La mare aux mots
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Interview

Les invité·e·s du mercredi : Gaya Wisniewski, Régis Lejonc et Julia Wauters

Par 14 novembre 2018 Les invités du mercredi

Il y a peu je vous ai parlé de Mon bison, que j’ai beaucoup aimé. j’ai donc voulu en savoir plus sur son autrice, Gaya Wisniewski. Elle a accepté de répondre à mes questions. Ensuite, c’est à une nouvelle question bête, que Régis Lejonc et Julia Wauters ont bien voulu répondre : « Est-ce qu’il faut avoir lu un roman pour faire la couv’ et comment on choisit ce qu’on mettra sur la couv’ ? » Bon mercredi à vous.


L’interview du mercredi : Gaya Wisniewski

Parlez-nous de votre parcours
Je suis née dans les crayons et papiers puisque j’ai deux parents artistes. Dessiner a toujours été mon moyen d’expression.
J’ai terminé mes deux dernières années de secondaire dans l’option art plastique à L’institut Saint-Luc à Bruxelles et poursuivi à Saint-Luc en Illustration.
Ensuite j’ai fait un CAP (certificat d’aptitude pédagogique) pour pouvoir enseigner le dessin.
Et pendant douze ans, j’ai donné des cours de composition, couleur, dessin, volume… à l’institut Saint-Luc Bruxelles à des adolescents entre 15 et 19 ans.
À côté de mon travail, je réalisais des expos, des marchés de créateurs. J’ai aussi eu quelques contacts avec des maisons d’édition mais cela n’a jamais abouti.
J’adorais enseigner aux ados mais en parallèle j’étais attirée par le monde de l’enfance, j’ai alors combiné l’enseignement à Saint-Luc avec celui d’animatrice d’atelier au Wolf (Maison de la littérature de jeunesse).
Là j’étais baignée dans les livres jeunesse et mon envie de raconter des histoires n’a fait que croître…

Vous venez de sortir Mon bison chez MeMo, parlez-nous de cet album, comment il est né, comment vous avez travaillé sur ce projet.
C’est dans le Gers, lors d’un « Festival de l’illustration » à Sarrant que tout a commencé.
Je m’étais inscrite à l’atelier de Joanna Concejo, dont j’admirais le travail.
Elle nous a parlé de sa façon d’aborder la réalisation d’un livre et nous a montré ses carnets de recherches.
Ce fut un très beau moment de partage. De ce stage, je garde cette sensation : elle a mis une clef dans mon dos, tourné et tout débloqué.
Je suis rentrée à la maison et j’ai repensé à cette façon de ne pas aborder spécialement le texte en premier (ce qui me bloquait depuis tant d’années). On m’avait appris à d’abord réfléchir à la mise en page, la place du texte…
Et ici pour Mon bison, j’ai juste dessiné ce que j’avais depuis longtemps en moi…
L’image d’un bison, peut être dû à mes origines slaves. 🙂
J’ai choisi le fusain, une technique que j’affectionne particulièrement.
Pendant des semaines, j’ai dessiné, dessiné mon bison, les visions que j’avais avec lui, les sensations d’enfant, les souvenirs…
Et puis j’ai mis tout bout à bout et lors d’une discussion avec mon compagnon, toute l’histoire m’est apparue. Je parlais effectivement de la mort mais pour moi cela allait plus loin. C’était plus ce sentiment de devoir laisser partir les petites choses qui nous font grandir.
Accepter les changements, et se souvenir de ce que cela nous a apporté.
J’ai ensuite écrit l’histoire, à la première personne car mon bison est là depuis longtemps, j’aime à penser que c’est celui qui veille sur les bons moments qui ne sont pas encore arrivés.

Pour un premier album, il a eu un bel accueil de la part de la presse et des libraires.
On est toujours très heureux quand quelque chose de personnel touche les autres.
Ce qui me touche moi c’est la manière dont les gens s’approprient l’histoire, ils me racontent ce que ça leur fait. Ça me touche énormément : quand une dame m’a dit qu’elle l’avait offert à sa maman pour lui dire qu’elle l’aimait, quand une petite fille me dit : il a l’air doux le bison, quand j’ai vu une personne très sérieuse avoir les larmes aux yeux à la fin de la lecture…
J’ai vraiment eu une belle rencontre avec MeMo, ils ont pris mon album « tout entier » sans jamais me demander de donner un nom à mon bison. Trouver un éditeur n’est pas facile, j’avais envoyé Mon bison à 19 maisons d’édition. Il faut croire en ses rêves. 🙂

J’aimerais que vous nous parliez de votre technique d’illustration
Il y a du fusain, je l’emploie de manières différentes, j’étale et je dessine les lumières avec la gomme, je redéfinis les contours avec la pointe du fusain, j’effleure juste le papier avec la tranche du fusain… pour finir, je rehausse les blancs avec un « posca » blanc.
Et pour ce qui est de la couleur, c’est de l’aquarelle.

Est-ce que vous imaginez illustrer les mots des autres ou vous ne souhaitez faire que des projets en tant qu’autrice-illustratrice ?
Pour l’instant MeMo me permet de partager tout mon univers, illustration et histoires ce qui est une grande chance dans la création. Mais les belles rencontres peuvent amener à partager des univers, alors peut être un jour…

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Richard Scarry, j’adore son monde et je relis ses albums avec plaisir à mes deux petits garçons. Béatrix Potter, les livres magiques de J.S Goodall, Tove Jansson avec les adorables Moumines, et un de mes livres préférés La famille petitplats de Alan et Janet Ahlberg.
Adolescente je ne lisais pratiquement pas. Juste les livres obligatoires pour l’école. Mais un jour ma marraine m’a offert Mon bel oranger de José Mauro de Vasconcelos. J’ai terminé le livre en pleurs, cela m’a fort marqué.

Quels sont les auteur·trice·s et les illustrateur·trice·s dont le travail vous touche particulièrement aujourd’hui ?
Joanna Concejo tout son travail au crayon est superbe et ses atmosphères me parlent, Anne Brouillard (elle possède une magnifique technique), Axel Scheffler, Inga Moore (Le vent dans les Saules et La maison au fond des bois sont deux de mes livres fétiches), les livres de Chiaki et Ko Okada (je prends souvent le temps de me replonger dans C’est toi le printemps ?), Shaun Tan j’adore autant ses dessins que ses histoires remplies de poésie. Et puis je suis une grande fan de pop-up… donc les livres de Louis Rigaud et Anouck Boisrobert sont à portée de main dans la bibliothèque.

Quelques mots sur vos projets ? D’autres albums à sortir ?
Ma rencontre avec MeMo, m’a apporté beaucoup de confiance dans l’écriture de mes histoires. On a beaucoup d’échanges sur mon univers, leurs envies de livres avec mes histoires… Et un autre livre sortira en 2019. Technique différente, plus coloré.
L’histoire est toujours personnelle mais il y aura de l’aventure… et de la neige !

Bibliographie :

  • Mon bison, texte et illustrations, MeMo (2018), que nous avons chroniqué ici.


Ma question est peut-être bête, mais…

Régulièrement, on osera poser une question qui peut sembler un peu bête (mais l’est-elle vraiment ?) à des auteur·trice·s, illustrateur·trice·s, éditeur·trice·s… Histoire de répondre à des questions que tout le monde se pose ou de tordre le cou à des idées reçues. Cette fois-ci, j’ai demandé à Régis Lejonc et Julia Wauters « Est-ce qu’il faut avoir lu un roman pour faire la couv’ et comment on choisit ce qu’on mettra sur la couv’ ?». Je vous propose de lire leurs réponses. Si vous avez des questions bêtes, n’hésitez pas à nous les proposer !

