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Le coup de cœur et le coup de gueule de

Les invité·e·s du mercredi : Ghislaine Roman et Alice Brière-Haquet

Par 25 octobre 2017 Les invités du mercredi

On adore les livres de Ghislaine Roman, pourtant on ne l’avait jamais interviewée ! C’était une grave lacune, aujourd’hui comblée. Ensuite, c’est une autre de nos autrices chouchous qui nous a livré ses coups de gueule et coup de cœur : Alice Brière-Haquet. Bon mercredi à vous.


L’interview du mercredi : Ghislaine Roman

Plusieurs de vos histoires semblent venir d’ailleurs (La poupée de Ting Ting, La princesse à la plume blanche, Bagdan ou encore votre tout dernier album, La princesse aux mille et une perles), comment travaillez-vous sur ces histoires ? Lisez-vous des contes issus de ces pays ?
Je ne suis pas une grande voyageuse. Je n’ai jamais eu l’impression que le monde m’appartenait et qu’il fallait tout voir sur notre terre. Je ne dis pas que c’est bien, ni que c’est mal d’ailleurs, c’est comme ça. Un truc intime avec l’espace. Je suis beaucoup plus fascinée par le temps. Mais ça, c’est une autre histoire. Étrangement, j’adore regarder des documentaires comme ceux qui sont diffusés par la 5 ou Arte. Ces films où l’on voit des gens cultiver la terre, aller au marché, faire la cuisine, préparer une fête. Les images sont souvent magnifiques et les personnes dont on suit la vie quotidienne parlent de ce qui les touche, de leurs difficultés, de leurs espoirs. Je peux pleurer devant un de ces films. Souvent, cela me donne envie d’en savoir plus. Alors je vais à la médiathèque et je me plonge dans des livres pour prolonger ce plaisir. Internet est aussi mon ami dans ces moments-là, bien sûr. Et parfois, il y a un petit rien qui m’accroche. Une tradition que je trouve symboliquement très forte, un paysage que j’ai envie de décrire, un mode de vie qui me parait faire écho au nôtre… et la machine à fiction se met en route. Et si l’enfant était seul ? Et si le grand-père était malade ? Et si la terre tremblait ? À partir de là, j’accumule de la documentation qui parfois ne me servira pas. Mais j’ai toujours besoin d’en savoir beaucoup sur mes personnages. Plus que ce que j’en dis dans le texte. C’est ce qui leur donne de la profondeur, je crois. Enfin, en tout cas, c’est ce qui donne de l’intensité dans le travail d’écriture. J’espère que cela se sent. Pour aller plus loin, il m’arrive de lire des recueils de contes des pays en question. Mais c’est juste pour y puiser une atmosphère. La structure de mes récits remonte à mon enfance, aux contes traditionnels, au patrimoine enfantin. La Princesse à la plume blanche prend racine dans le Blanche Neige que je lisais quand j’étais petite. Mon dernier album a quelque chose à voir avec un recueil que j’adore Contes d’orient. Un jour, je l’ai vu dans les mains d’un petit garçon dans le film Il y a longtemps que je t’aime, de Philippe Claudel. Cela m’a émue. J’adore ces petits clins d’œil de la vie. Dans mon dernier album, il y a un personnage qui s’appelle Kamar. Ce prénom vient de ce livre.

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur ce superbe album, La princesse aux mille et une perles ?
Merci pour l’adjectif ! Il faut y associer les images de Bertrand Dubois !
Tout a commencé par cette histoire de perles… J’ai aimé imaginer un rite initiatique qui s’adresse à une princesse. L’idée qu’un bijou, objet futile par excellence, soit témoin et garant de la sagesse et de l’intelligence de mon héroïne, cela m’intéressait. Le royaume décrit dans l’histoire n’existe pas, bien sûr. Mais les questions que se pose la future souveraine sont bien d’actualité. Comment gérer les ressources, protéger notre environnement, ménager un espace pour chacun… j’aimerais être sûre que tous les dirigeants de notre terre soient capables de ce discernement.
Il s’agit d’un conte très traditionnel dans sa structure et dans sa narration. Un méchant avide de pouvoir, une trahison infâme, une amitié amoureuse entre deux gamins qui grandissent ensemble, ce sont des ressorts qu’on a l’impression d’avoir toujours connus. Je les traite comme des ingrédients pour proposer une nouvelle histoire.

L’écologie y tient aussi une place importante, on y parle de surpêche ou de l’utilité des abeilles notamment, ce sont des sujets importants pour vous ?
Oui, ce sont des sujets qui me préoccupent beaucoup. J’ai grandi dans une petite ville, très proche de la campagne. Mon père créait des jardins. Il me parlait de biodiversité bien avant que le terme soit connu du grand public. Il ne comprenait pas qu’on plante une haie composée d’une seule espèce par exemple. J’ai donc toujours eu un regard sur ce qui se passe dans le domaine de l’environnement et de sa protection. Je suis de ceux qui pensent que l’écologie est un humanisme, que nature et culture doivent cohabiter, coexister pour que nous avancions, pour que notre monde trouve un équilibre entre la nécessaire promotion de l’humain et l’indispensable respect des espèces autour de nous, végétales et animales. C’est la raison pour laquelle j’ai écrit en guise de dédicace : Notre terre sera ce que nous en ferons.

Comment naissent vos histoires ?
Il me semble que chaque histoire est un confluent où se rencontrent différentes sources. Certaines coulent de très loin, de mes montagnes natales, des livres que j’avais étant enfant, de souvenirs familiaux et d’autres beaucoup plus proches, de lectures récentes par exemple. Quand j’en parle dans les classes ou les médiathèques qui m’invitent, j’utilise une métaphore : ce sont des graines… avec cette dynamique du végétal, cette volonté de pousser, de grandir. Quand une idée d’histoire se forme dans ma tête, je ne la lâche plus. Parfois, cela va très vite mais il arrive que cela mette très longtemps, des années. J’admire les gens qui écrivent vite et beaucoup. Ce n’est pas mon cas. Je fignole. J’ai un vrai problème avec le point final. Même au moment du BAT [NDLR Bon à tirer], je continue à modifier des choses. Cela m’a longtemps culpabilisée mais maintenant, je sais que c’est ma façon de faire. Un jour, une bibliothécaire m’a dit, au sujet d’un de mes textes « Chaque mot est à sa place ». Je crois que c’est le plus beau compliment qu’on puisse me faire parce que c’est le fruit d’un long travail. Je l’ai déjà dit, je ne crois pas à l’inspiration. Je ne crois qu’au travail. Ce n’est pas avec des idées qu’on écrit mais dans un corps à corps avec les mots. Cela peut paraître prétentieux. Après tout, ce ne sont que des livres pour enfants, diront certains. Non, ce sont des livres. Et le moins qu’on puisse faire, c’est respecter celui qui va le lire, quel que soit son âge.

Parlez-nous de votre parcours et de comment est venue cette envie d’écrire pour les enfants
Cela s’est fait par hasard. Un jour, la rédactrice en chef de Wakou (Milan presse) m’a demandé d’écrire des contes pour son magazine. Elle avait vu qu’il m’arrivait d’en écrire pour ma classe. À l’époque, j’étais maîtresse en grande section de maternelle. J’en ai écrit un, sans grande conviction, persuadée qu’elle allait me dire que bon, c’était bien gentil mais pas assez ceci ou trop cela. Mais à ma grande surprise, elle a aimé ce que j’avais écrit et elle l’a publié. C’était au début des années 90. Puis un jour, un texte est passé d’un couloir à l’autre, de la presse à l’édition… et cela a donné Un Noël d’écureuil, illustré par Bruno Pilorget. Depuis, je n’ai pas arrêté d’écrire. Les rencontres avec les jeunes lecteurs me donnent envie, m’encouragent, me stimulent. Je ne suis pas blasée. Voir un de mes albums en vitrine, dans les mains d’un enfant, sur un blog, dans la presse… cela me fait toujours un effet incroyable.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
J’ai lu énormément de contes. Pas étonnant que ce soit ma forme de prédilection, aujourd’hui. J’habitais face à une maison de la presse qui possédait une grande étagère consacrée à la bibliothèque verte. Comme je n’avais pas d’argent, je l’ai utilisée comme une bibliothèque pendant plusieurs années. J’achetais un livre, je le lisais très vite et je redescendais le changer. La patronne n’était pas dupe mais elle me laissait faire. J’ai lu aussi bien le Capitaine Fracasse que l’inévitable Alice et le fantôme. Je crois que ma première vraie rencontre avec un texte, ce fut Le grand Meaulnes. Ensuite j’ai lu beaucoup de pièces de théâtre, Molière, Beaumarchais… Puis évidemment, les auteurs au programme. J’ai gardé de cette époque le goût des extraits choisis. J’aime cette impression d’inachevé, de question en suspend qu’ils laissent au lecteur.
Je relis régulièrement Les lettres de moulin et Les souvenirs d’enfance de Marcel Pagnol. Mon parrain me les avait offerts sous forme de beaux livres illustrés. Je les ai encore. Ils m’emportaient. C’est pour ça que je suis désolée quand j’entends un parent dire à un enfant « Non, pas celui-là, il y a des images, c’est pour les petits ». Je défends les albums sur de beaux formats avec des images fortes qui embarquent les gamins. Ce souci de rentabiliser la lecture me rend malade.

Que lisez-vous en ce moment ?
J’ai lu récemment la trilogie écossaise de Peter May. Dans la foulée, j’ai écrit un conte qui se passe sur une île du Nord. Sa description des ciels et des paysages est extraordinaire. Puis j’ai découvert l’amie prodigieuse, d’Elsa Ferrante. Elle y parle d’un sujet qui me touche beaucoup : le conflit de loyauté avec son milieu d’origine et du sentiment d’illégitimité, mon éternel compagnon. Il faut aussi que je parle de Syrius, de Stéphane Servant, que j’ai adoré. Son écriture me bouleverse. Et enfin du merveilleux Les attachants de mon amie Rachel Correnblit. Ce qu’elle y raconte du métier d’instit dans un quartier difficile ne peut que me toucher. Et son écriture est d’une légèreté et d’une précision qui fait mouche. Elle dit avec élégance et humour des choses essentielles sur l’enfance.

