La mare aux mots
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Roman

Trois romans magiques et fantastiques !

Par 20 août 2015 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, on quitte le monde réel pour celui des contes, des légendes et des univers parallèles.

l'école des mauvais méchantsChez les méchants, avoir un enfant trop gentil est un réel problème ! Un tel problème qu’il faut les envoyer dans une école de redressement pour qu’ils apprennent à être de véritables méchants. C’est l’école des mauvais méchants. Rune Drexler est le fils du directeur. Loup Junior est le fils du célèbre grand méchant loup et a été envoyé là parce qu’il a sauvé héroïquement un enfant de la noyade. Jezebel est la fille du comte Dracula et malheureusement elle préfère le chocolat au sang humain. Tous trois font leur rentrée dans l’école et vont devoir kidnapper un bébé, enlever une princesse, s’emparer d’un royaume… Ils ont du pain sur la planche et ne sont pas au bout de leurs surprises ! Difficile de faire le mal quand on a bon fond…
Avec L’école des mauvais méchants, Stéphanie S. Sanders nous propose une aventure pleine d’humour. Les personnages sont bien campés, le ton décalé et les références aux contes connus des jeunes lecteur-trice-s nombreuses. Original, rythmé et bien mené ce roman est le premier d’une série prometteuse !
Le même vu par Butiner de livres en livres et Les lectures de Kik.

la malédiction grimmElizabeth Drew a un peu de mal à s’intégrer au lycée. Nouvel environnement, nouvelles têtes, nouvelle belle-mère… Heureusement qu’elle rencontre également des professeurs intéressants. L’un d’entre eux lui propose de postuler pour un emploi de bibliothécaire. Une bibliothèque sans livres, mais avec des objets. Une section renferme les objets des contes de Grimm : bottes de sept lieues, miroir de Blanche-Neige… Et ces objets sont magiques ! Bientôt, il se passe de drôles de choses dans la bibliothèque et Elizabeth va devoir mener l’enquête !
Mêler les contes classiques intemporels et une histoire bien ancrée dans le XXIe siècle, tel est le défi de La Malédiction Grimm, un roman prenant et envoûtant de Polly Shulman. L’histoire est bien menée est les personnages particulièrement bien dépeints. Ils ont du caractère, de l’humour et du répondant et l’on ne s’ennuie pas ! Suspense, amitié, adolescence et amour des livres se combinent pour donner naissance à un roman qui ne manque pas de piquant !
Le même vu par Butiner de livres en livres et Maman Baobab.

gardiens des cités perduesSophie sait qu’elle n’est pas comme tout le monde. Elle a une mémoire photographique impressionnante et surtout, elle entend penser les autres comme s’ils parlaient à voix haute. C’est tout de même difficile à vivre et l’adolescente n’est pas des plus à l’aise. Un jour, alors qu’elle est en sortie scolaire dans un musée avec sa classe, un garçon l’aborde et sa vie bascule. Elle apprend qu’elle n’est pas humaine, mais qu’elle appartient à une communauté fantastique et mystérieuse.
Dense et fouillé, Gardiens des cités perdues nous plonge dans une aventure fantastique complexe et mystérieuse. J’ai été moins attirée par l’univers de ce roman mais je dois reconnaître que l’histoire est bien ficelée. On s’attache rapidement à Sophie, cette jeune fille au destin incroyable. Je me suis parfois un peu perdue mais de manière générale, j’ai réussi à pénétrer dans cet univers fantastique ! Une histoire qui fourmille de détails et de rebondissements pour s’évader très loin du quotidien !

L’école des mauvais méchants
de Stéphanie S. Sanders (traduit par Lilas Nord)
Nathan
12,90 €, 140 x 210 mm, 252 pages, imprimé en France, 2014.
La malédiction Grimm
de Polly Shulman (traduit par Karine Suhard-Guié)
Bayard Jeunesse
15,90 €, 137 x 200 mm, 510 pages, imprimé en Espagne, 2014.
Gardiens des cités perdues
de Shannon Messenger (traduit par Mathilde Bouhon)
Lumen
15 €, 142 x 226 mm, 517 pages, imprimé en France, 2014.

À part ça ?

Pauline Giraud et Maxence Henry construisent des châteaux et des paysages en papier !

