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Icinori

Les invité-e-s du mercredi : Raphaël Urwiller et Claire, institutrice

Par 1 octobre 2014 Les invités du mercredi

Aujourd’hui, nous recevons Raphaël Urwiller. J’ai eu un coup de cœur dernièrement pour Combien de terre faut-il à un homme ? et il y a quelque temps pour Issun Bôshi, du collectif Icinori, dont il fait partie. J’ai eu envie d’en savoir plus sur lui, sur son travail et sur Icinori, justement. Ensuite, c’est un deuxième numéro de Dans la classe de que je vous propose. Cette rubrique donne la parole à de grands consommateurs de livres jeunesse : les instituteurs-trices ! Ils nous parlent donc de livres qui sont dans leurs classes, des livres qu’ils aiment lire aux élèves… Cette fois-ci, c’est Claire, institutrice dans une classe multiâge en maternelle. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Raphaël Urwiller

Issun boshiPouvez-vous nous parler de votre parcours ?
Réchappé d’une école d’ingénieur, passionné par le dessin, j’ai intégré par un demi-hasard l’ESAD de Strasbourg. Pour mieux nous affranchir des cours, nous avons commencé à travailler ensemble avec Mayumi Otero sous le nom d’Icinori et réalisé nos premiers livres en sérigraphie. Notre idée a toujours été de centrer notre pratique sur l’expérimental, au travers d’éditions étranges autoproduites (popups, estampes, etc.) puis de réinvestir nos trouvailles dans des champs plus ouverts – l’édition jeunesse étant un lieu formidable pour poursuivre nos recherches.
Chaque nouvelle expérience étant enrichissante, nous travaillons aussi pour la presse, pour l’animation, l’édition adulte voire l’exposition de dessins très adultes, choses que nous pensons complémentaires à notre travail d’illustrateurs jeunesse – et d’éditeurs expérimentaux !

Quels sont les illustrateurs (ou les livres) qui ont marqué votre enfance ?
D’un coté, il y a les incontournables Tomi Ungerer, Wolf Erlbruch et Sendak, nous nous battions à la maternelle et en primaire pour emprunter leurs livres, avec entre tous, les incontournables Max et les Maximonstres et autres 3 brigands.
D’un autre côté, la bande dessinée était le jardin défendu du père, il fallait entasser les max et les maximonstreschaises pour accéder aux livres interdits, de Jano à Moebius en passant par Bourgeon ou même Serpieri.
Deux autres auteurs m’ont fait une forte impression, étrangement autorisés pour la jeunesse, Jacques Martin et son ambiguë Alix, ainsi que les extraordinaires et très sanglants Vie privée des hommes de Pierre Joubert.
Fétichiste, j’ai conservé tous les Astrapi, J’aime lire, Je lis déjà et autres Spirou du tout début des années 90 et, en les rouvrant parfois, je découvre avec angoisse que je connais presque toutes les pages par cœur — découvrant à quel point ils m’ont marqué, les ayant lu des dizaines de fois — et dont certains illustrateurs sont restés mes favoris comme Martin Jarrie ou Jean François Martin.
Il reste enfin tous les musées que nous parcourions en famille, avec une passion pour le retable d’Issenheim que nous visitions régulièrement comme on visite un vieil oncle.

Quelles techniques d’illustration utilisez-vous ?
À la base, je ne dessinais qu’en noir et blanc, Lu Urwillerà l’encre de Chine et à la plume, fasciné par des maîtres comme Munoz ou Pratt. Avec Mayumi, nous nous sommes investis dans la sérigraphie, puis à la découverte des différentes méthodes de reproduction, de la gravure à la Risographie.
Pour moi, l’illustration est un dessin qui prend chair au travers de sa technique de reproduction.
Cette étape de la reproduction est presque aussi cruciale que le premier trait de crayon et j’essaye de l’anticiper et de la maîtriser au mieux, je ne dessine pas de la même façon selon le type d’impression ou même de papier choisis.
Techniquement, c’est un grand mélange, il y a du crayon, de la gouache, de l’encre, du tipex et tout est assemblé à l’ordinateur — qui me permet d’ordinaire, mettre en couches, en calques, équilibrer le jaune et le rouge. L’ordinateur est une étape clé, non pas de création, mais de cohésion – toutes les étapes de dessin restent à la main.

