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Les invités du mercredi

Les invité·e·s du mercredi : Isabelle Gil et Daphné Collignon

Par 12 décembre 2018 Les invités du mercredi

Aujourd’hui je vous propose tout d’abord d’en savoir plus sur une autrice/illustratrice dont le travail est très original, Isabelle Gil, avec elle nous revenons sur son parcours et sur son travail. Ensuite, on part découvrir comment travaille l’autrice-illustratrice Daphné Collignon. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Isabelle Gil

Parlez-nous de votre parcours ?
J’ai commencé la photographie en autodidacte à 18 ans, puis j’ai arrêté la photographie pendant longtemps, puis j’ai repris la photographie en formation professionnelle d’abord par un CAP de photographe, puis par des études en Arts Plastiques et Photographie, à Paris 8, l’université de Saint-Denis.
Pendant les études, j’ai commencé à travailler sur des projets de livres.
J’ai suivi les cours d’un intervenant artiste, Alain Bernardini avec qui j’ai pu énormément avancer en étant tellement bien accompagnée dans mes recherches par son talent, son exigence et ses connaissances de l’art contemporain.
Ensuite pendant 4 bonnes années, j’ai envoyé mes multiples maquettes de livres à différentes maisons d’édition.
J’ai pris un travail à mi-temps pour subsister pendant mes recherches et démarches et pour pouvoir mener ce projet de faire des livres en photographie.
J’ai eu toutes sortes de retours, mais sont venus aussi des encouragements, une curiosité pour mon travail qui m’a aidé parfois à tenir et à insister.
Et tout à coup, comme je commençais tout de même à fatiguer un peu et à penser qu’il était vraiment difficile de faire des projets de livres, j’ai eu une réponse positive de Paul Otchakovsky-Laurens, le truc inouï, mon éditeur préféré ces années-là me dit qu’il trouve mon projet de livre très beau et qu’il aimerait le faire avec moi si je suis d’accord ! Quelle joie et quel trésor inoubliables d’avoir rencontré cette personne.
Mon premier livre s’appelle LOVE, chez POL donc, en 2006, et le raconter là c’est – encore – penser à lui tout particulièrement.
Par la suite, j’ai rencontré une troisième personne importante, artiste, illustrateur et cinéaste, également éditeur de littérature jeunesse, avec lequel je travaille aujourd’hui et c’est encore une incroyable chance car il a cette curiosité et une grande connaissance de l’illustration mais aussi ce goût de la photographie et son choix déterminé et rare de donner une existence à des projets de livre de photographies et notamment les miens !
Dans cette dernière rencontre, une évidence s’est montrée entre ces projets-là de livres et l’édition pour les enfants et la jeunesse.

Comment est venue l’idée de raconter vos histoires avec des photos ?
Je ne sais pas, depuis toujours. Il me semble que parlant peu, j’adorais la lecture et la photo qui dans mon enfance, me fascinait un peu et puis ça me semblait être un média très complexe en fait. Et très bavard.
Ça pouvait être du passé, du futur, de la beauté, de la mort, de la mise en scène, de la pensée, du faux.
Et puis la photographie parle beaucoup, seule, le texte est dans l’image.

Pouvez-vous nous raconter comment vous travaillez ?
Avec des images en tête, des paysages, des situations ou des expressions, littéraires ou imagées.
Comme prendre des bains de soleil, être zinzin, voir des éléphants roses…

Où trouvez-vous votre inspiration ? Comment naissent vos histoires ?
De ça, des choses en tête et également de certains objets que je trouve attachants ou intéressants en tout cas.
Pour leur banalité, leur disponibilité, ce sont principalement des objets du quotidien, et pour ce qu’ils peuvent offrir comme supports à l’imaginaire, comme représentations que l’on a du monde, pour ces petites ou grandes relations avec l’extérieur, pour ce qu’on y projette.

