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Le coup de cœur et le coup de gueule de

Les invité·e·s du mercredi : Emmanuel Trédez et Florence Hinckel

Par 18 octobre 2017 Les invités du mercredi

Aujourd’hui, on vous propose une interview de l’auteur Emmanuel Trédez, puis on a donné la parole à l’autrice Florence Hinckel qui nous a livré ses coups de cœur et coup de gueule. Bon mercredi à vous.


L’interview du mercredi : Emmanuel Trédez

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
Lorsque j’étais en terminale, comme beaucoup de jeunes d’hier ou d’aujourd’hui, je n’avais aucune idée du métier que je voulais exercer, alors j’ai choisi de retarder un peu la décision et de me laisser le maximum de choix en faisant une école de commerce – eh oui, personne n’est parfait ! Plus tard, frustré par cet enseignement, j’ai poursuivi – sans jamais les rattraper, aurait écrit Alphonse Allais – des études de sociologie et de lettres. Quand un auteur parle de son éditeur en disant : « et en plus, il a fait une école de commerce », en général, ce n’est pas très flatteur. J’espère être la preuve vivante qu’on peut avoir ce parcours et être attaché aux contenus !
Quelques années plus tard, pour justifier mon diplôme, j’ai commencé une carrière de contrôleur de gestion – décidément, mon cas ne s’arrange pas ! – dans l’édition, un secteur qui me fascinait depuis longtemps, et plus précisément pour le département jeunesse de Nathan. J’ai exercé ce métier pendant un peu moins de cinq ans avant de devenir… éditeur de livres documentaires, un métier qui me convenait sans doute mieux. Cette même année, j’ai publié ma première histoire pour la jeunesse – j’écrivais depuis toujours, mais avant d’entrer dans l’édition, je n’avais jamais songé à écrire pour les enfants. Et pour cause, tous les auteurs que j’avais lus dans mon enfance ou mon adolescence (Charles Perrault, Hans Christian Andersen, la comtesse de Ségur, Jules Verne…) étaient morts depuis des dizaines sinon des centaines d’années. Je n’avais pas conscience qu’on écrivait encore pour les enfants, qu’il y avait une littérature de jeunesse vivante à côté des grands classiques !
Souvent, les copains auteurs ou éditeurs sont étonnés par ma reconversion. C’est qu’on a trop tendance à vous étiqueter, à vous ranger dans des cases. J’avoue, j’ai eu de la chance. Dans une autre maison d’édition, si j’avais demandé à « faire des livres », on m’aurait peut-être ri au nez et j’en serais encore à faire des comptes d’exploitation ! Bref, pendant une bonne quinzaine d’années, j’ai édité des livres documentaires le jour et écrit des livres de fiction la nuit ; disons pendant mon temps libre. J’ai vraiment adoré ce métier. Chez Nathan, presque jusqu’au bout, j’aurai partagé de belles aventures éditoriales avec des auteurs, des illustrateurs, des graphistes… que j’apprécie.
Il y a un peu plus de deux ans, j’ai quitté Nathan et j’ai fait le pari fou de devenir indépendant pour consacrer l’essentiel de mon temps à l’écriture. Comme on ne vit guère de sa plume – excepté, je l’ai déjà signalé, les danseuses du Lido –, j’ai repris une activité d’éditeur en free-lance et je me suis lancé dans la formation à l’orthographe.
Cela fait maintenant une vingtaine d’années que j’écris des textes pour les enfants. J’ai publié une cinquantaine de livres pour les 6-12 ans – des premières lectures, des romans, une BD et quelques documentaires – chez une douzaine d’éditeurs (Nathan, Auzou, Didier, Flammarion, Talents hauts, Fleurus…).

Comment naissent vos histoires en général, et comment est né Ali Blabla, en particulier dans lequel les références sont nombreuses (Ali Baba et les 40 voleurs, Les 1001 nuits…) ?
Comme Georges Perec, que j’admire, j’aime créer des histoires en m’imposant des contraintes. Oh, pas nécessairement oulipiennes ! En 2013, mon éditrice chez Nathan, qui connaissait bien mon travail, m’a lancé le défi d’écrire un roman qui mêlerait différentes formes littéraires. C’est ainsi que j’ai écrit Qui veut le cœur d’Artie show ?, un roman où alternent le récit, le journal intime du « serial lover », les poèmes qu’il envoie à ses amoureuses (acrostiches, calligrammes…) et les articles des journalistes en herbe du collège qui enquêtent sur son identité.
Le point de départ peut être aussi un jeu de mots. Un peu comme chez Raymond Roussel, qui invente des histoires en rapprochant des homonymes ou des paronymes. Dans le cas du Cachalot nage dans le potage, c’est bien un jeu de mots, « Le homard m’a tuer », qui m’a donné l’idée d’écrire ce polar « aquatique » dont tous les personnages sont des animaux marins. Et dans Ali Blabla, c’est un autre jeu de mots qui m’a donné à la fois l’une des principales caractéristiques de mon héros – sa volubilité – et le cadre spatio-temporel dans lequel il allait évoluer : les Mille et une Nuits.
Dans Ali Blabla, outre le décor, je fais en effet référence à quelques personnages des Mille et une Nuits : au marchand Ali Baba (la caverne où Ali installe son échoppe) ; à Aladdin (les lampes merveilleuses vendues dans son échoppe) ; enfin à Shéhérazade : utilisant le stratagème de la princesse-conteuse, Ali laisse chaque jour en suspens l’histoire qu’il raconte à Kenza, dont il est tombé amoureux, pour lui donner envie de revenir écouter la suite, et ainsi se donner une chance de la séduire. Ce texte en vers, plusieurs fois interrompu, est enchâssé dans le récit (comme dans Les Mille et une Nuits, un récit en entraînant un autre) et propose ainsi une histoire dans l’histoire : j’y raconte avec autant d’humour que possible comment une princesse va choisir un époux parmi les quarante prétendants (quarante « lovers » !) qui se présentent devant elle.
La scène du tapis volant rappellera peut-être aux enfants le dessin animé Aladdin et le personnage de Kamel le dromadaire, l’âne de Shrek, un animal doué de parole et d’une grande insolence.
Il y a enfin des références moins attendues à Cyrano de Bergerac et Roméo et Juliette, Edmond Rostand et William Shakespeare endossant le rôle de conseillers en séduction (je n’en dis pas plus). J’avais déjà rendu hommage à ces deux auteurs et à leurs pièces emblématiques que j’aime tout particulièrement dans ma BD Inspecteur Londubec – la cigogne mouche un blaireau avec sa « tirade du bec » – et dans mon polar parodique, La Carotte se prend le chou – Roméo le Pomelo et Juliette la Courgette sont amoureux, mais leur amour est impossible à cause de la haine que se vouent les Agrumes et les Cucurbitacées.
Tous ces jeux de mots, ces références ne sont bien sûr qu’un bon point de départ. Après, tout reste à faire !

Dans Inspecteur Londubec ou encore dans Le cachalot nage dans le potage, les jeux de mots pleuvent, mais même dans Ali Blabla le marchand s’appelle Ar-Rachid et un chameau est fan de calembours… Vous ne pouvez pas vous en empêcher ?
Oui, sans doute le poids des influences que j’évoque plus bas…
Ar-Rachid est une huile ! J’ai donné à ce riche marchand, père d’Ali et d’Ahmed, le nom du calife des Mille et une Nuits.
Dans les deux premiers titres que vous citez, c’est vrai, je m’en donne à cœur joie avec les mots. Le pari étant de communiquer ce plaisir au lecteur. De ce point de vue, c’est plutôt réussi si j’en crois les retours que me font les enfants dans les classes ou sur les salons – bien sûr, selon leur âge, ils passeront à côté de certains jeux de mots ; quelle importance ? Les calembours et les références historiques ne m’ont pas empêché d’apprécier Astérix quand j’avais 7 ou 8 ans. Toutefois, s’il y en a autant, s’ils pleuvent, comme vous dites, c’est parce qu’ils constituent la matière même de ces polars parodiques (voir aussi Le hibou n’est pas manchot ou L’araignée est une fine mouche). Ils font partie du style, ils sont le style.
Dans Ali Blabla, c’est un peu différent. Les jeux de mots sont moins nombreux et surtout, ils sont placés, pour la plupart, dans la bouche de Kamel, un dromadaire qui se damnerait pour un bon mot. Ce goût des calembours est un des principaux traits de caractère du personnage, avec sa mauvaise humeur et son haleine fétide…
C’est vrai que les jeux de mots me viennent assez naturellement et je dois parfois me raisonner pour ne pas en abuser ! Rassurez-vous, mon éditeur est toujours là pour me rappeler à l’ordre si les jeux de mots prennent le pas sur l’histoire…

