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Les invité.e.s du mercredi : Joanna Wiejak et Mathias Friman

Par 21 juin 2017 Les invités du mercredi

Aujourd’hui on part à la rencontre de Joanna Wiejak, l’autrice et illustratrice du fantastique Les salades de mon grand-père, et puis l’on parle chaîne alimentaire avec Mathias Friman l’auteur d’Une petite mouche bleue… Bon mercredi !


L’interview du mercredi : Joanna Wiejak

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
Je suis née en Pologne et arrivée en France à l’âge de 15 ans. Après le bac scientifique, j’ai suivi une formation à l’École de Communication Visuelle Paris et travaillé en tant que graphiste freelance depuis mes débuts. Il y a quelque temps, j’ai quitté Paris pour la campagne gersoise. L’éloignement et le calme favorisant l’introspection, j’ai renoué avec le dessin et mes origines polonaises.

Comment vous est venue l’idée de Les salades de mon grand-père ?
Cette idée a exactement 1 an mais il est toujours difficile de qualifier ou interpréter une inspiration. Elle puise sûrement dans la figure importante qu’a joué mon grand-père pour moi et son rapport à la réalité. Toujours tiré à quatre épingles, les souvenirs où nous partions en montagnes sont encore très prégnants. D’autre part, j’aime beaucoup les expressions, imagées et ludiques. Les malaxer, les triturer, travailler autour d’une expression dont sa traduction visuelle pouvait être un jeu me plaisait.

Les salades de mon grand-père nous parle de l’importance des histoires pour embellir et inventer son quotidien. Quelles ont été les « salades » qui ont changé votre vie enfant ?
J’ai grandi dans une Pologne des années 70 et 80, le contexte politique était particulier et tendu : soumission à l’URSS, inflation galopante, révoltes ouvrières, tickets de rationnement, état de guerre. Malgré ce contexte, l’expression « ça va » est probablement la salade qui m’a le plus servi pour traverser l’enfance normalement.

Quelles étaient vos lectures d’enfant et d’adolescente ?
Je n’ai jamais été une grande lectrice. Au grand dam de ma mère, philologue de la langue polonaise et travaillant dans une maison d’édition à Cracovie, je limitais mon utilisation du livre à regarder les illustrations et dessiner dans les marges… Malgré ça, elle continuait à m’encourager à la lecture, surtout des livres avec des héroïnes au caractère fort comme Fifi Brindacier et Les enfants de Bullerbyn d’Astrid Lindgren ou la série d’Anne, une autre rouquine, (Anne… La maison aux pignons verts, Anne d’Avonlea, etc.) de l’auteure canadienne Lucy Maud Montgomery. Personnellement, j’avais une préférence pour des héros imaginaires et des univers prenant source dans le rêve : la série Moomins de Tove Jansson, Winnie l’Ourson d’Alan Alexander Milne, Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll et dans un registre plus « local » la géniale trilogie Przygody Baltazara Gąbki de Stanisław Pagaczewski – aventures rocambolesques avec une galerie de personnages empruntés aux récits populaires et hauts en couleur. Ferdynand Wspaniały (Ferdinand le Magnifique) de l’auteur polonais Ludwik Jerzy Kern – histoire d’un chien qui rêve d’être un humain – et Babcia na jabłoni (Die Omama im Apfelbaum la traduction pourrait être « Grand-mère dans le pommier ») de l’auteure autrichienne Mira Lobe – histoire d’un garçon qui s’invente une grand-mère – m’ont également beaucoup touchée.

Avez-vous de nouveaux projets d’albums ?
J’ai effectivement quelques idées 🙂

Son site : http://yoyo.ultra-book.com/

Bibliographie :

  • Les salades de mon grand-père, texte et illustrations, Le Diplodocus (2017), que nous avons chroniqué ici.
  •  Mon cahier d’activité tout fou, illustrations d’un texte de Madeleine Deny, Éditions Tourbillon (2015).


Parlez-moi de… D’une petite mouche bleue

Régulièrement, on revient sur un livre qu’on a aimé avec son auteur.trice, son illustrateur.trice et/ou son éditeur.trice. L’occasion d’en savoir un peu plus sur un livre qui nous a interpellés. Cette fois-ci, c’est sur D’une petite mouche bleue, que nous revenons avec son auteur et illustrateur (Mathias Friman). L’éditrice n’a pas trouvé le temps de nous répondre.

Mathias Friman, auteur et illustrateur:

D’une petite mouche bleue est l’histoire d’une chaine alimentaire comme il en existe beaucoup d’autres. Mais elle parle aussi du temps, de la mort, et de la place de l’homme dans tout cela.

D’une petite mouche bleue est né un bel après-midi d’automne à la ménagerie du Jardin des Plantes. Partis, pour une journée familiale au Jardin des Plantes, mes enfants et moi sommes en arrêt devant un terrarium rempli de grenouilles bleues (Dendrobates azureus, et oui un peu de culture cela n’a jamais fait de mal à personne)…
— Elles mangent quoi ? me demande Éponine, ma fille…
Je pense et imagine de suite des mouches bleues mais César, mon fils de 8 ans, fin spécialiste de la chose et de ce qui l’entoure, répond plus vite que moi : « Du Caca… »

La mouche bleue était née en un mot. Il ne me restait qu’à étoffer l’histoire, trouver une suite possible, pas scientifique mais réaliste et drôle… Ma première interrogation fut : « À qui appartient ce beau caca bleu ? ». Seul l’homme pouvait en être le dépositaire, il nous renvoie à notre rôle envers cette nature.

Pour l’illustration, j’allais demander à celui qui savait le mieux ce que je voulais : Moi. J’allais pouvoir m’éclater, mettre en application mes lointaines études parisiennes à l’école nationale supérieure des beaux-arts et ma passion pour l’histoire naturelle.

L’utilisation du crayon graphite et seulement du bleu, est arrivée naturellement dans les premiers croquis… (L’histoire devait être comprise par tous, seulement en regardant les images).

L’histoire écrite, les premières planches illustrées faites, il me fallait trouver une belle maison d’édition pour me guider. La mouche bleue s’envola naturellement pour ses voisines Les Fourmis Rouges (pas pour crier famine, mais pour être aimée et publiée). Valérie, l’éditrice, a été de bons et précieux conseils, tant sur la mise en page que pour tout le reste. Créer D’une petite mouche bleue a été merveilleux, et travailler en concertation avec les Fourmis Rouges un véritable bonheur (qui j’espère va se reproduire rapidement).


