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Le coup de cœur et le coup de gueule de

Les invité.e.s du mercredi : Morgane de Cadier, Florian Pigé et Marine Carteron

Par 26 avril 2017 Les invités du mercredi

Aujourd’hui c’est un savoureux duo qui répond à nos questions : Morgane de Cadier et Florian Pigé. On découvre ensuite le coup de cœur et le coup de gueule de Marine Carteron, qui nous a notamment régalés avec sa trilogie des Autodafeurs ! Bon mercredi !


L’interview du mercredi : Morgane de Cadier et Florian Pigé

Parlez-nous de votre dernier album, Chut ! sorti aux éditions HongFei Cultures.
Florian : Le texte est né d’une idée de Morgane, un lapin ronchon qui n’aime rien. Comme pour tous nos livres, nous avons enrichi cette histoire en sirotant une Piña Colada. L’idée des cabanes haut-perchées, du voisin, de l’oiseau, sont venues au bout de quelques verres. (Rires)
Au début, l’oiseau géant devait juste emporter les protagonistes au loin, mais on a trouvé ça plus intéressant de faire grossir l’oiseau, comme une métaphore de la haine de Monsieur Franklin.
Morgane : Je tenais aussi énormément à ce que l’on reste dans le même décor, à ce que l’on ne quitte pas ces deux cabanes et leurs petits habitants. Au final, c’est un livre qui parle de solidarité et d’ouverture au monde sans avoir à s’aventurer très loin.
Je pense que c’est un des albums dont on est le plus fier. On a tous les deux beaucoup évolué en le réalisant.

Quelques mots sur votre parcours ?
Florian : Quand vous dites parcours j’ai l’impression d’avoir 150 ans et des années d’expérience derrière moi. Au final, on est assez « jeunes » dans le milieu de l’édition.
Morgane : J’ai commencé mon « parcours » à l’École Émile Cohl, tout de suite après le bac. Je voulais faire du dessin animé, mais j’ai vite compris que c’était long (et un peu chiant), du coup je me suis dit que j’allais plutôt faire de l’illustration. C’est là-bas que j’ai rencontré Florian, à une soirée entre étudiants.
Au final, j’ai arrêté Émile Cohl en cours de route. L’année suivante, je me suis mise à écrire avec Florian et à travailler sur Tout là-haut (notre premier album). Maintenant, j’ai repris des études en Concept Art à l’École Bellecour, tout en continuant à écrire. Pour tout dire, je dois passer mon diplôme à la fin de l’année.
Florian : Comme tous les illustrateurs, j’ai commencé par un IUT de gestion après le bac. (Rires) Après mon diplôme, j’ai directement enchainé avec l’École Émile Cohl à Lyon. Je ne me voyais pas faire un métier sans création, j’y ai passé quatre années géniales. La quasi-totalité de mes potes sont des ressortissants de l’école.
À Cohl, je ne me voyais pas du tout faire de la jeunesse, j’avais plutôt envie de faire de la BD sombre en noir et blanc. Ce sont les professeurs en dernière année qui m’ont poussé dans cette direction.
Une fois diplômé, j’ai commencé à travailler sur Tout-là haut avec Morgane. Notre complicité était déjà évidente avant, on a le même sens de l’humour, les mêmes goûts et cela nous aide beaucoup à travailler ensemble.

Comment se passe votre collaboration ? Morgane, vous qui êtes aussi illustratrice, intervenez-vous sur le travail de Florian ? (qui décide, par exemple, de l’espèce à laquelle appartiendront les personnages, ou le type de décors ?)
Morgane : Comme on travaille souvent ensemble et qu’on se demande régulièrement notre avis, on finit forcément par s’influencer l’un l’autre. Mais c’est davantage de l’ordre du conseil que de l’intervention. Et puis comme on parle tout le temps de nos différents projets (au restaurant, en voiture, jusque sur la plage), on en arrive à construire nos idées ensemble.
Florian : Pour les espèces d’animaux, c’est assez logique au final. Par exemple, pour Une île sous la pluie il nous fallait des habitants qui n’aiment pas l’eau alors on a évidemment pensé aux chats.
Il arrive aussi que ce soit arbitraire, comme pour Monsieur Franklin dans Chut !
Morgane : Ayant un gout prononcé pour le minimalisme, si Florian m’écoutait, la moitié de nos livres se passeraient sur fond blanc, sans décors ou dans la neige. (Rires)
Florian : Les décors et les cadrages sont des éléments très importants pour moi. Dans Chut ! le décor comme le cadrage sont porteurs de sens. Ils opposent directement les deux personnages, notamment par la séparation de la page.

Vos albums évoquent souvent l’ouverture à l’autre, au monde, est-ce un thème cher à vos yeux ?
Morgane : Pour tout dire, on ne pense jamais vraiment au sous-texte de nos albums. Je n’essaye pas d’inclure une morale ou un message dans mes textes. Cela dit, je suis toujours très touchée quand on me le fait remarquer. Ce sont des thèmes qui me semblent importants, surtout par les temps qui courent. Et je suis flattée de pouvoir faire passer ces valeurs aux lecteurs, même si ce n’était pas intentionnel au départ.

Florian, pourriez-vous nous parler de vos/votre technique(s) d’illustration ?
Florian : Je pars toujours d’un croquis sur feuille, je le scanne et j’ajoute des couleurs et des matières par ordinateur. J’aime bien mixer plusieurs techniques : aquarelle, crayon, craie, stylo…
Le mélange des textures donne un côté organique que j’aime bien.
Je fais en général plus de recherches sur l’ambiance générale. Pour moi, l’impression que laisse une illustration est plus importante que la justesse du dessin.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescent.e ? Y’a-t-il des auteurs.trices et illustrateur.trice.s qui ont particulièrement influencé votre travail ?
Morgane : Pour être tout à fait honnête, je ne lisais pas beaucoup d’albums étant enfant. Mes parents avaient plutôt l’habitude de me lire des petites nouvelles avant d’aller dormir. Je pense avoir grandi en étant entourée davantage de mots que d’images.
Quand j’ai commencé à lire, j’ai dévoré les albums de La Famille Passiflore (illustrés par Loïc Jouannigot) et les histoires de Beatrix Potter. Plus tard, j’ai aussi été très marquée par Max et les Maximonstres (de Maurice Sendak).
Florian : Je ne lisais pas d’albums jeunesse non plus. J’ai surtout collectionné des comics et regardé BEAUCOUP de films. J’essayais régulièrement d’adapter les films que je voyais en BD mais je m’arrêtais au bout de quelques pages.
J’ai découvert les albums jeunesse durant ma dernière année à Cohl et depuis j’en achète au moins
deux par mois.

Auriez-vous quelques coups de cœur à nous faire partager ?
Florian : Alors alors… cet été j’ai lu Léo le fantôme de Mac Barnett et Christian Robinson. Je trouve qu’ils ont tout compris, tant au niveau de l’histoire que de l’illustration.
Plus récemment j’ai beaucoup aimé : Un grand jour de rien de Béatrice Alemagna et Sur mon fil de Séverine Vidal et Louis Thomas.
Morgane : Mon premier coup de cœur a sans doute été Mon Meilleur Ami de Satoe Tone, que j’ai découvert à Bologne en 2014.
Dans un autre style, Shackleton’s Journey de William Grill m’a beaucoup marquée. Pour la petite histoire, c’est un livre documentaire que j’ai trouvé en anglais dans une librairie à Amsterdam. Je ne sais pas s’il a été traduit en français depuis, mais il vaut vraiment le détour. (NDLR  : il est en effet publié chez Casterman !)
Plus récemment, j’ai aussi beaucoup aimé Troisième Branche à Gauche d’Alexandra Pichard.

