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Jessie Magana

Les invité·e·s du mercredi : Eléa Dos Santos, Charlotte Goure, Jessie Magana et Sébastien Vassant

Par 16 janvier 2019 Les invités du mercredi

J’ai eu un énorme coup de cœur pour le magnifique Les cailloux, le premier album d’Eléa Dos Santos aussi j’ai eu envie d’en savoir plus sur son autrice/illustratrice, elle a accepté de répondre à mes questions. Puis j’ai proposé à l’autrice Jessie Magana, à l’illustrateur Sébastien Vassant et à l’éditrice Charlotte Goure de revenir sur le très beau et très fort roman illustré D’espoir et d’acier : Henri Gautier, métallo et Résistant. Il et elles nous racontent ce projet passionnant. Bonne lecture à vous et bon mercredi !


L’interview du mercredi : Eléa Dos Santos

Parlez-nous du magnifique « Les cailloux », comment est née cette histoire ?
L’histoire des Cailloux est une combinaison de deux habitudes que j’ai depuis longtemps, à savoir travailler la roche en dessin et raconter une histoire courte et simple avec des petits bonshommes. L’histoire quant à elle est un mélange de souvenirs, d’altercations dans les cours de récréation, de témoignages ou d’articles de journaux, le thème brasse très large. J’avais déjà travaillé sur l’altérité et le rejet pendant mes études, le scénario s’est donc mis en place tout seul. Cela dit j’ai eu plus de mal à préciser le dénouement, l’idée du pardon ne m’est pas venue tout de suite je suis bien plus pessimiste que mes personnages !

Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?
J’ai grandi à l’orée de la forêt de Fontainebleau, c’est un détail mais il explique en grande partie mes bonshommes timides et la présence de rochers et d’arbres comme seuls éléments de décor dans mes illustrations. J’ai fait deux années aux Beaux arts de Versailles qui m’ont formée aux techniques traditionnelles de dessin et de peinture, et j’ai fini mon cursus à L’École Supérieure d’Arts et de Design d’Orléans pour initialement devenir graphiste. J’allie depuis mon diplôme, des emplois à temps partiel et mon travail de dessin en atelier.

Quelles techniques d’illustrations utilisez-vous ?
J’ai toujours travaillé à la main, et je suis devenue très routinière après avoir trouvé mon univers. J’utilise de la pierre noire pour le noir et blanc et de la gouache pour la couleur. Je me suis permis une excentricité l’année dernière en travaillant sur un projet aux crayons de couleur, ça ne se reproduira plus !

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Enfant, et encore aujourd’hui, j’avais une affection particulière pour les livres de Claude Ponti et Grégoire Solotareff, La tempête et Le diable des rochers en tête, ils me touchent toujours autant. J’ai toujours lu un peu de tout, en grandissant je naviguais entre Harry Potter et les bandes dessinées de Fluide Glacial, puis mes lectures ont glissé vers le fantastique, et le polar très noir ! Je suis une lectrice assidue mais je suis surtout cinéphile, les films et les émissions sur la mise en scène me sont très utiles, Les cailloux a été pensé comme une séquence animée par exemple.

On trouve sur votre site de magnifiques illustrations, est-ce que ce sont des débuts d’histoires ?
Mes séries de dessins sont assemblées par thème, quand j’ai une idée je fais toujours en sorte d’en sortir 3 images pour dire la même chose de 3 manières différentes, c’est une manière de symboliser et synthétiser mon propos. Ils sont la plupart du temps destinés à être autonomes et ne restent qu’un pur travail de dessin, ce sont des formats assez grands (50x65cm) ils me servent aussi de références comme palette de couleurs quand je cherche des nuances pour une histoire.

Sur quels projets travaillez-vous actuellement ?
Je travaille sur deux éditions, l’une sera un livre textile pour les petits imprimé en sérigraphie, et l’autre sera assez proche des Cailloux, avec des décors bien plus fournis, et beaucoup de végétaux !

Les cailloux est sorti chez Chandeigne, nous l’avons chroniqué ici.
Le site d’Eléa Dos Santos : http://eleadossantos.tumblr.com.


Parlez-moi de… D’espoir et d’acier : Henri Gautier, métallo et Résistant

Régulièrement, on revient sur un livre qu’on a aimé avec son auteur·trice, son illustrateur·trice et/ou son éditeur·trice. L’occasion d’en savoir un peu plus sur un livre qui nous a interpellés. Cette fois-ci, c’est sur D’espoir et d’acier : Henri Gautier, métallo et Résistant que nous revenons avec son éditrice Charlotte Goure, son autrice Jessie Magana et son illustrateur Sébastien Vassant.