Marianne

 

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Récits historiques

Par 23 mai 2015 Livres Jeunesse

ce qu'ils n'ont pas pu nous prendreLina a 15 ans. Elle vit avec ses parents et son frère dans une maison accueillante, remplie des rires et des débats des amis de l’université de son père. Elle connaît aussi ses premiers émois amoureux, se projette dans sa future vie d’étudiante puisqu’elle s’apprête à intégrer une école d’art… Elle mène la vie classique d’une adolescente, en somme. Mais un soir de 1941, la vie telle qu’elle la connaissait est interrompue par une volée de coups sur la porte d’entrée de la maison familiale. Ce soir-là, elle est déportée avec sa famille pour servir de main-d’œuvre dans les camps de travail soviétiques pendant les dix années à venir.
Ce roman de 400 pages est de ceux dont on ne sent pas les pages tourner. On se retrouve aimanté à la destinée de cette famille brisée par le régime de Staline. La grande force du récit réside dans le point de vue adopté. Ruta Sepetys parvient à se mettre dans la peau d’une jeune adolescente lituanienne sans caricature ni concession. L’histoire qui nous est racontée est bien celle d’une enfant, mais une enfant qui va vivre les pires atrocités. Elle va connaître la promiscuité du wagon à bestiaux pendant six semaines, les travaux forcés dans le froid sibérien, la violence des officiers qui n’hésitent pas à abattre les réfractaires d’une balle dans la tête… Mais elle conserve malgré tout une part d’enfance. Elle s’émeut pour les grands yeux d’Andrius, un jeune Lituanien de son âge. Elle brave les interdits et persiste à dessiner ce qu’elle voit pour témoigner des crimes soviétiques. Elle se raccroche au doux regard de sa mère pour surmonter les épreuves. Le ton est direct, sans mélo, mais touche en pleine poitrine.
À plusieurs reprises ce récit poignant m’a arraché des larmes. On ne peut pourtant pas lui reprocher d’être larmoyant ni de faire du sensationnel. Ce livre est bien construit, alternant le récit au jour le jour des épreuves subies par Lina et les souvenirs de sa vie d’avant. Il nous pousse à nous poser des questions, non seulement sur les crimes des systèmes totalitaires, mais aussi sur notre vision de l’Histoire. J’ai personnellement assisté à un bon nombre de leçons concernant la dictature soviétique, j’ai peiné à orthographier correctement le mot “kolkhoze” dans mes devoirs, mais je n’ai jamais compris aussi clairement ce qu’était la vie dans les camps de Staline qu’en lisant ce roman. Cette lecture forte, parfois violente, est un plaidoyer pour le devoir de mémoire sans pathos, une description des horreurs que les hommes peuvent commettre, mais aussi de leur incroyable instinct de survie.
Ce livre a obtenu le Prix Lire en 2011 et le Prix des Incorruptibles en 2014.
Le même vu par L’ivresse des mots et Délivrer des livres.