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescent ?
Enfant, comme beaucoup de gens de ma génération, je n’ai guère lu que les auteurs « morts » des bibliothèques rose puis verte : d’abord Oui-oui, Le club des cinq d’Enid Blyton ; Les malheurs de Sophie, Le général Dourakine, Les mémoires d’un âne de la comtesse de Ségur. Puis les grands classiques : 20 000 lieues sous les mers, Le tour du monde en 80 jours et Michel Strogoff de Jules Verne, L’île au trésor de Robert Louis Stevenson, Ivanhoé de Walter Scott, Les trois mousquetaires, Le comte de Monte-Cristo d’Alexandre Dumas… Ah, Le comte de Monte-Cristo, je me rappelle que je n’arrivais plus à refermer le roman, je venais à table avec mon livre ; ça m’a fait ça aussi avec Le seigneur des anneaux de Tolkien, dans ma grande période « jeux de rôle » !
Plus tard, j’ai commencé à lire mes premiers romans policiers : Agatha Christie et surtout Maurice Leblanc – mon grand-père avait relié lui-même l’ensemble des aventures d’Arsène Lupin.
Et puis, bien sûr, je lisais de la BD. Là aussi, j’ai commencé par les classiques (Tintin, Astérix, Gaston, Boule et Bill) avant de me faire ma propre culture BD avec la BD historique (Les sept vies de l’épervier de Juillard et Cothias), fantastique (La quête de l’oiseau du temps de Loisel et Letendre), policière (Les aventures d’Adèle Blanc-sec de Jacques Tardi) et d’auteur (Enki Bilal, encore « lisible » à l’époque, Hugo Pratt…).

Avez-vous des influences ?
Pas facile d’évoquer ses influences ! D’ailleurs, je n’en suis pas forcément conscient…
J’ai des goûts très éclectiques – Tiens, impossible d’employer ce mot sans penser au sketch des Inconnus ! Je ne suis expert d’aucune période, d’aucun genre, d’aucune tradition littéraire, mais je lis de tout : de la littérature contemporaine, des classiques du XIXe siècle, du polar, de la BD ; de France ou d’ailleurs. Je vais aussi beaucoup au cinéma et au théâtre…
Tous ces livres, tous ces films, toutes ces pièces me nourrissent, c’est certain, mais je serais bien incapable de dire comment je les ai digérés et repris à mon compte dans mes propres livres.
Si je me focalise sur les jeux de mots, les jeux de lettres, j’ai été formé à l’école de Goscinny et de Franquin, puis de Devos, de Coluche et de Desproges, de Pierre Dac et de Bobby Lapointe ; et je voue une grande admiration à Perec.

Que lisez-vous en ce moment ?
Je lis – ou plutôt j’écoute car il s’agit d’un livre audio, lu par l’auteur – Au revoir, là-haut, de Pierre Lemaître, le Goncourt que je découvre avec un peu de retard…
La Première Guerre mondiale m’a déjà valu quelques chocs littéraires : Voyage au bout de la nuit de Céline, La route des Flandres de Claude Simon, sans parler de l’œuvre de Jacques Tardi. Ici, l’auteur parle plutôt de l’après-guerre car le récit commence à quelques jours de l’Armistice.
Que dire de ce livre, de cette lecture en cours ? Je ne suis pas critique littéraire… J’apprécie la restitution historique, le style très vivant de l’auteur, les personnages hauts en couleur…

Pouvez-vous nous dire quelques mots de vos prochains ouvrages ?
Je ne parlerai que des ouvrages à paraître l’année prochaine car mes autres projets, en cours d’écriture ou en attente d’éditeur, sont bien trop incertains pour être évoqués ici…
Je poursuis ma série Mes premières enquêtes chez Auzou avec trois nouveaux titres, toujours illustrés par Maud Riemann. Je suis très satisfait de cette collaboration à la fois sur le plan commercial – je n’ai jamais connu ce niveau de ventes dans d’autres maisons d’édition – et éditorial – je travaille en bonne intelligence avec mes éditrices. Le tome 6, Le passage secret, entraîne le lecteur dans une médiathèque et tourne autour des charades – chaque titre est dédié à un jeu de lettres (rébus, acrostiches, anagrammes…). Les titres suivants évoqueront respectivement un mystérieux message d’amour sur le plâtre d’une élève (tome 7) et la lettre d’une femme pirate à propos du trésor qu’elle a laissé à ses descendants (tome 8).
Je sors chez Flammarion un album sur le thème de la colère, fortement inspiré par les crises de mon fils quand il était petit. Il sera illustré, et j’en suis vraiment ravi, par Amandine Piu.
Et un autre album, documentaire cette fois, sur les pâtes aux éditions Ricochet, dans la collection Je sais ce que je mange. Pour ce livre, j’ai beaucoup donné de ma personne : pour m’emparer du thème, tel Robert de Niro dans Raging Bull, j’ai pris plusieurs kilos !

Bibliographie sélective :

  • Ali Blabla, roman illustré par Benoît Perroud, Didier Jeunesse (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • L’araignée est une fine mouche, roman illustré par Loïc Méhée, Nathan (2017)
  • Dragon cherche métier, roman illustré par Stéphane Nicolet, Nathan (2017)
  • La carotte se prend le chou, roman illustré par Éric Meurice (Nathan, 2016)
  • Le cachalot nage dans le potage, roman illustré par Jess Pauwels, Nathan (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Le hibou n’est pas manchot, roman illustré par Baptiste Amsallem, Nathan (2016).
  • Le génie de la bouteille de lait, roman illustré par Yves Calarnou, Bayard Jeunesse (2016)
  • Le rêve fou de l’éléphant, théâtre, Syros (2016).
  • Les réseaux sociaux, comment ça marche ? et toutes les questions que tu te poses pour rester connecté !,documentaire illustré par Halfbob, Fleurus (2016).
  • Fantastique corps humain, documentaire illustré par Aurex Verdon, Gallimard Jeunesse (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Inspecteur Londubec, la cigogne marche sur des œufs, BD dessinée par Stéphane Nicolet, Éditions du Long Bec (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Qui veut le cœur d’Artie show ?, roman illustré par Glen Chapron, Nathan (2014).
  • Hercule, attention travaux !, roman illustré par Robin, Nathan (2012), que nous avons chroniqué ici.

Retrouvez Emmanuel Trédez sur son site : http://emmanuel-tredez.fr.


Le coup de cœur et le coup de gueule de… Florence Hinckel

Régulièrement, une personnalité de l’édition jeunesse (auteur·trice, illustrateur·trice, éditeur·trice…) nous parle de deux choses qui lui tiennent à cœur. Une chose qui l’a touché·e, ému·e ou qui lui a tout simplement plu et sur laquelle il·elle veut mettre un coup de projecteur, et au contraire quelque chose qui l’a énervé·e. Cette semaine, c’est Florence Hinckel qui nous livre son coup de cœur et son coup de gueule.

Chère Mare aux mots,

Un coup de gueule, veux-tu ? Pas de problème, j’en ai hélas à peu près trois par jour, ces temps-ci. C’est un peu fatigant, mais ça fait du bien de les partager, donc merci pour cet appel du pied.

Mon coup de gueule du jour provient d’une vidéo (https://www.youtube.com/watch?v=EH70vjRo1OQ), dans une version tronquée, qui se met à tourner abondamment sur Facebook de façon systématique dès qu’une polémique sur le sexisme ordinaire est mis en lumière. Elle a été exhumée d’archives télévisées datant de 1981. Marguerite Yourcenar y parlait de la condition féminine.

La partie tronquée qui tourne sur fb est celle-ci : Marguerite Yourcenar y critiquait le modèle de la working-girl en vogue dans les années 80, tellement vanté dans les magazines féminins. Elle se moquait de ces femmes qui désiraient tellement égaler l’homme dans sa condition de travailleur aliéné, n’y gagnant qu’une vie creuse, tout en se raccrochant pourtant aux attributs de la femme-objet. Et elle reprochait aux féministes, celles qu’elle appelle les « féministes 100 % » de focaliser leur lutte sur ce combat.