D’une petite mouche bleue
de Mathias Friman, sorti chez Les fourmis rouges (2017), que nous avons chroniqué ici.

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Les invité.e.s du mercredi : Anaïs Vaugelade, Cathy Ytak, Thomas Scotto et Alain Claude

Par 10 mai 2017 Les invités du mercredi

Aujourd’hui, on parle anatomie, crocodile et encyclopédie avec la formidable Anaïs Vaugelade et puis l’on part à la rencontre d’Alain Claude, Thomas Scotto et Cathy Ytak qui nous présente leur fantastique Libre d’être ! Bon mercredi !


L’interview du mercredi : Anaïs Vaugelade

Comment vous est venue l’idée de faire un livre « d’anatomie et de bricolage » ?
De mon goût pour l’anatomie, pour les corps, pour le « comment ça marche », aussi. Et d’une question de mon fils (que j’ai mise au tout début du livre) : « Dis, est-ce que ma poupée a elle aussi une colonne vertébrale ? »
Puis est venue l’idée de raconter la construction d’un corps, puis l’idée de réutiliser le personnage de Zuza, sa liberté de ton, son petit monde aussi.
Et enfin, d’utiliser pour référent scientifique une « Encyclopédie Crocodilis », fournie par le crocodile ami de Zuza, ce qui m’a donné la petite distance nécessaire pour aborder les sujets délicats : la vue en coupe d’un zizi « crocodile » passe mieux que celle d’un zizi humain.
Cette encyclopédie crocodilis a aussi permis d’ouvrir le livre à un peu d’anatomie comparée, et j’adore d’anatomie comparée.

Les animaux ont une place prépondérante dans vos histoires, pouvez-vous nous dire pourquoi ?
C’est une politesse envers le lecteur, une façon de ne pas forcer l’identification, de ne pas lui dire « C’est toi, regarde, ça parle de toi ». En même temps, un lapin qui porte des t-shirts et qui se lave les dents, on comprend que ça ne parle pas tellement du règne animal… Les enfants comprennent très bien très, très tôt le principe de fiction.

Quelles sont vos principales sources d’inspirations ?
Ce qui m’arrive. Ce qui m’arrive est ma principale source d’inspiration.

Qui étaient vos auteurs/illustrateurs préférés lorsque vous étiez enfant/adolescente ?
Lobel, Sendak, et puis la Gerda Muller de Marlaguette !

Aura-t-on le plaisir de retrouver Zuza bientôt ?
J’ambitionne d’écrire l’Encyclopédie Crocodilis, enfin, une version « reader ’s digest » et Zuzesque, de l’Encyclopédie Crocodilis ; mais vu qu’il m’a fallu deux années juste pour parler d’anatomie, je ne pense pas que ce soit pour bientôt bientôt…

Bibliographie sélective :

  • Comment fabriquer son grand frère, texte et illustrations, l’école des loisirs (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Mes animaux (anthologie), textes et illustrations, l’école des loisirs (2014).
  • L’invitation faite au loup, illustration d’un texte de Christian Oster, l’école des loisirs (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Le poulet fermier, illustration d’un texte d’Agnès Desarthe, l’école des loisirs (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Te voilà !, texte et illustrations, l’école des loisirs (2013).
  • 4 histoires d’Amir, texte et illustrations, l’école des loisirs (2012).
  • Le chevalier et la forêt, texte et illustrations, l’école des loisirs (2012).
  • Papa, maman bébé, texte et illustrations, l’école des loisirs (2010).
  • Zuza ! (anthologie), textes et illustrations, l’école des loisirs (2010).
  • Mission impossible, illustration d’un texte d’Agnès Desarthe, l’école des loisirs (2009), que nous avons chroniqué ici.
  • Dans les basquettes de Babakar Quichon, texte et illustrations, l’école des loisirs (2009).
  • Le déjeuner de la petite ogresse, texte et illustrations, l’école des loisirs (2002).
  • Une soupe au caillou, texte et illustrations, l’école des loisirs (2000).

Parlez-moi de… Libre d’être

Régulièrement, on revient sur un livre qu’on a aimé avec son auteur.trice, son illustrateur.trice et/ou son éditeur.trice. L’occasion d’en savoir un peu plus sur un livre qui nous a interpellés. Cette fois-ci, c’est sur Libre d’être, que nous revenons avec ses auteurs.trices (Cathy Ytak et Thomas Scotto) et son éditeur (Alain Claude des éditions Pourquoi pas ?)

Alain Claude – Président de l’association Les Éditions du Pourquoi Pas ?

Libres d’être…
des créateurs d’une maison d’édition jeunesse, pas comme les autres, associative, seulement fondée sur de l’engagement et du bénévolat… défi d’une douzaine de militants vosgiens issus de la Ligue de l’Enseignement des Vosges et de l’École Supérieure d’Art de Lorraine-site d’Épinal, militants, qui au travers de nombreux autres projets en commun, ont toujours placé la création artistique et la fréquentation des œuvres comme des vecteurs essentiels de la formation de la jeunesse…

Libres d’être…
des agitateurs de débats citoyens, politiques -de la vraie politique- débats provoqués par la lecture de textes de grande qualité littéraire, plaçant la culture là où elle doit être dans une démarche incisive chère à l’Éducation Populaire.

Libres d’être…
les instigateurs d’une connivence de plus avec l’ami de longue date Thomas Scotto rejoint pour ce projet par Cathy Ytak avec qui ce sera une première collaboration. Une évidence vue les proximités de vues et d’engagement. Et puis, c’était bien la moindre des choses que de confier le projet à un duo féminin-masculin.

Thomas Scotto : J’avais déjà publié aux Éditions du Pourquoi Pas ? Un texte de commande, « La vie encore », qui abordait la Première Guerre mondiale (NDLR Que nous avons chroniqué ici). Projet que j’avais d’abord refusé, ne m’en sentant pas capable. Seulement, je connais Alain Claude depuis plus d’une dizaine d’années… et comment dire, c’est un homme de grande persuasion ! La commande s’est transformée en carte blanche et pour ce premier projet d’envergure, l’aventure était lancée.