Charlotte Goure, éditrice aux éditions de l’Atelier :
La première fois que j’entends parler d’Henri Gautier aux Éditions de l’Atelier, c’est par Allain Malherbe, en octobre 2013. Allain est membre de l’institut CGT d’histoire sociale (IHS-CGT), et nous avons déjà travaillé ensemble. Il m’envoie des lettres qu’un métallo, un certain Henri Gautier, a écrites de 1940 à 1943 pendant ses périodes d’internement. Je parcours les courriers, les crayonnés en marge et les surnoms affectueux (« Ma Goulette ») de-ci de-là donnés à sa fille Michèle. C’est un document émouvant. Mais, à l’époque, je ne crois pas que quiconque sache à l’Atelier ou à l’IHS sous quelle forme on peut s’emparer de ce trésor.

Trois ans après, en 2016, à mon retour de congé maternité, nouvelle étape : le projet a mûri, du côté de l’IHS qui donne son accord pour se lancer dans un projet éditorial un peu atypique, avec l’accord de Michèle, la fille d’Henri Gautier. Et je reprends le flambeau à la suite de l’éditrice Anne Jouve qui m’a remplacée.
L’intuition d’Anne était juste : Jessie avait toute sa place aux Éditions de l’Atelier. D’instinct s’est confirmée une jolie connivence entre elle et notre catalogue et Jessie a manifesté un attachement très fort à cette figure méconnue qu’est Henri Gautier.
Le livre est sorti en août 2018… Cinq ans avaient passé. Cinq ans pour que le projet mûrisse : du côté de Michèle et de l’IHS pour faire le deuil d’une biographie sérieuse et volumineuse ; pour que ce livre trouve sa forme de roman graphique illustré ; pour passer de photos noir et blanc transportées dans l’incroyable caddie de Michèle, à un roman dense, illustré, dramatique.

Temps long de l’édition, mais temps court aussi !
C’est bien moins de cinq ans, mais plutôt un an, qu’il a fallu à Émeric, archiviste à l’IHS, pour rassembler à l’attention de Jessie les témoignages des gens qui ont connu Henri Gautier, les documents historiques. Quelques mois seulement à Jessie aussi pour l’écrire, mais aussi pour que s’établisse la confiance entre elle et Michèle. Pour que Michèle accepte que quelqu’un s’approprie l’histoire de son père. Jessie a toujours à juste titre exigé d’être libre de ses choix littéraires, tout en respectant le contexte historique ‒ je salue d’ailleurs à ce sujet l’apport très précieux de Julien Lucchini qui a travaillé aux Éditions sur cet ouvrage avec la rigueur de l’historien. J’ai vu Michèle se détendre, et s’épanouir de mois en mois au fil de l’avancement du projet.
Sébastien, nous avions fait sa rencontre lors d’une précédente aventure éditoriale à l’Atelier : un ouvrage jeunesse qui se passait dans le Saint-Nazaire de l’après-guerre (Jules des chantiers). Je connaissais son talent, sa capacité à s’immerger dans un univers différent chaque fois à partir d’images d’archives, son attachement à l’histoire, à la culture ouvrière. Je connaissais son mélange de grande tranquillité et de puissance de travail. Quand par exemple, à quelques semaines de la remise de ses images, il décide de changer complètement de technique… je sais qu’il faut lui faire confiance !
Pour terminer, je dirais que l’intérêt et la force de ce type d’ouvrage, c’est non seulement de (re)découvrir des histoires sensibles mais aussi d’interroger nos engagements aujourd’hui.

