La mare aux mots
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Féminisme

Girl Power ! [Article en accès libre]

Par 20 août 2018 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, je vous propose un livre sur le féminisme, un livre sur le droit des femmes et des portraits de femmes.

Qui sont les féministes ? Comment est né ce mouvement et est-il toujours aussi important de se battre aujourd’hui ? Peut-on être féministe et croyante et quelle est justement la place des femmes dans les religions ? Qui étaient Alexandra Kollontaï, Simone de Beauvoir ou les Famous Five ? Que signifient les termes « charge mentale » et « misogynie internalisée » ?
Allez commençons par évacuer les bémols pour se concentrer sur le positif. J’aurai préféré le mot « autrice » à « auteure » (moins invisibilisant) et « tous et toutes » au lieu de « tous » (le fameux masculin qui l’emporte sur le féminin), l’utilisation de « genre » au lieu de « sexe » et il y a, d’après moi, des erreurs dans des dates. J’avoue que les premiers bémols n’auraient pas eu lieu dans un autre livre, mais on parle ici de féminisme. Maintenant que c’est dit… Qui sont les féministes sorti aux éditions du Ricochet est un très bon ouvrage pour comprendre le mouvement féministe et son histoire. On découvre ici des grands noms, des événements, des chiffres actuels (qui nous montrent que tout n’est pas gagné, loin de là). Les textes sont passionnants et le documentaire donne vraiment envie de le lire de la première à la dernière ligne. C’est assez engagé (et ça fait du bien) et vraiment complet, on trouve même en fin d’ouvrage un lexique, des idées de lecture et des liens intéressants. Enfin, et il faut le souligner, car ce n’est pas si souvent dans les livres sur le sujet, les hommes ne sont pas oubliés ici. Les illustrations d’Élodie Perrotin accompagnent à merveille le texte et rendent le livre plus vivant.
Un très bon album documentaire sur le féminisme, tellement passionnant qu’il se lit du début à la fin.

Maria Fernanda est Colombienne, grâce à l’association FXB elle va pouvoir acheter une machine à laver afin de gagner un peu d’argent en lavant le linge des autres. Chékéba est née en Afghanistan, elle a fui son pays à 11 ans, depuis elle a créé une association pour l’éducation des filles. Isabelle peint des cygnes noirs à la manière des peintres aborigènes, sa grand-mère va lui raconter un terrible secret qui va changer sa vie. Fatoumata est astronome et elle crée des nuages de débris pour nettoyer l’espace…
La très bonne maison d’édition À dos d’âne propose 4 histoires des droits des femmes d’aujourd’hui. Quatre femmes vues par des enfants (Maria Fernanda est racontée par sa fille, Chékéba par une petite voisine et Fatoumata par une élève d’une classe dans laquelle elle intervient). Chaque histoire aborde un thème fort quand il s’agit des droits des femmes : l’autonomie, l’éducation, le respect du corps et l’égalité au travail. Les deux premières et la dernière sont suivies d’une petite partie documentaire qui explique des choses sur l’association qui est citée dans l’histoire. C’est bien écrit et ça se lit facilement, même par des enfants jeunes (même si la troisième histoire peut être un peu dure) et ça peut même être un bon support pour aborder les droits des femmes et faire des débats en classe. On peut ajouter qu’ici les femmes dont on lit le portrait ne sont pas des célébrités, pas des personnages historiques, juste des femmes comme on peut en croiser dans notre vie, il est donc plus facile pour les enfants de s’identifier à elles.
L’histoire de quatre femmes d’aujourd’hui pour parler des droits des femmes

Elles s’appellent Cléopâtre, Ada Lovelace, Jeanne d’Arc ou encore Rosa Parks. Elles ont un point commun, elles ont osé être elles-mêmes, ne pas rester dans l’ombre des hommes.
Là aussi, on va commencer par évacuer un point… Ce livre est édité par Fleurus et c’est une énorme surprise. Vous ne le savez peut-être pas, mais nous refusons de chroniquer des livres édités par cette maison d’édition depuis des années (en partie à cause de la collection Petite fille qui véhicule des stéréotypes sexistes, lire par exemple ici, mais surtout à cause du Dico des filles, horrible livre dont vous pouvez lire un avis par exemple ici). Bref, imaginez donc ma surprise en découvrant ce Portrait de femmes libres. Je l’ai donc ouvert, curieux, et je le dis tout de suite je n’ai, personnellement, rien à reprocher à cet ouvrage et je l’ai même trouvé vraiment bien fait. Après une introduction qui rappelle que le combat pour l’égalité a été un long chemin (qui n’est pas terminé) et une chronologie avec des dates clefs, on nous propose ici douze portraits de femmes. À chaque fois une grande illustration avec une sorte de fiche signalétique, puis un texte qui raconte un passage clef de leur vie (la genèse de Frankenstein lors d’une soirée pour Mary Shelley, le départ pour la traversée de l’océan pour Amélia Earhart…). Bref, c’est un super moyen de découvrir des femmes qui se sont battues… et avoir envie aussi de ne pas se laisser faire. Ajoutons que les illustrations sur magnifiques.
Un super livre documentaire, qui se lit comme un recueil de nouvelles, sur des femmes d’exception.

