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Gabriel - La mare aux mots

Les invité·e·s du mercredi : Émilie Vast et Clémence Pollet

Par 17 octobre 2018 Les invités du mercredi

Deux autrices/illustratrices sont aujourd’hui nos invitées du jour, et je dois dire que je suis très sensible à leur travail à toutes les deux. Tout d’abord Émilie Vast avec qui l’on revient sur son parcours et sur son travail, puis on part en vacances, afin de faire mieux connaissance avec elle, avec Clémence Pollet. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Émilie Vast

Pouvez-vous nous présenter le magnifique Moi, j’ai peur du loup, qui vient de sortir chez MeMo et que nous avons chroniqué hier ?
Ce livre m’est venu pour deux raisons. D’une part, j’avoue que voyant que nombre d’auteurs avaient un livre à propos d’un loup, je me suis dit que moi aussi j’en voulais un ! De plus il est fréquent que le thème du loup soit porteur d’expos et rencontres, c’était donc tentant !
Et puis, j’avais surtout envie de rendre justice à cet animal mal compris ! On en parle beaucoup en ce moment… Les enfants à force de dessins hors normes du loup, perdent de vue sa réelle représentation, c’est un peu comme le poisson pané à la cantine !
C’était donc amusant de finalement partir à l’inverse des autres, déconstruire le mythe du monstre pour faire réapparaitre l’animal.

Vous avez une belle fidélité à l’éditeur MeMo, pouvez-vous nous en dire quelques mots ?
Oui, c’est une fidélité aux gens de chez MeMo, à la qualité de leur travail, à la qualité de l’impression, du papier… on se comprend, on est sensible aux mêmes choses. De plus, ils me font confiance, c’est reposant et ça aide réellement à être créatif !

Parlez-nous de votre parcours ?
Il est un peu alambiqué… la source vient clairement de mon enfance, influencée par mes parents pour la sensibilité à la nature et aux arts décoratifs. Dessiner et m’inventer des histoires faisaient déjà partie de mes passe-temps.
J’ai perdu un peu de vue cela à l’adolescence, je suis partie dans un cursus scientifique au lycée, mais pas inutile puisqu’avec option Biologie ! Ça me sert toujours…
Ensuite retour des aspirations artistiques puisque j’ai fini par intégrer une école d’art. Je visais le design, j’ai opté pour la section art, pour la photo (il paraît que le dessin n’était pas mon truc, dixit un prof…;-) ). J’ai poussé jusqu’au DNSEP art contemporain pour me rendre compte que finalement, la photo avec l’avènement du numérique ne me passionnait plus autant.
Je me suis donc un peu improvisée graphiste. Et là ce fut la révélation ! Le retour du dessin dans ma vie grâce à un outil numérique inattendu : illustrator. J’ai fui ce logiciel toute ma scolarité pour en tomber dingue après ! Plus qu’un logiciel, c’est clairement une technique, on appelle cela du dessin vectoriel. On construit point par point un contour, on manipule la souris jusqu’à ce que l’on trouve la courbe parfaite…
Pour représenter la nature, ses volutes, ses symétries, c’est idéal. Je trouvais enfin une technique qui me permettait de rendre ce que j’avais en tête.
Et de graphiste j’ai glissé très surement vers l’illustration avec beaucoup de bonheur.
Le livre, lui est venu par ma rencontre avec l’auteure Anne Mulpas, elle m’a confié une histoire, notre premier livre est né et le déclic était fait…
L’écriture, est venue ensuite avec les sollicitations de Christine Morault de chez MeMo. Quand je vous dis qu’ils me font confiance !

Vous parliez à l’instant de la nature, elle tient une place très importante dans vos livres.
Pas que dans mes livres, dans ma vie aussi. J’y suis extrêmement sensible.
Et j’ai terriblement envie de partager cela. Et quoi de mieux que le livre comme vecteur.