Pouvez-vous nous dire quelques mots de vos prochains ouvrages ?
2018 va voir la parution de trois albums, chez trois éditeurs différents. D’abord Le cerf-volant de Toshiro avec Stéphane Nicolet aux éditions Nathan. Il y est question de la complicité entre un vieil homme et son petit-fils. L’enfant est mutique. Le désir de faire partager sa vision du monde à son grand-père va lui permettre de retrouver le langage. C’est une histoire née d’une remarque du plus jeune des fils de Stéphane. Quand je vous dis qu’il s’agit de confluence !
Ensuite viendra un texte dont le titre devrait encore changer, aux éditions Cipango. Cette fois-ci, on part pour le Bhutan, petit royaume de l’Himalaya. Mes héros sont deux jumeaux, garçons et filles, Lune et Soleil… Bénédicte Némo est déjà au travail pour les images.
Et enfin, aux toutes nouvelles éditions Saltimbanque, le conte né de mon envie de paysages de lande et de bruyère. Pas de princesse cette fois, mais une petite gardeuse d’oies (hommage à ma mère) qui va sauver son pays du chaos lié à la découverte de filons d’or. Encore un conte écolo qui questionne notre envie de richesse. Je retrouve Sophie Lebot pour les illustrations. Ses crayonnés sont à couper le souffle.
D’autres textes sont prévus pour 2019. Mais c’est encore un peu tôt pour en parler.

Bibliographie :

  • La princesse aux mille et une perles, album illustré par Bertrand Dubois, De la Martinière Jeunesse (2017).
  • Bagdan et la louve aux yeux d’or, album illustré par Régis Lejonc, Seuil jeunesse (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • J’veux pas y aller, album illustré par Csil, Frimousse (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Ouf !, album illustré par Tom Schamp, Milan (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Le Grand Livre des peut-être, des si et des petits pourquoi, album illustré par Tom Schamp, Milan 2015.
  • Un jour, deux ours, album illustré par Antoine Guilloppé, Gautier-Languereau (2015).
  • La poupée de Ting-Ting, album illustré par Régis Lejonc, Seuil Jeunesse (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Contes d’un roi pas si sage, album illustré par Clémence Pollet, Seuil Jeunesse (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Un Noël d’écureuil, album illustré par Bruno Pilorget, Milan, (2012).
  • Mystère au palais, album illustré par Bérengère Delaporte, Milan (2010).
  • Amani faiseur de pluie, album illustré par Anne Romby, Milan 2010
  • Carnavalphabet, album illustré par Tom Schamp, Glénat (2007).
  • Le livre des petits pourquoi, album illustré par Tom Schamp, Milan (2006).
  • Tukaï, l’enfant-sorcier, album illustré par Frédéric Pillot, Milan (2005).
  • Le pirate de la bouteille, album illustré par Freddy Dermidjian, Milan (2005).
  • Le livre des si, album illustré par Tom Schamp, Milan (2004).
  • La pêche aux nuages, album illustré par Vincent Bourgeau, Milan (2003).
  • Le parapluie volant, album illustré par Vincent Bourgeau, Milan (2003).
  • Les 4 saisons. Deux histoires par mois et des jeux pour toutes les saisons, album illustré par Olivier Latyk, Milan (2003).
  • Le livre des peut-être, album illustré par Tom Schamp, Milan (2003).
  • Bientôt Noël ! Une histoire par jour et des jeux pour attendre Noël, album illustré par Olivier Latyk, Milan (2001).

Retrouvez Ghislaine Roman sur son site : http://www.ghislaineroman.fr.


Le coup de cœur et le coup de gueule de… Alice Brière-Haquet

Régulièrement, une personnalité de l’édition jeunesse (auteur·trice, illustrateur·trice, éditeur·trice…) nous parle de deux choses qui lui tiennent à cœur. Une chose qui l’a touché·e, ému·e ou qui lui a tout simplement plu et sur laquelle il·elle veut mettre un coup de projecteur, et au contraire quelque chose qui l’a énervé·e. Cette semaine, c’est Alice Brière-Haquet qui nous livre son coup de cœur et son coup de gueule.

Coup de gueule
Merci la Mare aux mots pour ce bout de tribune ! J’y ai pas mal réfléchi, les sujets de grogneries ne manquant pas aujourd’hui, ça m’a tracassée quelques semaines, et puis je me suis dit, allons-y franco, attaquons-nous aux rouages du système. Alors pas de révélation, pas d’accusation, pas de nom… C’est la grande roue de l’édition que j’ai envie de faire grincer aujourd’hui, notamment l’une de ses chevilles ouvrières : le droit d’auteur. C’est que la notion superpose des réalités très diverses :

  • N° 1 : Le droit d’être respecté en tant qu’auteur : il s’agit du droit moral, inaliénable, il garantit l’intégrité de notre œuvre et notre reconnaissance.
  • N° 2 : Le droit d’être diffusé : il s’agit des droits patrimoniaux que nous cédons par contrat à notre éditeur, et qui l’autorise à commercialiser notre œuvre pour nous (et il faut bien comprendre que quand le SNE fait campagne pour le droit d’auteur, c’est de ce droit-là qu’on parle).
  • N° 3 : Le droit d’être rémunéré pour son travail : c’est une facette du droit patrimonial, celle dont parlent les auteurs quand ils évoquent leurs « droits d’auteur ». Concrètement, il s’agit d’un pourcentage sur les ventes du livre (en moyenne 3 % dans mon cas), le montant est calculé une fois par an.

Le premier est un droit symbolique, qui comme tous les symboles est extrêmement important et terriblement dérisoire. Le second fait tourner l’industrie du livre. Pour notre secteur, la jeunesse, Pierre Dutilleul annonçait en octobre à la BNF un chiffre d’affaires de 364 millions d’euros pour 2016, soit 13,5 % du total de l’édition, avec une croissance de 5,2 %. Le troisième est ce qui nous permet de vivre, enfin, un peu. Je me considère comme une autrice chanceuse : depuis 8 ans j’écris à plein temps, j’ai publié quelque 70 livres, nombre d’entre eux ont été remarqués par la critique et traduits. L’un d’eux a même reçu un New York Times Award. Bref, ça va. Pourtant mes droits d’auteur (au sens n° 3) ne constituent chaque année qu’un demi-revenu… L’autre demi-revenu provient des rencontres scolaires, de l’argent public, le vôtre donc, merci.
Soyons clairs : je n’accuse pas ici mes éditrices (ce sont presque exclusivement des femmes) qui font un boulot formidable, souvent comme employée de grands groupes, ni les petites maisons qui couvent leurs micro-catalogues, ni même les moyennes maisons qui développent leur entreprise. En fait je vous l’ai dit : je n’accuse personne ici.
Ce que je veux pointer, c’est le système qui fait que dans tous les travailleurs de la chaîne du livre, l’auteur est le seul à n’avoir pas de rémunération pour son travail. Le droit d’auteur (n° 3) étant simplement un intéressement aux ventes. Le problème en réalité est que le travail intellectuel n’est pas reconnu, mais remplacé par la notion de propriété intellectuelle. Une propriété qu’on ne nous accorde que pour pouvoir la céder.
Ce choix n’est pas un produit de la Nature, mais bien de l’Histoire : la propriété intellectuelle est à l’origine une invention des libraires (alors imprimeurs), « le privilège » étant un monopole accordé par le roi – bien content au passage de décider de ce qui peut ou non être imprimé. Au 18e siècle, Beaumarchais lui oppose le droit d’auteur pour tenter d’imposer la voix des créateurs. Ce n’est que depuis 1957 que les deux notions se confondent. Lorsqu’en 1936, Jean Zay reprend le travail de Beaumarchais pour mettre en place de véritables droits pour l’auteur comme travailleur, le vent de l’opposition se lève chez certains éditeurs. La guerre renverse les cartes, et le dossier est repris sous Vichy par l’un des adversaires de Zay. Quand la loi passe en 1957, il ne reste pour l’auteur que le droit moral (le sens n° 1), le renforcement des droits patrimoniaux étant tout à l’avantage des industriels du livre.
Il en ressort un système foncièrement déséquilibré. Un système qui nous fait aujourd’hui signer des monopoles à sens unique : tandis qu’un éditeur peut solder ou pilonner un livre qui ne marche pas au bout de deux ans et nous rendre nos droits (sens n° 2 cette fois), nous lui cédons, nous, notre « propriété » pour 70 ans après notre mort… même le mariage est moins contraignant ! En Italie, je signe des contrats pour 10 ans. En cas de succès, j’ai au moins la possibilité de renégocier.
En France, la notion de propriété intellectuelle est très puissante et repose sur une foule de fantasmes… Notamment celle de léguer à nos enfants les bénéfices (n° 1 et 3) de nos œuvres. Combien d’héritiers cela concerne-t-il réellement ? Et est-ce que je devrais payer le fils de mon plombier ou de mon architecte pour l’usage de ma maison ? Non, je vais plutôt payer correctement plombier et architecte pour qu’ils s’achètent leur propre maison à léguer à leurs enfants… De la même manière, dois-je payer plombier et architecte si je prête ma maison pour un week-end ? Ou si je décide de l’ouvrir au tout-venant ? Revenons au concept de travail intellectuel, payons les artistes pour ce qu’ils font : le partage en ligne ne sera plus un danger.
Cela éviterait aussi ces dérives qui se font au nom du droit d’auteur… Je pense notamment à « l’affaire SCELF » qui réclame un minimum de 30 euros par extrait lu aux organisateurs de lectures publiques gratuites : bibliothèques, associations, auteurs. La pétition est toujours en ligne et si les réponses en coulisse se veulent rassurantes, on attend toujours la prise de position officielle qui enlèverait l’épée de Damoclès de la tête de tous ces gens qui, chaque jour, font vivre nos livres…
Si vous n’avez pas encore signé, c’est ici : https://www.change.org/p/administration-scelf-fr-contre-les-pr%C3%A9l%C3%A8vements-scelf-sur-les-lectures-sans-billetterie-sh%C3%A9h%C3%A9razade-en-col%C3%A8re
Merci.