Quelle est la différence entre Icinori et Raphaël Urwiller ?
Icinori
est un territoire qui contient certains travaux de Mayumi Otero et Raphael U., ainsi qu’une bonne partie de nos travaux à quatre mains.
Combien de Terre faut il à un homme n’est pas signé Icinori, mais habite tout de même ce territoire, c’est une principauté autonome…
Icinori une forme d’écosystème graphique et imaginaire que l’on construit et entretient à deux.
C’est un territoire privilégié, dédié à la découverte et l’expérimentation, où chacun de nous peut se mettre en recherche en toute liberté, hors des contraintes de commande

Comment avez-vous travaillé sur Combien de terre faut-il à un homme ? Quelles étaient vos inspirations ?
Le texte étant très sombre, il me fallait rehausser par l’image, le rendre attrayant Combien de terre faut-il à un homme-tout en respectant l’histoire implacable. Tout le travail de dessin fut pour moi un beau travail d’équilibre sur le fil du rasoir, ne pas tomber dans un pathos expressionniste tout en évitant le décoratif gratuit.
J’ai refait plusieurs fois certaines doubles, car elles sonnaient faux, le texte est tout en tension, l’illustration doit l’ouvrir sans l’amollir, c’est ce défi qui m’a fait accepter ce projet.
J’ai aussi conçu le livre, pour qu’il soit parfaitement cohérent avec son contenu, du format à la typographie en passant par le choix du papier, chaque élément étant artisan du tout.
Mes références sont très variées, le livre étant très ancré en Russie, il y a bien sûr l’ombre du constructivisme russe, les Luboks (imagerie populaire russe), beaucoup de lectures de Tolstoï pour intégrer l’esprit même de l’œuvre.
On ne peut oublier la formidable avant-garde du livre jeunesse et de l’affichisme issue des pays de l’Est (Lebedev, les frères Sternberg, Parain, etc.).
Sans compter mes propres références, qui vont de l’underground punk aux graphistes japonais des années 70 en passant par tout type d’imageries populaires (papiers peints Zuber, imagerie d’Épinal et autres éphémères).

Quels sont vos projets ?
Dans l’immédiat, une exposition chez les très pointus Fotokinos à Marseille (jusqu’au 30 octobre) puis une autre au sein de l’extraordinaire musée du Palazio Poggi à Bologne dans le cadre de l’excellent festival Bilbolbul (du 20 novembre au 20 décembre).
Je travaille actuellement sur des projets de livres jeunesse, plusieurs écrits, mais qui attendent encore d’être formalisés.
Et en parallèle, une foule de projets d’auto-édition expérimentales dans le cadre d’Icinori, pour adultes ou pour enfants, dont des nouveaux popups en sérigraphie en cours de conception.

Combien faut-il de terre à un homme ?

Bibliographie :

Avec le collectif Icinori

Retrouvez Raphaël Urwiller sur son site : http://raphaelurwiller.com/fr.


Dans la classe de… Claire

Régulièrement, un-e instituteur-trice nous parle de livres de sa classe. Ouvrages qu’il-elle aime lire aux élèves, ouvrages que ses élèves aiment particulièrement, livres du moment ou éternels… Les maître-sse-s connaissent bien la littérature jeunesse, nous leur donnons la parole (et si vous voulez être un des prochains invités envoyez-nous un mail à danslaclassede@lamareauxmots.com). Cette semaine, c’est Claire qui nous parle des livres de sa classe. Claire a une classe multiâge (de 3 à 6 ans) en ZEP.