Faites-vous des recherches avant d’illustrer un ouvrage comme, par exemple, vos imagiers ?
Oui, je fais des recherches dès que l’on touche au réel, je ne veux pas me tromper dans la représentation des choses. Cela a été surtout essentiel pour les Herbiers aussi bien pour le texte que pour les images.

Qu’est-ce qui vous inspire ?
En plus de la nature en elle-même ? L’art nouveau, l’art Déco, l’Égypte ancienne, le sculpteur Pompon, les illustrations des années 20 à 60…
Et puis certains livres sont nés de mes rencontres avec les enfants dans les classes. Et malheureusement de par certaines lacunes ! Abeilles et Épeire vient de leurs craintes racontées maintes fois à propos de ces créateurs, Plantes vagabondes de leurs méconnaissances du monde végétal.
Protéger la faune et la flore, passe par la connaissance de ces dernières, j’essaye d’apporter ma contribution à cette connaissance…

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Et bien, je lisais peu ! Je faisais partie de ces traumatisés de la lecture. Par contre je regardais beaucoup les images ! Et notamment de vieux livres tout à fait ringards de biologie pour enfants dont les images d’animaux, de plantes et minéraux très variés me fascinaient. Sinon pas mal de Picsou ! C’est bête mais cela à fini par me mettre à l’étrier de la lecture
Comme quoi, il n’y a pas de mauvaises lectures !

Quelques mots sur les prochaines histoires que vous nous proposerez ?
Sur le prochain projet, je serai moins dans la pédagogie, puisque ce sera une petite histoire simple où l’on remonte une action pour en connaître l’origine. Je sais c’est vague, mais c’est trop frais pour en dire plus. Petite variante cependant avec d’habitude, les personnages seront issus non pas des bois européens mais de la forêt amazonienne…

Bibliographie sélective :

  • Moi j’ai peur du loup, texte et illustrations, MeMo (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Plantes vagabondes, texte et illustrations, MeMo (2018).
  • Alphabet des plantes et des animaux, texte et illustrations, MeMo (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Abeille et Épeire, texte et illustrations, MeMo (2017).
  • Chamour, texte et illustrations, MeMo (2016).
  • De papa en papa, texte et illustrations, MeMo (2016).
  • De maman en maman, texte et illustrations, MeMo (2016).
  • Le secret, texte et illustrations, MeMo (2015).
  • En t’attendant, texte et illustrations, MeMo (2014).
  • Il était un arbre, texte et illustrations, MeMo (2012).
  • L’herbier, plantes sauvages des villes, texte et illustrations, MeMo (2011).
  • Korokoro, texte et illustrations, Autrement (2011).
  • L’herbier, petite flore des bois d’Europe, texte et illustrations, MeMo (2010).
  • L’herbier, arbres feuillus d’Europe, texte et illustrations, MeMo (2009).
  • Koré-No, l’enfant hirondelle, illustration d’un texte d’Anne Mulpas, MeMo (2008).

Le site d’Émilie Vast : https://emilievast.com.


En vacances avec… Clémence Pollet

Régulièrement, nous partons en vacances avec un·e artiste. Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais moi j’adore partir comme ça avec quelqu’un, on apprend à la·le connaître notamment par rapport à ses goûts… cet·te artiste va donc profiter de ce voyage pour nous faire découvrir des choses. On emporte ce qu’elle·il veut me faire découvrir. On ne se charge pas trop… Des livres, de la musique, des films… sur la route on parlera aussi de 5 artistes qu’il·elle veut me présenter et c’est elle·lui qui choisit où l’on va… 5 destinations de son choix. Cette fois-ci, c’est avec Clémence Pollet que nous partons ! Allez, en route !

