une précieuse rencontre j’ai pu présenter un projet comportant une centaine de photos qui a donné naissance à Autour de moi mon premier imagier photo. J’ai revisité le style littéraire qu’est l’imagier avec mon écriture photographique. Travailler avec les équipes De La Martinière Jeunesse est un pur bonheur car je peux laisser libre cours à mon imagination et à ma sensibilité. Mon rêve de réaliser des livres photo pour enfants s’est ainsi réalisé. Cela me permet de réunir mes trois passions : la photographie, la littérature et les enfants. La lecture est un moment de partage précieux et fondateur pour l’enfant. C’est aussi une véritable invitation au dialogue entre les parents et leurs enfants.

Parlez-nous de Fruits et légumes, le magnifique imagier photo que vous venez de sortir chez De la Martinière Jeunesse ? J’aimerais savoir comment vous procédez pour créer vos albums, est-ce vos photos qui donnent l’idée d’album ou au contraire vous avez l’idée puis vous faites les photos en fonction du thème choisi ?
Pour Fruits et Légumes, c’est Émile, un petit garçon de quatre ans fin gastronome qui a été l’élément déclencheur de cet imagier. En tant que parents, nous avons très envie d’éveiller les papilles de nos enfants. Aujourd’hui, la majorité de la population vivant dans les villes, les joies de la nature, du jardin, du potager n’est pas le quotidien des enfants. Des enfants qui ne connaissent souvent les légumes que via le supermarché, soit frais, surgelés ou en conserve, légumes qu’ils n’aiment pas forcément goûter. J’espère leur donner envie de les croquer en stimulant leur rétine avec les jeux de matières et de couleurs.
Une fois le thème choisi avec l’éditeur je me mets en mode création et j’envoie au fur et à mesure mes photographies. Je réfléchis au choix des mots dans un premier temps. Ensuite j’ai arpenté tous les marchés, découvert moult fruits et légumes, invité mes amis avec des enfants pour leur faire découvrir la variété des fruits et des légumes. J’aime alterner les photos de la vie quotidienne et les photographies mises en scène. Avec mon éditrice, Garance Giraud, et le directeur artistique, Hubert Van Rie, nous réalisons ensemble l’imagier. J’aime cette étape de création, nos échanges de points de vue. La littérature jeunesse est très exigeante, je suis toujours à l’écoute de leur œil expert. J’espère que les parents et les enfants prendront autant de plaisir à le lire que j’en ai eu à la réaliser.

Que faites-vous quand vous ne faites pas des livres pour enfants ?
J’aime aller à la rencontre de mes lecteurs en participant à des séances de dédicaces chez les librairies et lors de salons littéraires. Ce sont toujours des moments d’échanges riches et joyeux. Je vais aussi à la rencontre des institutrices et instituteurs que je trouve formidables. Je suis toujours impressionnée par leur créativité.
Je voyage beaucoup. Je reviens de Corée du Sud, j’étais invitée par l’Alliance française de Busan dans le cadre de la Francophonie. Nous avons conçu une exposition de 26 photographies en lien avec l’alphabet. Elle est itinérante et voyage au sein des espaces culturels des six alliances Françaises de Corée du Sud. À travers ces photographies c’est une invitation à découvrir l’alphabet et la beauté de notre langue française. Je suis restée deux semaines sur place, j’ai réalisé mon premier ABCdaire franco-coréen avec la classe maternelle du lycée international Xavier de Séoul. J’ai aussi rencontré des lycéens qui apprennent le français. J’ai vécu des moments de joie et de partage autour de l’exposition. C’était très émouvant de ressentir que la photographie permet de dépasser le barrage de la langue.
Je réalise aussi des portraits de famille et pour les entreprises. Je photographie ma famille et mes amis. Je vais voir régulièrement des expositions, je pratique la méditation. Je cuisine, je savoure les instants simples de la vie, notre passage terrestre est précieux, je veille à apporter de la douceur et de la bienveillance autour de moi. Rencontrer, créer, aimer et partager. Voilà mon credo. J’aime les gens, ce qui m’anime ce sont les chemins de vie, les histoires des rencontres, des liens qui se tissent.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescent ?
Je me souviens que ma mère me lisait une histoire chaque soir au moment du coucher. J’ai le souvenir d’un livre : Qui m’appelle aux éditions L’école des loisirs. C’est un rituel délicieux que j’ai reproduit avec mes enfants, des moments tellement privilégiés. J’ai lu et relu Le petit prince, Heidi, Le Club des cinq, j’aimais aussi les BD Gaston Lagaffe, Michel Vaillant, Tintin, Tanguy et Laverdure. Puis adolescente, je lisais Henri Troyat, Marcel Pagnol, j’étais fascinée par l’univers de Stephan Zweig.

Y a-t-il des photographes qui vous ont inspirée ?
Oui bien sûr, tout d’abord mon père puis Sarah Moon, Marc Riboud, Richard Avedon, mes camarades de master photo de Paris 8, Albert Renger-Pratzch, Paul Stand, Michael Kenna, Maria-Letizia Piantoni, Alain Keler, Julien Daniel, Ed Alcock, Christophe Crénel, Vivian Maier, Flore-Aël Sturun, Corinne Mercadier.

Sur quoi travaillez-vous actuellement ? Un nouvel album bientôt ?
Je commence un nouveau travail photographique sur le bord de mer, un sujet qui me tient vraiment à cœur qui devrait donner naissance à un nouvel imagier, à paraître au printemps prochain, aux éditions De La Martinière Jeunesse.

Bibliographie sélective :

  • Fruits et légumes, mon premier imagier photo, De La Martinière Jeunesse (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Abcdaire, mon premier imagier photo, De La Martinière Jeunesse (2017).
  • Autour de moi, mon premier imagier photo, De La Martinière Jeunesse (2014), que nous avons chroniqué ici.


En vacances avec… Frédéric Stehr

Régulièrement, nous partons en vacances avec un·e artiste. Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais moi j’adore partir comme ça avec quelqu’un, on apprend à la·le connaître notamment par rapport à ses goûts… cet·te artiste va donc profiter de ce voyage pour nous faire découvrir des choses. On emporte ce qu’elle·il veut me faire découvrir. On ne se charge pas trop… Des livres, de la musique, des films… sur la route on parlera aussi de 5 artistes qu’il·elle veut me présenter et c’est elle·lui qui choisit où l’on va… 5 destinations de son choix. Cette fois-ci, c’est avec Frédéric Stehr que nous partons ! Allez, en route !

