La mare aux mots
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Anaïs - La mare aux mots

Un peu de tendresse

Par 15 avril 2019 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, de la tendresse et de la douceur au programme ! On commence avec un monstre bien moins effrayant qu’il n’y paraît, puis on continue avec de jolis oxymores pour voir la vie avec poésie. C’est parti !

Albert le monstre solitaire
Texte d’Anna Kemp (traduit de l’anglais Mathilde Colo) illustré par Sarah Ogilvie
Little Urban
13,50 €, 272×272 mm, 32 pages, imprimé en Chine, 2019.
La piquante douceur de la joue de papa et autres exquis oxymores
Texte d’Alice Brière-Haquet illustré par Sylvie Serprix
Motus
13 €, 227×287 mm, 36 pages, imprimé en République tchèque, 2019.

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Petites combinaisons

Par 5 avril 2019 Livres Jeunesse, Loisirs Créatifs et Cahiers d'activités

Aujourd’hui, on mélange, on imagine, on crée… Avec ces deux ouvrages pleins de bonnes idées !

Doux doudous
Texte de Cédric Ramadier, illustré par Vincent Bourgeau
L’école des loisirs
10€, 162×212 mm, 12 pages, imprimé en Malaisie, 2019.
Dessine avec des tampons – Les animaux
Texte de Fiona Watt (traduit de l’anglais par Véronique Duran), maquette et illustration de Candice Whatmore
Éditions Usborne
12,95 €, 256×221 mm, 64 pages, imprimé en Chine, 2019.

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Les invité·e·s du mercredi : Julien Béziat, Michaël Escoffier et Roland Garrigue

Par 27 mars 2019 Les invités du mercredi

Aujourd’hui, nous partons à la rencontre de Julien Béziat, auteur de superbes albums et créateur de Berk le doudou ! Ensuite, Michaël Escoffier et Roland Garrigue nous racontent la naissance de l’adorable Princesse Kevin. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Julien Béziat

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
Après des études d’arts plastiques longues (licence, master, agrégation et doctorat), j’ai été prof d’arts plastiques en collège puis à la fac de Bordeaux Montaigne, où j’enseigne à temps plein depuis 2011. En parallèle, j’ai toujours dessiné toutes sortes de choses, et j’ai très vite été attiré par les albums jeunesse, sans doute par leur forme brève et concise, à travers laquelle il faut arriver à dire beaucoup, avec peu.
J’ai proposé mon premier projet d’album aux éditions Pastel (antenne belge de l’École des loisirs) en 2010, Mäko, et il est sorti l’année suivante : c’était déjà formidable ! En plus, ce premier album a reçu ensuite une Pépite au salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil, ce qui m’a encouragé à poursuivre… J’ai aussi la chance d’avoir rencontré Odile Josselin, éditrice chez Pastel, elle a choisi de publier mon premier livre, et m’a toujours suivi sur les projets suivants, même très différents des précédents. J’ai pour le moment 5 albums publiés depuis 2011 chez Pastel, un nombre limité car je suis donc enseignant-chercheur en Arts plastiques en même temps, difficile parfois de tout concilier d’ailleurs ! J’ai l’impression d’avoir encore beaucoup de choses à explorer, et pas mal d’envies et d’idées d’albums dans mes tiroirs… J’espère donc être encore un peu au début de mon parcours d’auteur illustrateur.

Où trouvez-vous l’inspiration pour vos histoires ?
Souvent des lieux et de ce qu’ils contiennent d’histoires, de rêveries et d’imaginaires. Par exemple, dans Le bain de Berk (Pastel, 2016), la première envie est de proposer un album qui se passera entièrement dans une baignoire. C’est à la fois très limité, et très stimulant : comme pour un enfant qui s’amuse avec ses jouets de bain, une simple baignoire peut devenir une piscine avec son plongeoir (le robinet…), une mer de brume, un océan déchainé, etc. J’ai très vite pensé que le bain c’est aussi un lieu particulier pour les sons, les glouglous, les bruits étouffés par la mousse. À partir de ces différentes situations, peu à peu le récit prend forme et se construit, et les personnages apparaissent en fonction de leur rôle dans l’histoire. À vrai dire, on n’a pas toujours une idée très claire au départ de ce que l’on veut faire, cela part d’une envie, d’un croquis, d’une anecdote, d’un détail observé, mais qui accrochent, nous touchent d’une manière particulière, et donnent envie de produire des images et des histoires.

