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Le coup de cœur et le coup de gueule de

Les invité.e.s du mercredi : Baptiste Amsallem et Pascale Maret

Par 8 mars 2017 Les invités du mercredi

Aujourd’hui, nous recevons l’illustrateur Baptiste Amsallem, avec lui nous revenons, entre autres, sur son parcours. Ensuite, c’est un coup de cœur/coup de gueule que nous vous proposons et cette fois-ci c’est l’auteure Pascale Maret qui s’y colle ! Bon mercredi à vous.


L’interview du mercredi : Baptiste Amsallem

Baptiste Amsallem Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
Mes parents souhaitaient que j’ai un BAC général, au cas où. Moi je savais que je voulais dessiner mais je ne savais pas vraiment quoi, ou dans quelle branche. Je n’y connaissais vraiment rien. J’obtiens mon bac option Commerce et en 2005, un ami me parle d’une école à Montpellier pour apprendre la 3D. Nous nous inscrivons mais c’est une énorme déception. J’étais réfractaire à la 3D et il n’y avait pas assez de dessin à mon goût. Pile à ce moment-là, une nouvelle école allait ouvrir et proposait une formation aux métiers de l’animation avec comme base absolue : le dessin. Je fais deux ans à l’atelier API, dans l’Hérault. Lorsque j’en sors en 2009, je monte à Paris et décide de me lancer dans l’illustration jeunesse car c’est là que je me sentais le plus à l’aise. Par chance, je suis contacté par Loïc Dauvillier qui me propose d’illustrer Dino et Pablo pour les éditions Bang. J’ai depuis enchaîné plus d’une vingtaine de bouquins et de nombreuses commandes d’illustrations pour la presse jeunesse.

Quelles techniques d’illustration utilisez-vous ?
J’utilise principalement l’ordinateur pour des questions pratiques. Mais je tends de plus en plus à dessiner à la plume et à l’encre de Chine, avec jus d’aquarelle et lavis.

Parlez-nous de votre collaboration avec Loïc Dauvillier
Comme je disais, Loïc est venu me chercher à la sortie de l’école pour faire Dino et Pablo avec lui. La collaboration s’étant très bien passée, nous avons continué sur Monsieur Lapin et la carotte sauvage, aux éditions Des Ronds dans l’O. Nous souhaitions développer le projet au-delà du format livre, c’est pourquoi nous avons créé une application pour smartphone du tome 1 de Monsieur Lapin. Puis nous avons cherché à en faire une série animée. Loïc et Jérôme d’Aviau ont réalisé 24 épisodes d’environ 2 minutes chez MarmitaFilms, à Bordeaux. La série a commencé à être diffusée cette année ! Il s’est aussi attelé à la réalisation d’une exposition Monsieur Lapin qu’il a fabriqué seul.
Loïc, au-delà d’être le scénariste de plusieurs de mes bouquins est devenu un ami sur qui je peux compter.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescent ?
Je lisais énormément de Picsou magazine et autres Mickey Parade quand j’étais petit. Tous les Boule et Bill y sont passés (plusieurs fois) ainsi que certains livres de la Comtesse de Ségur. Puis les mangas sont arrivés et ont été le fil conducteur de mes 11 et mes 18 ans. Période marquée par la saga Harry Potter, aussi.

Quelques mots sur vos projets ?
Je viens de terminer le tome 2 de Balez et Malina, série mensuelle publiée dans le magazine Wakou, chez Milan. Maintenant, je vais m’atteler à un ouvrage sur le végétarisme que j’écris et illustre. Tout ceci nous amène à septembre 2017. Pour la suite, on verra bien !

Bibliographie sélective :

  • Balez et Malina – Tome 2 : Secret défense, illustration d’un scénario de Thitaume et Romain Pujol, BD Kids (à paraître en 2017).
  • Jamais contents, illustration d’un texte de Mathieu Pierloot, La Pastèque (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • La morsure, illustration d’un texte de Karine Dupont-Belrhali, Milan (2016).
  • Les quatre saisons, illustration d’un texte de Pascale Hédelin, Milan (2015).
  • Balez et Malina – Tome 1 : Un amour de mammouth, illustration d’un scénario de Thitaume et Romain Pujol, BD Kids (2015).
  • Monsieur Lapin – Tome 3 : Les Ballons, illustration d’un scénario de Loïc Dauvillier, Des ronds dans l’O (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Gare au loup, illustration d’un texte de Christophe Loupy, Milan (2015).
  • Les 3 petits cochons, illustration d’un texte de Camille Finateu, Larousse (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • Monsieur Lapin – Tome 2 : La Chasse au papillon, illustration d’un scénario de Loïc Dauvillier, Des ronds dans l’O (2013).
  • Monsieur Lapin – Tome 1 : La Carotte sauvage, illustration d’un scénario de Loïc Dauvillier, Des ronds dans l’O (2012).
  • Dino et Pablo – Jeux préhistoriques, illustration d’un scénario de Loïc Dauvillier, Mamut (2010), que nous avons chroniqué ici.

Le site de Baptiste Amsallem : http://baptisteamsallem.ultra-book.com.


Le coup de cœur et le coup de gueule de… Pascale Maret

Régulièrement, une personnalité de l’édition jeunesse (auteur.e, illustrateur.trice, éditeur.trice…) nous parle de deux choses qui lui tiennent à cœur. Une chose qui l’a touché.e, ému.e ou qui lui a tout simplement plu et sur laquelle il.elle veut mettre un coup de projecteur, et au contraire quelque chose qui l’a énervé.e. Cette semaine, c’est Pascale Maret qui nous livre son coup de cœur et son coup de gueule.

Mon coup de gueule est aussi un coup de blues, sans doute parce que, l’âge venant, ma propension naturelle à la colère commence à s’émousser et laisse davantage le champ libre à la tristesse. Tristesse, oui, de voir le FN monter en puissance et récolter toujours plus d’adhésion, tristesse devant les visages de ces Français ordinaires qui clament leur soutien aux propos haineux, aux propositions indignes, et qui voient dans cette idéologie nauséabonde et simpliste un remède à leurs frustrations. Tristesse de constater que dans le camp opposé les ambitions personnelles pèsent bien plus lourd que les idéaux (« les idéaux » ? Ha, ha, qui croit encore à un truc pareil dans le monde politique ?).

Même si Marine Le Pen ne gagne pas l’élection présidentielle, ce que j’espère bien, la pensée qu’un Français sur quatre adhère à sa vision n’est guère réjouissante. Quant au possible vainqueur, pas de quoi se réjouir non plus.

Bon, on va tâcher de se remonter le moral en passant au coup de cœur.  Il n’est pas sans lien avec mon coup de blues : la vie à la campagne, « loin de la foule déchaînée », m’apporte depuis quelques mois une grande bouffée d’air pur, au propre comme au figuré. Bien sûr, ce n’est pas tout à fait une découverte : je suis « une fille du pays », et la maison où je suis installée a abrité mes vacances depuis trente-cinq ans. Mais il est très différent d’y être « pour de bon ». La vie hivernale du village, sans les « prend l’air* », soude les habitants, les vrais, ceux qui résistent au climat montagnard souvent neigeux. Aller faire ses courses, c’est prendre un bain de convivialité.