Les sœurs Brontë, Aung San Suu Kii, Hillary Clinton, Astrid Lindgren, Marie Curie, Jane Goodall ou encore Cléopâtre. Cent femmes à ne pas oublier.
Un peu sur le même principe que le précédent (mais sorti avant, signalons-le), Histoires du soir pour filles rebelles, d’Elena Favilli et Francesca Cavallo propose cent portraits de femmes sous forme de textes courts qui se lisent comme on lirait des histoires. Bien entendu, on aurait préféré un titre bien moins sexiste (on pourra lire ce livre aux garçons), mais cet album est vraiment un très bel ouvrage. On vous en avait déjà parlé lors de notre webzine antisexiste (ici), mais il aurait été dommage qu’il n’apparaisse pas dans un article du site.
Un bien bel ouvrage qui met en avant des femmes (dont certaines peu connues) pour les filles rebelles… et les garçons !

Qui sont les féministes ?
Textes de Julie Guiol, illustrés par Élodie Perrotin
Les éditions du Ricochet dans la collection POCQQ
12 €, 152×210 mm, 125 pages, imprimé en Pologne chez un imprimeur éco-responsable, 2018.
La moitié de l’humanité – 4 histoires des droits des femmes d’aujourd’hui
Textes de Marilyn Plénard, illustrés par Mathieu de Muizon
À dos d’âne dans la collection Un monde pas à pas
10 €, 115×170 mm, 64 pages, imprimé en Union Européenne chez un imprimeur éco-responsable, 2018.
Portraits de femmes libres – Elles ont osé être elles-mêmes !
Textes de Sophie Blitman, illustré par Annette Marnat
Fleurus
12,95 €, 175×245 mm, 96 pages, imprimé en Slovénie, 2018.
Histoires du soir pour filles rebelles – 100 destins de femmes extraordinaires
Texte d’Elena Favilli (traduit par Jessica Shapiro), illustrés par Francesca Cavallo
Les arènes
19,90 €, 185×248 mm, 212 pages, imprimé en Italie, 2017.

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Héros et héroïnes de contes et du quotidien

Par 30 juillet 2018 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, on plonge dans deux ouvrages parfaits pour les vacances, à savourer à l’ombre d’un arbre, sur une plage, près d’un cours d’eau ou d’une rivière… L’excellent Vives et vaillantes de Praline Gay-Para qui met en scène sept héroïnes de contes féministes et enthousiastes et l’hilarant Heureusement que le chien, lui, est un type bien de Lorenza Ghinelli !

Vives et vaillantes
Texte de Praline Gay-Para, illustré par Anne-Lise Boutin.
Didier Jeunesse
14€, 145×213 mm, 128 pages, imprimé en France, 2018.
Heureusement que le chien, lui, est un type bien
Texte de Lorenza Ghinelli (traduit par Anaïs Bouteille-Bokobza)
Thierry Magnier
14,90€, 141×221 mm, 240 pages, imprimé en France, 2018.

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Des histoires de gros bras et de luttes des classes ! [ARTICLE EN ACCÈS LIBRE]

Par 18 juin 2018 Livres Jeunesse

Aujourd’hui on fait la connaissance d’héroïnes féministes pleines d’énergie et bien décidées à renverser l’ordre établi avec Les gros bras de Polka d’Emilie Gleason et Zette et Zotte à l’uzine d’Elsa Valentin et Fabienne Cinquin !