le sang du serpent à plumesÀ l’arrivée de la flotte espagnole sur le territoire mexicain en 1519, Marina, jeune esclave propriété d’un marchand maya, est offerte en cadeau aux visiteurs de l’Ancien Monde. Sous la protection du capitaine Hernán Cortés, elle va s’arracher à sa destinée d’esclave autrefois promise au sacrifice humain en l’honneur des divinités mayas. Marina est en effet dotée d’une très grande aisance avec les langues étrangères, elle devient donc l’interprète officielle de l’expédition espagnole. Mais ce qui commençait comme une découverte devient rapidement une conquête. Charles Quint, qui entend soumettre le Nouveau Monde à la domination catholique et Cortès est son bras armé en Amérique latine. En sa qualité d’interprète, Marina est aux premières loges de la rencontre entre les peuples et les conquistadores espagnols. Elle va peu à peu apprendre à connaître ces chrétiens qui vénèrent un Dieu unique, comme elle va découvrir la richesse de la culture mexica qui sacrifie tant à des divinités auxquelles elle prête des pouvoirs colossaux. A travers son journal, Marina offre son point de vue spécial sur l’histoire de la conquête du Mexique, à la fois reconnaissante envers les Espagnols et admirative de la beauté de l’empire mexica dont elle est originaire.
La forme du journal permet de suivre ce récit historique avec beaucoup de subtilité. Si le propos est bien un récit de conquête, on échappe aux longues descriptions de batailles qui peuvent être assez assommantes. Marina, surnommée “la Malinche”, a été témoin de la rencontre, puis de l’affrontement entre deux peuples. Les récits au jour le jour permettent de comprendre la difficulté de la diplomatie, de la rencontre entre les cultures chrétienne et mexica, et aussi de la violence des affrontements et des pertes humaines, d’un côté comme de l’autre.
Le journal instaure un rythme tout à fait soutenu, on dévore le récit de Marina à toute vitesse, découvrant en même temps qu’elle le Monde Unique, empire mexica aux centaines de couleurs et de divinités. L’univers décrit est terrifiant, mais fascinant. Je n’avais aucune idée de l’existence de la Malinche, cette ancienne esclave qui a accompagné les troupes espagnoles sur les terres mexicas. Si, bien sûr, ce journal a été réécrit de toutes pièces et certains éléments ont été romancés, ce récit est riche d’enseignements. L’enjeu est moins de retenir les dates clefs de la conquête du Mexique que de comprendre la complexité de l’Histoire qui ne connaît ni bons, ni méchants. Le témoignage de Marina comporte bien des interrogations. L’avidité de l’homme, qui le conduit à constamment rechercher les richesses, n’est-elle pas le moteur de toute aventure ? Les sacrifices humains qui répugnent tant les Espagnols sont-ils si différents des guerres que ceux-ci perpètrent pour conquérir le monde ? Comment des croyances diamétralement opposées peuvent-elles se tolérer ?
Ce livre dense séduira les bons lecteurs et les passionnés d’Histoire.

La Marque Des SoyeuxVivien est un jeune écolier qui peine à se faire des amis : ses parents ne cessent de déménager, mais en plus il est défiguré par une tache de vin qui lui vaut les insultes et le harcèlement de la part des autres enfants. Nouvellement arrivé à Lyon, Vivien ne se fait guère d’illusion sur l’accueil que vont lui réserver les autres enfants et se réfugie une fois de plus dans les livres, ses compagnons fidèles. Mais, alors qu’il se plonge dans la lecture d’un documentaire sur sa nouvelle ville, il est littéralement happé par l’histoire de la révolte des canuts en 1831. Grâce à ce voyage dans le temps, il va découvrir les conditions difficiles dans lesquelles vivaient ces ouvriers tisserands lyonnais qui se sont battus pour leurs droits en faisant preuve de solidarité.
J’ai été agréablement surprise par le sujet de ce petit livre destiné aux lecteurs débutants. La révolte des Canuts est une des premières révoltes ouvrières de l’Histoire, et elle a marqué la ville de Lyon, comme la France du XIXe siècle. Nous traversons le Lyon des tisserands, qui est un dédale de traboules, vivons au rythme des enfants employés par les négociants en soie, tremblons au bruit des bottes de la Garde Nationale venue mater la rébellion. Dommage que le personnage de Vivien manque de caractérisation, on passe un peu rapidement sur son histoire personnelle qui n’est au final qu’un prétexte. Le livre est suivi d’un dossier documentaire succinct mais évocateur, bien utile pour replacer cette révolte dans son époque troublée.
Bien que l’intrigue de départ reste un peu artificielle, ce petit roman est très intéressant et éveille la curiosité sur des aspects peu connus de l’Histoire de France.
Un extrait sur le site de l’éditeur.

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué d’autres livres de la collection Un regard sur…

Ce qu’ils n’ont pas pu nous prendre
de Ruta Sepetys
Gallimard Jeunesse dans la collection Pôle fiction
7,75€, 108×178 mm, 432 pages, imprimé en France, 2015.
Le sang du serpent à plumes, journal de la conquête du Mexique
de Laurence Schaack
Nathan dans la collection Un regard sur…
5,50€, 121×181 mm, 192 pages, imprimé en France, 2015.
La marque des soyeux
de Laura Millaud
Balivernes dans la collection Carabistouilles
9,50€, 130×180 mm, 128 pages, imprimé en Europe, 2014.