Jessie Magana, autrice :
Il y a deux ans, une amie éditrice, Anne Jouve, me contacte. Elle remplace Charlotte Goure en congé maternité aux éditions de l’Atelier. Elle me parle d’un certain Henri Gautier, métallo, syndicaliste des années 1930, dont la fille, Michèle, a conservé nombre de lettres. Les éditions de l’Atelier sont en lien étroit avec le Maitron, le dictionnaire biographique du mouvement ouvrier. Ils cherchent le moyen de faire connaître au grand public les centaines de vies détaillées dans cet ouvrage monumental, aujourd’hui en ligne ici. Ils ont publié un premier roman illustré sur Jules Durand, un syndicaliste du Havre et envisagent de transformer l’essai.
Je me plonge dans la biographie d’Henri Gautier, dans ses lettres (plusieurs dizaines). Je découvre un monde assez peu connu de moi jusqu’alors : celui des ouvriers de l’entre-deux-guerres, marqué par les grandes luttes sociales qui aboutiront au Front populaire. Je prends conscience de l’impact qu’ont eu, sur cette génération, les horreurs de la Grande Guerre, l’espoir suscité par la révolution russe, l’expérience communiste. Surtout, je découvre un homme discret mais déterminé, rigoureux dans son rôle de trésorier du syndicat mais capable de se dépasser aux moments les plus sombres de son histoire. Un homme qui a assisté à tant de tragédies : la répression de la grande grève du Havre en 1922 (qui a fait quatre morts), l’internement à Châteaubriant avec la fusillade de ses camarades en 1941, la déportation. Mais aussi un homme qui, avant-guerre, a été au cœur des négociations du Front populaire, qui a construit les réalisations sociales des métallos, achetant pour les ouvriers la clinique des Bluets ou le parc de loisirs de Baillet. Un homme capable d’écrire, dans l’une de ses dernières lettres, en 1942 : « J’ai une confiance absolue en l’avenir, il faut être courageux et patients ». Un père, un mari, souvent tendre et drôle. J’aurais aimé le rencontrer, j’ai décidé de le faire revivre.
Écrire ce roman, c’était aussi s’inscrire dans la lignée de mon travail sur les oubliés de l’histoire, amorcé avec la collection « Les Héroïques », que je dirige, chez Talents Hauts. L’idée que chacun, dans sa vie quotidienne, peut agir, à son niveau, sur le cours de l’histoire. Et donc redonner une vie à ceux que les manuels ne citent jamais.
Enfin, la forme du livre, le roman illustré, m’a immédiatement séduite. Cela m’a permis de travailler sur un rythme différent, puisque chaque chapitre est ouvert par une pleine page d’illustration, que des double-pages de dessins viennent parfois ponctuer le récit. J’ai pu alléger certaines descriptions, certains éléments de contexte. Cela m’a également permis d’écrire le dernier chapitre, le plus difficile, qui se passe dans le camp de concentration de Mauthausen. Nous avons voulu, avec Sébastien, aller vers l’épure, dans le style comme dans le trait, pour toucher à l’indicible et ne pas sombrer dans le pathos (qu’Henri Gautier aurait détesté). J’espère que ce livre lui ressemble.

Sébastien Vassant, illustrateur :
Je ne connaissais pas Henri Gaultier avant d’être sollicité par Charlotte Goure des éditions de l’Atelier. J’avais quelques neurones qui s’allumaient pourtant quand on me parlait de Jean-Pierre Timbaud ou Cécile Rol-Tanguy. C’est la curiosité et évidemment la description du personnage et de son rôle dans l’histoire ouvrière qui m’a poussé à m’y intéresser un peu plus et à lire le texte de Jessie.
Ce qui m’interpella, pendant cette lecture, c’est l’aspect humain que Jessie privilégiait dans son récit, servant à rendre dans ce parcours historique une dimension sensible et à faire revivre Henri Gaultier. Le personnage historique redevenait l’homme, soumis aux atrocités d’une époque, à des conflits idéologiques, et à sa manière non pas de voir une vie, mais sa vie.
Ayant un dessin narratif, je ne pouvais qu’adhérer à cette approche en essayant d’y apporter tout autant de sensibilité, en multipliant les non-dits, les hors-champs… avec de la pudeur si possible. Cela permettait de mettre en relief certains points plus factuels pour que le texte de Jessie puisse respirer et se soustraire de descriptions qui auraient pu alourdir le récit et que le dessin pouvait illustrer sans un mot.
C’est toujours un grand accomplissement de voir ce type de livre exister : avoir le sentiment, à notre niveau, d’avoir pu contribuer à maintenir l’histoire dans les mémoires, de manière sensible et engagée.

D’espoir et d’acier : Henri Gautier, métallo et Résistant,
texte de Jessie Magana, illustré par Sébastien Vassant,
sorti aux Éditions de l’atelier (2018),
chroniqué ici.