Vous êtes à la fois auteur et illustrateur de vos albums : comment se passe l’élaboration de vos livres ? Travaillez-vous d’abord sur le texte ou sur l’image ?
Je commence toujours par dessiner, souvent de minuscules croquis, mais qui me permettent de penser l’histoire en images, d’avoir une vue d’ensemble sur la succession des images et la structure des doubles pages. Il y a aussi pas mal de dessins plus précis faits sur des carnets, de personnages, de lieux, de situations : beaucoup de ces croquis ne se retrouveront pas dans l’album au final, mais ils sont un passage nécessaire. Textes et images se précisent ensuite ensemble, et sont pensés simultanément car sont indissociables. Mes textes sont enfin toujours pensés à haute voix, car ce sont souvent des livres qu’on lit aux enfants, et j’aime jouer sur les sons, les bruits, les différences de rythme dans le récit, cela m’amuse beaucoup. J’espère donc que petits et grands s’amusent aussi à les lire !
Mais c’est une cuisine vraiment personnelle, et chaque auteur illustrateur travaille différemment, certains ont besoin d’écrire l’ensemble du texte par exemple avant de commencer à dessiner. Et ces manières de travailler diffèrent aussi selon les albums.

Votre dernier album, La nuit de Berk, met particulièrement en avant le travail sur la lumière. Quelles techniques d’illustration utilisez-vous ?
Pour La nuit de Berk j’ai fait plusieurs essais, et la présence du noir, des nombreuses zones d’ombre, m’a finalement encouragé à choisir une technique mixte avec une grande partie numérique et un dessin final à la tablette : cela me permettait d’ajuster les couleurs et lumières, car l’intérêt de cet album est de jouer sur le point de vue, ce que l’on perçoit et ce qu’on imagine, ce qui est dans la lumière ou dans l’ombre… Cela a d’ailleurs été un peu compliqué de trouver un équilibre dans les zones sombres, l’image est toujours plus claire et lumineuse sur un écran, et il faut travailler aussi en fonction des premières épreuves d’imprimerie pour essayer d’obtenir l’effet désiré sur le papier imprimé.
Dans tous les cas, j’aime chercher une technique qui va s’adapter au mieux à l’idée du livre. Pour les trois albums dans lesquels on retrouve le personnage de Berk par exemple, les outils utilisés sont différents en fonction des lieux représentés. Dans Le Mange-doudous (Pastel, 2013), tout se passe dans une chambre, il y a des tissus, des peluches… il fallait quelque chose de « chaud », et le plus pertinent a été de travailler sur un papier épais avec une technique très simple, peinture et gros crayons. Pour l’album suivant, Le bain de Berk, le lieu est différent : la baignoire, avec ses carreaux, ses brillances, ses transparences, ses jouets en plastiques… J’avais plus de mal à traduire cela avec peinture et crayons, et j’ai finalement trouvé qu’une technique tout numérique permettait de mieux travailler toutes ces textures, et cet aspect artificiel des matériaux.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescent ?
Toutes sortes de lectures, il y avait beaucoup de livres à la maison. Des albums pour enfants, plein de bandes dessinées (j’ai deux grands frères, ce qui m’a permis d’arriver au milieu d’une belle collection de BD !), et des romans.

Quelques mots sur vos prochains projets ? Est-ce qu’une nouvelle aventure de Berk le Doudou est prévue ?
Peut-être que l’on verra un nouveau Berk en effet un de ces jours ! Mais avant, j’espère pouvoir faire un album encore différent. Il est difficile d’en dire plus car j’en suis au début, aux premières images, mais si tout va bien on devrait le voir sortir au printemps 2020.

