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Interview

Les invité.e.s du mercredi : Morgane de Cadier, Florian Pigé et Marine Carteron

Par 26 avril 2017 Les invités du mercredi

Aujourd’hui c’est un savoureux duo qui répond à nos questions : Morgane de Cadier et Florian Pigé. On découvre ensuite le coup de cœur et le coup de gueule de Marine Carteron, qui nous a notamment régalés avec sa trilogie des Autodafeurs ! Bon mercredi !


L’interview du mercredi : Morgane de Cadier et Florian Pigé

Parlez-nous de votre dernier album, Chut ! sorti aux éditions HongFei Cultures.
Florian : Le texte est né d’une idée de Morgane, un lapin ronchon qui n’aime rien. Comme pour tous nos livres, nous avons enrichi cette histoire en sirotant une Piña Colada. L’idée des cabanes haut-perchées, du voisin, de l’oiseau, sont venues au bout de quelques verres. (Rires)
Au début, l’oiseau géant devait juste emporter les protagonistes au loin, mais on a trouvé ça plus intéressant de faire grossir l’oiseau, comme une métaphore de la haine de Monsieur Franklin.
Morgane : Je tenais aussi énormément à ce que l’on reste dans le même décor, à ce que l’on ne quitte pas ces deux cabanes et leurs petits habitants. Au final, c’est un livre qui parle de solidarité et d’ouverture au monde sans avoir à s’aventurer très loin.
Je pense que c’est un des albums dont on est le plus fier. On a tous les deux beaucoup évolué en le réalisant.

Quelques mots sur votre parcours ?
Florian : Quand vous dites parcours j’ai l’impression d’avoir 150 ans et des années d’expérience derrière moi. Au final, on est assez « jeunes » dans le milieu de l’édition.
Morgane : J’ai commencé mon « parcours » à l’École Émile Cohl, tout de suite après le bac. Je voulais faire du dessin animé, mais j’ai vite compris que c’était long (et un peu chiant), du coup je me suis dit que j’allais plutôt faire de l’illustration. C’est là-bas que j’ai rencontré Florian, à une soirée entre étudiants.
Au final, j’ai arrêté Émile Cohl en cours de route. L’année suivante, je me suis mise à écrire avec Florian et à travailler sur Tout là-haut (notre premier album). Maintenant, j’ai repris des études en Concept Art à l’École Bellecour, tout en continuant à écrire. Pour tout dire, je dois passer mon diplôme à la fin de l’année.
Florian : Comme tous les illustrateurs, j’ai commencé par un IUT de gestion après le bac. (Rires) Après mon diplôme, j’ai directement enchainé avec l’École Émile Cohl à Lyon. Je ne me voyais pas faire un métier sans création, j’y ai passé quatre années géniales. La quasi-totalité de mes potes sont des ressortissants de l’école.
À Cohl, je ne me voyais pas du tout faire de la jeunesse, j’avais plutôt envie de faire de la BD sombre en noir et blanc. Ce sont les professeurs en dernière année qui m’ont poussé dans cette direction.
Une fois diplômé, j’ai commencé à travailler sur Tout-là haut avec Morgane. Notre complicité était déjà évidente avant, on a le même sens de l’humour, les mêmes goûts et cela nous aide beaucoup à travailler ensemble.

Comment se passe votre collaboration ? Morgane, vous qui êtes aussi illustratrice, intervenez-vous sur le travail de Florian ? (qui décide, par exemple, de l’espèce à laquelle appartiendront les personnages, ou le type de décors ?)
Morgane : Comme on travaille souvent ensemble et qu’on se demande régulièrement notre avis, on finit forcément par s’influencer l’un l’autre. Mais c’est davantage de l’ordre du conseil que de l’intervention. Et puis comme on parle tout le temps de nos différents projets (au restaurant, en voiture, jusque sur la plage), on en arrive à construire nos idées ensemble.
Florian : Pour les espèces d’animaux, c’est assez logique au final. Par exemple, pour Une île sous la pluie il nous fallait des habitants qui n’aiment pas l’eau alors on a évidemment pensé aux chats.
Il arrive aussi que ce soit arbitraire, comme pour Monsieur Franklin dans Chut !
Morgane : Ayant un gout prononcé pour le minimalisme, si Florian m’écoutait, la moitié de nos livres se passeraient sur fond blanc, sans décors ou dans la neige. (Rires)
Florian : Les décors et les cadrages sont des éléments très importants pour moi. Dans Chut ! le décor comme le cadrage sont porteurs de sens. Ils opposent directement les deux personnages, notamment par la séparation de la page.

Vos albums évoquent souvent l’ouverture à l’autre, au monde, est-ce un thème cher à vos yeux ?
Morgane : Pour tout dire, on ne pense jamais vraiment au sous-texte de nos albums. Je n’essaye pas d’inclure une morale ou un message dans mes textes. Cela dit, je suis toujours très touchée quand on me le fait remarquer. Ce sont des thèmes qui me semblent importants, surtout par les temps qui courent. Et je suis flattée de pouvoir faire passer ces valeurs aux lecteurs, même si ce n’était pas intentionnel au départ.

Florian, pourriez-vous nous parler de vos/votre technique(s) d’illustration ?
Florian : Je pars toujours d’un croquis sur feuille, je le scanne et j’ajoute des couleurs et des matières par ordinateur. J’aime bien mixer plusieurs techniques : aquarelle, crayon, craie, stylo…
Le mélange des textures donne un côté organique que j’aime bien.
Je fais en général plus de recherches sur l’ambiance générale. Pour moi, l’impression que laisse une illustration est plus importante que la justesse du dessin.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescent.e ? Y’a-t-il des auteurs.trices et illustrateur.trice.s qui ont particulièrement influencé votre travail ?
Morgane : Pour être tout à fait honnête, je ne lisais pas beaucoup d’albums étant enfant. Mes parents avaient plutôt l’habitude de me lire des petites nouvelles avant d’aller dormir. Je pense avoir grandi en étant entourée davantage de mots que d’images.
Quand j’ai commencé à lire, j’ai dévoré les albums de La Famille Passiflore (illustrés par Loïc Jouannigot) et les histoires de Beatrix Potter. Plus tard, j’ai aussi été très marquée par Max et les Maximonstres (de Maurice Sendak).
Florian : Je ne lisais pas d’albums jeunesse non plus. J’ai surtout collectionné des comics et regardé BEAUCOUP de films. J’essayais régulièrement d’adapter les films que je voyais en BD mais je m’arrêtais au bout de quelques pages.
J’ai découvert les albums jeunesse durant ma dernière année à Cohl et depuis j’en achète au moins
deux par mois.

Auriez-vous quelques coups de cœur à nous faire partager ?
Florian : Alors alors… cet été j’ai lu Léo le fantôme de Mac Barnett et Christian Robinson. Je trouve qu’ils ont tout compris, tant au niveau de l’histoire que de l’illustration.
Plus récemment j’ai beaucoup aimé : Un grand jour de rien de Béatrice Alemagna et Sur mon fil de Séverine Vidal et Louis Thomas.
Morgane : Mon premier coup de cœur a sans doute été Mon Meilleur Ami de Satoe Tone, que j’ai découvert à Bologne en 2014.
Dans un autre style, Shackleton’s Journey de William Grill m’a beaucoup marquée. Pour la petite histoire, c’est un livre documentaire que j’ai trouvé en anglais dans une librairie à Amsterdam. Je ne sais pas s’il a été traduit en français depuis, mais il vaut vraiment le détour. (NDLR  : il est en effet publié chez Casterman !)
Plus récemment, j’ai aussi beaucoup aimé Troisième Branche à Gauche d’Alexandra Pichard.

Peut-on en savoir plus sur vos futurs projets ? (seul.e ou ensemble !)
Morgane : Trouver du travail après mon diplôme ? (Rires) Plus sérieusement, on a plusieurs projets ensemble sur le feu. Si tout se passe bien, notre prochain album devrait sortir en fin d’année chez HongFei Cultures, il s’appellera Le Secret du Loup. On continue également à monter des projets avec Balivernes éditions.
Florian : Je suis en train d’écrire ma première série de livres pour tout-petits. Le premier de cette série s’appelle Si petit et parle d’un girafon. Je les illustre avec des tampons que je sculpte dans de la gomme. Le style graphique diffère un peu de ce que je fais d’habitude.
Je travaille aussi sur un projet avec Séverine Vidal, que j’ai contactée après avoir lu Sur mon fil.

Bibliographie  :

  • Chut !, HongFei Cultures (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Une maison à hanter, Balivernes (2016).
  • Une île sous la pluie, Balivernes (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Tout là-haut, HongFei Cultures (2015). que nous avons chroniqué ici.

