La mare aux mots
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Les invités du mercredi

Les invité·e·s du mercredi : Tristan Gion et Serge Bloch

Par 18 septembre 2019 Les invités du mercredi

Tristan Gion vient de sortir deux magnifiques albums aux éditions Aleph, ses illustrations sont extraordinaires… forcément, j’ai eu envie de lui poser quelques questions sur son parcours. Ensuite, c’est avec le grand Serge Bloch que l’on part en vacances. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Tristan Gion

Parlez-nous de votre parcours
J’ai réalisé mes études dans le graphisme (la communication visuelle) dès la sortie du collège, à commencer par un CAP dessin d’exécution, puis un bac professionnel artisanat et métier d’art jusqu’à une licence professionnelle en 2015 dans une petite école en Mayenne ! En parallèle, je me suis toujours débrouillé seul en autodidacte, autant pour l’illustration, les logiciels ou encore l’animation 2D.

Vous venez d’illustrer deux magnifiques ouvrages aux éditions Aleph, Idunn et Gromislav, comment s’est passée la rencontre avec cette maison d’édition ?
Je m’baladais dans la rue, cheveux au vent, le cœur à nu, lorsqu’Emmanuelle m’est tombée dessus et… Non je rigole ! Comme 95 % des gens avec qui je travaille, Emmanuelle, des éditions Aleph, m’a trouvé par internet. Dès le premier appel on a tout de suite accroché !

Comment avez-vous travaillé sur l’illustration de ces deux textes (inspiration, recherches, techniques…) ?
Lorsque je découvre un texte, je commence par faire un petit gribouillage sur papier pour anticiper la composition. Puis je réalise un gros gribouillage sur ordinateur. Et pour terminer je peaufine mon trait avant de passer à la couleur et aux motifs. Comme de nombreux illustrateurs/trices je pense. Généralement je ne vais pas chercher d’inspiration pendant mon temps de travail, ça c’est un intérêt quotidien. Cependant, je réalise tout de même des recherches, mais essentiellement sur des faits d’histoire, et dans ce contexte particulier, sur la mythologie évidemment.

Y a-t-il des illustrateurs et des illustratrices dont le travail vous touche ou vous inspire ?
J’avais encore des cours d’histoire de l’art lorsque je découvris avec fascination le mouvement Art nouveau, avec des illustrations folles de traits de courbes et de motifs ! Je ne suis certainement pas insensible aux perspectives et compositions des cubistes, mais essentiellement le travail de Juan Gris. Naturellement, la touche poétique de l’art naïf et surréaliste me touche particulièrement dans mon univers.
Actuellement, je suis époustouflé par les travaux de Tom Moore et de son équipe. Le Chant de la mer et surtout Le secret de Kells m’inspirent continuellement, ainsi que les aquarelles d’Amélie Fléchais, Sandra Dieckmann, Anne Montel… les décors d’Yvan Duque, la poésie de Marina Muun, ou le trait de Tarmasz et pleins d’autres…

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescent ?
J’ai récemment appris à aimer lire ! Mais étant petit, j’ai été bercé avec du Claude Ponti.
Une fois ado je regardais beaucoup les Lanfeust de Troy, Thorgal, Les Aigles décapitées, bref beaucoup d’histoires et d’aventures épiques ! Et j’avoue, j’aimais bien piquer des « Manara » de temps en temps, pour découvrir les secrets du corps féminin (l’adolescence quoi !).

Ici ce sont deux contes que vous venez d’illustrer, est-ce que vous avez une attirance particulière pour ce genre littéraire ou souhaitez-vous illustrer d’autres types de récits ?
À la base, je n’étais pas particulièrement orienté mythes et légendes. Mais découvrir ces diverses cosmogonies, ainsi que la culture d’un peuple, ses traditions, ses costumes et tous leurs motifs… tout ceci a enrichi mon travail. En bref… je re-signe à tout moment pour travailler avec Aleph.

Des projets en cours ?
Oui, on essaie d’acheter une maison mais les banques n’aiment pas trop le statut d’artiste-auteur…
Sinon, avec mon amoureuse, on lance notre deuxième financement participatif pour un cahier de coloriage (j’ai trop de boulot en ce moment dans la communication pour le mettre en couleurs… hô hô !)
Mais pas encore de futur livre en vue.

Bibliographie  :

  • Gromislav, illustration d’un texte de Carole Trébor, Aleph (2019).
  • Idunn, illustration d’un texte d’Anne-Claire Bondon, Aleph (2019).
  • Léonard l’inventeur, illustration d’un texte de Bénédicte Boucays, Fleurus (2019).
  • Légendes du monde animal, collectif, Fleurus (2018).


En vacances avec… Serge Bloch

Régulièrement, nous partons en vacances avec un·e artiste. Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais moi j’adore partir comme ça avec quelqu’un, on apprend à la·le connaître notamment par rapport à ses goûts… cet·te artiste va donc profiter de ce voyage pour nous faire découvrir des choses. On emporte ce qu’elle·il veut me faire découvrir. On ne se charge pas trop… Des livres, de la musique, des films… sur la route on parlera aussi de 5 artistes qu’il·elle veut me présenter et c’est elle·lui qui choisit où l’on va… 5 destinations de son choix. Cette fois-ci, c’est avec Serge Bloch que nous partons ! Allez, en route ! 

5 albums jeunesse…

  • Marcelin Caillou, de Sempé
  • Le jongleur de Notre-Dame, de R.O. Blechman, Gallimard
  • Un monsieur tout esquinté, de Nicolas et Roland Topor
  • Moi, si j’étais grand, d’Eva Janikowsky et Lázlo Réber
  • Der Struwelpeter (Crasse Tignasse), du Dr Heirich Hoffman

5 romans…

  • Don Quichotte, Cervantes
  • Seul dans Berlin, Hans Fallada, Folio
  • Les saisons de la nuit, Colum McCann
  • Shosha, Isaac Bashevis Singer
  • Brothers, Yu Hua

Dr Folamour5 films…

  • Les raisins de la colère, John Ford
  • Les sept samouraïs, Akira Kurozawa
  • Le dictateur, Charlie Chaplin
  • Docteur Folamour, Stanley Kubrick
  • Roma, Alfonso Cuaron

5 CD…

  • Jimi Hendrix, Are you experimented
  • Alain Bashung, Bleu pétrole
  • Pergolesi, le Stabat Mater (Barbara Bonney, Andreas Scholl…)
  • Schubert, quintette in Major, D.956 (Jasha Heifetz)
  • Leonard Cohen, The future

5 artistes…

  • Alexander Calder
  • Saul Steinberg
  • Paul Klee
  • Mireille Vautier (ma femme)
  • James Castle
  • et beaucoup d’autres

5 BD…

  • Astérix (période Goscinny)
  • Spirou (période Franquin)
  • Lucky Luke (période Goscinny)
  • Le gros dégueulasse, Reiser
  • Dessins d’humour, Siné, les cahiers dessinés

5 lieux…

  • Le plateau de Lussan dans le Gard
  • Le lac du Schiessrothried, dans les Vosges
  • East village, NYC
  • Le parc des Buttes Chaumont, Paris
  • Mon atelier

Serge Bloch est auteur et illustrateur.