Alain : Pas question de s’arrêter en si beau chemin, pas question de se replier en ces temps agités. Nouvelle commande « toute simple » : le lecteur doit s’interroger sur la laïcité sous l’angle de la liberté de conscience, d’expression, de croire ou ne pas croire… tellement d’actualité !
Sujet complexe… On est bien dans la littérature, dans le plaisir de lire, on ne fait pas la leçon, mais on y va sans retenue aucune…

Thomas : Et puis est venue l’idée de parler des femmes, et de l’égalité Homme/Femme. Là, je me suis tourné vers Cathy pour avoir son avis précieux.

Cathy Ytak : C’est au cours d’une de ces discussions avec Thomas que j’ai dû dire quelque chose comme : « Si je devais écrire un texte sur ce sujet, je le placerais dans le passé, au début du XXe siècle, peu après la séparation de l’Église et de l’État… » Et au final, je me suis retrouvée à écrire ce texte, pour de bon. Je m’y suis mise très vite, avec une espèce de rage. Me glissant sans trop de difficulté dans la peau d’une femme en colère… Pensant sans arrêt à ma propre grand-mère, qui aurait tant aimé avoir la liberté dont nous jouissons aujourd’hui.

Thomas : Pour un projet sur l’égalité, deux voix étaient bien sûr l’idéal.
En regard du texte de Cathy fort et engagé, s’est naturellement imposé le contre-pied d’un texte d’« aujourd’hui ». Mais ça ne suffisait pas. Il m’a fallu du temps pour écrire le mien. Beaucoup de temps. Tout d’abord pour trouver une manière de légitimité… J’ai ressenti tout de suite le bouleversement qu’allait être l’écriture de ce texte-là. Mettre des mots sur cette évidence d’égalité en laquelle je crois mais qui est aussi, et toujours, le constat d’un grand échec humain. Une résonance incroyable et violente, douloureuse dans ma vie pourtant protégée. J’en ai parlé à plusieurs femmes, féministes convaincues ou moins engagées, à des amis hommes aussi. Et finalement, c’est l’une de mes filles qui m’a offert la clé de l’écriture. Dans mon envie de leur montrer des films féministes, des livres féministes, de leur offrir des t-shirts à messages féministes… un jour, elle m’a dit : « mais c’est ton combat… papa ». Alors, tout est parti de là… : Pourquoi je tremble plus que mes filles sur cette grande question d’égalité ?

Cathy : Nous avons discuté ensuite de la place de nos textes, le mien s’insérant au milieu du texte de Thomas, comme un rappel que les combats d’hier et d’aujourd’hui sont indissociables.

Thomas : Nous en proposons, depuis, des lectures à voix haute. Deux voix hautes… l’une comme un cri, l’autre comme une question…
Et c’est émouvant, rassurant, étonnant d’écouter les ados débattre après.

Cathy : Pour moi, ce « Libres d’être » est une belle aventure humaine et littéraire, menée en altérité.

Thomas : Je sais que j’écris ici, aux Éditions du Pourquoi pas ? des textes dont je n’aurais pas eu l’idée ailleurs.

Alain : Et grande première, les illustrations étaient confiées à Thomas. Nous lui connaissons tous ce talent au travers de ses dédicaces. Alors Pourquoi pas ?

Cathy et Thomas, merci à vous pour le partage de votre talent et l’engagement à nos côtés.

 

Libres d’être, au sens plein de ce mot : voilà que la Laïcité prend chair, faisant fi des discours et de l’incantation. C’est cela, peut-être : une colère d’abord, et la résistance qui naît, l’espoir enfin qui fleurit. Rien que de l’humain, tout compte fait. Voilà que Cathy et Thomas usent de mots sensibles et justes de leur art pour, en dépit des obscurs, célébrer le monde et chanter à voix haute et claire, un bel hymne à la fraternité.

Gérard David – membre de l’association EDPP

 


Libre d’être
Texte de Thomas Scotto et Cathy Ytak, illustré par Thomas Scotto.
Sorti chez Éditions du Pourquoi Pas ? (2016).
Retrouvez, ici, notre chronique.

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Les invité.e.s du mercredi : Francine Bouchet, Oulya Setti et Perrine Rempault

Par 5 avril 2017 Les invités du mercredi

Quel bonheur et quel honneur pour nous de publier aujourd’hui une interview de la fondatrice d’une des plus belles maisons d’édition Jeunesse, La joie de lire ! Avec Francine Bouchet, donc, nous revenons sur cette magnifique maison qui fête cette année ses 30 ans et sur son parcours personnel. Ensuite, c’est avec Oulya Setti et Perrine Rempault que nous avons rendez-vous pour la rubrique Parlez-moi de… Ensemble, elles reviennent sur leur album, Dis, c’est quoi un attentat. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Francine Bouchet

Bonjour, vous avez créé les éditions La joie de lire il y a 30 ans cette année. Pourquoi avoir créé cette maison d’édition et d’où vient son nom ?
Le nom de La joie de lire vient de celle de la librairie genevoise (créée en 1937) que j’ai rachetée en 1981. Cette librairie avait publié des livres pour la jeunesse pendant la guerre. Je me suis vite rendue compte que ma voie était ailleurs. Les livres des autres m’ont beaucoup appris, mais j’ai ressenti que j’avais quelque chose à dire de différent.

Qu’est-ce qui a changé en 30 ans au sein de La joie de lire et comment avez-vous vu l’édition jeunesse évoluer ?
Ce qui a changé ? C’est passer de 1 à 700 titres, de 2/3 titres à 40 par année !
En 87, les tout grands étaient déjà là : Lionni, Ungerer, Sendak, Stevenson, Lobel, Janosh etc.  Des œuvres encore incontournables aujourd’hui. Depuis lors, la production a considérablement accéléré, au détriment parfois de la qualité. De nombreux talents émergent cependant, il faut savoir les débusquer.

Comment décririez-vous la ligne éditoriale de La joie de lire ? Comment choisissez-vous les projets que vous éditez ?
C’est une ligne exigeante qui ne se laisse pas enfermer dans un quelconque conformisme. Chaque projet a son histoire : une arrivée par la poste, par mail, une rencontre, une commande etc. Tous les cas de figure sont possibles. Vient alors le moment du programme et de son équilibre, le moment des vrais choix qui se font au sein de la très bonne équipe qui travaille avec moi. Les critères sont simples, d’abord qualité du texte et de l’illustration qui dépendent de la culture de chacun d’entre nous. Une question essentielle : qu’est-ce que le nouveau livre va apporter à son lecteur ? C’est là notre responsabilité d’adulte.