Le site de Florian Pigé : https://www.florianpige.com et celui de Morgane de Cadier : https://www.morganedecadier.com.


Le coup de cœur et le coup de gueule de… Marine Carteron

Régulièrement, une personnalité de l’édition jeunesse (auteur.trice, illustrateur.trice, éditeur.trice…) nous parle de deux choses qui lui tiennent à cœur. Une chose qui l’a touché.e, ému.e ou qui lui a tout simplement plu et sur laquelle il.elle veut mettre un coup de projecteur, et au contraire quelque chose qui l’a énervé.e. Cette semaine, c’est Marine Carteron qui nous livre son coup de cœur et son coup de gueule.

Mon coup de gueule

Je profite de cette tribune que m’offre généreusement Anaïs pour porter la voix de mes amis Alice Brière-Haquet, Vincent Villeminot et Cécile Roumiguière, pour pousser un coup de gueule collectif contre la nouvelle gestion du droit de lecture.
Alors, vous me direz, « Le droit de quoi ? On doit payer pour lire des livres ? Même si on le fait gratuitement, même si on est bénévole, même si nous avons écrit le texte nous-même ? »
Oui, je sais, ça paraît idiot mais la réponse est OUI !

Comme l’expliquent très bien Alice, Vincent et Cécile la lecture à haute voix de livres, en totalité ou sous forme d’extraits, est considérée comme une « représentation », et tombe de facto sous le coup du « droit de représentation ». Jusque-là, ce droit était géré par une société d’auteurs, la SACD, mais depuis le 1er janvier 2016, et sans que grand monde en ait été informé, la gestion du droit de lecture est passée dans l’escarcelle de la SCELF, une société d’éditeurs.
Or, celle-ci a décidé d’appliquer à la lettre le barème de la SACD : trente euros minimum, même sans billetterie ! Y compris pour les « heures du conte », les associations de lecteurs bénévoles, ou les auteurs lisant leurs propres textes…
L’affaire est ubuesque et contre-productive !

Alors nous, auteurs, bibliothécaires, médiathécaires, lecteurs bénévoles, simples amateurs de lecture ou parents d’enfants à qui on lit des livres, avons décidé de dire NON :
NON à l’usine à gaz pour les bibliothécaires qui organisent les « heures du conte »,
NON à ce que la lecture coûte aux bénévoles qui offrent leur voix et leur temps,
NON à la ponction des salons qui contribuent à la vie des livres et des auteurs,
NON aux prélèvements sur les auteurs eux-mêmes lorsqu’ils lisent leurs livres !
Les livres ont besoin de médiateurs, et les lectures offertes au public en font partie. Notamment les lectures faites aux enfants, à tous les enfants, pas seulement ceux qui ont la chance de lire et d’entendre lire dans leur famille : ce sont eux qui feront vivre demain la littérature !
Plusieurs collectifs d’auteurs, dont la Charte et la SGDL, se sont rassemblés pour signer en mars une lettre pour interroger la SCELF… qui a immédiatement botté en touche en leur donnant rendez-vous à l’automne ! Une manière à peine diplomate de renvoyer les auteurs jouer avec leurs crayons, et de laisser les autres, bibliothécaires, bénévoles, se débrouiller pour payer ou se mettre hors la loi !
Nous, auteurs, sommes vigilants sur la façon dont on dispose de nos droits. Et l’un des droits de l’auteur est justement celui de dire « non » à l’incohérence d’une mesure qui va à l’encontre de ce pour quoi nous écrivons. La lecture offerte n’est pas un spectacle comme les autres, revoyons sa place au sein du droit de représentation !
Nous, auteurs signataires de cette pétition, demandons l’exonération de prélèvement SCELF sur les lectures à voix haute proposées dans un cadre non marchand sans billetterie.
Quant à nous, lecteurs, bénévoles, bibliothécaires, amateurs de lecture, soucieux de protéger le droit des lecteurs mais aussi celui des auteurs, nous nous félicitons de l’opposition des auteurs au prélèvement SCELF sur les lectures gratuites dans un cadre non-marchand. Et nous entendons ainsi pouvoir continuer à lire les livres qui nous réunissent.
Vive la lecture à haute voix ! Et vive ceux qui lisent !

Si, comme nous vous souhaitez vous élever contre cette affaire ubuesque vous pouvez vous joindre à nous en signant cette pétition sur Change.org.

Mon coup de cœur

Mon coup de cœur va aller à Mark Zuckerberg, enfin, plutôt à sa création : Facebook.
Oui, je sais c’est étrange de la part d’une prof, auteure jeunesse et maman de deux garçons de 10 et 17 ans. Sur le papier je devrais plutôt faire partie de ceux qui critiquent, de celles qui dénoncent les excès, mettent en garde contre les dangers de ce réseau social planétaire, mais pourtant c’est bien mon coup de cœur.
Mais pour que vous compreniez mieux pourquoi il faut que je vous parle un peu de moi (rassurez-vous, j’ai dit « un peu »). Je fais partie de ces personnes qui quittent rarement leur domicile (la foule me fait peur, les transports en commun me tétanisent et l’inconnu me paralyse). En plus, j’habite en province… genre en province de la province ; genre une ville sans gare TGV où personne ne vient de son plein gré (je vais me faire des amis dans la ville en question, je le sens…). Du coup, Facebook pour moi c’est le lieu où je rencontre des gens.
Car c’est surtout ça Facebook : des gens drôles, énervés, râleurs, amoureux, timides, excédés, imaginatifs, fatigués, explosifs, débordants de talent. Tout un tas d’inconnus qui pour certains, au fil du temps, sont devenus mes amis.
Je vous entends déjà murmurer en rigolant : « la pauvre meuf qui croit qu’elle a des vrais amis sur Facebook, c’est pathétique… ». Peut-être, mais tant pis, j’assume et je répète : Oui, je me suis fait des amis sur Facebook, des vrais potes avec qui je me marre, j’échange, je rêve, je procrastine, je râle. Des ami(e)s qui me donnent des conseils qui sont là quand j’ai un coup de blues ou une bonne nouvelle à partager, qui m’apprennent des trucs hyper utiles (comment transformer un dinosaure en plastique en bougeoir par exemple).
Bref, je sais que c’est à la mode de se plaindre de Facebook, mais je n’ai jamais été à la mode alors merci Mark Zuckerberg d’avoir amené tous ces gens formidables dans ma vie, tu es mon coup de cœur du jour. 🙂

Marine Carteron est autrice.

Bibliographie :

  • Génération K, tome 2, Le Rouergue, (2017).
  • Génération K, tome 1, Le Rouergue, (2016).
  • Les autodafeurs, tome 3 – Nous sommes tous des propagateurs, Le Rouergue (2015).
  • Les autodafeurs, tome 2 – Ma sœur est une artiste de guerre, Le Rouergue (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Les autodafeurs, tome 1 – Mon frère est un gardien, Le Rouergue (2014), que nous avons chroniqué ici.

Vous pouvez retrouver les héroïnes des romans de Marine Carteron sur Facebook : ici celui de Césarine Mars des Autodafeurs et ici celui Kassandre Bathory de Kapolna de Génération K !

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Les invité.e.s du mercredi : Anne-Caroline Pandolfo et Xavier-Laurent Petit

Par 19 avril 2017 Les invités du mercredi

Aujourd’hui, pour ma toute première interview, je rencontre Anne-Caroline Pandolfo ! Elle nous parle de bandes dessinées, d’albums de jeunesse mais aussi de son parcours. Ensuite, je pars en vacances avec le merveilleux Xavier-Laurent Petit ! Bon mercredi à toutes et à tous !


L’interview du mercredi : Anne-Caroline Pandolfo

Comment vous est venue l’idée de l’album Un portrait au poil qui est absolument génial et est-ce que vous avez autant ri en le créant que moi en le lisant ?
C’est toujours très difficile pour moi de dire comment une idée m’est venue. Je ne sais pas trop, ça vient, tout à coup c’est là, et je me pose la même question que vous. Ce qui est rassurant, c’est la cohérence qui s’installe d’un projet à l’autre, et même entre les livres jeunesse et la BD adulte. En l’observant, je me dis que quelque chose motive ces projets qui vient du même fond, et je continue pour apprendre un jour de quoi il s’agit. Ce qui est sûr c’est que j’ai en effet beaucoup ri en le faisant, et que je ris encore en le lisant. Je suis surprise des expressions de ces drôles d’animaux, et j’aime bien cette espèce de mauvaise foi qu’ils ont. Ils ont un goût du drame, ce qui est très drôle pour moi. Ils exagèrent, ils en font trop, ils sont à la fois fragiles et imbus d’eux-mêmes. Oui, ça me fait rire. Et plus sérieusement, l’histoire soulève la question de l’identité, de qui on est et qui on aimerait être, c’est très important, à tout âge.

