La mare aux mots
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Gallimard Jeunesse

Voyage en adolescence

Par 2 juillet 2015 Livres Jeunesse

Les rêves rougesLachlan est un jeune Indien qui vit seul avec sa mère au bord du lac Okanagan au Canada. Contrairement au reste de sa famille qui vit dans la réserve indienne, il mène l’existence d’un adolescent moderne, partagée entre sa bande de copains, le collège et les remontrances de sa mère. Mais un jour, Lachlan rencontre Daffodil, la nouvelle élève de sa classe, et se trouve irrépressiblement attiré par ses grands yeux mauves, son caractère fantasque et cette drôle d’habitude qui la pousse à s’arracher les cheveux par poignées lorsqu’elle est angoissée. Ce coup de foudre va changer sa vie, car Daffodil est différente des autres : Lachlan va peu à peu devenir « celui qui sort avec l’Anormale ». Il se moque bien de ce quolibet, mais les choses dégénèrent quand la fille aux yeux mauves révèle à l’ensemble des élèves du collège qu’elle a aperçu Ogopogo, créature légendaire cousine du monstre du Loch Ness, censée hanter les tréfonds du Lac Okanagan. Lachlan va apprendre à ses dépens à quel point la différence peut attirer la haine et la violence et qu’il est difficile de protéger ceux qu’on aime.
Ce roman mêle avec brio le genre fantastique, le roman social, la romance, et même l’enquête policière. Le suspense reste intact tout au long de l’intrigue qui est à la fois riche et très bien ficelée. Même si l’on peut se sentir déstabilisé par l’incursion du surnaturel, la justesse des personnages fait qu’on pourrait croire que cette histoire est réelle. Leurs répliques sont pleines d’esprit, et leurs mésaventures nous tiennent en haleine. Le moindre personnage secondaire est doté d’un caractère bien construit et les liens entre les protagonistes sont solidement tissés, c’est un plaisir de se laisser emporter par cette histoire.
Jean-François Chabas aborde les thématiques du racisme, du harcèlement scolaire et de la différence sans pathos, mais avec un talent d’écriture rare. Une vraie réussite.
Le même vu par Le tiroir à histoires.

HighlineLa pièce l’a décidé, c’est lui qui doit relever le défi : traverser les 50 mètres qui séparent le balcon de son ami Mouss de l’immeuble d’en face à 100 mètres du sol, sans protection. 50 petits mètres, à peine cinq minutes en prenant son temps. 50 interminables mètres, perché sur une « slackline » quelques centimètres de large, sans avoir le droit à la moindre défaillance ni du corps, encore moins de l’esprit : « si on doute de soi, on tombe, mais si on est trop sûr, on tombe aussi. »
On traverse le monologue du jeune funambule d’une traite, la mâchoire serrée et le cœur gros, redoutant le moindre faux pas, ou qu’une infime pensée vagabonde ne le déconcentre. Ce que réalise le jeune homme est bien plus qu’une prouesse sportive, c’est une épreuve mentale, un pied de nez aux éléments et aux lois de la gravité. Le héros veut s’élever au-dessus de ses contemporains, accomplir un acte sans commune mesure, faire de sa vie une exception. Ce court texte ménage très bien le suspense. Le style parfois télégraphique, abrupt, retranscrit les pensées qui affluent dans l’esprit du jeune homme alors que, comme elle ne tient plus qu’à un fil, il réalise à quel point il chérit son existence.
Ce livre est une métaphore réussie de l’adolescence pendant laquelle on est vulnérable tout en recherchant l’absolu. Où l’on veut donner un sens à sa vie, parfois en la mettant en danger.
Le même vu par Dans la bibliothèque de Noukette.

Tout foutre en lairC’est certain, ce soir, elle le fait. Peu importe ce que disent les autres, ses parents, ses amis. Elle s’enfuit dans la nuit et il est là à l’attendre. Lui seul comprend le vide dans son ventre, sa solitude. Il n’y a qu’avec lui qu’elle peut le faire. C’est certain, ce soir, ensemble, ils mettront fin à leurs jours.
Antoine Dole s’attelle au difficile sujet du suicide des adolescents par l’intermédiaire d’un monologue, forme privilégiée de la collection D’une seule voix chez Actes Sud. Au fur et à mesure de la fuite des amants dans la ville, on partage les pensées et les doutes de la jeune fille. Elle repense à ce qui l’a menée à cette situation, elle réfléchit à son attachement pour ce garçon… Et pourtant ses sentiments ne prennent pas corps. Peut-être est-ce parce que l’histoire d’amour entre les deux protagonistes n’est évoquée que brièvement, simplement pour nous apprendre qu’ils se sont rencontrés sur internet, mais on a du mal à croire à ce couple qui, à peine réuni, entreprend d’en finir.
Néanmoins, comme les autres titres de la collection, ce texte aborde l’adolescence avec finesse. Les personnages rencontrent des problèmes très complexes, bien loin des représentations qui les montrent comme des créatures superficielles, accrochées à leur portable toute la journée. On découvre des êtres encore en formation, à fleur de peau, menacés de nombreux dangers.
Un petit livre qui revient sur les doutes existentiels des adolescents en les prenant au sérieux.
Le même vu par La bibliothèque de Noukette, Les lectures de Liyah et Bricabook.

A comme aujourd'huiChaque jour depuis sa naissance, A se réveille dans la peau d’une nouvelle personne. Il peut être un jour une fille, une autre un garçon, parfois riche, parfois pauvre, tantôt membre d’une famille aimante, tantôt orphelin… Une seule chose reste la même : chaque jour à minuit il quittera le corps et la vie qu’il a occupé pendant la journée. À s’accommode comme il peut de cette vie sans attache. Il joue le rôle de son hôte pendant 24 heures en tâchant de ne rien modifier au cours naturel des vies qu’il emprunte. Mais tout change le jour où il occupe le corps de Kevin, un jeune adolescent comme les autres. Enfin, presque comme les autres, puisqu’il sort avec la plus belle fille que A n’ait jamais rencontré en 16 années de cette vie bien remplie. À en est persuadé : un lien existe entre cette fille et lui, et il doit tout faire pour la revoir malgré son destin si particulier.
Bien que l’intrigue appartienne au domaine du fantastique, ce roman est une sorte de fresque quasi documentaire sur l’adolescence. Chaque jour, nous découvrons un nouvel ado avec ses passions, ses projets, ses difficultés scolaires ou même ses problèmes de santé. L’extraordinaire condition du héros nous permet de faire un voyage dans le monde si varié et complexe de l’adolescence. Le roman milite de façon efficace pour la tolérance : on est littéralement forcé de se mettre dans la peau de l’autre quels que soient son handicap, son style, son orientation sexuelle, etc.
Ce roman d’une grande originalité s’adresse aux très bons lecteurs. Les situations décrites sont parfois éprouvantes et les sentiments du héros sont subtils, difficiles à saisir par moment. David Levithan file une métaphore habile de cette période qu’est l’adolescence pendant laquelle on a du mal à trouver son identité et à reconnaître son propre corps. Une lecture exigeante, mais pleine d’enseignements.
Le même vu par Délivrer des livres, Butiner de livres en livres et Sous le feuillage

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué d’autres livres de Jean-François Chabas (Récits extraordinaires et 
Féroce).