Bibliographie :

  • La nuit de Berk, l’école des loisirs (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Le bain de Berk, l’école des loisirs (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Alors, ça roule ?, l’école des loisirs (2015).
  • Le Mange-doudous, l’école des loisirs (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Mäko, l’école des loisirs (2011).

Parlez-moi de… Princesse Kévin

Régulièrement, on revient sur un livre qu’on a aimé avec son auteur·trice, son illustrateur·trice et son éditeur·trice. L’occasion d’en savoir un peu plus sur un livre qui nous a interpellés. Cette fois-ci, c’est sur Princesse Kevin que nous revenons avec Michaël Escoffier et Roland Garrigue. Nous n’avons malheureusement pas eu de réponse de l’éditrice.

Michaël Escoffier (auteur):
La première version de Princesse Kevin que j’ai écrite date de 2015.
Comme souvent, c’est le titre qui s’est imposé en premier. Je voulais vérifier l’hypothèse farfelue selon laquelle n’importe quel livre avec le mot Princesse dans le titre se vendait comme des petits pains. J’ai cherché quel autre mot on attendrait le moins après Princesse, histoire de jouer un peu avec les stéréotypes, et Kevin s’est imposé assez vite. Restait à imaginer la trame de l’histoire, les circonstances dans lesquelles un enfant nommé Kevin se retrouvait en princesse et jusqu’où ça le mènerait.
C’est en général le processus que je suis pour un nouveau projet. D’abord le titre, puis l’histoire. Je me comporte comme un lecteur qui déambule dans une bibliothèque remplie de milliers d’ouvrages, et qui va être attiré par un titre, ou une image de couverture, et va avoir envie d’ouvrir le livre pour découvrir ce qui s’y cache.
Un fois l’histoire achevée, je l’ai proposée à Roland Garrigue, avec qui j’avais envie de travailler depuis longtemps. Il me semblait capable d’insuffler à Kevin toute la légèreté nécessaire pour faire de la lecture de cette histoire un moment de plaisir. Le projet est passé entre les mains de plusieurs éditeurs avant d’atterrir sur le bureau de Karine Leclerc (P’tit Glénat). Ce n’est pas un album facile à défendre, et il fallait qu’on trouve la personne qui avait envie de nous accompagner sur ce projet, plus par conviction personnelle, parce qu’elle était sensible au sujet, que par intérêt financier (car nous n’imaginions pas en vendre beaucoup).
On a pas mal échangé sur ce qu’on voulait montrer et comment on allait le montrer. Il y a d’abord eu un casting pour savoir qui interpréterait le rôle de Kevin. Roland a dessiné tout un tas d’enfants différents et nous nous sommes accordés sur le même. Puis l’histoire a un peu évolué au fil des différents story-boards. C’est une étape souvent nécessaire pour tester différentes versions et mettre de l’huile dans les rouages de l’histoire. Est venu ensuite le choix des couleurs, et le rose s’est imposé assez vite. On avait conscience que c’était sans doute un obstacle pour pas mal de lecteurs potentiels. Un livre rose, avec un garçon comme personnage principal : on prenait le risque de se couper à la fois du lectorat masculin et féminin. Mais on voulait aller au bout de notre démarche, et Karine nous a suivis.
Finalement, le succès du livre est inespéré. Et j’ose croire que ce n’est pas uniquement parce qu’il y a le mot princesse dans le titre.