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Des romans pour toutes sortes d’enfants

Par 12 mai 2017 Livres Jeunesse

Six romans. Des faciles à lire et d’autres plus compliqués, des courts et des longs, des adaptés aux jeunes lecteurs.trices et d’autres pour les plus grands, des ancrés dans le réel et d’autres totalement barrés. Bref, y’en a pour tout le monde !

Envole-moi
d’Annelise Heurtier
Casterman
12,90 €, 145×220 mm, 262 pages, imprimé en Espagne, 2017.
Des cailloux à la fenêtre
de Jessie Magana
Talents Hauts dans la collection Les héroïques
14 €, 148×210 mm, 158 pages, imprimé en Bulgarie, 2016.
La trouille
de Julia Billet
Calicot
9 €, 120×190 mm, 64 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2017.
Olga et le machin qui pue
d’Élise Gravel
Nathan
9,95 €, 140×210 mm, 167 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2017.
Le mammouth se jette à l’eau !
Texte de Muriel Zürcher, illustré par Olivier Pelletier
Graine² dans la collection Un caillou dans ta chaussure
11,90 €, 141×215 mm, 128 pages, imprimé en France, 2014.
L’autruche n’a pas la chair de poule !
Texte de Muriel Zürcher, illustré par Olivier Pelletier
Graine² dans la collection Un caillou dans ta chaussure
11,90 €, 141×215 mm, 128 pages, imprimé en France, 2014.

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De très beaux documentaires

Par 1 décembre 2016 Livres Jeunesse

Aujourd’hui je vous propose de très beaux documentaires, du genre qui font de beaux cadeaux.

Atlas – Comment va le monde ?
Textes de Laure Flavigny, Jessie Magana, Aurélie Bossière, illustrés par  Séverine Assous
Actes Sud Junior
21,90 €, 305×427 mm, 56 pages, imprimé en Malaisie, 2016.
Botanicum
Textes de Kathy Willis (traduit par Emmanuel Gros), illustré par Katie Scott
Casterman
25 €, 370×272 mm, 112 pages, imprimé en Chine, 2016.
Pourquoi l’art est-il plein de gens tout nus ?
Textes de Susie Hodge (traduit par Mim), illustrés par Claire Goble
Milan
16,50 €, 193×264 mm, 96 pages, imprimé en Chine, 2016.
Musique pas bête
Textes de Nicolas Lafitte et Bertrand Fichou, illustré par Pascal Lemaître
Bayard
14,90 €, 200×295 mm, 76 pages, imprimé en Slovénie, 2016.

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Combattre les clichés

Par 16 juillet 2015 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, je vous propose de répondre à la bêtise, de tordre le cou aux clichés.

Riposte comment répondre à la bêtise ordinaireLes chômeurs sont des profiteurs et les Roms des voleurs. Les gays sont efféminés et ne devraient pas avoir d’enfant, de toute façon c’est aux mamans de s’occuper des enfants. En banlieue, il n’y a que des racailles, les juifs c’est l’argent qui les intéresse et les filles sont des chochottes !
Gros coup de cœur pour Riposte, comment répondre à la bêtise ordinaire, un super ouvrage signé Jessie Magana et illustré par Alain Pilon. L’auteure énumère des phrases d’une bêtise crasse qu’on entend pourtant trop régulièrement sur des catégories de personnes et donne des réponses directes, claires et intelligentes. Jessie Magana n’y va pas par quatre chemins, elle dit les choses. Peut-être un seul petit reproche, un chapitre sur les gays… mais rien sur les lesbiennes (qui sont pourtant tout aussi victimes de clichés persistants). Mais passé ce petit bémol, c’est un ouvrage qu’il faut avoir dans tous les CDI, qui peut servir de support avec une classe. C’est aussi un livre pour répondre aux enfants quand ils ramènent une phrase raciste, sexiste ou autre de l’école. Un bon support de discussion.
Un ouvrage intelligent et indispensable pour dynamiter la connerie.
Le même vu par Le tiroir à histoires et Délivrer des livres.

Filles et garçons, la paritéQu’est-ce que la domination masculine, le féminisme, un stéréotype ? Depuis quand les femmes votent-elles et y en a-t-il qui sont présidentes de la République ? Les hommes et les femmes sont-ils égaux ? Partagent-ils les tâches ménagères de façon équitable ?
Carina Louart répond à toutes ces questions (et d’autres encore) dans un petit ouvrage très facile d’accès, Filles et garçons, la parité. Le livre est clair, richement illustré et aborde vraiment des sujets divers, toujours de façon intelligente. On parle aussi Histoire et de ce qu’il se passe dans le reste du monde.
Un petit documentaire très bien fait et facile d’accès pour parler de l’égalité homme-femme.