Régis Lejonc (illustrateur):
Pour illustrer la couverture d’un roman, il n’est pas obligatoire de lire le roman. C’est toujours mieux bien sûr parce qu’en le faisant on se fabrique des images qui serviront la représentation graphique des personnages et de l’ambiance générale de l’histoire.
J’ai illustré récemment les couvertures de deux romans : Les larmes des Avalombres d’Alexandre Chardin aux éditions Magnard, et la ré-édition de la trilogie rassemblée sous le titre Malo de Lange de Marie-Aude Murail aux éditions École des Loisirs.
Pour Les larmes des Avalombres j’ai lu intégralement le roman en amont des réalisations des illustrations. L’intérieur du livre est également illustré. Cela m’a permis de me plonger en profondeur dans l’ambiance très particulière de ce récit fantastique. C’était absolument obligatoire de faire ainsi.
Pour Malo de Lange, j’ai parlé avec Marie-Aude Murail de la vision qu’elle avait des personnages, comment elle se les figurait afin d’approcher au plus près de sa vision à elle, plutôt que de mon interprétation. Lire l’ensemble n’était pas nécessaire dans ce cas particulier.
Dans les deux cas, ce qui importe le plus est d’être au plus proche des intentions de l’auteur du roman.
C’est totalement différent de l’album où la vision, l’interprétation de l’illustrateur sont souhaitées. L’image y prenant une plus grande place aussi sur l’ensemble narratif.

Julia Wauters (illustratrice):
Si vous m’aviez posé cette question il y a dix ans, j’aurais affirmé sans l’ombre d’une hésitation : « évidemment qu’il faut avoir lu le livre pour en faire la couverture ! »
Mais après quelques années passées à en faire, force est de constater que délais oblige, ça n’est pas toujours ce qui se passe réellement : traduction pas encore prête, texte encore en correction, ou juste transmis trop peu de temps avant de devoir rendre la première esquisse pour les représentants.
Quand le texte est très court bien sûr, pour des premiers romans, je le lis toujours.
Et quand je l’ai, même si le texte est long et que la lecture sur ordi n’est pas la plus agréable, je lis souvent au moins une bonne partie… mais je l’avoue, c’est plus parce que lire est une de mes activités favorites que parce que c’est absolument nécessaire.
C’est toujours génial de « lire » pour son travail, surtout un texte auquel très peu de personnes ont eu accès puisqu’il n’est pas encore publié : je ne me lasse pas de ce privilège… et puis comme on a rarement d’échange avec l’auteur ou l’autrice du texte, je trouve que prendre contact avec ses mots est un devoir minimum.

Mais en vérité, je crois qu’une fiche de lecture intelligente faite par un bon éditeur·trice est parfois bien suffisante :
Pour faire une couverture, il nous faut les bons ingrédients : le genre, le contexte, des mots clefs sur le fond et la forme (ambiances, objets, accessoires importants, paysage emblématique)… Et puis un titre définitif avec lequel on va jouer visuellement. Nul besoin de répéter ce que dit le titre mais on va chercher à le compléter ou au contraire brouiller les pistes, à le rendre plus ambigu.
Il m’est arrivé une seule fois de travailler sur une couverture qui a complètement changé de titre en cours de route : le dessin est reparti à zéro aussi, forcément.
Je travaille pour des collections ou des séries : il y a donc aussi, préexistant au texte un principe visuel :
Pour les Héroïques chez Talents hauts, la directrice de collection (Jessie Magana) me fait parvenir une fiche détaillée avec résumé, extraits, citations, pistes visuelles, c’est toujours très bien fait, on y sent l’amour du texte, le respect de son auteur·trice. Cette série de couvertures que je réalise (avec Marie Rébulard à la direction artistique) est volontairement à la limite de l’abstraction. Il s’agit plus d’ambiances colorées, de matières qui évoquent un paysage, un contexte et si l’on peut une tension dramatique : un bout de tissu rouge coincé dans les rames du tram, une mer agitée, l’ombre d’un aigle sur un sol rocailleux…
Pour les mini romans de Syros, première commande (il y a 10 ans !) que je poursuis toujours, il n’y a jamais de décor : que des personnages. L’attention sera surtout sur leurs expressions, la position du corps et un élément qui va suggérer le contexte. Avec en 4e toujours, un petit détail compréhensible seulement à la lecture du livre.
Pour la série des cousins Karlsson, chez Thierry Magnier, une des contraintes est de représenter les quatre cousins à chaque fois en couverture ce qui peut être un casse-tête dans un petit format comme celui-là. On est plus ici dans l’illustration d’une scène extraite du livre et ça n’est pas forcément ce que je préfère mais cela se comprend pour cette série qui tient vraiment sur l’identification à ces quatre personnages aux personnalités très différentes.
Ce qui m’amuse le plus en fait, c’est lorsque la composition se fait graphique, que titre et dessin ne font plus qu’un, que typographie et dessins sont entremêlés et que la couverture soit riche de signes mais mystérieuse. Voire qu’on puisse la regarder d’un nouvel œil après la lecture du roman, comme si désormais on avait la clef pour la comprendre entièrement. Mais avant cela, il faut attirer l’œil sur une table de librairie, donner envie d’ouvrir le livre ! Comme pour l’affiche d’un évènement, on a envie de rassembler le plus de personnes.
Pour moi, les couvertures de l’éditeur anglais Penguin sont un modèle en la matière (et ce, depuis longtemps), elles ont la force des bonnes affiches.
En France, les éditions Toussaint Louverture, le Tripode et le Nouvel Attila portent une attention particulière à l’objet livre aussi : toujours des couvertures intéressantes, très différentes à chaque fois mais reconnaissables à leur exigence graphique. Le travail des éditions Zulma aussi, avec ses couvertures en motifs (dessinées par David Pearson à chaque fois) me séduit depuis le début, c’est à la fois pointu et intemporel, évocateur et mystérieux.
Et la jeunesse n’est pas en reste : Les éditions Hélium livrent souvent des couvertures hyper fortes : j’adore celle d’Olivier Charpentier pour Bird (Crystal Chan) ou celle de Gérard Lo Monaco pour Une tribu dans la nuit (Glenda Millard) pour ne citer qu’eux. Toute les couvertures de la collection En voiture Simone chez Thierry Magnier avec ses couleurs vives et ses illustrations fourmillantes sont réussies, la nouvelle collection Grande polynie chez memo est une merveille (mention spéciale pour Milly Vodovic de Nastasia Rugani illustré par Jeanne Macaigne)… et beaucoup d’autres qu’il serait trop long de citer.
Il m’est arrivé d’acheter un livre pour sa couverture, sans avoir entendu parler ni du texte ni de l’auteur·trice. C’est à mon sens le signe ultime d’une couverture réussie !

Bibliographie sélective de Régis Lejonc :

  • Oddvin, le prince qui vivait dans deux mondes, illustration d’un texte de Franck Prévot, HongFei (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Le Jardin du Dedans-Dehors, illustration d’un texte de Chiara Mezzalana, Les éditions des éléphants (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Tu seras ma princesse, illustration d’un texte de Marcus Malte, Sarbacane (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Bagdan et la louve aux yeux d’or, illustration d’un texte de Ghislaine Roman, Seuil jeunesse (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Kodhja, avec Thomas Scotto, Thierry Magnier (2015).
  • L’Ogre Babborco, illustration d’un texte de Muriel Bloch, Didier Jeunesse (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Ianos et le dragon d’étoiles, illustration d’un texte de Jean-Jacques Fdida, Didier Jeunesse (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • La poupée de Ting-Ting, illustration d’un texte de Ghislaine Roman, Seuil jeunesse (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • La mer et lui, illustration d’un texte d’Henri Meunier, Notari (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Loup ?, collectif, Association Mange-Livre (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Lumières, l’encyclopédie revisitée, collectif, L’édune (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • La rue qui ne se traverse pas, illustration d’un texte d’Henri Meunier, Notari (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Obstinément Chocolat, illustration d’un texte d’Olivier Ka, L’édune (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • Le Petit Chaperon rouge ou La Petite Fille aux habits de fer-blanc, illustration d’un texte de Jean-Jacques Fdida, Didier Jeunesse (2010), que nous avons chroniqué ici.
  • La boîte à joujoux, illustration d’un texte de Rascal, Didier Jeunesse (2005), que nous avons chroniqué ici.
  • Fait pour ça, texte illustré par David Merveille, Actes Sud Junior (2004), que nous avons chroniqué ici.
  • Ma voisine est amoureuse, texte et illustrations, Actes Sud Junior (2003), que nous avons chroniqué ici.