Coup de cœur
Pour mes collègues qui, malgré ces conditions, offrent aux nouvelles générations des œuvres belles, riches, drôles, tendres, intelligentes, émouvantes, surprenantes, énervantes, grinçantes, palpitantes, et parfois tout ça à la fois. Je ne sais pas trop de quoi, au final, hériteront nos enfants… Mais ils seront bien armés question imagination !

Alice Brière HaquetAlice Brière-Haquet est autrice.

Bibliographie sélective :

  • Tangram, album illustré par Sylvain Lamy, 3oeil (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • il elle lui, album illustré par Raphaële Enjary et Olivier Philipponneau, 3oeil (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Nuage, album illustré par Monica Barengo, PassePartout (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • On déménage !, album illustré par Barroux Little Urban (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Bonne nuit, mon petit, album illustré par Aurélie Abolivier, Flammarion jeunesse (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Nina, album illustré par Bruno Liance Gallimard Jeunesse (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Mme Eiffel, album illustré par Csil, Frimousse (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Le bonhomme et l’oiseau, album, illustré par Clotilde Perrin, Père Castor (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Mélina, album illustré par Leïla Brient, Les p’tits bérets (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Une vie en bleu, album illustré par Claire Garralon, Océan Jeunesse (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Pouce !, album illustré par Amélie Graux, Père Castor (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Aliens mode d’emploi, album illustré par Mélanie Allag, P’tit Glénat (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Dis-moi, l’oiseau…, album illustré par Claire Garralon, Thierry Magnier (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Le peintre des drapeaux, album illustré par Olivier Philipponneau, Frimousse (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • Paul, album illustré par Csil, Frimousse (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • Mon voyage en gâteau, album illustré par Barroux, Océan Éditions (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • Perdu ! album illustré par Olivier Philipponneau, MeMo (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • À quoi rêve un pissenlit ?, album illustré par Lydie Sabourin, Points de Suspension (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • Le Chat d’Elsa, album illustré par Magali Le Huche, Père Castor (2011), que nous acons chroniqué ici.
  • Mademoiselle Tricotin, album illustré par Célia Chauffrey, Les p’tits bérets (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • Rouge !, album illustré par Élise Carpentier, Motus (2010), que nous avons chroniqué ici.
  • La princesse qui n’aimait pas les princes, roman illustré par Lionel Larchevêque, Actes Sud (2010), que nous acons chroniqué ici.
  • Le petit prinche, album illustré par Camille Jourdy, Père Castor (2010), que nous avons chroniqué ici.
  • Pierre la lune, album illustré par Célia Chauffrey, Auzou (2010), que nous avons chroniqué ici.

Retrouvez Alice Brière-Haquet en interview sur notre blog et sur son blog.

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Les invité·e·s du mercredi : Emmanuel Trédez et Florence Hinckel

Par 18 octobre 2017 Les invités du mercredi

Aujourd’hui, on vous propose une interview de l’auteur Emmanuel Trédez, puis on a donné la parole à l’autrice Florence Hinckel qui nous a livré ses coups de cœur et coup de gueule. Bon mercredi à vous.


L’interview du mercredi : Emmanuel Trédez

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
Lorsque j’étais en terminale, comme beaucoup de jeunes d’hier ou d’aujourd’hui, je n’avais aucune idée du métier que je voulais exercer, alors j’ai choisi de retarder un peu la décision et de me laisser le maximum de choix en faisant une école de commerce – eh oui, personne n’est parfait ! Plus tard, frustré par cet enseignement, j’ai poursuivi – sans jamais les rattraper, aurait écrit Alphonse Allais – des études de sociologie et de lettres. Quand un auteur parle de son éditeur en disant : « et en plus, il a fait une école de commerce », en général, ce n’est pas très flatteur. J’espère être la preuve vivante qu’on peut avoir ce parcours et être attaché aux contenus !
Quelques années plus tard, pour justifier mon diplôme, j’ai commencé une carrière de contrôleur de gestion – décidément, mon cas ne s’arrange pas ! – dans l’édition, un secteur qui me fascinait depuis longtemps, et plus précisément pour le département jeunesse de Nathan. J’ai exercé ce métier pendant un peu moins de cinq ans avant de devenir… éditeur de livres documentaires, un métier qui me convenait sans doute mieux. Cette même année, j’ai publié ma première histoire pour la jeunesse – j’écrivais depuis toujours, mais avant d’entrer dans l’édition, je n’avais jamais songé à écrire pour les enfants. Et pour cause, tous les auteurs que j’avais lus dans mon enfance ou mon adolescence (Charles Perrault, Hans Christian Andersen, la comtesse de Ségur, Jules Verne…) étaient morts depuis des dizaines sinon des centaines d’années. Je n’avais pas conscience qu’on écrivait encore pour les enfants, qu’il y avait une littérature de jeunesse vivante à côté des grands classiques !
Souvent, les copains auteurs ou éditeurs sont étonnés par ma reconversion. C’est qu’on a trop tendance à vous étiqueter, à vous ranger dans des cases. J’avoue, j’ai eu de la chance. Dans une autre maison d’édition, si j’avais demandé à « faire des livres », on m’aurait peut-être ri au nez et j’en serais encore à faire des comptes d’exploitation ! Bref, pendant une bonne quinzaine d’années, j’ai édité des livres documentaires le jour et écrit des livres de fiction la nuit ; disons pendant mon temps libre. J’ai vraiment adoré ce métier. Chez Nathan, presque jusqu’au bout, j’aurai partagé de belles aventures éditoriales avec des auteurs, des illustrateurs, des graphistes… que j’apprécie.
Il y a un peu plus de deux ans, j’ai quitté Nathan et j’ai fait le pari fou de devenir indépendant pour consacrer l’essentiel de mon temps à l’écriture. Comme on ne vit guère de sa plume – excepté, je l’ai déjà signalé, les danseuses du Lido –, j’ai repris une activité d’éditeur en free-lance et je me suis lancé dans la formation à l’orthographe.
Cela fait maintenant une vingtaine d’années que j’écris des textes pour les enfants. J’ai publié une cinquantaine de livres pour les 6-12 ans – des premières lectures, des romans, une BD et quelques documentaires – chez une douzaine d’éditeurs (Nathan, Auzou, Didier, Flammarion, Talents hauts, Fleurus…).

Comment naissent vos histoires en général, et comment est né Ali Blabla, en particulier dans lequel les références sont nombreuses (Ali Baba et les 40 voleurs, Les 1001 nuits…) ?
Comme Georges Perec, que j’admire, j’aime créer des histoires en m’imposant des contraintes. Oh, pas nécessairement oulipiennes ! En 2013, mon éditrice chez Nathan, qui connaissait bien mon travail, m’a lancé le défi d’écrire un roman qui mêlerait différentes formes littéraires. C’est ainsi que j’ai écrit Qui veut le cœur d’Artie show ?, un roman où alternent le récit, le journal intime du « serial lover », les poèmes qu’il envoie à ses amoureuses (acrostiches, calligrammes…) et les articles des journalistes en herbe du collège qui enquêtent sur son identité.
Le point de départ peut être aussi un jeu de mots. Un peu comme chez Raymond Roussel, qui invente des histoires en rapprochant des homonymes ou des paronymes. Dans le cas du Cachalot nage dans le potage, c’est bien un jeu de mots, « Le homard m’a tuer », qui m’a donné l’idée d’écrire ce polar « aquatique » dont tous les personnages sont des animaux marins. Et dans Ali Blabla, c’est un autre jeu de mots qui m’a donné à la fois l’une des principales caractéristiques de mon héros – sa volubilité – et le cadre spatio-temporel dans lequel il allait évoluer : les Mille et une Nuits.
Dans Ali Blabla, outre le décor, je fais en effet référence à quelques personnages des Mille et une Nuits : au marchand Ali Baba (la caverne où Ali installe son échoppe) ; à Aladdin (les lampes merveilleuses vendues dans son échoppe) ; enfin à Shéhérazade : utilisant le stratagème de la princesse-conteuse, Ali laisse chaque jour en suspens l’histoire qu’il raconte à Kenza, dont il est tombé amoureux, pour lui donner envie de revenir écouter la suite, et ainsi se donner une chance de la séduire. Ce texte en vers, plusieurs fois interrompu, est enchâssé dans le récit (comme dans Les Mille et une Nuits, un récit en entraînant un autre) et propose ainsi une histoire dans l’histoire : j’y raconte avec autant d’humour que possible comment une princesse va choisir un époux parmi les quarante prétendants (quarante « lovers » !) qui se présentent devant elle.
La scène du tapis volant rappellera peut-être aux enfants le dessin animé Aladdin et le personnage de Kamel le dromadaire, l’âne de Shrek, un animal doué de parole et d’une grande insolence.
Il y a enfin des références moins attendues à Cyrano de Bergerac et Roméo et Juliette, Edmond Rostand et William Shakespeare endossant le rôle de conseillers en séduction (je n’en dis pas plus). J’avais déjà rendu hommage à ces deux auteurs et à leurs pièces emblématiques que j’aime tout particulièrement dans ma BD Inspecteur Londubec – la cigogne mouche un blaireau avec sa « tirade du bec » – et dans mon polar parodique, La Carotte se prend le chou – Roméo le Pomelo et Juliette la Courgette sont amoureux, mais leur amour est impossible à cause de la haine que se vouent les Agrumes et les Cucurbitacées.
Tous ces jeux de mots, ces références ne sont bien sûr qu’un bon point de départ. Après, tout reste à faire !