5 albums jeunesse :

  • Hulul d’Arnold Lobel
  • Winnie the pooh Ernest H. Shepard et Milne (premier livre de chevet à 7 ans, version bilingue)
  • Tout Corentin
  • Tout Sendak ou presque
  • La famille souris de Kasuo Iwamura

5 romans :

  • Le baron perché d’Italo Calvino (je rêve de voir François Place illustrer ce texte)
  • La confusion des sentiments de Stefan Sweig
  • La forêt des renards pendus d’Arto Paasalinna
  • Mon chien stupide de John Fante
  • ET globalement, Dylan Thomas (en souvenir de mon adolescence)

5 DVD :

  • Les sept samouraïs de Kurosawa et tous les autres films
  • Dead man de Jim Jarmusch et la bande-son magnifique
  • Mon voisin Totoro de Miyazaki et aussi Le voyage de Chihiro et….
  • Tigres et dragons de Ang Lee
  • Sa Majesté des mouches de Peter Brook

5 BD :

  • L’homme qui marche de Jirô Taniguchi
  • Little Nemo de Winsor Mac Kay
  • Prince Vaillant de Harold Foster
  • Nestor Burma de Tardi
  • et Totoche de Tabary pour mon enfance

5 CD :

  • Björk, Debut
  • Donovan, Sustras
  • Tom Waits, Small change (pour en choisir un au hasard)
  • Lhassa, tout…
  • Gérard Manset, Revivre, et tout le reste.

5 artistes :

  • Goya
  • Camille Claudel
  • Rimbaud
  • Björk
  • Tomi Ungerer

5 lieux :

  • Le Japon (encore un rêve)
  • Une maison au bord d’un des 6000 lacs en Lituanie
  • Au pied du Mont Ventoux
  • La forêt
  • Une maison au bord d’une rivière avec famille et amis

Frédéric Stehr est auteur

Bibliographie :

  • L’orage, texte et illustrations, Pastel (2018).
  • Copains-Câlins, texte et illustrations, Pastel (2017).
  • Zim Bam Boum, texte et illustrations, Pastel (2016).
  • Les trop petits cochons, illustration d’un texte de Christian Oster, L’école des loisirs (2016).
  • Le bonnet d’Olga, texte et illustrations, L’école des loisirs (2012).
  • Série Flocon, illustration de textes de Charlotte Derville, Milan (2002-2012)
  • Promenade avec un lapin, illustration d’un texte de Christian Oster, L’école des loisirs (2010).
  • Série Calinours, illustration de textes d’Alain Broutain, L’école des loisirs (1987-2009).
  • Série Mariette et Soupir, illustration de textes d’Irène Schwartz, L’école des loisirs (1985-2005).
  • Série Foufours, illustration de textes de Gérard Stehr, L’école des loisirs (1996-2003).

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Les invité·e·s du mercredi : Anne-Fleur Multon et Émilie Chazerand

Par 9 mai 2018 Les invités du mercredi

Aujourd’hui, on a rendez-vous avec Anne-Fleur Multon, autrice de la série Allô Sorcières. Ensuite, c’est avec Émilie Chazerand que l’on part pour des petites vacances. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Anne-Fleur Multon

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur votre parcours ?
Quand, à l’âge de dix-sept ans, j’ai commencé à considérer sérieusement la question rituelle du « tu-veux-faire-quoi-plus-tard-Anne-Fleur », il n’y avait pas encore vraiment, en France, d’études pour devenir écrivaine, puisque ce n’est pas encore considéré comme un véritable métier dans notre pays – sinon, je m’y serais bien évidemment RUÉE (il existe d’ailleurs maintenant un tout nouveau master de creative writing qui s’est ouvert au Havre !).
Ma formation d’écrivaine s’est donc faite sans études, par la pratique, dès mon plus jeune âge (soit en me racontant des histoires dans ma tête, soit en les faisant taper à super-papa). Mais comme il fallait bien faire quelque chose de sérieux qui rassure les adultes, j’ai un peu avancé dans les études au hasard de mes autres vocations : après un cursus scientifique jusqu’au lycée parce que je voulais peut-être devenir astrophysicienne ou médecin dans la marine marchande (surtout pour le côté bateau), j’ai poursuivi par une prépa littéraire à Henri IV parce que je me voyais bien vivre dans une bibliothèque, donc pourquoi pas devenir conservatrice, n’est-ce pas, puis j’ai continué sur des études littéraires, parce que finalement les livres les livres les livres, et je n’ai jamais passé l’agreg parce que j’avais eu ma dose de concours pour la vie – à la place, j’ai écrit mon premier roman publié !

Parlez-nous de votre série Allô Sorcières, dont les deux premiers tomes sont parus aux éditions Poulpe Fictions. D’où est venue cette histoire ?
Cette histoire, elle est née d’un désir commun avec mon éditrice de mettre en scène des ados comme on les connaît, c’est à dire pas nunuches-crucruches à la sauce pestouille-poney, mais des ados qui en veulent, qui ont des rêves, de l’ambition, qui savent où elles vont et sur qui elles peuvent compter. Je voulais une vraie histoire d’amitié bienveillante et constructive, parce qu’il me semble que le trope de la dispute, très présent dans la littérature pour les filles, est révélateur d’un mécanisme patriarcal vieux comme le monde qui empêche les femmes d’accéder aux sphères de pouvoir (diviser pour mieux régner, une stratégie éprouvée pour conserver le pouvoir !). L’importance de la sororité, de l’entraide et de la solidarité, c’étaient des valeurs féministes qui étaient pour moi essentielles à transmettre à mes lecteur·trices. Aussi, ayant grandi en Afrique et dans le Pacifique, je savais depuis toute petite qu’on parlait et qu’on lisait le français bien au-delà des frontières de la métropole. Pourquoi aucune histoire ne s’y passe-t-elle jamais ? Je voulais parler de francophonie, et montrer à quel point ces territoires boudés de la fiction peuvent apporter une richesse narrative et sont nécessaires en termes de représentation.
Si on pense à mon histoire comme un collier, je dirais que les questions de représentations et les questions féministes sont comme le fil sur lequel les perles de l’intrigue sont venues ensuite se rajouter tout naturellement. Personnellement, j’adore les histoires, les histoires qui bougent, qui déménagent, les histoires qui vous prennent à l’estomac : j’ai donc écrit une histoire que j’aurais aimé lire, avec des personnages que j’aurais aimé rencontrer ado ou pré-ado. Allô Sorcières, ce sont avant tout des romans, pas des essais !