Quand on se retrouve avec 25 enfants de 3 à 6 ans en face de soi on peut : prendre ses jambes à son cou en hurlant, faire le clown, sortir de sa poche un ballon et entamer une partie de foot endiablée…
Mais il existe aussi un objet magique. Grand ou petit, plein de couleurs ou noir et blanc, en relief ou non… quelle que soit son apparence il a un réel pouvoir. J’ai nommé « le livre ».
Dans ma classe, c’est « la grenouille des histoires » qui annonce ce moment (que je n’échangerai pour rien au monde) : l’heure de l’histoire. Trois « gratouilles » sur le dos de ma grenouille gyro… et c’est parti !!! Les bouches se ferment, les oreilles s’ouvrent, et les yeux commencent à briller…
Vu l’ampleur de l’offre en littérature de jeunesse, le risque est grand de ne pas savoir où donner de la tête. Quel livre prendre ? Il est difficile de donner des conseils. Pour être franche, je pense qu’une bonne histoire c’est avant tout une histoire qui plaît aussi à celui qui la lit. Car qu’elle fasse rire ou rêver qu’elle fasse peur ou qu’elle émeuve, rien ne vaut le partage qu’elle induit !
Non, non et non !En début d’année, les premiers jours, je commence souvent par Tchoupi à l’école de Thierry Courtin et par Non, non, et non ! de Mireille d’Allancé. La journée d’école de Tchoupi touche surtout les plus petits (particulièrement la page où il se fait prendre son vélo !), tandis que les Moyens apprécient le jeune Octave qui répond « non » à chaque fois qu’on lui pose une question. Cette année, pour les grandes sections (j’ai une classe multiâge), j’ai découvert La rentrée des animaux de Samir Senoussi. C’est un livre plein d’humour qui montre qu’à l’école, on apprend plus qu’à apprendre à écrire et compter, qu’il est courant d’avoir du mal à se faire des copains, et d’être fatigué en fin de journée.
Un peu plus tard dans l’année, je leur lis Le machin de Stéphane Servant et Cécile Bonbon. J’entraîne souvent les GS à raconter eux même l’histoire avec des petites marottes et ensuite, ils se « produisent » devant les MS et devant l’ATSEM. Ils adorent rejouer la dispute de ces animaux qui, ayant trouvé un bout de tissu au bord d’un lac,Le machin tentent à tour de rôle de trouver à quoi il peut bien servir. Se traiter (comme les personnages du livre) de cornichon et de banane les fait beaucoup rire. Quant au « Beurk » final, c’est vraiment la cerise sur le gâteau pour eux.
S’il y a un livre que je n’oublie jamais de lire, c’est Et pourquoi ? de Michel Van Zeveren (un auteur que j’adore, tant les références aux contes classiques qu’il fait dans ses livres sont subtiles !!). Je prends soin de prendre une voix « stupide » pour le petit chaperon rouge… L’entêtement de ce dernier à comprendre la raison qu’a le loup de la manger n’en est que plus hilarant !
J’ai découvert un livre sympa et drôle aussi pour faire compter les enfants. Dans 1,2,3 sorcière de Magdalena, le vent, à chaque page, prive une sorcière de ses attributs (balai, chaudron) jusqu’à ce que….
oreilles papillonsJe pourrais poursuivre encore longtemps cette liste, mais j’ai aussi une classe à préparer ! Alors je finis juste par un coup de cœur que j’ai eu l’année dernière : Oreilles Papillons de Luisa Aguilar, André Neves. J’ai craqué pour la jeune Mara, qui répond de façon si poétique aux moqueries de ses camarades !!! Je l’ai découvert trop tard pour le lire l’année dernière, mais je compte bien le faire cette année !!!
Bonnes lectures !!!

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Le grand retour

Par 1 septembre 2014 Livres Jeunesse

C’est le grand retour, que tu l’ veuilles ou non
De celui dont tu maudissais le nom
C’est le grand retour, un peu improbable,
D’un drôle de rôdeur, certes infréquentable,
Mais sympathique en diable

Le grand retour, Alain Chamfort

Et oui nous voilà de retour ! Et pour cette rentrée, j’avais envie de vous parler de quatre coups de cœur que j’ai eus cet été. Une chronique un peu plus longue, donc, mais avec que du bon !

RaphaëlJérôme par coeur aime Jérôme, il le dit d’ailleurs, c’est facile : Raphaël aime Jérôme. Il aime quand il lui tient la main et quand ils se cascadent de rigolade.
Les parents de Raphaël apprécient beaucoup ce jeune garçon bien élevé même si son papa trouve dommage qu’il n’aime pas le football. Pourtant un matin alors que Raphaël parle de son rêve de Jérôme son père s’agace. Mais Raphaël aime Jérôme, il le dit, c’est très facile.

Jerôme pas coeur par Za

Extrait volé au Cabas de Za

Les jours de sortie au musée des tableaux, c’est moi qu’il choisit pour être bien en rang.

C’est pour ça que je l’aime, Jérôme

Ça ne me dérange pas.
Raphaël aime Jérôme.
Je le dis. Très facile

Jérôme par cœur m’a été conseillé par Chloé Marot de Causette (lire son article ici). Et qu’elle a eu raison de me parler de cet album que je ne connaissais pas ! Quelle délicatesse, quelle poésie ! Tant dans le texte de Thomas Scotto que dans les illustrations d’Olivier Tallec. Certains y verront une amitié très forte, d’autres un petit garçon qui aime les garçons sans savoir encore ce que cela implique (lalbum est d’ailleurs dédié au Xavier d’Anne Sylvestre, chanson qui m’a valu de sacrés débats avec un copain sur le thème Xavier est-il homo ou pas).
Raphaël est un rêveur, un garçon légèrement différent des autres qui est bien content d’avoir trouvé Jérôme. Tout simplement magnifique.
Le même vu par Le cabas de Za.