Dans Inspecteur Londubec ou encore dans Le cachalot nage dans le potage, les jeux de mots pleuvent, mais même dans Ali Blabla le marchand s’appelle Ar-Rachid et un chameau est fan de calembours… Vous ne pouvez pas vous en empêcher ?
Oui, sans doute le poids des influences que j’évoque plus bas…
Ar-Rachid est une huile ! J’ai donné à ce riche marchand, père d’Ali et d’Ahmed, le nom du calife des Mille et une Nuits.
Dans les deux premiers titres que vous citez, c’est vrai, je m’en donne à cœur joie avec les mots. Le pari étant de communiquer ce plaisir au lecteur. De ce point de vue, c’est plutôt réussi si j’en crois les retours que me font les enfants dans les classes ou sur les salons – bien sûr, selon leur âge, ils passeront à côté de certains jeux de mots ; quelle importance ? Les calembours et les références historiques ne m’ont pas empêché d’apprécier Astérix quand j’avais 7 ou 8 ans. Toutefois, s’il y en a autant, s’ils pleuvent, comme vous dites, c’est parce qu’ils constituent la matière même de ces polars parodiques (voir aussi Le hibou n’est pas manchot ou L’araignée est une fine mouche). Ils font partie du style, ils sont le style.
Dans Ali Blabla, c’est un peu différent. Les jeux de mots sont moins nombreux et surtout, ils sont placés, pour la plupart, dans la bouche de Kamel, un dromadaire qui se damnerait pour un bon mot. Ce goût des calembours est un des principaux traits de caractère du personnage, avec sa mauvaise humeur et son haleine fétide…
C’est vrai que les jeux de mots me viennent assez naturellement et je dois parfois me raisonner pour ne pas en abuser ! Rassurez-vous, mon éditeur est toujours là pour me rappeler à l’ordre si les jeux de mots prennent le pas sur l’histoire…

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescent ?
Enfant, comme beaucoup de gens de ma génération, je n’ai guère lu que les auteurs « morts » des bibliothèques rose puis verte : d’abord Oui-oui, Le club des cinq d’Enid Blyton ; Les malheurs de Sophie, Le général Dourakine, Les mémoires d’un âne de la comtesse de Ségur. Puis les grands classiques : 20 000 lieues sous les mers, Le tour du monde en 80 jours et Michel Strogoff de Jules Verne, L’île au trésor de Robert Louis Stevenson, Ivanhoé de Walter Scott, Les trois mousquetaires, Le comte de Monte-Cristo d’Alexandre Dumas… Ah, Le comte de Monte-Cristo, je me rappelle que je n’arrivais plus à refermer le roman, je venais à table avec mon livre ; ça m’a fait ça aussi avec Le seigneur des anneaux de Tolkien, dans ma grande période « jeux de rôle » !
Plus tard, j’ai commencé à lire mes premiers romans policiers : Agatha Christie et surtout Maurice Leblanc – mon grand-père avait relié lui-même l’ensemble des aventures d’Arsène Lupin.
Et puis, bien sûr, je lisais de la BD. Là aussi, j’ai commencé par les classiques (Tintin, Astérix, Gaston, Boule et Bill) avant de me faire ma propre culture BD avec la BD historique (Les sept vies de l’épervier de Juillard et Cothias), fantastique (La quête de l’oiseau du temps de Loisel et Letendre), policière (Les aventures d’Adèle Blanc-sec de Jacques Tardi) et d’auteur (Enki Bilal, encore « lisible » à l’époque, Hugo Pratt…).

Avez-vous des influences ?
Pas facile d’évoquer ses influences ! D’ailleurs, je n’en suis pas forcément conscient…
J’ai des goûts très éclectiques – Tiens, impossible d’employer ce mot sans penser au sketch des Inconnus ! Je ne suis expert d’aucune période, d’aucun genre, d’aucune tradition littéraire, mais je lis de tout : de la littérature contemporaine, des classiques du XIXe siècle, du polar, de la BD ; de France ou d’ailleurs. Je vais aussi beaucoup au cinéma et au théâtre…
Tous ces livres, tous ces films, toutes ces pièces me nourrissent, c’est certain, mais je serais bien incapable de dire comment je les ai digérés et repris à mon compte dans mes propres livres.
Si je me focalise sur les jeux de mots, les jeux de lettres, j’ai été formé à l’école de Goscinny et de Franquin, puis de Devos, de Coluche et de Desproges, de Pierre Dac et de Bobby Lapointe ; et je voue une grande admiration à Perec.

Que lisez-vous en ce moment ?
Je lis – ou plutôt j’écoute car il s’agit d’un livre audio, lu par l’auteur – Au revoir, là-haut, de Pierre Lemaître, le Goncourt que je découvre avec un peu de retard…
La Première Guerre mondiale m’a déjà valu quelques chocs littéraires : Voyage au bout de la nuit de Céline, La route des Flandres de Claude Simon, sans parler de l’œuvre de Jacques Tardi. Ici, l’auteur parle plutôt de l’après-guerre car le récit commence à quelques jours de l’Armistice.
Que dire de ce livre, de cette lecture en cours ? Je ne suis pas critique littéraire… J’apprécie la restitution historique, le style très vivant de l’auteur, les personnages hauts en couleur…

Pouvez-vous nous dire quelques mots de vos prochains ouvrages ?
Je ne parlerai que des ouvrages à paraître l’année prochaine car mes autres projets, en cours d’écriture ou en attente d’éditeur, sont bien trop incertains pour être évoqués ici…
Je poursuis ma série Mes premières enquêtes chez Auzou avec trois nouveaux titres, toujours illustrés par Maud Riemann. Je suis très satisfait de cette collaboration à la fois sur le plan commercial – je n’ai jamais connu ce niveau de ventes dans d’autres maisons d’édition – et éditorial – je travaille en bonne intelligence avec mes éditrices. Le tome 6, Le passage secret, entraîne le lecteur dans une médiathèque et tourne autour des charades – chaque titre est dédié à un jeu de lettres (rébus, acrostiches, anagrammes…). Les titres suivants évoqueront respectivement un mystérieux message d’amour sur le plâtre d’une élève (tome 7) et la lettre d’une femme pirate à propos du trésor qu’elle a laissé à ses descendants (tome 8).
Je sors chez Flammarion un album sur le thème de la colère, fortement inspiré par les crises de mon fils quand il était petit. Il sera illustré, et j’en suis vraiment ravi, par Amandine Piu.
Et un autre album, documentaire cette fois, sur les pâtes aux éditions Ricochet, dans la collection Je sais ce que je mange. Pour ce livre, j’ai beaucoup donné de ma personne : pour m’emparer du thème, tel Robert de Niro dans Raging Bull, j’ai pris plusieurs kilos !

Bibliographie sélective :

  • Ali Blabla, roman illustré par Benoît Perroud, Didier Jeunesse (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • L’araignée est une fine mouche, roman illustré par Loïc Méhée, Nathan (2017)
  • Dragon cherche métier, roman illustré par Stéphane Nicolet, Nathan (2017)
  • La carotte se prend le chou, roman illustré par Éric Meurice (Nathan, 2016)
  • Le cachalot nage dans le potage, roman illustré par Jess Pauwels, Nathan (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Le hibou n’est pas manchot, roman illustré par Baptiste Amsallem, Nathan (2016).
  • Le génie de la bouteille de lait, roman illustré par Yves Calarnou, Bayard Jeunesse (2016)
  • Le rêve fou de l’éléphant, théâtre, Syros (2016).
  • Les réseaux sociaux, comment ça marche ? et toutes les questions que tu te poses pour rester connecté !,documentaire illustré par Halfbob, Fleurus (2016).
  • Fantastique corps humain, documentaire illustré par Aurex Verdon, Gallimard Jeunesse (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Inspecteur Londubec, la cigogne marche sur des œufs, BD dessinée par Stéphane Nicolet, Éditions du Long Bec (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Qui veut le cœur d’Artie show ?, roman illustré par Glen Chapron, Nathan (2014).
  • Hercule, attention travaux !, roman illustré par Robin, Nathan (2012), que nous avons chroniqué ici.

Retrouvez Emmanuel Trédez sur son site : http://emmanuel-tredez.fr.


Le coup de cœur et le coup de gueule de… Florence Hinckel

Régulièrement, une personnalité de l’édition jeunesse (auteur·trice, illustrateur·trice, éditeur·trice…) nous parle de deux choses qui lui tiennent à cœur. Une chose qui l’a touché·e, ému·e ou qui lui a tout simplement plu et sur laquelle il·elle veut mettre un coup de projecteur, et au contraire quelque chose qui l’a énervé·e. Cette semaine, c’est Florence Hinckel qui nous livre son coup de cœur et son coup de gueule.

Chère Mare aux mots,

Un coup de gueule, veux-tu ? Pas de problème, j’en ai hélas à peu près trois par jour, ces temps-ci. C’est un peu fatigant, mais ça fait du bien de les partager, donc merci pour cet appel du pied.

Mon coup de gueule du jour provient d’une vidéo (https://www.youtube.com/watch?v=EH70vjRo1OQ), dans une version tronquée, qui se met à tourner abondamment sur Facebook de façon systématique dès qu’une polémique sur le sexisme ordinaire est mis en lumière. Elle a été exhumée d’archives télévisées datant de 1981. Marguerite Yourcenar y parlait de la condition féminine.

La partie tronquée qui tourne sur fb est celle-ci : Marguerite Yourcenar y critiquait le modèle de la working-girl en vogue dans les années 80, tellement vanté dans les magazines féminins. Elle se moquait de ces femmes qui désiraient tellement égaler l’homme dans sa condition de travailleur aliéné, n’y gagnant qu’une vie creuse, tout en se raccrochant pourtant aux attributs de la femme-objet. Et elle reprochait aux féministes, celles qu’elle appelle les « féministes 100 % » de focaliser leur lutte sur ce combat.

Depuis plusieurs jours, cette vidéo, sortie de son contexte, croule sous les partages et les « likes », et est assortie de commentaires enthousiastes, le plus souvent de femmes elles-mêmes, certainement en quête de douceur et de sérénité, certainement fatiguées par tous les combats qu’on leur demande de mener, ou auxquels on les enjoint d’assister dans la grande jungle de notre société…  Ces commentaires disent tous peu ou prou : « oui cessons ce combat fatigant pour une égalité stupide et à la vue courte, oui faisons enfin le choix de la douceur, de la paix, de la compréhension et du soutien mutuel, oui ne perdons pas de vue les priorités de l’existence ». Ou encore : « enfin une femme intelligente, posée, et sans haine des hommes ! Enfin une femme qui y voit clair, et qui ne se contente pas de vouloir singer les hommes dans ce qu’ils ont de plus pitoyable ! »

Eh bien moi, même si j’ai la même envie de douceur et de paix, ces réactions m’ont beaucoup interrogée, pour deux raisons essentielles…

D’abord, aujourd’hui (près de 40 ans plus tard) le mythe de la working-girl est bel et bien tombé, on a tous compris que c’était loin d’être un idéal, et le féminisme même « 100 % », me semble-t-il, est bien loin de focaliser là-dessus, si tant est que ce fut jamais le cas. Marguerite Yourcenar disait pourtant elle-même dans cette vidéo : « On lutte en faveur des libertés qui auraient été très utiles il y a 50 ans, peut-être plus que des libertés qui seraient utiles au moment présent », alors je suis un tout petit peu effarée de voir toutes celles et tous ceux qui tombent dans le même piège près de 40 ans plus tard.