Pouvez-vous nous parler de votre dernier album, Le petit éléphant rose ?
J’ai pensé particulièrement à l’enfance, à cette capacité à se glisser dans la peau de ce que l’on veut, un chat ou un avion. Je suis ce que je veux. J’adore cette folie de l’enfance.
C’est une immense liberté, je parle aux chiens et là je ne marche pas, je vole.
Ce n’est pas un désir de régression, si ce n’est de garder l’enfant ou cette part-là, mais je trouve le lien de l’enfant au monde et au vivant très direct, drôle, très fou, très simple aussi, tout est possible.
Oui donc Le petit éléphant rose c’était pour associer cette expression « voir des éléphants roses » qui chez les adultes signifie un état de délire hallucinogène — je cherche d’ailleurs toujours un témoignage — et le monde de l’enfance où on s’étonne de tout et de rien à la fois !
Et mettre dans ce livre des souvenirs personnels et forts de paysages de jungle.

Travailler en solo sur un projet, c’est un plaisir ou parfois ça vous manque de partager des projets ?
Au début, c’était comme ça, j’avais des projets, donc je tente de les faire.
Depuis quelque temps, j’aimerais croiser d’autres personnes et compétences et s’embarquer joyeusement, on verra…

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Aucune en particulier, j’allais au bibliobus, j’adorais cet espace, j’ai dû lire Croc blanc, je ne sais plus trop, rien de marquant ou je me souviens pas, même si je restais dans cet étroit camion bleu des heures et des heures.
Et en vacances chez (ma) Mémé… j’ai tout lu, tout ce qu’il y avait sur place, des magazines étranges comme Point de vue, Nous Deux
Un jour je suis tombée sur le roman — Lady Chatterley — et je me suis dit que c’était pas mal le fond du jardin et après j’ai lu sans aimer ça à l’école, mais après j’ai lu tout ce que je pouvais, en tombant vers l’âge de 17 ans sur les Chants de Maldoror ou sur Crime et Châtiment, je me suis dit que je ne comprenais pas tout mais que ça allait être génial.
Je ne sais plus à quel âge, jeune adulte je pense, j’ai aussi découvert Crin blanc et Le ballon rouge de Albert Lamorisse et ça m’a beaucoup plu. Livres & films.
Et puis le Muppets show et Téléchat, Buster Keaton, Monty Python…

Quelques mots sur les prochaines histoires que vous nous proposerez ?
J’ai des pistes non poursuivies dans mes tiroirs, faut que je regarde de près…
Et un projet de livre photographies et texte pour adultes toujours en pause.
Rien à dire, avant des avancées… mais j’ai très envie de faire encore des albums.
Merci !

Bibliographie :

  • Le petit éléphant rose, texte et illustrations, l’école des loisirs (2018).
  • Le zinzin de la forêt, texte et illustrations, l’école des loisirs (2016).
  • Coquille, texte et illustrations, l’école des loisirs (2016).
  • Copain Copain, texte et illustrations, l’école des loisirs (2015).
  • Le magicien d’os, texte et illustrations, l’école des loisirs (2015).
  • Les vacances, texte et illustrations, l’école des loisirs (2014).
  • Le chapeau de Maman, texte et illustrations, l’école des loisirs (2014).
  • Le déjeuner sur l’herbe, texte et illustrations, l’école des loisirs (2013).
  • Le musée des ours, texte et illustrations, l’école des loisirs (2012).
  • Une ou deux bêtises, texte et illustrations, l’école des loisirs (2011).
  • L’aventure, illustration d’un texte de Jean Rolin, Les éditions de la Table ronde (2011).
  • Couleurs à sensations, texte et illustrations, Le Rouergue (2011).
  • À la mer, texte et illustrations, l’école des loisirs (2010).
  • Oursons, texte et illustrations, l’école des loisirs (2008).
  • LOVE, texte et illustrations, P.O.L. (2006).

Retrouvez Isabelle Gil sur son site : http://www.isabellegil.fr.


Quand je crée… Daphné Collignon

Le processus de création est quelque chose d’étrange pour les gens qui ne sont pas créateur·trice·s eux-mêmes. Comment viennent les idées ? Et est-ce que les auteur·trice·s peuvent écrire dans le métro ? Les illustrateur·trice·s, dessiner dans leur salon devant la télé ? Peut-on créer avec des enfants qui courent à côté ? Faut-il de la musique ou du silence complet ? Régulièrement, nous demandons à des auteur·trice·s et/ou illustrateur·trice·s que nous aimons de nous parler de comment et où ils·elles créent. Cette semaine, c’est Daphné Collignon qui nous parle de quand elle crée.