Les rêves rouges
de Jean-François Chabas
Gallimard dans la collection Scripto
11,90 €, 130×200 mm, 278 pages, imprimé en Italie, 2015.
High Line
de Charlotte Erlih
Actes Sud Junior dans la collection D’une seule voix
9 €, 115 x 215 mm, 96 pages, imprimé en France, 2015.
Tout foutre en l’air
d’Antoine Dole
Actes Sud Junior dans la collection D’une seule voix
9 €, 115 x 215 mm, 58 pages, imprimé en France, 2015.
A comme aujourd’hui
de David Levithan (traduit par Simon Baril)
Gallimard dans la collection Pôle fiction
7,75 €, 108 x 178 mm, 440 pages, imprimé en France, 2015.

À part ça ?

À quoi peuvent servir tous les livres de votre bibliothèque une fois lus ? Regardez la vidéo du défi que les employés de la Bibliothèque de Seattle se sont lancé !

Laura

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Des romans d’aventures

Par 30 juin 2015 Livres Jeunesse

Mimsy Pocket et les enfants sans nomMimsy Pocket est une enfant des rues, espiègle, débrouillarde et très attachée à sa liberté. Quand elle se fait attraper par deux brutes qui enlèvent des enfants depuis le début de l’hiver, elle voit rouge et ne cherche qu’une chose : s’enfuir le plus rapidement possible. Même si ces deux brutes lui promettent une vie bien meilleure là où ils l’emmènent…
De son côté, Magnus Million, ami de Mimsy bien qu’il soit issu de la plus riche famille de la ville, est chargé par son oncle d’escorter le jeune roi jusqu’à un monastère difficile d’accès, où il doit signer un traité de paix très important mais très contesté.
Ce roman est la suite de Magnus Million et le dortoir des cauchemars, mais il peut se lire sans avoir eu connaissance du premier, comme ce fut mon cas ! L’histoire est portée par une héroïne aussi détonante qu’attachante. Certaines ficelles peuvent paraître un peu grosses, mais ça fait du bien aussi, parfois, de se laisser aller à un récit où le hasard et le destin font bien les choses, du moment que c’est écrit avec finesse et talent !
Une aventure passionnante, à la fois plein d’humour et de suspense.

Les héros oubliésRomain, 13 ans, est un Veilleur : depuis qu’il est tout petit, il doit apprendre tous les mythes carolingiens par cœur, dans le but de conserver la mémoire des héros. Envoyé par son père sur l’île Pyborrhée, où vit son parrain Gaiys, pour une ultime épreuve, Romain pense son calvaire bientôt achevé : le jour de ses 14 ans, il ne sera plus contraint de retenir toutes ces histoires et il aura enfin toutes les réponses à ses questions, notamment sur la disparition de sa mère. Mais quand son parrain disparaît et qu’il est attaqué par d’étranges créatures, Romain s’aperçoit vite que ces connaissances qu’il pensait inutiles sont loin de l’être…
Si vous aimez les mythes et légendes, vous serez servis ici, car l’auteur y fait référence à de nombreux héros et histoires que l’on connaît très peu, comme celle d’Elegast, vassal exilé de Charlemagne. Vous y découvrirez sûrement, comme moi, un univers mythologique un peu tombé dans l’oubli, et c’est bien dommage, car il n’a rien à envier aux mythologies grecques et égyptiennes qu’on connaît davantage.
Un roman fantastique haletant et très original !
Le même vu par Enfantipages.

Le secret de l'inventeurSur un continent américain où la Guerre d’indépendance ne s’est pas exactement passée comme prévu, l’Empire britannique règne en tyran sur ses habitants, qui évoluent dans un monde où des gens d’une pauvreté extrême côtoient des élites régies par des règles aussi absurdes que contraignantes. Aux abords de la ville flottante de New York, les Catacombes sont le refuge d’un groupe d’enfants révolutionnaires, qui ne rêvent que d’une chose : rejoindre leurs parents dans la lutte et faire tomber l’Empire. Ce qui arrive, finalement, bien plus tôt que prévu…
Ce roman possède tous les ingrédients d’un bon roman d’aventures : du suspense, des retournements de situation, des personnages haut en couleurs, un univers complexe et bien construit, le tout saupoudré d’un peu de romance ! La ville flottante de New York, avec ses codes rigides et son exubérance aveugle face à l’autorité qui la commande, n’est pas sans rappeler le Capitole d’Hunger Games.
Une histoire drôlement bien menée, parfaite pour les amateurs de steampunk, et les autres !
Le même vu par Livresse des mots, Bob et Michel, Délivrer des livres.

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué des ouvrages de Jean-Philippe Arrou-Vignot (Les petites BD de Rita et MachinRita et MachinEnquête au collège L’intégrale 1Enquête au collège : Le professeur a disparuLouise Titi et Joyeux Noël Rita et Machin) et de Gaël Aymon (Oublier CamillePerce-Neige et les trois ogressesLe secret le plus fort du mondeMa réputationLe fils des géantsL’anniversaire à l’enversLes souliers écarlatesLa princesse Rose-PralineUne place dans la courContes d’un autre genre et Giga Boy). Retrouvez aussi notre interview de Gaël Aymon.

Mimsy Pocket et les enfants sans nom
de Jean-Philippe Arrou-Vignod
Gallimard Jeunesse
14,90€, 155×225 mm, 336 pages, imprimé en Italie, mars 2015.
Les héros oubliés, tome 1 : aux portes de l’oubli
de Gaël Aymon
Actes Sud Junior
12,50€, 137×216 mm, 144 pages, imprimé en France, mars 2015.
Le secret de l’inventeur, tome 1 : Rébellion
d’Andrea Cremer (traduit par Mathilde Bouhon)
Lumen
15€, 140×225 mm, 406 pages, imprimé en France, février 2015.