Bibliographie sélective de Julia Wauters :

  • Le garçon rose malabar, illustration d’un texte de Claudine Aubrun, Syros (2018).
  • La légende de saint Nicolas, illustration d’un texte de Robert Giraud, Père Castor (2017).
  • Au fond des bois, illustration d’un texte d’Anne Cortey, Sarbacane (2017).
  • Un ours, des ours, collectif, Sarbacane (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Quand la sagesse vint aux ânes : Fables, illustration d’un texte de Pierre Ruaud, Amaterra (2015).
  • Poésies dans l’air et dans l’eau, illustration d’un texte de Kochka, Père Castor (2015).
  • Meslama la sorcière, illustration d’un texte de Jennifer Dalrymple, Cambourakis (2015).
  • Fanfare, illustration d’un texte d’Anne Cortey, Sarbacane (2014).
  • Lumières, l’encyclopédie revisitée, collectif, L’édune (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • La légende de Saint-Nicolas, illustration d’un texte de Robert Giraud, Père Castor (2012).
  • Rhino a un truc qui lui gratte le dos, illustration d’un texte de Karine-Marie Amiot, Albin michel (2011).
  • Les fous du platane : Et autres histoires à en perdre la tête, illustration d’un texte de Jean Louis Maunoury, Sarbacane (2011).
  • Petit Chat découvre le monde, illustration d’un texte de Claire Ubac, Benjamin média (2010), que nous avons chroniqué ici.
  • Matakonda la Terrible, illustration d’un texte d’Anne Vantal, Actes Sud junior (2009).
  • Ma grande sœur m’a dit, illustration d’un texte de Gilberte Niamh Bourget, Hélium (2009), que nous avons chroniqué ici.
  • Vents dominants, scénario illustré par Glen Chapron, Sarbacane (2009).

Le site de Julia Wauters : http://juliawauters.tumblr.com.

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Les invité·e·s du mercredi : Sébastien Mourrain et Claire Garralon

Par 7 novembre 2018 Les invités du mercredi

Aujourd’hui, je vous propose d’en savoir plus sur l’illustrateur Sébastien Mourrain puis de vous glisser dans l’atelier de l’autrice-illustratrice Claire Garralon. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Sébastien Mourrain

Parlez-nous de votre parcours
Je suis sorti de l’école Émile Cohl en 2000, j’ai commencé tout de suite à illustrer des contes pour Actes Sud junior. Puis j’ai intégré une agence et travaillé pour la presse pendant deux ans. Tout en continuant à illustrer pour l’édition Jeunesse.
Actuellement, je travaille principalement pour l’édition mais je fais aussi partie de l’agence Patricia Lucas. Je travaille depuis 14 ans dans l’atelier Le bocal à Lyon.

J’aimerais que vous nous parliez du magnifique Be Happy ! qui vient de sortir chez Didier Jeunesse. Comment avez-vous travaillé sur ce livre, vous avez fait des recherches, revu les comédies musicales dont il est question ?
Pour Be Happy, je connaissais déjà certaines comédies musicales mais j’ai dû aussi faire des recherches. Je me suis imprégné des ambiances et des époques. Comme ce sont une succession de tableaux, la difficulté était d’établir un lien entre eux.
L’univers graphique du Magicien d’Oz étant très éloigné de West Side Story par exemple, j’ai eu l’idée d’insérer la narratrice (en l’occurrence Susie Morgenstern) dans les illustrations. Un peu à l’image de La rose pourpre du Caire, elle rentre dans l’écran de cinéma.
Ainsi, c’est elle qui fait le lien avec toutes les comédies musicales.

Quelques mots également sur Top Car qui vient de sortir aux éditions des éléphants ?
Top car est une histoire pour les éternels insatisfaits. Il nous parle de la société de consommation et de nos désirs d’achats compulsifs.
Quand j’ai lu l’histoire de Davide Cali, le personnage de Tati m’est venu à l’esprit. Je pense que pour Davide aussi car il se prénomme « Jacques ». On retrouve un peu ce côté désabusé face à la société et l’idée de rentrer dans le rang à tout prix.
Le dos du livre finit sur une note d’espoir.

Comment choisissez-vous vos projets ?
Ça dépend. Certaines histoires me parlent, d’autres moins. J’ai la chance de pouvoir choisir celles qui me plaisent le plus. Je travaille aussi avec des auteurs formidables. Je sais à quel point c’est compliqué d’écrire car je n’y arrive pas moi-même.
Mais si je n’aime pas un texte, ce n’est même pas la peine que j’essaye de l’illustrer. Sinon tous les thèmes sont bons à illustrer tant que le texte est bon.
On va pouvoir lire et relire un album si l’histoire est bonne même si les illustrations nous plaisent pas. L’inverse est rare. Il faut servir le texte.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescent ?
Enfant, j’ai peu de souvenirs de lecture d’album. Mais mon grand-père avait une énorme collection de BD. Donc je dirais tous les Tintin.
Ado, j’ai adoré lire Marcel Aymé, Edgar Poe, Maupassant, Barjavel…

Sur quel nouveau projet travaillez-vous actuellement ?
Actuellement, je travaille sur plusieurs projets. Je travaille sur les péripéties d’un dauphin avec Michaël Escoffier chez Gallimard Jeunesse, sur l’enfance de Bigoudi avec Delphine Perret chez Les Fourmis Rouges, une histoire cauchemardesque de Julien Baer Chez Hélium et l’histoire d’un petit rebelle de Guillaume Guéraud chez De la Martinière jeunesse.
Tout un programme…

Bibliographie sélective :

  • Be Happy ! Mes plus belles comédies musicales, illustration d’un texte de Susie Morgenstern, Didier Jeunesse (2018).
  • Top Car, illustration d’un texte de Davide Cali, Les éditions des éléphants (2018).
  • Tuk-Tuk express, illustration d’un texte de Didier Lévy, ABC Melody (2018).
  • J’ai perdu ma langue, illustration d’un texte de Michaël Escoffier, Seuil Jeunesse (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Bronto Megalo Saure, illustration d’un texte de Davide Cali, Sarbacane (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Chez moi, illustration d’un texte de Davide Cali, Actes Sud Junior (2016).
  • Santa Fruta, illustration d’un texte de Delphine Perret, Les fourmis rouges (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Mister Gershwin, les gratte-ciels de la musique, illustration d’un texte de Susie Morgensten, Didier Jeunesse (2016).
  • Chiens & Chats sous la loupe des scientifiques, illustration d’un texte d’Antonio Fischetti, Actes Sud Junior (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Bigoudi, illustration d’un texte de Delphine Perret, Les fourmis rouges (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Moustachat, illustration d’un texte de Géraldine Elschner, L’élan Vert (2014).
  • L’homme à la peau d’ours, illustration d’un texte d’Anne Jonas d’après les frères Grimm, Seuil Jeunesse (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Émile, le petit fifre, illustration d’un texte d’Anne de la Boulaye, Seuil Jeunesse (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • La fine mouche, illustration d’un texte de Jean Perrot, Seuil Jeunesse (2011).
  • Serial rapteur, illustration d’un texte de Claude Carré, Actes Sud Junior (2009).


Quand je crée… Claire Garralon

Le processus de création est quelque chose d’étrange pour les gens qui ne sont pas créateur·trice·s eux-mêmes. Comment viennent les idées ? Et est-ce que les auteur·trice·s peuvent écrire dans le métro ? Les illustrateur·trice·s, dessiner dans leur salon devant la télé ? Peut-on créer avec des enfants qui courent à côté ? Faut-il de la musique ou du silence complet ? Régulièrement, nous demandons à des auteur·trice·s et/ou illustrateur·trice·s que nous aimons de nous parler de comment et où ils·elles créent. Cette semaine, c’est Claire Garralon qui nous parle de quand elle crée.