Je fais de la BD et de l’illustration depuis plus de 15 ans maintenant ; j’ai donc écrit et dessiné dans de nombreux endroits, ayant beaucoup voyagé par le passé.
J’ai eu ma période café, où je faisais mes dessins et mes croquis avant de les mettre en couleur à la maison ; puis l’ère informatique est arrivée, et j’ai passé tout mon temps au café avec mon ordinateur portable. Une fois un album fini, je changeais d’endroit, parce que je ne pouvais plus remettre les pieds dans le café où j’avais travaillé pendant un an — ce qui pouvait s’avérer un peu ennuyeux quand il s’agit de lieux que nous aimions, mes proches et moi !… J’ai aussi beaucoup travaillé en bibliothèque, au milieu des livres et des lecteurs.
J’ai besoin d’un bruit de fond quand je dessine. Cela me rassure et me permet de mieux me concentrer. Le travail de dessinateur et de scénariste étant très solitaire, j’ai besoin de présences autour de moi.
Je n’ai cependant jamais pu travailler en atelier, et cela n’a pas été faute d’essayer ! Mais à chaque fois, j’étais trop déconcentrée par l’envie de discuter avec mes amis ou par les discussions qui se déroulaient autour de moi.
Le bruit d’un café ou l’ambiance d’une bibliothèque est impersonnel, alors qu’un atelier me sollicite plus intimement et ne me permet pas de me concentrer comme je le voudrais.
J’ai aussi travaillé beaucoup chez moi, ce qui est à la fois le meilleur endroit, et le pire ! C’est là que je suis le plus « dans ma bulle », et que les résultats sont les meilleurs. Mais c’est aussi très solitaire, et comme tous les gens qui travaillent à la maison, on n’a jamais vraiment l’impression de s’arrêter. En ce moment pourtant c’est là que je travaille. Mon rêve serait d’avoir mon atelier à moi, une sorte d’autre chez moi où je pourrais inviter des amis à partager des séances de modèle vivant ou à dessiner de temps en temps.
Je suis donc capable, a priori, de dessiner n’importe où pourvu que la lumière soit bonne et qu’on ne me parle pas, ou qu’on ne commente pas ce que je fais. Je déteste montrer mes images en cours de réalisation, n’étant jamais très sûre de moi, et sachant qu’elles vont évoluer. C’est un peu mon jardin secret, mon laboratoire intime.
J’ai même du mal à rester à côté de quelqu’un qui lit mes livres ! C’est parfois un problème en dédicace. 😉
Quand je dessine et que je fais de la couleur, j’écoute la radio ou des histoires. J’aime beaucoup lire, et j’ai trouvé sur internet des sites qui proposent des histoires à écouter. Depuis, j’ai dû écouter des centaines de livres ! Chacun de mes albums est relié à ces livres, et chaque page me les rappelle. C’est une manière pour moi de me concentrer, et de me plonger dans une sorte de bulle intime et personnelle.
Quand je dessine, je suis « en moi », je peux rester 6 ou 7 heures à la même place sans en bouger. Je ne sais pas si c’est la meilleure façon de faire, parce que je manque parfois de recul sur ce que je fais, mais ça me permet de m’immerger complètement dans les images.
Les interruptions téléphoniques sont plutôt malvenues en général, pour la même raison. Tout cela fait de moi une ourse solitaire !!
Depuis que j’ai une petite fille, mon rythme a un peu changé ; je suis obligée de faire des pauses, et j’ai dû modifier mes horaires.
Avant, je commençais en fin de matinée pour finir tard dans la nuit.
Aujourd’hui, je démarre tôt le matin après avoir posé ma fille à l’école, et je dessine jusqu’à la sortie des classes. Je me remets généralement au travail après qu’elle se soit couchée, jusque tard dans la nuit.
J’ai toujours énormément travaillé, et cela a toujours été mon activité principale ; j’ai un peu de mal à sortir de cette bulle qui s’est construite au fil du temps, et à ne pas percevoir le monde comme une matière à exploiter.
Je ne fais pourtant pas de carnet de voyage, parce que je suis nulle pour ça ! Je préfère m’imprégner des ambiances, des atmosphères, prendre des photos, profiter de l’instant, et le retranscrire plus tard sur le papier quand le besoin s’en fait sentir. C’est comme si j’avais une bibliothèque d’images dans la tête et le corps dont je me sers pour mes livres.
J’aime à penser, même si c’est un peu banal, que nous sommes tous des portes ouvertes sur des livres, par nos sensations et nos ressentis, par toutes les histoires que nous portons en nous. C’est plus qu’un travail. C’est une manière de vivre !

