La mare aux mots
Parcourir le tag

Interview

Les invité·e·s du mercredi : Emmanuel Trédez et Florence Hinckel

Par 18 octobre 2017 Les invités du mercredi

Aujourd’hui, on vous propose une interview de l’auteur Emmanuel Trédez, puis on a donné la parole à l’autrice Florence Hinckel qui nous a livré ses coups de cœur et coup de gueule. Bon mercredi à vous.


L’interview du mercredi : Emmanuel Trédez

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
Lorsque j’étais en terminale, comme beaucoup de jeunes d’hier ou d’aujourd’hui, je n’avais aucune idée du métier que je voulais exercer, alors j’ai choisi de retarder un peu la décision et de me laisser le maximum de choix en faisant une école de commerce – eh oui, personne n’est parfait ! Plus tard, frustré par cet enseignement, j’ai poursuivi – sans jamais les rattraper, aurait écrit Alphonse Allais – des études de sociologie et de lettres. Quand un auteur parle de son éditeur en disant : « et en plus, il a fait une école de commerce », en général, ce n’est pas très flatteur. J’espère être la preuve vivante qu’on peut avoir ce parcours et être attaché aux contenus !
Quelques années plus tard, pour justifier mon diplôme, j’ai commencé une carrière de contrôleur de gestion – décidément, mon cas ne s’arrange pas ! – dans l’édition, un secteur qui me fascinait depuis longtemps, et plus précisément pour le département jeunesse de Nathan. J’ai exercé ce métier pendant un peu moins de cinq ans avant de devenir… éditeur de livres documentaires, un métier qui me convenait sans doute mieux. Cette même année, j’ai publié ma première histoire pour la jeunesse – j’écrivais depuis toujours, mais avant d’entrer dans l’édition, je n’avais jamais songé à écrire pour les enfants. Et pour cause, tous les auteurs que j’avais lus dans mon enfance ou mon adolescence (Charles Perrault, Hans Christian Andersen, la comtesse de Ségur, Jules Verne…) étaient morts depuis des dizaines sinon des centaines d’années. Je n’avais pas conscience qu’on écrivait encore pour les enfants, qu’il y avait une littérature de jeunesse vivante à côté des grands classiques !
Souvent, les copains auteurs ou éditeurs sont étonnés par ma reconversion. C’est qu’on a trop tendance à vous étiqueter, à vous ranger dans des cases. J’avoue, j’ai eu de la chance. Dans une autre maison d’édition, si j’avais demandé à « faire des livres », on m’aurait peut-être ri au nez et j’en serais encore à faire des comptes d’exploitation ! Bref, pendant une bonne quinzaine d’années, j’ai édité des livres documentaires le jour et écrit des livres de fiction la nuit ; disons pendant mon temps libre. J’ai vraiment adoré ce métier. Chez Nathan, presque jusqu’au bout, j’aurai partagé de belles aventures éditoriales avec des auteurs, des illustrateurs, des graphistes… que j’apprécie.
Il y a un peu plus de deux ans, j’ai quitté Nathan et j’ai fait le pari fou de devenir indépendant pour consacrer l’essentiel de mon temps à l’écriture. Comme on ne vit guère de sa plume – excepté, je l’ai déjà signalé, les danseuses du Lido –, j’ai repris une activité d’éditeur en free-lance et je me suis lancé dans la formation à l’orthographe.
Cela fait maintenant une vingtaine d’années que j’écris des textes pour les enfants. J’ai publié une cinquantaine de livres pour les 6-12 ans – des premières lectures, des romans, une BD et quelques documentaires – chez une douzaine d’éditeurs (Nathan, Auzou, Didier, Flammarion, Talents hauts, Fleurus…).

Comment naissent vos histoires en général, et comment est né Ali Blabla, en particulier dans lequel les références sont nombreuses (Ali Baba et les 40 voleurs, Les 1001 nuits…) ?
Comme Georges Perec, que j’admire, j’aime créer des histoires en m’imposant des contraintes. Oh, pas nécessairement oulipiennes ! En 2013, mon éditrice chez Nathan, qui connaissait bien mon travail, m’a lancé le défi d’écrire un roman qui mêlerait différentes formes littéraires. C’est ainsi que j’ai écrit Qui veut le cœur d’Artie show ?, un roman où alternent le récit, le journal intime du « serial lover », les poèmes qu’il envoie à ses amoureuses (acrostiches, calligrammes…) et les articles des journalistes en herbe du collège qui enquêtent sur son identité.
Le point de départ peut être aussi un jeu de mots. Un peu comme chez Raymond Roussel, qui invente des histoires en rapprochant des homonymes ou des paronymes. Dans le cas du Cachalot nage dans le potage, c’est bien un jeu de mots, « Le homard m’a tuer », qui m’a donné l’idée d’écrire ce polar « aquatique » dont tous les personnages sont des animaux marins. Et dans Ali Blabla, c’est un autre jeu de mots qui m’a donné à la fois l’une des principales caractéristiques de mon héros – sa volubilité – et le cadre spatio-temporel dans lequel il allait évoluer : les Mille et une Nuits.
Dans Ali Blabla, outre le décor, je fais en effet référence à quelques personnages des Mille et une Nuits : au marchand Ali Baba (la caverne où Ali installe son échoppe) ; à Aladdin (les lampes merveilleuses vendues dans son échoppe) ; enfin à Shéhérazade : utilisant le stratagème de la princesse-conteuse, Ali laisse chaque jour en suspens l’histoire qu’il raconte à Kenza, dont il est tombé amoureux, pour lui donner envie de revenir écouter la suite, et ainsi se donner une chance de la séduire. Ce texte en vers, plusieurs fois interrompu, est enchâssé dans le récit (comme dans Les Mille et une Nuits, un récit en entraînant un autre) et propose ainsi une histoire dans l’histoire : j’y raconte avec autant d’humour que possible comment une princesse va choisir un époux parmi les quarante prétendants (quarante « lovers » !) qui se présentent devant elle.
La scène du tapis volant rappellera peut-être aux enfants le dessin animé Aladdin et le personnage de Kamel le dromadaire, l’âne de Shrek, un animal doué de parole et d’une grande insolence.
Il y a enfin des références moins attendues à Cyrano de Bergerac et Roméo et Juliette, Edmond Rostand et William Shakespeare endossant le rôle de conseillers en séduction (je n’en dis pas plus). J’avais déjà rendu hommage à ces deux auteurs et à leurs pièces emblématiques que j’aime tout particulièrement dans ma BD Inspecteur Londubec – la cigogne mouche un blaireau avec sa « tirade du bec » – et dans mon polar parodique, La Carotte se prend le chou – Roméo le Pomelo et Juliette la Courgette sont amoureux, mais leur amour est impossible à cause de la haine que se vouent les Agrumes et les Cucurbitacées.
Tous ces jeux de mots, ces références ne sont bien sûr qu’un bon point de départ. Après, tout reste à faire !

Dans Inspecteur Londubec ou encore dans Le cachalot nage dans le potage, les jeux de mots pleuvent, mais même dans Ali Blabla le marchand s’appelle Ar-Rachid et un chameau est fan de calembours… Vous ne pouvez pas vous en empêcher ?
Oui, sans doute le poids des influences que j’évoque plus bas…
Ar-Rachid est une huile ! J’ai donné à ce riche marchand, père d’Ali et d’Ahmed, le nom du calife des Mille et une Nuits.
Dans les deux premiers titres que vous citez, c’est vrai, je m’en donne à cœur joie avec les mots. Le pari étant de communiquer ce plaisir au lecteur. De ce point de vue, c’est plutôt réussi si j’en crois les retours que me font les enfants dans les classes ou sur les salons – bien sûr, selon leur âge, ils passeront à côté de certains jeux de mots ; quelle importance ? Les calembours et les références historiques ne m’ont pas empêché d’apprécier Astérix quand j’avais 7 ou 8 ans. Toutefois, s’il y en a autant, s’ils pleuvent, comme vous dites, c’est parce qu’ils constituent la matière même de ces polars parodiques (voir aussi Le hibou n’est pas manchot ou L’araignée est une fine mouche). Ils font partie du style, ils sont le style.
Dans Ali Blabla, c’est un peu différent. Les jeux de mots sont moins nombreux et surtout, ils sont placés, pour la plupart, dans la bouche de Kamel, un dromadaire qui se damnerait pour un bon mot. Ce goût des calembours est un des principaux traits de caractère du personnage, avec sa mauvaise humeur et son haleine fétide…
C’est vrai que les jeux de mots me viennent assez naturellement et je dois parfois me raisonner pour ne pas en abuser ! Rassurez-vous, mon éditeur est toujours là pour me rappeler à l’ordre si les jeux de mots prennent le pas sur l’histoire…