À part ça ?

Comme tous les mois, nous vous donnons nos coups de cœur du mois qui se termine. En juin, c’était donc, pour moi : Debout petit paresseux de Jenny Offil et Chris Appelhans (Circonflexe), pour Laura : Le pirate et le roi de Jean Leroy et Matthieu Maudet (l’école des loisirs), pour Marianne : Les croqueurs de mots de François David et Dominique Maes (Motus) et pour Gabriel : Le panier à pique-nique de Gabriele Rebagliati et Susumu Fujimoto (Grasset), La balade de Yaya – Intégrale 7-9 de Jean-Marie Osmond et Golo Zhao (Fei), Bichon, 1. Magie d’amour… de David Gilmour (Glénat).
Côté romans, comme chaque nouveau trimestre, nous avons choisi les romans qui nous ont le plus plu dans les trois mois qui viennent de s’écouler. Pour le premier trimestre de 2015 il s’agit de, pour moi : Mimsy Pocket (cf plus haut) de Jean-Philippe Arrou-Vignod (Gallimard Jeunesse), pour Laura : La fille qui avait deux ombres de Sigrid Baffert (l’école des loisirs), pour Marianne : Les 9 vies de Philibert Salmeck de Sophie Blackall (Les grandes personnes) et pour Gabriel : Les demoiselles des Hauts-Vents de Yaël Hassan (Magnard Jeunesse), Le journal de Gurty de Bertrand Santini (Sarbacane) et Caprices ? C’est fini ! de Pierre Delye (Didier Jeunesse).
Retrouvez nos coups de cœur des mois précédents sur le blog, sur Facebook (ici pour les albums et pour les romans) et sur Pinterest (ici pour les albums et pour les romans).

Marie

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Les invité-e-s du mercredi : François Place et Andrea, institutrice (+ concours)

Par 3 juin 2015 Les invités du mercredi

Cette semaine, nous accueillons un auteur-illustrateur dont l’univers invite au voyage, François Place. À l’issu de l’interview, vous pourrez tenter de remporter son ouvrage Le sourire de la montagne (que nous avons chroniqué ici) qui traite de la démolition des Bouddhas de Bamyans par les talibans en 2001, triste précédent aux destructions en cours dans le Sud de la Syrie. Enfin, c’est Andrea, professeure d’allemand qui nous présentera les livres qu’elle utilise dans sa classe. Bon mercredi à tous !


L’interview du mercredi : François Place

francois placeAvez-vous toujours su que vous vous destiniez à faire du dessin et de l’écriture votre activité professionnelle ?
Cela remonte à mon adolescence. C’est pour cette raison que j’ai choisi, juste avant le bac, de tenter l’école Estienne qui se présentait comme une très bonne préparation aux arts graphiques.

Effectuez-vous beaucoup de recherches graphiques et historiques pour chaque nouveau projet ? Combien de temps dure cette préparation ?
Je passe effectivement beaucoup de temps à préparer mes illustrations en faisant des recherches, autant par nécessité que par plaisir, et au risque, bien souvent, de me perdre dans ce vagabondage dans les documents.

Votre écriture est très imagée, comme si vous étiez attaché à transmettre le moindre détail de la silhouette d’un personnage, ce que pourrait faire un dessin en un coup d’œil. Comment choisissez-vous votre mode d’expression ? Pourquoi privilégiez-vous parfois le dessin parfois les mots ?
C’est difficile pour moi de dire s’il faut privilégier le dessin ou l’écriture. Pendant la phase de préparation, j’ai tendance à les considérer comme des modes d’expression jumeaux et complémentaires. Les notes et les croquis s’accumulent sans schéma préconçu, je passe d’une lecture à l’exploration iconographique sans me fixer. Mais il y a un moment où le texte doit l’emporter, c’est-à-dire prendre une forme quasi définitive, ne serait-ce que pour présenter à l’éditeur une version à partir de laquelle on peut commencer à travailler sur la maquette, avec quelques croquis pour indiquer l’esprit que prendront les illustrations.

Dans vos histoires, les livres tiennent une place ambiguë. Ils sont à la fois une source de connaissance du monde, comme des pourvoyeurs de mensonges et de grands dangers, à l’image du livre d’Archibald qui révèle au monde l’existence des Derniers géants et met leur vie en péril. D’où vous vient ce rapport particulier avec l’objet « livre » ?
J’ai l’impression qu’il y a parfois un malentendu sur la fin de cet album. Archibald Leopold Ruthmore provoque le malheur et la destruction du peuple deles derniers géantss géants qu’il a rencontrés parce qu’il veut à tout prix, et pour des raisons de notoriété savante, révéler le secret de leur existence. Il utilise pour cela tous les moyens à sa disposition dans la polémique qui l’oppose aux autres savants : publications, journaux, conférences. Mais ce sont les livres qui jouent le premier rôle dans sa campagne de « médiatisation » : question d’époque. Aujourd’hui, il passerait par les canaux plus immédiats et plus spectaculaires qu’offrent les écrans de toutes sortes.
J’aime trop la lecture pour la considérer comme un danger. Je pense au contraire qu’il faut défendre plus que jamais les livres, la librairie et la lecture publique. Et, quand j’oppose dans un conte la culture savante, issue de l’écriture, à une culture plus « sauvage » issue de l’oralité, l’essentiel de mes sources sur cette dernière vient de mes propres lectures ! Un des tout derniers livres que j’ai lus est Le monde jusqu’à hier de Jared Diamond qui dresse une comparaison condensée entre les sociétés traditionnelles et les sociétés dites « avancées ».