Et puis, il y a la nature : suivre le soleil tout au long de sa course, marcher dans les sentiers à l’abri des grands bois de sapins, passer des journées sans voir âme qui vive. Les jours de pluie comme les jours de soleil, la nature est belle. Je suis bien.

*Touristes

Pascale MaretPascale Maret est auteure.

Bibliographie (jeunesse) sélective :

  • La Sylphide et Le lac des cygnes, collection « Les romans du ballet », Nathan (à paraître en 2017)
  • N’y pense plus, tout est bien, roman ado, Thierry Magnier (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Bon zigue et Clotaire, roman jeunesse, Thierry Magnier (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Les ailes de la sylphide, roman ado, Thierry Magnier (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • La véritable histoire d’Harrison Travis, hors la loi, racontée par lui-même, roman ado, Thierry Magnier (2012).
  • L’oiseau arlequin, album, Thierry Magnier (2011).
  • Vert jade, rouge sang, roman ado, Thierry Magnier (2011).
  • L’encrier maudit, roman jeunesse, Oskar (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • Zone tribale, roman ado, Thierry Magnier (2010).
  • Le monde attend derrière la porte, roman ado, Thierry Magnier (2009).
  • À vos risques et périls, roman ado, Thierry Magnier (2007).
  • Une année douce-amère, roman ado, Thierry Magnier (2006).
  • Sur l’Orénoque, roman ado, Thierry Magnier (2005).
  • Esclave !, roman jeunesse, Milan (2003).
  • Clones en stock, roman jeunesse, Milan (2001).

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Les invité.e.s du mercredi : Sylvie Serprix et Véronique Massenot

Par 18 janvier 2017 Les invités du mercredi

Nous recevons aujourd’hui Sylvie Serprix et Véronique Massenot. La première a accepté de répondre à nos questions, la seconde nous livre ses coups de cœur et coup de gueule. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Sylvie Serprix

Sylvie SerprixParlez-nous de votre dernier album, Moi parfois… sorti chez Bulles de Savon, comment avez-vous travaillé sur ce projet ?
J’ai reçu un mail de l’éditeur de Bulles de savon qui est fan de mon travail pour la presse. Au début de l’été, il m’a envoyé le texte d’Agnès de Lestrade, pour qui j’avais déjà illustré La vie sans moi. J’aime son écriture, concise et délicate. Celle-ci était en plus très drôle !
C’est un album pour les petits autour des émotions, le quotidien d’un enfant dans ses contradictions : passer des câlins à la bouderie, jouer avec un ami et ne plus vouloir lui prêter ses jouets, etc. L’histoire commence avec la petite fille de la couverture chaussée de baskets magiques qui la transforment ensuite en différents animaux suivant ses émotions. Le texte et les images sont construits en écho sur chaque double page, dans une ambiance très colorée et avec le sourire. À la fin les enfants peuvent continuer à imaginer d’autres rôles !
Pour la réalisation, il y a d’abord eu la recherche des animaux suivant leur rôle, j’ai donc fait passer un casting ! Ensuite j’ai travaillé les personnalités de chacun, les mouvements, positions, cadrage avec le décor, etc. Puis mis en place du story-board pour affiner l’ensemble, avec une première mise en place des couleurs en numérique. Petits allers-retours mail avec l’éditeur. Validation. Et finalisation des images avant maquette.
Nous avons aussi beaucoup travaillé la couverture. Au début la petite fille marchait simplement et puis le texte était tellement drôle que je l’ai fait sautiller en ajoutant un assistant, le petit écureuil. Au moment du story-board, j’avais juste dessiné le titre en imitant une écriture d’enfant. Finalement, on a gardé cette idée et je l’ai retravaillé en calligraphie.
Et suite à mes nombreuses rencontres scolaires, où les enfants me demandent aussi souvent la question de la réalisation, du coup j’ai réalisé un petit making of pour cet album que l’on peut voir sur mon site www.serprix.com.

Comment choisissez-vous les projets sur lesquels vous travaillez ?
Généralement, un éditeur connaissant mon travail me soumet un texte. Mais à deux reprises, le scénario s’est inversé. Ce fut le cas avec Marie-Sabine Roger pour mon tout premier album jeunesse Le roi sans terre, mention White Raven Bologne 2012 et adapté au théâtre. Puis avec Claire Gratias dont j’avais illustré la couverture de l’un de ses romans, ce qui a donné par la suite notre petit best-seller Arrête de lire !, Prix des Incorruptibles 2014.

Vous travaillez aussi beaucoup pour la presse, c’est un travail différent que celui d’illustrer un album ?
Déjà étudiante en école d’art, j’étais très presse. J’aime le rythme très rapide, mon délai le plus court étant à peine 4 heures pour le journal Le Monde ! Il faut réagir vite. C’est un exercice d’humilité aussi. Aussitôt le texte envoyé, l’idée validée, l’image rendue et publiée le lendemain, le jour d’après on passe déjà à d’autres actualités ! Le rapport texte-image est le même que pour les albums jeunesse. Par contre, le travail en presse m’oblige avant tout à être précise avec une idée très forte tout de suite. D’ailleurs, je garde ce côté « idée dans l’instant » pour illustrer les albums, même si c’est un long travail dans le temps avec des allers-retours entre l’auteur et l’éditeur.

Quelles techniques d’illustration utilisez-vous ?
Le travail de recherche est au crayon à papier, sur feuille libre. Je n’aime pas les carnets. Puis une mise en couleur rapide en numérique, pour donner une idée de l’atmosphère générale. Après validation, le rendu final est souvent en peinture acrylique avec parfois des montages pour des parties au crayon à papier suivant l’histoire. Les images sont ensuite numérisées et retravaillées sous Photoshop.

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
Après mon diplôme d’Art Graphique de Penninghen, j’ai commencé par hasard par le dessin documentaire pour des guides chez Gallimard. Puis j’ai intégré deux agences de création, l’une pour un travail documentaire toujours, avec le Muséum d’Histoire Naturelle. Passionnant de travailler avec des scientifiques sur l’origine du monde. Puis une autre agence pour la réalisation graphique de sites Web, j’ai appris le java script ! … et la création de décors 2D pour des jeux vidéo. Passionnant également, si on aime les contraintes techniques. C’est un travail de fou !
Avant de me consacrer entièrement à l’illustration depuis 10 ans maintenant.
Pour la presse, je collabore régulièrement avec Le Monde, Libération, le JDD, Le Magazine Littéraire, Pèlerin magazine, l’OECD entre autres et j’ai depuis septembre une rubrique mensuelle pour le magazine Cerveau & Psycho.
Pour l’édition, j’ai commencé par des couvertures de romans adultes, puis jeunesse, puis romans illustrés et enfin depuis 7 ans, une quinzaine d’albums jeunesse parus.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Toute petite j’étais très Martine, et puis il y a eu Jules Verne qui m’a beaucoup impressionné. J’ai eu une période polar. Je suis aussi fan de biographies ! Toutes celles concernant Churchill et celles qu’il a écrites lui-même, divinement écrites d’ailleurs, avec un humour féroce !