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescent ?
Enfant, comme beaucoup de gens de ma génération, je n’ai guère lu que les auteurs « morts » des bibliothèques rose puis verte : d’abord Oui-oui, Le club des cinq d’Enid Blyton ; Les malheurs de Sophie, Le général Dourakine, Les mémoires d’un âne de la comtesse de Ségur. Puis les grands classiques : 20 000 lieues sous les mers, Le tour du monde en 80 jours et Michel Strogoff de Jules Verne, L’île au trésor de Robert Louis Stevenson, Ivanhoé de Walter Scott, Les trois mousquetaires, Le comte de Monte-Cristo d’Alexandre Dumas… Ah, Le comte de Monte-Cristo, je me rappelle que je n’arrivais plus à refermer le roman, je venais à table avec mon livre ; ça m’a fait ça aussi avec Le seigneur des anneaux de Tolkien, dans ma grande période « jeux de rôle » !
Plus tard, j’ai commencé à lire mes premiers romans policiers : Agatha Christie et surtout Maurice Leblanc – mon grand-père avait relié lui-même l’ensemble des aventures d’Arsène Lupin.
Et puis, bien sûr, je lisais de la BD. Là aussi, j’ai commencé par les classiques (Tintin, Astérix, Gaston, Boule et Bill) avant de me faire ma propre culture BD avec la BD historique (Les sept vies de l’épervier de Juillard et Cothias), fantastique (La quête de l’oiseau du temps de Loisel et Letendre), policière (Les aventures d’Adèle Blanc-sec de Jacques Tardi) et d’auteur (Enki Bilal, encore « lisible » à l’époque, Hugo Pratt…).

Avez-vous des influences ?
Pas facile d’évoquer ses influences ! D’ailleurs, je n’en suis pas forcément conscient…
J’ai des goûts très éclectiques – Tiens, impossible d’employer ce mot sans penser au sketch des Inconnus ! Je ne suis expert d’aucune période, d’aucun genre, d’aucune tradition littéraire, mais je lis de tout : de la littérature contemporaine, des classiques du XIXe siècle, du polar, de la BD ; de France ou d’ailleurs. Je vais aussi beaucoup au cinéma et au théâtre…
Tous ces livres, tous ces films, toutes ces pièces me nourrissent, c’est certain, mais je serais bien incapable de dire comment je les ai digérés et repris à mon compte dans mes propres livres.
Si je me focalise sur les jeux de mots, les jeux de lettres, j’ai été formé à l’école de Goscinny et de Franquin, puis de Devos, de Coluche et de Desproges, de Pierre Dac et de Bobby Lapointe ; et je voue une grande admiration à Perec.

Que lisez-vous en ce moment ?
Je lis – ou plutôt j’écoute car il s’agit d’un livre audio, lu par l’auteur – Au revoir, là-haut, de Pierre Lemaître, le Goncourt que je découvre avec un peu de retard…
La Première Guerre mondiale m’a déjà valu quelques chocs littéraires : Voyage au bout de la nuit de Céline, La route des Flandres de Claude Simon, sans parler de l’œuvre de Jacques Tardi. Ici, l’auteur parle plutôt de l’après-guerre car le récit commence à quelques jours de l’Armistice.
Que dire de ce livre, de cette lecture en cours ? Je ne suis pas critique littéraire… J’apprécie la restitution historique, le style très vivant de l’auteur, les personnages hauts en couleur…

Pouvez-vous nous dire quelques mots de vos prochains ouvrages ?
Je ne parlerai que des ouvrages à paraître l’année prochaine car mes autres projets, en cours d’écriture ou en attente d’éditeur, sont bien trop incertains pour être évoqués ici…
Je poursuis ma série Mes premières enquêtes chez Auzou avec trois nouveaux titres, toujours illustrés par Maud Riemann. Je suis très satisfait de cette collaboration à la fois sur le plan commercial – je n’ai jamais connu ce niveau de ventes dans d’autres maisons d’édition – et éditorial – je travaille en bonne intelligence avec mes éditrices. Le tome 6, Le passage secret, entraîne le lecteur dans une médiathèque et tourne autour des charades – chaque titre est dédié à un jeu de lettres (rébus, acrostiches, anagrammes…). Les titres suivants évoqueront respectivement un mystérieux message d’amour sur le plâtre d’une élève (tome 7) et la lettre d’une femme pirate à propos du trésor qu’elle a laissé à ses descendants (tome 8).
Je sors chez Flammarion un album sur le thème de la colère, fortement inspiré par les crises de mon fils quand il était petit. Il sera illustré, et j’en suis vraiment ravi, par Amandine Piu.
Et un autre album, documentaire cette fois, sur les pâtes aux éditions Ricochet, dans la collection Je sais ce que je mange. Pour ce livre, j’ai beaucoup donné de ma personne : pour m’emparer du thème, tel Robert de Niro dans Raging Bull, j’ai pris plusieurs kilos !

Bibliographie sélective :

  • Ali Blabla, roman illustré par Benoît Perroud, Didier Jeunesse (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • L’araignée est une fine mouche, roman illustré par Loïc Méhée, Nathan (2017)
  • Dragon cherche métier, roman illustré par Stéphane Nicolet, Nathan (2017)
  • La carotte se prend le chou, roman illustré par Éric Meurice (Nathan, 2016)
  • Le cachalot nage dans le potage, roman illustré par Jess Pauwels, Nathan (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Le hibou n’est pas manchot, roman illustré par Baptiste Amsallem, Nathan (2016).
  • Le génie de la bouteille de lait, roman illustré par Yves Calarnou, Bayard Jeunesse (2016)
  • Le rêve fou de l’éléphant, théâtre, Syros (2016).
  • Les réseaux sociaux, comment ça marche ? et toutes les questions que tu te poses pour rester connecté !,documentaire illustré par Halfbob, Fleurus (2016).
  • Fantastique corps humain, documentaire illustré par Aurex Verdon, Gallimard Jeunesse (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Inspecteur Londubec, la cigogne marche sur des œufs, BD dessinée par Stéphane Nicolet, Éditions du Long Bec (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Qui veut le cœur d’Artie show ?, roman illustré par Glen Chapron, Nathan (2014).
  • Hercule, attention travaux !, roman illustré par Robin, Nathan (2012), que nous avons chroniqué ici.

Retrouvez Emmanuel Trédez sur son site : http://emmanuel-tredez.fr.


Le coup de cœur et le coup de gueule de… Florence Hinckel

Régulièrement, une personnalité de l’édition jeunesse (auteur·trice, illustrateur·trice, éditeur·trice…) nous parle de deux choses qui lui tiennent à cœur. Une chose qui l’a touché·e, ému·e ou qui lui a tout simplement plu et sur laquelle il·elle veut mettre un coup de projecteur, et au contraire quelque chose qui l’a énervé·e. Cette semaine, c’est Florence Hinckel qui nous livre son coup de cœur et son coup de gueule.

Chère Mare aux mots,

Un coup de gueule, veux-tu ? Pas de problème, j’en ai hélas à peu près trois par jour, ces temps-ci. C’est un peu fatigant, mais ça fait du bien de les partager, donc merci pour cet appel du pied.

Mon coup de gueule du jour provient d’une vidéo (https://www.youtube.com/watch?v=EH70vjRo1OQ), dans une version tronquée, qui se met à tourner abondamment sur Facebook de façon systématique dès qu’une polémique sur le sexisme ordinaire est mis en lumière. Elle a été exhumée d’archives télévisées datant de 1981. Marguerite Yourcenar y parlait de la condition féminine.

La partie tronquée qui tourne sur fb est celle-ci : Marguerite Yourcenar y critiquait le modèle de la working-girl en vogue dans les années 80, tellement vanté dans les magazines féminins. Elle se moquait de ces femmes qui désiraient tellement égaler l’homme dans sa condition de travailleur aliéné, n’y gagnant qu’une vie creuse, tout en se raccrochant pourtant aux attributs de la femme-objet. Et elle reprochait aux féministes, celles qu’elle appelle les « féministes 100 % » de focaliser leur lutte sur ce combat.

