La mare aux mots

Les invité·e·s du mercredi : Marie Pavlenko et Gwendal Oulès (librairie Récréalivres)

Par 20 mars 2019 Les invités du mercredi

Quel bonheur de vous proposer aujourd’hui une interview de la géniale Marie Pavlenko ! J’ai adoré son dernier roman, et j’avais envie d’en savoir un peu plus sur elle. Ensuite, c’est à nouveau un libraire qui est l’invité de la rubrique Ce livre-là. Cette fois, c’est Gwendal Oulès le super libraire de la librairie Récréalivres au Mans. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Marie Pavlenko

Présentez-nous Abi, le personnage de votre magnifique roman Un si petit oiseau.
Abi est une jeune femme de 19 ans qui, dès les premières pages du livre, a un accident de voiture. Elle en ressort amputée d’un bras. Le roman est l’histoire de sa renaissance, il commence au moment où elle rentre chez elle, après sa rééducation.

Comment est née cette histoire ?
L’origine, c’est l’accident de ma mère, qui a vécu la même chose qu’Abi.
Ensuite, j’ai inventé et façonné Abi, sa famille, sa maison, ses amis, ses espoirs, ses frustrations, et la constellation folle qui tourne autour d’elle. Son monde.

On reconnaît quelques petites choses de votre vraie vie dans le roman, quelle est la part de vous dans cette histoire ?
Abi n’existe pas, et aucun des personnages n’est réel ou inspiré de gens qui existent. C’est une pure œuvre de fiction, née, je crois, d’un besoin très fort que j’avais de mieux comprendre ma mère, de mieux la faire comprendre aux autres, aussi. Me glisser dans la peau d’Abi m’a permis d’appréhender au plus près ce qu’elle pouvait ressentir. Et puis, bien sûr, il y a les oiseaux, mais si je commence sur le sujet, on est encore là demain. Disons que j’avais très envie de parler d’eux, parce qu’ils ont changé ma vie.

Est-ce que vous avez fait des recherches sur le handicap pour écrire cette histoire et coller au plus proche de la réalité ?
Oui, j’ai lu de nombreux témoignages et tranches de vie sur Internet, j’ai lu Blaise Cendras, aussi, et j’ai discuté avec un ami qui m’a beaucoup appris sur son vécu, son état d’esprit. Et avec ma mère, bien sûr.

Tous les personnages semblent vraiment exister, comment les construisez-vous ?
Je ne les construis jamais ex nihilo. Je commence chacun de mes romans sans savoir comment il va se terminer ni qui sont vraiment les personnages. J’écris, c’est tout, je les mets en situation, je les fais vivre, et la façon dont ils réagissent aux obstacles, aux événements les modèle peu à peu. Ensuite, une fois que je les ai bien cernés, que je les ai rencontrés pour de vrai, je reprends le manuscrit et je lisse.

Que ce soit pour ce roman ou pour les précédents, comment naissent vos histoires ?
Elles partent toutes d’une idée de personnage. Dans Je suis ton soleil, Déborah était cette fille un peu fofolle et à côté de ses pompes qui allait sauver sa mère. Dans La Fille-sortilège, Érine vivait en déterrant des cadavres. Ensuite, le monde se construit autour d’elles, je leur donne un décor, des interlocuteurs, et elles se mettent en mouvement.

Savez-vous à l’avance comment va se terminer votre histoire ?
Non, jamais et parfois jusqu’à très tard dans l’écriture. Je pense que ça m’aide à rester immergée dans l’histoire, à ne pas perdre la connexion avec elle.

Qui sont vos premiers lecteur·trice·s ?
Mes proches. Et mon agent, Roxane Edouard.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Ouh là ! Il y en avait beaucoup ! J’adorais Roald Dahl, qui a été ma première gifle littéraire : avec lui, j’ai découvert la métaphore. J’aimais des univers très divers : Stefan Wul, Marcel Aymé. J’ai aussi lu Le Seigneur des anneaux à 10 ans et ça a été un vrai choc. Ado, j’ai adoré Germinal, ou La Princesse de Clèves, par exemple 🙂

Que lisez-vous en ce moment ?
Je viens de commencer Le temps où nous chantions de Richard Powers. J’ai eu la chance de le rencontrer au festival America à Vincennes et j’ai adoré sa façon d’envisager le monde.