Quelques mots sur vos projets ?
La presse toujours. Et pour les albums jeunesse, il y aura deux projets musicaux et le troisième opus d’Arrête de lire !. Tout est en cours, donc difficile pour moi de donner plus de détails. À suivre donc. Et puis peut-être une expo.

Bibliographie sélective :

  • Moi, parfois…, illustration d’un texte d’Agnès de Lestrade, Bulles de Savon (2016).
  • Phototoutou, texte et illustrations, La Palissade (2015).
  • T’es plus mon amoureux, illustration d’un texte de Claire Gratias, Belin Jeunesse (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Le rendez-vous de Valentin, texte et illustrations, Grasset-Jeunesse (2013).
  • Tout blanc, illustration d’un texte de Marie-Sabine Roger, Casterman (2013).
  • D’une île à l’autre, illustration d’un texte de Nadine Brun-Cosme, Talents Hauts (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Arrête de lire !, illustration d’un texte de Claire Gratias, Belin Jeunesse (2012).
  • Contes d’un autre genre, illustration d’un texte de Gaël Aymon, Talents Hauts (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • Mille petits poucets, illustration d’un texte de Yann Autret, Grasset Jeunesse (2011).
  • De ce côté du monde, illustration d’un texte de Marie-Sabine Roger, Casterman (2011).
  • Un beau jour du crocodile, illustration d’un texte de Valérie Guidoux, Mango (2011).
  • Samiha et les fantômes, illustration d’un texte de Clémentine Beauvais, Talents Hauts (2010), que nous avons chroniqué ici.

Le site de Sylvie Serprix : www.serprix.com.


Le coup de cœur et le coup de gueule de… Véronique Massenot

Régulièrement, une personnalité de l’édition jeunesse (auteur.e, illustrateur.trice, éditeur.trice…) nous parle de deux choses qui lui tiennent à cœur. Une chose qui l’a touché.e, ému.e ou qui lui a tout simplement plu et sur laquelle il.elle veut mettre un coup de projecteur, et au contraire quelque chose qui l’a énervé.e. Cette semaine, c’est Véronique Massenot qui nous livre son coup de cœur et son coup de gueule.

Mon coup de gueule, mon coup de cœur… ils sont liés, tous les deux.

Et comme j’ai horreur de râler, je ne vous parlerai que du second — mais vous comprendrez.
Mon coup de cœur, c’est la création de l’Association Encrages :

« Novembre 2016. Depuis des mois, des réfugiés campent dans le quartier de Stalingrad, rue de Flandre, à Paris. Des voisins se relaient pour partager avec eux un petit-déjeuner. De cafés en thés et de paroles en idées échangées, des bénévoles, des illustratrices, illustrateurs, des gens du livre révoltés par l’accueil déplorable fait aux réfugiés décident d’agir. Tout d’abord en parant au plus urgent : trouver des moyens pour “remplir la marmite” avec une vente de dessins au profit des associations qui aident les réfugiés. Pour organiser cette vente, une association est créée, et pensée pour d’autres actions à venir. C’est la naissance d’Encrages. »

Judith Gueyfier s’est chargée de lancer un appel auprès de ses confrères et sœurs. Nous avons été invités à offrir des illustrations pour qu’elles soient ensuite mises en vente, au profit de différents collectifs ou associations heureusement très actifs : 90 artistes ont donné une ou plusieurs de leurs œuvres.

La vente a eu lieu à La Rotonde, place de la Bataille de Stalingrad, à Paris, le 13 décembre dernier. Un très bel événement ! Dans l’après-midi, des familles réfugiées et parisiennes ont été invitées à divers ateliers, à visiter l’exposition et à partager un goûter. Puis la vente s’est ouverte, accompagnée de lectures, de musique, de dialogues entre bénévoles, réfugiés et public. Ce fut un vrai succès. TOUT a été vendu. L’argent récolté a pu être versé, comme prévu, aux associations BAAM (soutien juridique et cours de français), CPSE/TIMMY (mineurs isolés) et Polyvalence, tandis que d’autres dons, matériels, ont pu être faits aux collectifs P’tit Dej’ de Flandre et La Cuisine des Migrants (distributions de nourriture).
Ensuite ? L’association n’en restera pas là. D’autres manifestations du même type, portées par des amis auteurs et illustrateurs vivant dans d’autres villes se sont tenues parallèlement — ou s’organisent encore, n’hésitez pas à les soutenir ! Ainsi à Angoulême, à Nantes (du 5 décembre au 5 février), à Lyon (le 18 février), à Rennes (le 12 mars), à Marseille… Par ailleurs, des ateliers d’écriture et de dessin seront mis en place et proposés aux publics en précarité, notamment les réfugiés.

Les coups de gueule poussés ici ont souvent à voir avec l’état du monde — et celui, bien malmené, de nos consciences face à lui — ou avec la situation précaire des auteurs et illustrateurs Jeunesse. J’adhère à tous. Voilà pourquoi mon cœur bat très fort pour ce genre d’action, où chacun essaie de faire sa part selon ses moyens, comme il peut… Mais à beaucoup, on peut beaucoup ! Même précaires, de nombreux artistes du livre se montrent généreux, simplement fidèles aux valeurs humanistes qu’ils défendent dans leur travail.

PS : Pour soutenir l’association, n’hésitez pas à vous rendre sur son site… et plus si affinités ! 😉

Véronique Massenot

Véronique Massenot est auteure.

Bibliographie sélective :

  • Le Géant qui rêvait, illustré par Peggy Nille, L’élan Vert (2016).
  • Tizan et l’Arbre à Bonbons, illustré par Sébastien Chebret, L’élan Vert (2016).
  • À l’eau, la Baleine !, illustré par Peggy Nille, L’élan Vert (2016).
  • La Perruche et la Sirène, illustré par Vanessa Hié, L’élan Vert (2015).
  • Merci Facteur !, illustré par Isabelle Charly, L’élan Vert (2015).
    • À Plume, à Poil et à Paillettes !, illustré par Peggy Nille, Gautier Languereau (2014).
  • Salaam Palestine ! [Carnet de Voyage en Terre d’Humanité], avec Marc Abel et Bruno Pilorget, La Boîte à Bulles (2013).
  • Hansel & Gretel, illustré par Xavière Devos, L’élan Vert (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • Les Trois Musiciens, illustré par Vanessa Hié, L’élan Vert (2011).
  • Au Jardin de mon Cœur, illustré par Kim Hee-yeon, Flammarion (2010).
  • Grand Ménage de Printemps, illustré par Lucie Minn, Gulf Stream (2007), que nous avons chroniqué ici.