Daphné Collignon est autrice et illustratrice.

Bibliographie sélective :

  • Série Calpurnia, BD, dessins d’après un scénario de Jacqueline Kelly, Rue de Sèvres (2018).
  • Tamara de Lempicka, BD, dessins d’après un scénario de Virginie Greiner, Glénat (2017).
  • Avant l’heure du tigre : La voie Malraux, BD, dessins d’après un scénario de Virginie Greiner, Glénat (2015).
  • Série Le rêve de Pierres Pétra, BD, dessins d’après un scénario d’Isabelle Dethan, Vents d’Ouest (2014).
  • Ma vie de chien, album, illustration d’un texte de France Quatromme, Fleur de ville (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Le B.A. ba de la savate boxe française, illustration d’un texte de Victor Sebastiao, Fleur de Ville (2013).
  • Série Sirène, BD, scénario et dessins, Dupuis (2013).
  • Série Destins, BD, dessins d’après un scénario de Frank Giroud et Virginie Grenier, Glénat (2010)
  • Correspondante de Guerre, BD, dessins d’après un scénario d’Anne Nivat, Soleil (2009).
  • Série Cœlacanthe, BD, scénario et dessins, Vents d’ouest (2006-2007).

Le site de Daphné Collignon : https://www.daphnecollignon.com.

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Les invité·e·s du mercredi : Delphine Monteil et Sophie Adriansen

Par 5 décembre 2018 Les invités du mercredi

À La mare aux mots, on aime les « petites » maisons d’édition, on aime les mettre en avant surtout quand elles font un beau travail. Aujourd’hui, c’est L’étagère du bas qu’on vous propose de découvrir… si vous ne la connaissez pas déjà ! Ensuite, c’est une autrice très talentueuse, Sophie Adriansen, qui nous livre ses coups de cœur et coups de gueule. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Delphine Monteil

Parlez-nous de votre parcours avant de créer L’étagère du bas.
Après un bac littéraire, j’ai fait des études de lettres modernes (Master 1) et beaucoup de stages chez des éditeurs de littérature générale où j’ai énormément appris. Au moment de se spécialiser, j’ai choisi le domaine de la correction en suivant une formation au Centre d’écriture et de communication puis j’ai été correctrice pendant cinq ans.

En 2016, vous avez créé votre maison d’édition, racontez-nous comment la maison est née.
Même si la correction est un métier passionnant, j’ai commencé à avoir vraiment envie d’aller vers autre chose et il y a un faisceau d’éléments concomitants. J’ai eu deux enfants et je me suis littéralement jetée dans la littérature jeunesse avec eux ! Petit à petit, les livres jeunesse ont pris de plus en plus place (au sens propre comme au sens figuré) et l’idée de créer un blog a fait son chemin… Mon blog (L’Étagère du bas) m’a permis de réaliser à quel point la littérature jeunesse était le milieu dans lequel je me sentais le mieux et que j’avais aussi envie d’en faire mon métier.
Avec mon mari Fredrik, nous avons décidé de nous lancer et de monter notre maison d’édition de livres pour enfants. Lui aussi est passionné de littérature jeunesse et, à l’origine, la maison a été créée pour donner vie à un personnage culte suédois qui s’appelle Plupp.

Pourquoi ce personnage en particulier ?
Fredrik (d’origine suédoise) a été très marqué par Plupp dans son enfance, il me l’a présenté et le courant est passé ! Avec une trentaine d’albums depuis les années 50, Inga Borg (auteure et illustratrice) a su imposer ce petit troll aux cheveux bleus (et tout son univers) qui est devenu l’une des figures incontournables de la littérature jeunesse suédoise.
Nous avons souhaité faire connaître Plupp aux petits Français car c’est un personnage très positif, bienveillant et qui les emmène dans de belles aventures au milieu d’une nature préservée. Nous avons publié deux albums : Plupp construit sa maison et Plupp fait un grand voyage. En 2020, le troisième verra le jour !