Quelles étaient vos lectures d’enfance ?
Assez variées : des bandes dessinées qui m’enchantaient (Tintin, Lucky Luke, Valérian, Blueberry, des séries en bibliothèque rose ou verte, les collections « contes et légendes », et « mille soleils » puis des Jules Verne et Alexandre Dumas, une version allégée de Moby Dick, etc… avec un penchant pour l’aventure…)

Vous avez reçu de nombreuses distinctions pour vos ouvrages. Quel effet cette reconnaissance a-t-elle sur votre travail ? Est-ce grisant ?
Je suis reconnaissant de cette reconnaissance ! Il y a des moments où l’on doute, on fatigue, on n’y voit moins clair et moins loin, et c’est une chance de recevoir, de temps à autre, un clin d’œil ou un coup de chapeau. Comme dans tout travail solitaire, on a besoin d’un regard extérieur. Parfois c’est pour une critique, parfois pour une louange… C’est difficile de ne pas préférer la seconde à la première…

tobie lolnessVous avez collaboré à plusieurs reprises avec Timothée de Fombelle, pouvez-vous nous en dire plus sur ce que vous percevez de son univers ?
C’est juste de parler à son égard d’« univers ». D’abord parce qu’il pratique avec bonheur des écritures très différentes, roman, théâtre, scénario, ensuite parce qu’il a commencé à déployer un monde dont nous n’avons vu que les premières portes, et pas des portes dérobées ! Je suis admiratif de son énergie, de son imagination, de la drôlerie de ses dialogues, de sa capacité à nous faire partir dès les premières pages. J’ai adoré Tobie Lolness, comme beaucoup de lecteurs : j’avais soudain l’âge du héros.

francois-place-la-douane-volante-couverture« La connerie des hommes », pour reprendre l’expression utilisée par le mentor du héros de La douane volante, est souvent à l’œuvre dans vos livres, en particulier lorsqu’elle conduit à la destruction. Vous adressez-vous à la jeunesse pour lui faire passer un message ?
Sincèrement, je ne sais pas qui c’est, la jeunesse. Je n’ai aucune envie de lui donner des leçons. Je raconte des histoires et je croise les doigts pour qu’on les lise. Je les écris et les dessine en m’immergeant autant qu’il m’est possible et comme j’aime les ciels tourmentés de Stevenson ou Conrad, j’avoue qu’il m’arrive parfois d’aborder des rivages un peu sombres.
Quant aux personnages, il faut bien leur attribuer des pensées, des songes, des paroles, un for intérieur… Le père Braz qui parle, dans La Douane volante, de la connerie des hommes, est bien placé pour la dénoncer, puisqu’il pressent la catastrophe que sera le déclenchement de la guerre de 14 pour sa chère Bretagne.

Vos personnages ont une vie spirituelle riche, vous vous intéressez beaucoup aux croyances et aux rites. Pensez-vous que la spiritualité soit essentielle dans la vie des hommes ?
Je partage avec beaucoup de mes contemporains une perception inquiète du monde, devant l’épuisement accéléré des ressources de la planète. Les injonctions d’innovation, de créativité, de rentabilité, le mythe d’un progrès continu, irréversible et inéluctable, bref, tout ce flot de discours et d’images auxquels nous sommes soumis pèsent de façon continue sur notre existence. Je pense qu’il faut ré-enchanter le monde, chacun à notre échelle et selon nos moyens, le regard, l’écoute, la parole, les gestes, la poésie, le rire, et qu’il n’est pas obligatoire de croire pour cela. Le divin est une croyance, le spirituel une nécessité.

Le tome 4 de Lou Pilouface sera en librairie en juin 2015, quels sont vos autres projets en cours ?
Le tome 5 ! Et une re-parution de l’Atlas des géographes d’Orbæ.

Bibliographie sélective :

  • Angel, l’indien blanc, Casterman (2014).
  • Lou Pilouface, tome 1 : Passagère clandestine, Gallimard Jeunesse, (2014).
  • Le vieil homme et la mer, illustration d’un texte d’Ernest Hemingway, Gallimard Jeunesse (2013).
  • Le sourire de la montagne, Gallimard Jeunesse (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Le secret d’Orbae, Casterman (2011).
  • La douane volante, Gallimard Jeunesse (2010).
  • La Fille des Bataille, Casterman (2007).
  • Tobie Lolness, illustration d’un texte de Timothée de Fombelle, Gallimard Jeunesse (2006).
  • Le prince bégayant, Gallimard Jeunesse (2006), que nous avons chroniqué ici.
  • Le vieux fou de dessin, Gallimard Jeunesse (2001).
  • Le royaume de Kensukeillustration d’un texte de Michaël Morpugo, Gallimard Jeunesse (2001).
  • Les Derniers Géants, Casterman (1992).

Retrouvez François Place sur son site internet.

le sourire de la montagneConcours :
Grâce aux éditions Gallimard Jeunesse, l’un-e de vous va pouvoir remporter un exemplaire de l’album Le sourire de la montagne. Pour tenter votre chance, dites-nous quel est votre ouvrage préféré de François Place (si vous n’avez rien lu de lui, vous pouvez nous dire que vous avez justement envie de le découvrir avec cet ouvrage, vous participerez aussi !). Vous avez jusqu’à mardi 20 h ! Bonne chance à tou-te-s !


Dans la classe d’Andrea

Régulièrement, un-e instituteur-trice nous parle de livres de sa classe. Ouvrages qu’il-elle aime lire aux élèves, ouvrages que ses élèves aiment particulièrement, livres du moment ou éternels… Les maître-sse-s connaissent bien la littérature jeunesse, nous leur donnons la parole (et si vous voulez être un des prochains invités envoyez-nous un mail à danslaclassede@lamareauxmots.com). Cette semaine, c’est Andrea qui nous parle des livres de sa classe. Andrea enseigne l’allemand dans une école primaire à Lille, elle anime des ateliers de langue en périscolaire et propose des lectures d’albums en allemand pour enfants dans des librairies et médiathèques de la métropole lilloise.