Ensuite Marguerite Yourcenar, issue de la grande bourgeoisie, a eu tendance il me semble, dans ce discours, à occulter la réalité sociale de toute une partie de la population.

Alors là, désolée, je vais être longue, mais vu la quantité de personnes, dont certaines que j’estime énormément, qui ont été prises au piège de cette vidéo, je veux être pédagogue…

Que dit en effet Marguerite Yourcenar de la condition des femmes obligées de travailler ? Je suis certaine qu’en 1981 elles étaient déjà nombreuses, mais aujourd’hui, la crise économique fait qu’elles le sont encore plus.

Je crois comme Marguerite Yourcenar qu’il ne faut jamais oublier de regarder le monde dans lequel nous vivons au moment présent, mais je crois en plus qu’il ne faut jamais oublier d’en scruter toutes les strates sociales. Or, quel est ce monde aujourd’hui, si on le regarde bien, et de cette façon-là ? C’est un monde où pour le même travail qu’un homme les femmes sont payées moins (par quel miracle pourraient-elles avoir le choix de travailler moins ?). Un monde où, pourtant, les temps partiels sont subis en grande partie par les mères isolées, bien plus nombreuses que les pères seuls. Un monde où un plafond de verre puissant empêche les femmes d’accéder à des postes aux responsabilités plus intéressantes (par quel autre miracle pourraient-elles bénéficier d’une vie moins creuse que les hommes ?).

Alors oui, peut-être qu’au début des années 80, ce que Marguerite Yourcenar a pressenti de façon aigue, c’est que le monde allait dans un sens dangereux, celui du travail élevé comme but ultime dans la vie, autant pour les hommes que pour les femmes. Elle avait sans doute raison de tirer la sonnette d’alarme, mais elle se trompait hélas d’ennemis, selon moi. Les ennemis d’une vie meilleure, ce n’étaient pas les féministes, c’étaient les politiques. Et la crise économique.

J’ignore ce que disaient réellement les féministes des années 80, mais aujourd’hui, je le sais. Et on ne peut pas y plaquer le raisonnement de Marguerite Yourcenar sans en dénaturer et en simplifier de façon méprisante le combat.

Car non, les féministes d’aujourd’hui ne se battent pas pour singer la même aliénation que les hommes. Non, elles ne prétendent pas que ces hommes ont une vie de rêve comparée à la leur. Non, elles ne souhaitent pas égaler les hommes à tout prix, jusqu’à l’absurdité, et non, elles ne les haïssent pas de vivre ce qu’elles ne peuvent vivre. Non, les féministes n’érigent pas le modèle masculin comme un modèle merveilleux à atteindre. Au contraire, elles aimeraient que les hommes se tuent moins au travail pour être plus souvent présents à la maison, ainsi plus proches des priorités de l’existence (qui incluent hélas les courses, le ménage, la cuisine et les cris des enfants… si l’on n’a pas d’employés de maison bien sûr). Comment cela serait-il possible si les femmes ne participent pas davantage à la vie de la cité pour en décharger les hommes aliénés par le travail ?

C’est l’équilibre entre une qualité de la vie socio-professionnelle, et une qualité de la vie privée, qui est à rechercher pour les deux sexes, sans cantonner l’un ici et l’autre là. C’est ce que finit par dire Marguerite Yourcenar à la fin de la vidéo, en tout cas de l’extrait qui circule, mais au terme d’une argumentation obsolète et d’après moi assez bancale (pour ne pas dire malhonnête, puisque l’exposé précédent ne peut logiquement pas aboutir à cette conclusion, et ne repose que sur un choix que très peu de femmes peuvent faire – et pourquoi n’évoque-telle pas le même choix pour les hommes qui le pourraient financièrement ?).

Certes, on cède au charme tranquille de Marguerite Yourcenar, qui parle bien et avec douceur, les yeux pétillants d’intelligence, qui prône le bonheur d’une vie équilibrée qui nous fait rêver… Elle nous berce, jusqu’à nous faire oublier qu’elle-même est écrivaine inscrite dans la vie de la cité, première femme à être admise à l’Académie française, visiblement gourmande d’apparitions télévisées telles que celle-ci, heureuse de parler et d’être écoutée.

Comment imaginer qu’elle aurait connu le bonheur au sein d’une vie moins compétitive certes, mais sans possibilité d’une si belle interaction avec le monde culturel et social ? Une vie plus dégagée de la pression de la performance, certes, mais sans liberté financière, et sans liberté de pouvoir quitter un homme qui ne lui aurait pas convenu ?

Sa vie étant un modèle féministe à lui seul, ses propos sonnent étrangement à mes oreilles, même s’ils étaient peut-être davantage d’actualité il y a 40 ans.

Mon coup de gueule est donc d’abord un message : s’il vous plaît, ne nous laissons pas bercer par de douces paroles apaisantes aux images d’Épinal si éloignées du réel, au final lénifiantes et mortellement dangereuses pour la crédibilité d’un combat si difficile et si complexe à mener que celui du féminisme.

Et s’il vous plaît, demandons-nous pourquoi ce passage précisément d’une vidéo vieille de près de 40 ans, dans un contexte différent d’aujourd’hui, forte du poids d’une intellectuelle reconnue, est régulièrement remise en lumière, à des moments choisis de tension, comme pour en éteindre le feu : par qui ? Pourquoi ? Pourquoi maintenant ? En bref, soyons plus critiques et plus conscients des intentions de chacun sur Facebook. Soyons surtout plus conscients de ce qui menace de nous endormir comme un soma…

Désolée d’avoir été aussi longue, chère Mare au mots, mais les pavés que j’ai envie de jeter sont bien lourds ces temps-ci, hélas…

Merci de me donner aussi la possibilité de faire connaître mon dernier coup de coeur. Il s’agit du roman Dans la forêt de Jen Hegland, publié aux éditions Gallmeister. S’il avait paru initialement en France, ce roman l’aurait peut-être été en « littérature jeunesse ». Publié en 1996 aux Etats-Unis où son succès fut éblouissant, aux dires de l’éditeur, il ne parait ici que cette année. Nell, 17 ans et sa soeur Eva, 18 ans, dans un contexte post-apocalyptique, choisissent de ne pas partir de chez elles. Au lieu d’un road-trip semblable à La Route de Cormac Mac Carthy nous avons donc un Nature Writing étreignant et sensuel. Et c’est superbe, prenant, envoûtant… C’est réaliste et saisissant. C’est beau et vivifiant. C’est une formidable ode à la vie. Ruez-vous sur ce roman !

Florence Hinckel est autrice.

Bibliographie sélective :

  • Le grand saut, roman, Nathan (2017).
  • Traces, roman, Syros (2016).
  • Super Vanessa et la crique aux fantômes, roman illustré par Caroline Ayrault, Sarbacane (2016).
  • U4 : Yannis, roman, Nathan/Syros (2015).
  • #Bleue, roman, Syros (2015).
  • Quatre filles et quatre garçons, roman, Talents Hauts (2014).
  • Hors de moi, roman, Talents Hauts (2014).
  • Chat va faire mal !, roman illustré par Joëlle Passeron, Nathan (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Vanilles et Chocolats, roman, Oskar (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Théa pour l’éternité, roman, Syros (2012).
  • L’été où je suis né, roman, Gallimard Jeunesse (2011)
  • Le chat Beauté, roman illustré par Joëlle Passeron, Nathan (2013), que nous avons chroniqué ici.

Le site de Florence Hinckel : http://florencehinckel.com.

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Les invité·e·s du mercredi : Frédéric Gauthier (La Pastèque) et Yaël Hassan

Par 20 septembre 2017 Les invités du mercredi

Vous le savez si vous suivez La mare aux mots, j’adore les éditions de La Pastèque. C’est, pour moi, l’une des maisons d’édition les plus intéressantes. La plupart de leurs ouvrages sont des bijoux. J’ai eu donc envie de poser quelques questions à l’un des éditeurs, Frédéric Gauthier. Ensuite, c’est l’autrice Yaël Hassan qui a accepté de venir nous livrer ses coup de cœur et coup de gueule ! Bon mercredi à vous.


L’interview du mercredi : Frédéric Gauthier (La Pastèque)

Comment sont nées les éditions de La Pastèque ?
La Pastèque a reçu ses lettres patentes en juillet 1998 et sa première publication, Spoutnik 1, a été publiée en décembre de la même année. Mise sur pied par Martin Brault et moi-même, la maison d’édition compte à ce jour, plus de 275 titres. C’est en écoutant une table ronde sur la bande dessinée québécoise au Salon du livre de Montréal en novembre 1997 que l’idée de fonder une maison d’édition nous est venue. Ce jour-là, nous avions eu droit au sempiternel constat pessimiste sur la BD québécoise. Nous avons eu alors envie de brasser la cage et d’insuffler un peu d’optimisme à cette morosité ambiante. Nous voulions prendre le pari que les Québécois, comme les francophones d’Europe, apprécieraient une bande dessinée plus personnelle, plus intimiste.
Le volet jeunesse est venu presque 15 ans plus tard, étant une évolution naturelle de travailler avec nos créateurs sur des projets jeunesse. Nous avons abordé cette évolution avec une approche libre et novatrice qui ne s’ancre pas dans des formats établis.