Albums jeunesse

  • Pétronille et ses 120 petits de Claude Ponti
  • Un monde à l’envers d’Atak
  • Romance de Blexbolex
  • Les lettres de l’ourse de Gauthier David et Marie Caudry
  • Les morceaux d’amour de Géraldine Alibeu

Romans

  • Tess d’Uberville de Thomas Hardy
  • Les enfants terribles de Jean Cocteau
  • Les mangeurs d’étoiles de Romain Gary
  • Les âmes mortes de Gogol
  • un Fred Vargas

DVD

  • Les parapluies de Cherbourg de Jacques Demy
  • Smoking, no smoking d’Alain Resnais
  • Phantom of the Paradise de Brian de Palma
  • Charade de Stanley Donen
  • Fargo des frères Cohen

CD

  • Diamonds and Rust de Joan Baez
  • Le Soleil noir de Barbara
  • Soleil Dedans d’Arthur H
  • The Suburbs d’Arcade Fire
  • Starmania de Michel Berger et Luc Plamondon

BD

  • Ghost World de Daniel Clowes
  • Jimmy Corrigan de Chris Ware
  • Vol 714 pour Sydney d’Hergé
  • Pinocchio de Winshluss
  • Coucous Bouzon d’Anouk Ricard

Artistes

  • Giotto
  • Fra Angelico
  • Jérôme Bosch
  • Utagawa Kuniyoshi
  • Albert Renger-Patzsch

Lieux

  • La Chapelle des Scrovegni à Padoue
  • Un champ de cannes sur l’île de la Réunion
  • Petra
  • L’île d’Arz dans le golfe du Morbihan
  • Les rues de Taipei

Clémence Pollet est autrice et illustratrice.

Bibliographie sélective :

  • Dis, comment ça pousse ?, illustration d’un texte de Françoise de Guibert, De La Martinière Jeunesse (2018).
  • Animal Totem, illustration d’un texte d’Agnès Domergue, HongFei (2018).
  • Tout doux, illustration d’un texte de Patrick Roger, Didier Jeunesse (2018).
  • Confucius toute une vie, illustration d’un texte de Chun-Liang Yeh, HongFei (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Une journée à la ferme, texte et illustration, De La Martinière Jeunesse (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Dis, que manges-tu ?, illustration de textes de Françoise de Guibert, De La Martinière Jeunesse (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Alice et merveilles, illustration d’un texte de Stéphane Michaka, Didier Jeunesse (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Dis, où tu habites ?, illustration de textes de Françoise de Guibert, De La Martinière Jeunesse (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Il était une fois… La traversée, illustration d’un texte de Véronique Massenot, HongFei (2017).
  • Une poule sur un mur, illustration de textes de divers auteur·trice·s, P’titGlénat (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Mon grand livre-disque de comptines, illustration de textes de divers auteur·trice·s (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • La ballade de Mulan, illustration d’un texte de Chun-Liang Yeh, HongFei (2015).
  • Contes d’un roi pas si sage, illustration d’un texte de Ghislaine Roman, Seuil Jeunesse (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • La langue des oiseaux et autres contes du palais, illustration d’un texte de Chun-Liang Yeh, HongFei (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Ton coffret pour découvrir la ferme, De la Martinière Jeunesse (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • L’auberge des ânes, illustration d’un texte d’Alexandre Zouaghi et Chun-Liang Yeh, HongFei (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • Le Petit Chaperon bleu, illustration d’un texte de Guia Risari, Le baron perché (2012).
  • L’ébouriffée, illustration d’un texte d’Hélène Vignal, Rouergue (2009).

Retrouvez Clémence Pollet sur Instagram : https://www.instagram.com/clemencepollet.

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Pas celui que l’on croit ?

Par 16 octobre 2018 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, je vous propose deux très beaux albums, le premier sur un chat qui doit prouver aux autres félins qu’il en est un aussi, le second sur un lapin qui démontre à un autre que sa peur du loup est infondée.

La grande famille
de Galia Bernstein (traducteur·trice non crédité·e)
Nathan dans la collection Album Nathan
11,50 €, 223×274 mm, 32 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2018.
Moi, j’ai peur du loup
d’Émilie Vast
MeMo dans la collection Tout-petits MeMômes
13 €, 167×190 mm, 52 pages, imprimé en Europe chez un imprimeur éco-responsable, 2018.