D’où est venu ce nom « L’étagère du bas » ?
Lorsqu’il a fallu trouver un nom pour la maison d’édition, cela a été compliqué car j’avais déjà beaucoup cherché pour trouver celui du blog et j’avais du mal à me détacher du nom de L’Étagère du bas. Premièrement, parce que je l’aimais beaucoup et que j’avais eu beaucoup de bons retours sur son côté « original » et évident à la fois : nous faisons des livres pour les enfants, plutôt les petits (3-7 ans) donc on espère que nos livres sont quelque part dans les maisons, les librairies, les médiathèques, accessibles aux enfants donc en bas…
Deuxièmement, c’est avec ce nom que les gens du milieu de l’édition jeunesse ainsi que mes lecteurs de blog ont commencé à me connaître, j’ai donc voulu profiter de cette visibilité naissante.

Quelle est la ligne éditoriale ?
À cette question, j’aime répondre qu’il n’y a pas de ligne éditoriale vraiment définie. Peut-être se définira-t-elle avec le temps mais, pour l’instant, je choisis les projets à l’instinct. Mais, ce n’est pas non plus complètement juste de dire qu’il n’y a absolument pas de ligne éditoriale… car il y a tout de même des caractéristiques communes à nos ouvrages : uniquement des albums, autant d’importance accordée au texte qu’à l’illustration, une fabrication soignée et des histoires qui – je pense – prennent en considération les enfants en leur apportant quelque chose. Nous faisons confiance à leur intelligence ! Notre ambition est de publier des livres accessibles et à hauteur d’enfants…

Vous parliez tout à l’heure de la Suède, c’est un pays qui tient une place importante dans la maison
Effectivement ! Pour les raisons que j’ai mentionnées plus haut et désormais, je peux dire aujourd’hui que c’est le pays que je connais le mieux après la France. La littérature jeunesse tient une place importante en Suède et il y a une grande qualité des ouvrages. Au-delà des livres de Plupp, nous avons aussi à cœur de publier des albums récents comme nous l’avons fait avec Les Voisins sauvages d’Ulrika Kestere. Nous avons eu un réel coup de foudre pour le travail d’Ulrika et nous avons hâte de vous présenter son deuxième album qui sortira à l’automne prochain : Un pull pour Otto. Dans les années à venir, nous allons publier plusieurs traductions d’albums suédois : des classiques des années 70 mais aussi d’autres albums de la relève de la littérature jeunesse suédoise ! Je me tiens très informée de la production des albums suédois et, avec Fredrik, nous avons vraiment à cœur de faire connaître nos préférés en France.

Qui compose l’équipe et quel est le rôle de chacun·e ?
Même si ce n’est pas très poli, je suis obligée de commencer par moi car je suis la seule qui travaille à 100 % pour la maison d’édition. Je m’occupe de l’éditorial, de l’administratif, de la presse, de la communication, des manuscrits, des relations avec l’imprimeur, etc.
Fredrik est mon associé, je le consulte donc énormément et nous prenons les décisions ensemble. Mais, il a un autre métier qui lui prend beaucoup de temps et, malheureusement, il ne travaille pas à mes côtés tout le temps. Dès qu’il le peut, il se rend disponible pour animer des ateliers, participer aux salons du livre et il gère aussi les relations avec l’étranger. Et il a traduit tous nos ouvrages qui viennent de Suède !
Marie Gosset rédige les fiches pédagogiques et est une formidable assistante multi-tâches ! Céline Robert est notre maquettiste, mais elle s’occupe aussi du site Internet et de la communication visuelle de documents, d’invitations, etc. Elle a un œil formidable… Sans oublier Laura Baudot qui nous donne de sacrés coups de main !

Quel est l’album qui a le plus marqué la maison ?
C’est trop difficile comme question, impossible de répondre ! Ce serait comme me demander si je préfère l’un de mes deux enfants… Chaque livre symbolise quelque chose et s’inscrit dans une étape de création du catalogue de la maison d’édition. En cette fin d’année, ce que je retiens, c’est que nous terminons 2018 avec dix albums. Ce n’est pas rien de passer à deux chiffres !