Depuis plusieurs jours, cette vidéo, sortie de son contexte, croule sous les partages et les « likes », et est assortie de commentaires enthousiastes, le plus souvent de femmes elles-mêmes, certainement en quête de douceur et de sérénité, certainement fatiguées par tous les combats qu’on leur demande de mener, ou auxquels on les enjoint d’assister dans la grande jungle de notre société…  Ces commentaires disent tous peu ou prou : « oui cessons ce combat fatigant pour une égalité stupide et à la vue courte, oui faisons enfin le choix de la douceur, de la paix, de la compréhension et du soutien mutuel, oui ne perdons pas de vue les priorités de l’existence ». Ou encore : « enfin une femme intelligente, posée, et sans haine des hommes ! Enfin une femme qui y voit clair, et qui ne se contente pas de vouloir singer les hommes dans ce qu’ils ont de plus pitoyable ! »

Eh bien moi, même si j’ai la même envie de douceur et de paix, ces réactions m’ont beaucoup interrogée, pour deux raisons essentielles…

D’abord, aujourd’hui (près de 40 ans plus tard) le mythe de la working-girl est bel et bien tombé, on a tous compris que c’était loin d’être un idéal, et le féminisme même « 100 % », me semble-t-il, est bien loin de focaliser là-dessus, si tant est que ce fut jamais le cas. Marguerite Yourcenar disait pourtant elle-même dans cette vidéo : « On lutte en faveur des libertés qui auraient été très utiles il y a 50 ans, peut-être plus que des libertés qui seraient utiles au moment présent », alors je suis un tout petit peu effarée de voir toutes celles et tous ceux qui tombent dans le même piège près de 40 ans plus tard.

Ensuite Marguerite Yourcenar, issue de la grande bourgeoisie, a eu tendance il me semble, dans ce discours, à occulter la réalité sociale de toute une partie de la population.

Alors là, désolée, je vais être longue, mais vu la quantité de personnes, dont certaines que j’estime énormément, qui ont été prises au piège de cette vidéo, je veux être pédagogue…

Que dit en effet Marguerite Yourcenar de la condition des femmes obligées de travailler ? Je suis certaine qu’en 1981 elles étaient déjà nombreuses, mais aujourd’hui, la crise économique fait qu’elles le sont encore plus.

Je crois comme Marguerite Yourcenar qu’il ne faut jamais oublier de regarder le monde dans lequel nous vivons au moment présent, mais je crois en plus qu’il ne faut jamais oublier d’en scruter toutes les strates sociales. Or, quel est ce monde aujourd’hui, si on le regarde bien, et de cette façon-là ? C’est un monde où pour le même travail qu’un homme les femmes sont payées moins (par quel miracle pourraient-elles avoir le choix de travailler moins ?). Un monde où, pourtant, les temps partiels sont subis en grande partie par les mères isolées, bien plus nombreuses que les pères seuls. Un monde où un plafond de verre puissant empêche les femmes d’accéder à des postes aux responsabilités plus intéressantes (par quel autre miracle pourraient-elles bénéficier d’une vie moins creuse que les hommes ?).

Alors oui, peut-être qu’au début des années 80, ce que Marguerite Yourcenar a pressenti de façon aigue, c’est que le monde allait dans un sens dangereux, celui du travail élevé comme but ultime dans la vie, autant pour les hommes que pour les femmes. Elle avait sans doute raison de tirer la sonnette d’alarme, mais elle se trompait hélas d’ennemis, selon moi. Les ennemis d’une vie meilleure, ce n’étaient pas les féministes, c’étaient les politiques. Et la crise économique.

J’ignore ce que disaient réellement les féministes des années 80, mais aujourd’hui, je le sais. Et on ne peut pas y plaquer le raisonnement de Marguerite Yourcenar sans en dénaturer et en simplifier de façon méprisante le combat.

Car non, les féministes d’aujourd’hui ne se battent pas pour singer la même aliénation que les hommes. Non, elles ne prétendent pas que ces hommes ont une vie de rêve comparée à la leur. Non, elles ne souhaitent pas égaler les hommes à tout prix, jusqu’à l’absurdité, et non, elles ne les haïssent pas de vivre ce qu’elles ne peuvent vivre. Non, les féministes n’érigent pas le modèle masculin comme un modèle merveilleux à atteindre. Au contraire, elles aimeraient que les hommes se tuent moins au travail pour être plus souvent présents à la maison, ainsi plus proches des priorités de l’existence (qui incluent hélas les courses, le ménage, la cuisine et les cris des enfants… si l’on n’a pas d’employés de maison bien sûr). Comment cela serait-il possible si les femmes ne participent pas davantage à la vie de la cité pour en décharger les hommes aliénés par le travail ?

C’est l’équilibre entre une qualité de la vie socio-professionnelle, et une qualité de la vie privée, qui est à rechercher pour les deux sexes, sans cantonner l’un ici et l’autre là. C’est ce que finit par dire Marguerite Yourcenar à la fin de la vidéo, en tout cas de l’extrait qui circule, mais au terme d’une argumentation obsolète et d’après moi assez bancale (pour ne pas dire malhonnête, puisque l’exposé précédent ne peut logiquement pas aboutir à cette conclusion, et ne repose que sur un choix que très peu de femmes peuvent faire – et pourquoi n’évoque-telle pas le même choix pour les hommes qui le pourraient financièrement ?).

Certes, on cède au charme tranquille de Marguerite Yourcenar, qui parle bien et avec douceur, les yeux pétillants d’intelligence, qui prône le bonheur d’une vie équilibrée qui nous fait rêver… Elle nous berce, jusqu’à nous faire oublier qu’elle-même est écrivaine inscrite dans la vie de la cité, première femme à être admise à l’Académie française, visiblement gourmande d’apparitions télévisées telles que celle-ci, heureuse de parler et d’être écoutée.

Comment imaginer qu’elle aurait connu le bonheur au sein d’une vie moins compétitive certes, mais sans possibilité d’une si belle interaction avec le monde culturel et social ? Une vie plus dégagée de la pression de la performance, certes, mais sans liberté financière, et sans liberté de pouvoir quitter un homme qui ne lui aurait pas convenu ?

Sa vie étant un modèle féministe à lui seul, ses propos sonnent étrangement à mes oreilles, même s’ils étaient peut-être davantage d’actualité il y a 40 ans.

Mon coup de gueule est donc d’abord un message : s’il vous plaît, ne nous laissons pas bercer par de douces paroles apaisantes aux images d’Épinal si éloignées du réel, au final lénifiantes et mortellement dangereuses pour la crédibilité d’un combat si difficile et si complexe à mener que celui du féminisme.

Et s’il vous plaît, demandons-nous pourquoi ce passage précisément d’une vidéo vieille de près de 40 ans, dans un contexte différent d’aujourd’hui, forte du poids d’une intellectuelle reconnue, est régulièrement remise en lumière, à des moments choisis de tension, comme pour en éteindre le feu : par qui ? Pourquoi ? Pourquoi maintenant ? En bref, soyons plus critiques et plus conscients des intentions de chacun sur Facebook. Soyons surtout plus conscients de ce qui menace de nous endormir comme un soma…

Désolée d’avoir été aussi longue, chère Mare au mots, mais les pavés que j’ai envie de jeter sont bien lourds ces temps-ci, hélas…

Merci de me donner aussi la possibilité de faire connaître mon dernier coup de coeur. Il s’agit du roman Dans la forêt de Jen Hegland, publié aux éditions Gallmeister. S’il avait paru initialement en France, ce roman l’aurait peut-être été en « littérature jeunesse ». Publié en 1996 aux Etats-Unis où son succès fut éblouissant, aux dires de l’éditeur, il ne parait ici que cette année. Nell, 17 ans et sa soeur Eva, 18 ans, dans un contexte post-apocalyptique, choisissent de ne pas partir de chez elles. Au lieu d’un road-trip semblable à La Route de Cormac Mac Carthy nous avons donc un Nature Writing étreignant et sensuel. Et c’est superbe, prenant, envoûtant… C’est réaliste et saisissant. C’est beau et vivifiant. C’est une formidable ode à la vie. Ruez-vous sur ce roman !

Florence Hinckel est autrice.