Le site de Véronique Massenot : http://veroniquemassenot.net.

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Les invité.e.s du mercredi : Ulysse Malassagne et Coline Pierré

Par 16 novembre 2016 Les invités du mercredi

Aujourd’hui, c’est Ulysse Malassagne que nous recevons. Le premier tome de sa BD Le collège noir m’a beaucoup plu (je vous en parle bientôt) et j’avais envie d’en savoir plus sur lui. Ensuite, c’est à l’auteure Coline Pierré que j’ai demandé de participer à la rubrique Coup de cœur/Coup de gueule. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Ulysse Malassagne

ulysse malassagneComment est né Le collège noir ?
Avec Le Collège Noir, j’ai lié deux projets, celui de raconter mes souvenirs de collège, et celui de raconter une histoire de sorcellerie. J’ai toujours beaucoup aimé les nouvelles fantastiques de Lovecraft, ou de Maupassant. Les histoires de cette époque sont souvent écrites à la première personne, avec un souci d’authenticité qui pourrait les faire passer pour des anecdotes réellement vécues par leurs auteurs. L’idée se prêtait donc bien à être mélangée avec des éléments autobiographiques, d’autant que dans la région d’où je viens, encore très rurale, la sorcellerie et les lieux chargés de mysticisme sont encore présents.

L’histoire est assez terrifiante, vous aviez envie de jouer avec les peurs des enfants ?
collegenoirOui, je reste persuadé qu’à cet âge là, on ne demande qu’à être effrayé par des monstres, consciemment ou non. La peur et les traumatismes que les enfants rencontrent dans les histoires les font grandir. Bien sûr il faut faire attention à la manière dont on montre des images violentes et effrayantes, mais je crois qu’un enfant est capable d’analyser et de digérer bien plus qu’on ne veut le croire. Dans Le Collège Noir, même s’ils vivent des choses dures et terrifiantes, les jeunes héros sont toujours positifs. Ils surmontent les épreuves avec courage et finissent toujours par triompher. De leur point de vue, ils vivent les événements presque comme un jeu. Je pense que cet aspect me permet de montrer des choses horribles et terrifiantes tout en rappelant aux lecteurs les plus jeunes que ce ne sont que des histoires pour rire et que tout va bien.

Quelles techniques d’illustration utilisez-vous ?
ulysse_malassagne02Comme pour toutes mes BD, je dessine mes planches à la main, avec des plumes et de l’encre de Chine, puis je les scanne et je les colorise sur un ordinateur. Pour le prochain livre, ce n’est pas moi qui ferais les couleurs, je vais travailler avec Walter, un coloriste très talentueux.

Parlez-nous de votre parcours
J’ai grandi dans les volcans d’Auvergne, une région encore assez sauvage et rurale, et j’ai passé mon collège dans un petit collège de village au pied des montagnes. Tout ça a bien évidemment inspiré le collège de ma BD. À 18 ans, je suis monté à Paris pour faire une école de dessin animé.
Depuis je travaille à la fois dans la BD et dans le cinéma d’animation.
Je ne vis plus à Paris, c’est trop grand et peuplé, mais j’y retourne régulièrement pour travailler.
Le reste du temps, je suis plutôt nomade, je reste rarement plus de quelques semaines au même endroit.

college noirQuelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescent ?
Je n’ai pas lu beaucoup de livres, mais je dévorais des bds et des films.
C’était très varié, Calvin et Hobbes, Donjon, Corto Maltese, Dragon Ball… J’ai lu de tous les styles.
Ma bd préférée reste Bone, de Jeff Smith, elle m’a marqué profondément et à eu une influence énorme sur mon travail.

Quelques mots sur vos projets ?
Mon projet actuel et de développer mon blog perso, sur lequel je mets des BD autobiographiques et des carnets de voyage. C’est ce que j’aime le plus faire, mais c’est aussi ce qui me rapporte le moins, et j’ai du mal à dégager du temps pour y travailler. À côté de ça, je continue de publier Le Collège Noir dans le magazine Géo Ado, et à travailler sur des dessins animés au sein du studio que j’ai monté avec des amis, le Studio La Cachette.

Bibliographie :

  • Le collège noir, 1 tome (série en cours), Grafiteen (2016).
  • Le jobard, illustration d’un roman de Michel Piquemal, Milan (2015).
  • Kokekokko, collectif, Issekinicho (2014).
  • Kaïros, 3 tomes (série terminée), scénarios et dessins, Ankama (2013-2015).
  • Jade, scénario et dessins, Glénat (2013).


Le coup de cœur et le coup de gueule de… Coline Pierré

Régulièrement, une personnalité de l’édition jeunesse (auteur.e, illustrateur.trice, éditeur.trice…) nous parle de deux choses qui lui tiennent à cœur. Une chose qui l’a touché.e, ému.e ou qui lui a tout simplement plu et sur laquelle il.elle veut mettre un coup de projecteur, et au contraire quelque chose qui l’a énervé.e. Cette semaine, c’est Coline Pierré qui nous livre son coup de cœur et son coup de gueule.

Je n’aime pas trop cloisonner, je crois. Et puis surtout, je ne peux pas m’empêcher de dire du bien sans dire un peu de mal. Et inversement. Alors au lieu de proposer un coup de cœur et un coup de gueule, voilà deux coups de cœule formule 2 en 1.

Depuis quelques années, il existe un dispositif qui permet aux écrivain.e.s (même celles et ceux qui ne gagnent pas beaucoup d’argent – c’est un pléonasme – ou qui ont une autre activité à côté) de suivre des formations professionnelles. Cela passe par un organisme de financement : l’AFDAS. Peu d’auteurs.trices en profitent (beaucoup ne sont même pas au courant) et c’est bien dommage. Je voudrais leur dire combien c’est formidable de se retrouver à nouveau sur les bancs de l’école (façon de parler) pour développer sa pratique ou apprendre des choses totalement nouvelles.

L’an dernier, j’ai suivi une formation au chant (longue : une centaine d’heures). J’ai rencontré trois profs, une dizaine d’autres élèves aux parcours très différents, j’ai progressé, j’ai appris à m’écouter (me supporter), j’ai pris confiance, avec à la fois l’enthousiasme de la découverte et la peur de la nouveauté.

Apprendre un nouvel art, même pour soi, même si on n’en fait rien, je crois que ça enrichit toujours son propre travail. Ça nous décale, ça nous fait toucher à d’autres formes de création (plus manuelles, plus corporelles, ou plus collectives par exemple), et j’ai l’impression que ce que j’ai appris infuse désormais dans ce que j’écris. Je ne suis pas devenue chanteuse pour autant, mais j’ai envie de faire des chansons pour enfants, des lectures musicales, d’écrire sur la musique. (C’est la belle malédiction des auteurs.trices : dès que quelque chose nous intéresse, on a envie d’écrire un livre qui en parle.)

