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Marie Moinard

Les invité·e·s du mercredi : Marie Moinard et Éric Senabre

Par 11 octobre 2017 Les invités du mercredi

Cette semaine, on reçoit l’éditrice (et autrice) Marie Moinard qui nous parle de sa maison d’édition : Des ronds dans l’O (maison dont on chronique régulièrement les livres). Ensuite, on part en vacances avec l’auteur Éric Senabre ! Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Marie Moinard

Parlez-nous de la naissance de votre maison d’édition, Des ronds dans l’O. D’où est venue cette envie de monter votre propre maison ?
J’ai toujours aimé vivre entourée de livres. Je ne passe pas de jour sans livre à proximité, ça fait partie de ma vie. Du coup, éditer a été un aboutissement personnel. Mais c’est aussi un moyen d’être libre de s’exprimer et de pouvoir échanger avec un grand nombre de personnes. C’est riche, passionnant, varié et on apprend tout le temps en faisant des livres.

D’où est venu ce nom, « Des ronds dans l’O » ?
« Des ronds dans l’O » vient du souvenir des ricochets que nous faisions dans les rivières avec mon père quand j’étais enfant, même un peu plus grande. Ce sont de très beaux souvenirs pleins d’humour, d’amour et de poésie, des choses qui comptent. Et puis le O représente les bulles de BD, majeure partie des publications de Des ronds dans l’O.

Aujourd’hui, on sent que c’est toujours une maison d’édition engagée, quelle est la ligne éditoriale ? Comment choisissez-vous les livres que vous allez publier ?
Disons que c’est une maison qui se positionne contre le sexisme, le racisme, l’antisémitisme, le fascisme et la violence. Je suis féministe et je ne comprends pas qu’on puisse rabaisser les filles sans trouver ça choquant, d’ailleurs, je pense que tous les parents de fillettes le sont tout autant que moi. L’intérêt d’être à la tête d’une maison d’édition et d’être une femme, c’est d’avoir le pouvoir de valoriser les femmes et de les installer aux mêmes fonctions que les hommes : pas de différence dans les rôles, ni dans les modèles, ni chez les auteurs·trices.

Qui compose l’équipe et quelles sont leurs fonctions ?
Je suis à la tête de la boîte et je fais un peu de tout ! Des décisions éditoriales aux choix de typo pour une couverture ou du montage de stand à la représentation des livres chez le diffuseur. C’est très varié, un peu chronophage et surtout passionnant. François Boudet a créé le site internet et s’occupe de le mettre à jour quotidiennement, il m’accompagne en salon, il fait les expéditions, les services de presse et participe aux prises de décision des choix éditoriaux. Nous sommes salariés tous les deux ; Nicolas Mallet vient renforcer l’équipe en freelance en tant qu’attaché de presse depuis ce mois d’août. Je travaille avec un expert-comptable pour la compta et le bilan et en freelance, on fait appel à une maquettiste, un fabricant, des correcteurs·trices, les relectures, les traductions, etc.

Pouvez-vous nous parler de votre parcours personnel ?
J’ai suivi un parcours classique, fac de droit et j’ai d’abord travaillé dans le journalisme avant de passer à un emploi salarié dans une grande compagnie d’assurance où j’ai continué de me former à d’autres choses mais ça n’a pas été très loin, ce choix ne m’a pas convaincue. Je suis restée proche de la presse assez longtemps et j’ai vraiment repris l’écriture d’articles sur le net d’abord puis dans la presse spécialisée bande dessinée dès 2000. Malgré mon activité éditoriale, je n’ai pas complètement lâché la presse et je tiens la rubrique jeunesse dans le journal DBD. J’ai créé Des ronds dans l’O en autodidacte en 2004. Le premier livre a été publié en janvier 2005, la maison a eu 13 ans ce mois d’août.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Enfant, j’ai lu tous les Club des cinq, Clan des sept, Les six compagnons, les livres de Georges Sand et de la Comtesse de Ségur, les contes et légendes, je lisais tout le temps. Ado, je suis passée à la poésie avec Baudelaire, mon chouchou, mais aussi Verlaine, Ronsard, Rimbaud et tant d’autres. Des lectures très classiques que j’ai adorées : Crimes et Châtiment (Dostoïevski), Le rouge et le noir (Stendhal), Madame Bovary (Flaubert) et j’ai commencé à lire des bouquins plus politiques.