Les enfants aiment entendre des histoires. Ils sont captivés par celles-ci et ne cherchent qu’à comprendre l’histoire à travers les images et à connaître la suite. Les albums pour enfants sont donc pour eux un support idéal pour se familiariser avec une langue étrangère et découvrir une autre culture. La lecture à voix haute leur permet de s’imprégner du rythme et de la musicalité de la phrase allemande.
Mon objectif n’est pas seulement de permettre aux enfants de découvrir la langue allemande, mais aussi de leur faire connaître des auteurs et illustrateurs germanophones. Les albums que je vais vous présenter ont tous été traduits en français. Ils sont adaptés à des enfants de 3 à 5 ans.

la petite taupe qui voulait savoir qui lui avait fait sur la têteUn grand classique de la littérature jeunesse : De la petite taupe qui voulait savoir qui lui avait fait sur la tête (Milan) de Werner HOLZWARTH et Wolf ERLBRUCH.
Une petite taupe sort la tête de la terre et reçoit aussitôt un gros caca sur la tête. Elle cherche le coupable parmi les animaux de la ferme. Chacun lui prouve cependant que ce n’est pas lui qui a fait ce cadeau en lui donnant un exemple « en direct » de son caca. La taupe finira par démasquer le coupable et ira se venger. À sa façon.
L’album de Werner Holzwarth  est un grand classique de la littérature enfantine – il y a 26 ans déjà la petite taupe sortait son nez du trou. L’histoire est simple (sans beaucoup d’action) et s’appuie sur la répétition. Il y a la répétition des rencontres d’animaux de la ferme et surtout de la question – réponse : « Est-ce toi qui m’as fait sur la tête ? » – « Moi ? Mais non, voyons ! Moi, je fais comme ça ! »
De la petite taupeLe charme de l’album doit beaucoup à cette interaction texte – illustration et à leur disposition sur la double page. Sur la première quand la petite taupe pose la question nous voyons la tête de l’animal, et sur la deuxième quand l’animal répond nous voyons son postérieur. De plus les proportions, les dimensions et les formes sont respectées entre les différents personnages et leurs excréments. Et c’est à nouveau le texte, l’onomatopée, qui reproduit à merveille la façon de faire caca propre à chaque animal, par exemple « splatschh » pour le pigeon et « pouf, pouf, pouf » pour le cheval.
Wolf Erlbruch capte dans ses illustrations l’essentiel du texte et y met beaucoup d’humour dans les détails : ainsi la petite taupe porte des lunettes, des chaussures, et son pelage aux pattes de derrière se termine en bas en forme de jambes de pantalon.
Ce sont, en effet, ces superbes illustrations sans fioritures ainsi que les répétitions multiples qui permettent aux débutants en allemand de comprendre l’histoire.

anton et la feuilleUn autre héros bien connu est Anton d’Ole KÖNNECKE. Mon album préféré de la série, c’est Anton et la feuille (l’école des loisirs). Un beau jour d’automne, Anton ramasse les feuilles tombées. Il a une belle pile, mais il en manque une que le vent emporte ! Lancé à sa poursuite, Anton est bientôt rejoint par ses amis, Lukas, Greta et Nina. 
Le style d’Ole Könnecke séduit par des illustrations sobres et des phrases courtes et descriptives. Chaque image est resserrée sur le personnage principal,anton et la feuille all Anton, et sur ses amis, au trait noir et dans des couleurs automnales sur fond blanc. Le texte minimaliste et répétitif et surtout les illustrations expressives fournissent un repère idéal pour les débutants en allemand comme pour les élèves de maternelle.
Cet album dépeint une belle situation d’entraide, de joies partagées et montre l’infinie patience que les enfants peuvent manifester.

les petits mecsManuela OLTEN nous présente un tout autre genre de héros. Les petits mecs (Seuil) n’ont peur de rien et trouvent que « les filles sont tellement ennuyeuses ! » : elles sont trop occupées à coiffer leurs poupées, elles sont peureuses et dorment avec leur nounours. Les deux mecs s’en donnent à cœur joie et sautent sur leur lit. Le texte minimaliste est également en mouvement : des lettres en rouge et bleu grandissent en largeur proportionnellement au ton triomphal des garçons.
les petits mecs allLa fin de l’histoire met les deux sexes sur un pied d’égalité. Les remarques avec lesquelles les deux mecs se moquent des filles perdent de leur puissance. Quand ils prennent peur à leur tour, ils se réfugient chez leur sœur et ses nounours.
Manuela Olten a capturé et caricaturé les clichés courants sur les deux sexes avec beaucoup d’esprit d’observation.


le cinquièmeLes enfants aiment les rimes et jouer avec les mots. Le poème Le cinquième (l’école des loisirs) a été écrit par le poète autrichien Ernst JANDL, le maître des jeux de mots. Norman JUNGE a conçu le poème comme un livre d’images avec plusieurs jouets cassés qui sont Le cinquième allen attente de leur visite chez le docteur réparateur de jouets. Junge révèle certes la chute du poème, mais la mine et la tenue mettent l’individualité de chaque patient en avant. On compatit avec les jeunes patients qui attentent anxieusement dans cette sombre salle d’attente et qui disparaissent, chacun à leur tour, derrière une porte bien mystérieuse.

un deux trois et toiComment un cochon se transforme-t-il en souris, une chèvre en lapin ou un hibou en poisson ? Par des associations et des rimes. Dans son magnifique livre illustré, Un deux trois et toi (Être éditions), Nadia BUDDE révèle son amour pour les rimes et les jeux de langage. Trois termes liés de par leurs thèmes sont suivis, sans cohérence évidente, par le nom d’un animal qui rime : trois garçons, eins zwei« André, Rémi, Milou » et un loup, puis trois loups, « costaud, moyen, ronchon » et un cochon.
Le style de dessin de Nadia Budde est simple. Des contours noirs, une sélection limitée de couleurs et un arrière-plan réduit suffisent à faire vivre les personnages qui ressemblent à des caricatures. Ce livre d’images poétique invite les jeunes lecteurs à répéter les rimes et à en trouver d’autres.

Le blog d’Andrea : http://buecherwurm-bibliophage.blogspot.fr.

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Des animaux de toutes sortes

Par 29 mai 2015 Livres Jeunesse

Betes dangereuses, dévoreuses, venimeusesIls mordent, piquent, dévorent… mais les animaux que nous considérons ordinairement comme « méchants » sont-ils réellement coupables de tous les maux dont les humains les accusent ? De la mygale à la méduse en passant par le loup ou le frelon, cette encyclopédie recense les créatures mal aimées qui ont pourtant leur utilité dans l’écosystème.
Âmes sensibles, s’abstenir ! Cette encyclopédie est un véritable musée des horreurs pour ceux qui ont peur des insectes ou des créatures bizarroïdes. Pourtant, quelle fascinante découverte que nous propose Jean-Baptiste de Panafieu, déjà auteur de plusieurs titres pour la défense des animaux et de la planète ! Le livre regorge d’informations passionnantes et… troublantes. Saviez-vous que le moustique est de loin l’animal le plus dangereux de la planète puisqu’il compte à son actif des centaines de milliers de morts humaines en tant que principal vecteur du paludisme ? Vous ne direz plus que « c’est pas la petite bête qui va manger la grosse » !
Cette encyclopédie est une réussite à plusieurs niveaux. Le ton utilisé est loin d’être moralisateur, et les illustrations ajoutent une bonne dose d’humour qui font passer les connaissances scientifiques comme une lettre à la poste. On amène le lecteur à réfléchir par lui-même sur la préservation de l’équilibre environnemental. Pour chaque animal, l’auteur examine le chef d’accusation (nombre de morts attribuées, dégâts…), et évalue sa « culpabilité » véritable. On découvre ainsi que bon nombre d’animaux ont mauvaise réputation, comme la hyène ou le requin, mais ont un rôle à jouer dans la chaîne alimentaire par exemple. Petit clin d’œil, la dernière espèce qui est recensée est de loin la plus dangereuse : il s’agit de l’être humain, doté d’une grande puissance destructrice, mais qui est heureusement « capable de choisir » de préserver son environnement.
Le même vu par Entre les pages