Quelques mots sur vos prochains ouvrages ?
J’ai écrit un roman « premières lectures » qui paraîtra en octobre chez Little Urban, illustré par mon amie Marie Voyelle. Je travaille actuellement sur le deuxième tome. Je viens d’achever une série pour les plus petits, et un roman ado, mais qui n’a rien à voir avec ce que je fais d’habitude : plus court, plus sombre, je crois. Je commence à peine un autre roman pour les 10-13 en gros, complètement zinzin cette fois, histoire de changer un peu d’atmosphère. Et enfin, j’ai un projet d’album qui me tient particulièrement à cœur et dont j’espère qu’il verra bientôt le jour.

Bibliographie :

  • Un si petit oiseau, Flammarion jeunesse (2019), que nous avons chroniqué ici.
  • Zombies zarbis, avec Carole Trébor, Flammarion jeunesse (3 tomes 2018-2019)
  • La Mort est une femme comme les autres, J’ai Lu (2018) – Pygmalion (2015)
  • Je suis ton soleil, Flammarion jeunesse (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • La Fille-Sortilège, Folio SF (2017).

 


Ce livre-là… Gwendal Oulès (librairie Récréalivres)

Ce livre-là… Un livre qui touche particulièrement, qui marque, qu’on conseille souvent ou tout simplement le premier qui nous vient à l’esprit quand on pense « un livre jeunesse ». Voilà la question qu’on avait envie de poser à des personnes qui ne sont pas auteur·trice, éditeur·trice… des libraires, des bibliothécaires, des enseignant·e·s ou tout simplement des gens que l’on aime mais qui sont sans lien avec la littérature jeunesse. Le second invité de cette nouvelle rubrique, c’est le libraire Gwendal Oulès de la librairie Récréalivres au Mans.

Même si j’ai trop rarement l’occasion de le conseiller, j’ai toujours plaisir à faire lire Me voici de Karl Friedrich Waechter publié aux éditions MeMo. Cet album est fondateur dans mon parcours de lecteur adulte de littérature jeunesse. Il a changé mon regard, l’a exercé, « professionnalisé » en quelque sorte. J’y reviens très régulièrement avec à chaque fois un plaisir renouvelé. Je le considère aujourd’hui comme un authentique chef-d’œuvre de la littérature jeunesse à mettre au même rang que le Maus de Spiegelman notamment dans ce qu’il dit de l’Allemagne d’après-guerre. Il correspond parfaitement à l’idée d’Ungerer selon laquelle les livres pour les enfants ne devraient pas être seulement destinés à dormir le soir. Si j’aime d’abord le pouvoir de séduction immédiat de Me voici, la bouille craquante de ce chat sonnant à la porte. J’aime surtout ses strates de sens multiples qui encouragent les lectures interprétatives. Dans l’une des plus audacieuses l’auteur propose à son lecteur (attentif) un « pacte » inédit : être le propriétaire du chat, celui qui ouvre la porte et le retrouve, autrement dit être l’assassin du mignon petit chat. Nous ne sommes évidemment pas obligés de souscrire à cette lecture et avons toute liberté de l’ignorer, de se contenter déjà d’un remarquable premier degré. Mais c’est là. Possiblement. L’exemple est extrême sans doute mais au bout du compte il n’en demeure pas moins que la littérature jeunesse, c’est juste de la littérature. Point. Car il faut toujours aller plus loin que l’émotion que peut susciter le minois adorable d’un petit chat. Cette émotion évoluera à mesure que le lecteur grandira. Je trouve cette expérience désarmante et brutale. Une expérience de lecture idéale.

Gwendal Oulès est libraire à la librairie Récréalivres, 7 rue de la Barillerie au Mans. Retrouvez cette super librairie sur Facebook : https://www.facebook.com/librairie.recrealivres.

Bande de moutons !

Par 19 mars 2019 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, je vous propose deux livres ayant pour héros des moutons… et Guridi comme illustrateur !

Foot-Mouton
Texte de Pablo Albo (traduit de l’espagnol, traducteur·trice non crédité·e), illustré Guridi
Didier Jeunesse
13,10 €, 207×243 mm, 38 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2018.
Panique chez les moutons
Texte de Margarita Del Mazo (traduit de l’espagnol par Laura Ciezar), illustré par Guridi
p’titGlénat dans la collection VITAMINE
11 €, 216×291 mm, 40 pages, imprimé en Espagne chez un imprimeur éco-responsable, 2018.

Petits périples en famille

Par 18 mars 2019 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, je vous propose de suivre une famille qui a un mystérieux rendez-vous en pleine nuit et un enfant et son père qui semblent vivre une journée parfaite.

Nous avons rendez-vous
de Marie Dorléans
Seuil Jeunesse
14,50 €, 241×355 mm, 40 pages, imprimé en Italie, 2018
Un jour parfait
de Remy Charlip (traducteur·trice non crédité·e)
MeMo
15 €, 200x263mm, 36 pages, imprimé en Europe chez un imprimeur éco-responsable, 2018.