Et quelles sont vos techniques d’illustration ?
Pour cet album, c’est de la gouache. C’est très beau la gouache, c’est mat et extrêmement lumineux, cela permet aussi des contours précis, ce qui est important sur des poses tordues. Je travaille aussi à l’aquarelle, ce sont des techniques très malléables. Pour commencer je fais des croquis avec un crayon un peu gras, je trouve les expressions comiques et les poses, les échanges de regards. Ensuite, il faut garder ce premier geste dans le dessin finalisé et propre.

Quelle est la raison de votre collaboration avec Talents Hauts ? Est-ce que c’est une maison qui vous parle particulièrement ?
D’abord ce sont de très bonnes éditrices, très agréables, consciencieuses et respectueuses du travail de l’auteur, c’est vraiment important, et puis elles font de beaux livres, bien suivis avec de belles impressions, de belles maquettes. Ensuite, oui c’est une maison qui m’intéresse particulièrement. Elles ont une ligne essentielle aujourd’hui, les discriminations en tout genre sont intolérables, et la littérature jeunesse est un médium décisif pour espérer que cela change : il faut commencer par là. Je suis effarée de voir le chemin qu’il y a encore à parcourir ! Les enfants sont encore enfermés dans des préjugés inadmissibles sur ce que doit être un garçon, ce que doit être une fille, et beaucoup de parents y contribuent sans en avoir conscience.
J’ai deux enfants, un garçon et une fille de 8 ans (jumeaux), je suis très sensibilisée à la question, d’autant que je ne supporte pas l’idée que l’un d’eux puisse ressentir une gêne à être ce qu’il/elle est ! Dernièrement ils sont revenus de classe verte où un karaoké a été organisé pour eux : les animateurs ont mis à tour de rôle des chansons pour filles, et des chansons pour garçons… je n’en revenais pas ! Les chansons pour garçons sont celles que ma fille et mon fils écoutent tous les jours, les chansons pour les filles sont toutes les licences Disney (Reine des neiges, etc.). Regardons un catalogue célèbre de vêtements pour enfants, ceux des garçons sont faits pour bouger, courir, avec des pantalons « indéchirables », des chaussures amortissantes, respirantes, des looks baroudeurs aux couleurs de la nature. Les vêtements des filles sont pastels, du blanc au corail, des petites robes fines à ne pas salir, des chaussures à lanières avec une semelle toute plate et toute lisse parce qu’elles ne sont pas prévues pour marcher avec, encore moins courir… c’est simplement révoltant. Je fais partie du « Collectif des créatrices de BD contre le sexisme », c’est un groupe courageux qui mène un combat difficile, dans le détail, parce que même dans des milieux créatifs on a affaire à des discriminations d’un autre âge. L’image de la femme aujourd’hui, n’est pas encore partout, celle d’un être humain complet.

Qu’est ce que vous dévoriez enfant ? Des romans, des albums, de la BD ?
De la BD, tout ce qui me passait sous la main, et j’ai relu des dizaines de fois tous les Tintin. J’aimais particulièrement Philémon qui se retrouvait dans des mondes parallèles, ça m’impressionnait beaucoup. J’ai lu beaucoup de romans, je lisais énormément, et je continue à le faire. J’ai un souvenir particulier pour Mon bel oranger de José Mauro de Vasconcelos, et aussi pour Le grand Meaulnes d’Alain Fournier.

Vous faites de la jeunesse, certes, mais surtout beaucoup de bande dessinée avec votre comparse Terkel Risbjerg, d’ailleurs vous êtes même passés à La grande librairie sur France 5 le 28 janvier pour votre album, La Lionne. À quel point le travail en BD est différent du travail en jeunesse ?
C’est très différent, en effet, mais cela se rejoint également par certains côtés. Je crois que dans la BD adulte, les idées me viennent au rythme des questions que je me pose. J’intellectualise beaucoup avant de me sentir à l’aise avec mon sujet pour le rendre « sensible », par le dialogue, le choix des scènes, le découpage et évidemment le dessin. Mon idée est de dés-intellectualiser (gros mot !) des idées qui sont profondes pour moi. Garder la profondeur en faisant un récit imagé, évocateur. Je travaille avec Terkel Risbjerg qui m’apporte son talent de dessinateur, il peut tout faire, il rend possibles mes idées sous forme d’images, c’est une très belle collaboration. Dans l’album jeunesse, mon rapport au sensible est peut-être plus direct.
Les idées qui me viennent relèvent d’une manière plus enfantine, inspirées par mes enfants et ceux que je côtoie, c’est à eux que je m’adresse. J’essaie, autant que possible, de garder une grande liberté de récit et de dessin. Mais je vois bien que le fond est le même, c’est l’attitude par rapport à la lecture qui change. J’ai des sujets récurrents, les questions d’identité, la quête de soi et celle des autres, c’est toujours la même histoire, parfois c’est l’enfant qui parle, parfois l’adulte (et parfois aussi les deux en même temps).

Si vous deviez donner un top 10 des BD qui composent votre bibliothèque intérieure, ça donnerait quoi ?
1. Mambo, de Claire Braud, ed. L’association.
2. Francès I/II/III, de Joanna Hellgren, ed. Cambourakis.
3. L’entrevue, de Manuel Fior, ed. Futuropolis.
4.  B&F, de Gregory Benton, ed. Ça et Là.
5. David, les femmes et la mort, de Judith Vanistendael, ed. Le Lombard
6. Salto, de Judith Vanistendael, ed. Le Lombard
7. Zaï Zaï Zaï Zaï de Fabcaro, ed. 6 pieds sous terre.
8. Ulysse les chants du retour, de Jean Harambat, ed. Actes Sud
9. Beauté, de Kerascoët, ed. Dupuis.
10. Klezmer, de Joann Sfar, ed. Gallimard.

Est-ce que vous voulez bien nous parler un peu de votre parcours, de votre licence de Lettres Modernes à votre participation au dessin animé Pop Secret (d’ailleurs, est-ce que vous saviez qu’il y a une marque de popcorn qui s’appelle pop secret ?) en passant par The Wall Street journal et même encore après ?
C’est déjà une longue histoire ! J’ai fais mes études à Strasbourg en Lettres Modernes, puis aux Arts Décoratifs. J’étais très heureuse dans cette école. J’y ai rencontré Isabelle Simler, nous sommes devenues amies et nous avons partagé un atelier. Ensemble nous nous sommes lancées dans l’illustration, et très vite, nous avons rencontré un agent à Paris, « Marie & Nous » qui s’est occupée de nos affaires. Nous avons beaucoup travaillé pour la publicité et la presse. Nous étions encore rares à travailler l’illustration en numérique. Un jour, nous avions fait une affiche pour la SNCF qui était accrochée dans le métro, et un producteur de dessins animés (Method films) est passé par là. Il nous a contactées. Nous nous sommes rencontrés, et nous avons travaillé ensemble, en association avec un autre producteur « Futurikon » pendant presque 10 ans. Nous avons créé l’univers graphique (personnages, décor, style) des séries télé Flatmania et Popsecret (oui j’étais au courant pour le pop corn), puis nous sommes passées à la réalisation. Réaliser une série animée est une excellente école ! Il faut aller vite, il faut travailler avec de grandes équipes, superviser les scénarios, les story-boards, la production graphique, les plans d’animation, la musique, le son, les voix… C’est très excitant.
J’ai rencontré Terkel Risbjerg (avec qui je travaille aujourd’hui en BD et avec qui j’ai 2 enfants sur la production, il était notre chef décorateur. Avec Isabelle, nous avons changé d’agent pour ouvrir un peu le champ à nos illustrations, et nous avons travaillé avec un agent américain « Anna Goodson » basé au Canada, et puis nos vies ont changé. Nous avons arrêté le dessin animé, j’ai déménagé et quitté Paris, j’ai eu besoin de travailler de façon plus personnelle, j’ai eu des enfants…
J’ai aussi un peu pris en grippe mon ordinateur après avoir passé tant de temps penchée dessus, alors j’ai recommencé à dessiner à la main, à profiter des matières, des papiers, de l’eau, de l’huile, et j’ai complètement abandonné le dessin numérique. Un grand renversement, une révolution à l’envers.
Je me suis mise à écrire des scénarios et à les envisager en bande dessinée avec Terkel au dessin, et nous avons trouvé notre 1er éditeur : Sarbacane à Paris. Nous avons publié Mine, une vie de chat, l’Astragale, Le Roi des scarabées et La Lionne chez Sarbacane. Ensuite nous avons eu une proposition (entre autres), des éditions du Lombard et nous avons publié chez eux Perceval. Nous avions envie de garder notre liberté d’auteur et de ne pas être associés à une seule maison d’édition. Parallèlement, j’ai fais plusieurs albums jeunesse, Les artistes aux éditions l’Edune, un livre que j’aime beaucoup, mais l’éditeur a disparu, aucun contact possible, un livre dans la nature… et puis chez Amaterra, les Upsilottes et Pépito ainsi qu’un carnet d’activité, et avec Talents Hauts, nous avons fait les deux derniers en date, La Cagoule, Un portrait au poil, et j’espère d’autres à venir.