En tout cas, j’ai envie de dire à tou.te.s les écrivain.e.s et les illustrateurs.trices : suivez des formations, approfondissez votre pratique, apprenez des choses nouvelles, même des choses très étranges comme parler des langues qui ne sont comprises que par 63 personnes dans le monde ou sculpter des momies en papier mâché (on peut aussi apprendre des choses utiles, mais j’aime l’idée de ce qui est apparemment inutile – parce qu’on finit toujours par en faire quelque chose). C’est joyeux, c’est riche d’enseignement.

Et puis à une époque où les artistes sont de plus en plus précaires, c’est un droit dont il faut profiter tant qu’on peut, avant qu’il soit retiré sous prétexte de coupes budgétaires.

Enfin, c’est aussi une manière de rejeter le cliché de l’écrivain.e solitaire et auto-inspiré.e, qui n’a jamais eu besoin d’apprendre parce que l’art ça ne s’apprend pas, parce que l’inspiration tombe du ciel et que le talent est inné, et qui de toute façon ne sait rien faire d’autre. On retrouve une forme d’humilité quand on débute, quand on a besoin des autres pour s’en sortir. On se rappelle qu’on a été un jour tout petit devant ce qu’on sait faire aujourd’hui, on se rappelle qu’on a encore beaucoup à apprendre et qu’on n’en finit jamais de s’améliorer. Ça fait du bien.

Quand on est écrivain.e et qu’on travaille chez soi, ce n’est pas toujours facile de séparer sa vie familiale de sa vie professionnelle. Ça demande un effort de se mettre au travail plutôt que de feuilleter des livres dans sa bibliothèque, prendre cinq un café sur sa terrasse, écrire des bêtises sur Facebook, gratouiller sa guitare ou son chat. Mais c’est un lieu commun. Et puis surtout on a choisi ce métier, alors on s’accommode plutôt bien de cette situation.

En revanche, dès qu’on a des enfants, la situation se complique. Je crois qu’en France, il y a des places en crèche pour moins de 20 % des enfants. Le taux de chômage avoisine les 10 %, mais au lieu de construire des crèches, on force des parents à prendre des congés parentaux parce qu’ils n’ont pas trouvé de mode de garde satisfaisant. C’est un peu rageant, surtout quand on sait que parmi les critères potentiels de sélection, il y a le fait de harceler une crèche ou de contacter la bonne personne à la mairie. En revanche, quand vous êtes artiste (ou freelance), on ne voit pas pourquoi vous avez besoin d’une crèche puisque vous passez votre journée à la maison. C’est comme ça qu’on se retrouve à tenter d’écrire des bribes de phrases à côté d’un enfant qui escalade une bibliothèque, mange un savon, tartine les murs de compote ou essaie de taper sur notre clavier.

Alors maintenant qu’on a trouvé une crèche, j’envoie un petit coup de cœur aux super puéricultrices de notre crèche, patientes et attentives, sans qui je n’aurais plus rien écrit depuis un an et demi !

Coline PierréColine Pierré est auteure.

Bibliographie :

  • La Folle rencontre de Flora et Max, roman coécrit avec Martin Page, l’école des loisirs (2016).
  • Ma fugue chez moi, roman, Le Rouergue (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • L’immeuble qui avait le vertige, roman, Le Rouergue (2015).
  • N’essayez pas de changer, le monde restera toujours votre ennemi, roman coécrit avec Martin Page, autoédité (2015).
  • Petite encyclopédie des introvertis, roman, autoédité (2015).
  • Apprendre à ronronner, roman illustré par José Parrondo, l’école des loisirs (2013).

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Les invité.e.s du mercredi : Isabelle Arsenault et Marie Sellier

Par 19 octobre 2016 Les invités du mercredi

Pour ce nouveau rendez-vous des invité.e.s du mercredi c’est avec Isabelle Arsenault et Marie Sellier que nous avons rendez-vous. La première a accepté de répondre à nos questions, la seconde nous livre ses coups de cœur et coup de gueule… enfin presque ! Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Isabelle Arsenault

isabelle arsenaultComment est né le projet Une berceuse en chiffons et comment avez-vous travaillé sur cet album ?
La maison d’édition américaine Abrams (NYC) a contacté mon agent pour me proposer d’illustrer ce texte. J’étais de passage à New York justement à ce moment-là alors j’en ai profité pour aller rencontrer l’éditrice avec mon agent afin qu’elle nous parle un peu du projet. Je l’ai trouvée d’emblée très sympathique. Elle parlait avec passion de ce texte qui l’avait beaucoup touché et de Louise Bourgeois, cette artiste exceptionnelle. Dès que j’ai lu le manuscrit, j’ai été à mon tour conquise. J’ai aimé le ton direct et évocateur. J’étais déjà sensible au travail de Louise Bourgeois mais c’est au travers de mes recherches, que j’ai découvert l’ampleur de son œuvre : une matière première très inspirante autour de laquelle j’ai développé mon approche graphique. J’ai voulu lui rendre hommage en citant à travers mes illustrations quelques détails faisant référence à certaines de ses œuvres.

Comment choisissez-vous vos projets ?  Une berceuse de chiffons
Je dois d’abord être touchée pour être inspirée par un texte — soit par le sujet ou par l’écriture, idéalement par les deux. J’aime les projets qui me permettent d’explorer de nouvelles approches graphiques, qui m’offrent beaucoup de liberté. J’ai besoin de sentir que je fais évoluer mon travail, de livre en livre.

Vous utilisez des techniques différentes (La boîte à souvenir est très différente de Fourchon, par exemple), on reconnait tout de même toujours votre style. Quelles techniques utilisez-vous et comment choisissez-vous quelle technique vous allez utiliser pour un album ?
J’aime élaborer un univers graphique propre à chaque projet selon mon intuition, ce que m’inspire le texte et le groupe d’âge à qui il s’adresse. Je travaille avec plusieurs médiums : crayon, aquarelle, encre, gouache, ensemble ou indépendamment. Berceuse de chiffonsJ’aime explorer et pour moi, chacun de mes livres doit être une occasion de me surpasser, de surprendre le lecteur, de me renouveler.

Une chose qu’on retrouve dans la plupart de vos albums, c’est le fait que la typo fait partie du graphisme de l’ouvrage, c’est important pour vous ? Pouvez-vous nous parler de ce choix ?
Certains projets s’y prêtent mieux que d’autres, mais j’essaie de proposer un lettrage (fait à la main ou pas) lorsque je soumets mon travail à mes éditeurs. Le lettrage est en soi un élément graphique qui complète l’image et j’aime pouvoir y apporter ma vision.