Bibliographie jeunesse sélective :

  • Série Zouk, BD dont le scénario est signé Nicolas Hubesch (2012-2019), que nous avons chroniqué ici.
  • Série Max et Lili, illustrations de textes de Dominique de Saint-Mars, Calligram (1992-2019).
  • Série SamSam, scénario et dessins, Bayard (2000-2019).
  • Mon chez-moi n’est plus chez moi (le déménagement), illustration d’un texte de Susie Morgenstern, Gallimard Jeunesse (2018).
  • La valise rose, illustration d’un texte de Susie Morgenstern, Gallimard Jeunesse (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Eux, c’est Nous, illustration de textes de Daniel Pennac, Jessie Magna et Carole Saturno, CIMADE (2015).
  • Le cinéma, avec Julie Stephen Chheng, Les éditions Volumique (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Le grand livre de la bagarre, illustration d’un texte de Davide Cali, Gallimard Jeunesse (2013).
  • Catalogue de bêtises (très) culottées, illustration d’un texte d’Élisabeth Brami, Seuil Jeunesse (2013).
  • Mon copain bizarre, illustration d’un texte de Jean Guilloré, Bayard Poche (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Les contes de la folie Méricourt, illustration d’un texte de Pierre Gripari (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • Moi, j’attends, illustration d’un texte de Davide Cali, Sarbacane, 2005.
  • Graine de bébé, illustration d’un texte de Thierry Lenain, Nathan (2003), que nous avons chroniqué ici.
  • L’école de Léon, texte et illustrations, Albin Michel (2000).

Le site de Serge Bloch : https://www.sergebloch.com.

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Les invité·e·s du mercredi : Mathilde Lossel et France Quatromme

Par 11 septembre 2019 Les invités du mercredi

J’avais eu un coup de cœur pour Le pèse-claques, aussi j’ai eu envie d’en savoir plus sur son autrice, Mathilde Lossel, elle a accepté de répondre à mes questions. Ensuite, on retrouve une conteuse que j’apprécie beaucoup, France Quatromme, elle nous livre ses coups de cœur et coups de gueule. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Mathilde Lossel

Parlez-nous de votre parcours
J’écris pour la presse jeunesse depuis 2007. J’ai publié chez Milan presse des poèmes, puis des récits, et depuis 2012 je partage avec Léna Elka l’écriture de la BD Éliot et Zoé, illustrée par Yves Calarnou, qui paraît chaque mois dans le magazine Toupie.
Mon expérience dans l’édition a débuté avec Le cirque des pattapoils. Parue initialement dans le magazine J’apprends à lire, cette histoire de peluches qui s’animent avant de retourner à la vie sauvage, est devenue en 2016 un ouvrage des éditions Milan.
Le Pèse-claques, paru en 2018 chez Didier Jeunesse, est né en marge de cette collaboration avec la presse. C’est un travail d’écriture complètement différent, et mon premier roman.
Dans un autre registre encore, une rencontre insolite avec les éditeurs de la maison PPAF a fait éclore, en 2018 également, Mes états morphes, un livre qui invite à une expérience typographique et poétique sur le thème de la métamorphose.

Vous en parliez, Le Pèse-claques, pouvez-vous nous présenter ce super roman ?
Dans le quartier de Malappris, M. Kam’lott a créé une machine capable de peser les bêtises des enfants. En fonction du poids des bêtises, la machine distribue un certain nombre de claques et de fessées. L’homme fait fonctionner son invention à l’occasion de spectacles auxquels sont conviés les parents du quartier et leurs enfants turbulents.
Parmi les enfants, Tabatha, experte en bêtises, se rebelle. Sa spontanéité et son bon sens, associés à une imagination débordante, viendront à bout de la violence imposée aux enfants du quartier.

Comment est née cette histoire, où avez-vous trouvé l’inspiration ?
L’idée de départ était de réfléchir au moyen de vivre avec la violence qui nous entoure. Elle nous concerne tous, mais celle qui touche les enfants m’émeut particulièrement. J’ai beaucoup d’empathie pour les enfants qui se font hurler dessus pour trois fois rien, ou qui se font malmener physiquement. Ça m’attriste énormément.
Il y a maintenant une loi qui interdit les fessées, mais elle arrive bien en avance sur les mentalités.
Heureusement, mon héroïne est pleine de ressources. Face à la machine, elle apporte des solutions très intéressantes, parmi lesquelles l’humour, la désobéissance, l’imagination et surtout, elle a l’idée de faire intervenir l’intelligence collective.
C’est une enfant capable de se faire sa propre opinion des choses et de dire non. Elle comprend aussi intuitivement que même si elle parvient à ne plus subir les punitions, elle ne peut pas être heureuse tant que les autres enfants en sont encore victimes. Elle a besoin d’eux pour se sentir libre.
Unis, les enfants de Malappris transforment un instrument de violence en une création ludique récompensant l’imagination et laissant souffler la joie de vivre.

Quelle est la part de vous dans le personnage de Tabatha ?
Je crois que ce que nous avons en commun, c’est une grande imagination. C’est une force, qui permet notamment de trouver des solutions pour résoudre un problème.
Cela dit, il y a inévitablement une part de moi dans chaque personnage du roman. Un ami a ajouté un jour que dans ce cas, il y a aussi une part de moi… dans la machine.
Bien sûr ! Il y a de la violence en chacun de nous, qu’on le veuille ou non. C’est humain.

Le livre a déclenché quelques polémiques infondées, pouvez-vous nous en parler ?
Le Pèse-claques a suscité des réactions que je n’avais pas envisagées. Je voulais raconter à quel point les claques et les fessées me sont insupportables et pour condamner cette violence, je suis amenée à l’évoquer. Ça, pour certains lecteurs, c’est choquant.
Pourtant mon récit n’est pas une apologie de la violence, c’est tout le contraire ! Et je ne pense pas que mon livre soit si sombre. Au contraire. Les enfants rient beaucoup en le lisant. Les personnages sont pleins d’humour, créatifs, généreux et solidaires. Il me semble avoir mis une bonne dose d’amour dans cette histoire.
Je relisais récemment le livre Matilda de Roald Dahl. Il y a une scène dans laquelle la directrice de l’école jette un enfant par la fenêtre. En tant qu’adulte, j’ai été étonnée de cette violence dont je ne me souvenais pas. Et j’avais adoré ce livre, enfant. L’héroïne est très intelligente, et au fil du récit, elle apprend à se défendre. C’est ça que j’avais retenu.
Le Pèse-claques suscite un autre type de réaction. C’est celle des parents ou enseignants qui pensent que ce livre serait un pousse-au-crime. Le Pèse-claques encenserait les mauvaises actions des plus jeunes.
Mon intention n’est pas là. Je ne souhaite pas créer du désordre dans les familles ou les écoles, et je ne pense pas du tout qu’il faille laisser les enfants faire tout et n’importe quoi.
Je suis romancière, j’écris des histoires. Évidemment, on doit protéger ses enfants et les aider à devenir des êtres responsables. Les empêcher autant que possible de se mettre en danger, faire en sorte qu’ils ne tombent pas malade, leur apprendre à vivre en société en bonne intelligence avec leurs semblables. Tout cela implique des règles.
Mais les enfants font tout un tas de choses qui agacent les parents (ou les font rire, c’est selon), dont un bon nombre qui ne sont pas dangereuses et ne les empêchent pas de vivre en harmonie avec les autres. Parfois nous, les adultes, avons des réactions disproportionnées. Parce que nous sommes fatigués, ou pressés. Ou parce que nous oublions que nous aussi nous avons été des enfants.
Qu’est-ce que c’est qu’une bêtise ? La plupart du temps, c’est lorsqu’un enfant désobéit. Mais il ne faut pas confondre obéissance et intelligence, ni obéissance et amour.
Je voudrais tout de même préciser que la majorité des gens qui ont lu mon livre l’ont beaucoup apprécié et ont très bien compris mes intentions d’écriture. J’ai eu d’excellents retours de mes jeunes lecteurs, ça m’a touché.