Créer, quel verbe impressionnant. Alors regarder dans le dictionnaire Larousse sa définition exacte me rassure parce que j’y lis, entre autres : …Réaliser ou concevoir quelque chose… Et là, pas de soucis, je crée, sans aucun doute, des tas de choses même, des bricoles qui n’aboutissent pas, des collections de bouchons trophées animaliers, des bouteilles avec des poissons dedans, des papillons de papier épinglés dans des boîtes, des mots, des phrases ou débuts d’histoires, des images, grandes ou petites, ici ou là… Tout est soigneusement rangé, étiqueté pour que je m’y retrouve.
Je n’ai pas de « règle » de création ou de mise au travail.
Les idées viennent n’importe où. Leurs mises en place, leurs constructions, leurs assemblages se font dans l’atelier avec ou sans le chat.
J’aime le matin tôt mais je n’y arrive pas toujours, le soir, ce n’est pas la peine, je suis trop fatiguée.
J’ai besoin de silence et de solitude. Même si j’ai appris, avec plein d’enfants autour, à travailler dans des plages de temps limitées et des lieux pas toujours idéaux, étroits ou de passage. Maintenant, les enfants ont grandi, le temps a beaucoup moins de limites et le lieu est devenu bel atelier. La seule tolérance c’est Gatua, le chat. Je dis bien tolérance, parce que si elle veut se coller à moi comme elle le fait consciencieusement avec mes dessins, crayons ou clavier d’ordinateur lorsque j’écris, je lui propose gentiment d’aller ailleurs. Qu’elle soit dans la pièce me plaît plutôt, c’est une présence chaude et somnolente qui m’apaise.
J’ai un carnet à dessin et un carnet à écrit dans mon sac. J’alterne. Parfois même je me sers de l’un comme de l’autre, j’écris sur celui à dessin et inversement.
Des mots sans images et des images sans mots, ce n’est pas encore pour tout de suite…
Merci Gabriel

Claire Garralon est autrice et illustratrice.

Bibliographie sélective :

  • Poule bleue, texte et illustrations, MeMo (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Chat noir chat blanc, texte et illustrations, MeMo (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • La promenade des canards, texte et illustrations, MeMo (2017).
  • Les jours, les mois et les saisons, texte et illustrations, MeMo (2016).
  • C’est ma mare, texte et illustrations, MeMo (2016).
  • Drôles de tableaux, texte et illustrations, Seuil Jeunesse (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Ça, texte et illustrations, Philomèle (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • La vie en bleu, illustration d’un texte d’Alice Brière Haquet, Océan Édition (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Le chat et l’oiseau, illustration d’un texte d’Alice Brière Haquet, Thierry Magnier (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Rond rouge, texte et illustrations, Actes Sud Junior (2012).
  • Six souricettes découvrent les couleurs, , texte et illustrations, Circonflexe (2011).
  • Le petit triangle, illustration d’un texte en Coréen, Yéowon Média (2011)
  • La graine et l’oiseau, illustration d’un texte d’Alice Brière Haquet, Grandir (2011).
  • Jamais seul, illustration d’un texte de Didier Poitrenaud, Kilowatt (2011).

Retrouvez Claire Garralon sur son site : http://clairegarralon.fr.

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Les invité·e·s du mercredi : Marion Achard et Malika Ferdjoukh

Par 31 octobre 2018 Les invités du mercredi

Cette semaine, je vous propose une interview de Marion Achard qui est certainement mon plus gros coup de cœur littéraire de l’année, avec elle on revient sur ses livres, son parcours, son écriture. Puis nous partons en vacances avec une autrice que nous aimons particulièrement dans l’équipe (mais on est loin d’être les seul·e·s !), Malika Ferdjoukh, une rubrique réalisée dans le cadre d’un Blog Tour organisé par L’école des loisirs, pour la sortie du second tome de Broadway Limited.


L’interview du mercredi : Marion Achard

Tout d’abord j’aimerais vous dire que vous êtes l’un de mes plus gros coups de cœur littéraires de l’année, je n’avais jamais lu vos ouvrages et j’ai tellement aimé le premier que j’ai lu que j’ai enchaîné sur les autres. Une des choses qui m’a particulièrement plue, surtout dans les histoires de Taloula (Échange caravane pourrie contre parents compétents, Je veux un chat et des parents normaux et Comment j’ai survécu à la sixième) et dans Trop de chefs, pas assez d’Indiens c’est votre écriture qui fonctionne extrêmement bien à l’oral, on prend énormément de plaisir à lire vos textes à voix haute. Je me demandais si c’était voulu.
Merci pour vos retours sur mes livres. Ça fait vraiment plaisir !
Je ne lis jamais mes livres à voix haute. Je sais que certains auteurs ont cette habitude mais ce n’est pas mon cas. En revanche je cisèle et je retravaille énormément mes textes. Quand je relis mes lignes (dans ma tête), je guette la moindre hésitation ou le moindre accrochage et je le reprends. Je m’attache vraiment au rythme. Un peu comme les spectacles où il faut garder l’attention du public en rythmant les séquences et en enlevant tout ce qui est superflu.
C’est peut-être ce travail-là qui donne du confort à la lecture à voix haute.

En parlant de spectacle, vous êtes aussi artiste de cirque, domaine très présent dans vos livres (je pense aux parents de Taloula, mais aussi à la compagnie croisée par les héros de Tout seuls), pouvez-vous nous parler de cette autre facette de votre vie et de l’influence que ça a sur votre écriture ?
J’ai écrit mon premier roman quand j’avais 8 ans. C’était l’histoire d’une petite fille abandonnée qui grandissait dans un cirque.
Mes deux métiers sont tous les deux intimement liés à mon enfance. Je voulais écrire des romans et faire du cirque. Avec beaucoup de ténacité et d’obstination j’ai réussi à faire les deux. Ayant toujours eu ces deux métiers en ligne de mire, je n’ai jamais hésité. C’était ça ou rien. Ce qui ne veut pas dire que c’était facile.
Je fais des spectacles de cirque professionnellement depuis 18 ans. Les tournées, les voyages, les rencontres nourrissent beaucoup mes histoires. Elles s’inspirent de ce que je vois, des rencontres, du mouvement.
En revanche je n’ai encore jamais fait le chemin inverse : nous n’écrivons pas nos spectacles, le scénario n’est pas prévu. Nous travaillons dans une forme de composition directement sur le plateau.
J’aimerai bien réussir à inverser les choses : que mes compétences d’écritures me servent sur scène. Je ne sais pas encore comment.

On a parlé de vos romans où l’humour prime, mais vous avez aussi des romans bien plus sombres, je pense au magnifique Des petits trous dans les doigts qui aborde la maladie d’un enfant, Le peuple du chemin sur l’assassinat d’un peuple d’Amérique du Sud (et l’asservissement d’enfants) ou encore Tout seuls (où deux enfants fuient après un accident dans lequel leur père semble avoir perdu la vie). Ces romans sont tellement différents que j’ai cru tout d’abord à une homonyme ! Est-ce que le processus d’écriture change pour ces romans-là ?
Je crois qu’avant tout, ces différents livres parlent de l’enfance. De l’enfance meurtrie. Des enfants qui subissent.
Parce qu’après tout, même dans Trop de chefs, pas assez d’Indiens, et même si le ton semble léger, le fond est assez grave.
Quant au processus d’écriture, c’est sûr qu’il est plus léger pour moi d’écrire un roman avec le personnage truculent de Taloula que de parler du massacre d’une tribu au fond de la jungle.
En écrivant Le peuple du chemin j’étais certaine qu’aucun éditeur ne voudrait d’un texte aussi dramatique et qu’aucun parent ne le mettrait entre les mains de son enfant.
Mais j’ai continué car je voulais et j’avais besoin de parler de cela. Ça n’a pas été simple car comme pour tous les livres j’ai essayé de me placer à hauteur de l’enfant que j’étais en me demandant comment j’aurai réagi si… Et pour Le peuple j’avais en plus au fond de moi un sentiment d’illégitimité à écrire sur une société dont on ne sait rien. C’était donc un exercice compliqué.
Au final c’est le livre qui a eu le plus de sélection (près d’une quinzaine).
Moi qui pensais que personne n’en voudrait…
Avant tout j’essaie d’écrire ce qui me tient à cœur, une idée sur laquelle je suis capable de me pencher et de me questionner pendant plusieurs mois (je suis assez lente). Et plus j’avance plus j’aime travailler sur l’émotion que le texte va susciter.