Peut-on en savoir plus sur vos futurs projets ? (seul.e ou ensemble !)
Morgane : Trouver du travail après mon diplôme ? (Rires) Plus sérieusement, on a plusieurs projets ensemble sur le feu. Si tout se passe bien, notre prochain album devrait sortir en fin d’année chez HongFei Cultures, il s’appellera Le Secret du Loup. On continue également à monter des projets avec Balivernes éditions.
Florian : Je suis en train d’écrire ma première série de livres pour tout-petits. Le premier de cette série s’appelle Si petit et parle d’un girafon. Je les illustre avec des tampons que je sculpte dans de la gomme. Le style graphique diffère un peu de ce que je fais d’habitude.
Je travaille aussi sur un projet avec Séverine Vidal, que j’ai contactée après avoir lu Sur mon fil.

Bibliographie  :

  • Chut !, HongFei Cultures (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Une maison à hanter, Balivernes (2016).
  • Une île sous la pluie, Balivernes (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Tout là-haut, HongFei Cultures (2015). que nous avons chroniqué ici.

Le site de Florian Pigé : https://www.florianpige.com et celui de Morgane de Cadier : https://www.morganedecadier.com.


Le coup de cœur et le coup de gueule de… Marine Carteron

Régulièrement, une personnalité de l’édition jeunesse (auteur.trice, illustrateur.trice, éditeur.trice…) nous parle de deux choses qui lui tiennent à cœur. Une chose qui l’a touché.e, ému.e ou qui lui a tout simplement plu et sur laquelle il.elle veut mettre un coup de projecteur, et au contraire quelque chose qui l’a énervé.e. Cette semaine, c’est Marine Carteron qui nous livre son coup de cœur et son coup de gueule.

Mon coup de gueule

Je profite de cette tribune que m’offre généreusement Anaïs pour porter la voix de mes amis Alice Brière-Haquet, Vincent Villeminot et Cécile Roumiguière, pour pousser un coup de gueule collectif contre la nouvelle gestion du droit de lecture.
Alors, vous me direz, « Le droit de quoi ? On doit payer pour lire des livres ? Même si on le fait gratuitement, même si on est bénévole, même si nous avons écrit le texte nous-même ? »
Oui, je sais, ça paraît idiot mais la réponse est OUI !

Comme l’expliquent très bien Alice, Vincent et Cécile la lecture à haute voix de livres, en totalité ou sous forme d’extraits, est considérée comme une « représentation », et tombe de facto sous le coup du « droit de représentation ». Jusque-là, ce droit était géré par une société d’auteurs, la SACD, mais depuis le 1er janvier 2016, et sans que grand monde en ait été informé, la gestion du droit de lecture est passée dans l’escarcelle de la SCELF, une société d’éditeurs.
Or, celle-ci a décidé d’appliquer à la lettre le barème de la SACD : trente euros minimum, même sans billetterie ! Y compris pour les « heures du conte », les associations de lecteurs bénévoles, ou les auteurs lisant leurs propres textes…
L’affaire est ubuesque et contre-productive !

Alors nous, auteurs, bibliothécaires, médiathécaires, lecteurs bénévoles, simples amateurs de lecture ou parents d’enfants à qui on lit des livres, avons décidé de dire NON :
NON à l’usine à gaz pour les bibliothécaires qui organisent les « heures du conte »,
NON à ce que la lecture coûte aux bénévoles qui offrent leur voix et leur temps,
NON à la ponction des salons qui contribuent à la vie des livres et des auteurs,
NON aux prélèvements sur les auteurs eux-mêmes lorsqu’ils lisent leurs livres !
Les livres ont besoin de médiateurs, et les lectures offertes au public en font partie. Notamment les lectures faites aux enfants, à tous les enfants, pas seulement ceux qui ont la chance de lire et d’entendre lire dans leur famille : ce sont eux qui feront vivre demain la littérature !
Plusieurs collectifs d’auteurs, dont la Charte et la SGDL, se sont rassemblés pour signer en mars une lettre pour interroger la SCELF… qui a immédiatement botté en touche en leur donnant rendez-vous à l’automne ! Une manière à peine diplomate de renvoyer les auteurs jouer avec leurs crayons, et de laisser les autres, bibliothécaires, bénévoles, se débrouiller pour payer ou se mettre hors la loi !
Nous, auteurs, sommes vigilants sur la façon dont on dispose de nos droits. Et l’un des droits de l’auteur est justement celui de dire « non » à l’incohérence d’une mesure qui va à l’encontre de ce pour quoi nous écrivons. La lecture offerte n’est pas un spectacle comme les autres, revoyons sa place au sein du droit de représentation !
Nous, auteurs signataires de cette pétition, demandons l’exonération de prélèvement SCELF sur les lectures à voix haute proposées dans un cadre non marchand sans billetterie.
Quant à nous, lecteurs, bénévoles, bibliothécaires, amateurs de lecture, soucieux de protéger le droit des lecteurs mais aussi celui des auteurs, nous nous félicitons de l’opposition des auteurs au prélèvement SCELF sur les lectures gratuites dans un cadre non-marchand. Et nous entendons ainsi pouvoir continuer à lire les livres qui nous réunissent.
Vive la lecture à haute voix ! Et vive ceux qui lisent !

Si, comme nous vous souhaitez vous élever contre cette affaire ubuesque vous pouvez vous joindre à nous en signant cette pétition sur Change.org.

Mon coup de cœur

Mon coup de cœur va aller à Mark Zuckerberg, enfin, plutôt à sa création : Facebook.
Oui, je sais c’est étrange de la part d’une prof, auteure jeunesse et maman de deux garçons de 10 et 17 ans. Sur le papier je devrais plutôt faire partie de ceux qui critiquent, de celles qui dénoncent les excès, mettent en garde contre les dangers de ce réseau social planétaire, mais pourtant c’est bien mon coup de cœur.
Mais pour que vous compreniez mieux pourquoi il faut que je vous parle un peu de moi (rassurez-vous, j’ai dit « un peu »). Je fais partie de ces personnes qui quittent rarement leur domicile (la foule me fait peur, les transports en commun me tétanisent et l’inconnu me paralyse). En plus, j’habite en province… genre en province de la province ; genre une ville sans gare TGV où personne ne vient de son plein gré (je vais me faire des amis dans la ville en question, je le sens…). Du coup, Facebook pour moi c’est le lieu où je rencontre des gens.
Car c’est surtout ça Facebook : des gens drôles, énervés, râleurs, amoureux, timides, excédés, imaginatifs, fatigués, explosifs, débordants de talent. Tout un tas d’inconnus qui pour certains, au fil du temps, sont devenus mes amis.
Je vous entends déjà murmurer en rigolant : « la pauvre meuf qui croit qu’elle a des vrais amis sur Facebook, c’est pathétique… ». Peut-être, mais tant pis, j’assume et je répète : Oui, je me suis fait des amis sur Facebook, des vrais potes avec qui je me marre, j’échange, je rêve, je procrastine, je râle. Des ami(e)s qui me donnent des conseils qui sont là quand j’ai un coup de blues ou une bonne nouvelle à partager, qui m’apprennent des trucs hyper utiles (comment transformer un dinosaure en plastique en bougeoir par exemple).
Bref, je sais que c’est à la mode de se plaindre de Facebook, mais je n’ai jamais été à la mode alors merci Mark Zuckerberg d’avoir amené tous ces gens formidables dans ma vie, tu es mon coup de cœur du jour. 🙂

Marine Carteron est autrice.