DansCombien de terre faut-il à un homme- l’Ouest sibérien, Pacôme vivait avec sa femme et ses trois enfants. Ce paysan n’était pas riche, mais sa famille mangeait à sa faim. Pourtant il voulait plus, et quand il eut plus il voulut encore plus. Cette envie jamais assouvie le pousse à partir loin, puis encore plus loin, chez les Bachkirs. Là, on lui propose un étrange marché, il aura autant de terre qu’il peut en faire le tour en une journée. Seulement dans son envie d’avoir plus, Pacôme pense à aller le plus loin possible, mais pense peu au retour…

Combien faut-il de terre à un homme ?C’est une magnifique (et tragique) histoire de Tolstoï qu’adapte ici, avec beaucoup de talent, Annelise Heurtier. Un conte russe qui a plus d’un siècle et qui est pourtant tout aussi parlant aujourd’hui. À force de vouloir toujours plus, qu’avons-nous au final ? L’histoire est magnifique et la plume d’Annelise Heurtier est très belle, mais surtout le livre est sublimé par les illustrations de Raphaël Urwiller (un des membres d’Icinori dont nous avions adoré Issun Bôshi). De plus, Thierry Magnier a fait un bien bel ouvrage avec un beau papier épais.
Un bien beau livre, tant sur le fond que sur la forme, pour se rappeler que l’important est de profiter de ce que l’on a plutôt que d’en vouloir toujours davantage.

L’heureLa retraite de Nénette de la retraite a sonné pour Nénette, l’orang-outang du Jardin des Plantes à Paris. Faut dire qu’elle vivait enfermée depuis qu’elle était enfant, il était temps qu’on la laisse partir. On lui dégote donc un petit deux pièces sous les toits à Paris et on lui donne quand même quelques consignes : manger équilibré, faire un peu de sport, prendre ses médicaments pour la tension et nourrir le petit chat. Seulement, Nénette a du mal à suivre tout ça, elle mange surtout des bananes et elle grossit de plus en plus… Et si sa vie était ailleurs ?
Quel magnifique ouvrage ! Claire Lebourg a écrit, illustré et même édité ce très bel objet (là aussi tant au niveau du contenu que du contenant !) et soyons franc, je n’ai jamais vu un livre autoédité d’une telle qualité (à tout point de vue). Les illustrations sont superbes, le papier épais et l’histoire aussi drôle que poétique. Claire Lebourg s’est inspirée de la vraie Nénette du Jardin des Plantes (qui a moins de chance que son héroïne, car, elle, vit toujours enfermée). Au-delà de ça, on pourra aussi y voir une métaphore sur l’heure de la retraite chez nous, les hommes, cousins des orangs-outangs.
Une magnifique histoire sur la liberté, un petit bijou.
De nombreux extraits sur le site de Claire Lebourg.
Le même vu par Enfantipages.

OnLe chevalier noir termine par une histoire pleine d’humour qui nous a bien fait nous bidonner, ma fille et moi.
Un chevalier s’avance vers une haute tour où vit une princesse. Il lui annonce être le célèbre chevalier noir et qu’il vient la délivrer, il suffit qu’elle lui jette les clés du château. La princesse ne voit pas pourquoi elle ferait ça, elle ne le connaît pas et visiblement elle est bien là où elle est ! Alors le chevalier menace, si la princesse n’obéit pas, il fera intervenir son géant. Un géant ? Notre princesse se marre, et affirme quant à elle avoir une fée. Sauf que d’après le chevalier les fées n’existent pas…
Je ne vais quand même pas vous raconter toute l’histoire, même si je suis bien tenté (et tout à l’heure encore, je la racontais en me marrant), mais voilà une histoire pleine d’énergie et d’humour avec une princesse vraiment pas nunuche (et un chevalier quand même un peu arrogant !). On y voit même un combat à mains nues entre les deux héros, et croyez-moi, la princesse n’est pas la plus faible !
Un album plein de punch, vraiment très drôle dont la fin me fait me gondoler.
Des extraits sur le site de l’illustrateur.