Depuis plusieurs jours, cette vidéo, sortie de son contexte, croule sous les partages et les « likes », et est assortie de commentaires enthousiastes, le plus souvent de femmes elles-mêmes, certainement en quête de douceur et de sérénité, certainement fatiguées par tous les combats qu’on leur demande de mener, ou auxquels on les enjoint d’assister dans la grande jungle de notre société…  Ces commentaires disent tous peu ou prou : « oui cessons ce combat fatigant pour une égalité stupide et à la vue courte, oui faisons enfin le choix de la douceur, de la paix, de la compréhension et du soutien mutuel, oui ne perdons pas de vue les priorités de l’existence ». Ou encore : « enfin une femme intelligente, posée, et sans haine des hommes ! Enfin une femme qui y voit clair, et qui ne se contente pas de vouloir singer les hommes dans ce qu’ils ont de plus pitoyable ! »

Eh bien moi, même si j’ai la même envie de douceur et de paix, ces réactions m’ont beaucoup interrogée, pour deux raisons essentielles…

D’abord, aujourd’hui (près de 40 ans plus tard) le mythe de la working-girl est bel et bien tombé, on a tous compris que c’était loin d’être un idéal, et le féminisme même « 100 % », me semble-t-il, est bien loin de focaliser là-dessus, si tant est que ce fut jamais le cas. Marguerite Yourcenar disait pourtant elle-même dans cette vidéo : « On lutte en faveur des libertés qui auraient été très utiles il y a 50 ans, peut-être plus que des libertés qui seraient utiles au moment présent », alors je suis un tout petit peu effarée de voir toutes celles et tous ceux qui tombent dans le même piège près de 40 ans plus tard.

Ensuite Marguerite Yourcenar, issue de la grande bourgeoisie, a eu tendance il me semble, dans ce discours, à occulter la réalité sociale de toute une partie de la population.

Alors là, désolée, je vais être longue, mais vu la quantité de personnes, dont certaines que j’estime énormément, qui ont été prises au piège de cette vidéo, je veux être pédagogue…

Que dit en effet Marguerite Yourcenar de la condition des femmes obligées de travailler ? Je suis certaine qu’en 1981 elles étaient déjà nombreuses, mais aujourd’hui, la crise économique fait qu’elles le sont encore plus.

Je crois comme Marguerite Yourcenar qu’il ne faut jamais oublier de regarder le monde dans lequel nous vivons au moment présent, mais je crois en plus qu’il ne faut jamais oublier d’en scruter toutes les strates sociales. Or, quel est ce monde aujourd’hui, si on le regarde bien, et de cette façon-là ? C’est un monde où pour le même travail qu’un homme les femmes sont payées moins (par quel miracle pourraient-elles avoir le choix de travailler moins ?). Un monde où, pourtant, les temps partiels sont subis en grande partie par les mères isolées, bien plus nombreuses que les pères seuls. Un monde où un plafond de verre puissant empêche les femmes d’accéder à des postes aux responsabilités plus intéressantes (par quel autre miracle pourraient-elles bénéficier d’une vie moins creuse que les hommes ?).

Alors oui, peut-être qu’au début des années 80, ce que Marguerite Yourcenar a pressenti de façon aigue, c’est que le monde allait dans un sens dangereux, celui du travail élevé comme but ultime dans la vie, autant pour les hommes que pour les femmes. Elle avait sans doute raison de tirer la sonnette d’alarme, mais elle se trompait hélas d’ennemis, selon moi. Les ennemis d’une vie meilleure, ce n’étaient pas les féministes, c’étaient les politiques. Et la crise économique.

J’ignore ce que disaient réellement les féministes des années 80, mais aujourd’hui, je le sais. Et on ne peut pas y plaquer le raisonnement de Marguerite Yourcenar sans en dénaturer et en simplifier de façon méprisante le combat.

Car non, les féministes d’aujourd’hui ne se battent pas pour singer la même aliénation que les hommes. Non, elles ne prétendent pas que ces hommes ont une vie de rêve comparée à la leur. Non, elles ne souhaitent pas égaler les hommes à tout prix, jusqu’à l’absurdité, et non, elles ne les haïssent pas de vivre ce qu’elles ne peuvent vivre. Non, les féministes n’érigent pas le modèle masculin comme un modèle merveilleux à atteindre. Au contraire, elles aimeraient que les hommes se tuent moins au travail pour être plus souvent présents à la maison, ainsi plus proches des priorités de l’existence (qui incluent hélas les courses, le ménage, la cuisine et les cris des enfants… si l’on n’a pas d’employés de maison bien sûr). Comment cela serait-il possible si les femmes ne participent pas davantage à la vie de la cité pour en décharger les hommes aliénés par le travail ?

C’est l’équilibre entre une qualité de la vie socio-professionnelle, et une qualité de la vie privée, qui est à rechercher pour les deux sexes, sans cantonner l’un ici et l’autre là. C’est ce que finit par dire Marguerite Yourcenar à la fin de la vidéo, en tout cas de l’extrait qui circule, mais au terme d’une argumentation obsolète et d’après moi assez bancale (pour ne pas dire malhonnête, puisque l’exposé précédent ne peut logiquement pas aboutir à cette conclusion, et ne repose que sur un choix que très peu de femmes peuvent faire – et pourquoi n’évoque-telle pas le même choix pour les hommes qui le pourraient financièrement ?).

Certes, on cède au charme tranquille de Marguerite Yourcenar, qui parle bien et avec douceur, les yeux pétillants d’intelligence, qui prône le bonheur d’une vie équilibrée qui nous fait rêver… Elle nous berce, jusqu’à nous faire oublier qu’elle-même est écrivaine inscrite dans la vie de la cité, première femme à être admise à l’Académie française, visiblement gourmande d’apparitions télévisées telles que celle-ci, heureuse de parler et d’être écoutée.

Comment imaginer qu’elle aurait connu le bonheur au sein d’une vie moins compétitive certes, mais sans possibilité d’une si belle interaction avec le monde culturel et social ? Une vie plus dégagée de la pression de la performance, certes, mais sans liberté financière, et sans liberté de pouvoir quitter un homme qui ne lui aurait pas convenu ?

Sa vie étant un modèle féministe à lui seul, ses propos sonnent étrangement à mes oreilles, même s’ils étaient peut-être davantage d’actualité il y a 40 ans.

Mon coup de gueule est donc d’abord un message : s’il vous plaît, ne nous laissons pas bercer par de douces paroles apaisantes aux images d’Épinal si éloignées du réel, au final lénifiantes et mortellement dangereuses pour la crédibilité d’un combat si difficile et si complexe à mener que celui du féminisme.

Et s’il vous plaît, demandons-nous pourquoi ce passage précisément d’une vidéo vieille de près de 40 ans, dans un contexte différent d’aujourd’hui, forte du poids d’une intellectuelle reconnue, est régulièrement remise en lumière, à des moments choisis de tension, comme pour en éteindre le feu : par qui ? Pourquoi ? Pourquoi maintenant ? En bref, soyons plus critiques et plus conscients des intentions de chacun sur Facebook. Soyons surtout plus conscients de ce qui menace de nous endormir comme un soma…

Désolée d’avoir été aussi longue, chère Mare au mots, mais les pavés que j’ai envie de jeter sont bien lourds ces temps-ci, hélas…

Merci de me donner aussi la possibilité de faire connaître mon dernier coup de coeur. Il s’agit du roman Dans la forêt de Jen Hegland, publié aux éditions Gallmeister. S’il avait paru initialement en France, ce roman l’aurait peut-être été en « littérature jeunesse ». Publié en 1996 aux Etats-Unis où son succès fut éblouissant, aux dires de l’éditeur, il ne parait ici que cette année. Nell, 17 ans et sa soeur Eva, 18 ans, dans un contexte post-apocalyptique, choisissent de ne pas partir de chez elles. Au lieu d’un road-trip semblable à La Route de Cormac Mac Carthy nous avons donc un Nature Writing étreignant et sensuel. Et c’est superbe, prenant, envoûtant… C’est réaliste et saisissant. C’est beau et vivifiant. C’est une formidable ode à la vie. Ruez-vous sur ce roman !

Florence Hinckel est autrice.

Bibliographie sélective :

  • Le grand saut, roman, Nathan (2017).
  • Traces, roman, Syros (2016).
  • Super Vanessa et la crique aux fantômes, roman illustré par Caroline Ayrault, Sarbacane (2016).
  • U4 : Yannis, roman, Nathan/Syros (2015).
  • #Bleue, roman, Syros (2015).
  • Quatre filles et quatre garçons, roman, Talents Hauts (2014).
  • Hors de moi, roman, Talents Hauts (2014).
  • Chat va faire mal !, roman illustré par Joëlle Passeron, Nathan (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Vanilles et Chocolats, roman, Oskar (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Théa pour l’éternité, roman, Syros (2012).
  • L’été où je suis né, roman, Gallimard Jeunesse (2011)
  • Le chat Beauté, roman illustré par Joëlle Passeron, Nathan (2013), que nous avons chroniqué ici.