J’aimerais que vous nous disiez quelques mots sur le superbe Jane, le renard & moi qui a d’ailleurs été très remarqué.
L’auteur Fanny Britt et moi avons eu carte blanche de la part de notre éditeur La Pastèque. Il a d’abord proposé à Fanny de Jane, le renard & moicréer un texte sans direction précise. Elle a écrit cette histoire très personnelle, inspirée d’événements vécus dans sa jeunesse. Après l’avoir lu, il m’a proposé de l’illustrer croyant que nos univers pouvaient bien se compléter. Il m’a laissée libre de l’interpréter à ma façon et ce fut un véritable plaisir du début à la fin. Le résultat en est un album très intimiste. Nous ne savions pas trop si le livre allait trouver son public, mais nous avons été agréablement surprises par son accueil. Le livre a été traduit dans plus d’une douzaine de langues et a remporté plusieurs prix prestigieux.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Étant petite, j’aimais les livres de la série Martine pour les magnifiques illustrations de Marcel Marlier dans lesquelles je me perdais pendant des heures. J’aimais aussi les contes d’Andersen, ces histoires à la fois romantiques, sombres et effrayantes. À l’adolescence, j’ai lu beaucoup de romans d’Agatha Christie et d’Alexandre Dumas.

Quel.le.s sont les illustrateurs.trices dont le travail vous touche plus particulièrement aujourd’hui ?
J’adore depuis longtemps le travail de Carson Ellis, Jon Klassen, Frédérique Bertrand, Louis et les spectresDominique Goblet, Manuele Fior… Ce sont des artistes que j’admire et qui me surprennent encore aujourd’hui.

Quelques mots sur Louis parmi les spectres, votre prochain album, et sur vos autres projets ?
Louis parmi les spectres est une nouvelle collaboration avec l’auteur Fanny Britt. Louis, onze ans, a une mère qui a peur de tout, un père qui pleure quand il boit et un petit frère obsédé par la soul américaine. Louis rêve de déclarer son amour à Billie, une camarade de classe indépendante et solitaire. Mais dans la réalité, rien à faire : dès qu’il s’approche d’elle, Louis se tétanise comme un clou rouillé. C’est un livre sensible autour du thème du courage.
J’ai également écrit et illustré une nouvelle série de livres dont le premier tome intitulé Colette’s lost Pet paraîtra dès le printemps prochain aux USA et ainsi qu’en français, à La Pastèque en 2017.

Bibliographie francophone :

  • Louis parmi les spectres, illustration d’un texte de Fanny Britt, La Pastèque (sortira fin octobre).
  • Une berceuse en chiffons, illustration d’un texte d’Amy Novesky, La Pastèque (2016).
  • Alpha, texte et illustrations, La Pastèque (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Par une belle nuit d’hiver, illustration d’un texte de Jean Pendziwol, Magnard (2014).
  • Virginia Wolf, illustration d’un texte de Kyo Maclear, La Pastèque (2012).
  • Jane, le renard et moi, illustration d’un texte de Fanny Britt, La Pastèque (2012).
  • Fourchon, illustration d’un texte de Kyo Maclear, La Pastèque (2011).
  • La boîte à souvenirs, illustration d’un texte d’Anna Castagnoli, OQO (2010), que nous avons chroniqué ici.
  • Bonjour les hirondelles, illustration d’un texte d’Hélène Suzzoni, Casterman (2010).


Le coup de cœur et le coup de gueule de… Marie Sellier

Régulièrement, une personnalité de l’édition jeunesse (auteur.e, illustrateur.trice, éditeur.trice…) nous parle de deux choses qui lui tiennent à cœur. Une chose qui l’a touché.e, ému.e ou qui lui a tout simplement plu et sur laquelle il.elle veut mettre un coup de projecteur, et au contraire quelque chose qui l’a énervé.e. Cette semaine, c’est Marie Sellier qui nous livre son coup de cœur et son coup de gueule.

Le blues du pendule

Plutôt que de coups de cœurs et de coups de gueule, je parlerais de coups de blues et de coups de blush, se succédant à cadence rapide, l’un chassant l’autre par effet de balancier, à l’image de la réalité contrastée de ce drôle de métier-montagnes-russes qui nous propulse sur des sommets radieux pour mieux nous précipiter, l’instant d’après, dans des gouffres obscurs.
Coup de blush : nous faisons un métier PASSIONNANT. Ce sont les auteurs eux-mêmes qui le disent, du moins ceux qui ont répondu à la grande étude menée conjointement par le ministère de la Culture, le Centre National du Livre et un certain nombre de régions. Le mot arrive en première position. Quelle chance nous avons !
Coup de blues : Devinez les trois qualificatifs qui viennent immédiatement après… PRÉCAIRE, DIFFICILE, MAL PAYE. C’est vrai, quoi, nous ne pouvons pas tout avoir. La passion a un prix. Artiste et vache enragée ont toujours fait bon ménage sous nos latitudes. Qui finalement y trouve à redire sinon les intéressés eux-mêmes ?
Coup de blush :  après des années de marasme, l’Édition et la Librairie vont mieux. La première a renoué avec la croissance (+ 0,6 % en valeur, +3,5 % en volume), la seconde affiche une augmentation de 2,7 % pour 2015 et, bonne nouvelle, pour le moment ça continue sur la même lancée en 2016.
Coup de blues : la situation des auteurs, elle, ne s’améliore pas. L’étude déjà citée nous apprend que 41 % des auteurs professionnels (affiliés à l’AGESSA ou pouvant prétendre l’être), gagnent moins que le SMIC, que la tendance générale est à la baisse des revenus et que les jeunes auteurs trinquent plus que leurs aînés. Quant aux auteurs jeunesse, leur situation n’est pas brillante. Avec 5 % de droits en moyenne (50 centimes pour un livre à 10 euros), ils continuent à être les plus mal lotis de la profession.
Coup de blush : nous avons la chance de vivre dans un pays où l’offre éditoriale est conséquente et variée. Des livres, il y en a pour tous les goûts.
Coup de blues : euh, finalement il y en a peut-être un peu trop. Le nombre de livres publiés par an a augmenté de 76 % entre 1996 et 2014. Il y a 70 000 nouveautés pas an, soit près de 200 nouveaux livres qui paraissent chaque jour (week-end y compris), ce qui fait en tout 700 000 livres à la vente aujourd’hui. La machine s’est emballée. Les tirages sont de plus en plus courts et la plupart des livres font un passage éclair sur les tables des libraires avant d’atterrir dans les bacs des soldeurs. Comment les gens peuvent-ils s’y retrouver face à cette offre pléthorique ? On peut se demander si, loin de servir la diversité, cette surproduction ne fait pas en réalité le jeu de la bestsellerisation.
Coup de blush : la retraite des auteurs est désormais un vrai sujet national. Dès le 1er janvier 2019, tout le monde, affilié ou pas, aura le droit de cotiser pour ses vieux jours, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui puisque le précompte acquitté par l’auteur non-affilié à l’AGESSA est exempt de cotisation retraite.
Coup de blues : ça va coûter cher. + 6,9 % pour la retraite de base, + 2 à 8 % pour la retraite complémentaire (en fonction des revenus et de la prise en charge de SOFIA), soit globalement une augmentation des charges comprise entre 9 % et 15 %. Les revenus baissent, les cotisations augmentent :  effet ciseaux garanti pour hacher menu la fourmi-auteur. On pourrait trouver d’autres sources de financement de la retraite des auteurs. Encore faudrait-il qu’il y ait une vraie volonté politique.
Coup de blush : les négociations ont repris entre associations d’auteurs et d’éditeurs pour tenter d’améliorer les choses, notamment dans le domaine du contrat d’édition. Un accord a déjà été obtenu sur trois points importants : reprise des droits en cas de non-paiement des sommes dues, encadrement des provisions sur retour, interdiction de la compensation intertitres dans les contrats. Et nous nous penchons actuellement sur la question des relevés de compte assez généralement opaques et toujours invérifiables.
Coup de blues : tout cela demande du temps et des trésors d’énergie pour des avancées somme toute très mesurées. Porter la cause des auteurs est aussi exaltant qu’usant. Et, pour des tas de bonnes raisons, dont la première est qu’il faut travailler davantage pour survivre dans ce contexte déprimé, nous sommes malheureusement encore trop peu nombreux à nous engager pour essayer de faire bouger les lignes.
Coup de blush : mais je continue !
Et j’arrête là mon balancier, parce que le pendule, à la longue, c’est lassant et que je sens bien que vous commencez à avoir le tournis.
Ah le joli métier que voilà !