Vous venez d’évoquer Roald Dahl, l’univers du Pèse-claques m’y a fait penser, c’est une référence pour vous ?
Je lisais plein de livres, enfant. Dont Roald Dahl, c’est vrai. Il avait un talent incroyable pour créer des personnages.
Ses personnages sont très réalistes. Leurs traits de caractère sont tellement appuyés qu’ils deviennent des hyperboles. Ça les rend particulièrement intéressants, et paradoxalement, d’autant plus crédibles. Ça permet aussi à Roald Dahl de glisser vers un univers trouble, un peu louche, un monde fantastique avec une pointe de noirceur. Il met, dans la description des personnages qu’il souhaite rendre antipathiques, une bonne couche de sarcasme.
Le sarcasme, ou l’ironie, est une façon de créer un léger décalage dans lequel le lecteur peut se faufiler et adopter un point de vue personnel sur une situation donnée.
Donc oui Roald Dahl est une référence. Je ne pensais pas particulièrement à cet auteur lorsque j’ai écrit le Pèse-claques, mais cela me fait plaisir qu’on y fasse allusion en parlant de mon roman.

Quelques mots sur vos prochains ouvrages
Mon prochain livre sera assez différent du Pèse-claques. Il y sera question de nature, de passage secret, de magie.
Ce sera l’histoire d’un frère et d’une sœur qui s’échappent d’un orphelinat. Mais je ne veux rien dévoiler pour l’instant. Ça crépite encore dans ma tête.

Bibliographie sélective :

  • Le Pèse-claques, roman illustré par Guillaume Plantevin, Didier Jeunesse (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Mes états morphes, création graphique imaginée par ad/ch, Première Pression à Froid (2018).
  • Le cirque des Pattapoils, roman illustré par Hélène Convert, Milan Benjamin (2016).


Le coup de cœur et le coup de gueule de… France Quatromme

Régulièrement, une personnalité de l’édition jeunesse (auteur·trice, illustrateur·trice, éditeur·trice…) nous parle de deux choses qui lui tiennent à cœur. Une chose qui l’a touché·e, ému·e ou qui lui a tout simplement plu et sur laquelle il·elle veut mettre un coup de projecteur, et au contraire quelque chose qui l’a énervé·e. Cette semaine, c’est France Quatromme qui nous livre ses coups de cœur et ses coups de gueule.

J’ai grandi au cœur de la nature, sculpté la terre recueillie au fond des étangs, côtoyé les êtres invisibles des bois, dialogué avec les animaux. Puis je suis allée à l’école, je m’y suis sentie si à l’étroit que je m’y échappais le plus souvent possible par la fenêtre de mon imagination. J’y suis restée longtemps pourtant comme pour éviter de me frotter au monde, à ce monde dans lequel je ne me reconnaissais pas. Quelle est ma place ? Quel est le sens de l’existence ? J’avais beau chercher, je ne trouvais pas.

Animatrice puis éducatrice de jeunes enfants, j’ai côtoyé des enfants dès mon plus jeune âge, peut-être parce qu’ils ont de façon si naturelle ce sens de l’absolu que je voulais garder vivant. L’écriture et le conte ont été une manière pour moi de rester connectée à cette part d’absolu, cette part d’enfance, d’habiter mes rêves d’un monde différent.
Nourrie par les contes, les mythes, j’ai pu retrouver de la force pour regarder l’aspect plus sombre du monde. Mes livres se heurtent parfois à la réalité, la pauvreté, la guerre, la maladie, la mort, une manière de donner aux enfants à entendre l’indicible. Je suis un passeur de contes, un passeur de paroles, un passeur de regard dont l’autre peut se nourrir et peut-être faire quelque chose. Ce tissage d’histoires me relie à l’humanité.
(Le temps des cerises aux éditions Utopique, On ira voir la mer aux éditions Lirabelle, L’orchestre de la Favela aux éditions Graines d’orties)

Mes livres et mes contes donnent à voir les valeurs qui m’habitent, rient de mes limites humaines. Pie, chat et hibou évoque cette tentation d’avancer seul pour avoir plus et plus vite mais au final ce besoin irrépressible d’être ensemble. Cette part aussi portée par la lumière des yeux du hibou d’accès à ce qui ne se voit pas ou peu dans nos sociétés occidentales, cette part de sacré mystérieuse et pourtant fondamentale.
Les contes me font sentir comme tout est fluide, l’homme, la terre, les arbres, les plantes communiquent. Il n’y a pas de hiérarchie, chacun y est à sa place. Je revisite aussi cela dans mes livres. Et puis j’écris pour jouer simplement et garder vivant mon cœur d’enfant.
(Une planète aux éditions Dyozol)

Il y a peu les incendies au Brésil ont réveillé en moi une peur profonde. Qu’allons-nous laisser à nos enfants ? Écrire et dire des histoires a-t-il encore un sens dans le monde actuel ? Où retrouver l’espérance, une vision à donner aux nouvelles générations ? J’ai écouté l’appel au secours des peuples autochtones. Je suis revenue à la source de leurs messages fondamentaux, la connexion à la terre, au vivant, au sacré. Dans l’ombre de ma chambre, je chante, je joue du tambour, j’écris pour rien ou si pour ne pas oublier que je ne suis qu’un maillon dans l’échelle du vivant et que ce maillon peut faire sa part.

En Bretagne où je vis aujourd’hui et partout dans le monde, il y a des femmes et des hommes qui œuvrent à la transmission de la connaissance des plantes et des arbres, de leur rapport au sacré. C’est à ces hommes et ces femmes herboristes, jardiniers, chamanes, conteurs, artistes que je veux rendre hommage aujourd’hui. C’est aussi à cette part d’absolu en chacun de nous à laquelle nous pouvons nous connecter pour retrouver du sens dans nos existences qui en sont parfois si dépourvues.

France Quatromme est autrice et conteuse.

Bibliographie sélective :

  • Pour être un bon gros méchant loup, album illustré par Margaux Grappe, Voce Verso (2019).
  • Pie Chat Hibou, album illustré par Anne Crahay, L’Élan vertOctobre (2018).
  • Une planète, album illustré par Baptistine Mésange, Éditions Dyozol (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Mon enfant de la terre, album illustré par Sandrine Bonini, Les Éditions des Éléphants (2017).
  • Princesse Souris, album illustré par Violaine Costa, Circonflexe (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • On ira voir la mer, album illustré par Évelyne Mary, Lirabelle (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Série Fine & Waf, albums illustrés par Rozenn Bothuon, Fleur de ville (2016-2019), que nous avons chroniqué ici.
  • Dans les draps de la nuit, album illustré par Hitomi Murakami, Lirabelle (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Ma vie de chien, album illustré par Daphné Collignon, Fleur de Ville (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • L’Ours Masqué, album illustré par Mélanie Desplanches, Les minots (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Mon alphabet zinzin des animaux du zoo, album illustré par Arianna Tamburini, De la Martinière Jeunesse (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Série Zaza, albums illustrés par Coralie Saudo, L’élan vert (2013), que nous avons chroniqué ici et là.
  • Les monstres de la nuit, album illustré par Eve Chatelain, Editions Petit Roland (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • Derrière chez moi, illustré par Hyuna Shin, éditions Lirabelle (2012)
  • L’invité de Noël, illustré par Mélanie Allag, L’élan Vert (2011)
  • Le géant de la grande forêt, illustré par Auriane Kida, Éditions d’Orbestier (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • Le nez rouge, illustré par Fabienne Pierron, éditions Henry (2011)
  • La poulette et le chat, illustré par Raphaëlle Albert, éditions Volpilière (2011)
  • Le poussin gourmand et le chat, illustré par Raphaëlle Albert, éditions Volpilière (2010)

Retrouvez France Quatromme sur son site : http://www.francequatrommeconteuse.fr.