Homophobies [CHRONIQUE EN LIBRE ACCÈS]

Par 15 mars 2019 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, je vous propose quatre romans qui parlent, chacun à leur manière, d’homophobie. Des réalités parfois difficiles à lire, mais il est toujours nécessaire de rappeler ce que subissent les lesbiennes, les gays et les bisexuel·le·s. Petite précision : afin de ne pas alourdir le texte je ne préciserai pas chaque fois qu’il s’agit peut-être de bisexualité et non forcément d’homosexualité (raccourcis souvent simplistes), mais chacun·e verra ce qu’il veut dans ces histoires.

Ils marchent dans la rue, pressent le pas, derrière eux fusent les « Salopes ! Pédales ! » et « Vous allez voir c’que c’est qu’des vrais mecs ! ». Puis ils sont rattrapés et les coups commencent, le sang qui coule, puis le noir. Un an plus tôt tout avait commencé comme beaucoup d’histoires d’amour : une fête, un copain qui a un peu trop bu et qui ne peut pas rentrer chez lui, un lit partagé et les choses dérapent…
Le roman de Florence Cadier est absolument magnifique. Si la scène d’ouverture nous happe, nous scotche et fait monter les larmes aux yeux (ou des envies de violence, c’est selon), on enchaîne très vite sur des choses plus douces, une belle histoire d’amour qui débute, la découverte de l’homosexualité et de la « sexualité » tout court (même s’il n’est pas réellement question de sexualité à proprement dit), mais aussi l’envie de partager avec les ami·e·s (pas évident quand on se sent différent·e), la réaction des parents et de l’entourage en général. L’autrice nous fait vivre les événements de façon chronologique (un an avant la scène de violence, six mois avant, trois mois avant…) et l’on découvre ainsi l’évolution d’une histoire d’amour, mais aussi le cheminement de l’acceptation d’un jeune gay. Certaines scènes sont très fortes (comme l’une des scènes de discussion parent-enfant ou la scène de tabassage), l’écriture de Florence Cadier est superbe et elle réussit à nous faire monter les larmes aux yeux, la chair de poule et l’envie de rencontrer ce jeune garçon, d’être son ami.
Un magnifique roman sur une belle histoire d’amour entre deux garçons, qui traite aussi d’homophobie.

Dans la classe d’Elsa, il y a une fille qui la trouble particulièrement, elle n’arrive pas à ne pas la regarder en classe. Elsa sait qu’elle est différente, alors quand une fille de l’école se fait traiter de lesbienne, elle décide de sympathiser avec elle, peut-être qu’elle pourra l’aider à comprendre qui elle est…
Magnifique portrait d’une ado qui se sent mal dans sa peau et qui n’en sait pas la cause (elle comprendra qu’elle est tout simplement attirée par les filles). Perrine Leblan parle aussi parfaitement des aprioris (ce n’est pas parce que quelqu’un nous semble gay ou lesbienne qu’il·elle l’est). Ici, on parle aussi d’homophobie (celui subi par une fille alors qu’elle n’est pas lesbienne, mais aussi un ami de la famille que le père refuse de voir parce que gay) et d’entraide. C’est un court roman efficace, qui laisse la parole à une jeune fille qui va grandir devant nous. La phrase de fin est absolument magnifique, mais je ne vous la dévoilerai pas ici.
Un court roman, très beau, sur l’histoire d’une jeune lesbienne qui apprend à se connaître.

Yvan est en prison, de deux coups de poing il a tué Sandra. Il est assis là, il ne comprend pas. Sonné. Grâce à lui, mais aussi à sa sœur et à Thomas, le petit ami de sa sœur, on va petit à petit comprendre comment les choses se sont passées…
Bon… j’avoue avoir très longuement hésité à mettre ce livre-là dans cette sélection. On y parle d’homophobie, mais ici la victime principale n’est pas de ce côté-là… Attention, pour vous en parler je vais vous dévoiler le dénouement (si vous ne le souhaitez pas, passez directement au livre suivant), mais de toute façon dès le départ, si vous savez que le livre parle d’homophobie vous allez deviner ce qui ne nous est révélé qu’à la fin. Thomas n’est en fait pas le petit ami de la sœur d’Yvan, mais d’Yvan lui-même. S’il a frappé Sandra jusqu’à la tuer, c’est parce qu’elle l’a menacé de révéler son secret. On parle donc bien d’homophobie ici et les deux garçons sont loin des clichés que l’on peut voir bien souvent dans les histoires où deux garçons s’aiment, et ils doivent se cacher, subissent des insultes, mais bien entendu on ne peut pas admettre la violence et le meurtre. Bref, si j’ai beaucoup aimé ce roman, je suis partagé, non pas sur le roman lui-même, mais sur sa place dans une sélection sur l’homophobie… je vous laisserai juger ! On y parle aussi beaucoup du non-dit, des conditions sociales, d’amour, d’oser affirmer être qui l’on est… L’auteur montre aussi avec beaucoup d’intelligence que tout n’est jamais noir ou blanc et que chacun·e a souvent sa propre version des choses tout en pensant que la sienne est la vraie.
Un court roman très fort sur la violence des mots et la violence des coups.