Que lisez-vous en ce moment ?
Je lis plusieurs livres en même temps, j’ai presque toujours fait ça, donc en ce moment, je relis la série de bande dessinée Julien Boisvert que j’avais tellement aimée de Michel Plessix, un grand poète auteur de BD qui vient de mourir prématurément, Les années de Annie Ernaux, Les lois naturelles de l’enfant de Céline Alvarez. Je viens de finir Vie de ma voisine (Geneviève Brisac) que j’ai beaucoup aimé.

Pouvez-vous nous présenter quelques-uns des prochains livres qui vont sortir chez Des ronds dans l’O ?
Ce sera des « beaux livres » illustrés par Virginie Rapiat abordant les questions écologiques. Le premier, La tisseuse de nuages écrit par Ingrid Chabbert met en scène une fillette qui va sauver son village des désastres de la sécheresse et le deuxième, Dame Nature écrit par Christos, parle de la création de la nature et des dangers qu’elle court sous le feu des guerres et de tant d’autres choses créées par les humains. Ce sont deux contes écolo. Ils seront dispo pour novembre.

Parmi les livres sortis chez Des ronds dans l’O :

  • Maria et Salazar, de Robin Walter (2017).
  • Les contes noirs du chien de la casse, de Remedium (2017)
  • Dépêche-toi, maman, c’est la rentrée !, d’Hubert Ben Kemoun et Marc Lizano (2017).
  • La dernière représentation de mademoiselle Esther, d’Adam Jaromir et Gabriela Cichowska (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Série C’est pas toujours pratique d’être une créature fantastique, de Sibylline et Marie Voyelle (2015-2017), que nous avons chroniqué ici et .
  • Série Lili Pirouli, de Nancy Guibert et Armelle Modéré (2014-2017), que nous avons chroniqué ici et .
  • La plus Belle, de Fanny Robin et Marjorie Béal (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Série Monsieur Lapin, de Loïc Dauvillier et Baptiste Amsallem (2012-2014), que nous avons chroniqué ici.
  • L’histoire qui fait peur !, de Marjorie Béal (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Série En chemin elle rencontre…, collectif (2009-2013), que nous avons chroniqué ici.
  • L’étrange histoire de Pétula-Élisabeth Artichaut, d’Amélie Billon-Le Guennec, et Kabuki (2013), que nous avons chroniqué ici.

En savoir plus sur Des ronds dans l’O : http://www.desrondsdanslo.com.


En vacances avec… Éric Senabre

Régulièrement, nous partons en vacances avec un·e artiste. Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais moi j’adore partir comme ça avec quelqu’un, on apprend à la·le connaître notamment par rapport à ses goûts… cet·te artiste va donc profiter de ce voyage pour nous faire découvrir des choses. On emporte ce qu’elle·il veut me faire découvrir. On ne se charge pas trop… 5 de chaque ! 5 albums jeunesse, 5 romans, 5 DVD, 5 CD, sur la route on parlera aussi de 5 artistes qu’il·elle veut me présenter et c’est elle·lui qui choisit où l’on va… 5 destinations de son choix. Cette fois-ci, c’est avec Éric Senabre que nous partons ! Allez, en route !

Bon, alors voilà ma liste. Ce n’est pas « mes 5 trucs préférés », mais plutôt « 5 trucs que j’aimerais bien faire connaître ». Je suppose que ça marche aussi (et je suppose également que tout le monde s’en fiche, au fond :p)

5 CD

  • Dirty, Sonic Youth
  • The Olympus Sound, Pugwash
  • Red, King Crimson
  • Schmillco, Wilco
  • Shakespeare Songs, Alfred Deller, Deller Consort & Desmond Dupré

5 DVD

  • Profondo Rosso, Dario Argento
  • Scaramouche, George Sidney
  • Excalibur, John Boorman
  • La Maison du diable, Robert Wise
  • L’été de Kikujiro, Takeshi Kitano

5 romans

  • La Chambre ardente, John Dickson Carr
  • Le grand Dieu Pan, Arthur Machen
  • Un yankee à la cour du roi Arthur, Mark Twain
  • La Compagnie blanche, Arthur C. Doyle
  • La Flèche noire, Robert Louis Stevenson