Dans vos romans les adultes sont souvent des personnages peu exemplaires. Parfois c’est anecdotique comme la mère de Taloula qui l’incite à laisser sa copine tricher sur elle, parfois plus dur comme la mère qui a abandonné ses enfants dans Tout seuls.
Mais pour la mère de Taloula je pense réellement qu’il faut laisser les copines tricher !
J’étais très mauvaise élève à l’école, dès le CM1 et jusqu’à mon bac que j’ai arraché avec 2 années de retard. J’avais des rapports très compliqués avec les enseignants (ou pour inverser les choses, les enseignants avaient des rapports compliqués avec moi). J’avais des idées atypiques, en marge, et mon histoire familiale était également complexe.
J’ai donc grandi avec une image sans concession des adultes. C’est probablement cela qui transparait au fil des textes. Comme Lally le dit, les adultes sont « potentiellement défaillants ».
Qu’arrive-t-il alors à l’enfant qui est là ?
Ce sont toutes ces histoires d’enfants confrontés à une défaillance qui m’intéressent. Comment réagit-il et comment cela le fait grandir ?
Je crois que j’ai atteint le pire de cette enfance brisée avec Tamba l’enfant soldat une BD qui est sortie chez Delcourt et dont j’ai écrit le scénario. Une histoire d’enfants à la merci d’hommes qui ont le pouvoir de disposer d’eux.
Alors oui, les adultes dans mes textes sont des personnages peu exemplaires… Ça fait grandir mes personnages enfants…

Oui, mais il y a aussi des adultes vers qui se réfugier comme Aldo (Trop de chefs pas assez d’Indiens) ou Opap (Tout seuls), mais c’est drôle de constater que l’un est trop jeune pour être parent (ou professeur) et l’autre trop vieux…
Durant mon adolescence, dans les grands moments où comme beaucoup de jeunes j’ai remis en question mon éducation, les valeurs familiales, l’école, la société… j’ai fait de belles rencontres. J’ai découvert que l’autre n’était plus forcément celui que la famille présentait, mais celui qu’on choisissait.
Ces rencontres adolescentes nourrissent une vie. Beaucoup d’adultes parlent encore de ceux qui leur ont montré un chemin, donné confiance, cru en eux, ouvert à d’autres réflexions…
Et justement les gens que l’on croise ne ressemblent pas à des parents. Ils sont plus jeunes, plus vieux, plus sages ou plus farfelus….

Que lisiez-vous enfant, adolescente ?
J’ai eu des gros coups de cœur pour Mon bel oranger, Sans famille. Puis plus tard Les enfants Tillerman. J’ai lu ces livres au moins 5 fois chacun.
En classe de cinquième j’allais à la bibliothèque avec une copine et nous empruntions des livres pour faire des « cures de lecture ». L’objectif était de lire toute la nuit en notant l’heure de début, de fin du livre et le nombre de pages avalées pendant la nuit. J’adorais particulièrement les livres qui parlaient des Indiens d’Amérique, les récits d’aventures et les questionnements sociaux ou familiaux à hauteur d’enfants ou d’ados…

Sur quoi travaillez-vous en ce moment ? Et ma fille m’en voudrait de ne pas vous poser la question… reverrons-nous Taloula ?
Humm… alors Taloula pour votre fille : le problème que je rencontre est assez bête mais je crois bien qu’Actes Sud arrête sa collection de « roman junior » où Taloula avait trouvé une place…. Ils poursuivent toutefois les anciens titres mais ne vont pas faire de nouvelles publications…. (je ne sais pas si tout ça est très officiel).
Donc a priori… Plus de Taloula.
Sur quoi je travaille ? Actuellement sur un gros projet de scénario BD avec Delcourt. L’idée est de raconter l’histoire d’un collectif d’artiste qui essaie de créer un spectacle de cirque et qui patauge. Je pense que ça va me prendre une bonne partie de l’année. Le travail a commencé mais j’ai 150 pages à gérer et c’est un vrai casse-tête même si je connais bien mon sujet. J’ai tendance à toujours croire que les choses vont se faire rapidement mais la création… C’est long !
Le projet suivant sera un sujet sur les petites filles contorsionnistes mongoles, mais je ne sais pas encore sous quelle forme…

Une toute dernière question, il faut vraiment se méfier du Manuel des Castor Junior ?
Ah les Castor Junior… ! Les manuels étaient superbes, ils parlaient des étoiles, des arbres, des insectes, de comment allumer un feu, des nœuds de marin, des codes secrets… de quoi bien s’évader pour un enfant qui s’ennuie ! Mais bon… pour le code morse… y’a pas à tergiverser : ils n’étaient pas compétents !

Bibliographie :

  • Tamba, l’enfant soldat, BD, scénario, dessins de Yann Dégruel, Delcourt (2018).
  • Trop de chefs, pas assez d’Indiens, roman, Actes Sud Junior (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Le peuple du chemin, roman, Talents Hauts (2017).
  • Comment j’ai survécu à la sixième, roman, Actes Sud Junior (2016).
  • Échange caravane pourrie contre parents compétents, roman, Actes Sud Junior (2014).
  • Je veux un chat et des parents normaux, roman, Actes Sud Junior (2014).
  • Des petits trous au bout des doigts, roman, Actes Sud Junior (2014).
  • Pourquoi je suis devenu une fille, roman, Actes Sud Junior (2013).
  • Tout seuls, roman, Actes Sud Junior (2012).


En vacances avec… Malika Ferdjoukh

Régulièrement, nous partons en vacances avec un·e artiste. Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais moi j’adore partir comme ça avec quelqu’un, on apprend à la·le connaître notamment par rapport à ses goûts… cet·te artiste va donc profiter de ce voyage pour nous faire découvrir des choses. On emporte ce qu’elle·il veut me faire découvrir. On ne se charge pas trop… Des livres, de la musique, des films… sur la route on parlera aussi de 5 artistes qu’il·elle veut me présenter et c’est elle·lui qui choisit où l’on va… 5 destinations de son choix. Cette fois-ci, c’est avec Malika Ferdjoukh que nous partons ! Allez, en route !

5 Albums

  • L’Angleterre est une fête de Philippe Dumas
  • Le Singe à Buffon de Gilles Bachelet
  • Paris sous l’eau de Fabian Grégoire
  • Ma voisine est amoureuse de Régis Lejonc
  • Portraits devinettes d’auteurs illustres d’Anne Trotereau et Philippe Dumas

5 BD

  • Steve Canyon de Milton Caniff
  • Fatale de Cabanes et Manchette
  • Tamara Drewe de Posy Simmonds
  • Emma G. Wildford de Édith et Zidrou
  • La Folie de Ziegfeld de Goldman

5 DVD

  • Chaque soir à neuf heures de Jack Clayton ex aequo avec Boom de Joseph Losey
  • City Girl de Friedrich Wilhelm Murnau
  • The War Lord de Franklin F. Schaffner
  • Zoo in Budapest de Rowland V.Lee
  • Entre le ciel et l’enfer d’Akira Kurosawa ex aequo avec Goût du saké de Yasujiro Ozu

5 romans

  • Dark Place de Mildred Davis
  • Le comte de Monte Cristo d’Alexandre Dumas et Auguste Maquet
  • Seul dans Berlin de Hans Fallada
  • Le Bal d’Irène Nemirovski
  • Au pied du mur d’Elizabeth Sanxay Holding ex aequo avec Nous avons toujours vécu au château de Shirley Jackson

5 CD

  • Ella Fitzgerald , The Jerome Kern songbook
  • Nashville Skyline, Bob Dylan
  • Joe’s garage, Frank Zappa
  • Winter Romance, Dean Martin
  • High Society, Cole Porter

5 artistes

  • Gorge Barbier ex aequo avec Maxwell Parrish
  • John Singer Sargent.
  • Carl Erickson alias Éric, ex aequo avec René Gruau
  • Winsor Mc Kay ex aequo avec Joseph C. Leyendecker
  • Ronald Searle

5 endroits

  • La Punta Tregara et la Grotta azzurra, à Capri
  • Le Stromboli, au sommet, et depuis le large, la nuit
  • La rue Jules-Siegfried, Porte de Bagnolet, à Paris
  • Tudor City à Manhattan
  • Le cimetière aux pirates dans l’île de Desroches aux Seychelles

Malika Ferdjoukh est autrice.