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Les invité·e·s du mercredi : Laura Romero

Par 4 septembre 2019 Les invités du mercredi

Une interview un peu spéciale aujourd’hui. On avait fini l’année 2018-2019 avec la suédoise Katarina Mazetti, c’est avec l’espagnole Laura Romero que l’on débute l’année 2019-2020 ! J’ai adoré les deux albums qu’elle a sortis chez Samir éditeur (chroniqués ici), elle a accepté de répondre à mes questions… en espagnol ! Je trouvais intéressant de laisser le texte d’origine pour les hispanophones (c’est toujours mieux de lire quelqu’un dans sa langue d’origine), mais évidemment vous pouvez aussi lire la traduction française (un TRÈS grand merci à Roxanne Verron pour sa traduction). Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Laura Romero

Puedes describir tu trayectoria profesional y personal ?
Racontez-nous votre parcours

Siempre me ha gustado dibujar. Desde muy pequeña estaba dibujando y, creo que así me recuerda mucha gente. Cualquier momento era bueno para ello. Cuando crecí y tuve la edad de ir a la universidad, tuve muy claro que quería hacer Bellas Artes. Fueron unos años donde desarrollé una mirada artística y utilicé herramientas que hoy día utilizo. Descubrí habilidades y maneras de trabajar que me ayudaron mucho para mi carrera profesional. Los siguientes años trabajé como artista, comisaria, escenógrafa, creativa y diseñadora en diferentes instituciones, siempre dialogando con el Arte. Años después Me gradué en Educación Infantil con el propósito de juntar la infancia y el Arte y fue entonces cuando comencé a trabajar como maestra de niños de 3 a 6 años. Esto me permitió comprender la infancia y a tratarla con mucho respeto. Es cuando decidí comenzar a ilustrar para ellos. Y durante los últimos 3 años he ilustrado y contado muchas historias para dar visibilidad a la importancia que tiene la literatura en los niños.

J’ai toujours aimé dessiner, depuis ma petite enfance. Beaucoup de gens se souviennent de moi toujours en train de dessiner. Chaque instant était propice au dessin. Quand j’ai grandi et que j’étais en âge d’aller à l’université, je savais que je voulais faire les Beaux-Arts. Ce furent des années pendant lesquelles j’ai développé un regard artistique, et appris à maîtriser de nouveaux outils, que j’utilise aujourd’hui. J’ai découvert des facultés et des manières de travailler qui m’ont aidé énormément dans ma carrière professionnelle. Les années qui suivirent, j’ai travaillé en tant qu’artiste, commissaire d’exposition, scénographe, créa et designer dans différentes institutions. Et ce, en gardant toujours une relation privilégiée avec l’Art. Des années plus tard j’ai obtenu un diplôme en éducation d’enfants, et c’est ainsi que j’ai commencé à enseigner à des enfants de 3 à 6 ans avec dans l’idée de lier l’enfance à l’Art. Cette expérience m’a permis de comprendre l’enfance et de l’aborder avec beaucoup de respect. C’est comme ça que j’ai commencé à dessiner pour les enfants. Ces trois dernières années j’ai illustré et raconté plein d’histoires pour montrer l’importance de la littérature pendant l’enfance.

Cuéntanos más sobre tus dos álbumes que fueron publicados en Francia, Le berger des boules de neige y Le meilleur monde du monde ?
Parlez-nous de vos deux albums qui viennent de sortir en France, Le berger des boules de neige et Le meilleur monde du monde

Pues son mis dos primeros álbumes ilustrados. El pastor de bolas de nieve es una historia que hace muchos años inventé y que por diferentes razones había estado escondida esperando… guardada timidamente. Y cuando comencé a trabajar con niños, un día decidí contarles la historia de Martín y cómo decide un día ser pastor de bolas de nieve. A los niños les entusiasmaba y todos los días me pedían que se la contase de nuevo ! Y esto me impulsó a mostrarla a otros niveles. Quedó finalista en el certamen de mejor proyecto de album ilustrado de Laboratorio Emilia y esto fue decisivo para animarme a ir la feria de Bolonia a enseñarlo a editores. Cuando fui a la feria, también llevaba otro proyecto muy querido para mi, El mejor mundo del mundo. Este álbum es la esencia que recoge los días que viví en el aula con los niños. Nació de la observación profunda del niño y niña jugando e inventando mundos.

Il s’agit de mes deux premiers albums illustrés. J’ai inventé l’histoire du berger des boules de neige il y a longtemps ; mais pour différentes raisons, je la gardais cachée, timidement. Puis, un jour, alors que je commençais à travailler avec les enfants, je leur ai raconté l’histoire de Martin et comment, un matin, il décide de devenir berger de boules de neige. Ils ont adoré cette histoire, et tous les jours ils me la réclamaient à nouveau. Cela m’a donné envie de passer au niveau supérieur. Le berger des boules de neige a été finaliste du concours des meilleurs projets d’albums illustrés du Laboratoire Emilia, ce qui a fini de me convaincre d’aller le présenter aux éditeurs à la foire de Bologne. Lorsque je m’y suis rendue, j’ai emporté avec moi un autre projet qui me tenait beaucoup à cœur : Le meilleur monde du monde. Cet album incarne les jours passés dans la salle de classe avec les enfants. Il est né après avoir observé soigneusement les petits jouer et inventer de nouveaux mondes.

En tus dos álbumes ilustrados, muestras héroes solitarios inventando mundos especiales. Representa una metáfora de la creación ?
Dans ces deux albums, on parle de héros solitaires qui s’inventent des mondes. Une métaphore de la création ?

Lo cierto es que me atrae de una manera especial la representación del diálogo con uno mismo, con nuestro interior. Y es cierto que cuando convives con niños, experimentas la pureza con la que ellos ven el mundo y su alrededor. Todos vivimos creando continuamente, desde nuestro interior, desde lo más profundo de nuestro ser. Pero cuando observas realmente a un niño, te das cuenta que todo su ser es creación y que son capaces de crear lo más bello, puro y poético que jamás hayas visto. Tanto Martin como Lucas, son la representación de esto mismo. Ellos viven el momento presente como si no existiera nada más. Ellos crean su mundo, y cuando un niño juega y está creando su mundo…no existe nada más alrededor de él. Y ese momento es mágico. Lo que ellos están creando es lo más importante en ese momento, lo más real y veraz del mundo. ¡Es su mundo y lo ha creado él!