5 albums jeunesse

  • Le masque, Stéphane Servant et Ilya Green
  • Le Vent dans les saules, Kenneth Grahame et Inga Moore
  • L’Aventure du Ruban moucheté, Conan Doyle et Christel Espié
  • Les Mystères de Harris Burdick, Chris Van Allsburg
  • Andromedar SR1, Heinz Edelmann

5 artistes

(on entendra par là « 5 personnes qui ont œuvré dans les arts graphiques, la peinture, l’illustration, etc. »)

  • John Everett Millais
  • Howard Pyle
  • John Waterhouse
  • Angelo Stano
  • Edmund Dulac

5 lieux

  • La ville de Tavistock, dans le Devon, en Angleterre
  • Les Monts d’Arrée, dans le Finistère, en France (pas loin de chez moi !)
  • Le Burren, dans le Comté de Clare, en Irlande
  • Le jardin du Mont des Récollets, dans le Nord, en France
  • Le Leighton Museum, à Londres

 

Éric Senabre est auteur.

Bibliographie sélective :

  • Megumi et le fantôme, roman, Didier Jeunesse (2017).
  • Star trip, roman, Didier Jeunesse (2017).
  • Elvide et Milon, la musique au temps du Moyen Âge, livre-CD illustré par Élodie Coudray, Didier Jeunesse (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Le dernier songe de Lord Scriven, roman, Didier Jeunesse (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Série Piccadilly kids, romans, ABC Melody (2015-2016).
  • Elyssa de Carthage, roman, Didier Jeunesse (2015).
  • Série Sublutétia, Romans, Didier Jeunesse (2011-2013).
  • Rockin’ Johnny, livre-CD illustré par Merlin, Didier Jeunesse (2013).

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Les invités du mercredi : Didier Debord et Marie Moinard

Par 6 mars 2013 Les invités du mercredi

Aujourd’hui j’ai la chance de recevoir deux personnes qui ont en commun d’être auteurs et éditeurs, et tous les deux ont un vrai discours, ils ont vraiment quelque chose à dire. Je suis heureux de vous faire découvrir ou mieux connaître Didier Debord, pour commencer, qui a accepté de répondre à mes questions. Ensuite je vous propose de lire les coup de cœur et coup de gueule de Marie Moinard. Bon mercredi !


L’interview du mercredi : Didier Debord

Didier DebordVous êtes auteur, éditeur, traducteur… quel a été le chemin pour arriver jusque-là ?
Je suis arrivé là de la manière la plus détournée qui soit ! Rien ne me prédestinait à la littérature, puisque je devais devenir vétérinaire. Mais quand on a 14 ans en 1968, qui plus est dans une grande ville comme Lyon, on se laisse aspirer par la vague de liberté et je me suis dit que vétérinaire n’était pas forcément synonyme de liberté. En résumé : j’ai tout arrêté en première après trois redoublements (CM2, 3ème – tiens, j’avais 14 ans ! – et seconde) et de fortes chances de redoubler ma première. Par bonheur, j’ai pu ensuite passer le bac SMD et ai alors commencé un long cursus de quinze ans d’études. Le bac SMD ? Vous savez ce bateau qui fait la navette entre Saint-Malo et Douvres, le but de mon premier voyage, de quinze ans de voyage, de pérégrinations et d’errance…
Mahmoud, petit prince du desertDisons que l’écriture résulte directement des voyages, des rencontres, des expériences. Il y a matière à raconter, à partager. Mais c’est aussi en voyageant que j’ai appris trois langues étrangères, l’allemand, l’anglais et l’espagnol, sur le terrain, parfois sur l’oreiller. C’est une excellente formation, ludique, mais surtout efficace si j’en juge à ma bibliographie, que ce soit adulte ou jeunesse.
Tout le reste est dans ma pièce de théâtre Papi était hippy, parue aux éditions Le Griffon bleu.