la vie des animaux en chiffres50, c’est le nombre de petits qu’une maman kangourou met au monde dans sa vie. 200, le nombre total de tâches de la girafe. 10, le nombre de paires de bois qui repoussent sur la tête du caribou. Et si les maths nous aidaient à mieux connaître la nature ?
Lola M. Schaefer s’est amusée à réunir des statistiques autour des comportements et des cycles de vie des animaux. Il en ressort un très bel album qui peut se lire en trois temps. La première partie fait l’inventaire des « records » battus par les animaux divers et variés : 1000 bébés pour l’hippocampe, 900 fleurs butinées pour le papillon, etc. Cette énumération est joliment illustrée et fait office d’imagier pour les plus jeunes. Ensuite, un lexique nous en apprend plus sur tous les animaux évoqués et leurs habitats, leurs comportements, à la manière d’une encyclopédie. Enfin, et c’est là que réside toute l’originalité du livre, l’auteur invite l’enfant à s’amuser avec les chiffres à son tour, à calculer des moyennes rigolotes et, surtout à observer le monde qui l’entoure avec la curiosité d’un scientifique.
Ce documentaire accessible dès le plus jeune âge propose une façon originale de découvrir la vie des animaux grâce aux mathématiques.

la p'tite forêt la vie en foretQuand on entre dans la forêt, tout devient une affaire de faux semblants. Est-ce un animal ou le vent qui fait frémir les feuilles du buisson ? Et ce cri, au loin, de quel oiseau témoigne-t-il la présence ? La vie dans les bois change au fil des saisons mais abrite toujours une multitude d’animaux et de plantes que le promeneur doit découvrir.
« Deux yeux, cela peut-il suffire à tout saisir ? » questionne ce petit livre à sa fin. Les illustrations de Chiara Dattola traduisent très bien les coups d’œil fugaces que l’on jette dans le sous-bois, essayant d’attraper un pinson ou un marcassin du regard. Une image est particulièrement réussie : celle du chevreuil dont on n’aperçoit que les bois, tant pis pour cette fois, on n’en verra pas plus.
Ce petit album offre une balade rafraîchissante en forêt, à la recherche des animaux qui peuplent les feuillages épais ou qui se dissimulent dans la neige immaculée. Une vraie bouffée d’oxygène et de nature.
Des extraits sont disponibles en ligne.

ABC BêtesA, comme l’autruche. B, comme la baleine…
Un abécédaire, mais pas seulement ! Et si on essayait de deviner quel animal se cache derrière cette lettre ? En jouant sur ses sonorités, en chantant une comptine, en listant tous les animaux qui commencent par cette lettre mais qui ne sont pas représentés ? Christine Beigel nous embarque dans cet abécédaire délirant à la rencontre des animaux finement réalisés au tampon. En face de la représentation de l’animal, un petit texte en rimes est destiné à faire deviner son nom, et aussi glisser quelques informations sur son habitat, son alimentation…
Les illustrations sont vraiment très belles et le livre d’un format cartonné vraiment adapté aux plus petits. J’ai bien aimé la diversité des animaux représentés : on retrouve certes les habituels zèbres et éléphants, mais on découvre aussi le quetzal, l’unau ou le xérus. J’ai eu plus de mal avec le texte : très dense, il est difficile à appréhender avec des petits. Les devinettes sont assez complexes, et la litanie des animaux qui ne sont pas représentés à l’image est un peu déroutante. Cet abécédaire aux couleurs très douces mérite d’être abordé par étapes, en lisant une lettre ou deux seulement par jour.

matchaMatcha est une petite grenouille japonaise qui souffre de solitude au bord de son marais. Heureusement, un beau voisin « aux yeux de samouraï » emménage non loin de sa feuille de nénuphar, une occasion d’avoir une belle portée de batraciens avant la saison prochaine.
Ce joli petit livre est à la fois une présentation biologique de la vie des grenouilles, un lexique de mots de la culture japonaise, et un chef-d’œuvre d’illustration accompli par Éva Offredi. C’est d’ailleurs le dessin qui séduit en premier lieu : le vert anis de la grenouille et du marais est gracieusement rehaussé par les détails au stylo noir. Le texte est aussi relevé d’une petite touche d’humour. Un beau livre, faussement naïf, qui nous en apprend plus sur le Japon que sur la vie des grenouilles !

Les animaux de la savaneDans la savane, on trouve des animaux féroces et carnivores, mais aussi d’autres plus tranquilles qui ne se nourrissent que de plantes. Qui sont-ils ? Comment vivent-ils les uns avec les autres ?
Les illustrations d’une précision photographique aident les enfants les plus jeunes à découvrir le monde de la savane. Les animaux comme les paysages sont décrits minutieusement et on retrouve les grands classiques de la faune : l’éléphant, le singe, le lion, l’hippopotame, la girafe, sont tour à tour présentés en détail.
Dommage que le texte soit un peu étriqué et que la maquette manque globalement de luminosité. On pourrait s’attendre à une meilleure exploitation des pages plastifiées qui font la signature de la collection Mes premières découvertes, mais qui pour ce titre ont peu d’intérêt. Un documentaire pratique pour les petits, mais un peu décevant.

les animaux de la forêtOn peut avoir l’âme d’un zoologiste même quand on prend son bain. Il est même possible de réviser le nom des animaux en barbotant dans l’eau savonneuse avec ce livre-jouet qui recense les animaux de la forêt (du papillon au renard, en passant par la chouette et le canard).
Ce livre en plastique tout simple convient bien aux petites mains des bébés, et aussi à leur perception. Les animaux sont représentés avec des couleurs très vives sur fond noir, et un petit grelot concentre leur attention sur ce jouet pas vraiment comme les autres. Une bonne façon d’initier les bébés au nom des animaux, et surtout à la lecture.
Le même vu par Les lectures de Liyah.