Les deux ouvrages suivants ne s’adressent pas aux enfants directement, mais sont très utiles pour les parents et les professionnels (et même les autres !).

Comment parler de l'égalité filles-garçons aux enfantsOn a beau éduquer nos enfants de façon non sexiste (quoiqu’en s’observant on peut se rendre compte qu’on a certains réflexes bien ancrés), la société casse parfois tout ça. Une activité à l’école où l’on propose aux garçons de dessiner et aux filles de colorier des princesses (c’est du vécu…), un petit garçon qui dit à une fille qu’elle n’a pas à regarder tel dessin animé, car il est réservé aux garçons (encore du vécu), les publicités qui présentent les femmes comme des objets, la littérature jeunesse qui montre des femmes aux fourneaux et les hommes devant la télé, les réflexions de la famille, des voisins, des commerçants… Bref, nous ne vivons pas seuls avec nos enfants et même si l’on s’efforce de leur donner une vision non sexiste de la société, la société, elle, s’occupe de tout défaire.
D’où l’urgence d’en parler vraiment avec eux, et de savoir comment répondre avec justesse à leurs questions. Comment parler de l’égalité filles-garçons aux enfants de Jessie Magana (encore elle) est parfait pour ça. Elle classe les sujets en quinze grands thèmes (Le corps, L’apparence, Le sexe, l’identité sexuée et l’orientation sexuelle, Les rôles attitrés, Le modèle féminin dans les religions, L’école, La famille, La politique, Le sport et la culture…) puis propose chaque fois, en partant d’une photo, des questions pour 3 catégories d’âge (5-8, 9-12 et 13-15 ans). C’est vraiment bien fait, clair, intelligent, bien écrit. C’est un magnifique outil de travail, un super support pour aborder l’égalité homme-femme.
Un livre utile pour nous aider à parler avec justesse du sexisme aux enfants.

Quel genre ?Être une fille ou un garçon, qu’est-ce que ça change ? Qu’est-ce que ça dit de nous ? Est-ce vraiment la chose qui nous définit le mieux ? Le genre est omniprésent dans notre société (à tel point que, comme le souligne l’auteure, c’est souvent l’objet de la première question à des futurs parents « alors ? Garçon ou fille ? »), mais qu’est-ce que ça veut dire, et qu’est-ce que ça change, d’être une fille ou un garçon.
Dans son essai, Quel genre ?, sorti chez Thierry Magnier, Christine Détrez s’interroge et constate. Elle analyse notre société, la façon dont sont traités les genres… et c’est tout simplement passionnant. Elle remarque par exemple que dans les livres sur le corps humain, les hommes sont montrés pour représenter les biceps ou les abdominaux et les femmes… les muscles des paupières ! Elle parle de vêtements, de cinéma, de littérature, comment tout ce qui nous entoure nous renvoie une image « active » de l’homme et « passive » de la femme. Comment la société demande aux femmes de prendre le moins de place possible pour laisser la place aux hommes. Dans un chapitre, elle se fait l’avocate du diable et se demande si au fond c’est important de se battre contre les stéréotypes, si tout ça est grave… et bien sûr elle explique l’importance de ce combat et qu’il faut lutter même sur les petites choses qui peuvent sembler insignifiantes.
Un essai sur le genre absolument passionnant et totalement accessible.

Quelques pas de plus…
Retrouvez les livres antisexistes que nous avons chroniqués ici.

Riposte ! Comment répondre à la bêtise ordinaire
Textes de Jessie Magana, illustrés par Alain Pilon
Actes Sud Junior
11 €, 145×210 mm, 48 pages, lieu d’impression non indiqué, 2014.
Filles et garçons, la parité
Textes de Carina Louart, illustrés par Pénélope Paicheler
Actes Sud Junior dans la collection À très petits pas
6,80 €, 145×206 mm, 40 pages, imprimé en France, 2015.
Quel genre ?
de Christine Détrez
Thierry Magnier
13,50 €, 135×220 mm, 200 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2015.
Comment parler de l’égalité filles-garçons aux enfants
de Jessie Magana
Le baron perché dans la collection Comment parler aux enfants
16 €, 135×220 mm, 108 pages, imprimé en Italie, 2014.