Je sais que la question n’est pas facile, mais si je vous demandais les livres phares qui ont marqué ces 30 premières années ou ceux qui représentent le mieux la maison, vous me citeriez lesquels ?
Je dirai simplement : Corbu comme Le Corbusier (qui reparaît cette année avec une nouvelle couverture), Mozart de Christophe Gallaz illustré par Georges Lemoine, les Marta d’Albertine et Germano Zullo, les Milton de Haydé, toute la littérature étrangère, en particulier les textes de Rodari, Alki Zei, Alice Viera, les œuvres complètes de S. Corinna Bille, plus récemment Diapason de Laëtitia Devernay, Il faut le dire aux abeilles de Sylvie Neeman avec les photographies de Nicolette Humbert, Les oiseaux d’Albertine et Germano Zullo, Drôle d’encyclopédie d’Adrienne Barman. Il y en a bien sûr beaucoup d’autres.

Il y a une belle fidélité des auteurs.trices à La joie de Lire (on les retrouve d’ailleurs dans le magnifique Petit répertoire du temps qui passe que vous avez édité pour l’anniversaire de la maison), c’est important pour vous ?
La vie est faite de rencontres qu’il s’agit de nourrir le mieux possible. Les écrivains et les artistes par la régularité de leur travail et nous par la conviction que nous mettons à les défendre.

Pouvez-vous nous parler de votre parcours personnel ?
J’ai fait du tourisme universitaire en lettres et en psychologie. J’étais « destinée » à l’enseignement lequel m’a laissée sur ma faim.
Mes trois enfants et La Joie de lire sont les œuvres de ma vie. La poésie (pour adultes) m’appelle parfois. J’ai peut-être une petite veine poétique. Mais je n’aspire aucunement à devenir écrivain. Ma vie se partage aujourd’hui entre agitation et silence.

Quel est votre rôle aujourd’hui au sein de La joie de lire ?
J’en suis encore le capitaine. Mais le navire a grandement besoin de tous ses marins…

Parlez-nous de l’anniversaire, comment allez-vous le fêter ?
Entrée en fanfare à la Médiathèque Françoise Sagan avec une très belle exposition (scénographie de Lénaïck Durel) qui dure jusqu’au 14 avril. Dans le même lieu, nous avons pu organiser un colloque sur la liberté dans le livre jeunesse qui fut un magnifique moment de réflexion sur notre travail.
Fin avril, la fête battra son plein au Salon du livre de Genève avec notamment une fête et un petit concert le samedi autour d’un livre patrimonial sur la montée à l’alpage, La Poya, illustré par Fanny Dreyer.
Nous serons très présents au Livres sur les quais à Morges tout début septembre.
La Bibliothèque universitaire de Genève consacrera à partir du 5 septembre, une exposition aux affiches que nous avons publiées au cours de ces 30 années. Un débat suivra « Robinsonnades et utopies », à l’occasion de la publication du Robinson suisse, dans une adaptation de Peter Stamm qui participera à ce débat aux côtés de Michel Porret, professeur d’histoire à l’université de Genève. Germano Zullo et Sylvie Neeman donneront chacun une conférence, l’un sur la voie de l’écrivain, l’autre sur l’œuvre pour la jeunesse de S. Corinna Bille.
Enfin, le 5 octobre sera inaugurée l’exposition La Joie de lire, la joie d’éditer au théâtre Am Stram Gram de Genève.
Un bal littéraire autour des textes de La Joie de lire suivra, mené par l’écrivain Fabrice Melquiot.
Par ailleurs, plusieurs libraires de France verront leur vitrine décorée par des illustrateurs de La Joie de lire.

Que peut-on vous souhaiter pour les 30 prochaines années ?
Voir une Joie de lire pérenne, généreuse, confiante et sans compromis.

Le site de La joie de lire : http://www.lajoiedelire.ch.

Les derniers livres de La joie de lire que nous avons chroniqués :

  • Moi je suis un cheval, texte de Bernard Friot, illustré par Gek Tessaro (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Tête de mule, d’Øyvind Torseter (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • La danse de la mer, de Laëticia Devernay (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Alcibiade, de Rémi Farnos (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Mister Orange, de Truus Matti (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Mais qui dessine là ?, de Constance von Kitzing (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Socrate et son papa, texte d’Einar Øverenget (traduit par Aude Pasquier), illustré par Øyvind Torseter (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Mon tout petit, texte de Germano Zullo, illustré par Albertine (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Tant pis pour elle, de Valérie Dayre et Pierre Leterrier (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Les oiseaux, texte de Germano Zullo, illustré par Albertine (2010), que nous avons chroniqué ici.


Parlez-moi de… Dis… c’est quoi un attentat ?

Régulièrement, on revient sur un livre qu’on a aimé avec son auteur.trice, son illustrateur.trice et/ou son éditeur.trice. L’occasion d’en savoir un peu plus sur un livre qui nous a interpellés. Cette fois-ci, c’est sur Dis, c’est quoi un attentat ?, que nous revenons avec son autrice (Oulya Setti) et son illustratrice (Perrine Rempault). L’éditeur n’a pas souhaité s’exprimer.

Oulya Setti, autrice:

Dis, c’est quoi un attentat ? est un texte auquel je tiens particulièrement. Je l’ai écrit quelques semaines après les attentats du 13 novembre 2015.
Après les attentats de Charlie Hebdo de janvier 2015, comme beaucoup j’ai ressenti le besoin d’écrire et de m’exprimer. D’abord des textes personnels pour plus grands car ils renvoient à ce que j’avais déjà vécu et ressenti durant la décennie noire en Algérie.
J’ai deux enfants et nous avons décidé avec leur père de leur dire ce qui s’est passé. Tenter d’expliquer ce qu’est un attentat à des enfants est déconcertant car plus vous tentez d’expliquer plus vous avez des Pourquoi ?…
Après le 13 novembre, réexplication difficile. Surtout, ce qui importait c’est que les enfants ne perdent pas espoir…
La fin du livre m’est venue tout naturellement avant tout le reste ! Puis le titre. Je tenais à expliquer ce qu’est un attentat avec les mots de l’enfant, à l’aide de son imaginaire. L’enfant a une telle force en lui qu’il est capable de pleurer parce qu’il est triste et heureux une seconde après pour une chose insignifiante.
Il était compliqué pour un enfant d’échapper à toute cette psychose. Beaucoup d’entre eux se sont exprimés avec des dessins. J’ai voulu m’exprimer avec leurs mots et leur imaginaire. Quoi de mieux que les animaux et des scènes de la (leur) vie quotidienne pour décrire la méchanceté et la dureté de l’autre ?
Les mots se sont enchaînés en une nuit. Dis, c’est quoi un attentat ? est né avec des mots doux d’enfants pour parler de la terreur. L’enfant n’est pas seul car à la fin l’adulte (protecteur ?) reprend les mots de l’enfant et l’accompagne dans la compréhension de l’horreur de cet acte.