Roland Garrigue (illustrateur):
C’est Michaël qui m’a proposé le texte. Ce n’est pas si fréquent et ça mérite d’être souligné : l’auteur m’a directement envoyé son texte et non un éditeur… ce qui augmente le risque en travaillant sur un projet qui risquerait d’être refusé mais ce qui laisse le temps à la réflexion et aux premières recherches avant d’aller le proposer. En général ça laisse la possibilité d’aller dans des directions plus surprenantes et d’essayer de nouvelles techniques. Aussi j’ai tout de suite adoré le titre du projet : dès que je me le répète il me fait rire ! Je connaissais le travail de Michaël avec Mathieu Maudet et j’ai été séduit par ce projet surprenant et plein d’humanité. J’ai fait quelques essais et ensuite Karine l’a accepté ! Il n’y avait plus qu’à… Quand je fais des rencontres dans les écoles, je parle de mes livres en cours de réalisation aux enfants… j’ai immédiatement compris à quel point ce projet avait du sens et de l’importance en voyant la réaction des enfants et surtout des garçons quand ils découvraient les portraits de princesse Kevin !!! Les questions un peu provocatrices que l’histoire abordent avec subtilité et humour et en laissant beaucoup de liberté dans les réponses sont très adaptées aux enfants que j’ai vus. Je suis très content d’avoir eu un texte comme celui-ci à illustrer et j’aimerais assister à des lectures dans les classes ! Hihi !
C’est dans les classes aussi que j’ai acquis la conviction que la robe de Kevin devait être rose et même un rose flashy ! Karine nous a suivis en acceptant qu’on utilise un ton direct rose fluo. J’étais très anxieux du résultat parce que pour l’inclure dans des images faites à la main c’était expérimental et un peu risqué. En découvrant le livre (alors que ce n’est pas souvent le cas) ça a été une super bonne surprise ! 


Princesse Kevin

Texte de Michaël Escoffier, illustré par Roland Garrigue
sorti chez P’tit Glénat (2018),
chroniqué ici.

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Voyage voyage

Par 14 mars 2019 Livres Jeunesse

Les deux livres d’aujourd’hui nous emmènent très, très loin ! Le premier nous fait voyager entre Vancouver et Hokkaido aux côtés de son adorable petite héroïne, et le second nous fait embarquer pour l’espace. C’est parti !

Le grand voyage de Rickie Raccoon
de Gaëlle Duhazé
HongFei
15,50 €, 187×267 mm, 64 pages, imprimé en République tchèque chez un imprimeur écoresponsable, 2019.
Un livre extra génial sur l’espace et au-delà
Texte d’Adam Frost (traduit et mis en page par Eric Marson)
De La Martinière Jeunesse
8,90 €, 129×198 mm, 112 pages, imprimé en Chine, 2019.

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Les invité·e·s du mercredi : Myren Duval, Claire Lebourg et Christelle Renault

Par 6 mars 2019 Les invités du mercredi

Aujourd’hui, nous partons à la rencontre de Myren Duval, dont le dernier roman, Mon chien Dieu et les Pokétrucs, avait été un de mes gros coups de cœur. Ensuite, Claire Lebourg et Christelle Renault nous disent tout sur le délicieux Quelle horreur !. Bon mercredi !


L’interview du mercredi : Myren Duval

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
Maternité – Picardie – Le Caire – Katmandou - ? – Tombeau

Votre roman Mon chien, Dieu et les Pokétrucs aborde la guerre en Syrie et l’accueil des réfugié·e·s, perçus à travers le regard d’une petite fille. Est-ce que ce sont des thèmes qui vous sont chers ? Et pourquoi avoir choisi ce point de vue pour l’évoquer ?
Parce que si vous dites à des adultes : « Il y a ces gens dehors qui n’ont nulle part où aller », ils répondent « oui horrible mais bon chômage tout ça pas évident danger choc culturel sécurité et puis toute la misère bah non dans le gymnase pas possible mardi j’ai Pilates », alors que les enfants sont plus pragmatiques, moins frileux, ils vous regardent comme si vous aviez oublié de réfléchir et ils disent : « ben ils ont qu’à venir chez nous ».