Et sinon, quels sont vos futurs projets ? Plutôt BD, plutôt jeunesse, plutôt animation ?
Plutôt BD. Je travaille actuellement sur deux beaux projets BD, avec Terkel Risbjerg. Pour le printemps 2018, nous avons signé avec Sarbacane une adaptation d’un roman américain contemporain : Serena de Ron Rash. Un grand récit choral, plein de personnages, une nature gigantesque… Et puis un autre dont il m’est plus difficile de parler maintenant, mais qui nous tient à cœur car nous y pensons déjà depuis des années. Par ailleurs, je travaille encore sur un projet de bande dessinée jeunesse, que je dessine moi-même, je n’ai pas encore cherché son éditeur mais cela ne va pas tarder.

Bibliographie :

  • Perceval, BD avec Terkel Risbjerg au dessin, Lombard (2016).
  • Un portrait au poil, album, Talents hauts, (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • La Lionne, un portrait de Karen Blixen, BD avec Terkel Risbjerg au dessin, Sarbacane (2015).
  • La Cagoule, album, Talents hauts (2015).
  • Les petits curieux de la nature, cahier d’activités, Amaterra (2015).
  • Le Roi des scarabées, BD avec Terkel Risbjerg au dessin, Sarbacane (2014).
  • Upsilotte et Pépito, série de 3 albums, Amaterra (2013-2014).
  • L’Astragale, BD avec Albertine Sarrazin et Terkel Risbjerg au dessin, Sarbacane (2013).
  • Les Artistes, album, L’Edune (2012)
  • Mine, une vie de chat, BD avec Terkel Risbjerg au dessin, Sarbacane (2012).


En vacances avec… Xavier-Laurent Petit

Régulièrement, nous partons en vacances avec un.e artiste. Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais moi j’adore partir comme ça avec quelqu’un, on apprend à la.le connaître notamment par rapport à ses goûts… cet.te artiste va donc profiter de ce voyage pour nous faire découvrir des choses. On emporte ce qu’elle.il veut me faire découvrir. On ne se charge pas trop… 5 de chaque ! 5 albums jeunesse, 5 romans, 5 DVD, 5 CD, sur la route on parlera aussi de 5 artistes qu’il.elle veut me présenter et c’est elle.lui qui choisit où l’on va… 5 destinations de son choix. Cette fois-ci, c’est avec Xavier-Laurent Petit que nous partons ! Allez, en route !

5 albums jeunesse :

  • Max et les maximonstres, de Maurice Sendak
  • Le Géant de Zéralda, de Tomi Ungerer
  • Les Derniers Géants, de François Place
  • Loup y es-tu ?, de Mitsumasa Anno
  • Papa sur la lune, d’Adrien Albert

5 romans :

  • Le Roi des aulnes, de Michel Tournier
  • Le Chasseur, de Julia Leight
  • Sukkwan Island, de David Vann
  • Dalva, de Jim Harrison
  • Le Vieux qui lisait des romans d’amour, de Luis Sepulveda

5 BD :

  • Les Cités obscures, de François Schuiten et Benoît Peeters
  • Le Magasin général, de Tripp et Loisel
  • Transperceneige, de Lob, Rochette et Legrand
  • Lulu femme nue, d’Étienne Davodeau
  • Persépolis, de Marjane Satrapi

5 DVD :

  • Dans ses yeux, de Juan José Campanella
  • The Ghost writer, de Roman Polanski
  • Mystic River, de Clint Eastwood
  • Fargo et The big Lebowski, de Joel et Ethan Coen
  • Le Goût des autres, d’Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri

5 CD :

  • Concertos italiens, de J.S. Bach, par Alexandre Tharaud
  • IV, de Led Zeppelin, avec le somptueux Stairway to heaven : 8 minutes de rock et de pur bonheur !
  • Continuo, d’Avishaï Cohen
  • Exile on Main Street, des Rolling Stones
  • Missa votiva, de Jan Dismas Zelenka

5 lieux :

  • Le Scoresby Sund : le plus grand fjord du monde, à 600 km au nord du cercle polaire, sur la côte est du Groenland. À son embouchure, Ittoqqortoormiit est le village le plus septentrional de cette même côte. Autant dire le bout du monde !
  • La Savane-roche Virginie, en Guyane
  • Le Cap Corse
  • Les lacs italiens
  • Baume les messieurs, dans le Jura

5 artistes :

  • Pierre Bonnard
  • Marige Ott
  • Dorothea Lange
  • Hokusaï
  • Edward Hopper

Xavier-Laurent Petit est auteur de romans.

Bibliographie jeunesse sélective :

  • Le fils de l’Ursari, l’école des loisirs (2016).
  • Un monde sauvage, l’école des loisirs (2015).
  • Itawapa, l’école des loisirs (2013).
  • Ma tête à moi, l’école des loisirs (2010).
  • Mon petit cœur imbécile, l’école des loisirs (2009).
  • L’Attrape rêves, l’école des loisirs (2009).
  • Il va y avoir du sport mais moi je reste tranquille, recueil de nouvelles collaboratif, l’école des loisirs (2008).
  • La Route du Nord, l’école des loisirs (2008).
  • Be safe, l’école des loisirs (2007).
  • Mastro, l’école des loisirs (2005).
  • Charlemagne, l’école des loisirs (2005).
  • Marie Curie, l’école des loisirs (2005).
  • Le Col des Milles Larmes, l’école des loisirs (2004).
  • Les yeux de Rose Andersen, l’école des loisirs (2003).

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Les invité.e.s du mercredi : Anne-Isabelle Le Touzé et Martin Page

Par 12 avril 2017 Les invités du mercredi

Aujourd’hui, c’est avec Anne-Isabelle Le Touzé que nous avons rendez-vous. Avec elle nous revenons sur son actualité et sur son parcours. Ensuite, je vous propose de partir en vacances avec un grand nom de la littérature, Martin Page. Nous vous souhaitons un bon mercredi !


L’interview du mercredi : Anne-Isabelle Le Touzé

Pouvez-vous nous présenter Je veux voir le directeur, l’album plein d’humour que vous venez de sortir aux éditions Clochette ?
Je veux voir le directeur a été écrit au départ pour mon amie Christine Davenier à qui j’avais depuis longtemps envie de proposer un texte.
Nous avions déjà plusieurs fois évoqué l’idée de travailler ensemble, et j’avais envie (exercice que je n’ai encore jamais pratiqué : écrire un texte pour un autre illustrateur) qu’elle pose sur mon texte ses dessins enlevés, tendres et pleins d’humour.
Comme je suis connectée à ma radio du matin au soir, je me suis mise à réfléchir à une histoire d’actualité, et plus précisément sur… des élections ! Et j’ai inventé ce cochon, nouvel arrivant dans une ferme et qui, apprenant qu’il n’y a pas de directeur, décide de se présenter pour le poste. Bien sûr d’autres animaux vont se mettre également en lice et il y aura une mini campagne électorale à l’issue de laquelle ce nouveau directeur sera élu… non sans mal !

Quasiment au même moment vous sortez Monsieur Émile et petit Tom chez Pastel.
Cette histoire de Monsieur Émile et petit Tom, je l’ai créé il y a des années. Je dirais même qu’elle me vient du temps où j’étais moi même enfant (il y a presque cent ans !). J’adorais inventer des histoires un peu magiques avec des personnages fantaisistes…
Petit Tom a ainsi évolué, mais se confrontant toujours à une situation concrète (faire un dessin) qui dégénère. Ce qui est amusant c’est que la première réaction des enfants est une interrogation : Petit Tom, c’est un garçon ou une fille ? (il s’appelle Tom mais il a une robe), puis ils se laissent prendre par l’histoire de ces crayons magiques.