Perrine Rempault, illustratrice:

Travailler sur cet album a été un véritable challenge professionnel pour moi, par rapport au thème mais aussi parce qu’il m’a poussé à sortir de ma zone de confort au niveau de mon style. Julie, l’éditrice, m’a fait confiance tout de suite alors que nous n’avions jamais travaillé ensemble et que mon premier livre n’était même pas encore sorti. Nous avons beaucoup échangé au début du projet afin de trouver le bon « ton » pour accompagner les mots délicats d’Oulya Setti sur ce sujet sensible. Julie m’a incitée à me lâcher et  à explorer un nouveau style. Du coup j’ai évolué en même temps avec cet album.
Nous avons donc choisi de jouer avec les blancs, pas de décors, afin d’apporter de la légèreté, du souffle à ce sujet sensible. Et en même temps, comme c’est un album pour les 3-6 ans, j’ai choisi de travailler à la gouache, avec des couleurs simples mais intenses pour créer un équilibre avec les fonds blancs.
Pour trouver mes harmonies couleur, je m’inspire souvent de ce que je vois dans la rue, l’architecture, les vêtements ou encore les magazines déco.
La petite sœur a un rôle très important dans le livre. Par son attitude, elle apporte de la légèreté au sujet dans le sens où elle représente toutes ces personnes qui osent se dresser contre les terroristes au péril de leurs vies. On sort de la fatalité, de la violence de l’événement et on rappelle l’espoir d’un autre monde possible…
Le passage aux crayons cassés a été l’illustration la plus difficile à réaliser… Évidemment, c’est une référence à Charlie mais pas seulement. C’est un hommage à tous ces caricaturistes, dessinateurs de presse qui se font tuer partout dans le monde pour leur art et leur militantisme.

Le site de Perrine Rempault : http://rempault.ultra-book.com.


Dis, c’est quoi un attentat ?
Texte d’Oulya Setti, illustré par Perrine Rempault.
Sorti chez Bilboquet (2017).

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Les invité.e.s du mercredi : Gaëlle Mazars, Cécile Roumiguière et Natali Fortier

Par 22 février 2017 Les invités du mercredi

Aujourd’hui, j’ai eu envie d’en savoir plus sur l’auteure d’un album sorti il y a peu chez Hélium, Muséum Dinos : Gaëlle Mazars ! Ensuite, c’est avec Cécile Roumiguière et Natali Fortier que nous avons rendez-vous pour la rubrique Parlez-moi de… Ensemble, elles reviennent sur leur album, D’une rive à l’autre. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Gaëlle Mazars

Présentez-nous de votre dernier album, Muséum Dinos, paru chez Hélium
Muséum Dinos est la suite de Cache-cache dinos. Ces deux histoires mettent en scène Yvette et Roger, des petits dinosaures malins à qui il arrive quelques (més)aventures. Ces livres sont des prétextes pour donner à voir aux enfants la réalité sous un autre angle.
Et si les gros dinosaures n’avaient pas vraiment disparu et dormaient sous les collines et les montagnes ?
Et si nos muséums étaient remplis d’animaux qui font semblant d’être immobiles pour qu’on les laisse tranquilles ?
Et si les enfants étaient finalement, eux aussi, de drôles d’animaux et qu’eux seuls avaient accès à ces secrets bien gardés ?

C’est le deuxième album que vous sortez avec Jean-Baptiste Drouot, pouvez-vous nous parler de cette collaboration ?
Jean-Baptiste est un ami. C’est en espérant qu’il l’illustre que j’ai écrit la première histoire. Et je n’ai pas été déçue : dès les premières ébauches, il a su apporter sa sensibilité, son humour et ses super idées.
Pour Cache-cache dinos, nous n’avions aucun impératif, nous avons pris notre temps. Nous avons beaucoup échangé, et finalement ce premier livre est le résultat d’un vrai travail d’équipe.
La conception du deuxième a été un peu différente. Nous avions un délai à respecter et de nouvelles contraintes. Concevoir une suite s’avère plus compliqué, je trouve, qu’écrire un album « unique ». Nous avons travaillé chacun de notre côté. Mais quand il y avait une difficulté, quand je bloquais sur le texte ou lui sur une image, on essayait de se trouver l’un l’autre des solutions, bien épaulés aussi par Gilberte Bourget notre éditrice.

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur votre parcours ?
J’ai toujours aimé les livres, le papier, les histoires, mais après un bac littéraire, je ne savais pas vraiment ce que je voulais entreprendre. J’ai entamé des études d’Histoire et d’histoire de l’art. C’était passionnant. Mais je ne voyais pas d’application concrète et professionnelle à tout ça. Alors j’ai changé de cap avec un BTS édition. La bonne idée ! Il m’a ouvert les portes de l’école Estienne : l’école du livre, le support de toutes les histoires, le Saint Graal ! C’est là, qu’en plus de m’être nourrie de graphisme, d’images, de typographies, de concepts et de belles rencontres, je me suis mise, grâce à mon professeur de français, à écrire des nouvelles.
Aujourd’hui je suis graphiste. Je fabrique des images qui racontent des histoires, des images qui ont du sens, enfin, j’espère.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Quand on était enfants, on se racontait beaucoup d’histoires avec mon petit frère ou avec mes ami.e.s, pour s’endormir, pour rêver, pour jouer. Des histoires qu’on avait lues et qui nous avaient plu, des histoires qu’on inventait aussi. Chacun notre tour, on essayait d’imaginer une histoire meilleure que la précédente.
Petite fille, je dévorais les Astrapi, J’aime lire et Je bouquine. Je me souviens aussi particulièrement d’un des premiers vrais livres que j’ai lus toute seule : Les Malheurs de Sophie. Ce livre était un très bel objet. Un livre relié comme un livre de grand, avec une couverture qui n’avait rien des codes enfantins, presque comme une tapisserie en toile de Jouy. Mais cette histoire, je ne l’ai pas du tout aimée. C’était la première fois que ça m’arrivait. (Note pour plus tard : il faudrait que je la relise aujourd’hui.)
Adolescente, je me suis prise de passion pour les romans historiques, les sagas, les gros livres, les pavés. Si, en plus de l’Histoire, j’y trouvais une histoire d’amour en filigrane, je n’en décrochais pas ! Entre deux, je piquais les BD de mes frères.