Vos romans mettent en scène des personnages de tous horizons, avec beaucoup de diversité. Est-ce un thème qui vous est cher ?
Comme je le disais plus haut, la question de la représentation est centrale dans mes romans. Je pense que tout le monde a envie de lire des textes avec des personnages surprenants et complexes, comme dans la vraie vie. Je vois donc ça comme un enrichissement de mon texte, et pas comme une contrainte. Par défaut, on imagine toujours un personnage qui nous ressemble, ou qui ressemble aux personnages qu’on a croisés dans nos lectures (et je ne vous apprends rien, les héros et héroïnes, leur famille, les ami·e·s, tout ça est souvent très blanc, très hétéro, très métropolitain, voire parisien, et plutôt middle class – même si énormément d’auteur·trices font bien heureusement avancer les choses). Quand je pense à un personnage, je me pose toujours cette question : pourquoi ? Pour la famille d’Aliénor, par exemple, j’avais évidemment imaginé, au début, que c’était son papa qui était astrophysicien. Pourquoi pas sa maman ? J’ai donc interchangé les rôles, ce qui m’a en plus apporté les personnages vraiment chouettes des parents d’Aliénor, qui sont très complémentaires, très encourageants et positifs. On me dit parfois que ce que j’écris n’est « pas possible », que c’est une vision bien trop « bisounours » de la société. Déjà, c’est faux : je ne cache pas les problèmes de sexisme, de racisme, les jugements classistes et validistes, le poids de la grossophobie, les angoisses d’ado… Simplement, dans un livre, les dragons peuvent voler : moi, je crée un monde avec des règles différentes, avec certaines familles idéales qui servent de modèle positif à mes lecteur·trices, et qui permettent d’aborder toutes ces questions de manière bienveillante et positive, sans pour autant en cacher l’injuste et dangereuse réalité.

Comment s’est passée la collaboration avec Diglee, qui a illustré vos romans ?
Merveilleusement bien. Je connaissais Maureen avant l’écriture du roman, j’avais donc toute confiance dans ses intentions (c’est, en plus d’être une dessinatrice hors pair, une féministe convaincue et convaincante, allez la suivre sur son Instagram, @diglee_glittering_bitch, elle y partage ses réflexions toujours pertinentes et ses lectures). Elle a donné un sens à mon roman : pour moi, l’illustrateur·trice fait autant partie de la création d’une œuvre que son auteur·trice. Elle a donné à mes héroïnes un visage (tellement craquant !), de la volonté, elle les représente dans des situations de pouvoir, totalement badass, drôles et formidablement ado dans chaque dessin. Elle fait aussi souvent des propositions que j’intègre dans mon écriture : elle a représenté Azza avec des poils sous les bras, et son dessin du majordome du grand-père d’Aliénor dans le tome 1 m’a fait mourir de rire et a complètement inspiré le personnage du majordome, plus présent, dans le tome 2.
Je ne serai jamais assez reconnaissante pour son travail – trop de fierté et d’amour !

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Je lisais tout ce qu’on me donnait à dévorer, littérature de jeunesse ou littérature adulte. Il y a eu du Marie-Aude Murail, du Philip Pullman, Harry Potter évidemment (je suis Serdouffle, mi Serdaigle mi Poufsouffle), Claude Ponti que j’ai continué à relire ado (Ma vallée est un must-have d’imaginaire pour moi), Zola et Nabokov (au lycée, j’adorais les grandes fresques mélodramatiques), Les Orphelins Baudelaire, les Tintin et les Yoko Tsuno, Le Club des cinq chez ma grand-mère, les J’aime lire et les D-Lire, relus infiniment… J’ai passé une bonne partie de ma vie à lire, j’imagine que c’est aussi un peu comme ça qu’on devient écrivain·e.

Quelques coups de cœur à nous faire partager ?
J’ai récemment dévoré Libre et affamés, de David Arnold : c’est à mi-chemin entre du John Green et du Jonathan Safran Foer, c’est donc très américain, haletant, à fleur de peau et héroïquement adolescent. Je l’ai lu en une nuit et je le recommande chaudement (en prime, chouettes persos féminins). Sinon, le magistral Là où tombent les anges de Charlotte Bousquet (évidemment indétrônable dans mon cœur, un roman foisonnant, déchirant, lesbien, inventif dans la forme et le fond, historiquement irréprochable, relu déjà sept fois, acheté en multiples exemplaires pour les faire tourner – lisez tout de Charlotte Bousquet). J’ai aussi adoré, en adulte, Ma reine de Jean-Baptiste Andréa, qui approche l’adolescence d’une façon lumineuse et douloureuse (car un ado, n’est-ce pas un enfant coincé dans un corps trop grand ?). Presque un conte, cruel, fantastique, brillant, pur. Un petit chef-d’œuvre très cinématographique.

Pouvez-vous nous en dire plus sur vos prochains projets ? Une suite à Allô Sorcières ?
La suite d’Allô Sorcières est en écriture, et elle est prévue pour août, normalement ! Drôlement hâte de vous montrer où mes petites sorcières vont vous emmener, cette fois.
J’écris aussi un thriller YA à quatre mains avec la formidable écrivaine Samantha Bailly, et d’autres projets un peu plus secrets sont aussi en route ! Stay tuned !

Bibliographie :

  • Sous le Soleil exactement, Poulpe Fictions, 2018.
  • Viser la Lune, Poulpe Fictions, 2017, que nous avons chroniqué ici.