Bibliographie :

  • Génération K, tome 2, Le Rouergue, (2017).
  • Génération K, tome 1, Le Rouergue, (2016).
  • Les autodafeurs, tome 3 – Nous sommes tous des propagateurs, Le Rouergue (2015).
  • Les autodafeurs, tome 2 – Ma sœur est une artiste de guerre, Le Rouergue (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Les autodafeurs, tome 1 – Mon frère est un gardien, Le Rouergue (2014), que nous avons chroniqué ici.

Vous pouvez retrouver les héroïnes des romans de Marine Carteron sur Facebook : ici celui de Césarine Mars des Autodafeurs et ici celui Kassandre Bathory de Kapolna de Génération K !

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Les invité.e.s du mercredi : Yaël Hassan et Loïc Clément

Par 29 mars 2017 Les invités du mercredi

Yaël Hassan fait partie des grands noms de la littérature jeunesse, nous sommes fier.ère.s qu’elle ait accepté de répondre à nos questions aujourd’hui. Ensuite, c’est un autre auteur que nous aimons beaucoup qui a accepté de venir nous livrer ses coup de cœur et coup de gueule, Loïc Clément ! Bon mercredi à vous.


L’interview du mercredi : Yaël Hassan

Pouvez-vous nous parler de votre collaboration avec Rachel Hausfater et du spectacle que vous préparez ensemble ?
Rachel et moi nous connaissons depuis vingt ans et, dès le début de notre amitié et de nos premiers pas en Littérature jeunesse, nous nous sommes mises à écrire régulièrement ensemble.
Spectacle est un bien grand mot. Nous avons eu envie de raconter à nos lecteurs l’histoire de notre rencontre. Parce qu’il est rare que nous soyons invitées ensemble pour en parler, faire cette petite mise en scène était l’occasion de partager cette magnifique aventure avec tous ceux qui nous invitent, nous lisent et apprécient notre travail. Dans cette modeste représentation nous évoquons donc notre rencontre, les livres que nous avons écrits, comment chacun des romans est né, et tout cela entrecoupé de quelques notes de musique. C’est très artisanal mais, la première fois que nous l’avons présenté au salon de Morges, les gens ont vraiment apprécié.

Comment naissent vos histoires ?
Bien souvent de rencontres, justement. Je ne suis pas quelqu’un de doué d’une imagination débordante. Ma matière à moi c’est le vrai, le concret, le réel, le vécu. Et mon moteur principal, l’émotion.

Oui, j’ai l’impression que les rencontres sont importantes pour vous, on vous voit souvent sur les salons et vous animez régulièrement des rencontres scolaires mais vous avez également écrit plusieurs romans à quatre mains. Qu’est-ce que ces rencontres vous apportent ?
Pour écrire pour la jeunesse, (quand on n’est plus soi-même, très jeune !) il faut aller sur le terrain, garder le contact. Les modes changent, les codes, le langage, les intérêts. Rencontrer mes lecteurs me permet de rester dans le coup, tout simplement ! Et puis, ces rencontres, les salons permettent aussi de s’extraire de l’écriture qui est souvent très accaparante et chronophage.

On pourrait d’ailleurs parler de rencontres aussi quand vous nous racontez les histoires de personnes ayant réellement existé.
Oui, je pars toujours de quelque chose ou de quelqu’un ayant existé. Cela peut-être même un simple témoignage entendu à la télévision, un article dans un magazine… Bien souvent, au départ, je n’ai que cela, un seul et unique personnage autour duquel je vais construire mon roman. Il faut systématiquement que je sois touchée par quelqu’un pour pouvoir commencer à écrire.

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
Un parcours assez simple. J’ai publié mon premier roman Un grand-père tombé du ciel en 1997. J’avais écrit ce texte pour participer au concours de Littérature pour la Jeunesse qu’organisait à l’époque le Ministère de la Jeunesse et des Sports. J’ai eu la chance de remporter le premier prix, que le roman a plu à Casterman et c’est ainsi que je suis devenue auteur pour la Jeunesse. J’en suis à une cinquantaine de textes publiés à ce jour et espère continuer encore longtemps cette formidable aventure !

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
La littérature jeunesse de mes toutes jeunes années n’était pas aussi riche qu’aujourd’hui. J’en ai vite fait le tour. Mon premier grand choc de lecture reste Le journal d’Anne Frank que j’ai lu à onze ans. Adolescente, je lisais les sœurs Brontë, Henri Troyat, Romain Gary, Guy Des Cars, Cronin, Daphné du Maurier, Simone de Beauvoir, beaucoup de romans historiques et de littérature anglo-saxonne.

Que lisez-vous en ce moment ?
Je viens de terminer Petits secrets, grands mensonges, le deuxième roman d’une auteur australienne dont j’avais adoré le premier. Et là, je suis en train de lire un recueil de nouvelles de Nathan Englander qui s’appelle Parlez-moi d’Anne Frank. Il s’agit d’un auteur américain que j’aime beaucoup, dont les thématiques tournent autour de la Shoah mais dans l’humour total.

Quels sont vos projets ?
La sortie en septembre 2017 chez Syros d’un roman sur lequel je travaille depuis deux ans. Mes éditrices le qualifient d’ovni. Il s’agit effectivement d’un genre bien particulier, très novateur en littérature de jeunesse. Je ne peux vous en dire plus pour le moment ! Mais avant cela, au mois de mai, je sortirai aux Éditions du Mercredi un roman historique très émouvant intitulé La révolte des Moins-que-rien.

Bibliographie sélective :

  • Achille, fils unique, Nathan (2016).
  • C’est l’histoire d’un grain de sable, illustré par Manuela Ferry, éditions du pourquoi pas ? (2016).
  • Quatre de cœur, co-écrit avec Matt7ieu Radenac, Syros (2016).
  • Perdus de vue, co-écrit avec Rachel Hausfater, Flammarion Jeunesse (2016).
  • L’usine, Syros (2015).
  • J’ai fui l’Allemagne nazie, Gallimard Jeunesse (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Les demoiselles des Hauts-Vents, Magnard Jeunesse (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • L’heure des mamans, illustré par Sophie Rastégar, Utopique (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • La fille qui n’aimait pas les fins, coécrit avec Matt7ieu Radenac, Syros (2013).
  • Défi d’enfer, roman illustré par Colonel Moutarde (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Rue Stendhal, Casterman (2011).
  • Momo, petit prince des Bleuets, Syros (1998).
  • Un Grand-père tombé du ciel, Casterman (1997).

Le site de Yaël Hassan : http://minisites-charte.fr/yael-hassan.


Le coup de cœur et le coup de gueule de… Loïc Clément

Régulièrement, une personnalité de l’édition jeunesse (auteur.trice, illustrateur.trice, éditeur.trice…) nous parle de deux choses qui lui tiennent à cœur. Une chose qui l’a touché.e, ému.e ou qui lui a tout simplement plu et sur laquelle il.elle veut mettre un coup de projecteur, et au contraire quelque chose qui l’a énervé.e. Cette semaine, c’est Loïc Clément qui nous livre son coup de cœur et son coup de gueule.