Marie SellierMarie Sellier est auteure d’une centaine de titres, pour la plupart publiés en jeunesse, et présidente de la Société des Gens de Lettres.

Bibliographie sélective :

  • Le jardin de madame Li, album illustré par Catherine Louis, Picquier Jeunesse (sortira le 21 octobre).
  • Brume et les Toucouleur, album illustré par Matthieu Limo, Éditions courtes et longues (2015).
  • Mon monstre, album illustré par Jean Luc Buquet, Éditions courtes et longues (2014).
  • Chien rouge, roman, Nathan (2014).
  • La lune nue, album illustré par Hélène Rajcak, Talents Hauts (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • 10 tableaux et des animaux, Nathan (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Le secret de grand-mère, album illustré par Armande Oswald, Seuil Jeunesse (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • 10 tableaux et un ballon rouge, Nathan (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Mô et le maître du temps, album illustré par Catherine Louis, Picquier Jeunesse (2013).
  • Cœur de pierre, roman, Nathan (2013).
  • Fanfan, album illustré par Iris Fossier, Éditions courtes et longues (2012).
  • Dragons & Dragon, album illustré par Catherine Louis, Picquier Jeunesse (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • Le fils de Picasso, roman, Nathan (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • Les douze manteaux de maman, album illustré par Nathalie Novi, Le baron perché (2012).
  • Le journal d’Adeline, roman, Nathan (2011).
  • Le sourire de ma mère, roman, Nathan (2011).
  • Mes dix premiers tableaux, Nathan (2011)
  • Afrique, petit Chaka, album illustré par Marion Lesage, Réunion des musées nationaux (2010).

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Les invité.e.s du mercredi : Christophe Nicolas et Gwenaëlle Doumont (+ concours)

Par 21 septembre 2016 Les invités du mercredi

Aujourd’hui, c’est Christophe Nicolas qui a accepté de répondre à nos questions. Avec lui, on parle de son tout nouvel album (qui est d’ailleurs à gagner à la suite de cette interview), de la série Tétine Man et de son parcours. Puis c’est l’auteure/illustratrice Gwenaëlle Doumont l’invitée de notre rubrique Le coup de cœur/coup de gueule. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Christophe Nicolas

christophe nicolasVous venez tout juste de sortir « Le doudou de la directrice » chez Didier Jeunesse, les directrices ne sont pas souvent mises en avant dans les livres jeunesse, vous vouliez réparer cette injustice ?
J’ai remarqué que c’était un personnage super important pour les enfants. Et pour les autres personnels de l’école. D’ailleurs, quand elles/ils sont un peu nullos (mais ça n’arrive presque jamais…), c’est la catastrophe pour tout le monde.

Comment est né Tétine Man, le héros que vous avez imaginé avec Guillaume Long ?
J’ai eu trois garçons, très portés sur la tétine. Le dernier très très porté sur la tétine. Il a hérité du surnom et j’ai écrit ces histoires pour lui. Il a fini par lâcher sa tétine vers l’âge de 5 ans, peu avant la parution du 1er tome de la série. Il ne s’est pas trop retrouvé dans le personnage qui selon lui « exagère »…

Tétine ManLe titre du dernier tome, Tétine Man vous salue bien, fait peur… rassurez-nous on va revoir Tétine Man ?
Avec Guillaume Long, on a décidé en effet que ce serait le dernier. Guillaume a beaucoup de choses à dessiner, ses recettes, d’autres projets… Des raisons de se réjouir quand même, donc !

Un autre de vos personnages m’avait particulièrement plu, le Professeur Tagada. Depuis 2013, j’espère le recroiser, une suite prévue ?
Ha oui, on voudrait bien faire un genre d’encyclopédie historique. Un livre pour parcourir l’histoire, depuis les premières bactéries jusqu’à Michael Jackson. Il y aura le Professeur, son assistant Tsoin-Tsoin, un combi Wolkswagen magique et trois loupiots, Mona, Tom et Harold. Je voudrais que ce soit une aide aux repères chronologiques pour les écoliers de 7-10 ans. Nous avons commencé à y réfléchir un peu sérieusement. Parution à la rentrée 2017 si les vents porteurs sont de la partie.

Vous êtes auteur, mais vous avez aussi travaillé pour J’aime Lire, parlez-nous de votre parcours ?
J’ai fait plein de choses dans l’édition, lecteur de manuscrits, correcteur, rewriter, éditeur de romans pour les 8-13 ans chez Casterman entre 1995 et 2001, romancier contemporain déprimé au Serpent à plumes et au Seuil, et éditeur des fictions de J’aime lire jusqu’il y a deux ans. J’aime lire propose des petits romans de 15 000 signes qui doivent être lisibles même par les plus rétifs à la lecture. Je lisais les projets soumis à la rédaction, les proposais au comité de lecture et les éditais du mieux possible (coupes, travail sur le scénario, syntaxe). J’ai rencontré là des auteur-e-s formidables. Je suis aujourd’hui rédacteur pour la revue Astrapi, où je m’occupe entre autres de la rubrique philo, « La question ».