Quelques mots sur vos projets ?
J’ai récemment soumis quelques histoires à mon éditrice. Je croise les doigts ! D’autres sont encore en germination. Il est question de fées, de voyages, d’amour, de différence…
Je nourris aussi le défi secret de mener à terme un projet de A à Z : texte et illustrations. Mais il me faudra d’abord me débarrasser de quelques complexes. Ce n’est donc peut-être pas pour tout de suite !

Bibliographie :

  • Muséum dinos, texte illustré par Jean-Baptiste Drouot, Hélium (2016).
  • Cache-cache dinos, texte illustré par Jean-Baptiste Drouot, Hélium (2015).


Parlez-moi de… D’une rive à l’autre

Régulièrement, on revient sur un livre qu’on a aimé avec son auteur.e, son illustrateur.trice et/ou son éditeur.trice. L’occasion d’en savoir un peu plus sur un livre qui nous a plu. Cette fois-ci, c’est sur D’une rive à l’autre, que nous revenons avec son auteure (Cécile Roumiguière) et son illustratrice (Natali Fortier).

Cécile Roumiguière, auteure:

De « Entre deux rives, Noël 43 » à « D’une rive à l’autre »

Entre deux rives est mon premier album réédité, et j’en suis très heureuse ! Sa première version, D’une rive à l’autre, Noël 43, n’était plus disponible depuis un moment, et j’aime tellement le travail de Natali !

Revenons au commencement…

Il était une fois, une éditrice qui me demande si j’ai des idées pour une histoire de Noël. Je n’ai alors écrit qu’un album, À l’ombre du tilleul (illustré par Sacha Poliakova), et je suis ravie qu’on me demande d’en écrire un autre. Mais Noël n’est pas un sujet auquel j’aurais pensé toute seule, je ne suis pas très Père Noël, ni sapin enguirlandé, encore moins crèche ou santons. La demande reste quand même présente dans ma tête. Je réfléchis à ce que représente Noël. Au-delà du côté commercial, au-delà du religieux, Noël marque le passage d’une saison à une autre, la sortie de l’hiver, la (re)naissance, la réconciliation…
Quelques jours après, j’écris d’un jet ce qui allait devenir Entre deux rives… Un texte plus long que ce qu’on gardera dans l’album*, mais l’essentiel est là.

Du fin fond de l’enfance

L’histoire se passe en Aveyron, sur les terres de la famille de ma mère. Je lui fais lire l’histoire. Elle me téléphone, me demande comment je savais que « la Dourdou » était fâchée avec mon grand-père et qu’elle était « accoucheuse »… Je ne le savais pas. Ou plutôt, je ne savais pas le savoir. J’ai dû entendre les adultes parler de ces histoires de fâcheries toute petite, les enterrer tout au fond de ma mémoire d’enfant, elles ont refait surface avec l’écriture. Cette sensation d’avoir puisé dans des lieux insoupçonnés de l’enfance colore le lien que j’ai avec cet album. Un lien d’autant plus fort que ma demande côté illustrations est suivie : Natali Fortier va illustrer l’album !
Natali qui trace avec ses couleurs des dessins sur papier noir, qui gratte pour refaire naître le noir et éclabousser de douceur toute l’illustration. Natali qui cherche à la bibliothèque des intérieurs des années quarante pour rester au plus près de l’histoire et fait brouter un caribou près de l’église d’un village aveyronnais… Je ne pouvais rêver mieux !

Une vie d’album

L’album sort pour Noël 2006. Je découvre à cette occasion que les saisons sont courtes en librairie : dès Noël passé, le livre disparaît des tables, sauf chez quelques libraires qui le suivent et le mettent en avant longtemps (merci à « L’Oiseau Lire » à Évreux, entre autres belles librairies). Avec Natali, on reprend nos droits quelques années plus tard.
En 2013, Carole Chaix me présente Laurence Nobécourt qui monte sa maison d’édition « À pas de loups ». Elle n’a ni format ni idée préconçue, que l’amour des beaux livres, des illustrations fortes, atypiques, et des histoires où le sens et le style se font écho. Plus tard, en pleine création de S’aimer, je lui parle de Entre deux rives… Elle aime l’histoire, elle aime les illustrations… elle dit « banco ».

La renaissance

Natali est d’accord aussi. On a toutes les deux beaucoup d’interrogations. Le travail qu’on a fait en 2005 ne correspond plus à ce qu’on fait aujourd’hui. Nos styles, nos façons d’écrire, d’illustrer, bougent, évoluent. Faut-il retoucher le texte, l’image ? Ou laisser en l’état ? Avec Laurence, on se met d’accord assez vite sur le fait de garder texte et images tels qu’ils sont mais d’épurer la maquette, de donner plus d’air au livre, aux images, en enlevant des fonds. La couverture aussi sera retravaillée.

Et le titre…

Le titre de l’album de 2006 avait été sujet de discussions infinies, il était le résultat un peu bancal d’un compromis. Avec Natali, on a profité de cette nouvelle parution pour en trouver un plus évident, tout en gardant l’idée de « rive » pour préserver le lien avec la première version.
D’une rive à l’autre a retrouvé le chemin des librairies en octobre dernier. En juin prochain, avec Natali et Laurence, on ira le lire et le présenter au Mémorial de la Shoah…

D’une histoire l’autre

*Pour la petite histoire, cette partie du texte qui a été coupée, une histoire d’oiseau et de couteau, est en train de renaître dans un nouveau projet. Les histoires rebondissent les unes sur les autres, des surgeons naissent sur des branches coupées, des personnages font le lien entre un roman et un album, une toile se tisse… non pas d’une rive mais… « d’une histoire à l’autre ».