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué des ouvrages de Jean-Baptiste de Panafieu (Les bêtes biscornues, saugrenues, toutes nues, Nucléaire pour quoi faire ? et Les bêtes qui rodent, qui rongent, qui rampent à la ville), de Lucie Rioland (Le fils des géants), de Brigitte Vaultier et Chiara Dattola (La p’tite école), de Christine Beigel (La baleine du bus 29Pirate des couleurs, Monsieur le loup, Le canari qui faisait pipi au nid, Ami ou ennemi ? et Mini Rikiki Mini), de Christine Beigel (Pirate des couleurs, Monsieur le loup, Le canari qui faisait pipi au nid, Ami ou ennemi ? et Mini Rikiki Mini), et de Delphine Badreddine (5 minutes avant d’aller au lit, Les trésors des couleurs, Les enfants du monde et Les trésors du corps).
Sur le même thème, parmi les autres livres que nous avons chroniqués : Le livre des vrai/faux des animauxOuvre les yeux sur… la mare, Il était une forêtDrôles d’animaux

Bêtes dangereuses, dévoreuses, venimeuses, 
Texte de Jean-Baptiste de Panafieu, illustré par Benjamin Lefort et Lucie Rioland
Gulf Stream Éditeur dans la collection Dame Nature
16 €, 260×290 mm, 88 pages, imprimé en Italie, 2014.
La vie des animaux en chiffres
Texte de Lola M. Schaefer, illustré par Christopher Silas Neal
Circonflexe dans la collection Aux couleurs du monde
14 €, 306 x 312 mm, 40 pages, imprimé en Chine, 2015.
La p’tite forêt, la vie dans les bois
Texte de Brigitte Vaultier, illustré par Chiara Dattola
Les éditions du Ricochet dans la collection Les Bouées du ricochet
7,60 €, 195 x 195 mm, 26 pages, imprimé en Pologne, 2014.
ABC bêtes
de Christine Beigel
Gautier Languereau
12,90 €, 186 x 185 mm, 64 pages, imprimé en Chine, 2015.
Matcha
de Éva Offredo
La Joie de lire
12,90 €, 165 x 200 mm, 40 pages, imprimé en Chine, 2015.
Les animaux de la savane
Texte de Delphine Badreddine
Gallimard Jeunesse dans la collection Mes premières découvertes
9 €, 165 x 180 mm, 24 pages, imprimé en Chine, 2015.
Les animaux de la forêt
de Caroline Davis
Deux coqs d’or dans la collection Mon livre de bain sonore
6 €, 135 x 140 mm, 6 pages, imprimé en Chine, 2015.

À part ça ?

Le dessinateur de bande-dessinée Krapo s’est penché sur le triste sort réservé au requin de la Réunion, accusé depuis quelques années de nombreuses attaques sur les humains. Sur son blog, il revient sur des années de rivalité entre le prédateur marin et l’occupant de l’île de l’Océan Indien, et tâche de faire évoluer les consciences sur les responsabilités humaines qui, selon lui, sont à l’origine des drames qui coûtent des vies humaines. Urbanisation, déforestation, destruction des écosystèmes, pêche intensive… Krapo fait la liste des erreurs de l’Homme qui ont conduit à cette confrontation violente avec le requin. Un constat affligeant à découvrir sur le blog de Krapo.

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Récits historiques

Par 23 mai 2015 Livres Jeunesse

ce qu'ils n'ont pas pu nous prendreLina a 15 ans. Elle vit avec ses parents et son frère dans une maison accueillante, remplie des rires et des débats des amis de l’université de son père. Elle connaît aussi ses premiers émois amoureux, se projette dans sa future vie d’étudiante puisqu’elle s’apprête à intégrer une école d’art… Elle mène la vie classique d’une adolescente, en somme. Mais un soir de 1941, la vie telle qu’elle la connaissait est interrompue par une volée de coups sur la porte d’entrée de la maison familiale. Ce soir-là, elle est déportée avec sa famille pour servir de main-d’œuvre dans les camps de travail soviétiques pendant les dix années à venir.
Ce roman de 400 pages est de ceux dont on ne sent pas les pages tourner. On se retrouve aimanté à la destinée de cette famille brisée par le régime de Staline. La grande force du récit réside dans le point de vue adopté. Ruta Sepetys parvient à se mettre dans la peau d’une jeune adolescente lituanienne sans caricature ni concession. L’histoire qui nous est racontée est bien celle d’une enfant, mais une enfant qui va vivre les pires atrocités. Elle va connaître la promiscuité du wagon à bestiaux pendant six semaines, les travaux forcés dans le froid sibérien, la violence des officiers qui n’hésitent pas à abattre les réfractaires d’une balle dans la tête… Mais elle conserve malgré tout une part d’enfance. Elle s’émeut pour les grands yeux d’Andrius, un jeune Lituanien de son âge. Elle brave les interdits et persiste à dessiner ce qu’elle voit pour témoigner des crimes soviétiques. Elle se raccroche au doux regard de sa mère pour surmonter les épreuves. Le ton est direct, sans mélo, mais touche en pleine poitrine.
À plusieurs reprises ce récit poignant m’a arraché des larmes. On ne peut pourtant pas lui reprocher d’être larmoyant ni de faire du sensationnel. Ce livre est bien construit, alternant le récit au jour le jour des épreuves subies par Lina et les souvenirs de sa vie d’avant. Il nous pousse à nous poser des questions, non seulement sur les crimes des systèmes totalitaires, mais aussi sur notre vision de l’Histoire. J’ai personnellement assisté à un bon nombre de leçons concernant la dictature soviétique, j’ai peiné à orthographier correctement le mot “kolkhoze” dans mes devoirs, mais je n’ai jamais compris aussi clairement ce qu’était la vie dans les camps de Staline qu’en lisant ce roman. Cette lecture forte, parfois violente, est un plaidoyer pour le devoir de mémoire sans pathos, une description des horreurs que les hommes peuvent commettre, mais aussi de leur incroyable instinct de survie.
Ce livre a obtenu le Prix Lire en 2011 et le Prix des Incorruptibles en 2014.
Le même vu par L’ivresse des mots et Délivrer des livres.