Il était une fois un couple de danseur·euse·s fou amoureux·euses. Si amoureux qu’ils finissent par avoir un bébé : Polka. Polka est une petite fille pleine d’entrain (un peu trop même), joyeuse et heureuse de vivre… avec une particularité : Polka a des gros bras… DES TRÈS GROS BRAS. À tel point qu’à l’école, tout le monde se moque d’elle. Des biceps pareils, pour une fille de son âge… Ça n’a pas de sens ! Alors Polka se renferme, devient morose et triste. Jusqu’au jour où, alors qu’elle regarde la télébison avec ses parents, la petite fille entend qu’un groupe de castors est menacé ; ni une ni deux, la petite fille décide de se remonter les manches et de leur venir en aide !
Les gros bras de Polka est un album féministe très drôle. Emilie Gleason nous parle, à travers l’exemple de Polka, de l’importance (et de la difficulté) de s’accepter tel·le que l’on est, dans une société où les clichés existent encore. Car ce qui dérange, c’est que la petite fille a de gros bras (un attribut que l’on associe plus naturellement à un garçon). Polka chamboule malgré elle l’ordre établi : les garçons doivent être costauds et forts, les filles douces et fragiles. À travers cette histoire pleine d’humour (l’autrice joue avec les mots : Polka regarde la « télébison », enfourche son « vélo-ciraptor ») Emilie Gleason propose un album positif sur la nécessite de se détacher du regard des autres et de vivre sa vie comme on l’entend. Au fur et à mesure de ce récit initiatique burlesque, Polka va découvrir que ses gros bras peuvent être une force. Les illustrations vives et colorées accompagnent à merveille cette drôle d’histoire. Chaque page révèle une nouvelle surprise, langagière ou narrative. Résultat : c’est drôle, bien construit, fourmillant de détails, de malice et d’intelligence !
Un drôle de petit album pop qui déconstruit les clichés !

Zette et Zotte sont sœurettes et travaille à l’uzine où elles fabriquent des zabits de louxe. Pour cette besogne, elles ne sont payées que des miettes et quelques légumes. Si Zette trouve cela scandaleux et est prête à faire la grave généreule et la manifle, Zotte préfère quant à elle faire des zeurs-sop pour gagner plus de beurre dans les zépinards… Un matin, le trapron décide que les zouvrilleuses lui coûtent trop cher ! Désormais elles ne seront payées que des épluchures ! C’en est trop pour Zette et ses copines qui décident de monter au créneau et de faire la révoluture !
Avec Zette et Zotte à l’uzine, Elsa Valentin et Fabienne Cinquin nous content l’histoire d’un conflit social avec beaucoup d’humour et d’intelligence ! La langue d’Elsa Valentin est poétique et imagée : elle joue sur les sonorités « Zette/Zotte/Zabits », détricote et reconstruit de nouveaux mots : la grève générale devient la grave généreule, la révolution devient la révoluture… L’album se lit à haute voix pour savourer encore plus ces jeux de mots ! Mais derrière cet aspect ludique, Elsa Valentin nous parle de problématiques actuelles : les délocalisations d’usines, le sort des ouvriers laissés pour compte. L’album se veut résolument optimiste et joyeux. Les illustrations nous plongent dans un monde coloré, solidaire, où, seul le collectif permet de s’en sortir ! Fabienne Cinquin joue sur les motifs, les coloris, les matières et multiplie les techniques : encre de Chine, collage de papiers unis comme à motifs, aquarelles… À travers l’exemple de Zette et Zotte, Elsa Valentin nous montre les tensions qui peuvent exister durant ces conflits (même si tout se termine bien !). Véritable ode à la sororité (et fraternité), à la cohésion de groupe et à l’autogestion, Zette et Zotte à l’uzine est une fable moderne qui nous montre qu’avec beaucoup d’imagination, de l’utopie, de la révolte et des ami·e·s… on peut encore changer les choses… et ça fait du bien !
Un véritable coup de cœur, drôle et politique ! On en redemande !

Les gros bras de Polka
d’Emilie Gleason
Biscoto
14 €, 146×236 mm, 48 pages, imprimé en France, 2018.
Zette et Zotte à l’uzine
Texte d’Elsa Valentin, illustré par Fabienne Cinquin
L’atelier du poisson soluble
16 €, 200×297 mm, 48 pages, imprimé en République tchèque, 2018.

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Des jeunes filles engagées!

Par 1 mai 2018 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, deux romans engagés qui nous content les combats de deux jeunes filles pour l’égalité à deux époques différentes : Paris en 1885, 15 ans après la Commune où Séraphine tente de s’émanciper et de vivre libre, puis l’on plonge dans le quotidien de Starr, l’héroïne de The hate U Give, une jeune fille noire du début du XXIe siècle qui se bat contre la ségrégation raciale et la ghettoïsation des noir·e·s américain·e·s

Séraphine
de Marie Desplechin
L’école des loisirs
6,80 €, 126×189 mm, 256 pages, imprimé en France, 2018.
The Hate U Give
de Angie Thomas (traduit par Nathalie Bru)
Nathan
17,95 €, 155×2250 mm, 494 pages, imprimé en France, 2018.