Je suis scénariste de bande dessinée, auteur de romans et d’albums jeunesse. Cela signifie que je crée des univers et des personnages que le lecteur s’approprie le temps d’une lecture. C’est mon métier. Cependant, sur mon temps libre je suis moi même lecteur avéré et parfois fan invétéré, ça arrive. J’éprouve parfois le besoin de prolonger le plaisir que j’ai ressenti en compagnie de certains personnages, en les retrouvant autrement, ailleurs. Je poursuis donc le voyage en regardant des adaptations animées de mangas chéris tout en craquant de temps en temps pour de superbes figurines par exemple.
Je suis du genre à avoir des vitrines avec un vif d’or et des baguettes de sorcier à côté des livres et des films Harry Potter ou d’avoir une statue géante de Hilda au milieu des bds de Luke Pearson. Vous voyez le genre ?
Je sais qu’un produit officiel, ce n’est pas toujours donné. Je sais que parfois, il faudra que j’économise un moment avant d’assouvir un petit plaisir coupable, mais c’est le jeu.
Du coup, s’il y a bien une chose qui m’exaspère sur ce sujet c’est de voir la quantité astronomique de pubs qui inondent Facebook pour vendre des produits de licence, à un tarif défiant toute concurrence. C’est presque toujours la même chose… une lampe Totoro à 12 euros, une figurine du Sans Visage de Chihiro à 6 euros, des coques pour iPhone reprenant des personnages de Dragon Ball pour 3,90 euros… Ce sont des centaines de milliers de like pour aimer des entreprises de contrefaçon.
Alors certains peu regardant, pourraient penser que peu importe le flacon tant qu’ils ont l’ivresse ? Pourquoi acheter un produit officiel à 5 à 10 fois le prix ? Comment résister à cette veilleuse Totoro qui ira tellement bien dans la chambre de son enfant ?
Hé bien les raisons en sont multiples. Pour commencer, acheter des produits de contrefaçon, c’est acheter des produits de mauvaise qualité, fabriqués avec des matériaux fragiles et parfois toxiques.
Le jouet ou l’objet en mélamine ou polycarbonate vecteurs de produits nocifs pour la santé apparaît déjà moins glamour dans un intérieur feutré, non ?
D’autre part, il y a à mes yeux une profonde dichotomie entre se déclarer par exemple amoureux des films de Miyazaki, et acheter des produits de contrefaçons tirés de ses films. Quand on sait que le studio Ghibli a longtemps pu produire des longs métrages, en partie en générant des profits via les produits dérivés, j’ai du mal à comprendre où se situe la logique là dedans. J’aime voir un film Ghibli mais je participe à mon échelle, goutte d’eau parmi les gouttes d’eau, à empêcher le succès de l’entreprise qui me fait rêver ? Soyons sérieux.
Bon, et Facebook dans tout ça ? Ils tolèrent des entreprises de contrefaçon basées en Chine qui font commerce de produits pirates ? Oui. Absolument. À moins d’être vous même le détenteur des droits et de secouer le réseau social de Mark Zuckerberg en faisant valoir la violation de votre copyright, aucun signalement ne permet la mise en lumière de ce commerce illégal. Ces pages génèrent du profit à Facebook et ça leur convient très bien ainsi.
Bilan : la prochaine fois que ce tee-shirt trop cool de Batman vous fait de l’œil ou que ce Chatbus en porte-clé vous donnera envie de ronronner, demandez-vous trente secondes pourquoi les prix pratiqués sont si bas. C’est certainement parce que l’auteur ou l’ayant droit d’origine se fait voler et que vous enrichissez des truands.

Je profite également de mon pataugeage dans La mare aux mots pour délivrer un coup de cœur, même s’il s’agit ici d’un cœur brisé. Le 11 février 2017 nous quittait le mangaka Jirō Taniguchi et j’ai ressenti un grand vide en apprenant cette nouvelle.
Dans ma vie, j’ai longtemps été bibliothécaire et je voulais rappeler d’expérience à quel point cet auteur de bande dessinée a été un cadeau du ciel dans notre travail de médiation. Chaque fois que j’avais à faire avec un.e réfractaire au manga, il me suffisait de prêter un Journal de mon Père ou un Quartier Lointain pour convaincre mon interlocuteur d’élargir son champ d’intérêt. Un amateur d’alpinisme ? -> Le sommet des dieux ! Une épicurienne amatrice de bonne chère ? -> Le Gourmet Solitaire ! Amateurs de romance -> Les Années douces !
Je ne connaissais pas personnellement cet homme qu’on raconte humble et discret mais ce qui est sûr, c’est qu’il va drôlement me manquer…

Légendes des photos :
1 – Oh qu’ils sont mignons les 9 bouts de plastique toxiques Miyazaki pour 7,25 €
2 – Technique classique de ces sites de contrefaçon, vous attirer l’œil sur Facebook avec des objets pirates « gratuits » afin que vous remarquiez leur boutique et que vous passiez des commandes.
3 – Aucun produit n’est épargné. Ici les coques d’Iphone pour Geek peu scrupuleux. Notez que les visuels sont à la base des fan-arts, c’est à dire des dessins faits par des fans à des fins non lucratives. Ces sites pirates violent les lois du copyright et détournent en plus des visuels détournés de leur fonction première : manifester son amour d’une licence. Un comble.
4 – Quand les contrefacteurs ont de l’humour… Ici une mention de copyright sur un site Internet Thaïlandais développé pour le marché français qui menace donc de ne pas contrefaire ses produits pirates 🙂

Loïc Clément est auteur et scénariste.

Bibliographie :

  • Professeur Goupil, Little Urban (à paraître en septembre).
  • Le voleur de souhaits, scénario illustré par Bertrand Gatignol, Delcourt (à paraître en avril).
  • Chaussette, scénario illustré par Anne Montel, Delcourt (à paraître en avril).
  • Le temps des mitaines, tome 2 – Cœur de renard, scénario illustré par Anne Montel, Didier Jeunesse (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Les Jours sucrés, scénario illustré par Anne Montel, Dargaud (2016).
  • Mille milliards de trucs (et de moutons), texte illustré par Anne Montel, Belin Jeunesse (2014).
  • Le petit et les arbres poussaient, texte illustré par Églantine Ceulemans, Les p’tits bérêts (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Le temps des mitaines, scénario illustré par Anne Montel, Didier Jeunesse (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Shä & Salomé. Jours de pluie, texte illustré par Anne Montel, Jean-Claude Gawsewitch (2011).

Le site de Loïc Clément : http://nekokitsune.blogspot.fr.

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Les invité.e.s du mercredi : Baptiste Amsallem et Pascale Maret

Par 8 mars 2017 Les invités du mercredi

Aujourd’hui, nous recevons l’illustrateur Baptiste Amsallem, avec lui nous revenons, entre autres, sur son parcours. Ensuite, c’est un coup de cœur/coup de gueule que nous vous proposons et cette fois-ci c’est l’auteure Pascale Maret qui s’y colle ! Bon mercredi à vous.


L’interview du mercredi : Baptiste Amsallem

Baptiste Amsallem Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
Mes parents souhaitaient que j’ai un BAC général, au cas où. Moi je savais que je voulais dessiner mais je ne savais pas vraiment quoi, ou dans quelle branche. Je n’y connaissais vraiment rien. J’obtiens mon bac option Commerce et en 2005, un ami me parle d’une école à Montpellier pour apprendre la 3D. Nous nous inscrivons mais c’est une énorme déception. J’étais réfractaire à la 3D et il n’y avait pas assez de dessin à mon goût. Pile à ce moment-là, une nouvelle école allait ouvrir et proposait une formation aux métiers de l’animation avec comme base absolue : le dessin. Je fais deux ans à l’atelier API, dans l’Hérault. Lorsque j’en sors en 2009, je monte à Paris et décide de me lancer dans l’illustration jeunesse car c’est là que je me sentais le plus à l’aise. Par chance, je suis contacté par Loïc Dauvillier qui me propose d’illustrer Dino et Pablo pour les éditions Bang. J’ai depuis enchaîné plus d’une vingtaine de bouquins et de nombreuses commandes d’illustrations pour la presse jeunesse.