Bibliographie sélective :

  • Le grand saut, roman, Nathan (2017).
  • Traces, roman, Syros (2016).
  • Super Vanessa et la crique aux fantômes, roman illustré par Caroline Ayrault, Sarbacane (2016).
  • U4 : Yannis, roman, Nathan/Syros (2015).
  • #Bleue, roman, Syros (2015).
  • Quatre filles et quatre garçons, roman, Talents Hauts (2014).
  • Hors de moi, roman, Talents Hauts (2014).
  • Chat va faire mal !, roman illustré par Joëlle Passeron, Nathan (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Vanilles et Chocolats, roman, Oskar (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Théa pour l’éternité, roman, Syros (2012).
  • L’été où je suis né, roman, Gallimard Jeunesse (2011)
  • Le chat Beauté, roman illustré par Joëlle Passeron, Nathan (2013), que nous avons chroniqué ici.

Le site de Florence Hinckel : http://florencehinckel.com.

You Might Also Like

Les invité·e·s du mercredi : Marie Moinard et Éric Senabre

Par 11 octobre 2017 Les invités du mercredi

Cette semaine, on reçoit l’éditrice (et autrice) Marie Moinard qui nous parle de sa maison d’édition : Des ronds dans l’O (maison dont on chronique régulièrement les livres). Ensuite, on part en vacances avec l’auteur Éric Senabre ! Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Marie Moinard

Parlez-nous de la naissance de votre maison d’édition, Des ronds dans l’O. D’où est venue cette envie de monter votre propre maison ?
J’ai toujours aimé vivre entourée de livres. Je ne passe pas de jour sans livre à proximité, ça fait partie de ma vie. Du coup, éditer a été un aboutissement personnel. Mais c’est aussi un moyen d’être libre de s’exprimer et de pouvoir échanger avec un grand nombre de personnes. C’est riche, passionnant, varié et on apprend tout le temps en faisant des livres.

D’où est venu ce nom, « Des ronds dans l’O » ?
« Des ronds dans l’O » vient du souvenir des ricochets que nous faisions dans les rivières avec mon père quand j’étais enfant, même un peu plus grande. Ce sont de très beaux souvenirs pleins d’humour, d’amour et de poésie, des choses qui comptent. Et puis le O représente les bulles de BD, majeure partie des publications de Des ronds dans l’O.

Aujourd’hui, on sent que c’est toujours une maison d’édition engagée, quelle est la ligne éditoriale ? Comment choisissez-vous les livres que vous allez publier ?
Disons que c’est une maison qui se positionne contre le sexisme, le racisme, l’antisémitisme, le fascisme et la violence. Je suis féministe et je ne comprends pas qu’on puisse rabaisser les filles sans trouver ça choquant, d’ailleurs, je pense que tous les parents de fillettes le sont tout autant que moi. L’intérêt d’être à la tête d’une maison d’édition et d’être une femme, c’est d’avoir le pouvoir de valoriser les femmes et de les installer aux mêmes fonctions que les hommes : pas de différence dans les rôles, ni dans les modèles, ni chez les auteurs·trices.

Qui compose l’équipe et quelles sont leurs fonctions ?
Je suis à la tête de la boîte et je fais un peu de tout ! Des décisions éditoriales aux choix de typo pour une couverture ou du montage de stand à la représentation des livres chez le diffuseur. C’est très varié, un peu chronophage et surtout passionnant. François Boudet a créé le site internet et s’occupe de le mettre à jour quotidiennement, il m’accompagne en salon, il fait les expéditions, les services de presse et participe aux prises de décision des choix éditoriaux. Nous sommes salariés tous les deux ; Nicolas Mallet vient renforcer l’équipe en freelance en tant qu’attaché de presse depuis ce mois d’août. Je travaille avec un expert-comptable pour la compta et le bilan et en freelance, on fait appel à une maquettiste, un fabricant, des correcteurs·trices, les relectures, les traductions, etc.

Pouvez-vous nous parler de votre parcours personnel ?
J’ai suivi un parcours classique, fac de droit et j’ai d’abord travaillé dans le journalisme avant de passer à un emploi salarié dans une grande compagnie d’assurance où j’ai continué de me former à d’autres choses mais ça n’a pas été très loin, ce choix ne m’a pas convaincue. Je suis restée proche de la presse assez longtemps et j’ai vraiment repris l’écriture d’articles sur le net d’abord puis dans la presse spécialisée bande dessinée dès 2000. Malgré mon activité éditoriale, je n’ai pas complètement lâché la presse et je tiens la rubrique jeunesse dans le journal DBD. J’ai créé Des ronds dans l’O en autodidacte en 2004. Le premier livre a été publié en janvier 2005, la maison a eu 13 ans ce mois d’août.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Enfant, j’ai lu tous les Club des cinq, Clan des sept, Les six compagnons, les livres de Georges Sand et de la Comtesse de Ségur, les contes et légendes, je lisais tout le temps. Ado, je suis passée à la poésie avec Baudelaire, mon chouchou, mais aussi Verlaine, Ronsard, Rimbaud et tant d’autres. Des lectures très classiques que j’ai adorées : Crimes et Châtiment (Dostoïevski), Le rouge et le noir (Stendhal), Madame Bovary (Flaubert) et j’ai commencé à lire des bouquins plus politiques.

Que lisez-vous en ce moment ?
Je lis plusieurs livres en même temps, j’ai presque toujours fait ça, donc en ce moment, je relis la série de bande dessinée Julien Boisvert que j’avais tellement aimée de Michel Plessix, un grand poète auteur de BD qui vient de mourir prématurément, Les années de Annie Ernaux, Les lois naturelles de l’enfant de Céline Alvarez. Je viens de finir Vie de ma voisine (Geneviève Brisac) que j’ai beaucoup aimé.

Pouvez-vous nous présenter quelques-uns des prochains livres qui vont sortir chez Des ronds dans l’O ?
Ce sera des « beaux livres » illustrés par Virginie Rapiat abordant les questions écologiques. Le premier, La tisseuse de nuages écrit par Ingrid Chabbert met en scène une fillette qui va sauver son village des désastres de la sécheresse et le deuxième, Dame Nature écrit par Christos, parle de la création de la nature et des dangers qu’elle court sous le feu des guerres et de tant d’autres choses créées par les humains. Ce sont deux contes écolo. Ils seront dispo pour novembre.

Parmi les livres sortis chez Des ronds dans l’O :

  • Maria et Salazar, de Robin Walter (2017).
  • Les contes noirs du chien de la casse, de Remedium (2017)
  • Dépêche-toi, maman, c’est la rentrée !, d’Hubert Ben Kemoun et Marc Lizano (2017).
  • La dernière représentation de mademoiselle Esther, d’Adam Jaromir et Gabriela Cichowska (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Série C’est pas toujours pratique d’être une créature fantastique, de Sibylline et Marie Voyelle (2015-2017), que nous avons chroniqué ici et .
  • Série Lili Pirouli, de Nancy Guibert et Armelle Modéré (2014-2017), que nous avons chroniqué ici et .
  • La plus Belle, de Fanny Robin et Marjorie Béal (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Série Monsieur Lapin, de Loïc Dauvillier et Baptiste Amsallem (2012-2014), que nous avons chroniqué ici.
  • L’histoire qui fait peur !, de Marjorie Béal (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Série En chemin elle rencontre…, collectif (2009-2013), que nous avons chroniqué ici.
  • L’étrange histoire de Pétula-Élisabeth Artichaut, d’Amélie Billon-Le Guennec, et Kabuki (2013), que nous avons chroniqué ici.

En savoir plus sur Des ronds dans l’O : http://www.desrondsdanslo.com.


En vacances avec… Éric Senabre

Régulièrement, nous partons en vacances avec un·e artiste. Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais moi j’adore partir comme ça avec quelqu’un, on apprend à la·le connaître notamment par rapport à ses goûts… cet·te artiste va donc profiter de ce voyage pour nous faire découvrir des choses. On emporte ce qu’elle·il veut me faire découvrir. On ne se charge pas trop… 5 de chaque ! 5 albums jeunesse, 5 romans, 5 DVD, 5 CD, sur la route on parlera aussi de 5 artistes qu’il·elle veut me présenter et c’est elle·lui qui choisit où l’on va… 5 destinations de son choix. Cette fois-ci, c’est avec Éric Senabre que nous partons ! Allez, en route !