À part ça ?

Continent Musiques sur France Culture a proposé toute la semaine dernière cinq émissions sur les femmes dans la chanson. Lundi, Les femmes prennent la parole, mardi Des chansons qui tiennent au corps, mercredi 1975, l’année de la femme, jeudi Émission spéciale Anne Sylvestre et vendredi Pas de gène, du plaisir !. Cinq émissions au top où l’on parle du droit de vote, de l’avortement, du viol, de la nudité exposée pour mieux vendre ses produits, du harcèlement de rue… On découvre des tas de chansons drôles ou bouleversantes. Cinq émissions indispensables.

Gabriel

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Les invité-e-s du mercredi : Xavier Salomó et Jessie Magana (+ concours)

Par 18 février 2015 Les invités du mercredi

Aujourd’hui je suis heureux de recevoir Xavier Salomó, auteur et illustrateur dont j’aime beaucoup le travail. J’avais envie d’en savoir plus sur lui. À la suite de cette interview vous pourrez d’ailleurs tenter de gagner un de ses albums, le superbe OFF. Ensuite, c’est à Jessie Magana que j’ai proposé de venir nous livrer son coup de cœur et son coup de gueule. Bon mercredi à vous.


L’interview du mercredi : Xavier Salomó

Xavier SalomóParlez-nous de votre parcours ?
Je voulais être peintre, mais à l’École Massana de Barcelone j’ai découvert l’Illustration comme profession et c’était une vraie révélation : je pouvais faire en même temps les deux choses que j’aime le plus, lire et dessiner.
Après avoir fini les études, j’ai travaillé comme graphiste dans quelques boîtes. Puis, dans la publicité, et enfin, j’ai plongé dans l’illustration. D’abord dans des livres scolaires, et de plus en plus dans des albums.
Les quatre dernières années ont été les meilleures, même si c’était les plus risquées, car je n’ai fait presque que des albums, la plupart, des projets personnels avec ma complice habituelle, Meritxell Martí.

Crayonné OFF

Dessin préparatoire de l’album OFF

Quelle(s) technique(s) utilisez-vous pour vos illustrations ?
Je ne travaille qu’avec l’ordi, et s’il s’agit de couleur directe, j’aime toujours l’aquarelle.
Pourtant, avant de faire les images définitives, je dessine dans des carnets, qui sont pleins de crayonnés et de story-boards.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescent ?
Surtout la BD classique (Astérix, Tintin), puis le manga (Akira, Dragon Ball, Satoshi Kon), et la littérature universelle : Edgar Allan Poe, Stevenson, Orwell, Huxley.
Pendant les années scolaires (et encore aujourd’hui), j’étais très, très fan de Roald Dahl.

Y a-t-il des illustrateur-trice-s actuel-le-s que vous aimez particulièrement ?Ben oui, il y en a plein ! Des classiques comme Quentin Blake, jusqu’à Anne Herbauts, Suzy Lee, David Wiesner, John Klassen. J’adore aussi l’architecture narrative des livres de Max Ducos,c’est magnifique.

Range ta chambreVous êtes catalan, vous publiez en Espagne et en France, remarquez-vous une différence entre la littérature jeunesse chez vous et la littérature jeunesse française ?
À mon avis, la différence la plus remarquable c’est qu’en France on peut proposer des livres plus risqués. OFF, par exemple.En même temps, nous sommes dans un marché globalisé, et les livres qui marchent bien peuvent être traduits. De plus en plus, les éditeurs travaillent en coéditions. Nous avons pas mal de livres qui sortent ailleurs en même temps.

Parlez-nous de votre collaboration avec Meritxell Marti.
C’est ma moitié. On travaille ensemble depuis dix ans. On a grandi l’un à côté de l’autre. C’est mon auteure. Nous avons eu les meilleures idées ensemble, en regardant un film ou pendant une promenade. Tout cuit très lentement. Au début, il y a une idée qui nous touche, puis il y a une conversation, un petit texte ou des petits dessins, et finalement un projet. Je me sens toujours à l’aise avec ses idées et ses remarques. Nous sommes dans la même vibration et l’on partage l’idée d’offrir de beaux livres aux autres.