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Demandez des contes ! [article en libre accès]

Par 20 novembre 2017 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, deux pépites pour accompagner vos soirées d’automne au coin du feu : le conte féministe Anna qui chante de Sonia Paoloni et Eloïse Rey et le formidable Le petit poucet c’est moi… Régalez-vous !

Il était une fois un drôle de pays : le Pays des Sept Collines. Dans cette contrée éloignée, vivaient un roi et sa fille, Judith, surnommée par les habitant·e·s du royaume « Judith la Triste ». Un roi méchant, tyrannique qui la gardait enfermée. Si Judith avait droit à une éducation hors pair, musique, langues étrangères, calcul et dissection, elle s’ennuyait ferme toute seule… Alors le roi eut une idée de génie : kidnapper des petites filles pour que Judith ait des amies… Seulement, au milieu de ces petites filles, il y en avait une particulière : Anna…
Anna qui chante est un album féministe et poétique. Sonia Paolini nous propose une histoire drôle et révoltée. L’autrice suit les codes classiques du conte : un pays lointain, un roi odieux, une princesse enfermée promise à un prince… Sauf que contrairement aux contes classiques, la Princesse Judith ne se mariera pas à un Prince, et que les jeunes filles se rebellent contre le patriarcat. Grâce à « Anna qui chante » « Judith qui pleure » va oser s’exprimer face au Roi et prendre son destin en main. Le chant d’Anna est un chant de colère, qui parle aux cœurs des jeunes filles désobéissantes et insoumises. C’est un chant de soulèvement, d’émeute. Les illustrations d’Eloise Rey accompagnent magnifiquement ce très beau texte. Oniriques et éclatantes, d’un style symbolique, elles nous plongent dans un univers ensoleillé où la sororité est la première des qualités. Graphiquement, l’album est somptueux et l’on suit la mélopée d’Anna avec ravissement – on la murmure presque… –
Un très bel album, coup de cœur, féministe et engagé !

Des années après avoir volé les bottes de sept lieux et échappé à l’Ogre, le Petit Poucet reçoit une drôle de lettre « Petit Poucet, tu seras sans doute surpris de recevoir cette lettre. Depuis que j’ai voulu vous manger, tes frères et toi, il est vrai que je n’ai pas beaucoup donné de nouvelles. » À partir de là, une correspondance s’établit entre le Petit Poucet et l’Ogre. Une correspondance passionnante, étonnante et drôle, où l’on découvre le quotidien de notre Petit Poucet (pas si drôle) et les envies d’écrivain de l’Ogre…
Quel album incroyable ! Christophe Mauri et Marie Caudry nous offrent ici un album fantastique. L’idée de départ est géniale : écrire une suite au Petit Poucet (et quelle suite). Sous forme épistolaire, on découvre le quotidien des deux protagonistes : le Petit Poucet est toujours le vilain petit canard de sa famille, tandis que l’Ogre souffre de rhumatisme, de vieillesse… Il adorerait recevoir son correspondant à manger chez lui… Sauf que tout n’est pas si facile : un Ogre peut-il inviter un Petit Poucet pour dîner sans avoir envie d’en faire son plat principal ? (Vous avez 4 heures). L’histoire est à la fois hilarante, émouvante et pose des questions morales et éthiques : notamment lorsque l’Ogre décide de se lancer dans l’écriture de conte de fée (que vous reconnaîtrez, j’en suis sûre) et qu’il se fait emporter dans l’industrie du divertissement. Marie Caudry illustre à merveille ce bel album : on a l’impression d’ouvrir un livre de conte du XIXe siècle : tant dans le trait que dans la forme. On passe du temps à admirer ces belles scènes qui sont parfois sur double-page !
Un superbe album, à lire sans modération ! Un vrai coup de cœur.

Anna qui chante
Texte de Sonia Paolini, illustré par Eloïse Rey
Biscoto
18 €, 227×317 mm, 66 pages, imprimé en France, 2017
Le Petit Poucet c’est moi
Texte de Christophe Mauri, illustré par Marie Caudry
Casterman
14,95 €, 195×254 mm, 124 pages, imprimé en France, 2017.

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