En vacances avec… Émilie Chazerand

Régulièrement, nous partons en vacances avec un·e artiste. Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais moi j’adore partir comme ça avec quelqu’un, on apprend à la·le connaître notamment par rapport à ses goûts… cet·te artiste va donc profiter de ce voyage pour nous faire découvrir des choses. On emporte ce qu’elle·il veut me faire découvrir. On ne se charge pas trop… Des livres, de la musique, des films… sur la route on parlera aussi de 5 artistes qu’il·elle veut me présenter et c’est elle·lui qui choisit où l’on va… 5 destinations de son choix. Cette fois-ci, c’est avec Émilie Chazerand que nous partons ! Allez, en route !

5 albums jeunesse :

  • Extra doux, Jon Klassen et Mac Barnett
  • Herman et Dominique, Alexandra Pichard
  • Quand je serai grand, je serai le père Noël, Grégoire Solotareff
  • Le plus grand livre du monde, Richard Scarry (parce qu’on s’éclate avec, ma fille et moi)
  • Tous les imagiers rétro de Ingela Peterson Arrhenius (parce que mon bébé-fils crie de plaisir en les voyant)

5 romans :

  • Tout Kundera, avec un faible, bizarrement, pour L’identité.
  • La Mecque-Phuket, Saphia Azzedine.
  • L’Antigone d’Anouilh (même si ce n’est pas un roman.)
  • Persépolis, Marjane Satrapi (roman graphique, roman quand même)
  • Der Vorleser (ou Le liseur) de Bernhard Schlink.

5 DVD :

  • Un long dimanche de fiançailles, de Jean-Pierre Jeunet
  • Le vieux fusil, de Robert Enrico
  • Élisa, de Jean Becker
  • Snowcake, de Marc Evans
  • Rainman, de Barry Levinson

5 CD :

  • No need to argue, The Cranberries
  • Lungs, Florence and the machine
  • Bridge over troubled water, Simon and Garfunkel
  • Toutes les compilations possibles et imaginables de la Motown
  • Out of time, R.E.M.

5 artistes :

  • Le Bernin
  • Toutes les frangines Brontë
  • Sempé
  • John Lennon
  • Florence Welch

5 lieux :

  • Le resto Jacob soul food à Harlem, New York. On y sert une cuisine des états du Sud et des revisites en live des standards de la Motown.
  • Les pubs de Galway, les pubs de Kilkenny, les pubs de Killarney. Je vous ai parlé des pubs ?
  • Prague à Pâques, Pâques à Prague. Pour les odeurs, le froid, l’Histoire palpable, le folklore religieux et les souvenirs que j’y ai.
  • Rome, la ville où je DOIS aller au moins une fois par an pour être heureuse. Avec la galerie Borghèse, le glacier San Crispino, la librairie française, le jardin botanique du Trastevere, les fontaines, la lumière et l’art, partout, tout le temps, même chez Dino et Tony, ce petit resto familial où le concept de la carte n’existe pas mais où ça chante, rit et mange sérieusement.
  • Strasbourg, ma petite patrie, qui me manque atrocement alors que j’habite à 30 minutes. Mais, où que l’on soit, on est toujours trop loin de Strasbourg, de toute façon.

5 artistes

Émilie Chazerand est autrice

Bibliographie :

  • La fourmi rouge, roman, Sarbacane (2017).
  • L’ours qui ne rentrait plus dans son slip, livre-CD illustré par Félix Rousseau, Benjamins Médias (2017).
  • Le génie de la lampe de poche, roman illustré par Joëlle Dreidemy, Sarbacane (2017).
  • Série Suzon, albums illustrés par Amandine Piu, Gulf Stream éditeur (2017), que nous avons chroniqués ici et .
  • Y en a qui disent…, album illustré par Maurèen Poignonec, L’élan vert (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Le bébé s’appelle Repars, album illustré par Isabelle Maroger, Gautier-Languereau (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Les papas de Violette, album illustré par Gaëlle Soupard, Gautier-Languereau (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • L’horrible madame mémé, album illustré par Amandine Piu, L’élan vert (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Jean-Jean à l’envers, album illustré par Aurélie Guillerey, Sarbacane (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • La petite Sirène à l’huile, album illustré par Aurélie Guillerey, Sarbacane (2015), que nous avons chroniqué ici.

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Les invité·e·s du mercredi : Coline Pierré et Øyvind Torseter

Par 18 avril 2018 Les invités du mercredi

C’est un mercredi un peu spécial pour moi aujourd’hui. On commence par une longue interview avec une autrice que j’apprécie beaucoup, tant pour son travail que pour sa personnalité, Coline Pierré, ensuite on part en vacances avec l’un de mes illustrateurs préférés, Øyvind Torseter. À travers ces deux rencontres, j’espère vraiment vous donner envie de connaître leur travail. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Coline Pierré

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur votre très bel album Le jour où les ogres ont cessé de manger des enfants ?
Après avoir illustré la couverture de mon second roman, L’immeuble qui avait le vertige, Loïc m’a contactée pour me dire qu’il l’avait aimé et me demander si ça m’intéresserait de monter un projet de livre ensemble. Je connaissais et j’aimais son travail donc j’étais ravie.
J’avais justement cette idée d’histoire en tête. Je ne sais plus comment elle est née, mais je me souviens très bien où : j’étais devant ma cuisinière.
J’en ai parlé en quelques mots à Loïc et il a été curieux. J’ai écrit l’histoire, elle lui a plu et on s’est lancés. On l’a proposée à Olivier Douzou, qui est l’éditeur des albums au Rouergue. Il a été tout de suite intéressé, et il y a apporté des choses vraiment intéressantes, un regard extérieur qu’on n’avait pas.
C’est une sorte de conte moderne humoristique, qui aborde notre rapport à l’alimentation et à la consommation. C’est aussi un livre qui milite de manière pas vraiment dissimulée pour le végétarisme. Pour la petite anecdote, j’ai écrit ce texte avant de cesser de manger de la viande. Et je n’en ai vraiment saisi la portée que lorsque Loïc, puis Olivier, y ont posé leur regard. Il faut croire que quelque chose infusait sans doute déjà en moi. 🙂

Comment avez-vous travaillé sur ce projet avec Loïc Froissart ?
J’ai écrit une première version du texte à partir de laquelle Loïc a fait de premières images. Puis j’ai écrit mille versions du texte et Loïc a refait mille versions des images. Parfois en parallèle, parfois en rebondissant sur le travail et les idées de l’autre. Loïc a apporté des idées et de nouvelles dimensions au texte. On a un peu le même fonctionnement, je crois, on tâtonne, on recommence, on n’est pas satisfait, on améliore petit à petit. Il s’est passé plus de trois ans entre la première version du texte et la publication du livre, donc on a eu tout le loisir d’hésiter et de parfaire les choses.
Entre temps, on a monté une lecture dessinée et sonore ensemble (une histoire d’oiseau dont personne ne comprend le chant), on prépare une lecture dessinée et musicale à partir des Ogres, et on réfléchit à de nouveaux projets de livres.