Je suis particulièrement attirée par la représentation du dialogue avec soi-même, avec notre intérieur, c’est une évidence. Et il est certain que quand tu vis entourée d’enfants, tu expérimentes la pureté avec laquelle, eux, voient le monde et ce qui les entoure. Nous créons tous en permanence, nous puisons cette créativité au plus profond de nous. Mais lorsque tu observes réellement un enfant, tu te rends compte que tout son être est au service de la création. Voir le monde à travers leurs yeux c’est expérimenter le plus beau, le plus pur et le plus poétique. Aussi bien Martin que Lucas, sont justement la représentation de tout cela. Ils vivent le moment présent comme s’il n’existait rien d’autre. Ils créent leur monde, et lorsqu’un enfant joue et crée son monde… plus rien d’autre ne compte. C’est un moment magique. Ce qu’ils sont en train d’inventer, à ce moment-là, est le plus important, le plus réel et véritable qui soit. C’est le monde qu’ils se sont créés eux-mêmes !

Cuales técnicas de ilustración utilizas ?
Quelles techniques d’illustrations utilisez-vous ?

Aunque a veces recurro a técnicas digitales, con lo que más cómoda y realizada me siento es cuando utilizo técnicas manuales. La mayor parte de mi trabajo está lleno de tintas de grabado, estampación, acrílicos, gouache y monotipos. Me apasionan las ilustraciones donde la protagonista es la textura. He de decir que soy una apasionada de la estampación y de la atmosfera que se consigue estampando.

Bien que parfois j’aie recours à des techniques digitales, je me sens plus à l’aise et épanouie lorsque j’utilise des techniques manuelles. La majeure partie de mon travail est constituée d’encres, de gravure, estampage, peinture acrylique, gouache et monotypes. J’adore les illustrations où la texture est la protagoniste. Je dois dire que je suis une passionnée de l’estampe et de l’atmosphère rendue par cette technique.

Dónde encuentras inspiración ?
Où trouvez-vous votre inspiration ?

Encuentro mucha inspiración el los niños. He observado mucho a los niños en su día a día, viviendo con ellos sus conflictos, su comportamiento, sus vivencias y su manera única de ver el mundo. La relación del adulto con el niño y el respeto hacia su tiempo. Pero es cierto que también encuentro mucha inspiración en la observación cotidiana… sobretodo en sitios donde hay personas que interactúan entre ellas. Temas como la conexión visible o invisible entre las personas, la comunicación no verbal y el mundo interior son fuertes motores de inspiración para mi trabajo.
En el silencio también encuentro esa inspiración.

Je puise l’essentiel de mon inspiration dans les enfants. Je les ai beaucoup observés, jour après jour, et j’ai fait l’expérience avec eux de leurs conflits, leur comportement, leurs expérimentations et leur manière unique de voir le monde. Je m’inspire de la relation entre l’adulte et l’enfant et le respect envers son temps. Mais il est évident que je trouve également beaucoup d’inspiration au quotidien… surtout dans les endroits où les gens interagissent. Les thèmes tels que la connexion visible ou invisible entre les personnes, la communication non verbale et le monde intérieur sont d’importantes sources d’inspiration pour mon travail.
Dans le silence aussi je retrouve cette inspiration.

Cuales son los libros o autores que marcaron tu infancia y adolescencia ?
Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?

De niña era una fuerte lectora de cómic y novela gráfica. Y si tengo que decir lo que creo que más me ha marcado ha sido el cómic francés…me encanta. Recuerdo mi época de no parar de leer « Le Donjon» de Lewis Trondheim y Joan Sfar, « Lapinot » Esperaba con muchas ganas que se publicara un número nuevo. También recuerdo pasarme las horas leyendo « Mortadelo y Filemón ». Lo cierto es que el cómic es lo que más me ha marcado en mi infancia y que veo que tiene una presencia muy importante en mi carrera. El poder contar historias de una manera tan brutalmente visual y sintética y tan repleta de expresividad creo que ha guiado mi trabajo en estos últimos años.

Quand j’étais petite je dévorais des BD et des romans graphiques. Et si je dois dire ce qui m’a le plus marquée, je dirais que c’est la bande-dessinée française… J’adore. Je me souviens d’une époque où je lisais et relisais sans cesse Donjon de Lewis Trondheim et Joan Sfar, ou Lapinot. J’attendais impatiemment la parution du prochain tome ! Je me souviens également d’avoir passé des heures à lire Mortadel et Filémon. En tout cas, ce qui m’a le plus marquée dans mon enfance et qui aujourd’hui tient une place importante dans ma carrière, c’est la BD. La possibilité de pouvoir raconter une histoire de manière si abruptement visuelle, synthétique et pleine d’expressivité a, je crois, guidé mon travail ces dernières années.

Puedes decirnos algo sobre tus proximas obras ?
Quelques mots sur vos prochains ouvrages ?

Sí, ahora mismo estoy realizando proyectos para editoriales españolas. Además, a principios del año que viene se podrá ver el resultado de un proyecto al que quiero mucho del que soy autora del texto también. Este año estoy afianzando técnicas artísticas con las que me siento muy agusto y que estoy aplicando en varios proyectos para editoriales. ¡Muy pronto se podrán ver cosas nuevas que estoy deseando que veáis!

Bien-sûr, en ce moment même je suis en train de réaliser des projets pour des éditeurs espagnols. En outre, au début de l’année prochaine on pourra voir le résultat d’un projet, dont je suis à la fois autrice et illustratrice, et auquel je tiens beaucoup. Cette année, je suis en train d’affiner les techniques artistiques que j’utilise dans plusieurs projets éditoriaux, avec lesquelles je me sens le plus à l’aise. Très bientôt on pourra voir de nouvelles choses que j’ai très envie que vous découvriez .

Bibliographie francophone :

  • Le meilleur monde du monde, texte et illustrations, Samir Éditeur (2019), que nous avons chroniqué ici.
  • Le berger des boules de neige, texte et illustrations, Samir Éditeur (2019), que nous avons chroniqué ici.

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Du berger à la bergère : de Gilles Bachelet à Delphine Perret

Par 28 août 2019 Les invités du mercredi

Cet été encore, on vous a proposé la rubrique du berger à la bergère tous les mercredis. Cette rubrique vous avait tellement plu les trois derniers étés, nous nous devions de la reprendre (il faut dire qu’à nous aussi elle plaît beaucoup) ! Donc tous les mercredis, c’étaient des auteur·trice·s et des illustrateur·trice·s qui ont posé trois questions à un·e auteur·trice ou un·e illustrateur·trice de leur choix. Puis c’était à l’interviewé·e d’en poser trois à son tour à son intervieweur·euse d’un jour. Après Fanny Joly et Catharina Valcks, Clémence Pollet et Sandrine Thommen, Marc Daniau et Natalie Fortier, Gaya Wisniewski à Gaëtan Dorémus, Ella Charbon et Claire Lebourg, Ghislaine Roman et Csil, Élodie Shanta et Mirion Malle, cette semaine, pour la dernière de la saison, c’est Gilles Bachelet qui a choisi de poser des questions à Delphine Perret ! on espère que ce rendez-vous vous aura plu, dès la semaine prochaine vous retrouverez les rubriques habituelles !