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Des histoires d’amour qui commencent, d’autres qui s’arrêtent

Par 12 octobre 2018 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, deux très bons romans dans lesquels il sera question d’amour…

Mon âme frère
de Gaël Aymon
Actes Sud Junior
13,90 €, 136×216 mm, 176 pages, imprimé en France, 2018.
Ce soir je le quitte / Ce soir je le fais
de Cathy Ytak
Rouergue dans la collection doado
8,50 €, 139×205 mm, 60 pages, imprimé en France, 2018.

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En savoir plus sur la nature

Par 11 octobre 2018 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, je vous propose de super documentaires sur la nature.

Caché dans la forêt
Caché dans la prairie

de Sébastien Pelon
Amaterra dans la collection La nature cachée
14,90 € chacun, 237×237 mm, 24 pages chacun, imprimé en Chine, 2018.
La Larousse des 1000 mots – La Nature
illustré par Marie-Élise Masson
Larousse dans la collection 1000 mots illustrés
14,95 €, 260×327 mm, 64 pages, imprimé en Espagne, 2018.
Mes 150 pourquoi – Les animaux
Textes d‘Emmanuel Trédez, illustrés par Stéphane Nicolet
Père Castor dans la collection Mes 150 pourquoi
10 €, 205×255 mm, 64 pages, imprimé au Portugal, 2018.
Incroyables Nids
Textes de Guénolée André, illustrés par Gaëlle Lasne
Amaterra
16,50 €, 264×258 mm, 56 pages, imprimé en Chine, 2018.

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Les invité·e·s du mercredi : Olympe Perrier et Anne Cortey

Par 10 octobre 2018 Les invités du mercredi

Olympe Perrier est une nouvelle venue dans l’édition jeunesse et pourtant on sent déjà chez elle une belle maturité et beaucoup de talent. Je vous propose de faire plus ample connaissance avec elle aujourd’hui. Ensuite, c’est une autrice que l’on aime beaucoup, Anne Cortey, qui nous livre ses coups de cœur et coups de gueule. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Olympe Perrier

Racontez-nous votre parcours
On peut dire qu’il a été long et tortueux !
J’ai toujours raconté des histoires, que ce soit avec mes crayons ou ma plume. À l’élémentaire, j’illustrais en classe les textes qui servaient de support aux cours de grammaire… J’ai eu de la chance, on ne m’a jamais grondé pour ça !
Adolescente, j’ai continué à dessiner et écrire. Ma seule autre passion était la lecture.
Je dévorais tout ce qui me tombait sous la main.
Est arrivé le moment de choisir son orientation scolaire. Pour la génération de mes parents, choisir une voie dite artistique était impensable si vous n’aviez pas dans votre entourage une personne qui exerçait une telle profession. Une personne qui serait la preuve vivante que l’on peut vivre de ces métiers. Et ce n’était pas mon cas bien sûr.
Après des études supérieures très rébarbatives où il n’était plus question que d’Économie, de Contrôle de gestion et autres joyeusetés, j’ai travaillé pour un groupe d’ameublement et de décoration à Paris.
J’avais enfin l’indépendance financière ! J’ai enchaîné cours du soir, stages de dessin, peinture, gravure, écriture… Puis j’ai découvert le salon du livre à Montreuil et là, c’est devenu une évidence, la littérature jeunesse serait toujours ma passion ! Je ne pouvais plus faire semblant de l’ignorer.
Mais je souffrais du syndrome de l’imposteur : j’avais l’impression que de ne pas avoir suivi la voie classique des écoles d’art m’interdisait à tout jamais de travailler dans ce secteur. Je n’osais rien envoyer aux éditeurs, de peur de leur faire perdre leurs temps et de me faire rire au nez.
Et puis il a fallu un malheur : en 2007, j’ai eu un petit garçon atteint du syndrome de Di Georges, qui est mort en très bas âge. J’étais morte à l’intérieur. Il a fallu que je me reconstruise. C’est là que j’ai réalisé qu’on ne vivait qu’une fois et que je ne voulais pas vivre une vie de regrets. Je me devais de réaliser mes rêves, moi qui avais la chance de pouvoir le faire. Je n’avais plus rien à perdre : Je me suis lancée. Et me voilà aujourd’hui.