Le doudou de la directriceQuelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescent ?
Tout ce qui me tombait sous la main… J’avais un copain dont le papa était éboueur, il nous rapportait des tonnes de trucs. Picsou, Arthur et Zoé, Petzi, Oui-Oui, Jojo Lapin, les Six compagnons, les BD cheap genre Blek le Roc ou Captain Swing, Astérix, Gaston, Lucky Luke, Tintin, le Petit Nicolas… La littérature jeunesse telle qu’on la connaît aujourd’hui n’existait pas trop à mon époque. Ado, j’ai adoré les livres de Jacques Lanzmann, le parolier de Dutronc, que j’empruntais à la bibli. Je suis resté un lecteur boulimique et très éclectique.

Quelques mots sur vos prochains ouvrages ?
Un prof Tagada est donc dans les tuyaux. Et aussi une histoire de fruits et légumes qui quittent leur frigo pour vivre une vie d’aventures, avec Estelle Billon-Spagnol, si on avance bien comme on a dit qu’on ferait. La suite de l’Apprenti chevalier que j’écris avec mon grand poteau Rémi Chaurand pour les premières lectures de Nathan. Et aussi une série pour les petits mettant en scène des affreux marmots avec Anouk Ricard, chez les Fourmis rouges. Et après, on verra bien !

Bibliographie jeunesse (sélective) :

  • Le doudou de la directrice, album illustré par Maurèen Poignonec, Didier Jeunesse (2016).
  • Série L’apprenti chevalier, romans co-écrits avec Rémi Chaurand, illustrés par Bérangère Delaporte, Nathan (2011-2016), que nous avons chroniqué ici et .
  • série Tétine Man, BD illustrées par Guillaume Long, Didier Jeunesse (2011-2016), que nous avons chroniqué ici et .
  • Henri ne veut pas aller au centre de loisirs, album illustré par Ronan Badel, Didier Jeunesse (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • La fabuleuse méthode de lecture du Professeur Tagada, album illustré par Guillaume Long, Didier Jeunesse (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Les Aventures Agricoles d’Harry l’Agriculteur, roman illustré par Ronan Badel, Albin Michel jeunesse (2012).

Concours :
Grâce aux éditions Didier Jeunesse, l’un.e d’entre vous va gagner l’album Le doudou de la directrice. Pour participer, il vous suffit juste de laisser un commentaire sous cet article en nous parlant d’une directrice d’école (réelle ou imaginaire). Le.la gagnant.e sera tiré.e. au sort parmi tous les commentaires. Vous avez jusqu’à mardi 20 h. Bonne chance à tous et à toutes !


Le coup de cœur et le coup de gueule de… Gwenaëlle Doumont

Régulièrement, une personnalité de l’édition jeunesse (auteur.e, illustrateur.trice, éditeur.trice…) nous parle de deux choses qui lui tiennent à cœur. Une chose qui l’a touché.e, ému.e ou qui lui a tout simplement plu et sur laquelle il.elle veut mettre un coup de projecteur, et au contraire quelque chose qui l’a énervé.e. Cette semaine, c’est Gwenaëlle Doumont qui nous livre son coup de cœur et son coup de gueule.

Je préfère si vous voulez bien, commencer par mon coup de cœur. Non attendez, mes coups de cœur : d’abord, il y a ma fille, Olivia. vous allez me dire ha mais ouais c’est normal hein ça, ça compte pas… Oui mais cet été elle a participé à un stage de chant et je l’ai vraiment vue s’épanouir sur scène, avec des musiciens, comme si elle avait fait ça toute sa vie. Et je me dis qu’elle sera bien armée pour affronter un tas de trucs si elle chante. Ensuite, j’ai vu une vidéo d’un papa qui encourage sa fille avant d’aller à l’école et il lui dit qu’elle est merveilleuse, que personne n’est mieux qu’elle et surtout qu’elle n’est mieux que personne. Et je pense que tout le monde devrait avoir droit à ce discours, enfant. Le monde serait vachement meilleur sans compèt. (sans qu’on pète aussi) Et puis j’ai aussi entendu un monsieur dire qu’on est capable de tout si on veut bien faire l’effort de conditionner son subconscient, de croire que tout est possible. En gros que nous sommes seuls maîtres de nos vies et que si on a envie de faire un truc, ben faut le faire et point.

Mon coup de gueule. Je n’en pousse pas souvent, je dois dire… Mais dans l’actualité voyons… Si, il y a quand même un truc qui m’a vraiment énervée beaucoup, c’est « l’hommage » rendu par des gens et même des amis sur Facebook à ce jeune garçon mort de faim et de froid en Flandre, Jordy Brouillard. C’est trop tard, les gars. Et je pourrais appliquer ce coup de gueule à moi aussi, parce que c’est pas facile d’agir, je me sens souvent ridicule avec ma petite pièce ou mon petit café offert aux SDF de ma rue. Oui, je suis sincèrement désolée pour tous ces gens sans toit mais j’ai la trouille, la trouille de leur parler, la trouille de les accueillir chez moi, de leur proposer de l’aide réellement je veux dire, de prendre du temps pour eux. Il m’est déjà arrivé d’avoir envie de m’asseoir à côté d’un ou l’autre, par terre, pour discuter et même ça j’ose pas… Le voilà mon coup de gueule. Cet été je me suis dégonflée, je voulais aller à Calais aider au camp des réfugiés, ben j’y suis pas allée parce que j’avais la trouille encore une fois. Et je crois que c’est ça le pire aujourd’hui, c’est que les gens sont morts de trouille.

gwenaelle-doumontGwenaëlle Doumont est auteure et illustratrice.

Bibliographie sélective :

  • J’aime pas être belle, illustration d’un texte de Stéphanie Richard, Talents Hauts (2016).
  • Poussin vert, illustration d’un texte de Marie-Hélène Lafond, La Palissade (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Lisa et Nouh, illustration d’un texte de Catherine Macé, Alice Jeunesse (2016).
  • Le garçon qui parlait avec les mains, illustration d’un texte de Sandrine Beau, Alice Jeunesse (2015).
  • J’aime pas le foot, illustration d’un texte de Stéphanie Richard, Talents Hauts (2015).
  • J’aime pas la danse, illustration d’un texte de Stéphanie Richard, Talents Hauts (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Série P’tite Pomme, illustration de textes de Delphine Gilles Cotte, Magnard Jeunesse (2015-2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Une aventure de Super Poilu, illustration d’un texte de Sandrine Beau, Frimousse (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Je suis une lionne, illustration d’un texte de Sandrine Beau, Philomèle (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Tous différents, illustration d’un texte de Céline Claire, Les éditions des Braques (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Super Héros, illustration d’un texte de Céline Claire, Vert Pomme (2013).
  • La tapette à mouches, illustration d’un texte de Céline Claire, Les éditions des Braques (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • À la recherche de truc, texte et illustration, Zoom éditions (2012).
  • Firmin, illustration d’un texte d’Ingrid Chabbert, Gargantua (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • Vive Moi, illustration d’un texte d’Alice Brière-Haquet, Amaterra (2011).

Retrouvez Gwenaëlle Doumont sur son blog : http://gwendoulash.blogspot.fr et sur son book : http://gwendoulash.ultra-book.com.

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