Gilles Bachelet : Bonjour Delphine,
Passes-tu beaucoup de temps à rechercher tes superbes idées d’albums ? As-tu une méthode pour ça ou bien te tombent-elles miraculeusement du ciel au moment où tu ne t’y attends pas ?
Delphine Perret : (oh merci)
Comment ça, tu n’es pas abonné au service « speed-story » ? Tu rentres des mots-clefs, par exemple : fromage/poule/liberté, et on te livre une histoire dans les 24 h.
… Bon, je n’ai pas du tout de méthode.
Je ne passe pas beaucoup de temps à chercher les idées, parce que je ne les « cherche » pas vraiment. Ça part souvent d’un détail que je me permets de prendre le temps de malaxer dans ma tête. Ou d’une question, un fil que je tire « tiens, ça donnerait quoi si… ? ». Mon esprit vagabonde. Je note quand j’ai l’impression d’avoir attrapé quelque chose qui me plaît ou qui ferait une bonne idée de départ.
C’est aussi parfois l’envie de parler d’un sujet en particulier, mais il faut trouver le bon biais pour que ce ne soit pas lourd. Et ça par contre ça peut prendre des années ! Dans ce cas l’envie est là et des idées reviennent de manière chronique, mais j’attends de trouver celle qui m’arrête.
En tous cas, avoir l’idée, c’est pour moi la partie la plus facile et la plus excitante d’un projet.
Cette idée m’accompagne un moment : je vais y penser souvent et la faire avancer, mais pas à mon bureau, plutôt en arrière-plan, dans ma tête, à des moments où je ne travaille pas. Mais tant que je n’ai pas trouvé la façon dont je veux en parler, je ne m’y mets pas vraiment.
Je passe ensuite du temps à chercher comment la dire, comment la réaliser. À choisir comment je la développe : une idée pourrait donner trois livres complètement différents. Et faire le meilleur choix possible, ça m’angoisse un peu. Parfois jusqu’à deux jours avant de rendre le projet je me dis « est-ce que je n’aurais pas dû faire plutôt ça ? »
J’ai beaucoup d’envies, et la difficulté pour moi est d’accepter qu’il faut faire les choses les unes après les autres. Je suis très impatiente de voir une idée se réaliser. Et je trouve souvent laborieuse toute la réalisation. J’apprends à apprécier le fait d’avoir du temps pour faire, laisser décanter, retoucher, mais c’est plutôt nouveau pour moi. Je crois qu’au fond j’ai peur de ne pas avoir le temps de développer toutes mes idées, de faire tous les livres que je voudrais faire.

Gilles Bachelet : As-tu des façons différentes d’aborder l’écriture lorsque tu sais que tu vas faire toi-même l’illustration et lorsque tu vas confier l’illustration à quelqu’un d’autre ? (Et, dans le second cas, qu’est-ce qui détermine ce choix de ne pas l’illustrer toi-même ?)
Delphine Perret : Oui ! Je décide tout de suite si le texte est pour moi ou non. Je ne pourrais pas confier un texte que j’ai prévu d’illustrer. Je ne pourrais pas non plus écrire sans savoir qui va illustrer. Quand j’écris sans dessiner, c’est pour les images de quelqu’un en particulier.
Le moteur c’est l’envie de travailler avec les images de quelqu’un. C’est de faire un texte que je ne pourrais pas illustrer parce que ce n’est pas mon univers graphique. Ça me permet d’aller dans des directions que moi, toute seule, je ne prendrais pas. Parce que je ne saurais pas aussi bien faire, parce que mes images ne s’y prêteraient pas. Ce sont les territoires d’autres illustrateurs, et écrire pour eux m’autorise à y entrer.
Quand j’écris sans illustrer, je suis plus dans le plaisir pur de l’écriture. J’investis plus les mots, parce qu’ils sont mon seul outil. Donc je pense que je suis moins elliptique que quand j’écris en sachant que je vais pouvoir dire des choses dans le dessin. Je prévois un peu la complémentarité avec l’image mais je me laisse surtout aller dans le récit et je me fais plaisir avec des détails de langage ou des évocations de petites choses.

Gilles Bachelet : Lorsque tu travailles sur un livre, as-tu l’impression de le faire avant tout
– pour toi-même ?
– Pour un lectorat d’une tranche d’âge précise ?
– Pour tout le monde ?
– Pour une personne en particulier, une sorte de référent dont le regard compterait plus que tout autre pour toi ?
Delphine Perret : Mmh, je crois que c’est un mélange de tout ça. C’est d’abord pour moi-même et tout le monde : j’ai besoin de faire ce livre, j’ai besoin qu’il existe, et c’est bien souvent parce que j’ai envie de dire quelque chose à tout le monde. Haha ça paraît mégalo ! Mais c’est plutôt de l’ordre du petit coup de coude de connivence : « Eh, j’ai remarqué ça, et toi tu l’as remarqué aussi ? » mais pas à une seule personne, à plein de gens. C’est ce que permet le livre et ce que je trouve excitant. C’est pouvoir être en connivence avec plusieurs personnes, dans des lieux différents. C’est un peu le don d’ubiquité 🙂
Mais c’est aussi — surtout ? – donner un espace à quelque chose qui me trottait dans la tête. Comme si ça donnait une place fixe à cette chose. Elle est répertoriée, elle est dite et notée. Elle ne disparaîtra pas. « voilà, j’ai fait un livre où je parle des blés qui ondulent dans le vent. Ça, c’est bon, ça a une place, je ne l’oublierai pas ».
Ensuite, quand je choisis mes mots ou mes images, il y a un moment où je me dis « que penserait telle personne d’une image comme ça? Que choisirait-elle ? ». Le problème c’est que j’aimerais que ça plaise à tout le monde ! Autant à tel graphiste/artiste pointu que j’admire, autant à l’enfant qui va lire (et je me souviens que ce qui me plaisait enfant n’est pas toujours ce qui me plaît esthétiquement aujourd’hui !). C’est une lutte entre toutes ces forces. Ce ne sont pas toujours les mêmes qui gagnent. Alors, j’ai envie de faire un autre livre pour laisser la place à celles qui ont été moins entendues. « J’ai fait un livre rigolo, maintenant j’ai envie de faire une grande histoire ». « J’ai fait une grande histoire, maintenant je ferais bien un imagier pour réfléchir » « J’ai fait un imagier pour réfléchir, maintenant je ferais bien une histoire toute simple et accessible ». C’est sans fin !

Delphine Perret : Est-ce que tu vis avec tes personnages ? Pendant que tu travailles sur eux, j’imagine que oui. Une fois qu’ils ont un livre à eux, est-ce qu’ils te tiennent encore compagnie ? Est-ce que tu penses à eux de temps en temps ?
Gilles Bachelet : Comme je fais peu d’albums, ma galerie de personnages reste assez réduite et je continue à vivre avec eux avec en dehors du livre qui les a vu naître. J’aime bien les replacer comme figurants dans les albums suivants ou les utiliser comme avatar lorsque je fais des dessins pour facebook. Certains, comme la carotte de mon chat (si on peut appeler ça un personnage) sont même devenus récurents. Je la place systématiquement dans chaque album, plus ou moins cachée, comme une sorte de signature. Dans un petit album que j’ai fait récemment, Le Casting, qui sortira en automne en tant qu’album « bonus » dans un coffret de l’intégrale de Mon Chat, plusieurs personnages de mes anciens albums (Mon chat, une autruche, un escargot et un lapin) composent un jury dont la tâche va être de sélectionner, parmi de multiples candidats, celui qui aura l’honneur d’être le héros de mon prochain livre. Cette façon de créer des ponts entre les différents livres et de suivre des personnages sur la durée vient combler, je crois, une frustration que j’ai eu durant les nombreuses années où je travaillais presque exclusivement pour la presse magazine, de faire du « jetable » et de devoir tout reprendre à zéro à chaque nouvelle commande.

Delphine Perret : Tu travailles seul dans ton atelier. Est-ce que tu te sens seul quand tu dessines ? Où es-tu à ce moment-là ? Est-ce que tu penses à ceux qui vont voir le livre ? 