Justement, parlez-nous des éditions du Griffon bleu.
Le Griffon bleu est un canidé-éditeur assez remuant. Tel chien, tel maître. Je l’ai voulu ainsi, je n’irai pas me plaindre. Lui aussi est un contestataire, un militant, un engagé, j’ai bien dit « engagé » et non « enragé », qu’on ne me l’abatte pas ! Je l’ai créé avec mon ami Frédéric Besnault, un infographiste, pour éditer des intermittents du spectacle, des conteurs et des comédiens. Donnant-donnant, comme disait je-ne-sais-plus-qui. Le Griffon bleu les publie Papiet ils se/nous diffusent à travers leurs spectacles. Ensuite, nous avons créé une collection de romans, On Ré-Agit !, dont le programme est dans le nom. Ce sont des romans sur des thèmes qui concernent la jeunesse, mais pas qu’elle, et que nous abordons avec franchise, sérieux et décontraction. Ce n’est pas parce qu’on parle de l’anorexie dans La fille qui n’existe pas, de la mondialisation dans Chicharra et les vautours, des relations élèves-profs-parents-administration dans L’arène du collège qu’il faut pleurer. Lisez Un scooter d’enfer qui parle des clichés sur la banlieue : on rit et on pleure. Mais on rit.
Nous commençons à publier des pièces de théâtre écrites par les détenues de la prison de Seysses au cours d’ateliers organisés par Stéphanie Fontez et Alice Subias, et nous sommes sur la piste de publications multimédias de contes en langue des signes qui pourraient également être écoutés par les malvoyants.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescent ?
Hmmm… Joker ! Bon, soyons francs, je ne lisais pas. J’ai été élevé dans une famille de scientifiques (papa toubib, frère toubib, sœur aînée prof de biologie, sœur cadette orthophoniste et moi…) où seule ma grande sœur lisait. J’en suis resté au Club des Cinq et, un peu plus tard, aux San Antonio. Au pays du soleil levantPlus tard encore, mes « études » m’ont également empêché de lire : vous vous voyez transporter une bibliothèque dans un sac à dos ? Moi pas… J’ai découvert la lecture à plus de trente ans.

Parlez-moi de la trilogie La quête de l’horizon, comment est-elle née ?
C’est l’un des fruits de mes quinze années d’études ! J’ai traversé en trois mois et en 2 CV camionnette le Sahara marocain et algérien d’est en ouest pour rencontrer les Sahraouis et j’en ai tiré, beaucoup plus tard, deux romans, La guerre des sables, pour la collection On Ré-Agit !, puis Mahmoud, petit prince du désert, le premier tome de La quête de l’horizon parue aux éditions Le Jasmin. Entre-temps, je suis parti comme brigadiste (non armé, je précise) en Amérique Centrale pendant la guerre qui opposait au Nicaragua les Sandinistes à la Contra (la contre-révolution). J’ai sillonné le quartier avec mon sac à dos pendant trois mois et en ai tiré un reportage de guerre pour un quotidien allemand. C’était la première fois que j’écrivais quelque chose et j’avais 34 ans. J’en ai tiré par la suite le deuxième tome : Le secret de Teotihuacan. Par contre, je ne suis pas allé au Japon, eh non ! Mais, pour écrire Au pays du soleil levant, je me suis sacrément documenté – pas seulement en fréquentant les restaurants chinois et en buvant du saké. J’ai énormément parlé avec des gens qui connaissent bien le Japon, j’ai regardé des cassettes, lu des livres et recueilli des témoignages. Je l’ai finalement fait « valider » par des nippons qui m’ont dit s’y reconnaître.
Un auteur est un passeur de mots. Regardez mon essai historique, Les Espagnols en France, une vie au-delà des Pyrénées, co-écrit avec Bruno Vargas et paru aux éditions de L’Attribut. Je n’ai pas fait la guerre d’Espagne et n’ai pas connu la retirada, et pourtant, je raconte cette période comme si je l’avais vécue.

Ane

« Didier tient de l’âne, il est têtu et toujours sur la paille » (illustration Birgit Kilian)

J’ai eu l’impression qu’à travers le regard des enfants, vous faisiez passer votre propre regard sur les gens, les lieux, que vous aviez ressenti ce qu’ils ressentent dans leurs voyages, est-ce que je me trompe ?
Et vice-versa ! Les enfants sont les vecteurs de mon ressenti et je suis le vecteur de leur ressenti. J’ai toujours beaucoup parlé et joué avec les enfants et ils m’ont énormément raconté de choses que j’ai pour ainsi dire « vécues par procuration ». Je voyageais le plus souvent seul et ils ont écrit avec moi mon carnet de voyage. La partie de foot dans La guerre des sables est vécue avec eux et j’ai rencontré avec eux le « vieillard » (à peine cinquante ans) rentré invalide des mines de phosphate du grand sud. J’adore les marmots et les marmottes. Ils sont tellement petits et grands, gamins et mûrs, spontanés et réfléchis, francs et attentifs, et tout et tout… Et pis d’abord, chu aussi resté un n’enfant, na !