À part ça ?

revue dadaLa revue Dada fête son 200e numéro. Depuis 1991, cette revue rend l’art accessible aux plus jeunes, sans lésiner sur le fond, toujours exigeant et varié. Pour ce nouveau numéro sorti fin avril, l’équipe Dada se penche sur les œuvres de jeunesse des grands maîtres. Comment dessinaient Picasso, Giacometti, Hergé ou Raphaël lorsqu’ils étaient enfants et adolescents? Éclectique et didactique, Dada offre des éclairages historiques et des idées d’ateliers pour sensibiliser les plus jeunes à l’art avec humour et pédagogie. À l’occasion de ce numéro anniversaire, une série d’ateliers en librairies et une exposition seront organisés dans les mois à venir, retrouvez le programme sur le site de la revue Dada.
Dada numéro 200 : L’enfance de l’art, 66 pages, 9,90€.
Des extraits sur le site de la revue.

Laura

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Pas facile, la famille

Par 12 mai 2015 Livres Jeunesse

alors alfred« Alors, Alfred ? » Voici la phrase que notre jeune héros entend le plus. Il est toujours un peu à côté de ses baskets, en décalage par rapport aux événements et ce qu’on attend de lui. Cette attitude nonchalante ne manque pas de mettre sa grand-mère sur les nerfs. Selon elle, il faut lui apprendre la vie ! Le faire redescendre de force de la lune et lui remettre les deux pieds bien enfoncés dans le sol ! Alfred n’en peut plus de cette vieille sorcière qui ne cesse de l’accabler de reproches et d’émettre des jugements sur l’éducation que lui prodiguent ses parents. Un jour, Alfred décide de laisser de côté sa discrétion habituelle et de clouer le bec de cette grand-mère envahissante. Mais comment assumer qu’on n’aime pas un membre de sa famille quand on a que 8 ans ?
Ce roman aborde une question rarement abordée avec les enfants, celle des conflits familiaux. Dans la famille d’Alfred, sa grand-mère est parvenue à imposer ses jugements sans que personne ne s’y oppose. Les parents d’Alfred étant souvent en déplacement, c’est à elle que revient la tâche de garder les enfants. Mais elle use et abuse de cette position et ne tarit pas de critique envers son petit fils ou ses parents. La révolte d’Alfred est celle que ses parents n’ont jamais osé mener des années durant contre cette personnalité toxique.
Si ces situations ont lieu dans beaucoup de familles, il est peu courant de rencontrer un tel franc-parler : Alfred ne se fait pas punir pour s’être opposé à sa grand-mère, il est normal de se rebeller contre une personne malfaisante, quel que soit son lien de parenté ou son statut. Ce court roman plaira aux jeunes lecteurs sensibles aux relations, parfois compliquées, entre les membres d’une même famille. Véritable plaidoyer pour la tolérance, il rappelle qu’il est parfois difficile d’aimer son prochain, même quand il est issu de la même lignée.

la fille qui avait deux ombresÉlisa, ne supporte plus sa grand-mère. Il faut dire que Rose se comporte comme un vrai chef de clan. Despotique, sans tendresse, elle ne rate pas une occasion de rappeler à sa fille et son beau-fils qu’ils vivent sous son toit avec leurs enfants et qu’ils doivent se plier à ses règles. Les parents d’Élisa se sont en effet installés dans le corps de ferme familial après avoir perdu leur emploi. La famille vivote, chacun cherche sa place, mais l’équilibre fragile est dangereusement menacé quand Élisa décide de se dresser contre le joug de la matriarche. En même temps, tout va de travers ces derniers temps : des objets changent de place mystérieusement, de vieilles lettres en italien refont surface, Rose prend des décisions délirantes… Il va falloir bien du courage à la jeune collégienne pour se confronter à la colère de sa grand-mère et découvrir quelles sont les blessures qu’elle a enfouies derrière son attitude de tyran domestique.
Dès les premières pages de ce roman, on s’installe, on se fait une place bien douillette, et on laisse la magie opérer. Ce roman est peuplé de personnages au magnétisme solaire, auprès desquels on se réfugie volontiers, comme Élisa le fait dans le grenier de la maison où elle s’est construit un petit théâtre. Les rapports humains sont décrits avec une finesse travaillée, mais jamais maniérée, à l’image des silences bienveillants entre Élisa et son père en tête à tête à la table du petit déjeuner, ou la protection distante qu’exerce son grand frère envers sa petite sœur au caractère entêté. Happé par cette famille, on embrasse également ses problèmes. Le mal-être d’Élisa résonne en chacun : elle souffre des non-dits qui accablent certaines familles, des rapports de force non résolus qui empoisonnent la vie familiale. La quête d’Élisa est comme une aventure intérieure dans une contrée méconnue et intime : celle de l’histoire de sa famille.
Le roman de Sigrid Baffert évoque la question des secrets de famille avec une grande subtilité. Il parle de transmission, de vieillesse, de la difficulté des rapports familiaux, d’amour, aussi… le tout dans une langue très imagée et dans un style aussi vif qu’intelligent. On quitte cette famille presque à regret au terme de la lecture. On aimerait prolonger les moments passés avec Jules, le grand-père, occupé à trouver la meilleure combinaison pour sa bière artisanale, on voudrait fouiner encore le grenier à la recherche d’un vieux chariot de Poste ou d’un buste de couture à remettre en état…
Un très joli texte qui allie humour, mystère, et surtout tendresse : une réussite !
Le même vu par Chez Clarabel et Enfantipages.