Bibliographie sélective :

  • Série Broadway Limited, romans, L’école des loisirs (2015-2018).
  • La bobine d’Alfred, BD, scénario, dessins de Nicolas Pitz, Rue de Sèvres (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Série Quatre sœurs, BD, scénario, dessins de Cati Baur, Delcourt puis Rue de Sèvres (2010-2017) que nous avons chroniqué ici, et ici.
  • Série Le club de la pluie, romans, L’école des loisirs (2014-2016), que nous avons chroniqué ici.
  • La bobine d’Alfred, roman, L’école des loisirs (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Les quatre sœurs, 4 saisons, BD, scénario, dessins de Lucie Durbiano, BD Kid (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • L’assassin de papa, roman, Syros (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Aggie change de vie, roman, L’école des loisirs (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • Chaque soir à 11 heures, roman, Flammarion jeunesse (2011).
  • Série Quatre sœurs, romans, L’école des loisirs (2003-2004).
  • Sombres citrouilles, roman, L’école des loisirs (1999), que nous avons chroniqué ici.

Ce En vacances avec a été réalisé dans le cadre du super blog tour organisé par L’école des loisirs. Rendez-vous chez Les lectures de Marinette, Chez Clarabel, Deedr, Bob & Jean-Michel, Whoopsy Daisy, Un petit bout de Bib(liothèque) et rendez-vous demain chez Les mots de la fin et vendredi chez Ginger Force.

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Les invité·e·s du mercredi : Dominique Souton, Elsa Valentin, Fabienne Cinquin et Olivier Belhomme

Par 24 octobre 2018 Les invités du mercredi

Aujourd’hui on rencontre LA spécialiste des bolosses en France, j’ai nommé Dominique Souton, autrice formidable qui vient de publier Mon chien parle bolosse qui nous parle de son parcours, des Hauts de Hurlevent, de Judd Apatow et de son processus créatif. Et puis dans un second temps on revient avec Elsa Valentin et Fabienne Cinquin sur le formidable Zette et Zotte à l’usine, une histoire engagée et féministe… Bon mercredi !


L’interview du mercredi : Dominique Souton

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
J’ai écrit un premier roman, Jean-Marc Roberts, éditeur enthousiaste et séduisant, voulait le publier au Seuil, mais le président-directeur de l’époque a mis son véto, décrétant que ce n’était pas un roman. J’ai alors écrit un texte jeunesse que Jean-Marc Roberts m’a conseillé d’envoyer à Geneviève Brisac qui l’a publié à l’École des loisirs. Tout le monde ne peut pas être clochard. Un peu plus tard, mon premier roman « adulte » a été publié par Olivier Cohen aux éditions de L’Olivier. J’ai continué à publier par la suite chez ces deux éditeurs, avec des joies et des frustrations. J’écris depuis quelques années exclusivement des romans jeunesse, toujours à l’École des loisirs, avec Véronique Haïtse.

Parlez-nous de votre processus d’écriture : comment naissent vos histoires ?
Mes débuts d’auteur, en jeunesse comme en adulte, relèvent en quelque sorte de la méthode sociologique de l’observation participante (je plaisante, mais pas tant que ça). J’ai toujours pris des notes, une tonne de notes : mes enfants, leurs jeux, leur conversation, le square, l’école… Un thème finissait par se dégager, et je commençais à écrire. Des romans dans lesquels on retrouvait mes filles, ou deux filles qui leur ressemblaient beaucoup : Hélène et Azalaïs, mais aussi des amis, des mamans, une maîtresse, un docteur, tous impliqués dans les aventures du quotidien. Façon Petit Nicolas, si je cherche une référence.
Aujourd’hui, je me suis américanisée (je plaisante, mais pas tant que ça). Je travaille depuis quelques années à des scénarios, je suis du coup dans mes romans plus attentive à l’histoire et à ses rebondissements, à la trame dramatique. Je suis une grande fan de la comédie américaine indépendante, qu’il s’agisse des frères Farelly (L’Amour extra-large), de Judd Apatow (Freaks and Geeks, En cloque mode d’emploi), de David Gordon Green (Délire Express), de Paul Feig (Mes meilleures amies), ou de Greg Mottola (Supergrave). J’aime profondément la comédie, genre noble entre tous (sacrifier le beau pour le sens demande du courage !). Et je suis très sensible à l’humour, symptôme d’une faillite de soi ou du monde, suivi d’un rétablissement spectaculaire ou seulement salutaire. Les séries Ma meilleure amie et celle du Bolosse s’inspirent directement de cette comédie américaine là, de son réalisme, son sens de l’action, de la transgression, son humour un peu trash et sa célébration de l’amitié. Elles s’inscrivent même dans le sous-genre de la bromance ou brother romance (romance entre frères ou amis). Mes héros se déplacent toujours en bande, ils ont le sens du collectif et de l’amitié. Sartre disait avoir trouvé dans la littérature jeunesse un réservoir d’optimisme pour toute une vie. Je me sens en tant qu’auteur jeunesse une sorte de devoir à remplir ce réservoir.

Pouvez-vous nous parler de votre « série » les « Bolosses » ?
Ma vie de bolosse m’est venu après vision de Freaks and Geeks, qui tourne autour de l’éternelle opposition populaires/bolosses (qu’on appelle aussi les invisibles, sans-amis, les ringards, les boulets, quoi). Au collège, mais déjà à l’école primaire, il y a toujours quelqu’un ou quelques-uns pour en martyriser un autre ou des autres. Le collège est en cela un apprentissage d’une société de classes ou de castes, on y fait très tôt l’expérience des rapports dominants/dominés. Heureusement, le sens de l’amitié s’épanouit volontiers chez les opprimés. Et surtout on y développe un certain sens de l’humour. Ça sauve ! D’ailleurs il suffit d’une conjoncture favorable, une fête où débarque la police municipale, par exemple, pour pouvoir changer de statut.
Dans le second volume, Mon chien parle le bolosse, mon héros qui veut un chien hérite d’un chien-robot. C’est moche ! Sauf que le machin parle, il est doué de langage. Génial ! Sauf que lorsqu’il se met à parler, il dit des horreurs, et va jusqu’à traiter son maître de bolosse. Pour un ex-bolosse, c’est dur. On le comprend, le robot est programmé pour répéter ce qu’il entend autour de lui, il copie sur les collégiens. Une façon de traiter de la contagion du langage, sur internet et ailleurs, de cette propagation de la communautarisation, de l’injure, du rejet sur les réseaux sociaux, bref de la banalisation des haters. Le hater est celui par qui souffrent les bolosses d’aujourd’hui.

Quelles étaient vos lectures d’enfant et d’adolescente ? Qui étaient vos héros et vos héroïnes enfant ?
Enfants, mes héros étaient Anglo-saxons et orphelins : Fifi Brindacier (je portais moi-même des nattes et des taches de rousseur), Tom Sawyer et Huck Finn, les deux derniers merveilleusement réédités par les éditions Tristram. Adolescente, j’habitais la campagne et l’été je gardais les moutons de mon père, j’ai beaucoup beaucoup lu. Plus d’une dizaine de fois Les hauts de Hurlevent, pour ses héros Cathy et Heathcliff, sombres et rebelles, ou pour un décor proche du mien (il existe une très belle version de Jacques Rivette, tournée dans le paysage ardéchois). La chanson de Kate Bush est toujours dans ma playlist. Jane Eyre, aussi, gothique. Ah ! tout Voltaire et tout Corneille, lors de deux séjours linguistiques en Angleterre, parce que c’étaient les plus gros livres de la librairie et qu’ils devaient couvrir tout le séjour. Un accident. D’ailleurs la lecture à ces âges-là est souvent accidentelle. Ma mère, prof d’anglais, avait plein de romans américains : Richard Brautigan, John Fante, Henry Miller, je lis aujourd’hui encore essentiellement la littérature américaine. Je suis en revanche beaucoup moins gothique. Ou alors quand il est drôle et distancié, dans Edward aux mains d’argent ou Beetlejuice, de Tim Burton, par exemple.

Aura-t-on le plaisir de retrouver les « bolosses » pour un prochain tome ?
Je ne sais pas. S’ils veulent revenir, il faudra qu’ils aient quelque chose à faire.