OFF Pouvez-vous nous dire quelques mots sur OFF, un album sans texte sorti l’année dernière ?
OFF est né d’une somme de faits. D’abord, la catastrophe de Tchernobyl. J’avais 10 ans et c’était la première fois que j’ai eu peur d’un danger invisible : la radioactivité.
Beaucoup de temps après, Fukushima m’a fait revivre cette peur silencieuse. J’ai donc commencé à travailler sans objectif avec les images d’un garçon et d’un cerf. Après, la question est venue : comment un enfant et un cerf pourraient vaincre une centrale nucléaire ?

J’ai travaillé et retravaillé le projet. J’ai montré les aquarelles à Meritxell qui m’a donné quelques conseils. Puis j’ai montré à mon agent, Justine de Lagausie, le projet un peu plus fini, et finalement, après quelques petites modifications, le Seuil l’a accepté.

OFF crayonnés

Dessins préparatoires de l’album OFF

Ce n’était pas un projet facile, je le savais : Un livre sans mots, qui parle des dangers du nucléaire, une palette un peu sombre… publié dans le deuxième pays le plus nucléarisé du monde ! C’était risqué, mais je pense que la poésie de l’histoire est si puissante qu’on va s’y reconnaître, même si l’on est pour l’énergie nucléaire. OFF est un livre ouvert, plein de détails qui propose des lectures différentes.
Parfois, ça m’arrive : je ne voulais pas finir le livre, je me sentais très à l’aise. Je suis d’ailleurs en train de travailler dans un univers pareil à celui d’OFF. On va voir ce qui va se passer…

Pressé de le découvrir ! D’autres projets ?
Avec Meritxell, on vient de publier chez Sarbacane un album très drôle qui s’appelle Cherche Nounou : j’aime beaucoup la construction de l’histoire de cet album, c’est une petite bombe !
Chaperon rouge et trois petits cochons, SalomoOn est aussi en train de faire un album pour le Seuil très très beau, qui sera publié en 2016, je crois.
En même temps, j’ai sur ma table le troisième tome des aventures de Pam et Paul (après L’île aux 160 erreurs et Au pays des 260 sosies) chez Sarbacane. Ce sont des livres très exigeants. Pourtant j’adore travailler dessus.
Puis, Bayard en France et Combel en Catalogne et Espagne vont publier deux autres minipops (Cendrillon et Boucle d’Or). J’adore ces pop-up’s. En plus, cette collection marche très bien.
Finalement, il y a une nouvelle collection très marrante, et un autre projet en solitaire…

Bibliographie (française) sélective :

Le site de Xavier Salomóhttp://xaviersalomo.blogspot.fr.

Concours :
Comme je vous le disais avant cette interview, grâce au Seuil Jeunesse je vais pouvoir offrir à deux d’entre vous le bel album OFF (que nous avions chroniqué ici). Pour participer au tirage au sort, dites-moi, en commentaire, qu’est-ce qui mériterait, d’après vous, un bouton OFF. Je tirerai au sort parmi vos réponses. Vous avez jusqu’à mardi 20 h, bonne chance à tous !


Le coup de cœur et le coup de gueule de… Jessie Magana

Régulièrement, un acteur de l’édition jeunesse (auteur, illustrateur, éditeur…) nous parle de deux choses qui lui tiennent à cœur. Une chose qui l’a touché, ému ou qui lui a tout simplement plu et sur laquelle il veut mettre un coup de projecteur, et au contraire quelque chose qui l’a énervé. Cette semaine, c’est Jessie Magana qui nous livre son coup de cœur et son coup de gueule.