Bon, alors voilà ma liste. Ce n’est pas « mes 5 trucs préférés », mais plutôt « 5 trucs que j’aimerais bien faire connaître ». Je suppose que ça marche aussi (et je suppose également que tout le monde s’en fiche, au fond :p)

5 CD

  • Dirty, Sonic Youth
  • The Olympus Sound, Pugwash
  • Red, King Crimson
  • Schmillco, Wilco
  • Shakespeare Songs, Alfred Deller, Deller Consort & Desmond Dupré

5 DVD

  • Profondo Rosso, Dario Argento
  • Scaramouche, George Sidney
  • Excalibur, John Boorman
  • La Maison du diable, Robert Wise
  • L’été de Kikujiro, Takeshi Kitano

5 romans

  • La Chambre ardente, John Dickson Carr
  • Le grand Dieu Pan, Arthur Machen
  • Un yankee à la cour du roi Arthur, Mark Twain
  • La Compagnie blanche, Arthur C. Doyle
  • La Flèche noire, Robert Louis Stevenson

5 albums jeunesse

  • Le masque, Stéphane Servant et Ilya Green
  • Le Vent dans les saules, Kenneth Grahame et Inga Moore
  • L’Aventure du Ruban moucheté, Conan Doyle et Christel Espié
  • Les Mystères de Harris Burdick, Chris Van Allsburg
  • Andromedar SR1, Heinz Edelmann

5 artistes

(on entendra par là « 5 personnes qui ont œuvré dans les arts graphiques, la peinture, l’illustration, etc. »)

  • John Everett Millais
  • Howard Pyle
  • John Waterhouse
  • Angelo Stano
  • Edmund Dulac

5 lieux

  • La ville de Tavistock, dans le Devon, en Angleterre
  • Les Monts d’Arrée, dans le Finistère, en France (pas loin de chez moi !)
  • Le Burren, dans le Comté de Clare, en Irlande
  • Le jardin du Mont des Récollets, dans le Nord, en France
  • Le Leighton Museum, à Londres

 

Éric Senabre est auteur.

Bibliographie sélective :

  • Megumi et le fantôme, roman, Didier Jeunesse (2017).
  • Star trip, roman, Didier Jeunesse (2017).
  • Elvide et Milon, la musique au temps du Moyen Âge, livre-CD illustré par Élodie Coudray, Didier Jeunesse (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Le dernier songe de Lord Scriven, roman, Didier Jeunesse (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Série Piccadilly kids, romans, ABC Melody (2015-2016).
  • Elyssa de Carthage, roman, Didier Jeunesse (2015).
  • Série Sublutétia, Romans, Didier Jeunesse (2011-2013).
  • Rockin’ Johnny, livre-CD illustré par Merlin, Didier Jeunesse (2013).

You Might Also Like

Les invité·e·s du mercredi : Sandrine Bonini et Louis Thomas

Par 27 septembre 2017 Les invités du mercredi

Sandrine Bonini fait partie de ces auteur·trice·s dont je surveille chaque sortie. Qu’elle en soit l’autrice ou l’illustratrice, ses livres sont souvent des merveilles, j’avais donc envie de lui poser quelques questions. Ensuite, c’est avec Louis Thomas que je suis parti en vacances, encore un illustrateur dont je suis vraiment fan. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Sandrine Bonini

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
J’ai suivi une première formation à l’école des Beaux Arts à Rueil-Malmaison puis j’ai été diplômée en cinéma d’animation aux Arts décoratifs de Paris.
Je me suis tournée vers la littérature jeunesse à la sortie de l’école. L’écriture est arrivée après, lorsque j’ai publié mon premier livre, Secret, aux éditions Autrement, j’ai découvert le plaisir de raconter une histoire non seulement par l’image mais aussi avec les mots.

Parlez-nous de votre nouveau roman, Le lapin qui portait-malheur, comment est née cette histoire de lapin qui semble attirer plein de problèmes sur une famille ?
Je fais souvent appel à ma propre enfance dans mes histoires et comme j’ai une famille nombreuse, j’ai beaucoup d’anecdotes qui sont un merveilleux terreau. Cette histoire s’est produite avec l’une de mes sœurs, qui avait réussi à me persuader d’une chose un peu similaire mais avec une de ses peluches ! Petite, j’étais très sensible aux signes, à la superstition, à une forme de pensée magique et je pense que c’est un sujet qui touche de près les enfants. La volonté de trouver un sens aux choses qui arrivent, de pouvoir expliquer le réel peut emmener très loin dans l’imaginaire. J’aime aussi rendre compte des rapports qui existent au sein d’une famille et de la façon dont les enfants se débrouillent avec ça.

Vous illustrez des histoires d’autres auteurs.trices, vous écrivez des histoires illustrées par d’autres, mais vous faites rarement les deux, pourquoi ?
Lorsque j’ai commencé à publier des livres je faisais tout, le texte et l’image. Et puis au fil des rencontres, sur les salons, dans les ateliers, des projets sont nés. Ce qui m’a amené à faire beaucoup de collaborations sur des livres. Je trouve ça formidable car on associe alors des énergies et cela crée des choses nouvelles, uniques. Aujourd’hui cela me manque un peu de travailler seule, du coup, je prépare deux nouveaux projets où je travaillerai le texte et l’image moi-même. Mais il y a aussi d’autres livres en collaboration qui arrivent !

Comment se passent ces collaborations, êtes-vous tentée d’intervenir sur les textes quand vous êtes l’illustratrice et sur les dessins quand vous êtes l’autrice ?
Non pas vraiment. En tant qu’autrice, je suis toujours époustouflée devant la manière dont un autre illustrateur ou une autre illustratrice va s’emparer du texte et se l’approprier complètement. Il y a une vraie magie qui opère. Parfois on regarde ensemble le découpage et on affine le texte ensemble en fonction des envies ou des réticences de la personne qui va dessiner. Quand je suis au dessin, j’apporte un point de vue mais je ne peux pas intervenir sur le texte d’un autre auteur, c’est trop personnel ce moment de corriger, de peaufiner le texte, je trouve.

Quelles techniques d’illustration utilisez-vous ?
J’aime le changement, j’adore expérimenter des nouveaux outils. Et puis, le texte demande parfois à essayer des choses, à faire des propositions graphiques. J’ai d’abord travaillé troqué mes ciseaux contre une plume et des rotrings, en réfléchissant particulièrement à la ligne, aux motifs ornementaux comme dans la Bataille contre mon lit. Ensuite, j’ai jeté mon dévolu sur l’encre de couleur, mais cela peut encore changer !

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
J’adorais les nouvelles, les romans quand j’étais enfant, puis adolescente.
Marcel Aymé reste un de mes auteurs favoris pour les enfants, en particulier avec les contes du Chat Perché. Je trouve qu’il développe un point de vue très malicieux, drôle et vraiment touchant.
J’ai aussi lu et relu – et je relis encore – Pierre Gripari, Rudyard Kipling, La Comtesse de Ségur, Odile Weulersse, Tove Jansson et tous les contes de manière générale, j’en lisais énormément, dans de gros recueils.
Adolescente, je lisais Gaston Leroux, Barjavel, Sir Arthur Conan Doyle et Mark Twain, des histoires tournées vers l’aventure.

Quel.le.s sont, aujourd’hui, les auteurs.trices/illustrateurs.trices qui vous touchent particulièrement ?
Aujourd’hui, il y a des choses extraordinaires dans la littérature pour les adolescents.
J’en lis d’ailleurs très souvent, avec énormément de plaisir. J’aime particulièrement Yves Grevet, Gaia Guasti, Martin Page, Coline Pierré, Jacqueline Kelly, Susin Nielsen et pour les plus jeunes Toon Tellegen, dont je trouve l’écriture puissante et drôle.
Côté images, j’adore la légèreté et l’esprit de Laurent Simon, le travail de Jérémie Fischer, de Julia Wauters, d’Isabelle Arsenault… Et bien sûr les talentueux illustrateurs et illustratrices avec qui j’ai travaillé sur différents albums : Sandra Desmazières, Amélie Graux, Audrey Spiry, Merwan Chabane, Alice Bohl…

Pouvez-vous nous dire quelques mots de vos prochains ouvrages ?
Justement, j’ai en cours l’écriture d’un roman pour adolescents, dans un univers un peu fantastique, que je viens de commencer et que j’aimerais également illustrer…
Je continue aussi la série Igor et Souky aux éditions des Éléphants, avec Sigrid Baffert au scénario, le prochain tome se passera dans l’espace, cette fois !
Le mois prochain, il y a également la sortie de Clémence Évidence, aux éditions Delcourt, une bande dessinée que j’ai scénarisée et qui est dessinée par Merwan.
J’ai également quelques projets d’albums en préparation et aussi un projet de série animée que je développe actuellement, de quoi voir venir pour cette rentrée !