Comment naissent vos histoires ?
Je suis incapable de vous dire précisément comment naissent mes histoires. Certaines, comme Pips s’imposent d’elles-mêmes (l’histoire d’un petit oiseau qui ne peut pas dormir car ses parents l’en empêchent en l’appelant, se disputant… et à l’époque ma fille me réveillait toutes les nuits).
Je peux être interpellée par des événements extérieurs (mon histoire d’élection)… et de plus en plus je commence par le dessin, gribouille des personnages, les fais évoluer…
En fait j’ai dix mille histoires sous le coude, non éditées, et parfois je vais également remettre le nez dedans (comme pour Monsieur Émile et Petit Tom).

Quelles techniques d’illustration utilisez-vous ?
J’utilise beaucoup de techniques différentes. Lorsque j’ai débuté dans l’illustration jeunesse, je vivais entre la France et l’Allemagne. Pour la France je travaillais à l’aquarelle, encres et encre de Chine, et pour l’Allemagne, au pastel gras. Puis au bout d’une dizaine d’années, j’ai eu envie d’essayer de nouvelles choses. J’ai des albums à l’acrylique, au crayon de couleur, avec des collages, faits sur ordinateur, à la gouache… et des mélanges de tout ça !
Je fais des albums très simples graphiquement (Monsieur Émile et Petit Tom) et d’autres comme Est-ce que la maîtresse dort à l’école qui m’a pris beaucoup de temps car je voulais travailler chaque image presque comme des petits tableaux (avec un mélange de gouaches et crayons).

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
J’ai toujours aimé écrire et dessiner (j’ai entamé, enfant, quantité de romans) et après le bac je suis rentrée aux Beaux Arts de Rennes. J’y ai rencontré Andrée Prigent (et nous sommes restées grandes amies) et c’est grâce à elle que je me suis lancée dans l’édition jeunesse. Elle a commencé un peu avant moi, et c’est elle qui m’a poussée à prospecter auprès des éditeurs (à l’époque je ne savais pas trop ce que j’avais envie de faire).
J’ai eu la chance de faire très vite mon premier album chez Didier jeunesse avec qui j’ai réalisé plusieurs livres. Puis je suis partie vivre en Allemagne, et j’ai beaucoup travaillé pour une maison d’édition, Coppenrath verlag. Ce qui est marrant c’est que lorsque je dessinais pour les Allemands, ils me reprochaient souvent un travail trop « français » (?). Et lorsque je retrouvais mes éditeurs français, ils me demandaient de me lâcher plus… C’est anecdotique, mais je me rends compte que j’ai mis du temps à trouver vraiment mon style, ayant toujours peur d’en faire trop ou pas assez !

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Si vous me lancez sur mes lectures, on n’a pas fini !!! J’ai toujours ADORÉ lire, c’était pour moi une nécessité (ça l’est toujours, et je ne peux toujours pas m’endormir sans avoir lu quelques pages. Me retrouver sans livre par ex dans un hôtel lors d’un salon… c’est une catastrophe ! Je me souviens d’une anecdote avec Amélie Sarn, autre grande lectrice : sur un salon nous avions toutes deux oublié d’emporter un livre. Nous avons été demander à la réception si un client n’avait pas oublié un roman quelconque. Et, oui, il y en avait un ! Mais un seul… Du coup on a tiré au sort, et je me souviens que j’ai gagné. J’ai donc emporté le livre tandis qu’Amélie piquait tous les magazines disponibles qui traînaient sur une table !)
Mais pour en revenir à mes lectures, j’avais la chance d’avoir une famille très tournée vers les livres et chez mes grands-parents paternels comme chez ma grand-mère maternelle il y avait une importante bibliothèque. Toute petite j’ai lu tous les albums du Père castor, puis plus grande je me suis plongée dans les Comtesse de Ségur (la magnifique première bibliothèque rose, avec des gravures qui m’ont faite rêver). Mais j’avais également des Club des cinq, les Fantômette, Bennett et Mortimer (qui me font toujours hurler de rire). Puis j’ai découvert la fabuleuse bibliothèque internationale, chez Nathan, avec les Moumines (probablement le n° 1 du top 50 de mes lectures favorites), et des tas d’autres titres venant du monde entier. J’ai également dévoré les Okapi auxquels j’étais abonnée, mais aussi les Semaines de Suzette que ma mère a conservés.
Adolescente j’ai continué à lire beaucoup, tout ce qui me tombait sous la main. J’alternais -et toujours maintenant- des classiques avec des romans plus actuels. Comme j’aime les romans d’épouvante, j’ai commencé à lire Stephen King (je crois les avoir tous !). Puis j’ai découvert Bilbo le Hobbit et Le Seigneur des anneaux que j’ai dû lire 20 fois !

Quels sont vos projets ?
Ce troisième trimestre va être bien rempli car je vais beaucoup me déplacer sur des salons.
Et entre deux salons je travaillerai sur différentes choses, des albums en duo avec mon amie Elsa Devernois, mais aussi une compilation de proverbes chinois très amusants que j’aimerais proposer à des éditeurs (j’ai une sœur qui parle et écrit le chinois et qui m’a envoyé une liste savoureuse de citations). Et puis retravailler des projets, et pour l’instant je vais vers des albums destinés plutôt aux plus petits.

Bibliographie (sélective) :

  • Je veux voir le directeur !, texte et illustrations, Éditions Clochette (2017).
  • Monsieur Émile et petit Tom, texte et illustrations, l’école des loisirs (2017).
  • Surprise !, texte et illustrations, Les p’tits bérets (2016).
  • Est-ce que la maîtresse dort à l’école ?, illustration d’un texte de Carole Fives, l’école des loisirs (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Timoléon, illustration d’un texte de Steve Waring, Les éditions des Braques (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • Le roi-lapin, illustration d’un texte de Nadine Brun-Cosme, l’école des loisirs (2011).
  • Les vaches de Noël, texte et illustrations, Didier Jeunesse (2009).
  • Tous sauf un, illustration d’un texte de Nadine Brun-Cosme, Points de suspension (2009), que nous avons chroniqué ici.
  • Antoine déménage, texte et illustrations, l’école des loisirs (2007).

Retrouvez Anne-Isabelle Le Touzé sur son site : http://minisites-charte.fr/sites/anne-isabelle-le-touze.


En vacances avec… Martin Page

Régulièrement, je pars en vacances avec un.e artiste (je sais vous m’enviez). Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais moi j’adore partir comme ça avec quelqu’un, on apprend à la.le connaître notamment par rapport à ses goûts… cet.te artiste va donc profiter de ce voyage pour me faire découvrir des choses. On emporte ce qu’elle.il veut me faire découvrir. On ne se charge pas trop… 5 de chaque ! 5 albums jeunesse, 5 romans, 5 DVD, 5 CD, sur la route on parlera aussi de 5 artistes qu’il.elle veut me présenter et c’est elle.lui qui choisit où l’on va… 5 destinations de son choix. Cette fois-ci, c’est avec Martin Page que je pars ! Allez en route !

5 albums jeunesse :

  • La plage magique, Crockett Johnson
  • Halte, on ne passe pas, Isabel Minhos Martins/Bernardo Carvalho
  • Le petit Nicolas, Sempé-Gosciny
  • A rule is to break, A Child’s Guide to Anarchy, Jana Christy et John Seven
  • Les musiciens de Brême, par les frères Grimm

5 romans :

  • David Goodis : Retour à la vie
  • Paul Nizan : Aden Arabie
  • Carson Mc Cullers : Frankie Adams
  • Boris Vian : Un automne à Pékin
  • Italo Calvino : Le Baron Perché

5 BD :

  • Insolente Veggie, Rosa B
  • Drinking at the movie, Julia Wertz
  • Approximativement, Lewis Trondheim
  • Nausicaä, Miyazaki
  • I Kill Giants, Joe Kelly and J.M. Ken Niimura

5 DVD :

  • His girl friday, Howard Hawks
  • Harold et Maud, Hal Ashby
  • Kissed, Lynne Stopkewich
  • Papa est parti en voyage d’affaires, Émir Kusturica
  • Journal intime, Nanni Moretti

5 CD :

  • OP8, Slush
  • Brel, Les Marquises
  • Marvin Gaye, What’s going on
  • Cartola, Cartola
  • Pulp, This is hardcore
  • Ô Paon, Fleuve
  • Mount Eerie, A crow look at me

5 artistes

  • Manon de Lastens
  • Sunaura Taylor
  • Ana Mendieta
  • Lavinia Fontana
  • Artemisia Gentileschi
  • Mon père (artiste secret)

5 lieux

  • Mon jardin
  • L’idée que je me fais du paradis
  • Là où est posé mon macbook
  • Mon lit
  • N’importe où avec ma compagne et mon fils (et mes amis)

Martin Page est auteur.