Pouvez-vous nous parler de votre travail sur Il n’y a pas d’âge pour philosopher ?
J’avais déjà travaillé avec Juliette Grégoire, l’éditrice de L’Initiale peu de temps avant. Elle m’a appelé la veille de Montreuil 2017 pour me parler d’un nouveau projet. J’ai tout de suite été emballé par le concept de cet album ovni !
Pour beaucoup, la philosophie est un domaine réservé à un petit groupe d’adultes. Le texte de Edwige Chirouter démonte ces idées reçues !
Il ne faut pas sous-estimer les enfants : ils sont capables d’aborder tous les sujets. Philosopher, quand on t’explique comment y jouer, ça devient un jeu d’enfants, comme une marelle qu’on partage avec les copains à la récré. C’est l’image qui m’est tout de suite venue à la lecture du texte.
Mon rôle a été de mettre en images cette idée.

Quelles techniques d’illustrations utilisez-vous ?
J’aime varier les techniques : du numérique mais également du traditionnel.
Ça permet d’aborder un large panel de textes. C’est un peu comme parler plusieurs langues : on peut discuter avec plus de monde.
J’aime particulièrement l’aquarelle et le crayon de couleur. Mais je ne m’interdis rien.
J’aimerais travailler sur des projets autour du collage et de la gravure.
Ce n’est pas forcément très stratégique car on a du mal à nous mettre dans une case et donc à nous définir.
L’important pour moi c’est d’accompagner le texte avec l’expression visuelle qui sera la plus enrichissante pour le livre, pour arriver à des albums que petits et grands auront plaisir à partager au fil des années. Et qu’ils auront envie de transmettre à leur tour une fois grand.

Avec le très beau Pourquoi le soleil aime la soupe, c’est votre second album chez L’Initiale, pouvez-vous nous dire quelques mots sur votre collaboration avec cet éditeur ?
Merci beaucoup ! La rencontre avec l’Initiale a été le fruit de plusieurs autres. Tout d’abord la rencontre avec Catherine Blanchard, qui reprenait une librairie indépendante. Nous sommes devenues proches et j’ai fini par avouer ce que je faisais en secret dans mon atelier. Elle a été une des premières personnes à croire en mon travail. C’est elle qui m’a présenté à Arnaud Tiercelin qui est auteur la nuit et enseignant le jour. J’avais lu son magnifique album Endors-toi Barbara sans même savoir que nous étions quasiment voisins !
Quand Catherine a inauguré sa librairie, elle a demandé à Arnaud d’en être le parrain et àmoi de lui créer une affiche. Nous nous sommes rencontrés au milieu des livres et du bon vin de Gironde. Il m’a confié un texte et je lui ai proposé quelques illustrations.
Puis Arnaud a été contacté par l’Initiale pour un autre texte et il a montré les planches de ce précédent projet à Juliette Grégoire.
Pour Pourquoi le soleil aime la soupe, j’ai donc repris le style graphique un peu rétro que j’avais développé pour cet autre texte.
Avec Juliette, malgré la distance géographique, la collaboration est très facile ! Elle est très ouverte aux propositions. On travaille dans une ambiance vraiment dynamique et enthousiaste !