Vous avez créé Monstrograph avec votre compagnon Martin Page, pouvez-vous nous parler de ce projet ?
Nous avons monté il y a quelques années cette maison de micro-édition pour y publier des livres courts et hors-normes, impubliables ailleurs ou refusés partout, et auxquels nous tenons. Ce sont souvent des textes un peu bizarres et très personnels. Pour l’instant, il s’agit surtout de livres illustrés et d’essais. (au départ, on faisait aussi un peu de sérigraphie mais on n’a plus vraiment le temps pour ça).
On ne se donne aucun objectif en termes de régularité, on fait les livres que l’on veut, quand on a envie. C’est un plaisir de pouvoir travailler sur des formats un peu différents, et de réfléchir à tous les aspects du projet, de penser quelque chose de global : écriture, illustration, maquette, choix du format, du papier, vente. Et puis ça permet de s’affranchir du temps parfois trèèèès long de l’édition.
Mais c’est aussi un sacré travail (et un investissement financier personnel) donc on en fait très peu. Mais ils font aussi parfois naître de beaux projets : J’ai par exemple fait un atelier d’écriture sur la base d’un de mes livres illustrés, et une classe de collégiens avait monté une lecture musicale à partir d’un de ces textes.
On aimerait aussi un jour s’ouvrir à des publications d’amis, ou traduire des textes courts d’auteurs qu’on aime.

L’engagement prend une grande place aussi dans votre travail à vous et dans celui de Martin, j’ai l’impression. Pouvez-vous nous en parler ?
Je n’ai pas l’impression d’être une fille très engagée (je manifeste très rarement, je ne fais pas partie d’associations), je culpabilise même souvent de cette inaction quand je vois les autres qui agissent concrètement. Alors pour donner le change, j’essaie d’être engagée avec mes armes à moi, là où je me sens plus à l’aise : dans ma vie quotidienne (véganisme, écologie…), dans mon langage, dans mes rapports aux autres, dans mes votes, dans ce que je dis aux élèves que je rencontre, et puis j’essaie de faire des livres qui véhiculent (souvent clandestinement, parfois plus frontalement) les valeurs auxquelles je crois : féminisme, antispécisme, humanisme…
Martin et moi sommes radicaux dans différents domaines 🙂

Parlez-nous de votre parcours
J’écris depuis l’enfance. Adolescente, j’écrivais aussi des chansons, mais l’idée de monter sur scène me terrorisait. J’avais envie que la création fasse partie de ma vie d’adulte, sans vraiment me décider pour un art. J’oscillais entre musique et écriture, j’ai fait un peu de vidéo, de dessin…
J’ai suivi des études d’information et communication à la fac, avec la vague intention de devenir journaliste, car c’était le compromis que j’avais trouvé pour à la fois rassurer mes parents avec le spectre d’un « vrai métier », et vivre de l’écriture. J’ai abandonné en cours de route parce qu’au fond, ce n’était pas ça que j’avais envie de faire. Je suis devenue rédactrice indépendante, et en parallèle, j’ai continué à essayer d’écrire des livres (j’ai écrit beaucoup de débuts de romans). Un jour, j’ai fini par réussir à terminer une histoire, et L’école des loisirs l’a publiée [NDLR Apprendre à ronronner sorti en 2013]. Assez vite, j’ai développé des activités annexes qui m’intéressent beaucoup (animation d’ateliers d’écriture, lectures musicales, création de projets mêlant écriture, son, vidéo…) et qui m’ont permis d’en faire mon métier. 
Maintenant, je reviens doucement à la musique en la mêlant à ma pratique de la littérature, je compose des musiques qui accompagnent des lectures, et j’ose enfin monter sur scène pour les jouer.

Où trouvez-vous votre inspiration ?
Dans mes souvenirs d’enfance et d’adolescence, dans mes sentiments d’adulte, dans ce que vivent mes proches, dans mes angoisses, mes colères, mes doutes et mes incapacités, dans le monde partout autour de moi, en essayant de décaler légèrement mon regard sur la réalité, d’ouvrir des portes dérobées, de renverser des situations, de faire entrer en collision des choses qui s’opposent pour créer des mini big bang intimes. Et puis dans les œuvres d’art des autres, parce qu’elles me donnent de l’énergie et des envies. Mais aussi dans celles que j’aurais aimé aimer mais qui ne me plaisent pas, parce qu’elles me donnent envie de les réécrire.