Le site de Florence Hinckel : http://florencehinckel.com.

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Les invité·e·s du mercredi : Frédéric Gauthier (La Pastèque) et Yaël Hassan

Par 20 septembre 2017 Les invités du mercredi

Vous le savez si vous suivez La mare aux mots, j’adore les éditions de La Pastèque. C’est, pour moi, l’une des maisons d’édition les plus intéressantes. La plupart de leurs ouvrages sont des bijoux. J’ai eu donc envie de poser quelques questions à l’un des éditeurs, Frédéric Gauthier. Ensuite, c’est l’autrice Yaël Hassan qui a accepté de venir nous livrer ses coup de cœur et coup de gueule ! Bon mercredi à vous.


L’interview du mercredi : Frédéric Gauthier (La Pastèque)

Comment sont nées les éditions de La Pastèque ?
La Pastèque a reçu ses lettres patentes en juillet 1998 et sa première publication, Spoutnik 1, a été publiée en décembre de la même année. Mise sur pied par Martin Brault et moi-même, la maison d’édition compte à ce jour, plus de 275 titres. C’est en écoutant une table ronde sur la bande dessinée québécoise au Salon du livre de Montréal en novembre 1997 que l’idée de fonder une maison d’édition nous est venue. Ce jour-là, nous avions eu droit au sempiternel constat pessimiste sur la BD québécoise. Nous avons eu alors envie de brasser la cage et d’insuffler un peu d’optimisme à cette morosité ambiante. Nous voulions prendre le pari que les Québécois, comme les francophones d’Europe, apprécieraient une bande dessinée plus personnelle, plus intimiste.
Le volet jeunesse est venu presque 15 ans plus tard, étant une évolution naturelle de travailler avec nos créateurs sur des projets jeunesse. Nous avons abordé cette évolution avec une approche libre et novatrice qui ne s’ancre pas dans des formats établis.

Quelle est la ligne éditoriale ?
Il est toujours complexe de définir une ligne éditoriale, mais il y a un choix esthétique fort qui met de l’avant des talents graphiques possédants des styles authentiques et variés qui possèdent une filiation stylistique. La force de notre ligne éditoriale se base avant tout sur la liberté créative qu’on laisse à nos auteurs et illustrateurs. Nous laissons les récits se déployer dans leur forme idéale sans contrainte de format, pagination ou autre nécessité technique. Ce qui permet aux auteurs d’aller très loin dans leur création et ça libère grandement les illustrateurs. Nous concevons aussi le livre, l’objet en collaboration avec les créateurs donnant au final un produit conceptuel qui transpose entièrement la vision de ceux-ci. Au niveau des récits, dans la fiction nous cherchons des voix fortes, uniques qui témoignent du monde dans lequel on vit et qui s’éloigne des formules préconçues. La Pastèque mise aussi beaucoup sur la prise de risque pour faire évoluer sa ligne éditoriale. Nous n’avons pas peur de nous aventurer dans des projets hors norme, ce qui aide à pousser la recherche et développer son lectorat.
Aussi comme nous venons de l’école du roman graphique, notre approche à l’album est totalement décomplexée au niveau de la forme, de la longueur. On préfère que le lecteur puisse entrer dans l’univers visuel et narratif, ce qui implique une plus longue forme. Ce qui est naturel chez nous.

Vous êtes québécois, mais très présents en France. Que représente la France pour vous ?
La France a toujours été pour nous un marché aussi important que le Québec. Vital à nos débuts, ce marché reste encore à développer et nous pensons que la qualité de nos titres peut encore rejoindre un plus grand lectorat en France. Depuis 2-3 ans, nos titres sont sélectionnés pour des prix et des sélections prestigieuses ce qui nous aide à mieux faire voir ces livres et ces auteurs talentueux. De plus, nous travaillons avec plusieurs auteurs et illustrateurs français ce qui donne à notre catalogue une perception francophone forte et encore ici permet de solidifier les bases en France et partout en Europe.

Vos livres sortent ici exactement de la même façon qu’au Québec ou y a-t-il une adaptation ?
Il n’y a aucune adaptation, ce sont les mêmes livres. Disons qu’on pense à un marché global francophone quand on travaille aux livres, mais on laisse les auteurs et leurs styles personnels s’exprimer librement.

Combien de personnes travaillent pour les éditions de La Pastèque et quels sont leurs postes ?

Nous sommes une équipe de 6 personnes :

  • Frédéric Gauthier, moi-même, – co-fondateur, éditeur, responsable des droits, des relations de presse et de l’administration
  • Martin Brault – co-fondateur, éditeur et responsable de la production
  • Marie-Soleil Granger – directrice commerciale
  • Séraphine Manu – éditrice jeunesse
  • Fabien Longval – coordination et administration
  • Élisabeth Tielemans – responsable de la France, Belgique et Suisse

Dites-nous quelques mots sur le projet Tout garni
Avec le projet Tout garni nous voulions expérimenter les formes narratives natives numériques. Sans avoir rayé totalement le développement numérique de nos livres, la faiblesse du marché nous force à revoir nos stratégies numériques. On a eu l’opportunité de présenter ce projet pour obtenir des fonds de recherche et développement et on a donc imaginé un projet qui se déploie un peu à l’image des calendriers de l’avent, soit un projet par mois sur une année complète. Ces 12 projets sont liés par une trame narrative créée par André Marois et sont imaginés visuellement et technologiquement par 12 illustrateurs/trices différents. Ils ont donc le loisir d’imaginer l’axe numérique de leur choix sans restrictions et sont jumelés à une entreprise spécialisée qui a les compétences technologiques et créatives de les accompagner. On a donc eu des projets en « scroll », un jeu en ligne, un projet en réalité virtuelle, un jeu interactif avec téléphone intelligent, bref on n’est aucunement limité. Au final, le récit rocambolesque de ce livreur de pizza se terminera en décembre. Nous avons pu expérimenter durant toute l’année et mieux définir les possibilités pour la suite de ce développement, la mise en marché de telles idées et la mise en réseau de divers partenariats.

Pouvez-vous nous parler de votre parcours personnel ?
Suite à des études en cinéma, outre le travail en librairie, j’ai aussi travaillé dans le monde du multimédia et de la publicité, travaillant pour Sid Lee dirigeant un projet de création pendant 3 années. J’ai ensuite été développer le projet Foodlab à la Société des arts technologiques de Montréal pendant 3 années avant de finalement être à temps plein sur La Pastèque.

Quelles étaient vos lectures d’enfant/d’adolescent ?
Mes lectures de jeunesse étaient les classiques franco-belges de dessinée et plus tard une grande partie de l’héritage du magazine À suivre avec une affection particulière pour Alberto Breccia. J’ai également lu beaucoup de littérature jeunesse québécoise comme la série classique des Raisins de Raymond Plante.

Parlez-nous des prochaines sorties.
Cet automne sera riche et varié ! Nous sommes heureux de publier un album jeunesse de Kerascoët, Paul et Antoinette, qui sera mis à l’honneur au SLPJ [NDLR : Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil] cette année. C’est un album simple et rigolo sur un frère et une sœur que tout oppose ou presque…
Nous avons aussi un album fort d’India Desjardins, Une histoire de cancer qui finit bien : ce livre est particulièrement touchant, car c’est une jeune fille atteinte de cette maladie qui lui a demandé d’écrire une histoire positive à ce sujet.
Nous publions aussi, dans le cadre de notre nouvelle collection de documentaire graphique, un album époustouflant : Les poissons électriques ! Dans la lignée d’En voiture ! de Pascal Blanchet.
Enfin un autre de nos albums chouchous est Le brouillard de Kenard pak et Kyo Maclear, une fable sur l’écologie et les changements climatiques mais aussi sur l’importance de regarder l’autre, illustrée avec une grande délicatesse.

Parmi les titres sortis chez La Pastèque :

  • L’oiseau de Colette, d’Isabelle Arsenault (2017).
  • La milléclat dorée, de Benjamin Flouw (2017).
  • Mon cœur pédale, Simon Boulerice et Émilie Leduc (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • En voiture, de Pascal Blanchet (2017).
  • Les Liszt, de Kyo Maclear et Júlia Sardà (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Écrit et dessiné par Enriqueta, de Liniers (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Azadah, de Jacques Goldstyn (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Louis parmi les spectres, de Fanny Britt et Isabelle Arsenault (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Une berceuse de chiffons, d’Amy Novesky et Isabelle Arsenault (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • La petite patrie, de Julie Rocheteau et Normand Grégoire (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Le facteur de l’espace, de Guillaume Perreault (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Série Paul, de Michel Rabagliati (2000-2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Les affreux chandails de Lester, de K.G. Campbell (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Série Macanudo, de Liniers (traduit par Jean-Paul Partensky) (2008-2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Fourchon, de Kyo Maclear et Isabelle Arsenault (2011), que nous avons chroniqué ici.