J’ai remarqué que l’âge des enfants n’est jamais donné et on ne sait pas comment ils voyagent, ils ne sont jamais accompagnés de leurs parents (on imagine que des parents laissent rarement des enfants faire le tour du monde seuls !), est-ce un choix ? Pourquoi ce choix ?
Des enfants qui voyagent seuls ? Bah, rien de nouveau sous le soleil, Nils Olgerson l’a fait bien avant mes héros. Si je ne donne pas leur âge, c’est pour qu’une vaste palette de lecteurs puisse s’identifier avec eux. Pour moi, ils peuvent avoir entre 8 et 12 ans, un âge où on peut tout se permettre, parce qu’on est inconscient et de toute façon immortel.

Verrons-nous une suite ?
Je ne pense pas faire La quête de l’horizon, le retour. Je voulais faire passer des messages, et notamment dans les dernières lignes, je voulais faire rêver, donner envie de découvrir le monde, ouvrir les cœurs vers l’autre. J’espère que c’est (bien ?) fait. Je passe à autre chose, mais souhaite vivement rencontrer mes lecteurs pour continuer à faire vivre ces livres avec eux et à travers eux.

Quels sont vos projets ?Clément un garçon dans le vent
Actuellement, j’écris un gros roman autobiographique adulte, sur mes « études » et leurs conséquences sur ma vie. Deux vies pour le prix d’une, avec, en sous-titre De hippy jeune et beau, à papi plus très jeune, mais… On se fiche d’ailleurs pas mal de ma vie, elle est juste un prétexte. Par contre, je veux utiliser mon personnage pour m’en prendre au misérabilisme ambiant, au renfermement sur soi, à la peur de soi, de l’autre, de l’avenir. J’ai commencé dans le caniveau. Á l’époque, j’étais un hippy, maintenant, je serais assimilé SDF, avec tout ce que cela implique en consommations diverses et variées, en nuits ni câlines ni de Chine ni d’amour, en incertitudes, en dangers physiques et autres, en carences… mais aussi en infinies possibilités qu’il faut savoir provoquer et saisir… La vie est dans la rue, elle n’est pas dans la boîte à images. La première phrase du livre est celle-ci :
Tout corps plongé dans un sable mouvant reçoit de celui-ci une poussée verticale égale au poids du volume de sable [mouvant] déplacé – vers le haut : il n’y a pas de fatalités !
Autrement, eh bien, j’ai l’intention de vivre avec mes trois marmots et marmottes et avec leur illustratrice de maman, Birgit Kilian (pub : www.bkilian.com), et avec la terre entière, rien que ça ! Et si on parlait de vous, maintenant…

Le site de Didier Debord : http://www.d-debord.com et celui des éditions Le Griffon bleu : http://www.editions-legriffonbleu.fr.

Bibliographie (jeunesse) sélective :

En tant qu’auteur :

En tant que traducteur :

  • Les animaux reviennent, de Michael Krüger, illustré par Quint Buchholz, Plume de Carotte
  • Le paysan qui rêvait de bateau, de Jens Rassmus, Gründ

Les derniers titres parus au Griffon bleu :

  • La fille qui n’existe pas, roman de Marie Mélisou (2012)
  • Un scooter d’enfer, roman de Gérard Lapagesse (2012)
  • L’arène du collège, roman de Micheline Jeanjean (2012)

Retrouvez toute la bibliographie (jeunesse, adulte et traduction) de Didier Debord sur son site.


Le coup de cœur et le coup de gueule de… Marie Moinard

Une fois par mois un acteur de l’édition jeunesse (auteur, illustrateur, éditeur,…) nous parle de deux choses qui lui tiennent à cœur. Une chose qui l’a touché, ému ou qui lui a tout simplement plu et sur laquelle il veut mettre un coup de projecteur, et au contraire quelque chose qui l’a énervé. Cette semaine c’est l’auteur Marie Moinard qui nous livre son coup de cœur et son coup de gueule.