Bibliographie (jeunesse) :

  • La recette des parents, album illustré par Quentin Faucompré, Rouergue (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • La folle rencontre de Flora et Max, roman coécrit avec Coline Pierré, l’école des loisirs (2016).
  • Le zoo des légumes, roman illustré par Sandrine Bonini, l’école des loisirs (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Plus tard, je serai moi, roman, Rouergue (2013).
  • La bataille contre mon lit, album illustré par Sandrine Bonini, Le Baron Perché (2011).
  • Le club des inadaptés, roman, l’école des loisirs (2010).
  • Traité sur les dragons pour faire apparaître les miroirs, roman, l’école des loisirs (2009).
  • Je suis un tremblement de terre, roman, l’école des loisirs (2009).
  • Conversation avec un gâteau au chocolat, roman illustré par Aude Picault, l’école des loisirs (2009).
  • Juke-box, roman, collectif, l’école des loisirs (2007).
  • Le garçon de toutes les couleurs, roman, l’école des loisirs (2007).

Retrouvez Martin Page sur son site : http://www.martin-page.fr (et ne manquez surtout pas son dernier livre adulte, Les animaux ne sont pas comestibles).

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Les invité.e.s du mercredi : Francine Bouchet, Oulya Setti et Perrine Rempault

Par 5 avril 2017 Les invités du mercredi

Quel bonheur et quel honneur pour nous de publier aujourd’hui une interview de la fondatrice d’une des plus belles maisons d’édition Jeunesse, La joie de lire ! Avec Francine Bouchet, donc, nous revenons sur cette magnifique maison qui fête cette année ses 30 ans et sur son parcours personnel. Ensuite, c’est avec Oulya Setti et Perrine Rempault que nous avons rendez-vous pour la rubrique Parlez-moi de… Ensemble, elles reviennent sur leur album, Dis, c’est quoi un attentat. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Francine Bouchet

Bonjour, vous avez créé les éditions La joie de lire il y a 30 ans cette année. Pourquoi avoir créé cette maison d’édition et d’où vient son nom ?
Le nom de La joie de lire vient de celle de la librairie genevoise (créée en 1937) que j’ai rachetée en 1981. Cette librairie avait publié des livres pour la jeunesse pendant la guerre. Je me suis vite rendue compte que ma voie était ailleurs. Les livres des autres m’ont beaucoup appris, mais j’ai ressenti que j’avais quelque chose à dire de différent.

Qu’est-ce qui a changé en 30 ans au sein de La joie de lire et comment avez-vous vu l’édition jeunesse évoluer ?
Ce qui a changé ? C’est passer de 1 à 700 titres, de 2/3 titres à 40 par année !
En 87, les tout grands étaient déjà là : Lionni, Ungerer, Sendak, Stevenson, Lobel, Janosh etc.  Des œuvres encore incontournables aujourd’hui. Depuis lors, la production a considérablement accéléré, au détriment parfois de la qualité. De nombreux talents émergent cependant, il faut savoir les débusquer.

Comment décririez-vous la ligne éditoriale de La joie de lire ? Comment choisissez-vous les projets que vous éditez ?
C’est une ligne exigeante qui ne se laisse pas enfermer dans un quelconque conformisme. Chaque projet a son histoire : une arrivée par la poste, par mail, une rencontre, une commande etc. Tous les cas de figure sont possibles. Vient alors le moment du programme et de son équilibre, le moment des vrais choix qui se font au sein de la très bonne équipe qui travaille avec moi. Les critères sont simples, d’abord qualité du texte et de l’illustration qui dépendent de la culture de chacun d’entre nous. Une question essentielle : qu’est-ce que le nouveau livre va apporter à son lecteur ? C’est là notre responsabilité d’adulte.

Je sais que la question n’est pas facile, mais si je vous demandais les livres phares qui ont marqué ces 30 premières années ou ceux qui représentent le mieux la maison, vous me citeriez lesquels ?
Je dirai simplement : Corbu comme Le Corbusier (qui reparaît cette année avec une nouvelle couverture), Mozart de Christophe Gallaz illustré par Georges Lemoine, les Marta d’Albertine et Germano Zullo, les Milton de Haydé, toute la littérature étrangère, en particulier les textes de Rodari, Alki Zei, Alice Viera, les œuvres complètes de S. Corinna Bille, plus récemment Diapason de Laëtitia Devernay, Il faut le dire aux abeilles de Sylvie Neeman avec les photographies de Nicolette Humbert, Les oiseaux d’Albertine et Germano Zullo, Drôle d’encyclopédie d’Adrienne Barman. Il y en a bien sûr beaucoup d’autres.

Il y a une belle fidélité des auteurs.trices à La joie de Lire (on les retrouve d’ailleurs dans le magnifique Petit répertoire du temps qui passe que vous avez édité pour l’anniversaire de la maison), c’est important pour vous ?
La vie est faite de rencontres qu’il s’agit de nourrir le mieux possible. Les écrivains et les artistes par la régularité de leur travail et nous par la conviction que nous mettons à les défendre.

Pouvez-vous nous parler de votre parcours personnel ?
J’ai fait du tourisme universitaire en lettres et en psychologie. J’étais « destinée » à l’enseignement lequel m’a laissée sur ma faim.
Mes trois enfants et La Joie de lire sont les œuvres de ma vie. La poésie (pour adultes) m’appelle parfois. J’ai peut-être une petite veine poétique. Mais je n’aspire aucunement à devenir écrivain. Ma vie se partage aujourd’hui entre agitation et silence.

Quel est votre rôle aujourd’hui au sein de La joie de lire ?
J’en suis encore le capitaine. Mais le navire a grandement besoin de tous ses marins…

Parlez-nous de l’anniversaire, comment allez-vous le fêter ?
Entrée en fanfare à la Médiathèque Françoise Sagan avec une très belle exposition (scénographie de Lénaïck Durel) qui dure jusqu’au 14 avril. Dans le même lieu, nous avons pu organiser un colloque sur la liberté dans le livre jeunesse qui fut un magnifique moment de réflexion sur notre travail.
Fin avril, la fête battra son plein au Salon du livre de Genève avec notamment une fête et un petit concert le samedi autour d’un livre patrimonial sur la montée à l’alpage, La Poya, illustré par Fanny Dreyer.
Nous serons très présents au Livres sur les quais à Morges tout début septembre.
La Bibliothèque universitaire de Genève consacrera à partir du 5 septembre, une exposition aux affiches que nous avons publiées au cours de ces 30 années. Un débat suivra « Robinsonnades et utopies », à l’occasion de la publication du Robinson suisse, dans une adaptation de Peter Stamm qui participera à ce débat aux côtés de Michel Porret, professeur d’histoire à l’université de Genève. Germano Zullo et Sylvie Neeman donneront chacun une conférence, l’un sur la voie de l’écrivain, l’autre sur l’œuvre pour la jeunesse de S. Corinna Bille.
Enfin, le 5 octobre sera inaugurée l’exposition La Joie de lire, la joie d’éditer au théâtre Am Stram Gram de Genève.
Un bal littéraire autour des textes de La Joie de lire suivra, mené par l’écrivain Fabrice Melquiot.
Par ailleurs, plusieurs libraires de France verront leur vitrine décorée par des illustrateurs de La Joie de lire.

Que peut-on vous souhaiter pour les 30 prochaines années ?
Voir une Joie de lire pérenne, généreuse, confiante et sans compromis.

Le site de La joie de lire : http://www.lajoiedelire.ch.

Les derniers livres de La joie de lire que nous avons chroniqués :

  • Moi je suis un cheval, texte de Bernard Friot, illustré par Gek Tessaro (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Tête de mule, d’Øyvind Torseter (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • La danse de la mer, de Laëticia Devernay (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Alcibiade, de Rémi Farnos (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Mister Orange, de Truus Matti (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Mais qui dessine là ?, de Constance von Kitzing (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Socrate et son papa, texte d’Einar Øverenget (traduit par Aude Pasquier), illustré par Øyvind Torseter (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Mon tout petit, texte de Germano Zullo, illustré par Albertine (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Tant pis pour elle, de Valérie Dayre et Pierre Leterrier (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Les oiseaux, texte de Germano Zullo, illustré par Albertine (2010), que nous avons chroniqué ici.


Parlez-moi de… Dis… c’est quoi un attentat ?