Quelles techniques d’illustration utilisez-vous ?
J’utilise principalement l’ordinateur pour des questions pratiques. Mais je tends de plus en plus à dessiner à la plume et à l’encre de Chine, avec jus d’aquarelle et lavis.

Parlez-nous de votre collaboration avec Loïc Dauvillier
Comme je disais, Loïc est venu me chercher à la sortie de l’école pour faire Dino et Pablo avec lui. La collaboration s’étant très bien passée, nous avons continué sur Monsieur Lapin et la carotte sauvage, aux éditions Des Ronds dans l’O. Nous souhaitions développer le projet au-delà du format livre, c’est pourquoi nous avons créé une application pour smartphone du tome 1 de Monsieur Lapin. Puis nous avons cherché à en faire une série animée. Loïc et Jérôme d’Aviau ont réalisé 24 épisodes d’environ 2 minutes chez MarmitaFilms, à Bordeaux. La série a commencé à être diffusée cette année ! Il s’est aussi attelé à la réalisation d’une exposition Monsieur Lapin qu’il a fabriqué seul.
Loïc, au-delà d’être le scénariste de plusieurs de mes bouquins est devenu un ami sur qui je peux compter.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescent ?
Je lisais énormément de Picsou magazine et autres Mickey Parade quand j’étais petit. Tous les Boule et Bill y sont passés (plusieurs fois) ainsi que certains livres de la Comtesse de Ségur. Puis les mangas sont arrivés et ont été le fil conducteur de mes 11 et mes 18 ans. Période marquée par la saga Harry Potter, aussi.

Quelques mots sur vos projets ?
Je viens de terminer le tome 2 de Balez et Malina, série mensuelle publiée dans le magazine Wakou, chez Milan. Maintenant, je vais m’atteler à un ouvrage sur le végétarisme que j’écris et illustre. Tout ceci nous amène à septembre 2017. Pour la suite, on verra bien !

Bibliographie sélective :

  • Balez et Malina – Tome 2 : Secret défense, illustration d’un scénario de Thitaume et Romain Pujol, BD Kids (à paraître en 2017).
  • Jamais contents, illustration d’un texte de Mathieu Pierloot, La Pastèque (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • La morsure, illustration d’un texte de Karine Dupont-Belrhali, Milan (2016).
  • Les quatre saisons, illustration d’un texte de Pascale Hédelin, Milan (2015).
  • Balez et Malina – Tome 1 : Un amour de mammouth, illustration d’un scénario de Thitaume et Romain Pujol, BD Kids (2015).
  • Monsieur Lapin – Tome 3 : Les Ballons, illustration d’un scénario de Loïc Dauvillier, Des ronds dans l’O (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Gare au loup, illustration d’un texte de Christophe Loupy, Milan (2015).
  • Les 3 petits cochons, illustration d’un texte de Camille Finateu, Larousse (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • Monsieur Lapin – Tome 2 : La Chasse au papillon, illustration d’un scénario de Loïc Dauvillier, Des ronds dans l’O (2013).
  • Monsieur Lapin – Tome 1 : La Carotte sauvage, illustration d’un scénario de Loïc Dauvillier, Des ronds dans l’O (2012).
  • Dino et Pablo – Jeux préhistoriques, illustration d’un scénario de Loïc Dauvillier, Mamut (2010), que nous avons chroniqué ici.

Le site de Baptiste Amsallem : http://baptisteamsallem.ultra-book.com.


Le coup de cœur et le coup de gueule de… Pascale Maret

Régulièrement, une personnalité de l’édition jeunesse (auteur.e, illustrateur.trice, éditeur.trice…) nous parle de deux choses qui lui tiennent à cœur. Une chose qui l’a touché.e, ému.e ou qui lui a tout simplement plu et sur laquelle il.elle veut mettre un coup de projecteur, et au contraire quelque chose qui l’a énervé.e. Cette semaine, c’est Pascale Maret qui nous livre son coup de cœur et son coup de gueule.

Mon coup de gueule est aussi un coup de blues, sans doute parce que, l’âge venant, ma propension naturelle à la colère commence à s’émousser et laisse davantage le champ libre à la tristesse. Tristesse, oui, de voir le FN monter en puissance et récolter toujours plus d’adhésion, tristesse devant les visages de ces Français ordinaires qui clament leur soutien aux propos haineux, aux propositions indignes, et qui voient dans cette idéologie nauséabonde et simpliste un remède à leurs frustrations. Tristesse de constater que dans le camp opposé les ambitions personnelles pèsent bien plus lourd que les idéaux (« les idéaux » ? Ha, ha, qui croit encore à un truc pareil dans le monde politique ?).

Même si Marine Le Pen ne gagne pas l’élection présidentielle, ce que j’espère bien, la pensée qu’un Français sur quatre adhère à sa vision n’est guère réjouissante. Quant au possible vainqueur, pas de quoi se réjouir non plus.

Bon, on va tâcher de se remonter le moral en passant au coup de cœur.  Il n’est pas sans lien avec mon coup de blues : la vie à la campagne, « loin de la foule déchaînée », m’apporte depuis quelques mois une grande bouffée d’air pur, au propre comme au figuré. Bien sûr, ce n’est pas tout à fait une découverte : je suis « une fille du pays », et la maison où je suis installée a abrité mes vacances depuis trente-cinq ans. Mais il est très différent d’y être « pour de bon ». La vie hivernale du village, sans les « prend l’air* », soude les habitants, les vrais, ceux qui résistent au climat montagnard souvent neigeux. Aller faire ses courses, c’est prendre un bain de convivialité.

Et puis, il y a la nature : suivre le soleil tout au long de sa course, marcher dans les sentiers à l’abri des grands bois de sapins, passer des journées sans voir âme qui vive. Les jours de pluie comme les jours de soleil, la nature est belle. Je suis bien.

*Touristes

Pascale MaretPascale Maret est auteure.

Bibliographie (jeunesse) sélective :

  • La Sylphide et Le lac des cygnes, collection « Les romans du ballet », Nathan (à paraître en 2017)
  • N’y pense plus, tout est bien, roman ado, Thierry Magnier (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Bon zigue et Clotaire, roman jeunesse, Thierry Magnier (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Les ailes de la sylphide, roman ado, Thierry Magnier (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • La véritable histoire d’Harrison Travis, hors la loi, racontée par lui-même, roman ado, Thierry Magnier (2012).
  • L’oiseau arlequin, album, Thierry Magnier (2011).
  • Vert jade, rouge sang, roman ado, Thierry Magnier (2011).
  • L’encrier maudit, roman jeunesse, Oskar (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • Zone tribale, roman ado, Thierry Magnier (2010).
  • Le monde attend derrière la porte, roman ado, Thierry Magnier (2009).
  • À vos risques et périls, roman ado, Thierry Magnier (2007).
  • Une année douce-amère, roman ado, Thierry Magnier (2006).
  • Sur l’Orénoque, roman ado, Thierry Magnier (2005).
  • Esclave !, roman jeunesse, Milan (2003).
  • Clones en stock, roman jeunesse, Milan (2001).