Bibliographie sélective :

  • Clémence Évidence a toujours raison, scénario dessiné par Merwan Chabane, Delcourt (à paraître, octobre 2017).
  • Le lapin qui portait malheur, texte illustré par Amélie Graux, Didier Jeunesse (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Mon enfant de la terre, illustration d’un texte de France Quatromme, Les éditions des éléphants (2017).
  • Série Igor et Souky, illustrations de textes de Sigrid Baffert, Les éditions des éléphants (2015-2017), que nous avons chroniqué ici et .
  • La reine des truites, texte illustré par Alice Bohl, Grasset Jeunesse (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Vladimir et Clémence, illustration d’un texte de Cécile Hennerolles, Grasset Jeunesse (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Tempête, texte illustré par Audrey Spiry, Sarbacane (2015).
  • La couverture de Jane, illustration d’un texte d’Arthur Miller, Gallimard Jeunesse (2015).
  • Lotte, texte illustré par Audrey Spiry, Sarbacane (2014).
  • Les quatre vœux, illustrations de textes de Richard Erdoes et Alfonso Ortiz, Magnard Jeunesse (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Le zoo des légumes, illustration d’un texte de Martin Page, l’école des loisirs (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Petits contes des 1001 nuits, illustration de textes de Claude Lemoine, Tana éditions (2012), que nous avons chroniqué ici.


En vacances avec… Louis Thomas

Régulièrement, nous partons en vacances avec un·e artiste. Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais moi j’adore partir comme ça avec quelqu’un, on apprend à la·le connaître notamment par rapport à ses goûts… cet·te artiste va donc profiter de ce voyage pour nous faire découvrir des choses. On emporte ce qu’elle·il veut me faire découvrir. On ne se charge pas trop… 5 de chaque ! 5 albums jeunesse, 5 romans, 5 DVD, 5 CD, sur la route on parlera aussi de 5 artistes qu’il·elle veut me présenter et c’est elle·lui qui choisit où l’on va… 5 destinations de son choix. Cette fois-ci, c’est avec Louis Thomas que nous partons ! Allez, en route !

5 albums jeunesse : 

  • Crictor (Tomi Ungerer)
  • Les lunettes du lion (Charles Vildrac, illustré par Noëlle Lavaivre)
  • Charlie et la chocolaterie (Roald Dahl, illustré par Quentin Blake)
  • Marcelin Caillou (Sempé)
  • Madeline (Ludwig Bemelmans)
  • Eloïse (Hilary Knight et Kay Thompson)

5 romans :

  • Les enfants terribles (Jean Cocteau)
  • L’étranger (Camus)
  • Le Procès (Kafka)
  • Zorba (Nikos Kazantzakis)
  • L’amour (Marguerite Duras)

5 films :

  • L’avventura (Antonioni)
  • Pierrot le fou (Godard)
  • Chantons sous la pluie (Donen)
  • 2001 (Kubrick)
  • Love in the afternoon (Wilder)
  • Les 101 dalmatiens (Reitherman)

5 vinyls

  • Solitude (Billie Holiday)
  • Moon beams (Bill Evans)
  • Getz-Gilberto (João Gilberto et Stan Getz)
  • Cripple crow (Devendra Banhart)
  • Live at Pompéii (Pink Floyd)
  • 2 (Mac deMarco)

5 artistes

  • Pablo Picasso
  • David Hockney
  • Devendra Banhart
  • Alice Neel
  • Jean Cocteau

5 lieux

  • Death Valley (USA)
  • Ginostra (Italie)
  • Amorgos (Grèce)
  • Le Quartier latin/montagne sainte Geneviève/Jardin du Luxembourg (Paris)
  • Mon atelier (Paris)

Louis Thomas est auteur et illustrateur.

Bibliographie sélective :

  • Le roi qui n’aimait pas la musique, illustration d’un texte de Matthieu Laine, Gallimard Jeunesse (à paraître, octobre 2017).
  • J’adore les animaux !, illustration d’un texte de Katie Cotton, Milan (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Tarzan poney méchant, illustration d’un texte de Cécile Alix, Poulpe Fictions (2017).
  • Sur mon fil, illustration d’un texte de Séverine Vidal, Milan (2017).
  • Pourquoi je dois dire merci ?, illustrations de textes d’Emma Waddington et Christopher McCurry, Vigot (2017).
  • Pourquoi est-ce que je dois manger mes légumes ?, illustrations de textes d’Emma Waddington et Christopher McCurry, Vigot (2017).
  • Le Sultan Toufou, illustration d’un texte de François Vincent, Didier Jeunesse (2016).
  • New York la nuit, illustration d’un texte d’Arnaud Roi, Milan (2016).
  • Tout ce que les parents ne comprendront jamais !, illustration d’un texte d’Hélène Delavault, les éditions des Braques (2015)
  • Le compositeur est mort – Enquête à l’orchestre, illustration d’un texte de Lemony Snicket, Didier Jeunesse (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Un monstre est entré dans ma vie, illustration d’un texte de Nathalie Kuperman, l’école des loisirs (2014).

Retrouvez Louis Thomas sur Instagram : https://www.instagram.com/louis_thomas_draw.

You Might Also Like

Les invité·e·s du mercredi : Frédéric Gauthier (La Pastèque) et Yaël Hassan

Par 20 septembre 2017 Les invités du mercredi

Vous le savez si vous suivez La mare aux mots, j’adore les éditions de La Pastèque. C’est, pour moi, l’une des maisons d’édition les plus intéressantes. La plupart de leurs ouvrages sont des bijoux. J’ai eu donc envie de poser quelques questions à l’un des éditeurs, Frédéric Gauthier. Ensuite, c’est l’autrice Yaël Hassan qui a accepté de venir nous livrer ses coup de cœur et coup de gueule ! Bon mercredi à vous.


L’interview du mercredi : Frédéric Gauthier (La Pastèque)

Comment sont nées les éditions de La Pastèque ?
La Pastèque a reçu ses lettres patentes en juillet 1998 et sa première publication, Spoutnik 1, a été publiée en décembre de la même année. Mise sur pied par Martin Brault et moi-même, la maison d’édition compte à ce jour, plus de 275 titres. C’est en écoutant une table ronde sur la bande dessinée québécoise au Salon du livre de Montréal en novembre 1997 que l’idée de fonder une maison d’édition nous est venue. Ce jour-là, nous avions eu droit au sempiternel constat pessimiste sur la BD québécoise. Nous avons eu alors envie de brasser la cage et d’insuffler un peu d’optimisme à cette morosité ambiante. Nous voulions prendre le pari que les Québécois, comme les francophones d’Europe, apprécieraient une bande dessinée plus personnelle, plus intimiste.
Le volet jeunesse est venu presque 15 ans plus tard, étant une évolution naturelle de travailler avec nos créateurs sur des projets jeunesse. Nous avons abordé cette évolution avec une approche libre et novatrice qui ne s’ancre pas dans des formats établis.

Quelle est la ligne éditoriale ?
Il est toujours complexe de définir une ligne éditoriale, mais il y a un choix esthétique fort qui met de l’avant des talents graphiques possédants des styles authentiques et variés qui possèdent une filiation stylistique. La force de notre ligne éditoriale se base avant tout sur la liberté créative qu’on laisse à nos auteurs et illustrateurs. Nous laissons les récits se déployer dans leur forme idéale sans contrainte de format, pagination ou autre nécessité technique. Ce qui permet aux auteurs d’aller très loin dans leur création et ça libère grandement les illustrateurs. Nous concevons aussi le livre, l’objet en collaboration avec les créateurs donnant au final un produit conceptuel qui transpose entièrement la vision de ceux-ci. Au niveau des récits, dans la fiction nous cherchons des voix fortes, uniques qui témoignent du monde dans lequel on vit et qui s’éloigne des formules préconçues. La Pastèque mise aussi beaucoup sur la prise de risque pour faire évoluer sa ligne éditoriale. Nous n’avons pas peur de nous aventurer dans des projets hors norme, ce qui aide à pousser la recherche et développer son lectorat.
Aussi comme nous venons de l’école du roman graphique, notre approche à l’album est totalement décomplexée au niveau de la forme, de la longueur. On préfère que le lecteur puisse entrer dans l’univers visuel et narratif, ce qui implique une plus longue forme. Ce qui est naturel chez nous.