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué des ouvrages de Thomas Scotto (Un bond de géant – 1969, on a marché sur la lune), Olivier Tallec (La boum ou la plus mauvaise idée de ma vie, Qui quoi qui, Coffret Grand Loup & Petit Loup, MarlaguetteLe plus féroce des loups, Pas de pitié pour les baskets, Kevin et les extraterrestres, Restons Calmes !, Joyeux Noël Rita et MachinMaurice Carême chanté par Domitille, Mon cœur en miettesLe slip de bain, ou les pires vacances de ma vie et La croûte), Annelise Heurtier (L’affaire du chien, Babakunde, On déménage !, Drôle de rentrée !, Sweet Sixteen, Le carnet rouge et La fille aux cheveux d’encre), Raphaël Urwiller (Issun Bôshi, l’enfant qui n’était pas plus haut qu’un pouce), Michaël Escoffier (L’anniversaire, La croccinelle, Le ça, Tous les monstres ont peur du noir, Trois petits riens, Le jour où j’ai perdu mes super pouvoirs, Zizi, Zézette, mode d’emploi, Le grand lapin blanc, Vacances à la ferme, Bonjour FacteurLa plume et Sans le A, Bonjour Docteur) et Stéphane Sénégas (Y’a un monstre à côté). Retrouvez aussi nos interviews d’Annelise Heurtier et de Michaël Escoffier.

Jérôme par cœur
Texte de Thomas Scotto, illustrations d’Olivier Tallec
Actes Sud Junior
14,20 €, 285×225 mm, 30 pages, imprimé en Italie, 2009.
Combien de terre faut-il à un homme ?
Texte d’Annelise Heurtier d’après Tolstoï, illustré par Raphaël Urwiller
Thierry Magnier
17 €, 310×180 mm, 40 pages, imprimé en Italie, 2014.
La retraite de Nénette
de Claire Lebourg
Auto-édité
15 €, t155x246 mm, 56 pages, imprimé en Espagne, 2014.
Le chevalier noir
Texte de Michaël Escoffier, illustré parStéphane Sénégas
Frimoussedans la collection Sa majesté du soir
14 €, 225×292 mm, 24 pages, imprimé en Italie, 2014.

À part ça ?

Le mois de septembre est là, c’est le moment de vous donner nous coups de cœur de juillet-août. Marianne a choisi Wilo et Mi de Séverine Vidal et Christine Roussey (L’élan vert), Le jour où j’ai rencontré le monstre de Céline Claire et Barroux (Circonflexe) et Pousse Piano de Gilles Baum et Rémi Saillard (Le baron perché). Et moi : Le grand Antonio d’Élise Gravel (La Pastèque), Arlequin, Charlot, Guignol & Cie de Bénédicte Rivière et Gérard DuBois (Actes Sud Junior) et La princesse qui n’aimait pas les princes d’Alice Brière-Haquet et Lionel Larchevèque (Actes Sud Junior).
Retrouvez nos coups de cœur des mois précédents sur le blog, sur Facebook (ici pour les albums et pour les romans) et sur Pinterest (ici pour les albums et pour les romans).

Gabriel

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Un tour du monde grâce aux contes

Par 25 novembre 2013 Livres Jeunesse

Ça vous dit un tour du monde ? Amérique, Afrique, Chine, Japon, Russie… Les contes nous font décidément voyager !

On commence par la Chine.

La legende du serpent blancDeux sœurs-serpents vivaient dans la montagne. Baï était blanche comme les nuages d’hiver et Quing bleue comme le ciel d’été. Elles pouvaient, en regardant un oiseau ou un poisson, en prendre la forme. Elles entendirent parler d’un endroit merveilleux qu’on appelait Le pays du lac de l’Ouest, on disait même que c’était le plus bel endroit sur la Terre. Elles décidèrent de partir y vivre sous l’apparence de deux jeunes filles. Là, elles rencontrèrent le beau Xuxian, dont Baï tomba amoureuse tout de suite. Ils se marièrent… mais l’amour du jeune homme allait-il rester aussi fort le jour où il apprendrait que la jeune fille était en fait un serpent ?