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Ouh, la liste est très très longue !
Mais en tout premier, celui qui m’a donné envie de faire ce métier : Tomi Ungerer. J’ai lu et relu Le géant de Zeralda, Le chapeau volant, Crictor… Son ouverture d’esprit, sa malice débordait des pages. Pas de langue de bois avec lui et c’est bien ce qu’attendent les enfants de la part des adultes ! Un enfant c’est un adulte en devenir.
J’adorais Mitsumasa Anno (La fleur du roi, Ce jour là…) qui avait un univers incroyable, plein de détails.
Gabrielle Vincent m’a fait rire et pleurer avec Ernest et Célestine.
Les fables de la Fontaine, Les contes de la rue Broca
Et puis à la maison, on avait l’encyclopédie Tout l’univers, héritée de mon père et ma tante.
Le plus beau des cadeaux quand on a 8 ans !
Cucul la praline de Susie Morgenstern a été un livre qui m’a fait du bien et m’a donné le courage d’être différente de mes camarades.
À 11 ans, j’ai lu Anne Franck et ç’a été une claque. C’est d’ailleurs grâce à une illustration sur un manuel scolaire que je suis allée chercher ce livre au CDI de mon collège. On y voyait des gens marcher dans la rue avec une étoile jaune accrochée sur leurs manteaux. Je ne comprenais pas. Pour moi, c’était l’insigne du shérif ! Et là, il y en avait plusieurs, de tous les âges et dans la même ville ? Avec Anne, j’ai découvert ce que certains adultes étaient capables de faire et j’ai tourné la page de l’insouciance.

Y a-t-il des illustrateurs et des illustratrices dont le travail vous touche ou vous inspire ?
Kitty Crowther. Moi et rien, La visite de petite mort, Annie du lac… Ces livres sont bien la preuve qu’il ne faut pas cloisonner la littérature. Il n’y a pas de thèmes réservés aux petits et d’autres aux grands. Les enfants peuvent tout entendre, il suffit de trouver les mots.

Sur quoi travaillez-vous actuellement ?
Je partage mon temps entre écriture et illustration.
Je viens de terminer l’écriture de 3 albums qui sortiront chez Magnard en 2019 et qui seront illustrés par la talentueuse Alexandra Pichard.
Je travaille actuellement sur un nouvel album qui sortira chez une jeune maison d’édition, La pimpante, en 2019. Ce sera mon premier album en tant qu’auteure et illustratrice. Beaucoup d’enfants commencent à juger leurs propres dessins, à brider leur créativité vers le CP/CE1. Ils ne se sentent plus libres de dessiner comme avant l’apprentissage de l’écriture. Quand on discute avec eux, ils disent qu’ils n’ont pas d’idées. Ça m’a donné envie d’en parler.
J’enchaîne ensuite avec d’autres projets d’écriture et d’albums complets. Les journées me semblent trop courtes en ce moment : j’adore ça !

Bibliographie :

  • Il n’y a pas d’âge pour philosopher, illustration d’un texte d’Edwige Chirouter, L’initiale (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Fil après fil, texte illustré par Thanh Portal, Le Grand Jardin (2018).
  • Pourquoi le soleil aime la soupe, illustration d’un texte d’Arnaud Tiercelin, L’initiale (2018), que nous avons chroniqué ici.

Quelques liens :
http://olympeperrier.ultra-book.com
https://www.facebook.com/olympe.perrier
https://www.instagram.com/olympe_perrier


Le coup de cœur et le coup de gueule de… Anne Cortey

Régulièrement, une personnalité de l’édition jeunesse (auteur·trice, illustrateur·trice, éditeur·trice…) nous parle de deux choses qui lui tiennent à cœur. Une chose qui l’a touché·e, ému·e ou qui lui a tout simplement plu et sur laquelle il·elle veut mettre un coup de projecteur, et au contraire quelque chose qui l’a énervé·e. Cette semaine, c’est Anne Cortey qui nous livre ses coups de cœur et ses coups de gueule.

Coup de gueule ?

Coup de gueule ? Je me suis creusé la tête, j’ai laissé passer les jours, les semaines, je me suis encore creusé la tête, je me suis rongé les ongles, arrachée les cheveux. Et non, je me suis dit non. Des coups de gueule, j’en ai, bien sûr, difficile de ne pas en avoir. Mais ils font partie de mon intime. Ils m’appartiennent à moi seule et ils ne peuvent pas trouver de place ici. En tout cas, je ne le souhaite pas, ça ne me ressemblerait pas. Je préfère de loin parler de ce que j’aime. Les coups de gueule, aujourd’hui, je les enferme dans une boîte et je les laisse tomber.

