La mare aux mots
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Folio Junior

Vies pendant la Shoah [article en libre accès]

Par 27 février 2017 Livres Jeunesse

Lorsque j’ai eu envie d’écrire cette chronique, j’avais en tête l’idée qu’il fallait rappeler ce qu’il s’était passé il y a si peu de temps (les arrières grands-parents de nos enfants ont pour la plupart connu cette période… Ce n’est pas il y a 200 ans). À quelques mois des élections, je trouvais primordial de parler à nos enfants de la barbarie qui vient avec le fascisme. J’avoue m’être dit, à plusieurs moments, en lisant ces deux BD et ces trois romans que quand même, heureusement, on n’en était pas là, que ça n’arriverait plus aujourd’hui. Et mardi, alors que je préparais cette chronique, deux jeunes se sont fait agresser parce qu’ils portaient une kippa. Le devoir de mémoire est important, nos enfants doivent savoir, parce qu’il ne faut plus que ça arrive. Il ne faut plus qu’on laisse monter les extrémistes, apprendre l’Histoire est la meilleure chose à faire pour que les horreurs d’hier ne se reproduisent pas. Apprendre à nos enfants ce qu’il s’est passé c’est aussi couper l’herbe sous le pied aux négationnistes de tous poils qui voudraient leur faire croire sur certains sites que tout ça n’a pas existé. Voici donc deux BD et trois romans, pour ne pas oublier.

Irena travaille dans le ghetto de Varsovie. Nous sommes en mars 1941 et cette femme au fort caractère fait tout son possible pour aider ceux et celles qui sont enfermés là. Seulement, il y a des choses que le département d’aide sociale dans lequel elle travaille n’a pas prévu. C’est la peur au ventre pour ceux et celles qui travaillent avec elle et qu’elle entraîne dans son geste fou, qu’Irena va aller plus loin que les tâches qui lui sont confiées.
Irena a existé, elle s’appelait Irena Sendlerowa et les auteurs de la BD se sont documentés sur elle pour écrire cette magnifique série qui comptera trois volumes. Irena c’est un album extrêmement fort sur une femme qui décida un jour de sauver des enfants. Un bel album, mais parfois extrêmement dur (mais fallait-il enjoliver la réalité ou raconter ?) si bien qu’il sera peut-être nécessaire d’accompagner de jeunes enfants qui souhaiteraient le lire (car graphiquement, les plus jeunes vont être attirés).
Un album extrêmement fort sur une femme qui sauva de nombreux enfants du ghetto de Varsovie, si fort qu’on a du mal à le refermer… On attend la suite avec impatience !

Heinz, Trude, Ruth, Martin, Suzanne et Arek ont été des enfants juifs qui ont connu la guerre. Aujourd’hui, ils racontent. Leurs six témoignages rappellent la vie dans cette sombre période de l’Histoire quand on était juif. Ils racontent la persécution, les séparations, la fuite et bien d’autres choses encore.
Si Rescapés de la Shoah est, comme l’indique le communiqué de presse, illustré de façon à « dire les choses vraies, mais sans qu’elles soient insoutenables pour les jeunes lecteurs », ses illustrations seront aussi bien plus clivantes (personnellement, je trouve ça extrêmement laid). Mais il faudra aller au-delà pour ceux et celles qui comme moi seront repoussés par les dessins, car ce sont ici de vrais témoignages, forts et poignants. Chacun y raconte son enfance, puis on apprendra ce qu’il ou elle est devenu.e. On trouvera même un glossaire et des conseils lecture pour aller plus loin en fin d’ouvrage.
Un ouvrage qui nous permet de lire six témoignages d’enfance pendant la Shoah.

Ménaché Rozenbaum a fui la Pologne pour se retrouver en Belgique. Ce jeune juif va entrer dans la résistance, malheureusement il sera pris par les Allemands en possession de journaux clandestins et durant huit mois il va subir les pires tortures. Mais Ménaché a survécu, âgé de 95 ans il raconte. Il parle de son enfance, de ses ancêtres, mais surtout de la guerre.
Il faut absolument oublier les quelques maladresses de 8 mois dans les caves de la Gestapo (dans le texte et graphiquement) et lire ce témoignage fort, mais non dénué d’humour. Dans des chapitres courts, Ménaché Rozenbaum raconte : le ghetto, la résistance, la déportation, mais aussi sa vie de tailleur ou sa rencontre avec celle qui est devenue sa femme. Chaque chapitre est consacré à un sujet et se lit presque indépendamment des autres à tel point qu’il y a parfois des redites, qu’on se perd dans la chronologie, mais on a le sentiment de passer une soirée à écouter le vieil homme nous raconter sa vie, son enfance, témoigner. Et même si parfois on est un peu perdu, on est passionné par le propos, captivé par son histoire et au final on aura rencontré une personne qu’on n’est pas prêt d’oublier.
Un témoignage passionnant sur la guerre à lire comme on écouterait quelqu’un nous raconter sa vie.