La légende du serpent blanc est un magnifique conte, une légende très ancienne, bien connue des Chinois, qui n’avait jamais été adaptée en France. C’est sous la jolie plume d’Alexandre Zouaghi et les superbes illustrations de Wang Yi que nous la découvrons… et quelle merveille ! C’est un album assez complexe, très riche (donc plutôt pour les jeunes lecteurs, l’éditeur le conseille à partir de 9 ans) dans lequel on parle de la force des sentiments, de l’amour. Des petits bijoux comme savent nous offrir les éditions HongFei.
Des extraits en ligne.

la langue des oiseauxUn homme qui sauva une fourmi de la noyade (contre l’avis général) et qui en fut récompensé, un docteur qui aida un loup qui le paya en or, les négociations entre le roi Chu et le roi des cerfs et un homme qui parlait la langue des oiseaux, quatre magnifiques histoires.

La langue des oiseaux est le premier recueil de contes que sortent les éditions HongFei et c’est une très bonne idée ! Quatre très belles courtes histoires dans lesquelles les hommes ont raison d’écouter les animaux. Ces jolis contes sont réunis dans un petit livre, illustré par Clémence Pollet. Le genre de recueil qu’on adore avoir dans sa bibliothèque, ouvrir de temps en temps. On regrettera juste qu’il n’en contienne que quatre, les amis de HongFei : on en veut plus ! Un très beau recueil de contes venus de Chine pour se rappeler, grâce à de belles histoires, l’importance des animaux.
Des extraits en ligne.

On continue la route par le Japon.

Issun boshiUn couple de paysans se désolait de ne pas avoir d’enfant. Ils auraient tant aimé en avoir un, même tout petit. Ils furent écoutés, car bientôt un enfant naquit, mais il était minuscule, ils décidèrent dont de l’appeler Issun Bôshi « celui qui n’est pas plus grand que le pouce d’un enfant ». Le temps passa, l’enfant ne grandit pas. À quinze ans il décida de partir vivre sa vie. Sa mère lui donna un bol de riz et son père une aiguille. Ainsi commença le périple d’Issun Bôshi. Des aventures qui allaient lui faire rencontrer un ogre puis une princesse… mais je ne vous en dis pas plus !

Là aussi, quel magnifique album ! Tant l’histoire que les illustrations. Ce conte japonais nous fait bien sûr penser aux histoires de Poucette et de Tom Pouce, deux classiques de notre littérature. Ici aussi, ce tout petit personnage va vivre de folles aventures et va devoir faire preuve d’ingéniosité. Les illustrations sont absolument magnifiques et le grand livre, tout en longueur les mettent parfaitement en valeur. Un très bel ouvrage.
Des extraits en ligne.
Le même vu par Enfantipages.

On remonte en Russie.

Contes de RussieUne petite fille rusée qui sut s’évader après avoir été kidnappée par un ours, une vache qui aida la petite Févronia maltraitée par ses beaux-parents, un enfant qui sauva son père grâce à son respect des animaux, un renard qui profitait de la naïveté d’un ours, un enfant qui osa défier un tigre ou encore la terrible Baba Yaga… bienvenue dans les contes russes !

Douze très beaux contes venus de Sibérie, du Caucase ou de Russie. Des contes qui nous rappellent parfois des histoires que l’on connaît (les contes voyagent autant qu’ils nous font voyager). Ici, on n’est pas frustré par la longueur des histoires, on a vraiment l’impression de lire douze petits livres entiers dans ce recueil. Il est joliment illustré par Sébastien Pelon. Un très bel ouvrage pour un voyage au pays du froid !
Des extraits en ligne.

Baba YagaUne petite fille qui n’avait plus de maman vit un jour son père se remarier avec une méchante femme. De sa mère, elle gardait une poupée de chiffon, qu’elle lui avait fabriquée. Un jour, la marâtre ordonna à l’enfant d’aller voir sa sœur pour lui demander du fil blanc et une aiguille pour lui coudre une chemise. La poupée prévint l’enfant du danger, elle lui conseilla d’aller voir sa marraine. Celle-ci lui apprit que la femme qu’elle devait aller voir n’était autre que la terrible Baba Yaga, elle lui donna donc des conseils pour lui échapper.

On retrouve donc l’horrible Baba Yaga dans une histoire adaptée par Claude Clément qui s’est inspirée du conte russe. Une histoire qui fait un peu peur, on tremble pour cette petite fille que la sorcière pense manger. L’album est très grand ce qui permet de mettre en valeur les très belles illustrations de Paul Echegoyen. Un très bel ouvrage sorti au Seuil.
Le même vu par Œil d’ailleurs et par Les lecteurs de Liyah.