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Les invité.e.s du mercredi : Sylvie Serprix et Véronique Massenot

Par 18 janvier 2017 Les invités du mercredi

Nous recevons aujourd’hui Sylvie Serprix et Véronique Massenot. La première a accepté de répondre à nos questions, la seconde nous livre ses coups de cœur et coup de gueule. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Sylvie Serprix

Sylvie SerprixParlez-nous de votre dernier album, Moi parfois… sorti chez Bulles de Savon, comment avez-vous travaillé sur ce projet ?
J’ai reçu un mail de l’éditeur de Bulles de savon qui est fan de mon travail pour la presse. Au début de l’été, il m’a envoyé le texte d’Agnès de Lestrade, pour qui j’avais déjà illustré La vie sans moi. J’aime son écriture, concise et délicate. Celle-ci était en plus très drôle !
C’est un album pour les petits autour des émotions, le quotidien d’un enfant dans ses contradictions : passer des câlins à la bouderie, jouer avec un ami et ne plus vouloir lui prêter ses jouets, etc. L’histoire commence avec la petite fille de la couverture chaussée de baskets magiques qui la transforment ensuite en différents animaux suivant ses émotions. Le texte et les images sont construits en écho sur chaque double page, dans une ambiance très colorée et avec le sourire. À la fin les enfants peuvent continuer à imaginer d’autres rôles !
Pour la réalisation, il y a d’abord eu la recherche des animaux suivant leur rôle, j’ai donc fait passer un casting ! Ensuite j’ai travaillé les personnalités de chacun, les mouvements, positions, cadrage avec le décor, etc. Puis mis en place du story-board pour affiner l’ensemble, avec une première mise en place des couleurs en numérique. Petits allers-retours mail avec l’éditeur. Validation. Et finalisation des images avant maquette.
Nous avons aussi beaucoup travaillé la couverture. Au début la petite fille marchait simplement et puis le texte était tellement drôle que je l’ai fait sautiller en ajoutant un assistant, le petit écureuil. Au moment du story-board, j’avais juste dessiné le titre en imitant une écriture d’enfant. Finalement, on a gardé cette idée et je l’ai retravaillé en calligraphie.
Et suite à mes nombreuses rencontres scolaires, où les enfants me demandent aussi souvent la question de la réalisation, du coup j’ai réalisé un petit making of pour cet album que l’on peut voir sur mon site www.serprix.com.

Comment choisissez-vous les projets sur lesquels vous travaillez ?
Généralement, un éditeur connaissant mon travail me soumet un texte. Mais à deux reprises, le scénario s’est inversé. Ce fut le cas avec Marie-Sabine Roger pour mon tout premier album jeunesse Le roi sans terre, mention White Raven Bologne 2012 et adapté au théâtre. Puis avec Claire Gratias dont j’avais illustré la couverture de l’un de ses romans, ce qui a donné par la suite notre petit best-seller Arrête de lire !, Prix des Incorruptibles 2014.

Vous travaillez aussi beaucoup pour la presse, c’est un travail différent que celui d’illustrer un album ?
Déjà étudiante en école d’art, j’étais très presse. J’aime le rythme très rapide, mon délai le plus court étant à peine 4 heures pour le journal Le Monde ! Il faut réagir vite. C’est un exercice d’humilité aussi. Aussitôt le texte envoyé, l’idée validée, l’image rendue et publiée le lendemain, le jour d’après on passe déjà à d’autres actualités ! Le rapport texte-image est le même que pour les albums jeunesse. Par contre, le travail en presse m’oblige avant tout à être précise avec une idée très forte tout de suite. D’ailleurs, je garde ce côté « idée dans l’instant » pour illustrer les albums, même si c’est un long travail dans le temps avec des allers-retours entre l’auteur et l’éditeur.

Quelles techniques d’illustration utilisez-vous ?
Le travail de recherche est au crayon à papier, sur feuille libre. Je n’aime pas les carnets. Puis une mise en couleur rapide en numérique, pour donner une idée de l’atmosphère générale. Après validation, le rendu final est souvent en peinture acrylique avec parfois des montages pour des parties au crayon à papier suivant l’histoire. Les images sont ensuite numérisées et retravaillées sous Photoshop.

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
Après mon diplôme d’Art Graphique de Penninghen, j’ai commencé par hasard par le dessin documentaire pour des guides chez Gallimard. Puis j’ai intégré deux agences de création, l’une pour un travail documentaire toujours, avec le Muséum d’Histoire Naturelle. Passionnant de travailler avec des scientifiques sur l’origine du monde. Puis une autre agence pour la réalisation graphique de sites Web, j’ai appris le java script ! … et la création de décors 2D pour des jeux vidéo. Passionnant également, si on aime les contraintes techniques. C’est un travail de fou !
Avant de me consacrer entièrement à l’illustration depuis 10 ans maintenant.
Pour la presse, je collabore régulièrement avec Le Monde, Libération, le JDD, Le Magazine Littéraire, Pèlerin magazine, l’OECD entre autres et j’ai depuis septembre une rubrique mensuelle pour le magazine Cerveau & Psycho.
Pour l’édition, j’ai commencé par des couvertures de romans adultes, puis jeunesse, puis romans illustrés et enfin depuis 7 ans, une quinzaine d’albums jeunesse parus.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Toute petite j’étais très Martine, et puis il y a eu Jules Verne qui m’a beaucoup impressionné. J’ai eu une période polar. Je suis aussi fan de biographies ! Toutes celles concernant Churchill et celles qu’il a écrites lui-même, divinement écrites d’ailleurs, avec un humour féroce !

Quelques mots sur vos projets ?
La presse toujours. Et pour les albums jeunesse, il y aura deux projets musicaux et le troisième opus d’Arrête de lire !. Tout est en cours, donc difficile pour moi de donner plus de détails. À suivre donc. Et puis peut-être une expo.

Bibliographie sélective :

  • Moi, parfois…, illustration d’un texte d’Agnès de Lestrade, Bulles de Savon (2016).
  • Phototoutou, texte et illustrations, La Palissade (2015).
  • T’es plus mon amoureux, illustration d’un texte de Claire Gratias, Belin Jeunesse (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Le rendez-vous de Valentin, texte et illustrations, Grasset-Jeunesse (2013).
  • Tout blanc, illustration d’un texte de Marie-Sabine Roger, Casterman (2013).
  • D’une île à l’autre, illustration d’un texte de Nadine Brun-Cosme, Talents Hauts (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Arrête de lire !, illustration d’un texte de Claire Gratias, Belin Jeunesse (2012).
  • Contes d’un autre genre, illustration d’un texte de Gaël Aymon, Talents Hauts (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • Mille petits poucets, illustration d’un texte de Yann Autret, Grasset Jeunesse (2011).
  • De ce côté du monde, illustration d’un texte de Marie-Sabine Roger, Casterman (2011).
  • Un beau jour du crocodile, illustration d’un texte de Valérie Guidoux, Mango (2011).
  • Samiha et les fantômes, illustration d’un texte de Clémentine Beauvais, Talents Hauts (2010), que nous avons chroniqué ici.

Le site de Sylvie Serprix : www.serprix.com.


Le coup de cœur et le coup de gueule de… Véronique Massenot

Régulièrement, une personnalité de l’édition jeunesse (auteur.e, illustrateur.trice, éditeur.trice…) nous parle de deux choses qui lui tiennent à cœur. Une chose qui l’a touché.e, ému.e ou qui lui a tout simplement plu et sur laquelle il.elle veut mettre un coup de projecteur, et au contraire quelque chose qui l’a énervé.e. Cette semaine, c’est Véronique Massenot qui nous livre son coup de cœur et son coup de gueule.