Est-ce quand on vit avec un·e auteur·trice ça inspire ou au contraire c’est parfois compliqué de ne pas se piquer l’un l’autre des idées ? Est-ce que Martin est votre premier lecteur et inversement ? Intervenez-vous l’un·e sur le travail de l’autre ? (je précise que j’aurai posé la même question à Martin)
Oui, nous sommes le premier lecteur l’un de l’autre, on se fait toujours relire nos livres au moins deux fois. Nos écritures et nos goûts sont plutôt proches, nos idées aussi, donc je pense qu’on comprend bien ce que l’autre veut faire dans ses textes, c’est quelque chose de très précieux pour l’un comme pour l’autre. On sait qu’on peut être franc dans nos remarques et nos corrections, et on est capables d’accepter les critiques de l’autre sans y mettre trop d’ego, c’est important (cela dit, on est très bienveillants). Et c’est pareil quand on écrit des livres ensemble.
En ce qui concerne les idées, ce n’est pas une guerre ! Parfois, une idée naît au cours d’une conversation ou d’une blague commune, et alors la grande question de « à qui appartient cette idée ? » apparaît, mais c’est rare. C’est comme ça par exemple qu’on a décidé de co-écrire un projet de série jeunesse, parce qu’on ne savait plus qui en avait eu l’idée. Mais le partage des idées n’est pas source de scènes de ménage, il y en a assez d’autres dans l’univers. 🙂
C’est au contraire plutôt inspirant d’être au contact des idées et de l’enthousiasme de l’autre (parce qu’on n’a pas les mêmes périodes creuses), on s’épaule, on se stimule. Et c’est un sacré confort de vivre avec quelqu’un qui fait le même métier que soi, qui comprend vraiment nos problématiques, qui a le même rythme de travail. Il n’y a que lorsque l’un de nous a un texte accepté par un éditeur qui a refusé un texte à l’autre, que c’est un peu frustrant. Mais ça n’arrive pas souvent.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Enfant, je ne faisais pas très attention aux noms des auteur.trice.s qui étaient écrits sur les livres (honte à moi). Je lisais en vrac ce qui m’interpellait, par le ton, l’histoire, les idées. Je me souviens avoir adoré (et désastreusement tenté de plagier à 11 ans) la série des « Enquête au collège » de Jean-Philippe Arrou-Vignod, je me souviens avoir relu mille fois « Les cacatoès » de Quentin Blake, avoir dévoré une bonne partie de la collection des « Chair de poule », avoir grandi avec les abonnements à L’école des loisirs et avoir lu un paquet de bandes dessinées : les classiques de la bande dessinée franco-belge, et puis les magazines Disney (Le journal de Mickey, Super Piscou Géant…) 
Adolescente, je me suis construite avec les livres de Boris Vian, Howard Buten, Virginie Despentes, Manu Larcenet, Roald Dahl, Hubert Selby Jr, Oscar Wilde, Marjane Satrapi, Bill Watterson… (argh, je réalise que ce sont majoritairement des hommes).

Que lisez-vous en ce moment ?
Je viens de lire un livre réjouissant de Sophie G. Lucas, une sorte d’essai poétique qui s’appelle Assommons les poètes. Dernièrement, j’ai aussi beaucoup aimé Inséparables, de Sarah Crossan, et adoré Handi-gang de Cara Zina (un roman qui met en scène un groupe d’adolescents souffrants de différents handicaps, qui décident d’agir pour dénoncer les injustices dont ils sont victimes). Et parmi l’amoncellement de livres en cours à côté de mon lit, il y en a qui sont extras : Je suis le genre de fille, de Nathalie Kuperman, La vie effaçant toutes choses de Fanny Chiarello, Ces hommes qui m’expliquent la vie, de Rebecca Solnit, et Olympe de Gouges, la bande dessinée de Catel et Bocquet. (tiens, cette fois, ce ne sont presque que des femmes !)

Quelques mots sur vos prochains ouvrages ?
Mon nouveau livre paraît au Rouergue aujourd’hui (youhou !). C’est un roman pour enfants qui s’intitule La révolte des animaux moches. Il met en scène un groupe d’amis composé de quatre animaux, dans un monde très légèrement futuriste où animaux et humains vivent en paix (c’est-à-dire sans se manger). Seulement, les animaux « nobles » (chevaux, chiens…) sont désormais les alliés des humains, et les animaux moches sont déconsidérés, méprisés, ils sont devenus les nouveaux prolétaires de ce monde. Alors les quatre héros du livre décident de mener une révolte pour faire advenir plus de justice et être reconnus à leur juste valeur.
Chez Monstrograph, la maison de micro-édition que j’ai créée avec mon compagnon, Martin Page, nous publions aussi deux livres ce printemps. 
Un livre collectif que nous éditions tous les deux et qui interroge 31 artistes sur les conditions de leur création. Il s’intitule : Les artistes ont-ils vraiment besoin de manger ? Actuellement, il est en souscription via un financement participatif [NDLR plus d’info ici].
Et puis un court essai que j’ai écrit, qui parle de la littérature, de la fiction, et du rôle politique et social de l’imagination et des fins heureuses, intitulé : Éloge des fins heureuses.

Bibliographie : 

  • La révolte des animaux moches, roman illustré par Anne-Lise Combeaud, Rouergue (2018).
  • Le jour où les ogres ont cessé de manger des enfants, album illustré par Loïc Froissart, Rouergue (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • La Folle rencontre de Flora et Max, roman coécrit avec Martin Page, l’école des loisirs (2016).
  • Ma fugue chez moi, roman, Le Rouergue (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • L’immeuble qui avait le vertige, roman, Le Rouergue (2015).
  • N’essayez pas de changer, le monde restera toujours votre ennemi, roman coécrit avec Martin Page, Monstrograph (2015).
  • Petite encyclopédie des introvertis, roman, Monstrograph (2015).
  • Apprendre à ronronner, roman illustré par José Parrondo, l’école des loisirs (2013).

Le site de Coline Pierré : http://www.colinepierre.fr.


En vacances avec… Øyvind Torseter

Régulièrement, nous partons en vacances avec un·e artiste. Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais moi j’adore partir comme ça avec quelqu’un, on apprend à la·le connaître notamment par rapport à ses goûts… cet·te artiste va donc profiter de ce voyage pour nous faire découvrir des choses. On emporte ce qu’elle·il veut me faire découvrir. On ne se charge pas trop… Des livres, de la musique, des films… sur la route on parlera aussi de 5 artistes qu’il·elle veut me présenter et c’est elle·lui qui choisit où l’on va… 5 destinations de son choix. Cette fois-ci, c’est avec Øyvind Torseter que nous partons ! Allez, en route !