Natali Fortier, illustratrice:

Lorsque j’ai lu le texte de Cécile pour la première fois, j’en ai frissonné, et ce qui est encore plus fort, c’est qu’à chaque fois, il me fait le même effet.

Lors de la première parution, j’avais fait une quantité de dessins impressionnants car c’était un film qui se déroulait dans ma tête.

Les mouvements, les focus, plan en travelling, j’avais envie de tout balancer ce que je voyais.

Dix ans plus tard, Laurence, Cécile et moi on était toutes les trois d’avis qu’il fallait épurer, laisser respirer les mots de Cécile… du souffle dans l’image.

Des pages à suivre comme les pas d’Élise dans la neige.

Je suis très heureuse qu’il ait une seconde vie.

Les saisons ont passé entre les deux rives, entre les deux maisons d’édition, mais ce texte est au présent continuellement.


D’une rive à l’autre
Texte de Cécile Roumiguière, illustré par Natali Fortier.
Sorti chez À pas de loups (2016).

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Les invité.e.s du mercredi : Laurent Moreau, Xavier Salomó, Meritxell Martí et Justine de Lagausie (+ concours)

Par 25 mai 2016 Les invités du mercredi

Laurent Moreau fait partie de ces illustrateurs dont le travail me transporte, m’enchante. Je ne connaissais absolument pas la personne qui se cache derrière ces superbes illustrations, j’ai eu envie de savoir qui il était, il a accepté de répondre à mes questions. Ensuite, c’est avec Xavier Salomó, Meritxell Martí et Justine de Lagausie (des éditions Seuil Jeunesse) que nous avons rendez-vous pour la rubrique Parlez-moi de… Ensemble, il et elles reviennent sur leur album très original, L’histoire Perdue. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Laurent Moreau

Laurent MoreauComment êtes-vous devenu illustrateur ? Parlez-nous de votre parcours
Comme beaucoup d’enfants, j’aimais beaucoup dessiner. Je ne dessinais pas forcément mieux que mes copains, mais en grandissant je ne me suis jamais arrêté de dessiner. Après le collège, j’ai fais des études professionnelles en industries graphiques. J’ai appris le métier d’imprimeur durant 6 ans. J’aime beaucoup les techniques d’impressions comme la gravure, la sérigraphie… J’adore observer un livre, toucher le papier, sentir l’encre, regarder les trames… Aujourd’hui, dans mon travail d’illustrateur ou de graphiste, lorsque je réalise une image, je sais comment elle va être imprimée et quelles sont les contraintes à prendre en compte. Mon travail aussi est influencé par mon goût pour l’imprimerie : couleurs restreintes, petits points, importance de la typographie… À la suite de cette formation, je me suis orienté vers le graphisme et l’illustration. J’ai eu la chance de pouvoir suivre les cours de l’École des Arts Décoratifs de Strasbourg. C’est là que j’ai vraiment découvert le métier d’illustrateur.

Laurent MoreauQuelles techniques d’illustration utilisez-vous ?
Je travaille presque exclusivement à la main, je ne suis pas très à l’aise avec l’ordinateur… Donc, je dessine aux crayons, je peins à la gouache, je découpe, je colle… Les techniques varient… Je dessine beaucoup dans des carnets, des idées, des recherches, des dessins personnels qui me servent ensuite pour mes projets de livres. Dans ces carnets, je m’amuse à utiliser différents outils. Je n’ai pas vraiment de technique préférée, j’aime la spontanéité, le geste, la ligne, les petits points… J’ai tout de même axé mon travail autour de l’utilisation de la couleur à la gouache.

Qui attend quiPouvez-vous nous parler de Qui attend qui ?, l’album qui vient de sortir chez Père Castor ?
C’est Laure Dufresne, l’éditrice, qui m’a proposé d’illustrer le texte de Jo Hoestlandt. J’avais déjà eu l’occasion de rencontrer Jo sur des salons et j’avais beaucoup apprécié nos échanges. Son texte m’a plu. Je le trouve extrêmement doux et j’aime beaucoup cette fin un brin cruelle. C’est l’éditrice qui a suggéré l’idée des volets à soulever. C’était une très bonne idée. Cela sert parfaitement le propos. Concernant le travail d’illustration, il s’agissait pour moi de ma première publication pour de très jeunes lecteurs, j’ai cherché à composer des illustrations très simples, graphiques et colorées, dans un univers assez symbolique et hors du temps.

ALMAJ’aimerais que vous nous parliez d’un de vos albums qui m’a particulièrement marqué, le superbe Alma.
C’est assez rare pour moi d’illustrer le texte d’un auteur. Je travaille principalement sur des projets personnels. Mais de temps en temps j’ai un coup de cœur ! Le texte de Stéphane Audeguy en fait partie ! J’ai été ému à la lecture de son texte et j’ai eu tout de suite envie de l’illustrer. En fait, je crois même que j’ai envisagé cette histoire comme si c’était moi qui l’avais écrite. Ça peut paraître étrange, mais je pense que c’est ce qui m’a permis de prendre énormément de plaisir à composer et réaliser les illustrations.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescent ?
Je n’étais pas un grand lecteur… Mais quelques lectures m’ont marqué. Enfant, j’ai adoré l’univers foisonnant de Richard Scarry. Adolescent, j’ai été subjugué par Laurent Moreaul’écriture de Charles Bukowski. Aujourd’hui, je suis un grand fan de Charles Schulz et ses Peanuts.

Et quel.le.s sont les illustrateurs.trices qui vous inspirent aujourd’hui ou dont le travail vous séduit, tout simplement ?
J’admire beaucoup d’illustrateurs aux univers variés… Je peux en citer certains : Atak, Blexbolex, Benoît Bonnemaison-Fitte, Katrin Stangl, Geoff McFetridge, Rachel Levit… Je pourrais en citer encore beaucoup, je vais m’arrêter là !

Quels sont vos projets ?
Je travaille sur l’écriture d’un nouveau projet d’album. Il s’agit d’un grand imagier panorama du monde. laurent MoreauUne déambulation d’un jeune garçon autour du monde. Ce personnage va traverser de grands paysages sans réellement les apprécier et les contempler…

Une dernière question, si quelqu’un qui ne vous connaît pas lit cette interview et veut vous découvrir avec un seul de vos ouvrages, lequel lui conseilleriez-vous
Je crois que je conseille de lire le livre Après paru chez Hélium. Je pense qu’il s’agit de l’ouvrage le plus personnel, autant pour le texte que pour les illustrations. Bonne lecture !