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué un ouvrage de Clotilde Bernos (Ram et Lila) et de Sigrid Baffert (Halb, l’autre moitié).

Alors, Alfred ?
de Clotilde Bernos
Bulles de savon
7,50 €, 140 x 190 mm, 96 pages, imprimé en République Tchèque, 2015.
La fille qui avait deux ombres
de Sigrid Baffaert
l’école des loisirs dans la collection Médium
15,80 €, 148 mm × 218 mm, 267 pages, imprimé en France, 2015.

À part ça ?

telle mere telle filleOn remplit les albums de naissance de nos bambins avec une attention de collectionneurs : « Ah, son premier sourire, et les premiers pas, son premier mot ! Qu’est-ce qu’elle était mignonne à cet âge-là ! » Les éditions Minus vous proposent de poursuivre l’expérience une fois vos enfants, en l’occurrence vos filles, devenues grandes. Pas toujours facile de garder de bons rapports mères-filles quand l’adolescence montre son nez ! Ce petit cahier a pour ambition de renouer le dialogue sous le signe de l’humour. Ce cahier à remplir à quatre mains revient sur les bons souvenirs (la maman se souvient du choix du prénom, de la naissance…), on compare ses enfances à une génération d’intervalle, on se dit des choses importantes (« ce que j’admire chez toi » contre « ce qui m’agace »), d’autres plus futiles. Lili Scratchy met son dessin pop au service d’un petit carnet qui déjoue les pièges du cliché. Le ton est toujours un peu décalé, à l’image de la liste des ressemblances à cocher par la mère « tu as le caractère du caniche de ta grand-mère, ou les pieds de ton père… ». On est loin de la vision un peu bête des fifilles qui prennent le vernis à ongles de leur maman ! Parfait pour passer entre mère et grande fille.
Telle mère, telle fille, de Lili ScratchyMinus éditions, collection Grand Minus, 2015.

Laura

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Des destins hors du commun

Par 20 mars 2015 Livres Jeunesse

MARJANE et le sultanMarjane est une jeune femme au talent remarquable et au caractère bien trempé. Depuis quelques années, elle s’occupe elle-même de l’atelier de confection de tapis créé par son père, aujourd’hui trop faible pour assurer la création. L’organisation du travail des ouvrières, la gestion des commandes et l’intendance de la maison, elle gère tout ça d’une main de fer. Mais un jour, la dure réalité vient troubler la vaillante Marjane : son père est souffrant, les médecins lui donnent peu de temps et il faut qu’elle songe à se marier si elle veut garder l’atelier et le toit qui l’abrite avec sa sœur cadette Anoosha. Marjane s’insurge contre cette coutume rétrograde qui dit que les femmes ne peuvent gérer une affaire ou posséder des biens en propre, quelle injustice ! Alors que son père la presse à prendre se marier et enchaîne les entretiens avec les familles des jeunes célibataires à marier, Marjane décide de prendre son destin et celui de sa famille en main et de plaider sa cause devant le sultan. Elle ne sait pas encore qu’elle devra relever un défi de taille pour montrer que les femmes sont dignes de confiance, et qu’elle vivra une aventure aussi palpitante que les contes que lui lisait sa mère quand elle était enfant.
Le fort caractère de l’héroïne m’a tout de suite conquise. Marjane est une femme forte, artiste, moderne, qui doit se battre contre le système patriarcal et passéiste du royaume d’Aroum à la fin du XIXe siècle. L’Orient offre un décor propice au roman d’aventures. On est tout de suite dépaysé par les descriptions appliquées des vêtements, du travail des ouvrières tisseuses, des paysages ensablés. L’histoire en elle-même est assez classique, même prévisible, mais on se laisse emporter par les péripéties et les émois de la jeune femme qui devra défendre courageusement sa famille et la cause des femmes.