Coups de cœur

Solaire de Fanny Chartres, collection Neuf, L’école des loisirs.
Solaire. Le titre, d’abord. Ce mot précieux, gorgé de vitalité et de lumière. Le roman de Fanny Chartres est à l’image de son titre. Et pourtant, il y a un nœud dans cette histoire. Plusieurs, même. Mais ce qui compte, c’est l’énergie que déploie Ernest, le personnage principal, pour que la vie reste au premier plan. Celle de sa sœur, en particulier. Sa sœur qu’il aime plus que tout. Pour que la flamme de Sara se rallume, il est prêt à toutes sortes de stratagèmes. Bien sûr, rien n’est simple. Ernest se débat avec son loup, métaphore des démons qui nous poussent à baisser les bras. Mais Ernest gagnera sa bataille. La fraîcheur de ce personnage illumine le texte et Fanny Chartres écrit avec tant justesse que l’émotion nous embarque. Ce roman est un petit bijou.

Truffe et Machin de Éric Cucherousset, collection petite polynie, éditions Memo.
À peine, la première page lue, j’ai su que j’allais follement aimer ce livre. Truffe et Machin, ce sont deux lapins un peu fantasques. Le ventre de Machin gargouille, c’est un gourmand, qui a faim tout le temps. Truffe a les oreilles qui picotent, et ça, c’est signe, qu’une idée lumineuse est en train de germer. Mais les idées, ça se perd (comme les dents, d’ailleurs). Après il faut les retrouver. Et c’est tout une aventure ! Truffe et Machin, ce sont trois histoires qui donnent raison aux rêveurs et à l’inventivité de l’enfance. C’est le type de livre que tu dégustes avec ton enfant, et que tu voudrais, pour une fois, vraiment sans fin. Ce sont de petites histoires, mais elles sont immenses. Avec un grand I !

Après avoir fait mon choix sur ces deux livres, j’ai réalisé qu’ils étaient tous deux illustrés par la même personne. Ça tombe bien, j’aime beaucoup, énormément, passionnément les dessins de Camille Jourdy. Ses images éclairent avec douceur et délicatesse ces textes-là.

Anne Cortey est autrice.

Bibliographie sélective :

  • Les petits mots d’Amos, texte illustré par Janik Coat, Grasset Jeunesse (2018).
  • Pêche à l’arc, texte illustré par Benoît Perroud, Mango jeunesse (2018).
  • L’année ordinaire de l’extraordinaire Olga, texte illustré par Marion Piffaretti, Thierry Magnier (2018).
  • Entre les gouttes, texte illustré par Vincent Bourgeau, l’école Des Loisirs (2017).
  • Chat pas moi !, texte illustré par Frédéric Benaglia, Sarbacane (2017).
  • Le souffle de l’été, texte illustré par Anaïs Massini, Grasset Jeunesse (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Le voyage d’Ignacio, texte illustré par Vincent Bourgeau, Grasset jeunesse (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Avec des lettres, texte illustré par Carole Chaix, À pas de loups (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Aujourd’hui Amos, texte illustré par Janik Coat, Grasset jeunesse (2016).
  • Petite, texte illustré par Audrey Calleja, éditions À pas de loups (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Les petits jours de Kimi et Shiro, texte illustré par Anaïs Massini, Grasset jeunesse (2015).
  • Une vie d’escargot, texte illustré par Janik Coat, Autrement jeunesse (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Nuit d’hiver, texte illustré par Anaïs Massini, Autrement jeunesse (2012).
  • Muette, texte illustré par Alexandra Pichard, Autrement jeunesse (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • Amos et les pissenlits, texte illustré par Janik Coat, Autrement jeunesse (2011).
  • Amos et les gouttes de pluie, texte illustré par Janik Coat, Autrement jeunesse (2011).
  • Les ailes d’Anna, texte illustré par Anaïs Massini, Autrement jeunesse (2009).

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