Bibliographie (jeunesse) sélective  : 

  • Mon chien parle le bolosse, L’école des loisirs (2018) que nous avons chroniqué ici.
  • Ma vie de bolosse, L’école des loisirs (2017) que nous avons chroniqué ici.
  • J’aime mon meilleur ami qui aime ma meilleure amie, L’école des loisirs (2016).
  • Dieu roule pour moi, L’école des loisirs (2015).
  • Ma meilleure amie a une meilleure amie, L’école des loisirs (2014) que nous avons chroniqué ici.
  • La voix, illustré par Aurore Petit, Actes Sud Junior (2013).
  • La patte du tigre, L’école des loisirs (2006).
  • Zélia change de look, L’école des loisirs (1998).
  • Je hais le théâtre, L’école des loisirs (1998).

Parlez-moi de… Zette et Zotte à l’Usine

Régulièrement, on revient sur un livre qu’on a aimé avec son auteur·trice, son illustrateur·trice et/ou son éditeur·trice. L’occasion d’en savoir un peu plus sur un livre qui nous a interpellés. Cette fois-ci, c’est sur Zette et Zotte à l’usine – un formidable conte qui nous parle de résistance, de lutte des classes et de féminisme – que nous revenons avec son autrice Elsa Valentin, son illustratrice Fabienne Cinquin et son éditeur, Olivier Benhomme.

Elsa Valentin (autrice) :
Voilà comment est né Zette et Zotte à l’uzine. Je voulais depuis longtemps écrire un album à propos des inégalités sociales et des conflits de classes, mais des mots comme « patron » « ouvrier » « grève » et « révolution » me semblaient inaudibles car vidés de leurs sens à force d’avoir été rebattus, et porteurs d’une connotation trop militante. Bien sûr on ne peut pas dire qu’on les ait beaucoup lus dans la littérature jeunesse, mais ils m’ont toujours paru inutilisables tels quels. C’est le film Merci Patron ! de François Ruffin qui m’a donné l’envie irrésistible d’écrire ce texte. Fidèle à ses combats et à ses convictions, il a complètement renouvelé le genre du film documentaire engagé, avec un humour et une efficacité jubilatoire : il a organisé pour et avec les époux Klur – chômeurs, surendettés et menacés d’expulsion par la faute de Bernard Arnault, responsable de la délocalisation de leur usine en Pologne – un traquenard de haut vol qui a permis de les sauver mais aussi de ré-enchanter la lutte des classes. L’humour était donc un moyen de rendre audible un propos politique qui risquait fort de se discréditer s’il était tenu avec sérieux. Il me fallait trouver à mon tour un décalage, et comme une évidence il m’est apparu que ce décalage pouvait commencer par la transformation même des mots éculés devenus inutilisables. C’est ainsi que j’ai commencé à écrire une histoire de trapron et de zouvrilleuses, d’ascenseur-saucisse, de manifle et de révoluture… Une fois que l’idée était là, le texte est venu vite, avec plaisir et jubilation !

Fabienne Cinquin (autrice) :
Lorsque L’Atelier du Poisson Soluble m’a proposé d’illustrer le texte d’Elsa Valentin, j’ai dit oui tout de suite, avec une rare excitation. J’ai aimé son humour, ses inventions de langage, son propos plein de malice et de révolte face aux injustices de notre époque.   J’ai aimé également cette fin qu’on pourrait juger d’utopique mais nous avons besoin de rêver un autre monde possible, de miser sur notre bonne intelligence et de ne pas désespérer ! Pour bien me mettre dans « l’ambiance » du livre, j’ai revu le documentaire de Françoise Davisse Comme des lions sur le combat des ouvriers de PSA, le très beau film de Mariana Otero Entre nos mains sur les ouvrières d’une petite PME de lingerie qui décident de sauver leur usine et enfin Petites mains de Thomas Rousillon sur les ouvrières de Lejaby qui parle de délocalisation, de fermeture d’usine et de combats de femmes. Les illustrations sont réalisées à partir de techniques mixtes (encre, crayons de couleurs mais aussi beaucoup de collages d’imprimés que j’ai glanés dans des magazines de mode (nous sommes dans une usine de textiles…). J’ai semé au fil des pages des références d’univers hétéroclites. Par exemple, le troupeau de moutons au tout début du livre est celui du générique du film de Chaplin Les Temps Modernes ( vive le mouton noir ! ) On peut retrouver sur la couverture l’irrévérence d’une Zazie de Queneau, une Liberté guidant le peuple, des relents de mai 68, le monde du travail vu par Tati dans Play Time, un « requin »  dans une piscine de David Hockney… et même une Cendrillon qui attend son heure de fortune… ou d’infortune ! Merci à Elsa de proposer des histoires qui donnent à réfléchir aux enfants comme aux adultes qui les accompagnent. Ces livres-là sont une nécessité et je suis très fière d’avoir fait ce travail qui m’a beaucoup apporté. Je ne parle pas d’argent, mais de bien autre chose !

Olivier Belhomme (éditeur) :
Lorsqu’Elsa Valentin, l’auteure du truculent Bou et les 3 zours nous a proposé le texte de Zette et Zotte à l’uzine, celui-ci s’est imposé à nous car son propos correspondait précisément aux préoccupations que nous souhaitions proposer aux enfants pour leur permettre de comprendre le monde que nous leur laissons. Et surtout, le ton qu’elle employait, qu’elle inventait à l’aide de ses jeux sur le langage, était suffisamment décalé pour ne pas paraître trop péremptoire. Aborder des sujets complexes sans en avoir l’air, tel est bien notre volonté.

Zette et Zotte à l’Usine,
texte d’Elsa Valentin, illustré par Fabienne Cinquin,
sorti chez L’atelier du poisson soluble (2018),
chroniqué ici.

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Les invité·e·s du mercredi : Émilie Vast et Clémence Pollet

Par 17 octobre 2018 Les invités du mercredi

Deux autrices/illustratrices sont aujourd’hui nos invitées du jour, et je dois dire que je suis très sensible à leur travail à toutes les deux. Tout d’abord Émilie Vast avec qui l’on revient sur son parcours et sur son travail, puis on part en vacances, afin de faire mieux connaissance avec elle, avec Clémence Pollet. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Émilie Vast

Pouvez-vous nous présenter le magnifique Moi, j’ai peur du loup, qui vient de sortir chez MeMo et que nous avons chroniqué hier ?
Ce livre m’est venu pour deux raisons. D’une part, j’avoue que voyant que nombre d’auteurs avaient un livre à propos d’un loup, je me suis dit que moi aussi j’en voulais un ! De plus il est fréquent que le thème du loup soit porteur d’expos et rencontres, c’était donc tentant !
Et puis, j’avais surtout envie de rendre justice à cet animal mal compris ! On en parle beaucoup en ce moment… Les enfants à force de dessins hors normes du loup, perdent de vue sa réelle représentation, c’est un peu comme le poisson pané à la cantine !
C’était donc amusant de finalement partir à l’inverse des autres, déconstruire le mythe du monstre pour faire réapparaitre l’animal.

Vous avez une belle fidélité à l’éditeur MeMo, pouvez-vous nous en dire quelques mots ?
Oui, c’est une fidélité aux gens de chez MeMo, à la qualité de leur travail, à la qualité de l’impression, du papier… on se comprend, on est sensible aux mêmes choses. De plus, ils me font confiance, c’est reposant et ça aide réellement à être créatif !

Parlez-nous de votre parcours ?
Il est un peu alambiqué… la source vient clairement de mon enfance, influencée par mes parents pour la sensibilité à la nature et aux arts décoratifs. Dessiner et m’inventer des histoires faisaient déjà partie de mes passe-temps.
J’ai perdu un peu de vue cela à l’adolescence, je suis partie dans un cursus scientifique au lycée, mais pas inutile puisqu’avec option Biologie ! Ça me sert toujours…
Ensuite retour des aspirations artistiques puisque j’ai fini par intégrer une école d’art. Je visais le design, j’ai opté pour la section art, pour la photo (il paraît que le dessin n’était pas mon truc, dixit un prof…;-) ). J’ai poussé jusqu’au DNSEP art contemporain pour me rendre compte que finalement, la photo avec l’avènement du numérique ne me passionnait plus autant.
Je me suis donc un peu improvisée graphiste. Et là ce fut la révélation ! Le retour du dessin dans ma vie grâce à un outil numérique inattendu : illustrator. J’ai fui ce logiciel toute ma scolarité pour en tomber dingue après ! Plus qu’un logiciel, c’est clairement une technique, on appelle cela du dessin vectoriel. On construit point par point un contour, on manipule la souris jusqu’à ce que l’on trouve la courbe parfaite…
Pour représenter la nature, ses volutes, ses symétries, c’est idéal. Je trouvais enfin une technique qui me permettait de rendre ce que j’avais en tête.
Et de graphiste j’ai glissé très surement vers l’illustration avec beaucoup de bonheur.
Le livre, lui est venu par ma rencontre avec l’auteure Anne Mulpas, elle m’a confié une histoire, notre premier livre est né et le déclic était fait…
L’écriture, est venue ensuite avec les sollicitations de Christine Morault de chez MeMo. Quand je vous dis qu’ils me font confiance !