Fini le froid, on part pour l’Afrique.

contes d'afriqueUn chat qui avait décidé de ne plus manger de viande, une goutte de miel qui avait provoqué une guerre, un devin mis à mal par une mouche, un jeune homme qui apprit qu’il valait mieux placer son espérance dans les bêtes plutôt que dans les hommes, un roi qui avait décidé de faire tuer tous les vieux de son village… et bien des histoires encore !

Ce sont 26 contes d’Afrique qu’a réuni Jean Jacques Fdida dans le recueil sorti chez Didier Jeunesse, Contes d’Afrique. Des contes fabuleux et pleins de sens dans lesquels on rappelle l’importance de la sagesse (tout en louant la naïveté d’autres), de la générosité, des animaux. Les contes sont vraiment délicieux, le genre d’histoires qu’on prend beaucoup de plaisir à lire, on se régale ! D’autant que l’ouvrage est illustré par le talentueux Rémi Courgeon. En plus des contes on trouvera de temps en temps des pages de devinettes. Un très bon et bel ouvrage.
Des extraits en ligne.
Le même vu par A l’ombre du saule.

Princesses d'AfriqueUne princesse tanzanienne qui sauva son père transformé en lion par un sorcier, une teinturière mauritanienne qui déjoua les pièges d’une ennemie, une jeune ghanéenne qui se battait comme les hommes et redevenait séduisante quand la guerre était finie et quatre autres princesses d’Afrique.

Que j’aime les princesses de Christine Palluy ! Après Princesses de tous les pays etPrincesses de la cour de Versailles aux palais de Vienne,voici donc les Princesses d’Afrique. Six histoires qu’elle a créées (après s’être beaucoup documentée sur les peuples et les régions dont elle parle) et une inspirée d’une légende africaine. De très beaux contes qui, chaque fois, nous présentent des femmes battantes. Christine Palluy nous donne une autre image de la princesse que celle qu’on voit souvent (le genre nunuche qui attend tranquillement le prince charmant en filant la laine). Ce que j’aime aussi, c’est que ces contes sont dans un livre dans lequel on ne s’attend pas forcément à ce genre de choses (ce n’est pas un livre militant, ce n’est pas un livre de chez Talents Hauts) et d’ailleurs ce n’est pas le genre de livres à message qui veut absolument faire passer quelque chose (ce qui est toujours un peu pénible, attention je ne parle pas des livres de chez Talents Hauts en disant ça, pas d’interprétations !). Christine Palluy a une vraie plume et elle s’entoure ici de très bons illustrateurs. Lito n’a pas toujours une bonne image chez les snobinards qui sont légion dans la littérature jeunesse (le salon de Montreuil qui s’ouvre dans quelques jours est l’occasion de dénoncer ce snobisme puant tellement répandu), ce livre leur donne une fois de plus tort de ne regarder la littérature jeunesse qu’avec des œillères. Un très bel ouvrage, vraiment.
Des extraits en ligne.

On continue le voyage en Amérique.

Les quatre voeuxVeeho avait entendu parler d’un homme qui ne manquait jamais de nourriture, il voulut en savoir plus et alla le rencontrer. L’homme lui offrit à manger et lui proposa même de l’héberger pour la nuit. Veeho, lui, cherchait ce qui le rendait si riche. Il aperçut un sac étrange, il décida de le voler. Il n’aurait peut-être pas dû… Glooskap vivait sur une île perdue, il envoya un lapin dire aux hommes que ceux qui trouveraient son île verraient leurs plus grands souhaits se réaliser. Quatre hommes partirent donc à la recherche de Glooskap et réussirent à le trouver. L’homme leur exauça leurs vœux, mais à une condition… que trois d’entre eux n’arrivèrent pas à tenir.

Les quatre vœux, sorti dans la collection Contes & Classiques du Monde chez Magnard rassemble deux très beaux contes indiens. Il est question ici d’hommes qui accomplissent une action qu’ils n’auraient pas dû faire. On connaît peu les contes indiens et c’est un régal de découvrir ces deux-là, c’est complètement dépaysant. C’est Sandrine Bonini qui les met en image et ses grandes illustrations sont très belles et accompagnent parfaitement le texte, elles nous font aussi voyager. Un très bel album.

Et si l’on refaisait un tour du monde rapidement ?