5 albums jeunesse :  

  • Asbjørnsen and Moe : Norwegian folktales [NDLR sorti en France sous le titre Contes populaires norvégiens]
  • Tove Jansson : Moomin [NDLR sorti en France sous le même titre]
  • Jockum Nordstrom: Sailor and Pekka [NDLR sorti en France sous le titre Sailor et Pekka font les courses]
  • Jan Loof : The red apple
  • Astrid Lindgren : Emil [NDLR sorti en France sous le titre Les farces d’Emil]

5 romans :

  • Jon Fosse : Trilogien
  • Haruki Murakami : Colorless Tsukuru Tazaki [NDLR sorti en France sous le titre L’Incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage]
  • Lars Saabye Christensen : The half brother
  • Vigdis Hjorth : Wills and Testament
  • Karl Ove Knausgård : My struggle

5 DVD

  • Vertigo [NDLR sorti en France sous le titre Sueurs froides]
  • Twin Peaks [NDLR sorti en France sous le titre sous le même titre]
  • Lost in translation [NDLR sorti en France sous le titre sous le même titre]
  • Fanny and Alexander [NDLR sorti en France sous le titre Fanny et Alexandre]
  • Bladerunner [NDLR sorti en France sous le titre sous le même titre]

5 CD

  • Talk Talk : Laughing stock
  • Joanna Newsom : Ys
  • Robert Wyatt : Rock bottom
  • Biosphere : Substrata
  • Bill Callahan : Dream River

5 BD

  • Tove Jansson : Moomin, The complete Tove Jansson Comic Strip
  • Lars Fiske and Steffen Kverneland : Kanon
  • Pushwagner : Soft City [NDLR sorti en France sous le même titre]
  • Chris Ware : Jimmy Corrigan [NDLR sorti en France sous le même titre]
  • Joost Swarte : Is that all there is?

5 lieux

  • Shanghai, China
  • Lofoten, Norway
  • Reykjavik, Iceland
  • Cornwall, UK
  • Nordmarka, Oslo

5 artistes

  • David Hockney
  • Brian Eno
  • Saul Steinberg
  • David Shrigley
  • Vanessa Baird

Øyvind Torseter est auteur et illustrateur

Bibliographie française :

  • Noirbert, illustration d’un roman de Håkon Øvreås, La joie de Lire (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Tête de mule, BD, texte et illustrations, La joie de Lire (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Maarron, illustration d’un roman de Håkon Øvreås, La joie de Lire (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Socrate et son papa, illustration d’un roman de Einar Øverenget, La joie de Lire (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Ina et Aslak opération dynamique, illustration d’un album de Tore Renberg, Didier Jeunesse (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Pourquoi les chiens ont la truffe humide, illustration d’un album de Kenneth Steven, Cambourakis (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Ina et Aslak apprentis bûcherons, illustration d’un album de Tore Renberg, Didier Jeunesse (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Le trou, album, texte et illustrations, La joie de Lire (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • Gravenstein, album, texte et illustrations, La joie de lire (2011).
  • Detours, album, texte et illustrations, La joie de lire (2009).
  • Mr Randpy, album, texte et illustrations, Rouergue (2002).

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Les invité·e·s du mercredi : Kiko et Étienne Gerin

Par 4 avril 2018 Les invités du mercredi

Aujourd’hui, je vous propose une interview de Kiko, l’auteur-illustrateur qui vient de publier À l’époque, un album que j’ai beaucoup aimé. Avec lui on parle de ce bel ouvrage aussi tendre que drôle mais aussi de son parcours. Ensuite, on part en vacances avec Etienne Gérin dont le très beau Monsieur vroum sort demain… on vous en parle bientôt ! Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Kiko

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
Pas vraiment une ligne droite. Plutôt pas mal de détours et beaucoup de hasards.
J’ai fait des études d’histoire de l’art et à la fin de mon cursus, je me suis rendu compte que la traduction professionnelle de cette discipline ne m’irait pas du tout. J’étais assez perdu. Un ami qui travaillait dans le dessin animé et qui savait que je ne dessinais pas trop mal m’a dit « tu te formes à Photoshop et je te fais entrer pour un remplacement ». Facile à dire. Le problème est que je n’avais ni ordinateur, ni tablette graphique et encore moins Photoshop. Une amie m’a proposé de me laisser les clefs de chez elle et de m’entrainer la journée sur son matériel, pendant qu’elle était au travail. Quelle chance d’avoir eu des amis comme ça ! J’ai découvert laborieusement Photoshop. Il n’y avait pas encore internet et ces milliers de tutos. Quatre mois après, j’ai passé un test pour faire un remplacement d’été. Sûrement pas à la hauteur, mais j’ai été pris grâce à cet ami qui a retouché un peu l’image avant de la présenter au réalisateur. Quelle imposture !
J’ai semble-t-il réussi à donner le change car je suis resté au-delà des vacances. J’ai continué pendant trois ans dans le dessin animé.
Un jour, nouveau hasard, une décoratrice me parle d’un storyboarder pour la pub (Dominique Gelli également auteur et dessinateur de BD) qui cherche un coloriste. Elle est débordée et me propose le plan. J’accepte et c’est ainsi que je me suis retrouvé à travailler comme coloriste puis moi-même comme storyboarder.
Au bout d’une dizaine d’années, l’activité s’est complètement écroulée. Encore une fois un peu perdu, je ne savais pas quoi faire. Je fantasmais depuis quelque temps sur l’illustration pour la jeunesse. J’avais constitué un book et un peu démarché mais ça n’avait rien donné. Pour tout dire, ça n’était pas très bon. Un an après, j’ai retravaillé mon book et ma compagne m’a convaincu de m’inscrire aux rencontres avec les DA [NDLR Directrice Artistique] des maisons d’édition au salon du livre jeunesse de Montreuil. J’ai rencontré une éditrice, Danielle Védrinelle, qui était enthousiaste. Mais aucune nouvelle pendant un an. Puis un jour, un coup de fil. Elle me propose de faire deux titres en doc jeunesse… et finalement toute la collection ! Quasiment simultanément, Élisabeth Cohat DA à Gallimard, à qui j’avais envoyé mon book, me contacte. Et c’était parti ! À partir de là je dois dire que tout s’est enchaîné à merveille. Je touche du bois.

D’où vient ce nom Kiko ?
Mon vrai prénom est Nicolas. La fille d’une amie quand elle était petite n’arrivait pas à prononcer Nico. Elle disait Kiko. J’avais trouvé ça marrant et je l’ai pris comme pseudo.

J’aimerais que vous nous parliez d’À l’époque, comment est venue cette idée d’enfant qui s’interroge sur les époques… le tout assis sur les toilettes !
Tout simplement d’une situation vécue avec ma fille. Les conversations depuis les toilettes avec la porte ouverte semblent être un grand classique partagé par pas mal de familles d’ailleurs.
Cette expression « à l’époque » qu’elle utilisait, englobait aussi bien les dinosaures, que mon enfance, voire même les quelques derniers mois écoulés de sa propre vie. J’ai essayé de construire autour de cette confusion chronologique une histoire à la fois drôle et poétique. Je me suis remplacé par une grand-mère car l’écart de génération était plus intéressant pour le récit. Et puis il y avait cette idée de la pelote de laine et du fil du temps qui est venue et qui me plaisait bien.