Ilse commence son journal en 1938. Elle raconte sa vie, ses amies, sa famille, mais elle parle aussi de ce qui se passe autour d’elle : la nuit de cristal qui vient d’avoir lieu quand elle commence son journal, les privations de droits des juifs (d’ailleurs, elle-même n’a bientôt plus le droit d’aller à l’école) ou les persécutions. Mais bientôt, la vie d’Ilse va peut-être prendre un tournant inattendu.
J’ai fui l’Allemagne nazie est un roman passionnant et totalement original. Parce qu’il s’arrête en 1939 (même si un épilogue nous permet de faire un saut dans le temps) alors que la plupart des romans sur cette période couvrent plutôt les années suivantes, parce qu’il nous parle d’un événement peu connu (la fuite vers Cuba de 900 juifs) et l’on pourrait ajouter parce qu’il est sous forme de journal (même si ce n’est pas le premier). Voilà un roman qui va donner le goût de la lecture à ceux et celles qui ne l’ont pas, parce que le procédé du journal nous permet d’entrer en empathie tout de suite avec Ilse et qu’il permet aussi de faire en sorte que les chapitres sont courts. Parce que l’histoire est passionnante, pleine de rebondissements et qu’on ne sait pas comment ça va finir. Il est difficile de lâcher ce beau roman avant de l’avoir terminé.
Une jeune fille raconte la guerre et sa fuite, et ça donne un très beau roman.

Max vient d’avoir un poisson, il est rouge, avec un peu de jaune, il l’a appelé Auguste comme le clown au cirque qui l’a tant fait rire. L’eau du bocal fait de petites vagues quand les Allemands passent en faisant claquer leurs bottes. Max a une étoile sur ses vêtements, il la regarde briller, il aime cette étoile même si on lui a dit à l’école qu’elle puait (alors qu’elle ne sent rien, Max l’a reniflée pour vérifier). Max est un peu triste, alors que c’est son anniversaire il est emmené dans un grand stade où il y a plein de gens qui ont aussi des étoiles, du coup personne ne le lui fête.
Je termine par un énorme coup de cœur, Max et les poissons, un roman extrêmement fort et terriblement bien écrit par Sophie Adriansen. La force du roman, c’est l’écriture qui retranscrit parfaitement la voix de l’enfant, mais avec une extrême poésie et des phrases terriblement fortes (« la guerre, ça fait marcher les Allemands dans les rues et serrer fort les mains des petits garçons », « Le ciel est plein d’étoiles. Moi, avec la mienne, je suis un shérif », « les voisins disent “rafle” dans l’escalier, le mot fait le son du balai à poils secs qu’on passe sur le sol. »…). En fin d’ouvrage, quelques repères historiques.
Un roman magnifique à lire absolument, à offrir à tous les enfants à partir de 9 ans et même à leurs parents.

D’autres livres sur le sujet que nous avons chroniqué : la magnifique quatrilogie Une île trop loin, Surtout ne prends pas froid, Alex et Léon dans les camps français 1942/1943, Le royaume d’Eliousha et Les carnets de Lieneke.
À noter qu’en ce moment le Mémorial de la Shoah propose une exposition Shoah et bande dessinée. Plus d’infos.