le sang du serpent à plumesÀ l’arrivée de la flotte espagnole sur le territoire mexicain en 1519, Marina, jeune esclave propriété d’un marchand maya, est offerte en cadeau aux visiteurs de l’Ancien Monde. Sous la protection du capitaine Hernán Cortés, elle va s’arracher à sa destinée d’esclave autrefois promise au sacrifice humain en l’honneur des divinités mayas. Marina est en effet dotée d’une très grande aisance avec les langues étrangères, elle devient donc l’interprète officielle de l’expédition espagnole. Mais ce qui commençait comme une découverte devient rapidement une conquête. Charles Quint, qui entend soumettre le Nouveau Monde à la domination catholique et Cortès est son bras armé en Amérique latine. En sa qualité d’interprète, Marina est aux premières loges de la rencontre entre les peuples et les conquistadores espagnols. Elle va peu à peu apprendre à connaître ces chrétiens qui vénèrent un Dieu unique, comme elle va découvrir la richesse de la culture mexica qui sacrifie tant à des divinités auxquelles elle prête des pouvoirs colossaux. A travers son journal, Marina offre son point de vue spécial sur l’histoire de la conquête du Mexique, à la fois reconnaissante envers les Espagnols et admirative de la beauté de l’empire mexica dont elle est originaire.
La forme du journal permet de suivre ce récit historique avec beaucoup de subtilité. Si le propos est bien un récit de conquête, on échappe aux longues descriptions de batailles qui peuvent être assez assommantes. Marina, surnommée “la Malinche”, a été témoin de la rencontre, puis de l’affrontement entre deux peuples. Les récits au jour le jour permettent de comprendre la difficulté de la diplomatie, de la rencontre entre les cultures chrétienne et mexica, et aussi de la violence des affrontements et des pertes humaines, d’un côté comme de l’autre.
Le journal instaure un rythme tout à fait soutenu, on dévore le récit de Marina à toute vitesse, découvrant en même temps qu’elle le Monde Unique, empire mexica aux centaines de couleurs et de divinités. L’univers décrit est terrifiant, mais fascinant. Je n’avais aucune idée de l’existence de la Malinche, cette ancienne esclave qui a accompagné les troupes espagnoles sur les terres mexicas. Si, bien sûr, ce journal a été réécrit de toutes pièces et certains éléments ont été romancés, ce récit est riche d’enseignements. L’enjeu est moins de retenir les dates clefs de la conquête du Mexique que de comprendre la complexité de l’Histoire qui ne connaît ni bons, ni méchants. Le témoignage de Marina comporte bien des interrogations. L’avidité de l’homme, qui le conduit à constamment rechercher les richesses, n’est-elle pas le moteur de toute aventure ? Les sacrifices humains qui répugnent tant les Espagnols sont-ils si différents des guerres que ceux-ci perpètrent pour conquérir le monde ? Comment des croyances diamétralement opposées peuvent-elles se tolérer ?
Ce livre dense séduira les bons lecteurs et les passionnés d’Histoire.

La Marque Des SoyeuxVivien est un jeune écolier qui peine à se faire des amis : ses parents ne cessent de déménager, mais en plus il est défiguré par une tache de vin qui lui vaut les insultes et le harcèlement de la part des autres enfants. Nouvellement arrivé à Lyon, Vivien ne se fait guère d’illusion sur l’accueil que vont lui réserver les autres enfants et se réfugie une fois de plus dans les livres, ses compagnons fidèles. Mais, alors qu’il se plonge dans la lecture d’un documentaire sur sa nouvelle ville, il est littéralement happé par l’histoire de la révolte des canuts en 1831. Grâce à ce voyage dans le temps, il va découvrir les conditions difficiles dans lesquelles vivaient ces ouvriers tisserands lyonnais qui se sont battus pour leurs droits en faisant preuve de solidarité.
J’ai été agréablement surprise par le sujet de ce petit livre destiné aux lecteurs débutants. La révolte des Canuts est une des premières révoltes ouvrières de l’Histoire, et elle a marqué la ville de Lyon, comme la France du XIXe siècle. Nous traversons le Lyon des tisserands, qui est un dédale de traboules, vivons au rythme des enfants employés par les négociants en soie, tremblons au bruit des bottes de la Garde Nationale venue mater la rébellion. Dommage que le personnage de Vivien manque de caractérisation, on passe un peu rapidement sur son histoire personnelle qui n’est au final qu’un prétexte. Le livre est suivi d’un dossier documentaire succinct mais évocateur, bien utile pour replacer cette révolte dans son époque troublée.
Bien que l’intrigue de départ reste un peu artificielle, ce petit roman est très intéressant et éveille la curiosité sur des aspects peu connus de l’Histoire de France.
Un extrait sur le site de l’éditeur.

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué d’autres livres de la collection Un regard sur…

Ce qu’ils n’ont pas pu nous prendre
de Ruta Sepetys
Gallimard Jeunesse dans la collection Pôle fiction
7,75€, 108×178 mm, 432 pages, imprimé en France, 2015.
Le sang du serpent à plumes, journal de la conquête du Mexique
de Laurence Schaack
Nathan dans la collection Un regard sur…
5,50€, 121×181 mm, 192 pages, imprimé en France, 2015.
La marque des soyeux
de Laura Millaud
Balivernes dans la collection Carabistouilles
9,50€, 130×180 mm, 128 pages, imprimé en Europe, 2014.

À part ça ?

revue dadaLa revue Dada fête son 200e numéro. Depuis 1991, cette revue rend l’art accessible aux plus jeunes, sans lésiner sur le fond, toujours exigeant et varié. Pour ce nouveau numéro sorti fin avril, l’équipe Dada se penche sur les œuvres de jeunesse des grands maîtres. Comment dessinaient Picasso, Giacometti, Hergé ou Raphaël lorsqu’ils étaient enfants et adolescents? Éclectique et didactique, Dada offre des éclairages historiques et des idées d’ateliers pour sensibiliser les plus jeunes à l’art avec humour et pédagogie. À l’occasion de ce numéro anniversaire, une série d’ateliers en librairies et une exposition seront organisés dans les mois à venir, retrouvez le programme sur le site de la revue Dada.
Dada numéro 200 : L’enfance de l’art, 66 pages, 9,90€.
Des extraits sur le site de la revue.

Laura

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