Vous êtes québécois, mais très présents en France. Que représente la France pour vous ?
La France a toujours été pour nous un marché aussi important que le Québec. Vital à nos débuts, ce marché reste encore à développer et nous pensons que la qualité de nos titres peut encore rejoindre un plus grand lectorat en France. Depuis 2-3 ans, nos titres sont sélectionnés pour des prix et des sélections prestigieuses ce qui nous aide à mieux faire voir ces livres et ces auteurs talentueux. De plus, nous travaillons avec plusieurs auteurs et illustrateurs français ce qui donne à notre catalogue une perception francophone forte et encore ici permet de solidifier les bases en France et partout en Europe.

Vos livres sortent ici exactement de la même façon qu’au Québec ou y a-t-il une adaptation ?
Il n’y a aucune adaptation, ce sont les mêmes livres. Disons qu’on pense à un marché global francophone quand on travaille aux livres, mais on laisse les auteurs et leurs styles personnels s’exprimer librement.

Combien de personnes travaillent pour les éditions de La Pastèque et quels sont leurs postes ?

Nous sommes une équipe de 6 personnes :

  • Frédéric Gauthier, moi-même, – co-fondateur, éditeur, responsable des droits, des relations de presse et de l’administration
  • Martin Brault – co-fondateur, éditeur et responsable de la production
  • Marie-Soleil Granger – directrice commerciale
  • Séraphine Manu – éditrice jeunesse
  • Fabien Longval – coordination et administration
  • Élisabeth Tielemans – responsable de la France, Belgique et Suisse

Dites-nous quelques mots sur le projet Tout garni
Avec le projet Tout garni nous voulions expérimenter les formes narratives natives numériques. Sans avoir rayé totalement le développement numérique de nos livres, la faiblesse du marché nous force à revoir nos stratégies numériques. On a eu l’opportunité de présenter ce projet pour obtenir des fonds de recherche et développement et on a donc imaginé un projet qui se déploie un peu à l’image des calendriers de l’avent, soit un projet par mois sur une année complète. Ces 12 projets sont liés par une trame narrative créée par André Marois et sont imaginés visuellement et technologiquement par 12 illustrateurs/trices différents. Ils ont donc le loisir d’imaginer l’axe numérique de leur choix sans restrictions et sont jumelés à une entreprise spécialisée qui a les compétences technologiques et créatives de les accompagner. On a donc eu des projets en « scroll », un jeu en ligne, un projet en réalité virtuelle, un jeu interactif avec téléphone intelligent, bref on n’est aucunement limité. Au final, le récit rocambolesque de ce livreur de pizza se terminera en décembre. Nous avons pu expérimenter durant toute l’année et mieux définir les possibilités pour la suite de ce développement, la mise en marché de telles idées et la mise en réseau de divers partenariats.

Pouvez-vous nous parler de votre parcours personnel ?
Suite à des études en cinéma, outre le travail en librairie, j’ai aussi travaillé dans le monde du multimédia et de la publicité, travaillant pour Sid Lee dirigeant un projet de création pendant 3 années. J’ai ensuite été développer le projet Foodlab à la Société des arts technologiques de Montréal pendant 3 années avant de finalement être à temps plein sur La Pastèque.

Quelles étaient vos lectures d’enfant/d’adolescent ?
Mes lectures de jeunesse étaient les classiques franco-belges de dessinée et plus tard une grande partie de l’héritage du magazine À suivre avec une affection particulière pour Alberto Breccia. J’ai également lu beaucoup de littérature jeunesse québécoise comme la série classique des Raisins de Raymond Plante.

Parlez-nous des prochaines sorties.
Cet automne sera riche et varié ! Nous sommes heureux de publier un album jeunesse de Kerascoët, Paul et Antoinette, qui sera mis à l’honneur au SLPJ [NDLR : Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil] cette année. C’est un album simple et rigolo sur un frère et une sœur que tout oppose ou presque…
Nous avons aussi un album fort d’India Desjardins, Une histoire de cancer qui finit bien : ce livre est particulièrement touchant, car c’est une jeune fille atteinte de cette maladie qui lui a demandé d’écrire une histoire positive à ce sujet.
Nous publions aussi, dans le cadre de notre nouvelle collection de documentaire graphique, un album époustouflant : Les poissons électriques ! Dans la lignée d’En voiture ! de Pascal Blanchet.
Enfin un autre de nos albums chouchous est Le brouillard de Kenard pak et Kyo Maclear, une fable sur l’écologie et les changements climatiques mais aussi sur l’importance de regarder l’autre, illustrée avec une grande délicatesse.

Parmi les titres sortis chez La Pastèque :

  • L’oiseau de Colette, d’Isabelle Arsenault (2017).
  • La milléclat dorée, de Benjamin Flouw (2017).
  • Mon cœur pédale, Simon Boulerice et Émilie Leduc (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • En voiture, de Pascal Blanchet (2017).
  • Les Liszt, de Kyo Maclear et Júlia Sardà (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Écrit et dessiné par Enriqueta, de Liniers (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Azadah, de Jacques Goldstyn (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Louis parmi les spectres, de Fanny Britt et Isabelle Arsenault (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Une berceuse de chiffons, d’Amy Novesky et Isabelle Arsenault (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • La petite patrie, de Julie Rocheteau et Normand Grégoire (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Le facteur de l’espace, de Guillaume Perreault (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Série Paul, de Michel Rabagliati (2000-2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Les affreux chandails de Lester, de K.G. Campbell (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Série Macanudo, de Liniers (traduit par Jean-Paul Partensky) (2008-2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Fourchon, de Kyo Maclear et Isabelle Arsenault (2011), que nous avons chroniqué ici.

Le site des éditions de La Pastèque : http://www.lapasteque.com.


Le coup de cœur et le coup de gueule de… Yaël Hassan

Régulièrement, une personnalité de l’édition jeunesse (auteur.trice, illustrateur.trice, éditeur.trice…) nous parle de deux choses qui lui tiennent à cœur. Une chose qui l’a touché.e, ému.e ou qui lui a tout simplement plu et sur laquelle il.elle veut mettre un coup de projecteur, et au contraire quelque chose qui l’a énervé.e. Cette semaine, c’est Yaël Hassan qui nous livre son coup de cœur et son coup de gueule.

Coup de gueule…

Pendant toute une période de ma vie, l’été était synonyme de soleil, plage, baignades, bronzage, chaleur, torpeur, farniente, coquillages et crustacés, d’itsi bitsi petits bikinis, robes minis et fleuries, paysages, voyages, douceur de vivre… Un chapelet de mots aussi prometteurs qu’anodins qui vous parlaient de vacances, de détente les doigts de pieds en éventail et un bon livre dans les mains !
Mais ça, c’était avant…
Il est fini le temps où, sur la plage, on ne portait plus rien ou pas grand-chose. Couvrez-moi ce nombril que je ne saurais voir ! La tendance serait de renvoyer les femmes à leurs étoffes et autres voiles dont elles ont mis tant de temps à se dépêtrer et, nos étés, sont devenus meurtriers.

Nice, Barcelone, attentats, insécurité, danger, policiers, militaires, état d’urgence, terrorisme, islamisme, djihadisme, obscurantisme, barbarisme, ces mots-là, ceux en isme, sont bien moins chaleureux, bien moins sympathiques. Dorénavant nos étés sont jalonnés de commémorations, de larmes, de drames, de concerts en hommage aux victimes…
Alors, mieux qu’un coup de gueule, c’est un coup de poing dans la gueule qu’on aimerait assener à tous ces fanatiques qui nous empêchent de bronzer en paix ! Non, mais !

Coup de cœur…

J’aime le mois de septembre.
Non, pas parce qu’il est celui de la rentrée des classes, pour moi, ce temps-là, est si loin déjà… Mais parce qu’il est prometteur. Il est celui du livre que je suis en train d’écrire, de celui qui est sur le point de sortir, de ceux, nombreux, que je vais découvrir sur les étals des librairies, des auteurs aimés que je vais retrouver, de ceux dont je ferai la connaissance, des livres que j’adorerai et ceux que je délaisserai.
La rentrée littéraire en sonnant certes le glas des vacances estivales n’en est pas moins annonciatrice de délices futurs que je dégusterai sans modération lors des soirées pluvieuses d’automne et celles glacées de l’hiver.
Contre le fanatisme, contre les extrémismes, il n’existe pas de meilleure arme que les livres, le savoir, l’éducation. Et c’est en cela que les Littératures (jeunesse et vieillesse) sont si grandes !