Quelle est la ligne éditoriale ?
Il est toujours complexe de définir une ligne éditoriale, mais il y a un choix esthétique fort qui met de l’avant des talents graphiques possédants des styles authentiques et variés qui possèdent une filiation stylistique. La force de notre ligne éditoriale se base avant tout sur la liberté créative qu’on laisse à nos auteurs et illustrateurs. Nous laissons les récits se déployer dans leur forme idéale sans contrainte de format, pagination ou autre nécessité technique. Ce qui permet aux auteurs d’aller très loin dans leur création et ça libère grandement les illustrateurs. Nous concevons aussi le livre, l’objet en collaboration avec les créateurs donnant au final un produit conceptuel qui transpose entièrement la vision de ceux-ci. Au niveau des récits, dans la fiction nous cherchons des voix fortes, uniques qui témoignent du monde dans lequel on vit et qui s’éloigne des formules préconçues. La Pastèque mise aussi beaucoup sur la prise de risque pour faire évoluer sa ligne éditoriale. Nous n’avons pas peur de nous aventurer dans des projets hors norme, ce qui aide à pousser la recherche et développer son lectorat.
Aussi comme nous venons de l’école du roman graphique, notre approche à l’album est totalement décomplexée au niveau de la forme, de la longueur. On préfère que le lecteur puisse entrer dans l’univers visuel et narratif, ce qui implique une plus longue forme. Ce qui est naturel chez nous.

Vous êtes québécois, mais très présents en France. Que représente la France pour vous ?
La France a toujours été pour nous un marché aussi important que le Québec. Vital à nos débuts, ce marché reste encore à développer et nous pensons que la qualité de nos titres peut encore rejoindre un plus grand lectorat en France. Depuis 2-3 ans, nos titres sont sélectionnés pour des prix et des sélections prestigieuses ce qui nous aide à mieux faire voir ces livres et ces auteurs talentueux. De plus, nous travaillons avec plusieurs auteurs et illustrateurs français ce qui donne à notre catalogue une perception francophone forte et encore ici permet de solidifier les bases en France et partout en Europe.

Vos livres sortent ici exactement de la même façon qu’au Québec ou y a-t-il une adaptation ?
Il n’y a aucune adaptation, ce sont les mêmes livres. Disons qu’on pense à un marché global francophone quand on travaille aux livres, mais on laisse les auteurs et leurs styles personnels s’exprimer librement.

Combien de personnes travaillent pour les éditions de La Pastèque et quels sont leurs postes ?

Nous sommes une équipe de 6 personnes :

  • Frédéric Gauthier, moi-même, – co-fondateur, éditeur, responsable des droits, des relations de presse et de l’administration
  • Martin Brault – co-fondateur, éditeur et responsable de la production
  • Marie-Soleil Granger – directrice commerciale
  • Séraphine Manu – éditrice jeunesse
  • Fabien Longval – coordination et administration
  • Élisabeth Tielemans – responsable de la France, Belgique et Suisse

Dites-nous quelques mots sur le projet Tout garni
Avec le projet Tout garni nous voulions expérimenter les formes narratives natives numériques. Sans avoir rayé totalement le développement numérique de nos livres, la faiblesse du marché nous force à revoir nos stratégies numériques. On a eu l’opportunité de présenter ce projet pour obtenir des fonds de recherche et développement et on a donc imaginé un projet qui se déploie un peu à l’image des calendriers de l’avent, soit un projet par mois sur une année complète. Ces 12 projets sont liés par une trame narrative créée par André Marois et sont imaginés visuellement et technologiquement par 12 illustrateurs/trices différents. Ils ont donc le loisir d’imaginer l’axe numérique de leur choix sans restrictions et sont jumelés à une entreprise spécialisée qui a les compétences technologiques et créatives de les accompagner. On a donc eu des projets en « scroll », un jeu en ligne, un projet en réalité virtuelle, un jeu interactif avec téléphone intelligent, bref on n’est aucunement limité. Au final, le récit rocambolesque de ce livreur de pizza se terminera en décembre. Nous avons pu expérimenter durant toute l’année et mieux définir les possibilités pour la suite de ce développement, la mise en marché de telles idées et la mise en réseau de divers partenariats.

Pouvez-vous nous parler de votre parcours personnel ?
Suite à des études en cinéma, outre le travail en librairie, j’ai aussi travaillé dans le monde du multimédia et de la publicité, travaillant pour Sid Lee dirigeant un projet de création pendant 3 années. J’ai ensuite été développer le projet Foodlab à la Société des arts technologiques de Montréal pendant 3 années avant de finalement être à temps plein sur La Pastèque.

Quelles étaient vos lectures d’enfant/d’adolescent ?
Mes lectures de jeunesse étaient les classiques franco-belges de dessinée et plus tard une grande partie de l’héritage du magazine À suivre avec une affection particulière pour Alberto Breccia. J’ai également lu beaucoup de littérature jeunesse québécoise comme la série classique des Raisins de Raymond Plante.

Parlez-nous des prochaines sorties.
Cet automne sera riche et varié ! Nous sommes heureux de publier un album jeunesse de Kerascoët, Paul et Antoinette, qui sera mis à l’honneur au SLPJ [NDLR : Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil] cette année. C’est un album simple et rigolo sur un frère et une sœur que tout oppose ou presque…
Nous avons aussi un album fort d’India Desjardins, Une histoire de cancer qui finit bien : ce livre est particulièrement touchant, car c’est une jeune fille atteinte de cette maladie qui lui a demandé d’écrire une histoire positive à ce sujet.
Nous publions aussi, dans le cadre de notre nouvelle collection de documentaire graphique, un album époustouflant : Les poissons électriques ! Dans la lignée d’En voiture ! de Pascal Blanchet.
Enfin un autre de nos albums chouchous est Le brouillard de Kenard pak et Kyo Maclear, une fable sur l’écologie et les changements climatiques mais aussi sur l’importance de regarder l’autre, illustrée avec une grande délicatesse.

Parmi les titres sortis chez La Pastèque :

  • L’oiseau de Colette, d’Isabelle Arsenault (2017).
  • La milléclat dorée, de Benjamin Flouw (2017).
  • Mon cœur pédale, Simon Boulerice et Émilie Leduc (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • En voiture, de Pascal Blanchet (2017).
  • Les Liszt, de Kyo Maclear et Júlia Sardà (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Écrit et dessiné par Enriqueta, de Liniers (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Azadah, de Jacques Goldstyn (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Louis parmi les spectres, de Fanny Britt et Isabelle Arsenault (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Une berceuse de chiffons, d’Amy Novesky et Isabelle Arsenault (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • La petite patrie, de Julie Rocheteau et Normand Grégoire (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Le facteur de l’espace, de Guillaume Perreault (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Série Paul, de Michel Rabagliati (2000-2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Les affreux chandails de Lester, de K.G. Campbell (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Série Macanudo, de Liniers (traduit par Jean-Paul Partensky) (2008-2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Fourchon, de Kyo Maclear et Isabelle Arsenault (2011), que nous avons chroniqué ici.

Le site des éditions de La Pastèque : http://www.lapasteque.com.


Le coup de cœur et le coup de gueule de… Yaël Hassan

Régulièrement, une personnalité de l’édition jeunesse (auteur.trice, illustrateur.trice, éditeur.trice…) nous parle de deux choses qui lui tiennent à cœur. Une chose qui l’a touché.e, ému.e ou qui lui a tout simplement plu et sur laquelle il.elle veut mettre un coup de projecteur, et au contraire quelque chose qui l’a énervé.e. Cette semaine, c’est Yaël Hassan qui nous livre son coup de cœur et son coup de gueule.

Coup de gueule…

Pendant toute une période de ma vie, l’été était synonyme de soleil, plage, baignades, bronzage, chaleur, torpeur, farniente, coquillages et crustacés, d’itsi bitsi petits bikinis, robes minis et fleuries, paysages, voyages, douceur de vivre… Un chapelet de mots aussi prometteurs qu’anodins qui vous parlaient de vacances, de détente les doigts de pieds en éventail et un bon livre dans les mains !
Mais ça, c’était avant…
Il est fini le temps où, sur la plage, on ne portait plus rien ou pas grand-chose. Couvrez-moi ce nombril que je ne saurais voir ! La tendance serait de renvoyer les femmes à leurs étoffes et autres voiles dont elles ont mis tant de temps à se dépêtrer et, nos étés, sont devenus meurtriers.

Nice, Barcelone, attentats, insécurité, danger, policiers, militaires, état d’urgence, terrorisme, islamisme, djihadisme, obscurantisme, barbarisme, ces mots-là, ceux en isme, sont bien moins chaleureux, bien moins sympathiques. Dorénavant nos étés sont jalonnés de commémorations, de larmes, de drames, de concerts en hommage aux victimes…
Alors, mieux qu’un coup de gueule, c’est un coup de poing dans la gueule qu’on aimerait assener à tous ces fanatiques qui nous empêchent de bronzer en paix ! Non, mais !

Coup de cœur…

J’aime le mois de septembre.
Non, pas parce qu’il est celui de la rentrée des classes, pour moi, ce temps-là, est si loin déjà… Mais parce qu’il est prometteur. Il est celui du livre que je suis en train d’écrire, de celui qui est sur le point de sortir, de ceux, nombreux, que je vais découvrir sur les étals des librairies, des auteurs aimés que je vais retrouver, de ceux dont je ferai la connaissance, des livres que j’adorerai et ceux que je délaisserai.
La rentrée littéraire en sonnant certes le glas des vacances estivales n’en est pas moins annonciatrice de délices futurs que je dégusterai sans modération lors des soirées pluvieuses d’automne et celles glacées de l’hiver.
Contre le fanatisme, contre les extrémismes, il n’existe pas de meilleure arme que les livres, le savoir, l’éducation. Et c’est en cela que les Littératures (jeunesse et vieillesse) sont si grandes !

Yaël Hassan est autrice.