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur la collection Comptines en forme ?
Il s’agit d’une commande des éditions Milan pour mettre en images des comptines célèbres pour les tout petits. C’est un exercice très cadré à la fois par la contrainte de la forme de découpe de la couverture et des pages intérieures mais également par la volonté de l’éditeur qui sait exactement ce qu’il veut. Les pages sont même parfois déjà esquissées en amont. Il s’agit donc de retranscrire ça « au propre » avec son style.

Quelles techniques d’illustrations utilisez-vous ?
La plupart du temps, je fais mes brouillons et croquis sur du papier déjà utilisé. Dos d’enveloppes, photocopies ratées. J’ai beaucoup de mal à dessiner sur de belles feuilles vierges. Ensuite je scanne, et je mets en couleur numériquement avec une tablette graphique. Mais il m’arrive également de faire les esquisses directement sur l’ordi. Il n’y a pas trop de règles.

Il y a-t-il des illustrateurs et des illustratrices dont le travail vous touche ou vous inspire ?
Je pourrais en citer des tonnes ! J’aime chez un illustrateur-trice quand il arrive à trouver un équilibre entre un côté graphique fort et malgré tout un univers tendre avec de l’humour. Ce qui m’a amené vers le style que j’ai choisi c’est tout d’abord le travail de gens comme Alain Gré, Gerda Muller, Richard Scarry, Miroslav Sasek… Les albums du père castor, la collection des petits livres d’or… J’aime donc aussi le travail de gens où je retrouve une filiation avec cette époque. Par exemple, Marc Boutavant, Aurélie Guillerey, Anne Hemstege, Julia Wauters…
En fait, chaque fois que je vais dans une librairie je suis éberlué par la quantité de nouveautés qui me plaisent graphiquement.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescent ?
Je me souviens avoir beaucoup aimé Les Moumines ainsi que la BD Sybilline de Raymond Macherot.
Adolescent j’ai été un grand fan de Yves Chaland qui était ma référence. Mais aussi Serge Clerc et beaucoup d’autres de cette école du retour de la ligne claire.
Par contre aujourd’hui, je dois avouer que j’ai décroché de la BD. Je n’arrive plus à suivre depuis pas mal d’années. Il y a trop de titres.

Sur quoi travaillez-vous actuellement ? Un nouvel album dans les tiroirs ?
Plusieurs ouvrages en parallèle. Je suis en train de finir un livre animé pour Gallimard sur les transports. Je suis en plein dans un titre pour Fleurus (une histoire de père Noël) ainsi qu’un imagier sonore pour les petits chez Milan.
En juin va sortir chez Mango jeunesse un album intitulé Une drôle de tête dont je suis l’auteur et l’illustrateur. L’histoire d’un scientifique un peu particulier, raconté par son chat.

Bibliographie (sélective) :

  • Une drôle de tête, texte et illustrations, Mango (à paraître).
  • À l’époque, textes et illustrations, Milan (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Qui vit où ?, texte et illustrations, Milan (2018).
  • Les engins, texte et illustrations, Gallimard Jeunesse (2017).
  • Le renard et les poulettes, illustration d’un texte d’Agnès Cathala, Milan (2016).
  • Collection Comptines en formes, illustrations d’auteur·trice·s divers·es, Milan (2016-2018).
  • Le garage, texte et illustration, Gallimard Jeunesse (2015).


En vacances avec… Étienne Gerin

Régulièrement, nous partons en vacances avec un·e artiste. Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais moi j’adore partir comme ça avec quelqu’un, on apprend à la·le connaître notamment par rapport à ses goûts… cet·te artiste va donc profiter de ce voyage pour nous faire découvrir des choses. On emporte ce qu’elle·il veut me faire découvrir. On ne se charge pas trop… Des livres, de la musique, des films… sur la route on parlera aussi de 5 artistes qu’il·elle veut me présenter et c’est elle·lui qui choisit où l’on va… 5 destinations de son choix. Cette fois-ci, c’est avec Etienne Gerin que nous partons ! Allez, en route !

5 albums jeunesse :

  • Ma vallée de Ponti
  • Max et les Maximonstres de Sendak
  • Bento Bestiary de Ben Newman
  • Le géant de Zéralda de Ungerer
  • Jon Klassen (tout est bien)

5 BD :

  • L’entrevue de Fior
  • Astérios Polyp de Mazzuchelli
  • Aujourd’hui, demain, hier de Muradov
  • L’empire de l’Atome de Clérisse
  • Beauté des Kerascoet

5 artistes :

  • Eyvind Earle
  • Jim Flora
  • Klimt
  • Kupka
  • Caspar David Friedrich

5 CD :

  • Orphéon Celesta
  • Orphée aux Enfers d’Offenbach
  • The Beatles (n’importe lequel)
  • Thrill of the Arts de Vulfpeck
  • Rhapsody in Blue de Gershwin

5 DVD :

  • Le Roi et l’Oiseau de Grimault
  • Le Château dans le Ciel de Miyazaki (mais y sont tous bien, bien évidemment)
  • Samurai Jack de Gendy Tartakovsky
  • Les Shadoks
  • Fantasia de Disney

5 lieux

  • Une petite crique perdue pas loin de Saint-Cyr-Sur-Mer
  • Les grandes forêts de pins en face du glacier de Tignes
  • Une épave sous-marine d’avion à l’Est de La Ciotat, uniquement accessible en masque et bouteilles
  • Une petite vallée sur les hauts-plateaux du Vercors, très verte et discrète avec un seul arbre en son centre
  • Les Terres Froides, c’est un peu au Sud de Lyon. Et c’est magnifique quelques soit la saison.

Étienne Gerin est auteur et illustrateur

Bibliographie :

  • Mr Vroum, texte et illustrations, La Pastèque (2018).
  • Dino-Lune, illustration d’un texte de Morgane de Cadier, Frimousse (2017).

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