Fees de legendesUne fée qui couvrit une jeune fille généreuse d’or (puis sa sœur, qui voulait profiter de l’aubaine, de poix), une autre qui devait n’être jamais vue de son amoureux le samedi sous peine de perdre sa forme humaine, la Dame du Lac qui apprit la magie de Merlin pour mieux pouvoir l’emprisonner, la fée Babouchka qui refusa d’aider les rois mages et qui s’en mordit les doigts au point d’apporter chaque Noël des cadeaux aux enfants…

Dix fées sont réunies dans Fées de légende de Christine Pompéi illustré par Anja Klauss. Des contes allemand, poitevin, breton, britannique, italien, hongrois, slave, russe, chinois et vietnamien. C’est un grand livre, très beau comme les aiment généralement les enfants. Le genre de recueil qu’on aime offrir. On fera ici de beaux voyages tout au long de ces belles histoires. On regrettera juste que ces contes soient à ce point résumés (effet amplifié quand on les connaît), mais ça peut-être une première approche. Autre bémol, les contes tiennent sur deux pages, on tourne donc la page à la moitié du conte et généralement l’illustration montre la fin de l’histoire. L’enfant sait donc à mi-parcours comment ça va finir… dommage ! Mais c’est tout de même un très joli livre sorti chez De la Martinière Jeunesse.

Quelques pas de plus…
D’autres contes du monde par exemple ici ou .

On a déjà chroniqué des livres de Alexandre Zouaghi (L’auberge des ânes), Wang Yi (Princesse corbeau, Yexian et le soulier d’or et Petit poisson peut voler), Chun-Liang Yeh (Le calligrapheLe goût de la pêche, L’auberge des ânes, Pi, Po, Pierrot, Yexian et le soulier d’or, Le duc aime le dragon et L’autre bout du monde), Clémence Pollet (Mon coffret pour découvrir la ferme et L’auberge des ânes ), Sébastien Pelon (Pourquoi les éléphants aiment-ils tant leur trompe), Jean-Jacques Fdida (Cendrillon ou La Belle au soulier d’or, La barbe bleue ou Conte de l’Oiseau d’Ourdi, Le Petit Chaperon rouge ou La Petite Fille aux habits de fer-blanc et La belle au bois dormant ou Songe de la vive ensommeillé), Rémi Courgeon (Pieds nus, Toujours debout, Pas de ciel sans oiseaux et Elvis Presley), Christine Palluy (Princesses de la cour de Versailles aux palais de Vienne et Princesses de tous les pays), Sandrine Bonini (Le zoo des légumes et Petits contes des 1001 nuits), Christine Pompéi (Mes premiers contes) et Anja Klauss (La belle au bois dormant). Retrouvez aussi nos interviews de Chun-Liang Yeh et de Rémi Courgeon.

La légende du serpent blanc
Texte d’Alexandre Zouaghi, illustré par Wang Yi
HongFei
16,50€, 230×326 mm, 49 pages, imprimé à Taïwan, 2013.
La langue des oiseaux et autres contes du palais
Textes de Chun-Liang Yeh, illustré par Clémence Pollet
HongFei
12,50€, 167×227 mm, 46 pages, imprimé à Taïwan, 2013.
Issun Bôshi, l’enfant qui n’était pas plus haut qu’un pouce
d’Icinori
Actes Sud Junior
16,90€, 226×357 mm, 40 pages, imprimé au Portugal, 2013.
Contes de Russie
Textes de Robert Giraud, illustré par Sébastien Pelon
Père Castor
13,50€, 226×248 mm, 61 pages, imprimé en France, 2013.
Baba Yaga
Texte de Claude Clément, illustré par Paul Echegoyen
Seuil Jeunesse
18€, 268×387 mm, 32 pages, imprimé en Italie, 2013.
Contes d’Afrique
Textes de Jean-Jacques Fdida, illustré par Rémi Courgeon
Didier Jeunesse
18€, 195×240 mm, 125 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2013.
Princesses d’Afrique
Textes de Christine Palluy, illustré par un collectif
Lito dans la collection Histoires pour rêver
18€, 250×238 mm, 72 pages, imprimé en UE, 2013.
Les quatre voeux
Textes de Richard Erdoes et Alfonso Ortiz (traduits par Alain Deschamps), illustrés par Sandrine Bonini
Magnard Jeunesse dans la collection Contes Classiques Monde
16,20€, 329×328 mm, 45 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responable, 2013.
Fées de légende
Textes de Christine Pompéi, illustrés par Anja Klauss
De la Martinière Jeunesse
12,90€, 236×337 mm, 44 pages, lieu d’impression non indiqué , 2013.

À part ça ?

Un concours très sympa pour les classes maternelles autour du très bon Boucle d’ours sur le blog de Didier Jeunesse.

Gabriel

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