Vous parliez à l’instant de la nature, elle tient une place très importante dans vos livres.
Pas que dans mes livres, dans ma vie aussi. J’y suis extrêmement sensible.
Et j’ai terriblement envie de partager cela. Et quoi de mieux que le livre comme vecteur.

Faites-vous des recherches avant d’illustrer un ouvrage comme, par exemple, vos imagiers ?
Oui, je fais des recherches dès que l’on touche au réel, je ne veux pas me tromper dans la représentation des choses. Cela a été surtout essentiel pour les Herbiers aussi bien pour le texte que pour les images.

Qu’est-ce qui vous inspire ?
En plus de la nature en elle-même ? L’art nouveau, l’art Déco, l’Égypte ancienne, le sculpteur Pompon, les illustrations des années 20 à 60…
Et puis certains livres sont nés de mes rencontres avec les enfants dans les classes. Et malheureusement de par certaines lacunes ! Abeilles et Épeire vient de leurs craintes racontées maintes fois à propos de ces créateurs, Plantes vagabondes de leurs méconnaissances du monde végétal.
Protéger la faune et la flore, passe par la connaissance de ces dernières, j’essaye d’apporter ma contribution à cette connaissance…

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Et bien, je lisais peu ! Je faisais partie de ces traumatisés de la lecture. Par contre je regardais beaucoup les images ! Et notamment de vieux livres tout à fait ringards de biologie pour enfants dont les images d’animaux, de plantes et minéraux très variés me fascinaient. Sinon pas mal de Picsou ! C’est bête mais cela à fini par me mettre à l’étrier de la lecture
Comme quoi, il n’y a pas de mauvaises lectures !

Quelques mots sur les prochaines histoires que vous nous proposerez ?
Sur le prochain projet, je serai moins dans la pédagogie, puisque ce sera une petite histoire simple où l’on remonte une action pour en connaître l’origine. Je sais c’est vague, mais c’est trop frais pour en dire plus. Petite variante cependant avec d’habitude, les personnages seront issus non pas des bois européens mais de la forêt amazonienne…

Bibliographie sélective :

  • Moi j’ai peur du loup, texte et illustrations, MeMo (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Plantes vagabondes, texte et illustrations, MeMo (2018).
  • Alphabet des plantes et des animaux, texte et illustrations, MeMo (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Abeille et Épeire, texte et illustrations, MeMo (2017).
  • Chamour, texte et illustrations, MeMo (2016).
  • De papa en papa, texte et illustrations, MeMo (2016).
  • De maman en maman, texte et illustrations, MeMo (2016).
  • Le secret, texte et illustrations, MeMo (2015).
  • En t’attendant, texte et illustrations, MeMo (2014).
  • Il était un arbre, texte et illustrations, MeMo (2012).
  • L’herbier, plantes sauvages des villes, texte et illustrations, MeMo (2011).
  • Korokoro, texte et illustrations, Autrement (2011).
  • L’herbier, petite flore des bois d’Europe, texte et illustrations, MeMo (2010).
  • L’herbier, arbres feuillus d’Europe, texte et illustrations, MeMo (2009).
  • Koré-No, l’enfant hirondelle, illustration d’un texte d’Anne Mulpas, MeMo (2008).

Le site d’Émilie Vast : https://emilievast.com.


En vacances avec… Clémence Pollet

Régulièrement, nous partons en vacances avec un·e artiste. Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais moi j’adore partir comme ça avec quelqu’un, on apprend à la·le connaître notamment par rapport à ses goûts… cet·te artiste va donc profiter de ce voyage pour nous faire découvrir des choses. On emporte ce qu’elle·il veut me faire découvrir. On ne se charge pas trop… Des livres, de la musique, des films… sur la route on parlera aussi de 5 artistes qu’il·elle veut me présenter et c’est elle·lui qui choisit où l’on va… 5 destinations de son choix. Cette fois-ci, c’est avec Clémence Pollet que nous partons ! Allez, en route !

Albums jeunesse

  • Pétronille et ses 120 petits de Claude Ponti
  • Un monde à l’envers d’Atak
  • Romance de Blexbolex
  • Les lettres de l’ourse de Gauthier David et Marie Caudry
  • Les morceaux d’amour de Géraldine Alibeu

Romans

  • Tess d’Uberville de Thomas Hardy
  • Les enfants terribles de Jean Cocteau
  • Les mangeurs d’étoiles de Romain Gary
  • Les âmes mortes de Gogol
  • un Fred Vargas

DVD

  • Les parapluies de Cherbourg de Jacques Demy
  • Smoking, no smoking d’Alain Resnais
  • Phantom of the Paradise de Brian de Palma
  • Charade de Stanley Donen
  • Fargo des frères Cohen

CD

  • Diamonds and Rust de Joan Baez
  • Le Soleil noir de Barbara
  • Soleil Dedans d’Arthur H
  • The Suburbs d’Arcade Fire
  • Starmania de Michel Berger et Luc Plamondon

BD

  • Ghost World de Daniel Clowes
  • Jimmy Corrigan de Chris Ware
  • Vol 714 pour Sydney d’Hergé
  • Pinocchio de Winshluss
  • Coucous Bouzon d’Anouk Ricard

Artistes

  • Giotto
  • Fra Angelico
  • Jérôme Bosch
  • Utagawa Kuniyoshi
  • Albert Renger-Patzsch

Lieux

  • La Chapelle des Scrovegni à Padoue
  • Un champ de cannes sur l’île de la Réunion
  • Petra
  • L’île d’Arz dans le golfe du Morbihan
  • Les rues de Taipei

Clémence Pollet est autrice et illustratrice.

Bibliographie sélective :

  • Dis, comment ça pousse ?, illustration d’un texte de Françoise de Guibert, De La Martinière Jeunesse (2018).
  • Animal Totem, illustration d’un texte d’Agnès Domergue, HongFei (2018).
  • Tout doux, illustration d’un texte de Patrick Roger, Didier Jeunesse (2018).
  • Confucius toute une vie, illustration d’un texte de Chun-Liang Yeh, HongFei (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Une journée à la ferme, texte et illustration, De La Martinière Jeunesse (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Dis, que manges-tu ?, illustration de textes de Françoise de Guibert, De La Martinière Jeunesse (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Alice et merveilles, illustration d’un texte de Stéphane Michaka, Didier Jeunesse (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Dis, où tu habites ?, illustration de textes de Françoise de Guibert, De La Martinière Jeunesse (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Il était une fois… La traversée, illustration d’un texte de Véronique Massenot, HongFei (2017).
  • Une poule sur un mur, illustration de textes de divers auteur·trice·s, P’titGlénat (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Mon grand livre-disque de comptines, illustration de textes de divers auteur·trice·s (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • La ballade de Mulan, illustration d’un texte de Chun-Liang Yeh, HongFei (2015).
  • Contes d’un roi pas si sage, illustration d’un texte de Ghislaine Roman, Seuil Jeunesse (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • La langue des oiseaux et autres contes du palais, illustration d’un texte de Chun-Liang Yeh, HongFei (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Ton coffret pour découvrir la ferme, De la Martinière Jeunesse (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • L’auberge des ânes, illustration d’un texte d’Alexandre Zouaghi et Chun-Liang Yeh, HongFei (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • Le Petit Chaperon bleu, illustration d’un texte de Guia Risari, Le baron perché (2012).
  • L’ébouriffée, illustration d’un texte d’Hélène Vignal, Rouergue (2009).

Retrouvez Clémence Pollet sur Instagram : https://www.instagram.com/clemencepollet.

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