(ah et quand même je peux pas m’empêcher de poser la question : est-ce que tu es tout content quand ton livre sort ?)
Gilles Bachelet : Pendant cette même période de ma vie où je ne travaillais que pour la presse magazine et la pub, j’ai beaucoup souffert de l’isolement lié à ce métier. Les réseaux sociaux n’existaient pas encore et, ne faisant pas de livres, je n’étais pas invité sur les salons… Un jour, alors que je recommençais à faire des livres, j’ai demandé à mon éditeur de l’époque, Patrick Couratin, si je pouvais venir squatter pour quelques jours un coin de bureau dans ses locaux… j’y suis finalement resté sept ans, jusqu’à sa mort… J’aimais beaucoup ce lieu qui était également un studio de création d’affiches de spectacle et où l’on voyait passer des personnalités très diverses. Ma situation a changé par la suite. J’ai enseigné pendant dix-sept ans dans une école de beaux-arts, j’ai été assez actif sur les réseaux sociaux ces dernières années et je passe beaucoup de temps en rencontres et sur les salons. J’aime bien maintenant me retrouver seul sur les périodes assez concentrées où je travaille sur un album.
Je ne pense pas particulièrement à un lectorat quand je fais un livre, sinon pour des raisons pratiques (tel objet va-t-il être identifiable par des enfants ? tel mot va-t-il être compris ?). Je pense souvent en revanche à des personnes qui sont des référents pour moi, mon professeur d’illustration Alain Le Foll et Patrick Couratin cités plus haut, tous deux malheureusement décédés trop tôt, et par rapport auxquels je me demande souvent : « Qu’est-ce qu’ils en auraient pensé ? »
Quand le livre sort, dans un premier temps je ne vois que ce qui ne va pas…
(telle couleur aurait été mieux que celle-ci à cet endroit, tel mot aurait été plus juste…), quand ce n’est pas la faute qui a échappé aux multiples relectures et corrections… Il faut un temps assez long et surtout des retours extérieurs, le sourire d’un lecteur qui feuillette le livre sur un salon, un chouette article dans un journal ou sur un blog, pour que je puisse me réconcilier avec le livre et l’accepter tel qu’il est.

Delphine Perret : En dehors de toute considération réaliste (études, prédispositions…), choisis un autre métier. Et dis-moi pourquoi celui-là.
Gilles Bachelet : Même si jusqu’à l’âge du baccalauréat je me destinais, malgré de piètres résultats dans les matières scientifiques, à faire des études de vétérinaire, je m’imagine mal maintenant faire un métier autre qu’artistique… Peut-être quelque chose de plus extraverti, plus dans l’instant, plus en proximité avec le public… Et, tant qu’à faire, une audience plus étendue que l’album jeunesse… Allez… Rockstar… C’est un peu tard pour commencer mais j’ai quand même quelques années de moins que Keith Richards, Mick Jagger ou Iggy Pop…

Bibliographie sélective de Delphine Perret :

  • C’est un arbre, texte et illustrations, Le Rouergue (à paraître en octobre).
  • Kaléidoscopages, texte et illustrations, Le Rouergue (à paraître en octobre).
  • Une super histoire de cow-boy, texte et illustrations, Les fourmis rouges (2018).
  • Série Björn, texte et illustrations, Les fourmis rouges (2016-2017), que nous avons chroniqué ici et .
  • Santa fruta, texte illustré par Sébastien Mourrain, Les fourmis rouges (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Pablo & la chaise, texte et illustrations, Les fourmis rouges (2015).
  • Bigoudi, texte illustré par Sébastien Mourrain, Les fourmis rouges (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Lettres à pattes et à poils et à pétales, avec Philippe Lechermeier, Thierry Magnier (2014).
  • Chevaliers et princesses avec gigot, illustration d’un texte de Christian Oster, l’école des loisirs (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Pedro crocodile et George alligator, texte et illustrations, Les fourmis rouges (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Il était mille fois, illustration d’un texte de Ludovic Flamant, Les fourmis rouges (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Série Moi, le loup et…, texte et illustrations, Thierry Magnier (2005-2013), que nous avons chroniqué ici et .
  • Princesse pas douée, illustration d’un texte de Christian Oster, l’école des loisirs (2012).
  • Imagier ron-ron, texte et illustrations, Thierry Magnier (2008).
  • L’amour selon Ninon, illustration d’un texte de Oscar Brenifier, Autrement (2008).

Retrouvez la bibliographie complète de Delphine Perret (et plein d’autres choses encore) sur son site : http://www.chezdelphine.net.

Bibliographie (sélective) de Gilles Bachelet :

  • Tout Mon chat, Seuil Jeunesse (à paraître en octobre).
  • Xox et Oxo, Seuil jeunesse (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Une histoire d’amour, Seuil Jeunesse (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Une histoire qui…, Seuil Jeunesse (2016).
  • La paix, les colombes !, avec Clothilde Delacroix, Hélium (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Les Coulisses du Livre Jeunesse, L’atelier du poisson soluble (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Le Chevalier de ventre à terre, Seuil Jeunesse (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Madame Le Lapin Blanc, Seuil Jeunesse (2012).
  • Des nouvelles de mon chat, Seuil Jeunesse (2009).
  • Il n’y a pas d’autruches dans les contes de fées, Seuil Jeunesse (2008), que nous avons chroniqué ici.
  • Quand mon chat était petit, Seuil Jeunesse (2007).
  • Hôtel des voyageurs, Seuil Jeunesse (2005).
  • Champignon Bonaparte, Seuil Jeunesse (2005).
  • Mon chat le plus bête du monde, Seuil Jeunesse (2004).
  • Le singe à Buffon, Seuil Jeunesse (2002).

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Du berger à la bergère : d’Elodie Shanta à Mirion Malle

Par 21 août 2019 Les invités du mercredi

Cet été encore, on vous propose à nouveau la rubrique du berger à la bergère tous les mercredis. Cette rubrique vous avait tellement plu les trois derniers étés, nous nous devions de la reprendre (il faut dire qu’à nous aussi elle plaît beaucoup) ! Donc tous les mercredis jusqu’à la rentrée, ce sont des auteur·trice·s et des illustrateur·trice·s qui posent trois questions à un·e auteur·trice ou un·e illustrateur·trice de leur choix. Puis c’est à l’interviewé·e d’en poser trois à son tour à son intervieweur·euse d’un jour. Après Fanny Joly et Catharina Valcks, Clémence Pollet et Sandrine Thommen, Marc Daniau et Natalie Fortier, Gaya Wisniewski à Gaëtan Dorémus, Ella Charbon et Claire Lebourg, Ghislaine Roman et Csil, cette semaine c’est Élodie Shanta qui a choisi de poser des questions à Mirion Malle !