Le site des éditions de La Pastèque : http://www.lapasteque.com.


Le coup de cœur et le coup de gueule de… Yaël Hassan

Régulièrement, une personnalité de l’édition jeunesse (auteur.trice, illustrateur.trice, éditeur.trice…) nous parle de deux choses qui lui tiennent à cœur. Une chose qui l’a touché.e, ému.e ou qui lui a tout simplement plu et sur laquelle il.elle veut mettre un coup de projecteur, et au contraire quelque chose qui l’a énervé.e. Cette semaine, c’est Yaël Hassan qui nous livre son coup de cœur et son coup de gueule.

Coup de gueule…

Pendant toute une période de ma vie, l’été était synonyme de soleil, plage, baignades, bronzage, chaleur, torpeur, farniente, coquillages et crustacés, d’itsi bitsi petits bikinis, robes minis et fleuries, paysages, voyages, douceur de vivre… Un chapelet de mots aussi prometteurs qu’anodins qui vous parlaient de vacances, de détente les doigts de pieds en éventail et un bon livre dans les mains !
Mais ça, c’était avant…
Il est fini le temps où, sur la plage, on ne portait plus rien ou pas grand-chose. Couvrez-moi ce nombril que je ne saurais voir ! La tendance serait de renvoyer les femmes à leurs étoffes et autres voiles dont elles ont mis tant de temps à se dépêtrer et, nos étés, sont devenus meurtriers.

Nice, Barcelone, attentats, insécurité, danger, policiers, militaires, état d’urgence, terrorisme, islamisme, djihadisme, obscurantisme, barbarisme, ces mots-là, ceux en isme, sont bien moins chaleureux, bien moins sympathiques. Dorénavant nos étés sont jalonnés de commémorations, de larmes, de drames, de concerts en hommage aux victimes…
Alors, mieux qu’un coup de gueule, c’est un coup de poing dans la gueule qu’on aimerait assener à tous ces fanatiques qui nous empêchent de bronzer en paix ! Non, mais !

Coup de cœur…

J’aime le mois de septembre.
Non, pas parce qu’il est celui de la rentrée des classes, pour moi, ce temps-là, est si loin déjà… Mais parce qu’il est prometteur. Il est celui du livre que je suis en train d’écrire, de celui qui est sur le point de sortir, de ceux, nombreux, que je vais découvrir sur les étals des librairies, des auteurs aimés que je vais retrouver, de ceux dont je ferai la connaissance, des livres que j’adorerai et ceux que je délaisserai.
La rentrée littéraire en sonnant certes le glas des vacances estivales n’en est pas moins annonciatrice de délices futurs que je dégusterai sans modération lors des soirées pluvieuses d’automne et celles glacées de l’hiver.
Contre le fanatisme, contre les extrémismes, il n’existe pas de meilleure arme que les livres, le savoir, l’éducation. Et c’est en cela que les Littératures (jeunesse et vieillesse) sont si grandes !

Yaël Hassan est autrice.

Bibliographie sélective :

  • Un roman d’aventures (ou presque), Syros (2017).
  • La révolte des moins-que-rien, Les éditions du mercredi (2017).
  • Achille, fils unique, Nathan (2016).
  • C’est l’histoire d’un grain de sable, illustré par Manuela Ferry, éditions du pourquoi pas ? (2016).
  • Quatre de cœur, co-écrit avec Matt7ieu Radenac, Syros (2016).
  • Perdus de vue, co-écrit avec Rachel Hausfater, Flammarion Jeunesse (2016).
  • L’usine, Syros (2015).
  • J’ai fui l’Allemagne nazie, Gallimard Jeunesse (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Les demoiselles des Hauts-Vents, Magnard Jeunesse (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • L’heure des mamans, illustré par Sophie Rastégar, Utopique (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • La fille qui n’aimait pas les fins, coécrit avec Matt7ieu Radenac, Syros (2013).
  • Défi d’enfer, roman illustré par Colonel Moutarde (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Rue Stendhal, Casterman (2011).
  • Momo, petit prince des Bleuets, Syros (1998).
  • Un Grand-père tombé du ciel, Casterman (1997).

Le site de Yaël Hassan : http://minisites-charte.fr/yael-hassan.

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Les invité.e.s du mercredi : Pauline de Tarragon et Fanny Joly

Par 14 juin 2017 Les invités du mercredi

Pauline de Tarragon vient de sortir Le cri de Zabou aux éditions L’étagère du bas, j’ai beaucoup aimé ce premier album et j’ai eu envie de savoir qui était l’autrice qui se cachait derrière. Ensuite, c’est une autre autrice, Fanny Joly, qui a accepté de venir nous livrer ses coup de cœur et coup de gueule ! Bon mercredi à vous.


L’interview du mercredi : Pauline de Tarragon

Parlez-nous de votre parcours d’autrice-illustratrice jusqu’à la parution de votre album Le cri de Zabou
Depuis que je suis enfant, je dessine et je raconte des histoires autour de moi. J’ai toujours fait des études artistiques et dès que j’ai eu l’occasion d’en faire mon métier, j’ai saisi ma chance. J’ai rencontré Delphine [NDLR Monteil] de L’Étagère du bas lorsque j’étais en première année d’illustration à l’école Estienne et nous sommes parties d’un petit fanzine que j’avais fait en 30 minutes pour le transformer en bel album un an après. 🙂

Pouvez-vous nous parler de cet album, ce dont il parle, comment il est né ?
Cet album est né d’un fanzine écrit et illustré en 30 minutes un jour de classe. Il raconte l’histoire d’un petit garçon toujours énervé qui va se faire soigner par sa maman magicienne. C’est grâce à la musique que sa vie va totalement changer pour devenir plus rose. Un peu comme moi en fait.

Comment s’est passée la collaboration avec la toute jeune maison d’édition L’étagère du bas ?
Tout s’est passé facilement et rapidement ! J’avais beaucoup de liberté mais Delphine était là pour me donner des conseils et m’aider à prendre des décisions importantes.

Vous n’êtes pas seulement autrice-illustratrice, vous êtes aussi chanteuse ! Vous pouvez nous en dire quelques mots ?
Oui ! Ce sont deux passions qui se marient bien. Parfois, c’est épuisant de faire les deux mais à la fin, c’est tout de même très enrichissant ! Que ce soit sur scène, à l’école ou avec les enfants, je m’amuse et j’apprends des choses différentes chaque jour.

Avez-vous envie, un jour, de mixer les deux et de faire un livre-CD pour enfants ?
Évidemment ! Mais peut-être qu’il sera possible de créer un objet livre associé à un écran plutôt qu’à un CD. Enfin je ne suis pas encore sûre du support mais je sais que c’est une idée que j’ai toujours voulu explorer.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Comme tout le monde j’ai été marquée par Le Petit Prince, La Princesse au petit pois, Le Journal du chat assassin, j’ai aussi adoré Ne m’appelez plus jamais mon petit lapin de Solotareff, Arc-en-ciel le plus beau poisson des océans de Pfister, tous les Martine, les Juliette aussi ! Bonjour Tristesse de Françoise Sagan…

Quel.le.s sont, aujourd’hui, les auteurs.trices/illustrateurs.trices qui vous touchent particulièrement ?
J’aime beaucoup les travaux de Jean Julien et Hervé Tullet, simples et ingénieux. Depuis que je suis petite, je suis le travail de Taro Gomi aussi.
Récemment j’ai découvert Kazue Takahashi et Sato Kanae !

Quels sont vos projets ?
J’ai pour projet de sortir mon premier album avec Pi Ja Ma [NDLR son groupe de musique] et puis le tome 2 de Zabou 😉

Le blog de Pauline de Tarragon : http://paulinedetarragon.tumblr.com.


Le coup de cœur et le coup de gueule de… Fanny Joly

Régulièrement, une personnalité de l’édition jeunesse (auteur.trice, illustrateur.trice, éditeur.trice…) nous parle de deux choses qui lui tiennent à cœur. Une chose qui l’a touché.e, ému.e ou qui lui a tout simplement plu et sur laquelle il.elle veut mettre un coup de projecteur, et au contraire quelque chose qui l’a énervé.e. Cette semaine, c’est Fanny Joly qui nous livre son coup de cœur et son coup de gueule.

