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Dis… c’est quoi ton métier ? Les illustrateurs jeunesse : Estelle Billon-Spagnol et Nicolas Gouny

Par 22 août 2012 Fiches métiers, Les invités du mercredi

Voici la dernière fiche de ce rendez-vous estival, la semaine prochaine vous retrouverez les invités du mercredi. Comme tous les mercredis précédents, je vous propose donc de découvrir un métier grâce à deux personnes qui font ce métier-là. Vous avez découvert ainsi ceux qui travaillent autour du livre pour enfants : les auteurs jeunesse (avec Marie Aude Murail et Séverine Vidal), les attachés de presse dans une maison d’édition jeunesse (avec Myriam Benainous et Angela Léry), les traducteurs de livres pour enfants (Rose-Marie Vassallo et Josette Chicheportiche), les bibliothécaires jeunesse (Laurence Horvais et Thierry Bonnety), les éditeurs jeunesse (Loïc Jacob et Chun-Liang Yeh et Cécile Emeraud), les blogueurs jeunesse (Morgan Camus et Lael) et les libraires jeunesse (Claire Fontanel et Karine Bodin). Cette semaine je vous propose de découvrir les illustrateurs jeunesse ! J’ai donc posé des questions, afin de mieux connaître leur activité, à deux illustrateurs : Estelle Billon-Spagnol et Nicolas Gouny. Merci infiniment à eux d’avoir pris le temps de me répondre.


Dis c’est quoi ton métier… Estelle Billon-Spagnol

Comment définiriez-vous « illustrateur jeunesse » ?
Quelqu’un qui raconte avec ses dessins des histoires, qui y prend beaucoup de plaisir et qui du coup en donne aux plus jeunes ET aux plus grands.
Enfin, plus qu’une définition, c’est ce à quoi je tends.

Comment êtes-vous devenue illustratrice jeunesse ?
Ce fut un processus très lent pour moi ! Déjà parce que, dés le départ et pendant longtemps, le dessin ou la peinture a toujours été « le truc » pour exprimer des choses très personnelles. Sans envie d’inventer ou de montrer. Parce que, ensuite, je suis partie vers d’autres directions. Et puis un jour, l’envie est venue. Un an pour retrouver « le truc », un an pour faire un book potable et le présenter. Merci internet ! Pour les infos glanées, pour la facilité d’envoyer des mails et de pouvoir toquer aux bonnes portes.

Comment travaillez-vous ? (Où ? quel matériel utilisez-vous ?)
Je travaille chez moi, dans mon salon. Avec du thé, du café, la radio, la musique ou le silence. N’importe quand pour le dessin. N’importe où pour l’écriture. Seule, mais avec sous la main l’œil toujours disponible de Gwenaelle Doumont, une illustratrice basée en Belgique, ma collègue d’atelier en fait. Merci internet !
Après, ça dépend du projet. Il y a les albums montés en amont avec un auteur, et dans ce cas ce sont des échanges incessants et stimulants pour faire avancer le projet. Il y a les projets solo, et là c’est beaucoup plus aléatoire, plus « fouillis », j’adapte texte et dessin au fur et à mesure. Il y a les projets où l’éditeur me laisse carte blanche, d’autres où il suit chaque étape.
Je ne fais pas beaucoup de recherches, il faudrait et j’aimerais, mais en fait, je prends ma feuille et hop, ça vient (ou ça ne vient pas) (mais ça finit toujours par venir puisque j’ai la chance d’avoir choisi chacun de mes projets).
Globalement, je travaille toujours de la même manière. Je crayonne, j’encre à la plume,  je gomme (une plaie, ces pelures de gomme), je mets en couleur (écoline, aquarelle, crayons de couleur, tout dépend du projet, de l’envie du moment et de ce que j’ai sous la main), je remets mes planches à l’éditeur (ou je scanne et j’envoie des fichiers via internet ce n’est pas ce que je préfère !). Côté matériel, me manque une table lumineuse. Pour éviter la phase « gomme », ou la phase « énervement » quand je rate la couleur et qu’il faut que je recommence. Dans l’idéal, il faudrait aussi que je suive une formation photoshop. De plus en plus, on me demande d’envoyer mes planches via internet. Et là, en général, c’est le début d’une grande galère.

Comment est faite la rémunération ? (salaire fixe ? pourcentages ? avances ?)
– Avance sur droits au moment de la signature du contrat.
– Une fois l’avance « remboursée », les droits d’auteur sur les ventes du livre (il faut être patient) (entre 3,5 et 5 % du prix du livre)

Est-ce que vous avez un métier à côté ?
Non.