Y a-t-il des sujets que vous n’avez pas osé aborder dans ce roman ? Pensez-vous que l’on peut tout évoquer en littérature jeunesse ?
Pas osé, non, pas eu l’occasion, oui. J’imagine que l’on peut tout évoquer en littérature jeunesse, par petites touches, comme Marie-Sabine Roger dans À la vie, à la… Elle parle de la maladie/mort d’un enfant condamné avec des mots inventés, un univers tellement imagé et parlant. Le thème est dramatique, le livre est poétique et touchant.
Puisque vous me posez cette question et que je lis en ce moment My absolute Darling, de Gabriel Tallent, je pense évidemment à tous ces thèmes tabous : maltraitance, inceste, violences sexuelles, et je me demande s’ils ont déjà été abordés en littérature jeunesse et si oui, comment ? (on a le droit de poser des questions à l’interviewer ?)

Oui, on a souvent parlé de livres qui parlent de ces sujets, on vous donnera quelques conseils à l’occasion ! Mais revenons à nos moutons… Comment s’est passée la collaboration avec Charles Dutertre qui a illustré le texte ?
L’éditeur a envoyé le manuscrit à Charles Dutertre qui a accepté de l’illustrer. J’ai reçu les premiers dessins : Pauline en pantalon à rayures et en chaussettes. Comme j’adore les pantalons à rayures et que Charles adore les chaussettes, on a accepté de travailler ensemble.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Je ne sais pas/plus. Mes parents disent : La comtesse de Ségur, Le club des cinq, et le dictionnaire (?!) Enfant, je me souviens d’avoir beaucoup aimé Primprenelle et le poireau farceur (oui, pour moi aussi c’est mystérieux). Puis Mon bel oranger, de Jose Mauro de Vasconcelos dont je garde vraiment un souvenir intense, je trouvais ce livre formidable, cet oranger dans le jardin… celui-ci je vais le relire.

Avez-vous quelques coups de cœur en littérature jeunesse à nous faire partager ?
La rédaction, d’Antonio Skarmeta, un album puissant sur la dictature de Pinochet
Là où vont nos pères, de Shaun Tan, une BD magnifique, sans texte, sur l’exil.
Un petit chaperon rouge de Marjolaine Leray et C’est un livre de Lane Smith, qui m’amusent infiniment.
Et j’aimerais lire Les riches heures de Jacominus Gainsborough de Rebecca Dautremer parce que les illustrations sont splendides (pour mes proches qui liraient cette interview : j’aimerais vraiment lire ce livre mais malheureusement je ne l’ai pas).

Peut-on en apprendre un peu plus sur vos prochains projets ?
J’ai « terminé » un manuscrit qui est un presque huis-clos mère alcoolique/fillette, un texte que j’aime beaucoup dont mon éditeur doit précisément me parler demain (croisez les doigts s’il vous plaît, merci), un roman pour adolescents en cours d’écriture, et un très grand projet de livre illisible dont je ne peux absolument pas vous parler car évidemment c’est un concept inédit 😉

Bibliographie :

  • Mon chien, Dieu et les Pokétrucs, roman illustré par Charles Dutertre, Le Rouergue (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Emmène-moi Place Tahrir, roman, L’Harmattan Jeunesse (2014).

Parlez-moi de… Quelle horreur !

Régulièrement, on revient sur un livre qu’on a aimé avec son auteur·trice, son illustrateur·trice et/ou son éditeur·trice. L’occasion d’en savoir un peu plus sur un livre qui nous a interpellés. Cette fois-ci, c’est sur Quelle horreur ! que nous revenons avec son autrice et illustratrice Claire Lebourg et son éditrice Christelle Renault.

Claire Lebourg, autrice et illustratrice:
Parfois l’idée d’un livre démarre avec un dessin et c’est ce qu’il s’est passé pour Quelle horreur !
J’avais dessiné une petite fourmi en train de peindre dans son atelier pour l’offrir à une illustratrice amie dont j’aime beaucoup le travail : Colette Portal. C’était au moment où son livre La Vie d’une Reine avait été réédité par Michel Lagarde (un livre magnifique avec des dessins de fourmis qui me touchent beaucoup).
Voici le dessin en question :