Chère Mare, chers Mots

Vous me demandez un coup de gueule. Un seul !? Bon allez je vous livre (!) celui du jour.
Ou plutôt d’hier… Figurez-vous que j’ai rencontré une école du 94. Matin dans le gymnase, tout le monde assis par terre, on a lu-questionnu-répondu-tous-âges-confondus comme j’adore.

Après-midi : ateliers d’écriture des CM, classe par classe. Dans l’une d’elles, les élèves ont choisi leur thème : écrire une suite à ALERTE AUX CHOUQUETTES. Un de mes romans. Paru il y a 20 ans. Fierté pour moi. Et vague inquiétude, comment travaille-t-on autour d’un livre épuisé ? Logique : en photocopiant les 2 exemplaires en lambeaux de la bibliothèque scolaire.

1, 2, 3 c’est parti pour la GUEULANTE. Que j’ai photographiée à chaud (ci joint).

Pourquoi se plaindre du PHOTOPILLAGE si les livres sont épuisés ?
Les éditeurs seraient-ils des pousse-au-crime, des pompiers-pyromanes ?

J’ai écrit et publié environ 400 livres. C’est beaucoup, je sais. Mais rassurez-vous : à peine 100 d’entre eux sont actuellement DISPOS. Le reste : é-pui-sé. Et encore, je m’en sors bien, je suis un auteur qui marche. Plusieurs confrères/soeurs ne peuvent plus faire de rencontres, faute de livres disponibles. Double peine. Multiple peine. Tous les bibliothécaires, enseignants, organisateurs et autres passeurs de passion que je rencontre, s’en plaignent.

12 000 nouveautés en littérature jeunesse en 2016. Ça fait rouler les camions et les euros des actionnaires. Du moins on l’espère pour eux (rire jaune). Parce que pour nous, soutiers de la création-transmission, ça provoque des méga-dégâts.

Les étagères ne sont pas élastiques. La créativité non plus.
Pour survivre, les créateurs doivent produire des nouveautés-tés-tés sans relâche.
Dont ils ne verront (pour la plupart) jamais un sou de Droits d’Auteurs vu que les nouveautés en question ne survivront pas au 1er tirage. Fuite en avant. Clones à gogo. Assèchement des imaginations. Façon sols dopés d’engrais.

APPEL AU PEUPLE (?) DES ÉDITEURS. Faites votre boulot. Gardez plus de livres jeunesse dispos. Pas TOUS. Mais PLUS. Les enfants se renouvellent sans cesse. Notre monde zappe à chaque instant. Les livres sont la continuité. Vous êtes leurs accoucheurs, leurs nounous, leurs médecins. Cessez d’être leurs fossoyeurs !

On se calme. Respire par le nez, Fanny. 1, 2, 3 c’est parti pour le coup de cœur. Un seul !?! Bon allez je vous livre celui du jour. Ou plutôt d’avant-hier. Un fabuleux film. Si vous ne l’avez pas vu, courez-y vite, bande de veinards. Ça s’appelle À VOIX HAUTE. Un bijou. Documentaire de 78 minutes et de Stéphane De Freitas + Ladj Ly. Ou comment 30 étudiants de l’Université de St-Denis se préparent au concours Eloquentia, meilleur orateur du 93…

Fanny Joly est autrice.

Bibliographie sélective :

  • Vingt cœurs, album illustré par Christine Davenier, Les éditions Clochette (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Les frisettes de Mademoiselle Henriette, roman illustré par Ariane Delrieu, Hachette Jeunesse (2017).
  • Fleur la terreur, roman, Pocket Jeunesse (2017).
  • Cucu la praline est en pleine forme, CD, Gallimard Jeunesse (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Superminouche, livre-CD illustré par Caroline Hüe, Gallimard Jeunesse (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Cucu la praline gagne le gros lot, roman illustré par Ronan Badel, Gallimard Jeunesse (2016).
  • Rendez-moi mes totottes, album illustré par Fred Benaglia, Gallimard Jeunesse (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Cucu la praline, CD, Gallimard Jeunesse (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Tous en scène, 12 sketchs pour apprentis comédiens, Le livre de Poche (2015).
  • Cucu la praline mène la danse, roman illustré par Ronan Badel, Gallimard Jeunesse (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Embrouille en Bretagne, album illustré par Laurent Audouin, Sarbacane (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Cucu la praline met son grain de sel, roman illustré par Ronan Badel, Gallimard Jeunesse (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Qui a piqué le courrier des élèves ?, roman co-écrit avec Nicolas de Hirsching, Casterman (2013).
  • Cucu la praline se déchaîne, roman illustré par Ronan Badel, Gallimard Jeunesse (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Gudule a un bébé, roman illustré par Roser Capdevila, Hachette Jeunesse (2013).
  • Qué calor à Barcelone !, album illustré par Laurent Audouin, Sarbacane (2010).
  • Suzie & Godefroy ALLO 1313 ?, album co-écrit avec Dominique Joly, illustré par Laurent Audouin, Sarbacane, (2009).
  • Collection La fée baguette, illustrée par Marianne Barcilon, Lito (2006-2015).
  • Drôles de contrôles, roman illustré par Roser Capdevila, Bayard Poche (2003).

Son site : http://fannyjoly.com.

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Les invité.e.s du mercredi : Kinga Wyrzykowska et Magdalena

Par 24 mai 2017 Les invités du mercredi

J’ai eu un véritable coup de cœur pour De nos propres ailes, j’ai eu envie d’en savoir plus sur son autrice, Kinga Wyrzykowska. Elle a accepté de répondre à mes questions. Ensuite, c’est l’autrice Magdalena qui a accepté de venir nous livrer ses coup de cœur et coup de gueule ! Bon mercredi à vous.


L’interview du mercredi : Kinga Wyrzykowska

Pouvez-vous nous présenter De nos propres ailes, votre dernier roman ?
C’est un roman choral qui raconte les bouleversements, métamorphoses, réajustements, adaptations de sept filles qui font partie d’une même équipe de volley, et qui vont être confrontées, pour les besoins de leur amitié, du sport, d’une certaine idée de justice aussi, à la nécessité de réunir, ensemble, de l’argent. Or, la cagnotte qu’elles mettent en place va révéler les différences entre elles, les violences ou les mensonges qui les habitent, tous les malaises avec lesquels elles ont su composer jusque là. Mais ce n’est pas encore là qu’est le vrai drame, ou le tournant du livre : tout explose quand leur « récolte » disparaît.

Ce qui m’a marqué dans ce roman, c’est le fait que ça sonne juste, tant dans la façon de parler que dans la vie des personnages, vous êtes-vous inspirée de gens que vous connaissiez ?
D’abord merci !
Quand quelqu’un parle, sa manière particulière de dire les choses — son accent, son vocabulaire, etc. – tout ce qui constitue sa petite musique personnelle – vient se graver dans mon disque dur interne, et même parfois l’envahir de manière oppressante. Les autres –ceux que je côtoie ou que je croise, que j’entends à la radio, dans les films, partout – finissent par bavasser, gloser, tchatcher et se disputer en moi. C’en devient cacophonique. On ne s’entend plus là-dedans. Alors, pour ma propre santé mentale, il faut que ces voix s’évacuent d’une manière ou d’une autre. L’écriture est un désengorgement : dans De Nos Propres Ailes, j’ai laissé s’écouler les langues de mon adolescence, celles, bigarrées, de mes copines de Créteil où j’ai grandi mais aussi des timbres plus littéraires, qui seraient comme les « basses » de mon texte et qui m’inspirent « par en dessous ». Je pense à Rage Noire de Jim Thompson notamment que j’ai relu pour De Nos Propres Ailes car je cherchais le rythme de la colère. Enfin, je me suis rechargée aussi en langages plus contemporains en espionnant des utilisateurs sur Periscope, YouTube, etc. Internet est un puits sans fond de jacasseries.