Un Berger aux Jeux olympiquesSpiridon ne paye pas de mine : paisible berger qui mène paître son troupeau sur les coteaux escarpés de sa Grèce natale, il vit seul avec sa mère, simplement. Au loin dans la vallée, il voit les travaux pour les prochaines Olympiades qui se dérouleront à Athènes en 1896 prendre forme. Quelle excitation ! Il paraît qu’un Français du nom de Pierre de Coubertin a décidé de réveiller l’esprit olympique ! Spiridon n’ose même pas imaginer qu’il portera les couleurs de son pays, jusqu’au jour où il part faire son service militaire, et que ses talents de coureur sautent aux yeux de sa hiérarchie. Le jeune berger parviendra-t-il à défendre l’honneur de son pays dans la discipline reine qu’est le marathon ?
La course à pied se prête très bien au roman d’initiation. Les difficultés de l’entraînement, le rythme haletant de la course… tous les éléments du récit participent à l’identification. On suit le parcours de Spiridon depuis ses montagnes au grand stade d’Athènes en courant à sa hauteur, accrochés à son souffle, on souffre avec lui sous le soleil écrasant de l’été 1896. Ce court roman est suivi par un petit dossier documentaire sur l’évolution des Jeux olympiques de l’Antiquité à nos jours. L’ensemble est très agréable à lire, très accessible même pour des jeunes lecteurs qui se reconnaîtront dans personnage historique de Spiridon Louys : humble, un peu naïf, mais très courageux.

DemainJeTecriraiIl fut un temps où George Sand signait ses lettres de son doux prénom de baptême, Aurore. Un temps où Marcel Proust faisait des fautes d’orthographe et où Gustave Flaubert baillait d’ennui au fond de sa classe au lycée. Ce temps, celui de l’enfance et de l’adolescence, nous est livré comme capturé dans les lettres envoyées par ceux qui deviendront les grands noms de l’écriture. Certains ne savaient pas encore quelle serait leur destinée, comme Marcel Aymé qui ne s’intéresse qu’à commander une boîte à compas pour Noël quand il s’adresse à sa sœur. D’autres le devinent déjà un peu : Freud conseille à son meilleur ami de conserver ses lettres, des fois qu’il deviendrait célèbre. Charles Baudelaire et Paul Verlaine envoient tous deux leurs premiers vers à leur idole Victor Hugo pour se conforter dans la voie de la poésie qu’ils s’apprêtent à embrasser. Pour la plupart, ils racontent, entre les lignes, le quotidien d’une jeunesse qui ne change pas tant que ça avec les années et les siècles : quand on est jeune, on s’ennuie en classe, on a soif de liberté, on espère que l’avenir nous révélera au monde.
Ce recueil de correspondance offre un très beau moment de lecture. Qu’il est touchant d’imaginer les écoliers appliqués qui ont rédigé de leur plume ces petits mots destinés à leurs parents ou à leurs camarades ! Bien sûr, le grand écrivain sommeille déjà dans la plupart des textes qui ont été compilés par Marie-Ange Spire. Ils sont drôles, poétiques, impétueux… c’est un vrai plaisir que de lire ces écrivains en devenir. Le « carnet de lecture » qui suit les lettres, sans être assommant, m’enthousiasme un peu moins, sûrement parce qu’il rappelle la portée « scolaire » de ce recueil. La quatrième de couverture explique en effet que la correspondance des grands auteurs permet de mieux comprendre leur œuvre. Pas sûr que ce soit la principale force de ce livre. Certaines des lettres sont de véritables bijoux d’écriture en elles-mêmes, sans qu’on ait besoin d’y chercher la trace d’une référence historique ou littéraire qui viendrait éclairer l’œuvre d’un grand écrivain (par ailleurs encore inconnue du lecteur). Ce recueil a cette qualité rare qu’il donne envie de lire, et aussi envie d’écrire, ce qui est déjà un très beau cadeau à faire aux jeunes gens qui le découvriront.