Régulièrement, on revient sur un livre qu’on a aimé avec son auteur.trice, son illustrateur.trice et/ou son éditeur.trice. L’occasion d’en savoir un peu plus sur un livre qui nous a interpellés. Cette fois-ci, c’est sur Dis, c’est quoi un attentat ?, que nous revenons avec son autrice (Oulya Setti) et son illustratrice (Perrine Rempault). L’éditeur n’a pas souhaité s’exprimer.

Oulya Setti, autrice:

Dis, c’est quoi un attentat ? est un texte auquel je tiens particulièrement. Je l’ai écrit quelques semaines après les attentats du 13 novembre 2015.
Après les attentats de Charlie Hebdo de janvier 2015, comme beaucoup j’ai ressenti le besoin d’écrire et de m’exprimer. D’abord des textes personnels pour plus grands car ils renvoient à ce que j’avais déjà vécu et ressenti durant la décennie noire en Algérie.
J’ai deux enfants et nous avons décidé avec leur père de leur dire ce qui s’est passé. Tenter d’expliquer ce qu’est un attentat à des enfants est déconcertant car plus vous tentez d’expliquer plus vous avez des Pourquoi ?…
Après le 13 novembre, réexplication difficile. Surtout, ce qui importait c’est que les enfants ne perdent pas espoir…
La fin du livre m’est venue tout naturellement avant tout le reste ! Puis le titre. Je tenais à expliquer ce qu’est un attentat avec les mots de l’enfant, à l’aide de son imaginaire. L’enfant a une telle force en lui qu’il est capable de pleurer parce qu’il est triste et heureux une seconde après pour une chose insignifiante.
Il était compliqué pour un enfant d’échapper à toute cette psychose. Beaucoup d’entre eux se sont exprimés avec des dessins. J’ai voulu m’exprimer avec leurs mots et leur imaginaire. Quoi de mieux que les animaux et des scènes de la (leur) vie quotidienne pour décrire la méchanceté et la dureté de l’autre ?
Les mots se sont enchaînés en une nuit. Dis, c’est quoi un attentat ? est né avec des mots doux d’enfants pour parler de la terreur. L’enfant n’est pas seul car à la fin l’adulte (protecteur ?) reprend les mots de l’enfant et l’accompagne dans la compréhension de l’horreur de cet acte.

Perrine Rempault, illustratrice:

Travailler sur cet album a été un véritable challenge professionnel pour moi, par rapport au thème mais aussi parce qu’il m’a poussé à sortir de ma zone de confort au niveau de mon style. Julie, l’éditrice, m’a fait confiance tout de suite alors que nous n’avions jamais travaillé ensemble et que mon premier livre n’était même pas encore sorti. Nous avons beaucoup échangé au début du projet afin de trouver le bon « ton » pour accompagner les mots délicats d’Oulya Setti sur ce sujet sensible. Julie m’a incitée à me lâcher et  à explorer un nouveau style. Du coup j’ai évolué en même temps avec cet album.
Nous avons donc choisi de jouer avec les blancs, pas de décors, afin d’apporter de la légèreté, du souffle à ce sujet sensible. Et en même temps, comme c’est un album pour les 3-6 ans, j’ai choisi de travailler à la gouache, avec des couleurs simples mais intenses pour créer un équilibre avec les fonds blancs.
Pour trouver mes harmonies couleur, je m’inspire souvent de ce que je vois dans la rue, l’architecture, les vêtements ou encore les magazines déco.
La petite sœur a un rôle très important dans le livre. Par son attitude, elle apporte de la légèreté au sujet dans le sens où elle représente toutes ces personnes qui osent se dresser contre les terroristes au péril de leurs vies. On sort de la fatalité, de la violence de l’événement et on rappelle l’espoir d’un autre monde possible…
Le passage aux crayons cassés a été l’illustration la plus difficile à réaliser… Évidemment, c’est une référence à Charlie mais pas seulement. C’est un hommage à tous ces caricaturistes, dessinateurs de presse qui se font tuer partout dans le monde pour leur art et leur militantisme.

Le site de Perrine Rempault : http://rempault.ultra-book.com.


Dis, c’est quoi un attentat ?
Texte d’Oulya Setti, illustré par Perrine Rempault.
Sorti chez Bilboquet (2017).

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Les invité.e.s du mercredi : Yaël Hassan et Loïc Clément

Par 29 mars 2017 Les invités du mercredi

Yaël Hassan fait partie des grands noms de la littérature jeunesse, nous sommes fier.ère.s qu’elle ait accepté de répondre à nos questions aujourd’hui. Ensuite, c’est un autre auteur que nous aimons beaucoup qui a accepté de venir nous livrer ses coup de cœur et coup de gueule, Loïc Clément ! Bon mercredi à vous.


L’interview du mercredi : Yaël Hassan

Pouvez-vous nous parler de votre collaboration avec Rachel Hausfater et du spectacle que vous préparez ensemble ?
Rachel et moi nous connaissons depuis vingt ans et, dès le début de notre amitié et de nos premiers pas en Littérature jeunesse, nous nous sommes mises à écrire régulièrement ensemble.
Spectacle est un bien grand mot. Nous avons eu envie de raconter à nos lecteurs l’histoire de notre rencontre. Parce qu’il est rare que nous soyons invitées ensemble pour en parler, faire cette petite mise en scène était l’occasion de partager cette magnifique aventure avec tous ceux qui nous invitent, nous lisent et apprécient notre travail. Dans cette modeste représentation nous évoquons donc notre rencontre, les livres que nous avons écrits, comment chacun des romans est né, et tout cela entrecoupé de quelques notes de musique. C’est très artisanal mais, la première fois que nous l’avons présenté au salon de Morges, les gens ont vraiment apprécié.

Comment naissent vos histoires ?
Bien souvent de rencontres, justement. Je ne suis pas quelqu’un de doué d’une imagination débordante. Ma matière à moi c’est le vrai, le concret, le réel, le vécu. Et mon moteur principal, l’émotion.

Oui, j’ai l’impression que les rencontres sont importantes pour vous, on vous voit souvent sur les salons et vous animez régulièrement des rencontres scolaires mais vous avez également écrit plusieurs romans à quatre mains. Qu’est-ce que ces rencontres vous apportent ?
Pour écrire pour la jeunesse, (quand on n’est plus soi-même, très jeune !) il faut aller sur le terrain, garder le contact. Les modes changent, les codes, le langage, les intérêts. Rencontrer mes lecteurs me permet de rester dans le coup, tout simplement ! Et puis, ces rencontres, les salons permettent aussi de s’extraire de l’écriture qui est souvent très accaparante et chronophage.

On pourrait d’ailleurs parler de rencontres aussi quand vous nous racontez les histoires de personnes ayant réellement existé.
Oui, je pars toujours de quelque chose ou de quelqu’un ayant existé. Cela peut-être même un simple témoignage entendu à la télévision, un article dans un magazine… Bien souvent, au départ, je n’ai que cela, un seul et unique personnage autour duquel je vais construire mon roman. Il faut systématiquement que je sois touchée par quelqu’un pour pouvoir commencer à écrire.

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
Un parcours assez simple. J’ai publié mon premier roman Un grand-père tombé du ciel en 1997. J’avais écrit ce texte pour participer au concours de Littérature pour la Jeunesse qu’organisait à l’époque le Ministère de la Jeunesse et des Sports. J’ai eu la chance de remporter le premier prix, que le roman a plu à Casterman et c’est ainsi que je suis devenue auteur pour la Jeunesse. J’en suis à une cinquantaine de textes publiés à ce jour et espère continuer encore longtemps cette formidable aventure !

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
La littérature jeunesse de mes toutes jeunes années n’était pas aussi riche qu’aujourd’hui. J’en ai vite fait le tour. Mon premier grand choc de lecture reste Le journal d’Anne Frank que j’ai lu à onze ans. Adolescente, je lisais les sœurs Brontë, Henri Troyat, Romain Gary, Guy Des Cars, Cronin, Daphné du Maurier, Simone de Beauvoir, beaucoup de romans historiques et de littérature anglo-saxonne.

Que lisez-vous en ce moment ?
Je viens de terminer Petits secrets, grands mensonges, le deuxième roman d’une auteur australienne dont j’avais adoré le premier. Et là, je suis en train de lire un recueil de nouvelles de Nathan Englander qui s’appelle Parlez-moi d’Anne Frank. Il s’agit d’un auteur américain que j’aime beaucoup, dont les thématiques tournent autour de la Shoah mais dans l’humour total.