Coup de cœur :

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Marie Moinard et Stéphane Hessel, photo de François Boudet

Alors que je voulais parler d’un livre de Martin Wincker, Le chœur des femmes, coup de cœur résolument féministe en littérature ado adulte, j’apprends le décès d’un homme juste que j’ai eu le plaisir de rencontrer pour mon travail. Je laisse mon coup de cœur littéraire de côté, Martin Winckler est bien trop intelligent pour m’en vouloir, pour rendre hommage à Stéphane Hessel, parti à 95 ans. 95 ans d’une vie lumineuse malgré les drames qu’il a vécus et les obstacles qu’il a surmontés. Rien n’a arrêté la volonté farouche de Stéphane Hessel de dessiner un monde meilleur au travers de ses actes, de ses propos, de ses livres et de ses prises de position. Il a, à lui tout seul, suscité l’indignation chez une grande partie de la jeunesse, qui s’est alors élevée contre les dogmes, contre la pauvreté et l’injustice, contre les mauvaises décisions, d’où qu’elles viennent, qui mettent en péril le juste équilibre de la vie. Il a proposé des solutions, œuvré, nourri des espoirs fondés pour un avenir plus solide. Il a survécu aux camps de concentration comme d’autres mais lui a eu un destin très peu ordinaire le conduisant à de hautes fonctions, notamment celle de diplomate, celle de membre de l’ONU, ou encore celle de co auteur de la déclaration des droits de l’Homme de 1948. Quand je l’ai rencontré, j’ai été  subjuguée par cet homme souriant, âgé  – 92 ans – trottant comme un lapin alors qu’il s’était excusé de marcher difficilement en raison de douleurs à une jambe. Il allait plus vite que moi ! Nous avions rendez-vous dans un café près de chez de lui en plein mois d’août ! Et tous les établissements étant fermés, il m’a emmenée chez lui pour pouvoir discuter calmement de cette préface que je voulais lui demander. Préface qu’il a bien voulu me donner. Je l’ai enregistré mais, trop timide, je n’ai pas osé lui demander de la signer de sa main. Et pour aller au bout de son engagement, il a accepté de participer à une émission de TV : Un monde de bulles autour de KZ Dora, l’album en question. La rencontre était improbable, elle a pourtant eu lieu, elle a été unique pour l’auteur de KZ Dora. C’est un cadeau. C’est ce qui le définissait entre autre à mes yeux : il était disponible pour donner des explications sur le monde tel qu’il le percevait afin que l’Histoire serve le futur mais ça c’est une autre histoire. Avec toute mon admiration.

Coup de gueule :
Belle et bêteMon coup de gueule va à un éditeur : Stock. Éditeur qui vient de publier un livre sous couvert de littérature, ce qui est plutôt banal dans le métier d’éditeur mais qui l’est beaucoup moins pour le titre en question. Il s’agit de Belle et bête de Marcela Iacub. Ce texte est apparu comme un roman aux yeux de certains journalistes qui l’ont soutenu comme on soutient un chef d’œuvre en lui consacrant sa Une (Le Nouvel Observateur, Libération) ce qui est exceptionnel pour un livre. Pourtant, ce texte relève plus d’un article racoleur écrit par une journaliste dont on dit qu’elle est féministe mais qui s’exprime régulièrement en faveur de la dépénalisation du viol. On a même voulu comparer ce livre à la littérature de Marie Darrieussecq et son roman Truismes, parce qu’on y parle aussi de cochon ! Entendez par là que l’auteure s’est éprise d’un homme parce qu’il est un cochon ce qui le rend sublime à ses yeux. J’ai eu le livre entre les mains. Ce que j’en ai lu m’a mise en colère. De quelle littérature parle-t-on ? C’est pas comme si on laissait croire aux consommateurs qu’ils mangent du bœuf alors qu’en réalité on leur sert du cheval ! Je ne développerai pas davantage le sujet qui, à mon sens, n’aurait jamais dû sortir de l’échange privé. Je retiens de cette publication qu’il s’agit d’un acte mercantile pour lequel l’éditeur a finalement été condamné à mettre un encart dans chacun des 40 000 exemplaires imprimés ainsi qu’à une amende conséquente. Le Nouvel Obs est également condamné. Dans ce monde où l’égalité femme-homme reste un combat quotidien, la publication de ce livre participe à la régression de l’émancipation des femmes.

Marie MoinardMarie Moinard est auteur et éditrice.

Bibliographie (jeunesse) sélective :

En tant qu’auteur :

En tant qu’éditrice :

Retrouvez la bibliographie complète de Marie Moinard le site des éditions Des ronds dans l’O.

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