Vous arrive-t-il de refuser de travailler avec un auteur, un éditeur ? Comment travaillez-vous avec eux ? Vous imposent-ils leur vision ou êtes-vous libre totalement ?
Par manque de temps, et par envie d’écrire moi-même, je refuse de plus en plus les propositions de collaboration avec des auteurs. Concernant les éditeurs, je n’ai pas eu à refuser. Il y a trois points qui sont cependant importants pour moi : leur ligne éditoriale, leurs rapports avec les auteurs-illustrateurs, le contrat proposé.

Vous arrive-t-il d’illustrer des textes que vous n’aimez pas ?
Pour l’instant, non. Certainement parce que jusqu’à présent, mes publications sont venues de projets proposés à l’éditeur. Maintenant que les éditeurs commencent à venir vers moi, peut-être que la question se posera. Comme il faut bien manger (et que j’aime ça), peut-être que je le ferai. Sauf si c’est un texte avec un message auquel je n’adhère pas, sauf si c’est tout rose ou tout bleu. En gros.

Tentez-vous parfois de faire changer le texte à l’auteur ?
Pas vraiment. Plutôt des suggestions qui me viennent au moment de dessiner.

Comment propose-t-on ses illustrations ? (En leur envoyant par la poste ? Par mail ? En les rencontrant ?)
Par mail. Par la poste jamais. C’est quand même génialement facile de pouvoir envoyer son travail grâce à internet, sans perte de temps et d’argent. En les rencontrant également, dans le cadre de salons, ou suite à un petit coup de fil. Et maintenant, après quelques publications, certains éditeurs commencent à me proposer des choses.

Contactez-vous plutôt les auteurs ou les éditeurs ?
Au début, j’ai contacté des auteurs, cela m’a permis de comprendre comment monter un dossier, comment travailler, ça m’a poussée à dessiner encore et encore et à ne pas me limiter à ce que je savais faire. De savoir aussi ce que je voulais vraiment. Maintenant que j’ai plus de contrats, je contacte principalement les éditeurs. Mais j’ai autour de moi des auteurs que j’aime particulièrement et avec qui tout est possible !

Que deviennent vos projets non édités ?
Certains : rien et tant mieux. D’autres sont recyclés. Des personnages changent d’histoire, des prénoms changent de tête… Et puis il y a les projets pour lesquels la conviction ne faiblit pas. Et là, on ne lâche rien, on le « sort » régulièrement. Hein Séverine ? Hein Lino ?!

Dessinez-vous pour des magazines ? Des livres numériques ? D’autres supports ? Quelle est la différence entre écrire pour ces supports et pour des livres papier ?
Mon programme du jour est justement de m’occuper d’un petit strip qui paraîtra dans un magazine. Des contraintes plus précises, un cadre assez calibré mais avec tout de même l’espace de mettre sa patte. Pour le numérique, non jamais fait. Pourquoi pas ? Si les droits suivent. En tant que lectrice, d’instinct, je suis 100 % livre-papier. Je suis incapable d’apprécier une lecture sur un écran (album ou roman). Ça m’énerve au bout de cinq minutes, je ne suis pas « dedans ». Je sais que des choses se font, originales avec des vraies idées innovantes derrière. Alors je suis partagée, mais…

Quels sont les plaisirs à être illustrateur jeunesse ? Les grandes joies ?
En premier évidemment : dessiner toute la journée. Passer d’une histoire à une autre juste en changeant de feuille. Et la liberté d’organiser ses journées comme on l’entend. En ce moment je travaille bien mieux tôt le matin, mais je peux choisir de décaler la nuit. De pouvoir travailler chez soi et par temps de canicule, de pouvoir travailler en short et pas coiffée. D’être son propre chef, de décider ce qui est prioritaire ou pas, que ce jour est un jour off, d’aller boire un café dehors et d’avoir subitement une idée et de rentrer du coup en courant chez soi, de glisser une piscine entre deux planches. L’alternance entre les périodes intenses de bouclage et les périodes plus calmes entre deux projets, propices aux nouvelles idées. Le bouquin au final. Pas pour le regarder avec satisfaction (je n’y arrive jamais), mais pour tout ce que je n’imaginais pas : invitations dans des salons, découverte de la France, rires et discussions avec les collègues (globalement sympa), rencontre avec des gens passionnés (libraires, organisateurs, instits), les retours des enfants et ce lien qui se crée avec le lecteur petit ou plus grand…

Et quels sont les mauvais côtés ?
???… Comme on n’est jamais content, je dirais :
– le manque de lien social. Pour moi qui ne bosse pas en atelier, le café avec des collègues, les échanges qui vont avec, me manquent beaucoup. Heureusement il y a internet… Et si il y a des ateliers qui proposent des cafés, je suis preneuse !
– la gestion. De la négociation de contrat aux relances pour se faire payer. Mais ça va, je suis de plus en plus armée.