Plus tard, je me suis dit qu’un petit insecte dans un atelier était une bonne idée pour démarrer un livre. Pour l’histoire, j’ai tout de suite pensé aux nombreux enfants que je croise dans les ateliers et rencontres scolaires. Il m’arrive d’être très surprise par leurs réactions. Parfois, un enfant fait un dessin magnifique mais se met à pleurer car il le trouve raté et n’arrive pas à gérer l’énorme pression qu’il s’est lui-même infligé.
Après avoir posé le décor, une artiste papillon dans son atelier, j’ai pensé que confronter ses œuvres au regard de ses amis (qui viennent gentiment poser), pouvait créer des situations très drôles et amener l’enfant à se poser la question de ce qui est réussi, de ce qui ne l’ait pas, bref de la subjectivité totale d’un dessin.
Paty finit par douter bien sûr, mais elle continue à travailler, ce qui me semble être un message important… Pour tout le monde !
Pour ce qui est des illustrations, j’ai moi-même beaucoup douté. Pour l’atelier en lui-même, c’était assez facile, je me suis inspirée d’ateliers d’artistes qui me faisaient rêver.

 

Mais cela a été plus difficile pour les personnages. Christelle (mon éditrice) a reçu de très nombreuses versions pendant de longs mois.
Même à la fin, quand je pensais avoir terminé, j’ai réalisé qu’une chose ne fonctionnait pas : j’avais dessiné moi-même les œuvres de Paty accrochées dans la galerie. Graphiquement, ça ressemblait trop aux dessins de mon livre, ça n’allait pas du tout.
De nouveau, j’ai pensé aux enfants et à leur manière de dessiner, souvent très expressive, que j’adore. J’ai donc demandé aux neveux d’un ami, Lucien et Louise, de faire les portraits d’Isabelle, Pierre et Mona. Je leur ai donné des plumes, de l’encre, de l’aquarelle et des papiers découpés pour qu’ils soient dans les mêmes conditions de création que Paty. Et ils ont fait des dessins superbes, naïfs et sensibles, drôles, touchants et surtout en parfait décalage avec mes propres dessins, ce qui était vraiment nécessaire.

Après ça, j’étais soulagée car il était très important que ces portraits soient réussis pour que l’histoire fonctionne.
J’ai aussi créé une page sur laquelle les enfants peuvent directement dessiner en espérant secrètement retrouver quelques œuvres d’enfants dans mes livres d’ici quelques années, dans un vide-grenier par exemple !

Christelle Renault, éditrice chez L’école des loisirs:
Quand Claire m’a envoyé son projet, j’ai tout de suite été charmée par son histoire (très originale), ses dialogues (très drôles), son héroïne (très touchante), ses modèles (très expressifs), et bien sûr son sujet (très pertinent) : qui est le mieux placé pour juger de la réussite d’un dessin, ou de la beauté d’un tableau ?
Les enfants, comme les adultes, sont inquiets de la manière dont les autres vont les percevoir, ils redoutent leurs réactions… et cet album montre cela de manière particulièrement élégante.
Le contraste entre les nombreux efforts déployés par Paty – qui s’applique vraiment pour chaque portrait, en utilisant différentes techniques – et la réaction effarée des modèles qui repartent tous fâchés, est réjouissant pour le lecteur impliqué dans cette mise en scène théâtrale.
Cerises sur le gâteau :
– le flap avec les portes de la galerie qui s’ouvrent sur l’exposition des tableaux, le soir du vernissage
– l’insertion de vrais dessins d’enfants exposés sur les murs de la galerie
– les toits de Paris avec vue sur les ateliers d’artistes (dont celui de l’héroïne)
– le tableau de la Joconde, avec le modèle furieux qui voulait le même genre de portrait
– l’ajout d’un cadre à la fin de l’histoire pour que les enfants dessinent ou collent un portrait directement dans le livre (on les encourage à le faire)
– la mise en abyme du travail artistique… et comme toujours avec Claire, le soin apporté à la fabrication de l’album, jusque dans les moindres détails !


Quelle horreur !

de Claire Lebourg
sorti à l’école des loisirs (2018),
chroniqué ici.

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