Parlez-nous de votre parcours
Mon parcours est celui d’une immigrée qui a eu beaucoup de chance, avec un milieu familial pour lequel les études et la culture constituaient la seule ligne d’horizon envisageable ; et avec une expérience de l’école publique très heureuse et très variée : j’ai changé une dizaine de fois d’établissement au cours de ma scolarité. Mes pérégrinations géographiques et scolaires m’ont fait passer de banlieue en banlieue (le 93 puis le 94 et le 92) où j’ai des super souvenirs de profs, jusqu’à Paris en terminale et prépa littéraire dans des graaaaands lycées. Après, le roman de la méritocratie continue avec l’École Normale Supérieure, l’agrégation et tout le tralala. Sauf que c’est aussi là qu’il s’arrête parce qu’au moment où je devais commencer à enseigner je me lance tous azimuts dans le théâtre (en mise scène et dramaturgie), la traduction, le film documentaire… pour finir, un jour, par m’avouer, que ce que je rêve de faire c’est d’écrire de la fiction. Et là, c’est une autre histoire qui commence avec Memor, le monde d’après.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Très classiques. Enfant, j’adorais Roald Dahl mais aussi la Comtesse de Ségur, surtout une collection toute rose fuchsia avec des couvertures qui ressemblaient à des images religieuses. Premiers sanglots de lectrice en terminant Mon bel Oranger de Jose Mauro de Vasconcelos en CM2. Puis, au collège, Zola et Zweig (j’aime les noms qui commencent par les dernières lettres de l’alphabet) sont une révélation. Au lycée, je suis révoltée, un peu snob et je me veux poète, je ne jure que par ceux qui sombrent dans l’[o] : Rimbaud, Michaux, Artaud.

Que lisez-vous en ce moment ?
Je suis marraine d’un prix (le Prix Cultura que Memor a remporté en 2015) et donc je lis beaucoup de romans jeunesse et ados pile en ce moment : on délibère de la sélection fin juin. Dans ce cadre, je viens de terminer les Confessions d’un ami imaginaire de Michelle Cuevas.
Sinon, je me remets à peine d’Article 353 du Code Pénal de Tanguy Viel, grandiose. Et je picore avec délectation dans les Brefs Entretiens avec des hommes hideux de David Foster Wallace.

Quels sont vos projets ?
Je travaille depuis un an sur un roman pas jeunesse (donc vieillesse ? Peut-être…). Une histoire de famille, d’ennui et de paranoïa.

Bibliographie :

  • De nos propres ailes, roman, Bayard (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Memor : le monde d’après, roman, Bayard (2015).


Le coup de cœur et le coup de gueule de… Magdalena

Régulièrement, une personnalité de l’édition jeunesse (auteur.trice, illustrateur.trice, éditeur.trice…) nous parle de deux choses qui lui tiennent à cœur. Une chose qui l’a touché.e, ému.e ou qui lui a tout simplement plu et sur laquelle il.elle veut mettre un coup de projecteur, et au contraire quelque chose qui l’a énervé.e. Cette semaine, c’est Magdalena qui nous livre son coup de cœur et son coup de gueule.

Coup de gueule / coup de cœur

J’ai des coups de gueule introvertis.
En réalité je gueule comme une folle dans ma tête mais personne ne m’entend.
Je gueule et je me prends la tête surtout la nuit, quand tout est endormi et que je fais défiler mes pensées.
Parfois, pour ne pas dire souvent, je fixe sur un truc et c’est fichu.

La liste des trucs qui déclenchent mes insomnies coups de gueule, ça peut aller du futile, au grave comme à l’intolérable :

Les propos homophobes, qu’ils soient dits avec ironie ou méchanceté, par des vieux ou par des jeunes, qu’importe, cela me hérisse le cœur et les poils des avant-bras !

Le crétin qui me double pour me piquer la place de parking, parce qu’il est un mal éduqué civique et que je regrette de ne pas être ceinture noire de Karaté pour le défoncer, quand une fois garé, il descendra de son auto.

Les vendeuses qui me collent et qui veulent me faire rentrer dans deux tailles en dessous ou deux tailles au-dessus avec le même aplomb, pourvu qu’elles vendent n’importe quoi à n’importe qui. Alors que je n’ai même pas sollicité leur avis, elles insistent avec leur : essayez c’est fait pour vous ! C’est parfait ! et autres inepties. Je les déteste.

Les cathos, et leur culpabilité qui ne les empêche même pas de tenir des propos racistes à voix haute sans aucune gêne comme s’il était d’évidence que nous pensions comme eux.
Et les propos racistes de tous ceux qui en tiennent et qui nous les agitent sous le nez comme si de rien n’était.

Les sans riens que je croise dans la rue avec la honte de ne rien faire de plus pour eux

Les ascenseurs qui toussotent entre deux étages avant d’éternuer enfin l’ouverture de la porte alors que je suis hyper claustrophobe.

Et le pire des pires : Les « sans riens » que je croise dans la rue avec la honte de ne rien faire de plus pour eux et là le coup de gueule je l’ai contre moi et c’est toujours le plus douloureux !

La liste pourrait être rallongée mais j’ai j’en garde pour une autre fois.

J’arrête et je vais passer à mes coups de cœur, qui sont tout aussi silencieux que mes coups de gueule.

C’est sans doute pour cela que j’écris.

La découverte des illustrations d’un de mes textes, c’est toujours une première fois, et j’ai toujours un pincement au cœur…

Le pain frotté à la tomate avec de l’huile d’olive et du jambon cru.

Les cerises, celles de Céret en particulier.

Mon dernier coup cœur au cinéma LALALAND m’en fiche qu’on se moque de moi, j’ai acheté la B.O. et je danse dans mon salon en l’écoutant quand il n’y a pas de soleil, ça me remonte le moral.

Mes coups cœurs ont des couleurs de grenadine, et de ciel bleu ils suivent mes humeurs et la météo.
Ils ont gardé un goût d’enfance alors ils sont nombreux et ont tendance à se multiplier à partir du printemps. En hiver ils hibernent, sauf quand j’ai la chance d’être réveillée par un album ou par un tableau dans une expo.

Sur ce motus et bouche cousue !

magdalenaMagdalena est autrice.

Bibliographie sélective :

  • Les monstres de la nuit, album illustré par Christine Davenier, Père Castor (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Dans le noir de la nuit, album illustré par Christine Davenier, Père Castor (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Série Je suis en CE1, romans première lecture illustrés par divers.es illustrateurs.trices, Père Castor (2015-2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Série Les contes du CP, romans première lecture illustrés par divers.es illustrateurs.trices (2014-2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Louna et la chambre bleue, album illustré par Christine Davenier, Kaléidoscope (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • La princesse Tralala. Une histoire qui joue avec les voyelles, album illustré par Gwen Keraval, Père Castor (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Pipi Caca Popot, album illustré par Claire Frossard, Père Castor (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • La petite fille du tableau, album illustré par Elsa Huet, Kaléidoscope (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • Série Je suis en CP, romans première lecture illustrés par divers.es illustrateurs.trices, Père Castor (2011-2017), que nous avons chroniqué ici.
  • La princesse rosebonbon, album illustré par Éléonore Thuillier, Kaléidoscope (2010).
  • Série Bali, albums illustrés par Laurent Richard, Père Castor (2009-2015), que nous avons chroniqué ici.
  • 24 petites souris vont à l’école, album illustré par Nadia Bouchama, Père Castor (2004), que nous avons chroniqué ici.
  • La princesse Tambouille, album illustré par Marianne Barcillon, Kaléidoscope (2003).
  • La semaine de souris chérie, album illustré par Maïté Laboudigue, Kaléidoscope (2001).

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Les invité.e.s du mercredi : Gilles Baum et Marianne Zuzula

Par 17 mai 2017 Les invités du mercredi

Aujourd’hui, c’est l’auteur Gilles Baum qui a accepté de répondre à nos questions. Avec lui, nous revenons sur son dernier album, Le piège parfait (Seuil) et sur son travail en général. Ensuite, c’est l’éditrice Marianne Zuzula (La ville brûle) qui a accepté de venir nous livrer ses coup de cœur et coup de gueule ! Bon mercredi à vous.


L’interview du mercredi : Gilles Baum

Parlez-nous de votre dernier album, Le piège parfait, que vous venez de sortir aux éditions du Seuil.
Les pièges, c’est un sujet fascinant. En général, l’intelligence humaine est sans limite dès qu’il s’agit d’emprisonner, de faire du mal, de tuer. Du coup, avec Matthieu, on avait envie de retourner le truc, d’en faire un album souriant avec une fin qui fait (un peu) réfléchir.