Quels sont vos projets ?
La sortie en septembre 2017 chez Syros d’un roman sur lequel je travaille depuis deux ans. Mes éditrices le qualifient d’ovni. Il s’agit effectivement d’un genre bien particulier, très novateur en littérature de jeunesse. Je ne peux vous en dire plus pour le moment ! Mais avant cela, au mois de mai, je sortirai aux Éditions du Mercredi un roman historique très émouvant intitulé La révolte des Moins-que-rien.

Bibliographie sélective :

  • Achille, fils unique, Nathan (2016).
  • C’est l’histoire d’un grain de sable, illustré par Manuela Ferry, éditions du pourquoi pas ? (2016).
  • Quatre de cœur, co-écrit avec Matt7ieu Radenac, Syros (2016).
  • Perdus de vue, co-écrit avec Rachel Hausfater, Flammarion Jeunesse (2016).
  • L’usine, Syros (2015).
  • J’ai fui l’Allemagne nazie, Gallimard Jeunesse (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Les demoiselles des Hauts-Vents, Magnard Jeunesse (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • L’heure des mamans, illustré par Sophie Rastégar, Utopique (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • La fille qui n’aimait pas les fins, coécrit avec Matt7ieu Radenac, Syros (2013).
  • Défi d’enfer, roman illustré par Colonel Moutarde (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Rue Stendhal, Casterman (2011).
  • Momo, petit prince des Bleuets, Syros (1998).
  • Un Grand-père tombé du ciel, Casterman (1997).

Le site de Yaël Hassan : http://minisites-charte.fr/yael-hassan.


Le coup de cœur et le coup de gueule de… Loïc Clément

Régulièrement, une personnalité de l’édition jeunesse (auteur.trice, illustrateur.trice, éditeur.trice…) nous parle de deux choses qui lui tiennent à cœur. Une chose qui l’a touché.e, ému.e ou qui lui a tout simplement plu et sur laquelle il.elle veut mettre un coup de projecteur, et au contraire quelque chose qui l’a énervé.e. Cette semaine, c’est Loïc Clément qui nous livre son coup de cœur et son coup de gueule.

Je suis scénariste de bande dessinée, auteur de romans et d’albums jeunesse. Cela signifie que je crée des univers et des personnages que le lecteur s’approprie le temps d’une lecture. C’est mon métier. Cependant, sur mon temps libre je suis moi même lecteur avéré et parfois fan invétéré, ça arrive. J’éprouve parfois le besoin de prolonger le plaisir que j’ai ressenti en compagnie de certains personnages, en les retrouvant autrement, ailleurs. Je poursuis donc le voyage en regardant des adaptations animées de mangas chéris tout en craquant de temps en temps pour de superbes figurines par exemple.
Je suis du genre à avoir des vitrines avec un vif d’or et des baguettes de sorcier à côté des livres et des films Harry Potter ou d’avoir une statue géante de Hilda au milieu des bds de Luke Pearson. Vous voyez le genre ?
Je sais qu’un produit officiel, ce n’est pas toujours donné. Je sais que parfois, il faudra que j’économise un moment avant d’assouvir un petit plaisir coupable, mais c’est le jeu.
Du coup, s’il y a bien une chose qui m’exaspère sur ce sujet c’est de voir la quantité astronomique de pubs qui inondent Facebook pour vendre des produits de licence, à un tarif défiant toute concurrence. C’est presque toujours la même chose… une lampe Totoro à 12 euros, une figurine du Sans Visage de Chihiro à 6 euros, des coques pour iPhone reprenant des personnages de Dragon Ball pour 3,90 euros… Ce sont des centaines de milliers de like pour aimer des entreprises de contrefaçon.
Alors certains peu regardant, pourraient penser que peu importe le flacon tant qu’ils ont l’ivresse ? Pourquoi acheter un produit officiel à 5 à 10 fois le prix ? Comment résister à cette veilleuse Totoro qui ira tellement bien dans la chambre de son enfant ?
Hé bien les raisons en sont multiples. Pour commencer, acheter des produits de contrefaçon, c’est acheter des produits de mauvaise qualité, fabriqués avec des matériaux fragiles et parfois toxiques.
Le jouet ou l’objet en mélamine ou polycarbonate vecteurs de produits nocifs pour la santé apparaît déjà moins glamour dans un intérieur feutré, non ?
D’autre part, il y a à mes yeux une profonde dichotomie entre se déclarer par exemple amoureux des films de Miyazaki, et acheter des produits de contrefaçons tirés de ses films. Quand on sait que le studio Ghibli a longtemps pu produire des longs métrages, en partie en générant des profits via les produits dérivés, j’ai du mal à comprendre où se situe la logique là dedans. J’aime voir un film Ghibli mais je participe à mon échelle, goutte d’eau parmi les gouttes d’eau, à empêcher le succès de l’entreprise qui me fait rêver ? Soyons sérieux.
Bon, et Facebook dans tout ça ? Ils tolèrent des entreprises de contrefaçon basées en Chine qui font commerce de produits pirates ? Oui. Absolument. À moins d’être vous même le détenteur des droits et de secouer le réseau social de Mark Zuckerberg en faisant valoir la violation de votre copyright, aucun signalement ne permet la mise en lumière de ce commerce illégal. Ces pages génèrent du profit à Facebook et ça leur convient très bien ainsi.
Bilan : la prochaine fois que ce tee-shirt trop cool de Batman vous fait de l’œil ou que ce Chatbus en porte-clé vous donnera envie de ronronner, demandez-vous trente secondes pourquoi les prix pratiqués sont si bas. C’est certainement parce que l’auteur ou l’ayant droit d’origine se fait voler et que vous enrichissez des truands.

Je profite également de mon pataugeage dans La mare aux mots pour délivrer un coup de cœur, même s’il s’agit ici d’un cœur brisé. Le 11 février 2017 nous quittait le mangaka Jirō Taniguchi et j’ai ressenti un grand vide en apprenant cette nouvelle.
Dans ma vie, j’ai longtemps été bibliothécaire et je voulais rappeler d’expérience à quel point cet auteur de bande dessinée a été un cadeau du ciel dans notre travail de médiation. Chaque fois que j’avais à faire avec un.e réfractaire au manga, il me suffisait de prêter un Journal de mon Père ou un Quartier Lointain pour convaincre mon interlocuteur d’élargir son champ d’intérêt. Un amateur d’alpinisme ? -> Le sommet des dieux ! Une épicurienne amatrice de bonne chère ? -> Le Gourmet Solitaire ! Amateurs de romance -> Les Années douces !
Je ne connaissais pas personnellement cet homme qu’on raconte humble et discret mais ce qui est sûr, c’est qu’il va drôlement me manquer…

Légendes des photos :
1 – Oh qu’ils sont mignons les 9 bouts de plastique toxiques Miyazaki pour 7,25 €
2 – Technique classique de ces sites de contrefaçon, vous attirer l’œil sur Facebook avec des objets pirates « gratuits » afin que vous remarquiez leur boutique et que vous passiez des commandes.
3 – Aucun produit n’est épargné. Ici les coques d’Iphone pour Geek peu scrupuleux. Notez que les visuels sont à la base des fan-arts, c’est à dire des dessins faits par des fans à des fins non lucratives. Ces sites pirates violent les lois du copyright et détournent en plus des visuels détournés de leur fonction première : manifester son amour d’une licence. Un comble.
4 – Quand les contrefacteurs ont de l’humour… Ici une mention de copyright sur un site Internet Thaïlandais développé pour le marché français qui menace donc de ne pas contrefaire ses produits pirates 🙂

Loïc Clément est auteur et scénariste.

Bibliographie :

  • Professeur Goupil, Little Urban (à paraître en septembre).
  • Le voleur de souhaits, scénario illustré par Bertrand Gatignol, Delcourt (à paraître en avril).
  • Chaussette, scénario illustré par Anne Montel, Delcourt (à paraître en avril).
  • Le temps des mitaines, tome 2 – Cœur de renard, scénario illustré par Anne Montel, Didier Jeunesse (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Les Jours sucrés, scénario illustré par Anne Montel, Dargaud (2016).
  • Mille milliards de trucs (et de moutons), texte illustré par Anne Montel, Belin Jeunesse (2014).
  • Le petit et les arbres poussaient, texte illustré par Églantine Ceulemans, Les p’tits bérêts (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Le temps des mitaines, scénario illustré par Anne Montel, Didier Jeunesse (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Shä & Salomé. Jours de pluie, texte illustré par Anne Montel, Jean-Claude Gawsewitch (2011).

Le site de Loïc Clément : http://nekokitsune.blogspot.fr.

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