Irena – T1 – Le Ghetto
Scénario de Jean-David Morvan et Séverine Tréfouël, dessin de David Evrard, couleurs de Walter
Glénat dans la collection Tchô !
14,95 €, 240×320 mm, 67 pages, imprimé en Belgique chez un imprimeur éco-responsable, 2017.
Rescapés de la Shoah
Texte de Zane Whittingham et Ryan Jones (traduit par Faustina Fiore)
Flammarion
15 €, 208×289 mm, 96 pages, imprimé en Chine, 2017.
8 mois dans les caves de la gestapo
de Ménaché Rozenbaum et Jacques Sobieski
Je réussi dans la collection Romans
9,90 €, 140×219 mm, 119 pages, imprimé en CE, 2014.
J’ai fui l’Allemagne nazie, journal d’Ilse 1938-1939
de Yaël Hassan
Gallimard Jeunesse dans la collection Folio Junior
4 €, 124×178 mm, 112 pages, imprimé en Espagne chez un imprimeur éco-responsable, 2015.
Max et les poissons
Texte de Sophie Adriansen, illustré par Tom Haugomat
Nathan
5,20 €, 120×181 mm, 88 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2015.

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Quand la vie fait très mal et qu’en parler apaise

Par 6 janvier 2017 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, on découvre deux très beaux romans dont les personnages traversent de terribles épreuves, épaulés par des complices un peu particuliers…

Quelques minutes après minuit
de Patrick Ness, d’après une idée originale de Siobhan Down (traduit par Bruno Krebs)
Gallimard Jeunesse dans la collection Folio Junior
6,70 €, 124×178 mm, 208 pages, imprimé en France, 2016.
Quelques minutes après minuit, l’édition du film
Illustré par Jim Kay
Gallimard Jeunesse
25 €, 190×240 mm, 356 pages, imprimé en Roumanie, 2016.
Sauveur et fils, saison 2
de Marie-Aude Murail
L’école des loisirs
17 €, 149×217 mm, 313 pages, imprimé en France, 2016.

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Des destins hors du commun

Par 20 mars 2015 Livres Jeunesse

MARJANE et le sultanMarjane est une jeune femme au talent remarquable et au caractère bien trempé. Depuis quelques années, elle s’occupe elle-même de l’atelier de confection de tapis créé par son père, aujourd’hui trop faible pour assurer la création. L’organisation du travail des ouvrières, la gestion des commandes et l’intendance de la maison, elle gère tout ça d’une main de fer. Mais un jour, la dure réalité vient troubler la vaillante Marjane : son père est souffrant, les médecins lui donnent peu de temps et il faut qu’elle songe à se marier si elle veut garder l’atelier et le toit qui l’abrite avec sa sœur cadette Anoosha. Marjane s’insurge contre cette coutume rétrograde qui dit que les femmes ne peuvent gérer une affaire ou posséder des biens en propre, quelle injustice ! Alors que son père la presse à prendre se marier et enchaîne les entretiens avec les familles des jeunes célibataires à marier, Marjane décide de prendre son destin et celui de sa famille en main et de plaider sa cause devant le sultan. Elle ne sait pas encore qu’elle devra relever un défi de taille pour montrer que les femmes sont dignes de confiance, et qu’elle vivra une aventure aussi palpitante que les contes que lui lisait sa mère quand elle était enfant.
Le fort caractère de l’héroïne m’a tout de suite conquise. Marjane est une femme forte, artiste, moderne, qui doit se battre contre le système patriarcal et passéiste du royaume d’Aroum à la fin du XIXe siècle. L’Orient offre un décor propice au roman d’aventures. On est tout de suite dépaysé par les descriptions appliquées des vêtements, du travail des ouvrières tisseuses, des paysages ensablés. L’histoire en elle-même est assez classique, même prévisible, mais on se laisse emporter par les péripéties et les émois de la jeune femme qui devra défendre courageusement sa famille et la cause des femmes.

Un Berger aux Jeux olympiquesSpiridon ne paye pas de mine : paisible berger qui mène paître son troupeau sur les coteaux escarpés de sa Grèce natale, il vit seul avec sa mère, simplement. Au loin dans la vallée, il voit les travaux pour les prochaines Olympiades qui se dérouleront à Athènes en 1896 prendre forme. Quelle excitation ! Il paraît qu’un Français du nom de Pierre de Coubertin a décidé de réveiller l’esprit olympique ! Spiridon n’ose même pas imaginer qu’il portera les couleurs de son pays, jusqu’au jour où il part faire son service militaire, et que ses talents de coureur sautent aux yeux de sa hiérarchie. Le jeune berger parviendra-t-il à défendre l’honneur de son pays dans la discipline reine qu’est le marathon ?
La course à pied se prête très bien au roman d’initiation. Les difficultés de l’entraînement, le rythme haletant de la course… tous les éléments du récit participent à l’identification. On suit le parcours de Spiridon depuis ses montagnes au grand stade d’Athènes en courant à sa hauteur, accrochés à son souffle, on souffre avec lui sous le soleil écrasant de l’été 1896. Ce court roman est suivi par un petit dossier documentaire sur l’évolution des Jeux olympiques de l’Antiquité à nos jours. L’ensemble est très agréable à lire, très accessible même pour des jeunes lecteurs qui se reconnaîtront dans personnage historique de Spiridon Louys : humble, un peu naïf, mais très courageux.