C’est votre première collaboration avec Matthieu Maudet, comment ça s’est passé ?
Parfaitement ! Enfin, pour moi… Faudra aussi lui poser la question à l’occasion.
Cela fait très longtemps que j’avais envie de travailler avec lui, j’aime beaucoup son travail et j’ai beaucoup ri avec mes enfants autour de ses livres avant même de le connaître. Un jour sur un salon, j’ai pu lui dire tout ça, lui demander son adresse mail et à partir de là il était fichu… Car le piège parfait, en fait, c’est moi. 😉
Ce projet on l’a vraiment construit ensemble à partir d’un texte initial qui n’a plus grand rapport avec le texte d’aujourd’hui. Sur la fin, on a su trouver un peu d’aide extérieure également. Je crois que c’est un beau projet, construit assez intelligemment.

J’aimerais aussi que vous me disiez quelques mots sur D’entre les ogres, sorti au Seuil également.
J’ai beaucoup de mal à parler de ce livre, à la fois parce que je l’aime beaucoup mais surtout parce qu’il me dépasse, il m’a échappé, je trouve cela fou et génial à la fois. Évidemment, l’apport de Dedieu y est pour beaucoup dans cette affaire, ses images sont incroyables.
Je trouve que ce livre ouvre beaucoup de portes, soulève de nombreuses questions mais en même temps il affirme quelque chose d’essentiel sur la foule.

Comment naissent vos histoires ?
L’éternelle question. Je ne suis même pas sûr d’avoir envie de connaître la réponse. Elles naissent, voilà. Les périodes de vide sont si douloureuses à vivre que la naissance d’une idée, il faut s’en réjouir et l’accepter sans se poser trop de questions je crois.
Dans le cas de « D’entre-les-ogres », c’est le titre qui m’a sauté au visage une nuit.

Parlez-nous de votre parcours.
Une enfance dans les quartiers populaires de Mulhouse. Du foot dès que possible mais une vraie passion pour l’école malgré tout. Des études de mathématiques et un diplôme de professeur des écoles.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescent ?
Je crois que je vais vous navrer, mais peut-être aussi créer de l’espoir chez vos plus jeunes lecteurs…
Enfant je lisais Mondial, Onze, France Football, L’année du Football que nous recevions à Noël de notre tata Georgette, et mes albums Panini… vous voyez le genre. En dehors de cela, des BD, uniquement des BD.
Il m’a fallu attendre le début du lycée pour découvrir grâce à mon grand frère la puissance de la littérature avec Camus, Vian, Sartres, Anouilh…

Quels sont vos projets ?
Un album magnifique avec Barroux qui sortira en octobre chez Kilowatt, « mon pull panda ». Il y est question de solidarité. On prépare aussi aux éditions des éléphants un album marrant sur l’escalade de la violence qui s’appellera « Furio ».
Les autres projets, c’est secret.
Faudra repasser me voir.

Bibliographie sélective :

  • Le piège parfait, album illustré par Matthieu Maudet, Seuil Jeunesse (2017).
  • D’entre les ogres, album illustré par Thierry Dedieu, Seuil Jeunesse (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Le grand incendie, album illustré par Barroux, Les éditions des éléphants (2016).
  • Le totem, album illustré par Thierry Dedieu, Seuil Jeunesse (2016).
  • Camille est timide, album illustré par Thierry Dedieu, Seuil Jeunesse (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Le baron bleu, album illustré par Thierry Dedieu, Seuil Jeunesse (2014).
  • Pousse Piano ou la symphonie des nouveaux mondes, album illustré par Rémi Saillard, Le Baron Perché (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Série La nature te le rendra, albums illustrés par Thierry Dedieu, GulfStream Éditeur (2012-2014), que nous avons chroniqué ici et .
  • Un royaume sans oiseaux, album illustré par Thierry Dedieu, Seuil Jeunesse (2013).


Le coup de cœur et le coup de gueule de… Marianne Zuzula

Régulièrement, une personnalité de l’édition jeunesse (auteur.trice, illustrateur.trice, éditeur.trice…) nous parle de deux choses qui lui tiennent à cœur. Une chose qui l’a touché.e, ému.e ou qui lui a tout simplement plu et sur laquelle il.elle veut mettre un coup de projecteur, et au contraire quelque chose qui l’a énervé.e. Cette semaine, c’est Marianne Zuzula qui nous livre son coup de cœur et son coup de gueule.

Coup de cœur, coup de gueule

Je vais commencer par mon coup de gueule, ce sera fait. Mais avant ça, je vous demande un peu d’indulgence parce que là, maintenant, je suis en train d’écrire, et nous sommes le 24 avril 2017. Oui oui, le lendemain de ce 1er tour terrible, où en a juste envie de vomir, où on se souvient qu’en 2002 tout le monde était dans la rue, choqué et effaré, et où on est obligés de constater que 15 ans après, eh bien on s’est habitués à l’horreur de voir le FN atteindre de tels scores, et que limite on est soulagés parce que « ça aurait pu être pire ». Bref… pour se changer un peu les idées, mon coup de gueule ne parlera pas des élections.

Aux éditions la ville brûle, nous avons publié l’an dernier un album jeunesse sur le handicap [NDLR On n’est pas si différents, plus d’infos], pour déconstruire les stéréotypes liés au handicap, pour dire à toutes et tous qu’être handicapé c’est être différent, mais que différent cela ne veut pas dire moins bien, et que la personnalité de quelqu’un ne se réduit pas à son handicap.

C’est un vraiment chouette livre. Il est magnifiquement illustré par Claire Cantais, qui a pour cela passé pas mal de temps dans un Institut médico-éducatif, au plus près des enfants, et les textes de Sandra Kollender sont drôles et percutants.

Sur les salons, quand les gens le feuillètent, ils nous disent toujours que c’est vraiment un chouette livre, que c’est super de faire des livres comme ça sur le handicap… Puis la plupart du temps ils font une petite moue et ils ajoutent que bon, eux ils n’ont pas besoin d’aborder ce sujet puisque personne n’est handicapé dans leur famille.

Est-ce que l’on imaginerait quelqu’un feuilleter un livre sur le racisme, le trouver super, et puis ajouter : « Mais je n’ai pas besoin de sensibiliser mes enfants à cette question parce que personne n’est racisé dans la famille ? » Non.

D’autant plus que c’est faux, et que tout le monde est concerné par le handicap : les enfants sont confrontés au handicap à l’école, dans leur classe, dans les parcs et espaces publics. Échanger, partager, communiquer avec les personnes, enfants et adultes, porteurs de handicap nous concerne toutes et tous, c’est une question de vivre ensemble on ne peut plus élémentaire que d’essayer de connaître et comprendre toutes celles et ceux avec qui on partage l’espace public. Je sais que le handicap fait peur, et que ce déni est une façon d’éloigner cette peur, mais bon, ça me met vraiment en rogne et c’est un de mes coups de gueule récurrents…

Et mon coup de cœur c’est tous les salariés, du public comme du privé, qui tous les jours en font plus que ce qu’ils sont sensés faire, que ce soit par amour de leur métier, par conscience professionnelle, par respect pour les gens avec qui ils sont en contact, pour ne pas pénaliser leurs collègues ; les artistes dont le travail nous nourrit, nous rend heureux… mais qui ne parviennent pas à en vivre ; les bénévoles qui se consacrent aux autres d’une façon ou d’une autre, dans un cadre associatif ou à titre individuel… Je crois que la France ne tient que grâce à ça, à ces millions d’heures non comptées, non payées, non récupérées, ces millions d’heures invisibles et ignorées de celles et ceux qui dirigent le pays mais qui permettent à notre société de fonctionner, malgré tout. Et en écrivant ça je me dis que ce coup de cœur n’est pas très loin d’être un coup de gueule, finalement !

Marianne Zuzula est éditrice (La ville brûle)

Bibliographie sélective de La ville Brûle :

  • L’Homme est-il un animal comme les autres, de Jean-Baptiste de Panafieu et Étienne Lécroart (2017).
  • Osons la politique !, de Caroline De Haas et Camille Besse (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Blanche Neige ou la chute du Mur de Berlin, de Métilde Weyergans et Samuel Hercule (2016).
  • On n’est pas des moutons, de Claire Cantais et Yann Fastier (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • On n’est pas si différents, de Sandra Kollender et Claire Cantais (2015).
  • Mon super cahier d’activités antisexiste, Claire Cantais (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Le choix, de Désirée et Alain Frappier (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • De baraque en baraque, de Cendrine Bonami-Redler (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Pourquoi les riches sont-ils de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres ?, de Monique Pinçon-Charlot, Michel Pinçon et Étienne Lécroart (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • On n’est pas des super héros, de Delphine Beauvois et Claire Cantais (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • On n’est pas des poupées, de Delphine Beauvois et Claire Cantais (2013), que nous avons chroniqué ici.

Le site de La ville brûle : https://www.lavillebrule.com.

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