Mon coup de gueule, mon coup de cœur… ils sont liés, tous les deux.

Et comme j’ai horreur de râler, je ne vous parlerai que du second — mais vous comprendrez.
Mon coup de cœur, c’est la création de l’Association Encrages :

« Novembre 2016. Depuis des mois, des réfugiés campent dans le quartier de Stalingrad, rue de Flandre, à Paris. Des voisins se relaient pour partager avec eux un petit-déjeuner. De cafés en thés et de paroles en idées échangées, des bénévoles, des illustratrices, illustrateurs, des gens du livre révoltés par l’accueil déplorable fait aux réfugiés décident d’agir. Tout d’abord en parant au plus urgent : trouver des moyens pour “remplir la marmite” avec une vente de dessins au profit des associations qui aident les réfugiés. Pour organiser cette vente, une association est créée, et pensée pour d’autres actions à venir. C’est la naissance d’Encrages. »

Judith Gueyfier s’est chargée de lancer un appel auprès de ses confrères et sœurs. Nous avons été invités à offrir des illustrations pour qu’elles soient ensuite mises en vente, au profit de différents collectifs ou associations heureusement très actifs : 90 artistes ont donné une ou plusieurs de leurs œuvres.

La vente a eu lieu à La Rotonde, place de la Bataille de Stalingrad, à Paris, le 13 décembre dernier. Un très bel événement ! Dans l’après-midi, des familles réfugiées et parisiennes ont été invitées à divers ateliers, à visiter l’exposition et à partager un goûter. Puis la vente s’est ouverte, accompagnée de lectures, de musique, de dialogues entre bénévoles, réfugiés et public. Ce fut un vrai succès. TOUT a été vendu. L’argent récolté a pu être versé, comme prévu, aux associations BAAM (soutien juridique et cours de français), CPSE/TIMMY (mineurs isolés) et Polyvalence, tandis que d’autres dons, matériels, ont pu être faits aux collectifs P’tit Dej’ de Flandre et La Cuisine des Migrants (distributions de nourriture).
Ensuite ? L’association n’en restera pas là. D’autres manifestations du même type, portées par des amis auteurs et illustrateurs vivant dans d’autres villes se sont tenues parallèlement — ou s’organisent encore, n’hésitez pas à les soutenir ! Ainsi à Angoulême, à Nantes (du 5 décembre au 5 février), à Lyon (le 18 février), à Rennes (le 12 mars), à Marseille… Par ailleurs, des ateliers d’écriture et de dessin seront mis en place et proposés aux publics en précarité, notamment les réfugiés.

Les coups de gueule poussés ici ont souvent à voir avec l’état du monde — et celui, bien malmené, de nos consciences face à lui — ou avec la situation précaire des auteurs et illustrateurs Jeunesse. J’adhère à tous. Voilà pourquoi mon cœur bat très fort pour ce genre d’action, où chacun essaie de faire sa part selon ses moyens, comme il peut… Mais à beaucoup, on peut beaucoup ! Même précaires, de nombreux artistes du livre se montrent généreux, simplement fidèles aux valeurs humanistes qu’ils défendent dans leur travail.

PS : Pour soutenir l’association, n’hésitez pas à vous rendre sur son site… et plus si affinités ! 😉

Véronique Massenot

Véronique Massenot est auteure.

Bibliographie sélective :

  • Le Géant qui rêvait, illustré par Peggy Nille, L’élan Vert (2016).
  • Tizan et l’Arbre à Bonbons, illustré par Sébastien Chebret, L’élan Vert (2016).
  • À l’eau, la Baleine !, illustré par Peggy Nille, L’élan Vert (2016).
  • La Perruche et la Sirène, illustré par Vanessa Hié, L’élan Vert (2015).
  • Merci Facteur !, illustré par Isabelle Charly, L’élan Vert (2015).
    • À Plume, à Poil et à Paillettes !, illustré par Peggy Nille, Gautier Languereau (2014).
  • Salaam Palestine ! [Carnet de Voyage en Terre d’Humanité], avec Marc Abel et Bruno Pilorget, La Boîte à Bulles (2013).
  • Hansel & Gretel, illustré par Xavière Devos, L’élan Vert (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • Les Trois Musiciens, illustré par Vanessa Hié, L’élan Vert (2011).
  • Au Jardin de mon Cœur, illustré par Kim Hee-yeon, Flammarion (2010).
  • Grand Ménage de Printemps, illustré par Lucie Minn, Gulf Stream (2007), que nous avons chroniqué ici.

Le site de Véronique Massenot : http://veroniquemassenot.net.

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Les invité.e.s du mercredi : Ulysse Malassagne et Coline Pierré

Par 16 novembre 2016 Les invités du mercredi

Aujourd’hui, c’est Ulysse Malassagne que nous recevons. Le premier tome de sa BD Le collège noir m’a beaucoup plu (je vous en parle bientôt) et j’avais envie d’en savoir plus sur lui. Ensuite, c’est à l’auteure Coline Pierré que j’ai demandé de participer à la rubrique Coup de cœur/Coup de gueule. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Ulysse Malassagne

ulysse malassagneComment est né Le collège noir ?
Avec Le Collège Noir, j’ai lié deux projets, celui de raconter mes souvenirs de collège, et celui de raconter une histoire de sorcellerie. J’ai toujours beaucoup aimé les nouvelles fantastiques de Lovecraft, ou de Maupassant. Les histoires de cette époque sont souvent écrites à la première personne, avec un souci d’authenticité qui pourrait les faire passer pour des anecdotes réellement vécues par leurs auteurs. L’idée se prêtait donc bien à être mélangée avec des éléments autobiographiques, d’autant que dans la région d’où je viens, encore très rurale, la sorcellerie et les lieux chargés de mysticisme sont encore présents.

L’histoire est assez terrifiante, vous aviez envie de jouer avec les peurs des enfants ?
collegenoirOui, je reste persuadé qu’à cet âge là, on ne demande qu’à être effrayé par des monstres, consciemment ou non. La peur et les traumatismes que les enfants rencontrent dans les histoires les font grandir. Bien sûr il faut faire attention à la manière dont on montre des images violentes et effrayantes, mais je crois qu’un enfant est capable d’analyser et de digérer bien plus qu’on ne veut le croire. Dans Le Collège Noir, même s’ils vivent des choses dures et terrifiantes, les jeunes héros sont toujours positifs. Ils surmontent les épreuves avec courage et finissent toujours par triompher. De leur point de vue, ils vivent les événements presque comme un jeu. Je pense que cet aspect me permet de montrer des choses horribles et terrifiantes tout en rappelant aux lecteurs les plus jeunes que ce ne sont que des histoires pour rire et que tout va bien.

Quelles techniques d’illustration utilisez-vous ?
ulysse_malassagne02Comme pour toutes mes BD, je dessine mes planches à la main, avec des plumes et de l’encre de Chine, puis je les scanne et je les colorise sur un ordinateur. Pour le prochain livre, ce n’est pas moi qui ferais les couleurs, je vais travailler avec Walter, un coloriste très talentueux.