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué des ouvrages d’Agnès Laroche (Dans les yeux d’un loup et On a rien vu venir).

Marjane et le sultan
Texte d’Agnès Laroche
Talents Hauts dans la collection Libres et égaux.
8€, 135 x 180 mm, 144 pages, imprimé en République Tchèque, 2015.
Un berger aux Jeux olympiques
Texte d’Eric Chevreau
Oskar éditeur dans la collection Histoire et société.
9,95€, 145 x 190 mm, 88 pages, imprimé en Europe, 2015.
Demain je t’écrirai encore. Lettres de jeunesse de grands écrivains
Textes de George Sand, Marcel Proust, Sigmund FreudMarie-Ange Spire (cahier de lecture)
Gallimard Jeunesse dans la collection Folio Junior Textes classiques.
5,60€, 124 x 178 mm, 130 pages, imprimé en Espagne, 2015.

À part ça

La difficile discipline du marathon a déjà inspiré des écrivains qui y ont vu le reflet de la pratique de l’écriture. Dans son Autoportrait de l’auteur en coureur de fond (Belfond, 2009), Haruki Murakami fait de nombreux parallèles entre la traversée du désert qu’il a vécue en écrivant son premier roman et sa pratique intensive du demi-fond. Concentration, endurance, capacité de résistance et d’abnégation… toutes ces qualités sont partagées par le coureur et l’écrivain.
Dans Courir (Les éditions de Minuit, 2008) Jean Echenoz s’est quant à lui intéressé au destin du coureur tchèque Emil Zátopek, quatre fois champion olympique. Le rythme de la course se retrouve dans celui de l’écriture du romancier formaliste. On se laisse emporter par la course du marathonien et l’écriture jubilatoire de l’écrivain.

Laura

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Aventures historiques

Par 29 mars 2014 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, on suit deux hommes qui ont marqué l’histoire, chacun à leur manière !

alexandre le grandAlexandre est le fils du roi de Macédoine. Dès sa plus tendre enfance, il rêve de conquérir de nouvelles terres pour agrandir le royaume. Batailles, alliances, amitiés et grands combats, il est prêt à tout pour accomplir son projet et régner sur le monde !

Véritable plongée dans l’antiquité, Alexandre le Grand, jusqu’au bout du monde, nous propose de suivre le parcours de ce personnage ambitieux ! Organisé en courts chapitres, ce roman aux allures de documentaire historique permet d’apprendre plein de choses sur cette période historique sans en avoir l’air ! Hélène Montardre dépoussière l’antiquité, et dresse un portrait complet de ce personnage célèbre ! Dépaysement garanti !

moi, stevensonAutre siècle et autre ambition, partons à la découverte de Robert Louis Stevenson, le célèbre auteur de L’île au Trésor. Finalement, écrire un livre d’aventures en est déjà une en soi ! Comment viennent les idées ? Comment les organiser ? Quels liens avec la « vraie vie » ? On n’imagine pas tout ce travail quand on lit un roman d’aventures !

Accéder aux coulisses d’un livre, c’est un peu ce que nous propose Jean René, en écrivant cette histoire sur l’écriture de l’œuvre majeure de Stevenson. C’est finalement un prétexte, et il n’est pas nécessaire d’avoir lu L’île au trésor pour apprécier ce récit : on a un peu l’impression de pouvoir se mettre dans la peau de l’écrivain et c’est déjà un sacré voyage ! Original et rythmé, discrètement illustré par Zaü, mais aussi instructif, Moi, Stevenson est un roman biographique est réussi !

Quelques pas de plus...
Nous avons déjà chroniqué un autre livre de la collection Un regard sur… : D’un combat à l’autres, les filles de Pierre et Marie Curie, de Béatrice Nicodème.

Alexandre le Grand, jusqu’au bout du monde
d’Hélène Montardre
Nathan dans la collection Un regard sur…
5 €, 121 x 180 mm, 166 pages, imprimé en France, 2013
Moi, Stevenson, l’aventure de ma vie
Texte de Jean René illustré par Zaü
Bulles de savon
9 €, 140 x 210 mm, 80 pages, imprimé en UE, 2013

A part ça ?

Encore et toujours du papier découpé, mais vous savez comme j’aime ça ! Cette fois, Hari et Deepti nous présentent des scènes en relief de toute beauté !

Marianne

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