Laurent Moreau

Retrouvez Laurent Moreau sur son site : http://zeroendictee.free.fr.

Bibliographie sélective :

  • Qui attend qui, illustration d’un texte de Jo Hoestlandt, Père Castor (2016).
  • Le livre de la jungle, illustration d’un texte de Véronique Ovaldé d’après Rudyard Kipling, Gallimard Jeunesse, (2016).
  • Dans la forêt des masques, une histoire à raconter, texte et illustrations, Hélium (2015).
  • Ma famille sauvage, texte et illustrations, Hélium (2013).
  • Après, texte et illustrations, Hélium (2013).
  • Alma n’est pas encore là, illustration d’un texte de Stéphane Audeguy, Gallimard Jeunesse (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • Nuit de rêve, texte et illustrations, Actes Sud Junior (2012).
  • À quoi penses-tu ?, texte et illustrations, Hélium (2011).
  • Mini Rikiki Mimi, illustration d’un texte de Christine Beigel, Benjamins Média (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • Valentin…, texte et illustrations, Actes Sud Junior (2010).
  • L’enfant dans la tempête, texte et illustrations, Rouergue (2009).
  • Jour de pêche, illustrations, Actes Sud Junior (2008).

Concours :
Grâce aux éditions Père Castor, l’un.e de vous va pouvoir gagner Qui attend qui, le superbe dernier album de Laurent Moreau. Pour participer, il vous suffit juste de laisser un commentaire sous cet article. Le gagnant ou la gagnante sera tiré.e au sort parmi tous les commentaires. Vous avez jusqu’à mardi 20 h. Bonne chance à tous et à toutes !


Parlez-moi de… L’histoire perdue

Régulièrement, on revient sur un livre qu’on a aimé avec son auteur, son illustrateur.trice et/ou son éditeur.trice. L’occasion d’en savoir un peu plus sur un livre qui nous a plu. Cette fois-ci, c’est sur L’histoire perdue (chroniqué ici), un bel album plein d’humour mais surtout un album totalement original. Son auteure (Meritxell Martí), son illustrateur (Xavier Salomó) et son éditrice (Justine de Lagausie, des éditions Seuil Jeunesse) ont accepté de nous en parler.

Meritxell Martí, auteure :
L’histoire perdue est née de nos « luttes de créativité ».
Xavier et moi travaillons en tandem, il nous faut donc une bonne coordination des jambes pour choisir les décisions à prendre. Très souvent, nous allons dans le même sens. Pourtant, parfois, nous avons des doutes : On tourne à gauche ? Tu es sûre ? Je crois que oui. L'histoire perdue (croquis préparatoires)Et toi ? Non, c’est mieux par là…
Faire un album à deux, c’est un peu comme monter à deux sur une bicyclette. C’est vrai qu’il vaut mieux décider a priori où l’on va, mais c’est en avançant que l’on découvre de nouveaux chemins – des sentiers à demi cachés –  que l’on a envie d’emprunter. Et il n’est pas certain au départ que l’autre a aussi envie d’y aller.
On sait que les chemins bien tracés, bien définis, ne sont pas toujours ceux qui nous donnent la plus grande joie. Alors, laissons l’imprévu nous guider et nous inspirer ! L'histoire perdue (croquis préparatoires)C’est comme cela qu’Eva, l’héroïne de L’histoire perdue, perd le fil du récit. Et en le perdant, en se perdant, elle nous mène dans une autre histoire, cachée, perdue et – nous l’espérons – surprenante.
L’histoire perdue raconte ces expériences du duo qui, au final, se terminent bien, après avoir suscité des heures d’hésitation et de désaccord. Heureusement, pendant ces luttes, on s’amuse bien !

Xavier Salomó, illustrateur :
L’histoire perdue est l’album le plus difficile que nous ayons fait jusqu’à présent. Un vrai défi ! En fait, nous avons réalisé quatre maquettes avec quatre histoires différentes. L'histoire perdue (croquis préparatoires)Le plus rigolo, c’est que la deuxième histoire avait convaincu l’éditeur et que c’est nous qui avons dit « non ». Parce que nous voulions aller plus loin ! C’est ainsi que, deux semaines après avoir fini la maquette, nous avons refusé la proposition de l’éditeur et avons entamé une histoire encore mieux.
Je pense que, pour s’engager dans la création d’un album, il faut y être vraiment attaché, car c’est un travail énorme, surtout pour l’illustrateur (mais je ne voudrais pas commencer une nouvelle dispute avec l’auteure, ha, ha, ha !). Je croyais au départ qu’il suffisait que l’auteure écrive une histoire et l’illustrateur fasse ce que bon lui semble pour l’illustrer. Mais, pendant la construction de ce livre, 15-16_couleurnous nous sommes rendus compte que ce qui serait vraiment intéressant, ce serait de construire une histoire cachée que le lecteur ne découvrirait pas jusqu’à la fin, et dans laquelle toutes les pièces se réuniraient et prendraient soudain sens. C’est pour cela que nous avons travaillé et retravaillé beaucoup cet album… Enfin bref, j’espère que les lecteurs vont aimer cette histoire perdue.

Justine de Lagausie, éditrice :
J’adore travailler avec Xavier et Meritxell : ils ont un enthousiasme communicatif et chacun de leur nouveau projet est le résultat d’une sorte de ping-pong créatif d’où jaillissent sans cesse de nouvelles idées. 19-20 croquisIls ont un très grand respect de leurs lecteurs et cherchent toujours à leur offrir des albums soignés où aucun détail n’est laissé au hasard.
Quand j’ai reçu la première maquette de L’Histoire perdue, j’ai tout de suite été emballée par le projet : mettre en scène un dialogue conflictuel (et comique !) entre l’auteur et l’illustrateur, quelle bonne idée ! L'histoire perdue (croquis préparatoires) L’effet de surprise est immédiat et le lecteur se demande dès le début où tout cela va le mener.
La première version racontait une histoire très différente, avec moins de péripéties, mais le principe était déjà là, et il était suffisamment original pour donner envie d’avancer.

L'histoire perdue (croquis préparatoires)

Couv’ refusée

histoire perdue couv finale
L’histoire perdue
Texte de Meritxell Martí, illustré par Xavier Salomó.
Sorti au Seuil Jeunesse (2016).
Chroniqué ici.

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