Bibliographie sélective :

  • Un roman d’aventures (ou presque), Syros (2017).
  • La révolte des moins-que-rien, Les éditions du mercredi (2017).
  • Achille, fils unique, Nathan (2016).
  • C’est l’histoire d’un grain de sable, illustré par Manuela Ferry, éditions du pourquoi pas ? (2016).
  • Quatre de cœur, co-écrit avec Matt7ieu Radenac, Syros (2016).
  • Perdus de vue, co-écrit avec Rachel Hausfater, Flammarion Jeunesse (2016).
  • L’usine, Syros (2015).
  • J’ai fui l’Allemagne nazie, Gallimard Jeunesse (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Les demoiselles des Hauts-Vents, Magnard Jeunesse (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • L’heure des mamans, illustré par Sophie Rastégar, Utopique (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • La fille qui n’aimait pas les fins, coécrit avec Matt7ieu Radenac, Syros (2013).
  • Défi d’enfer, roman illustré par Colonel Moutarde (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Rue Stendhal, Casterman (2011).
  • Momo, petit prince des Bleuets, Syros (1998).
  • Un Grand-père tombé du ciel, Casterman (1997).

Le site de Yaël Hassan : http://minisites-charte.fr/yael-hassan.

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Les invité.e.s du mercredi : Pauline de Tarragon et Fanny Joly

Par 14 juin 2017 Les invités du mercredi

Pauline de Tarragon vient de sortir Le cri de Zabou aux éditions L’étagère du bas, j’ai beaucoup aimé ce premier album et j’ai eu envie de savoir qui était l’autrice qui se cachait derrière. Ensuite, c’est une autre autrice, Fanny Joly, qui a accepté de venir nous livrer ses coup de cœur et coup de gueule ! Bon mercredi à vous.


L’interview du mercredi : Pauline de Tarragon

Parlez-nous de votre parcours d’autrice-illustratrice jusqu’à la parution de votre album Le cri de Zabou
Depuis que je suis enfant, je dessine et je raconte des histoires autour de moi. J’ai toujours fait des études artistiques et dès que j’ai eu l’occasion d’en faire mon métier, j’ai saisi ma chance. J’ai rencontré Delphine [NDLR Monteil] de L’Étagère du bas lorsque j’étais en première année d’illustration à l’école Estienne et nous sommes parties d’un petit fanzine que j’avais fait en 30 minutes pour le transformer en bel album un an après. 🙂

Pouvez-vous nous parler de cet album, ce dont il parle, comment il est né ?
Cet album est né d’un fanzine écrit et illustré en 30 minutes un jour de classe. Il raconte l’histoire d’un petit garçon toujours énervé qui va se faire soigner par sa maman magicienne. C’est grâce à la musique que sa vie va totalement changer pour devenir plus rose. Un peu comme moi en fait.

Comment s’est passée la collaboration avec la toute jeune maison d’édition L’étagère du bas ?
Tout s’est passé facilement et rapidement ! J’avais beaucoup de liberté mais Delphine était là pour me donner des conseils et m’aider à prendre des décisions importantes.

Vous n’êtes pas seulement autrice-illustratrice, vous êtes aussi chanteuse ! Vous pouvez nous en dire quelques mots ?
Oui ! Ce sont deux passions qui se marient bien. Parfois, c’est épuisant de faire les deux mais à la fin, c’est tout de même très enrichissant ! Que ce soit sur scène, à l’école ou avec les enfants, je m’amuse et j’apprends des choses différentes chaque jour.

Avez-vous envie, un jour, de mixer les deux et de faire un livre-CD pour enfants ?
Évidemment ! Mais peut-être qu’il sera possible de créer un objet livre associé à un écran plutôt qu’à un CD. Enfin je ne suis pas encore sûre du support mais je sais que c’est une idée que j’ai toujours voulu explorer.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Comme tout le monde j’ai été marquée par Le Petit Prince, La Princesse au petit pois, Le Journal du chat assassin, j’ai aussi adoré Ne m’appelez plus jamais mon petit lapin de Solotareff, Arc-en-ciel le plus beau poisson des océans de Pfister, tous les Martine, les Juliette aussi ! Bonjour Tristesse de Françoise Sagan…

Quel.le.s sont, aujourd’hui, les auteurs.trices/illustrateurs.trices qui vous touchent particulièrement ?
J’aime beaucoup les travaux de Jean Julien et Hervé Tullet, simples et ingénieux. Depuis que je suis petite, je suis le travail de Taro Gomi aussi.
Récemment j’ai découvert Kazue Takahashi et Sato Kanae !

Quels sont vos projets ?
J’ai pour projet de sortir mon premier album avec Pi Ja Ma [NDLR son groupe de musique] et puis le tome 2 de Zabou 😉

Le blog de Pauline de Tarragon : http://paulinedetarragon.tumblr.com.


Le coup de cœur et le coup de gueule de… Fanny Joly

Régulièrement, une personnalité de l’édition jeunesse (auteur.trice, illustrateur.trice, éditeur.trice…) nous parle de deux choses qui lui tiennent à cœur. Une chose qui l’a touché.e, ému.e ou qui lui a tout simplement plu et sur laquelle il.elle veut mettre un coup de projecteur, et au contraire quelque chose qui l’a énervé.e. Cette semaine, c’est Fanny Joly qui nous livre son coup de cœur et son coup de gueule.

Chère Mare, chers Mots

Vous me demandez un coup de gueule. Un seul !? Bon allez je vous livre (!) celui du jour.
Ou plutôt d’hier… Figurez-vous que j’ai rencontré une école du 94. Matin dans le gymnase, tout le monde assis par terre, on a lu-questionnu-répondu-tous-âges-confondus comme j’adore.

Après-midi : ateliers d’écriture des CM, classe par classe. Dans l’une d’elles, les élèves ont choisi leur thème : écrire une suite à ALERTE AUX CHOUQUETTES. Un de mes romans. Paru il y a 20 ans. Fierté pour moi. Et vague inquiétude, comment travaille-t-on autour d’un livre épuisé ? Logique : en photocopiant les 2 exemplaires en lambeaux de la bibliothèque scolaire.

1, 2, 3 c’est parti pour la GUEULANTE. Que j’ai photographiée à chaud (ci joint).

Pourquoi se plaindre du PHOTOPILLAGE si les livres sont épuisés ?
Les éditeurs seraient-ils des pousse-au-crime, des pompiers-pyromanes ?

J’ai écrit et publié environ 400 livres. C’est beaucoup, je sais. Mais rassurez-vous : à peine 100 d’entre eux sont actuellement DISPOS. Le reste : é-pui-sé. Et encore, je m’en sors bien, je suis un auteur qui marche. Plusieurs confrères/soeurs ne peuvent plus faire de rencontres, faute de livres disponibles. Double peine. Multiple peine. Tous les bibliothécaires, enseignants, organisateurs et autres passeurs de passion que je rencontre, s’en plaignent.

12 000 nouveautés en littérature jeunesse en 2016. Ça fait rouler les camions et les euros des actionnaires. Du moins on l’espère pour eux (rire jaune). Parce que pour nous, soutiers de la création-transmission, ça provoque des méga-dégâts.

Les étagères ne sont pas élastiques. La créativité non plus.
Pour survivre, les créateurs doivent produire des nouveautés-tés-tés sans relâche.
Dont ils ne verront (pour la plupart) jamais un sou de Droits d’Auteurs vu que les nouveautés en question ne survivront pas au 1er tirage. Fuite en avant. Clones à gogo. Assèchement des imaginations. Façon sols dopés d’engrais.

APPEL AU PEUPLE (?) DES ÉDITEURS. Faites votre boulot. Gardez plus de livres jeunesse dispos. Pas TOUS. Mais PLUS. Les enfants se renouvellent sans cesse. Notre monde zappe à chaque instant. Les livres sont la continuité. Vous êtes leurs accoucheurs, leurs nounous, leurs médecins. Cessez d’être leurs fossoyeurs !

On se calme. Respire par le nez, Fanny. 1, 2, 3 c’est parti pour le coup de cœur. Un seul !?! Bon allez je vous livre celui du jour. Ou plutôt d’avant-hier. Un fabuleux film. Si vous ne l’avez pas vu, courez-y vite, bande de veinards. Ça s’appelle À VOIX HAUTE. Un bijou. Documentaire de 78 minutes et de Stéphane De Freitas + Ladj Ly. Ou comment 30 étudiants de l’Université de St-Denis se préparent au concours Eloquentia, meilleur orateur du 93…

Fanny Joly est autrice.

Bibliographie sélective :

  • Vingt cœurs, album illustré par Christine Davenier, Les éditions Clochette (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Les frisettes de Mademoiselle Henriette, roman illustré par Ariane Delrieu, Hachette Jeunesse (2017).
  • Fleur la terreur, roman, Pocket Jeunesse (2017).
  • Cucu la praline est en pleine forme, CD, Gallimard Jeunesse (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Superminouche, livre-CD illustré par Caroline Hüe, Gallimard Jeunesse (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Cucu la praline gagne le gros lot, roman illustré par Ronan Badel, Gallimard Jeunesse (2016).
  • Rendez-moi mes totottes, album illustré par Fred Benaglia, Gallimard Jeunesse (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Cucu la praline, CD, Gallimard Jeunesse (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Tous en scène, 12 sketchs pour apprentis comédiens, Le livre de Poche (2015).
  • Cucu la praline mène la danse, roman illustré par Ronan Badel, Gallimard Jeunesse (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Embrouille en Bretagne, album illustré par Laurent Audouin, Sarbacane (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Cucu la praline met son grain de sel, roman illustré par Ronan Badel, Gallimard Jeunesse (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Qui a piqué le courrier des élèves ?, roman co-écrit avec Nicolas de Hirsching, Casterman (2013).
  • Cucu la praline se déchaîne, roman illustré par Ronan Badel, Gallimard Jeunesse (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Gudule a un bébé, roman illustré par Roser Capdevila, Hachette Jeunesse (2013).
  • Qué calor à Barcelone !, album illustré par Laurent Audouin, Sarbacane (2010).
  • Suzie & Godefroy ALLO 1313 ?, album co-écrit avec Dominique Joly, illustré par Laurent Audouin, Sarbacane, (2009).
  • Collection La fée baguette, illustrée par Marianne Barcilon, Lito (2006-2015).
  • Drôles de contrôles, roman illustré par Roser Capdevila, Bayard Poche (2003).

Son site : http://fannyjoly.com.