DemainJeTecriraiIl fut un temps où George Sand signait ses lettres de son doux prénom de baptême, Aurore. Un temps où Marcel Proust faisait des fautes d’orthographe et où Gustave Flaubert baillait d’ennui au fond de sa classe au lycée. Ce temps, celui de l’enfance et de l’adolescence, nous est livré comme capturé dans les lettres envoyées par ceux qui deviendront les grands noms de l’écriture. Certains ne savaient pas encore quelle serait leur destinée, comme Marcel Aymé qui ne s’intéresse qu’à commander une boîte à compas pour Noël quand il s’adresse à sa sœur. D’autres le devinent déjà un peu : Freud conseille à son meilleur ami de conserver ses lettres, des fois qu’il deviendrait célèbre. Charles Baudelaire et Paul Verlaine envoient tous deux leurs premiers vers à leur idole Victor Hugo pour se conforter dans la voie de la poésie qu’ils s’apprêtent à embrasser. Pour la plupart, ils racontent, entre les lignes, le quotidien d’une jeunesse qui ne change pas tant que ça avec les années et les siècles : quand on est jeune, on s’ennuie en classe, on a soif de liberté, on espère que l’avenir nous révélera au monde.
Ce recueil de correspondance offre un très beau moment de lecture. Qu’il est touchant d’imaginer les écoliers appliqués qui ont rédigé de leur plume ces petits mots destinés à leurs parents ou à leurs camarades ! Bien sûr, le grand écrivain sommeille déjà dans la plupart des textes qui ont été compilés par Marie-Ange Spire. Ils sont drôles, poétiques, impétueux… c’est un vrai plaisir que de lire ces écrivains en devenir. Le « carnet de lecture » qui suit les lettres, sans être assommant, m’enthousiasme un peu moins, sûrement parce qu’il rappelle la portée « scolaire » de ce recueil. La quatrième de couverture explique en effet que la correspondance des grands auteurs permet de mieux comprendre leur œuvre. Pas sûr que ce soit la principale force de ce livre. Certaines des lettres sont de véritables bijoux d’écriture en elles-mêmes, sans qu’on ait besoin d’y chercher la trace d’une référence historique ou littéraire qui viendrait éclairer l’œuvre d’un grand écrivain (par ailleurs encore inconnue du lecteur). Ce recueil a cette qualité rare qu’il donne envie de lire, et aussi envie d’écrire, ce qui est déjà un très beau cadeau à faire aux jeunes gens qui le découvriront.

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué des ouvrages d’Agnès Laroche (Dans les yeux d’un loup et On a rien vu venir).

Marjane et le sultan
Texte d’Agnès Laroche
Talents Hauts dans la collection Libres et égaux.
8€, 135 x 180 mm, 144 pages, imprimé en République Tchèque, 2015.
Un berger aux Jeux olympiques
Texte d’Eric Chevreau
Oskar éditeur dans la collection Histoire et société.
9,95€, 145 x 190 mm, 88 pages, imprimé en Europe, 2015.
Demain je t’écrirai encore. Lettres de jeunesse de grands écrivains
Textes de George Sand, Marcel Proust, Sigmund FreudMarie-Ange Spire (cahier de lecture)
Gallimard Jeunesse dans la collection Folio Junior Textes classiques.
5,60€, 124 x 178 mm, 130 pages, imprimé en Espagne, 2015.