Retrouvez Estelle Billon-Spagnol sur son blog et sur sa page facebook.


Dis c’est quoi ton métier… Nicolas Gouny

Comment définiriez-vous « illustrateur jeunesse » ?
C’est un métier, qui tient, selon moi, de l’artisanat… Je me sens un peu comme un pâtissier : de la technique, du savoir-faire, du travail et, de temps à autre, un résultat inspiré.

Comment êtes-vous devenu illustrateur jeunesse ?
Par hasard, amour et ennui. Pendant longtemps je faisais un dessin chaque année pour ma femme, pour son anniversaire, puis j’ai eu l’occasion de découvrir Photoshop et de mettre en ligne mes premières « illustrations ». A partir de là tout s’est enclenché. J’ai vu de la lumière, je suis entré, et finalement j’ai eu l’impression d’être chez moi. Depuis que je suis installé dans la campagne creusoise, c’est ma seule activité, mon métier, et j’en tire un grand bien-être.

Comment travaillez-vous ?
J’occupe un grand atelier/chambre dans mon grenier, c’est grand et très lumineux, ça serait parfait pour un peintre, mais comme je travaille sur ordinateur, c’est surtout un endroit où je me sens bien. Mes outils sont finalement peu de chose, mes doigts, ma wacom et mon PC, plus mes petits carnets où je note idées et esquisses.

Comment se passe la rémunération ? (salaire fixe ? pourcentages ? avances ? Contrat longue durée avec un éditeur ?)
Il y a tous les cas de figure… mais ce sont surtout les avances qui me font vivre, mais c’est aussi parce que je suis un « jeune » auteur (mes livres ne sont pas encore anciens).
Une part importante de mes revenus est aussi constituée d’interventions et d’animations scolaires ou autres.

Est-ce que vous avez un métier à côté ?
Je suis bénévole auprès de ma femme, qui a sa petite entreprise de bijoux illustrés (de mes dessins) ^^. C’est comme une coopérative, nous travaillons ensemble.

Comment sont répartis les bénéfices d’un livre entre l’auteur, l’illustrateur et l’éditeur ?
L’éditeur s’accapare la plus grosse part, pour s’acheter ses cigares et ses voitures de luxe, et les auteurs se partagent les miettes. Plus sérieusement, je crois que c’est un partage assez égal, dès l’instant où l’éditeur remplit sérieusement les termes de nos contrats, ce qui n’est malheureusement parfois pas le cas (pas de relevés de ventes, etc.).

Vous arrive-t-il de refuser de travailler avec un auteur, un éditeur ? Comment travaillez-vous avec eux ? Vous imposent-ils leur vision ou êtes-vous libre totalement ?
Pour les éditeurs, assez peu, sauf en cas de contrat abusif ou si je n’ai pas le temps. Côté auteurs, je reçois de plus en plus de textes, mais je n’ai pas vraiment le temps de tenter de nouvelles choses, malheureusement.

Vous arrive-t-il d’illustrer des textes que vous n’aimez pas ?
Oui. C’est aussi mon travail.

Tentez-vous parfois de faire changer le texte à l’auteur ?
Oui, pour le faire davantage coller à mes images.

Contactez-vous plutôt les auteurs ou les éditeurs ?
Assez peu jusqu’à maintenant, à l’exception de quelques auteurs amis, avec lesquels j’ai déjà travaillé.

Comment vous faites-vous connaître auprès des auteurs et des éditeurs ?
Par Internet, essentiellement, via facebook ou mon blog. J’y consacre chaque jour pas mal de mon temps. Sinon, c’est tout une communication informelle, par les réseaux d’amis, de connaissances, sur les salons du livre, via les partenaires institutionnels, etc.

Comment propose-t-on ses illustrations ? (En leur envoyant par la poste ? Par mail ? En les rencontrant ?)
Je ne sais pas, les trois je pense.

Dessinez-vous pour des magazines ? Des livres numériques ? D’autres supports ?
Oui… je dessine pour qui le demande.

Quels sont les plaisirs à être illustrateur jeunesse ? Les grandes joies ?
L’indépendance, l’indépendance et l’indépendance.

Et quels sont les mauvais côtés ?
L’indépendance, l’indépendance et l’indépendance. Nous travaillons sur du sable.

Retrouvez Nicolas Gouny sur son blog et sur la page facebook de La parenthèse enchantée.

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