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Les invité.e.s du mercredi : Kinga Wyrzykowska et Magdalena

Par 24 mai 2017 Les invités du mercredi

J’ai eu un véritable coup de cœur pour De nos propres ailes, j’ai eu envie d’en savoir plus sur son autrice, Kinga Wyrzykowska. Elle a accepté de répondre à mes questions. Ensuite, c’est l’autrice Magdalena qui a accepté de venir nous livrer ses coup de cœur et coup de gueule ! Bon mercredi à vous.


L’interview du mercredi : Kinga Wyrzykowska

Pouvez-vous nous présenter De nos propres ailes, votre dernier roman ?
C’est un roman choral qui raconte les bouleversements, métamorphoses, réajustements, adaptations de sept filles qui font partie d’une même équipe de volley, et qui vont être confrontées, pour les besoins de leur amitié, du sport, d’une certaine idée de justice aussi, à la nécessité de réunir, ensemble, de l’argent. Or, la cagnotte qu’elles mettent en place va révéler les différences entre elles, les violences ou les mensonges qui les habitent, tous les malaises avec lesquels elles ont su composer jusque là. Mais ce n’est pas encore là qu’est le vrai drame, ou le tournant du livre : tout explose quand leur « récolte » disparaît.

Ce qui m’a marqué dans ce roman, c’est le fait que ça sonne juste, tant dans la façon de parler que dans la vie des personnages, vous êtes-vous inspirée de gens que vous connaissiez ?
D’abord merci !
Quand quelqu’un parle, sa manière particulière de dire les choses — son accent, son vocabulaire, etc. – tout ce qui constitue sa petite musique personnelle – vient se graver dans mon disque dur interne, et même parfois l’envahir de manière oppressante. Les autres –ceux que je côtoie ou que je croise, que j’entends à la radio, dans les films, partout – finissent par bavasser, gloser, tchatcher et se disputer en moi. C’en devient cacophonique. On ne s’entend plus là-dedans. Alors, pour ma propre santé mentale, il faut que ces voix s’évacuent d’une manière ou d’une autre. L’écriture est un désengorgement : dans De Nos Propres Ailes, j’ai laissé s’écouler les langues de mon adolescence, celles, bigarrées, de mes copines de Créteil où j’ai grandi mais aussi des timbres plus littéraires, qui seraient comme les « basses » de mon texte et qui m’inspirent « par en dessous ». Je pense à Rage Noire de Jim Thompson notamment que j’ai relu pour De Nos Propres Ailes car je cherchais le rythme de la colère. Enfin, je me suis rechargée aussi en langages plus contemporains en espionnant des utilisateurs sur Periscope, YouTube, etc. Internet est un puits sans fond de jacasseries.

Parlez-nous de votre parcours
Mon parcours est celui d’une immigrée qui a eu beaucoup de chance, avec un milieu familial pour lequel les études et la culture constituaient la seule ligne d’horizon envisageable ; et avec une expérience de l’école publique très heureuse et très variée : j’ai changé une dizaine de fois d’établissement au cours de ma scolarité. Mes pérégrinations géographiques et scolaires m’ont fait passer de banlieue en banlieue (le 93 puis le 94 et le 92) où j’ai des super souvenirs de profs, jusqu’à Paris en terminale et prépa littéraire dans des graaaaands lycées. Après, le roman de la méritocratie continue avec l’École Normale Supérieure, l’agrégation et tout le tralala. Sauf que c’est aussi là qu’il s’arrête parce qu’au moment où je devais commencer à enseigner je me lance tous azimuts dans le théâtre (en mise scène et dramaturgie), la traduction, le film documentaire… pour finir, un jour, par m’avouer, que ce que je rêve de faire c’est d’écrire de la fiction. Et là, c’est une autre histoire qui commence avec Memor, le monde d’après.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Très classiques. Enfant, j’adorais Roald Dahl mais aussi la Comtesse de Ségur, surtout une collection toute rose fuchsia avec des couvertures qui ressemblaient à des images religieuses. Premiers sanglots de lectrice en terminant Mon bel Oranger de Jose Mauro de Vasconcelos en CM2. Puis, au collège, Zola et Zweig (j’aime les noms qui commencent par les dernières lettres de l’alphabet) sont une révélation. Au lycée, je suis révoltée, un peu snob et je me veux poète, je ne jure que par ceux qui sombrent dans l’[o] : Rimbaud, Michaux, Artaud.

Que lisez-vous en ce moment ?
Je suis marraine d’un prix (le Prix Cultura que Memor a remporté en 2015) et donc je lis beaucoup de romans jeunesse et ados pile en ce moment : on délibère de la sélection fin juin. Dans ce cadre, je viens de terminer les Confessions d’un ami imaginaire de Michelle Cuevas.
Sinon, je me remets à peine d’Article 353 du Code Pénal de Tanguy Viel, grandiose. Et je picore avec délectation dans les Brefs Entretiens avec des hommes hideux de David Foster Wallace.

Quels sont vos projets ?
Je travaille depuis un an sur un roman pas jeunesse (donc vieillesse ? Peut-être…). Une histoire de famille, d’ennui et de paranoïa.

Bibliographie :

  • De nos propres ailes, roman, Bayard (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Memor : le monde d’après, roman, Bayard (2015).


Le coup de cœur et le coup de gueule de… Magdalena

Régulièrement, une personnalité de l’édition jeunesse (auteur.trice, illustrateur.trice, éditeur.trice…) nous parle de deux choses qui lui tiennent à cœur. Une chose qui l’a touché.e, ému.e ou qui lui a tout simplement plu et sur laquelle il.elle veut mettre un coup de projecteur, et au contraire quelque chose qui l’a énervé.e. Cette semaine, c’est Magdalena qui nous livre son coup de cœur et son coup de gueule.

Coup de gueule / coup de cœur

J’ai des coups de gueule introvertis.
En réalité je gueule comme une folle dans ma tête mais personne ne m’entend.
Je gueule et je me prends la tête surtout la nuit, quand tout est endormi et que je fais défiler mes pensées.
Parfois, pour ne pas dire souvent, je fixe sur un truc et c’est fichu.

La liste des trucs qui déclenchent mes insomnies coups de gueule, ça peut aller du futile, au grave comme à l’intolérable :

Les propos homophobes, qu’ils soient dits avec ironie ou méchanceté, par des vieux ou par des jeunes, qu’importe, cela me hérisse le cœur et les poils des avant-bras !

Le crétin qui me double pour me piquer la place de parking, parce qu’il est un mal éduqué civique et que je regrette de ne pas être ceinture noire de Karaté pour le défoncer, quand une fois garé, il descendra de son auto.

Les vendeuses qui me collent et qui veulent me faire rentrer dans deux tailles en dessous ou deux tailles au-dessus avec le même aplomb, pourvu qu’elles vendent n’importe quoi à n’importe qui. Alors que je n’ai même pas sollicité leur avis, elles insistent avec leur : essayez c’est fait pour vous ! C’est parfait ! et autres inepties. Je les déteste.

Les cathos, et leur culpabilité qui ne les empêche même pas de tenir des propos racistes à voix haute sans aucune gêne comme s’il était d’évidence que nous pensions comme eux.
Et les propos racistes de tous ceux qui en tiennent et qui nous les agitent sous le nez comme si de rien n’était.

Les sans riens que je croise dans la rue avec la honte de ne rien faire de plus pour eux

Les ascenseurs qui toussotent entre deux étages avant d’éternuer enfin l’ouverture de la porte alors que je suis hyper claustrophobe.

Et le pire des pires : Les « sans riens » que je croise dans la rue avec la honte de ne rien faire de plus pour eux et là le coup de gueule je l’ai contre moi et c’est toujours le plus douloureux !

La liste pourrait être rallongée mais j’ai j’en garde pour une autre fois.

J’arrête et je vais passer à mes coups de cœur, qui sont tout aussi silencieux que mes coups de gueule.

C’est sans doute pour cela que j’écris.

La découverte des illustrations d’un de mes textes, c’est toujours une première fois, et j’ai toujours un pincement au cœur…

Le pain frotté à la tomate avec de l’huile d’olive et du jambon cru.

Les cerises, celles de Céret en particulier.

Mon dernier coup cœur au cinéma LALALAND m’en fiche qu’on se moque de moi, j’ai acheté la B.O. et je danse dans mon salon en l’écoutant quand il n’y a pas de soleil, ça me remonte le moral.

Mes coups cœurs ont des couleurs de grenadine, et de ciel bleu ils suivent mes humeurs et la météo.
Ils ont gardé un goût d’enfance alors ils sont nombreux et ont tendance à se multiplier à partir du printemps. En hiver ils hibernent, sauf quand j’ai la chance d’être réveillée par un album ou par un tableau dans une expo.

Sur ce motus et bouche cousue !

magdalenaMagdalena est autrice.

Bibliographie sélective :

  • Les monstres de la nuit, album illustré par Christine Davenier, Père Castor (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Dans le noir de la nuit, album illustré par Christine Davenier, Père Castor (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Série Je suis en CE1, romans première lecture illustrés par divers.es illustrateurs.trices, Père Castor (2015-2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Série Les contes du CP, romans première lecture illustrés par divers.es illustrateurs.trices (2014-2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Louna et la chambre bleue, album illustré par Christine Davenier, Kaléidoscope (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • La princesse Tralala. Une histoire qui joue avec les voyelles, album illustré par Gwen Keraval, Père Castor (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Pipi Caca Popot, album illustré par Claire Frossard, Père Castor (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • La petite fille du tableau, album illustré par Elsa Huet, Kaléidoscope (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • Série Je suis en CP, romans première lecture illustrés par divers.es illustrateurs.trices, Père Castor (2011-2017), que nous avons chroniqué ici.
  • La princesse rosebonbon, album illustré par Éléonore Thuillier, Kaléidoscope (2010).
  • Série Bali, albums illustrés par Laurent Richard, Père Castor (2009-2015), que nous avons chroniqué ici.
  • 24 petites souris vont à l’école, album illustré par Nadia Bouchama, Père Castor (2004), que nous avons chroniqué ici.
  • La princesse Tambouille, album illustré par Marianne Barcillon, Kaléidoscope (2003).
  • La semaine de souris chérie, album illustré par Maïté Laboudigue, Kaléidoscope (2001).

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