Parlez-nous de votre parcours
J’ai grandi dans les volcans d’Auvergne, une région encore assez sauvage et rurale, et j’ai passé mon collège dans un petit collège de village au pied des montagnes. Tout ça a bien évidemment inspiré le collège de ma BD. À 18 ans, je suis monté à Paris pour faire une école de dessin animé.
Depuis je travaille à la fois dans la BD et dans le cinéma d’animation.
Je ne vis plus à Paris, c’est trop grand et peuplé, mais j’y retourne régulièrement pour travailler.
Le reste du temps, je suis plutôt nomade, je reste rarement plus de quelques semaines au même endroit.

college noirQuelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescent ?
Je n’ai pas lu beaucoup de livres, mais je dévorais des bds et des films.
C’était très varié, Calvin et Hobbes, Donjon, Corto Maltese, Dragon Ball… J’ai lu de tous les styles.
Ma bd préférée reste Bone, de Jeff Smith, elle m’a marqué profondément et à eu une influence énorme sur mon travail.

Quelques mots sur vos projets ?
Mon projet actuel et de développer mon blog perso, sur lequel je mets des BD autobiographiques et des carnets de voyage. C’est ce que j’aime le plus faire, mais c’est aussi ce qui me rapporte le moins, et j’ai du mal à dégager du temps pour y travailler. À côté de ça, je continue de publier Le Collège Noir dans le magazine Géo Ado, et à travailler sur des dessins animés au sein du studio que j’ai monté avec des amis, le Studio La Cachette.

Bibliographie :

  • Le collège noir, 1 tome (série en cours), Grafiteen (2016).
  • Le jobard, illustration d’un roman de Michel Piquemal, Milan (2015).
  • Kokekokko, collectif, Issekinicho (2014).
  • Kaïros, 3 tomes (série terminée), scénarios et dessins, Ankama (2013-2015).
  • Jade, scénario et dessins, Glénat (2013).


Le coup de cœur et le coup de gueule de… Coline Pierré

Régulièrement, une personnalité de l’édition jeunesse (auteur.e, illustrateur.trice, éditeur.trice…) nous parle de deux choses qui lui tiennent à cœur. Une chose qui l’a touché.e, ému.e ou qui lui a tout simplement plu et sur laquelle il.elle veut mettre un coup de projecteur, et au contraire quelque chose qui l’a énervé.e. Cette semaine, c’est Coline Pierré qui nous livre son coup de cœur et son coup de gueule.

Je n’aime pas trop cloisonner, je crois. Et puis surtout, je ne peux pas m’empêcher de dire du bien sans dire un peu de mal. Et inversement. Alors au lieu de proposer un coup de cœur et un coup de gueule, voilà deux coups de cœule formule 2 en 1.

Depuis quelques années, il existe un dispositif qui permet aux écrivain.e.s (même celles et ceux qui ne gagnent pas beaucoup d’argent – c’est un pléonasme – ou qui ont une autre activité à côté) de suivre des formations professionnelles. Cela passe par un organisme de financement : l’AFDAS. Peu d’auteurs.trices en profitent (beaucoup ne sont même pas au courant) et c’est bien dommage. Je voudrais leur dire combien c’est formidable de se retrouver à nouveau sur les bancs de l’école (façon de parler) pour développer sa pratique ou apprendre des choses totalement nouvelles.

L’an dernier, j’ai suivi une formation au chant (longue : une centaine d’heures). J’ai rencontré trois profs, une dizaine d’autres élèves aux parcours très différents, j’ai progressé, j’ai appris à m’écouter (me supporter), j’ai pris confiance, avec à la fois l’enthousiasme de la découverte et la peur de la nouveauté.

Apprendre un nouvel art, même pour soi, même si on n’en fait rien, je crois que ça enrichit toujours son propre travail. Ça nous décale, ça nous fait toucher à d’autres formes de création (plus manuelles, plus corporelles, ou plus collectives par exemple), et j’ai l’impression que ce que j’ai appris infuse désormais dans ce que j’écris. Je ne suis pas devenue chanteuse pour autant, mais j’ai envie de faire des chansons pour enfants, des lectures musicales, d’écrire sur la musique. (C’est la belle malédiction des auteurs.trices : dès que quelque chose nous intéresse, on a envie d’écrire un livre qui en parle.)

En tout cas, j’ai envie de dire à tou.te.s les écrivain.e.s et les illustrateurs.trices : suivez des formations, approfondissez votre pratique, apprenez des choses nouvelles, même des choses très étranges comme parler des langues qui ne sont comprises que par 63 personnes dans le monde ou sculpter des momies en papier mâché (on peut aussi apprendre des choses utiles, mais j’aime l’idée de ce qui est apparemment inutile – parce qu’on finit toujours par en faire quelque chose). C’est joyeux, c’est riche d’enseignement.

Et puis à une époque où les artistes sont de plus en plus précaires, c’est un droit dont il faut profiter tant qu’on peut, avant qu’il soit retiré sous prétexte de coupes budgétaires.

Enfin, c’est aussi une manière de rejeter le cliché de l’écrivain.e solitaire et auto-inspiré.e, qui n’a jamais eu besoin d’apprendre parce que l’art ça ne s’apprend pas, parce que l’inspiration tombe du ciel et que le talent est inné, et qui de toute façon ne sait rien faire d’autre. On retrouve une forme d’humilité quand on débute, quand on a besoin des autres pour s’en sortir. On se rappelle qu’on a été un jour tout petit devant ce qu’on sait faire aujourd’hui, on se rappelle qu’on a encore beaucoup à apprendre et qu’on n’en finit jamais de s’améliorer. Ça fait du bien.

Quand on est écrivain.e et qu’on travaille chez soi, ce n’est pas toujours facile de séparer sa vie familiale de sa vie professionnelle. Ça demande un effort de se mettre au travail plutôt que de feuilleter des livres dans sa bibliothèque, prendre cinq un café sur sa terrasse, écrire des bêtises sur Facebook, gratouiller sa guitare ou son chat. Mais c’est un lieu commun. Et puis surtout on a choisi ce métier, alors on s’accommode plutôt bien de cette situation.

En revanche, dès qu’on a des enfants, la situation se complique. Je crois qu’en France, il y a des places en crèche pour moins de 20 % des enfants. Le taux de chômage avoisine les 10 %, mais au lieu de construire des crèches, on force des parents à prendre des congés parentaux parce qu’ils n’ont pas trouvé de mode de garde satisfaisant. C’est un peu rageant, surtout quand on sait que parmi les critères potentiels de sélection, il y a le fait de harceler une crèche ou de contacter la bonne personne à la mairie. En revanche, quand vous êtes artiste (ou freelance), on ne voit pas pourquoi vous avez besoin d’une crèche puisque vous passez votre journée à la maison. C’est comme ça qu’on se retrouve à tenter d’écrire des bribes de phrases à côté d’un enfant qui escalade une bibliothèque, mange un savon, tartine les murs de compote ou essaie de taper sur notre clavier.

Alors maintenant qu’on a trouvé une crèche, j’envoie un petit coup de cœur aux super puéricultrices de notre crèche, patientes et attentives, sans qui je n’aurais plus rien écrit depuis un an et demi !

Coline PierréColine Pierré est auteure.

Bibliographie :

  • La Folle rencontre de Flora et Max, roman coécrit avec Martin Page, l’école des loisirs (2016).
  • Ma fugue chez moi, roman, Le Rouergue (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • L’immeuble qui avait le vertige, roman, Le Rouergue (2015).
  • N’essayez pas de changer, le monde restera toujours votre ennemi, roman coécrit avec Martin Page, autoédité (2015).
  • Petite encyclopédie des introvertis, roman, autoédité (2015).
  • Apprendre à ronronner, roman illustré par José Parrondo, l’école des loisirs (2013).

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