Jasmin Roy est une personnalité québécoise. Homme de télé et de radio, mais aussi acteur, c’est un homme connu et reconnu. Pourtant son enfance n’a pas été rose, il la raconte par petites touches, de courts chapitres, qui font froid dans le dos. Il a souhaité compléter son témoignage de ceux de gens qui ont vécu la même chose à notre époque, pour qu’on ne lui dise pas que l’homophobie qu’il a vécue dans les années 70 n’existe plus aujourd’hui.
Sale pédé, Pour en finir avec le harcèlement et l’homophobie à l’école est un livre absolument bouleversant, il y a bien sûr l’acharnement dont est victime Jasmin Roy, mais ça souvent il suffit de regarder autour de nous pour savoir ce qu’est l’homophobie, mais le plus fort, d’après moi, dans son témoignage ce sont les conséquences. Conséquences à l’époque, mais encore aujourd’hui. Il parle de sa peur, de ses crises d’angoisse, de son manque de confiance en lui, de sa peur des autres… toutes ces choses qui pourrissent sa vie d’homme adulte et qui sont liées aux traitements qu’il a subis dans son enfance. Les témoignages qui complètent le sien sont tout aussi bouleversants (on regrettera toutefois le peu de présence féminine, 1 témoignage de fille pour 9 de garçons). Que ce soit la première partie ou la seconde, on nous rappelle à quel point les adultes sont souvent complices de cette homophobie (sans doute l’une des choses les plus fortes dans ce livre) et qu’elle est souvent plus liée à une apparence ou à une façon d’être qu’à une réelle homosexualité.
Un témoignage extrêmement fort, complété de dix autres, pour rappeler l’horreur qu’est l’homophobie et à quel point elle détruit des vies. Un ouvrage qui devrait servir d’outil dans les écoles afin d’ouvrir les yeux.

On parle aussi d’homophobie, notamment, dans le roman Les maux bleus, les albums Les papas de Violette et Papa, c’est quoi un homme haut sèkçuel et dans les documentaires Discriminations, inventaire pour ne plus se taire et Riposte ! Comment répondre à la bêtise ordinaire. Tous les ouvrages LGBTQI+ que nous avons chroniqués sont répertoriés ici et nous préparons un webzine sur le sujet que vous découvriez en juin. N’hésitez pas à nous signaler en commentaires les livres que vous aimez sur le sujet.

Je les entend nous suivre
de Florence Cadier
Le Muscadier dans la collection Rester Vivant
9,50 €, 140×190 mm, 90 pages, imprimé en France, 2018.
La peur au placard
de Perrine Leblanc
Oskar Éditeur dans la collection Court MÉ-Trage
7 €, 115×170 mm, 77 pages, imprimé en Europe, 2015.
Le sens de l’honneur
de Roland Godel
Oskar Éditeur dans la collection Court MÉ-Trage
6 €, 115×170 mm, 83 pages, imprimé en Europe, 2014.
Sale pédé, pour en finir avec le harcèlement et l’homophobie à l’école
de Jasmin Roy
Les Éditions de L’homme
13 €, 154×229 mm, 165 pages, imprimé en France, 2016.

Voyage voyage

Par 14 mars 2019 Livres Jeunesse

Les deux livres d’aujourd’hui nous emmènent très, très loin ! Le premier nous fait voyager entre Vancouver et Hokkaido aux côtés de son adorable petite héroïne, et le second nous fait embarquer pour l’espace. C’est parti !

Le grand voyage de Rickie Raccoon
de Gaëlle Duhazé
HongFei
15,50 €, 187×267 mm, 64 pages, imprimé en République tchèque chez un imprimeur écoresponsable, 2019.
Un livre extra génial sur l’espace et au-delà
Texte d’Adam Frost (traduit et mis en page par Eric Marson)
De La Martinière Jeunesse
8,90 €, 129×198 mm, 112 pages, imprimé en Chine, 2019.
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