Elodie Shanta : Est ce que tu écris depuis toute petite ? Quel genre d’histoires écrivais-tu ? Quel·le·s étaient les héro·ïne·s de tes histoires ?
Mirion Malle : Oui, j’ai chez mes parents des cahiers où j’écrivais des débuts de romans, je n’étais pas très persévérante et je m’ennuyais vite alors ça faisait au final rarement plus de 10 pages. Je me rappelle bien de quelques histoires, par exemple ma première rédaction en CP c’était sur un lion qui avait mal aux dents car la viande humaine (la nourriture des lions) les fait pourrir, alors il partait en quête d’un arbre à viande mais végétale… et aujourd’hui je suis vegan… donc bon… on peut voir que j’étais prédestinée… À 7 ans j’ai ensuite commencé une œuvre qui s’appelait « Trois petites chattes », les aventures félines de trois petites chattes, donc, qui s’appelaient Coquine, Chipie et Câline, tout simplement. À 8 ans j’ai écrit aussi une sorte de roman avec une fille cool et riche et populaire qui avait un dauphin domestique. Donc vraiment de bonnes œuvres d’art.
Mais les vrais retournements de situation c’est quand j’ai lu le Journal d’Anne Frank à 10 ans (j’ai ensuite essayé de tenir plusieurs journaux intimes que j’abandonnais au bout de trois entrées), puis quand j’ai eu les cours sur les nouvelles fantastiques de Maupassant au collège, à 12 ans je pense ? En tout cas, je me suis mise à écrire des tonnes et des tonnes de nouvelles à chute et hyper glauques. Cette fillette mal en point dont le récit parle ? Elle est en fait morte depuis le début ET dans un camp de concentration ! Surprise ! La rédaction de mon bac blanc de français ? Tout simplement l’histoire de l’assassinat d’une jeune femme qui est en fait, plot twist, la première victime de Jack l’Éventreur. J’étais donc : hyper fun.
J’ai longtemps voulu être romancière, je ne faisais pas tant de BD au final, à part de nombreuses tentatives d’histoires de magical girls clairement pompées sur les W.I.T.C.H.

Elodie Shanta : Je sais que tu es très inspirée par le cinéma mais y a-t-il des œuvres de BD qui t’inspirent également aujourd’hui ?
Mirion Malle : Oui, des tas !! Déjà, il y a celles de Julie Delporte qui ont su parler exactement à ce qui me plaisait dans l’autobiographie en BD et qui ont complètement modifié mon rapport à mon travail de narration, dans l’autobio mais aussi en général. Je pense que c’est une des artistes qui a le plus marquée et je ne sais pas si ça se voit dans mon travail, mais ça m’a vraiment fait reconsidérer beaucoup de choses dans ma façon de raconter.
Il y a aussi le travail de Debbie Drechsler, qui je crois m’a fait comprendre que la forme devait aller avec le fond, qu’on ne dessine pas pareil selon ce qu’on veut raconter. Et puis ça a vraiment été un bouleversement de lire ses livres.
Sinon, en ce moment je travaille sur ma première fiction longue, et Les petits garçons de Sophie Bédard m’a beaucoup motivée et inspirée, je trouve que Sophie est une des meilleures dialoguistes actuelles, et je valorise beaucoup les dialogues en général. Je l’ai lu et puis j’avais envie de me remettre tout de suite au travail ! Enfin, j’essaie aussi dans mon dessin de revenir à mes premières amours : les shōjo manga, et particulièrement ceux d’Ai Yazawa et Mihona Fujii. Parce que je trouve que c’est un dessin vraiment expressif et nuancé, très vivant et souvent moqué (comme par hasard), et j’essaie d’incorporer cette influence quand même majeure dans ma vie dans mes bandes dessinées.

Elodie Shanta : Tu peux composer la BD de tes rêves : thèmes/scénariste/dessinateur·ice. Ça ressemble à quoi ?
Mirion Malle : Une BD sur le thème de l’amitié, co-dessinée et écrite par Élodie Shanta et Mirion Malle…

Mirion Malle : C’est quoi l’histoire qui t’a le plus marquée quand t’étais petite ou adolescente ? Genre, que ce soit un roman, une BD, un conte, un film, ou même un fait divers ou une légende urbaine sur un skyblog d’horreur ?
Élodie Shanta : Il y en a vraiment beaucoup mais un des trucs qui m’a marquée à plusieurs niveaux c’est le film Willow. Aujourd’hui je le découvrirais, j’arriverais pas à en venir à bout mais petite fille ça m’avait rendu dingue. Y’avait de la bagarre, des blagues, des sorcières, de l’amour. Et les trolls, des créatures qui m’ont filé des cauchemars pendant des mois. Aussi j’ai eu mon premier crush en la personne de Mad Martigan joué par Val Kilmer.
Sinon, marquée de façon plus violente, quand j’avais 4 ou 5 ans je suis tombée sur la scène de la douche dans Psychose chez mes cousins !

Mirion Malle : Est-ce que tu lis beaucoup de BD toi ? Est-ce que tu as l’impression que ça te nourrit ou plutôt que ça te « déconcentre » par rapport à ce que tu veux faire ? C’est qui ton autrice/auteur préf (de tous les temps ou en ce moment, ou les deux) ?
Élodie Shanta : Je lisais pas mal de BD oui. L’intégrale de Calvin et Hobbes assez jeune et je pense que ça m’a influencé sans que ça soit trop obvious. Plus tard j’ai lu Donjon et puis aussi des mangas, ce qui m’a le plus épaté c’est Akira Toriyama, j’étais et je suis encore fan de sa narration et de son trait. Mon auteur pref à l’heure actuelle c’est sûrement Mortis Ghost pour la fraicheur de sa narration et son dessin trop beau.
Sinon, je suis plus influencée par mes lectures, romans contemplatifs etc. que par des BD bien précises. D’ailleurs je lis plus tant de BD que ça aujourd’hui.

Mirion Malle : Tu m’as posé une question sur le cinéma alors en voici une sur les jeux vidéos : si tu devais en inventer un, il ressemblerait à quoi ? Quel type, quelle histoire, on jouerait qui et est-ce que les graphismes seraient beaux ?
Élodie Shanta : Alors, déjà ça serait soit du cell shading comme dans Zelda wind waker ou bien une très belle 2D en pixel.
Ça serait un genre d’action RPG simulation.
On jouerait une fille ou un garçon au choix.
Il y aurait une quête principale vraiment variée avec une aventure et plein de lieux variés, pas trop de quêtes secondaires chiantes. On pourrait aussi planter des trucs et les vendre une fois qu’ils ont poussé. Y’aurait plein d’items avec des icônes adorables, des villages avec plein de maisons visitables. Plusieurs gameplays différents, parfois de l’action mais aussi parfois de la réflexion. Il faut aussi de la magie en quantité raisonnable.

Bibliographie de Mirion Malle :

  • La Ligue des Super Féministes, texte et illustrations, La ville brûle (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Les règles… quelle aventure !, illustration d’un texte d’Élise Thiébaut, La ville brûle (2017), dont nous avons parlé ici.
  • Commando Culotte, texte et illustrations, Ankama Éditions (2016).
  • Héro(ïne)s : La Représentation féminine en bande dessinée, collectif, éditions du Lyon BD festival (2016).
  • Intinimitié amoureuse, avec Thomas Mathieu, Warum, (2013).

Son site : http://www.mirionmalle.com.

Bibliographie d’Élodie Shanta :

  • L’énigme de l’objet mystérieux, illustration d’un texte d’Alexandre Fontaine-Rousseau, Lapin éditions (2019).
  • Crevette, texte et illustrations, La pastèque (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Jujub’ et Bleble, texte et illustrations, Lapin éditions (2018).
  • Madame Musaraigne change de maison !, texte et illustrations, Vide Cocagne (2017).
  • Les Malheurs de Jean-Jean, texte et illustrations, Des ronds dans l’O (2016).
  • Marcelin Comète se balade dans le cosmos, illustration d’un texte de Marc Lizano, Des ronds dans l’O (2015).

Son site : https://elodieshanta.weebly.com.

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