Les ateliers d’écriture

Ça monte. Doucement. Ça commence en général quelques jours avant, quand vous vérifiez votre agenda pour les semaines à venir. Ça se déploie, lentement. Combien seront-ils ? Quels visages ? Attentifs, blasés, désinvoltes, affalés ? Quelles mains ? Crispées, stylo qui marque la feuille ? Agiles, crayon virevoltant sur l’articulation du pouce ?
Et puis ça prend forme : vous révisez les exercices lus dans les manuels, et puis vous vous dites que non, c’est trop formaté, comme d’habitude, vous irez à l’instinct. vous relisez des passages de vos livres, à la recherche de ceux qui pourront servir, en tremblant de trouver ça plat, mauvais, sans intérêt.
Enfin le jour arrive. Vous avez fait attention à votre mise : pas trop apprêtée, pas trop sexy, pas trop. Nous sommes des passeurs. Se mettre à hauteur, ni trop bas, ni trop haut. Juste à la bonne hauteur, à la même table.
Avant d’entrer dans la salle, vous vous souvenez de cet homme, qui avait essuyé une larme après la lecture de son texte. Ou de cet ado, qui avait fait son coming out devant une classe entière. Ou de cet autre, fermé, qui n’avait pas écrit une ligne en deux mois, mais avait lu une phrase, une seule, écrite par une autre, le dernier jour. Ou de cette fille, petit oiseau blessé, qui ne s’était mise à écrire qu’à la condition de ne pas avoir à lire devant les autres.
Ces visages vous ouvrent la porte du prochain atelier d’écriture. C’est pour ce frisson unique, celui que l’on ressent juste avant, quand on ne sait pas encore ce qui va surgir, que j’anime ces ateliers. Au risque de décevoir les participants, je m’inspire rarement d’eux pour brosser un personnage, encore moins de leurs textes pour écrire les miens. Mais ils me nourrissent et me portent, simplement dans le plaisir partagé de l’écriture, cet acte habituellement si solitaire.
Et puis l’écriture telle que je la pratique est indissociable de l’engagement. Engagés mes textes le sont, et trouvent un prolongement, modeste, à mon niveau, dans la Cité. Animer un atelier d’écriture, c’est échanger, confronter ses points de vue, mais aussi agir. L’écriture, la création en général sont faites pour changer le monde. Les attentats de janvier nous l’ont cruellement rappelé.
C’est parce qu’il porte autant d’enjeux que l’atelier d’écriture ne saurait être perçu comme une prestation comme une autre. La plupart du temps, les auteurs jeunesse sont choyés par des bibliothécaires, des libraires ou des documentalistes passionnés. Mais trop souvent, nous sommes invités par des acteurs du monde associatif ou socioculturel, qui ne voient pas la différence entre un écrivain et un animateur. Trop souvent, on ne prend même pas la peine de lire nos livres, de préparer en amont, d’accueillir, au sens plein du mot, un auteur. Trop souvent on demande d’avancer les frais de déplacement, on paie en retard (les lourdeurs administratives que voulez-vous), on négocie les tarifs à la baisse – heureusement que la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse veille…
Et parfois, tout simplement, on annule une semaine d’atelier prévue depuis six mois faute d’avoir constitué un groupe. Par négligence ou incompétence. Bien au chaud à l’abri de sa structure financée par des deniers publics, on ne se soucie pas de savoir si l’auteur comptait sur cette rémunération conséquente pour vivre. On ne se dit pas que les jeunes éloignés de la lecture et de l’écriture auxquels il était destiné auraient pu tirer quelque chose de ces ateliers. Non, on n’a pas réussi, c’est annulé, et c’est comme ça. Et on ne se fend même pas d’un mot d’excuse.
Je devais animer cette semaine cinq jours d’ateliers. J’en attendais de gros coups de cœur et de gros coups de gueule, une émotion, que j’aurais partagée avec vous. N’en reste que cette amertume et ce sentiment de gâchis.
Mais ça va passer. Le prochain atelier se profile déjà, et les frissons ne demandent qu’à renaître au fond du ventre. Est-ce parce que je suis éditrice – je me suis lancée tardivement dans l’écriture –, qu’animer un atelier d’écriture prend autant d’importance ? Ce sentiment unique d’aider quelqu’un à accoucher d’un texte, ce rôle de sage-femme, que j’évoque souvent quand on me demande d’expliquer mon premier métier ? Trouver la bonne distance, accompagner sans faire à la place de. Voir naître un texte sous les doigts d’un autre mais se dire qu’on y est, un tout petit peu, pour quelque chose. Alors y retourner. Oublier le manque de reconnaissance, pour n’entendre que le mot « naissance ».

Jessie Magana

Jessie MaganaJessie Magana écrit et est la directrice de la collection Français d’ailleurs chez Autrement jeunesse (2006-2015).

Bibliographie :

    • Riposte ! Comment répondre à la bêtise ordinaire, Actes Sud Junior, (2014).
    • Comment parler de l’égalité filles-garçons aux enfants, Le Baron perché (2014).
    • Les Mots indispensables pour parler du sexisme, Syros (2014), que nous avons chroniqué ici.
    • Non à l’indifférence (collectif), Actes Sud Junior, (2013), que nous avons chroniqué ici.
    • Gisèle Halimi : Non au viol, Actes Sud Junior (2013).
    • Général de la Bollardière : Non à la torture !, Actes Sud Junior (2009).

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