À part ça

La difficile discipline du marathon a déjà inspiré des écrivains qui y ont vu le reflet de la pratique de l’écriture. Dans son Autoportrait de l’auteur en coureur de fond (Belfond, 2009), Haruki Murakami fait de nombreux parallèles entre la traversée du désert qu’il a vécue en écrivant son premier roman et sa pratique intensive du demi-fond. Concentration, endurance, capacité de résistance et d’abnégation… toutes ces qualités sont partagées par le coureur et l’écrivain.
Dans Courir (Les éditions de Minuit, 2008) Jean Echenoz s’est quant à lui intéressé au destin du coureur tchèque Emil Zátopek, quatre fois champion olympique. Le rythme de la course se retrouve dans celui de l’écriture du romancier formaliste. On se laisse emporter par la course du marathonien et l’écriture jubilatoire de l’écrivain.

Laura

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Un certain Nicolas…

Par 11 septembre 2014 Livres Jeunesse

J’ai des lacunes, et même parfois de sacrées lacunes ! Avec La mare aux mots, j’ai découvert Pierre Gripari, Roald Dahl et celui dont je vais vous parler aujourd’hui : Le petit Nicolas ! Bien sûr dans les trois cas je connaissais les noms, mais je n’en avais jamais lu !

Le petit NicolasLa sortie d’une édition spéciale (les trois premiers livres réunis en un) était le parfait prétexte pour découvrir ce classique de la littérature jeunesse.

Nicolas est un petit garçon, à l’école il a plusieurs copains. Il y a Alceste (qui mange tout le temps), Rufus (le fils d’un policier), Clotaire (un peu cancre), Eudes (qui passe son temps à donner des coups de poing), Geoffroy (dont le père est très riche), Agnan (le chouchou de la maîtresse sur qui l’on ne peut pas cogner, car il a des lunettes) et d’autres encore. Tous ceux-là (enfin sauf Agnan) se retrouvent pour faire de nombreuses bêtises et rendre la vie impossible aux adultes (le bouillon, leur surveillant, la maîtresse, le directeur, les parents…). Nicolas veut souvent bien faire (comme lorsqu’il décide d’offrir un bouquet à sa maman), mais généralement ça finit mal… Les adultes ne sont pas forcément mieux que les enfants, comme par exemple le père de Nicolas toujours en train de se chamailler avec le voisin et qui, peu importe de quoi parle Nicolas, aurait pu en être champion s’il avait continué.

Quel bonheur que ce gros recueil ! Très certainement que vous connaissez tous ce héros de Sempé et Goscinny que je découvre à 37 ans, mais peut-être donnerais-je l’envie à quelques-uns de le lire à leurs enfants ! J’ai lu, pour ma part, tout cet été ces histoires à ma fille de 6 ans qui s’est totalement régalée ! Elle est devenue totalement fan (au point un jour de me dire qu’elle aimerait un déguisement du Petit Nicolas…) et j’avoue en être devenu fan également ! C’est très drôle, plein de tendresse, terriblement bien écrit. Le fait que ça soit bourré de répétitions (notamment sur les personnages qui sont systématiquement présentés) fait beaucoup rire les enfants qui disent les mots avant qu’on ne les prononce.
Un grand classique de la littérature jeunesse qui n’a pas du tout vieilli.

LeLes vacances du Petit Nicolas troisième livre compilé dans ce recueil, Les vacances du Petit Nicolas, est également sorti en CD raconté par Benoît Poelvoorde… et là encore quel bonheur !
Dans cette histoire, on va donc suivre les aventures du Petit Nicolas tout d’abord en vacances avec ses parents puis en colo. Les copains habituels sont donc absents, mais les nouveaux ne sont pas mal non plus. Ici encore les bêtises sont au rendez-vous et les adultes sont toujours aussi désemparés, exaspérés.
Benoît Poelvoorde excelle dans son rôle de récitant, par moment j’ai franchement ri et je ne me suis jamais ennuyé. Ma fille a écouté ce double CD quasiment en boucle tout cet été dans sa chambre, sans jamais s’en lasser.
Une géniale lecture du Petit Nicolas, aussi savoureux pour les enfants que pour les parents.

Le Petit Nicolas
Texte de Goscinny, illustrations de Sempé
Gallimard Jeunesse dans la collection Folio Junior
12,50 €, 125×175 mm, 480 pages, imprimé en Italie, 2014.
Les vacances du Petit Nicolas
Textes de Goscinny, lus par Benoît Poelvoorde
Gallimard Jeunesse dans la collection écoutez lire
19,90 €, durée : 2h13, 2014 (précédente édition 2012).

À part ça ?