Yaël Hassan est autrice.

Bibliographie sélective :

  • Un roman d’aventures (ou presque), Syros (2017).
  • La révolte des moins-que-rien, Les éditions du mercredi (2017).
  • Achille, fils unique, Nathan (2016).
  • C’est l’histoire d’un grain de sable, illustré par Manuela Ferry, éditions du pourquoi pas ? (2016).
  • Quatre de cœur, co-écrit avec Matt7ieu Radenac, Syros (2016).
  • Perdus de vue, co-écrit avec Rachel Hausfater, Flammarion Jeunesse (2016).
  • L’usine, Syros (2015).
  • J’ai fui l’Allemagne nazie, Gallimard Jeunesse (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Les demoiselles des Hauts-Vents, Magnard Jeunesse (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • L’heure des mamans, illustré par Sophie Rastégar, Utopique (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • La fille qui n’aimait pas les fins, coécrit avec Matt7ieu Radenac, Syros (2013).
  • Défi d’enfer, roman illustré par Colonel Moutarde (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Rue Stendhal, Casterman (2011).
  • Momo, petit prince des Bleuets, Syros (1998).
  • Un Grand-père tombé du ciel, Casterman (1997).

Le site de Yaël Hassan : http://minisites-charte.fr/yael-hassan.

You Might Also Like

Les invité·e·s du mercredi : Philippe UG et Mathis

Par 13 septembre 2017 Les invités du mercredi

Aujourd’hui, je vous propose un entretien avec un grand monsieur du pop up : Philippe UG. Ensuite, nous partons en vacances (comment ça « on en vient » ?) avec Mathis. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Philippe UG

Parlez-nous de votre parcours
Après les beaux arts et les arts appliqués, j’ai exercé comme professeur de dessin en même temps que la création de livres d’artiste, que je continue aujourd’hui encore activement parallèlement aux livres d’éditions courante chez Les Grandes Personnes

Pourriez-vous nous expliquer la façon dont vous créez vos magnifiques pop-up ? Quel matériel utilisez-vous ? Comment procédez-vous ?
Tout d’abord j’imagine les pop up ! ensuite des croquis rapides, ensuite des maquettes papier « sale » avec tout ce qui me tombe sous la main (scotch d’emballage, feutre…), puis des maquettes « propres et belles » en papier de couleur, puis une traduction des pièces détachées en fichier informatique, puis des maquettes techniques pour l’industrialisation.

Le dernier en date c’est Les maisons des animaux qui vient de sortir chez Les Grandes Personnes, pouvez-vous nous en dire quelques mots ?
J’ai voulu dessiner des animaux avec une esthétique moderne associée à des systèmes simples d’apparition/disparition.

Quelles sont vos principales sources d’inspirations ?
Ces dernières années, surtout la nature car j’y passe beaucoup de temps

Quelles étaient vos lectures d’enfant et d’adolescent ? Y a-t-il des livres pop-up qui ont marqué votre enfance ?
Aucun livre d’image étant enfant !, et ado très peu de choses ! À part La guerre du feu et Jules Verne. Je me rattrape maintenant en collectionnant les livres d’images des années cinquante et contemporains, pop up ou pas.

Pouvez-vous nous dire quelques mots de vos prochains ouvrages ?
Le petit peuple du sol va sortir cet automne chez Les Grandes Personnes, un pop up sur les champignons et la vie dans l’humus.
Un livre d’artiste sérigraphié sur les volcans La tectonique des pages.
Et plein d’autres en projet…

Bibliographie sélective :

  • Le petit peuple du sol, Les Grandes Personnes (à paraître, 2017).
  • Les maisons des animaux, Les Grandes Personnes (2017).
  • Tout au fond, Les Grandes Personnes (2017).
  • La princesse Flore et son poney bouton d’or, Les Grandes Personnes (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Les shadoks, texte de Thierry Dejean, Les Grandes Personnes (2015).
  • Le jardin des papillons, Les Grandes Personnes (2014).
  • Lutins des bois, Les Grandes Personnes (2014).
  • Vasarely, Les Grandes Personnes (2014).
  • Les robots n’aiment pas l’eau, Les Grandes Personnes (2013).
  •  Big Bang Pop, Les Grandes Personnes (2012).
  • Drôle d’oiseau, Les Grandes Personnes (2011).
  • Tobor, Seuil Jeunesse (2005)


En vacances avec… Mathis

Régulièrement, nous partons en vacances avec un·e artiste. Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais moi j’adore partir comme ça avec quelqu’un, on apprend à la·le connaître notamment par rapport à ses goûts… cet·te artiste va donc profiter de ce voyage pour nous faire découvrir des choses. On emporte ce qu’elle·il veut me faire découvrir. On ne se charge pas trop… 5 de chaque ! 5 albums jeunesse, 5 romans, 5 DVD, 5 CD, sur la route on parlera aussi de 5 artistes qu’il·elle veut me présenter et c’est elle·lui qui choisit où l’on va… 5 destinations de son choix. Cette fois-ci, c’est avec Mathis que nous partons ! Allez, en route !

5 albums jeunesse

  • La deuxième fois que je suis née, de Vincent Cuvellier et Charles Dutertre
  • L’art d’être champion du monde, de Aurore Petit
  • Titi nounours et la soupe au pilipili, de Benoit Jacques
  • Vincent, le chien terriblement jaune, de Pierre et Dylan Pelot
  • Monstres malades, de Emmanuelle Houdart

5 romans

  • Martin Eden, de Jack London
  • Les oiseaux, de Tarjei Vesaas
  • Le chemin des âmes, de Joseph Boyden
  • La trilogie des confins, de Cormac McCarthy
  • Les racontars arctiques, de Jorn Riel

5 BD

  • Colombo, de Altan
  • L’incal, de Jodorowsky et Moebius
  • Snoopy et les Peanuts, de Charles M. Schulz
  • Calvin et Hobbes, de Bill Watterson
  • Nam-Bok, de Thierry Martin (d’après Jack London)

5 DVD

  • 2001, l’odyssée de l’espace, de Stanley Kubrick
  • Brazil, de Terry Gilliam
  • Le bon, la brute et le truand, de Sergio Leone
  • La chienne, de Jean Renoir
  • Le bouton de nacre, de Patricio Guzman

5 CD

  • Mirage, de Klaus Schulze
  • Phaedra, de Tangerine Dream
  • The Commercial Album, de The Residents
  • Il était une fois la révolution, de Ennio Moricone
  • Arvo Pärt für Anna Maria complete piano music, de Jeroen Van Veen

5 artistes

  • Jean Dubuffet
  • Francis Bacon
  • Sol LeWitt
  • Tibor Csernus
  • Pierre Soulage

5 lieux

  • La forêt Vosgienne
  • Le canal entre Nancy et Champigneulles
  • Une bonne salle de cinéma
  • La lune
  • Mars

Mathis est auteur et illustrateur.

Bibliographie sélective :

  • Le secret du lac Vert, roman, Thierry Magnier (à paraître, 2017).
  • Série Boris, albums, Thierry Magnier (2010-2017), que nous avons chroniqué ici, ici et .
  • Le petit oiseau, la vache et le renard, album, Thierry Magnier (2017).
  • Le petit pou rit, texte illustré par Aurore Petit, Les Fourmis Rouges (2016).
  • Le petit pou sait, texte illustré par Aurore Petit, Les Fourmis Rouges (2016).
  • Série Victor qui pète, albums, Chours (2016).
  • Le trésor du lac des trois chats, roman, Thierry Magnier (2016).
  • La gelée d’été, roman, Thierry Magnier (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Série Dolorès Wilson, albums, textes illustrés par Aurore Petit, Les Fourmis Rouges (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Cinq, six bonheurs, roman, Thierry Magnier (2013).
  • Je hais les vacances, album, Actes Sud Junior (2006), que nous avons chroniqué ici.
  • Du bruit sous mon lit, album, Thierry Magnier (2004), que nous avons chroniqué ici.

 

You Might Also Like