Si vous recevez notre feuille de nénuphar ou si nous suivez sur facebook vous le savez peut-être déjà… La mare aux mots recrute ! Nous cherchons un-e chroniqueur-euse pour le numérique ! Plus d’infos ici.

Gabriel

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Des filles et leurs mères

Par 26 mai 2013 Livres Jeunesse

L’une maigrit sous le regard impuissant de sa mère, l’autre n’a plus le regard de la sienne.

La fille qui n'existe pasNinawa, 14 ans, 1m59, 32 kilos. Ninawa la fille qui disparaît, comme dans un tour de magie. Dans quelques jours, clic, elle aura disparu. C’est la fille qui n’existe pas. Raillent ses copains d’école. Pourtant Ninawa l’a voulu cet état, c’est pour ressembler aux filles des magazines et des clips qu’elle s’est mise à ne plus manger et à trouver des astuces pour que ça ne se voit pas. Sur les forums les conseils ne manquent pas… Alors Nina perd gramme après gramme, kilo après kilo et perd par la même occasion cheveux et dents, points en classe et concentration, sa vue est moins précise, elle a des acouphènes. Ninawa disparaît sous le regard coupable de sa mère et l’incompréhension de son meilleur ami.

Marie Mélisou nous parle de l’anorexie des jeunes filles qui veulent ressembler à ce que le monde leur montre des femmes, du côté « drogue » de cette maladie (toujours plus, nier les choses et promettre qu’on va s’arrêter quand on est surpris), des séances à l’hôpital, du corps qui se transforme, des docteurs,… mais surtout d’une mère, une mère qui perd pied, qui se sent la « conne » de l’histoire, celle qui est responsable, qui n’a rien vu venir et qui ne sait pas comment s’en sortir. Comment aider son enfant sans se la mettre à dos. Un roman dur et touchant sur une situation que beaucoup de jeunes filles connaissent, conséquence d’un matraquage de photos trafiquées.
Retrouvez le coup de coeur/coup de gueule que Marie Mélisou avait écrit pour La mare aux mots et qui parlait d’anorexie.

Maman au bois dormantElla a une dizaine d’années, sa mère va avoir un bébé avec son nouveau compagnon… pas facile à accepter. Pourtant il faudra bien vivre avec ce nouvel homme dans la vie de sa mère et ce « demi » frère. Le jour de l’accouchement arrive et les choses se passent encore plus mal que prévu, suite à une crise d’éclampsie sa mère ne se réveille plus. Ella doit vivre avec ce beau-père qu’elle déteste et ce frère dont elle ne voulait pas pendant que sa mère est dans le coma. Elle va devoir vivre avec l’espoir, guettant des différences de respiration, il va lui falloir supporter les copines qui changent par rapport à sa situation, les infirmières qui traitent sa mère comme une marionnette,…

Maman au bois dormant est un roman sur la maladie d’un des parents vu par son enfant, l’incompréhension des termes médicaux, des situations. Un enfant est rarement préparé à ces situations (et pourtant ça arrive, j’en sais quelque chose). On parle ici du regard des autres qui change (les gens qui deviennent bienveillants, d’autres qui vous trouvent moins intéressant car trop triste,..). Ella devra aussi se rendre compte que les choses ne sont pas toujours telles qu’on les idéalise (son vrai père n’est pas la personne qu’elle fantasme, sa mère est fragile). Un roman facile à lire pour jeunes lecteurs, l’histoire d’un enfant passionné de baleines qui aimerait que sa mère « remonte à la surface » ou qu’un prince charmant vienne la réveiller. Une petite fille qui voit les choses comme une petite fille et à qui on demande d’agir en grande personne. Une situation dure racontée sans aucune dureté et même parfois avec humour.

Quelques pas de plus…
Retrouvez la chronique d’Enfantipages et de Fantasia de Maman au bois dormant.

La fille qui n’existe pas
de Marie Mélisou
Le griffon bleu dans la collection On ré-agit !
7,50€, 210×147 mm, 129 pages, imprimé en France, 2011.
Maman au bois dormant
de Jacqueline Wilson (traduit par Vanessa Rubio-Barreau)
Gallimard Jeunesse dans la collection Folio Junior
7,90€, 124×176 mm, 308 pages, imprimé en Espagne, 2012.

A part ça ?

Le genre de vidéo qui rend fou…

Gabriel

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