En plus d’être éditrice, vous êtes blogueuse, vous avez un regard particulier sur la création actuelle. Qu’est-ce qu’un bon livre jeunesse pour vous ?
À mon grand désespoir, j’ai de moins en moins de temps à consacrer à mon blog mais j’essaie tout de même… il y a tellement de bons livres qui voient le jour ! Selon moi, un bon livre jeunesse est un livre qui plaira autant à un adulte qu’à un enfant : un bon livre n’a pas d’âge. Un bon livre jeunesse est un livre qui interpelle d’une façon ou d’une autre que ce soit par l’émotion, la réflexion, l’humour, etc. Les lectures nous construisent et c’est d’autant plus vrai pour les enfants. Les éditeurs ont donc une grande responsabilité ! Je déborde un peu de la question, mais j’ai du mal avec les beaux livres très esthétiques qui font semblant de s’adresser aux enfants, les albums trop « médicaments » véhiculant un gros message bien lourd et, les pires, ceux qui prennent les enfants pour des abrutis… Pour finir sur une touche plus positive, nous avons une très belle production en France et, au retour du Salon de Montreuil, on constate qu’il y a un large public pour la littérature jeunesse. Qui a dit que les enfants n’aimaient pas lire ?

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Comme beaucoup de gens travaillant dans l’édition, je lisais beaucoup étant plus jeune. J’ai eu la chance d’être élevée dans une famille où il y avait des livres et, avec mes frères et ma sœur, on ne nous refusait jamais un livre ! Le Géant de Zéralda de Tomi Ungerer est ma première grosse trouille (enfin, celle dont je me rappelle). Je trouvais la couverture vraiment terrifiante ! Lorsque j’ai été capable de lire seule, je me souviens clairement d’avoir eu la sensation qu’un nouveau monde s’ouvrait à moi. Je me rappelle avec émotion (et je l’ai toujours) de La Maison qui s’envole de Claude Roy. Je lisais vraiment de tout : des albums, des romans, J’aime lire, des BD (un gros faible pour Tom-tom et Nana), la collection des Castor poche, Les Belles Histoires, la collection Rouge & or. Claudine de Lyon de Marie-Christine Helgerson m’a beaucoup marquée, j’aimais bien les histoires tristes, dures. J’avais aussi une petite obsession pour les histoires où il y avait des petites filles jumelles, ça me fascinait ! Le genre épistolaire me plaisait aussi énormément : je lisais beaucoup de livres avec des histoires d’amitié mettant en scène des échanges de lettres. En parallèle, on s’écrivait beaucoup avec mes ami·e·s et, adolescente, j’ai continué. À l’adolescence, je me suis tournée vers les classiques comme Hugo, Zola, Maupassant, etc. avec beaucoup de plaisir et pas seulement par obligation. Bref, j’ai continué à lire !

Quelques mots sur les prochains ouvrages que vous publierez ?
Ce sera donc l’année prochaine et 2019 promet de très beaux albums ! Il y en aura 9 en tout : 7 créations françaises et 2 traductions suédoises. La Vie rêvée de M. Maniac d’Adèle Tariel et Jérôme Peyrat (février), Moi mon ombre de Sébastien Joanniez et Evelyne Mary (mars), Minimichel de Pauline de Tarragon (avril, deuxième collaboration après Le Cri de Zabou), Marions-les ! de Éric Sanvoisin et Delphine Jacquot (mai), J’aimerais de Stéphanie Demasse-Pottier et Gérard DuBois (août), Capricieuse de Béatrice Fontanel et Lucile Placin (septembre), Un pull pour Otto d’Ulrika Kestere (octobre, deuxième collaboration après Les Voisins sauvages), Gustave Mouche d’Éva Chatelain (octobre) et La Chanson qui venait de l’autre côté de la mer de Emma Virke et Fumi Koike (novembre). Des albums avec des styles littéraires et des genres graphiques très différents ! Nous voulons continuer de proposer des histoires qui éveilleront l’imaginaire des petits lecteurs.

Bibliographie :

  • Riquet, d’Elsa Oriol (d’après Charles Perrault) (2018).
  • La Danse du Cygne, texte de Laurel Snyder, illustré par Julie Morstad (2018).
  • Les Voisins sauvages, d’Ulrika Kestere (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • La Disparition de Chou, texte de Stéphanie Demasse-Pottier, illustré par Élodie Perrotin (2018).
  • Comme son ombre, de Laurent Cirelli et Prune Cirelli (2018).
  • Quand j’étais petite…, texte de Sara O’Leary, illustré par Julie Morstad (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Louise, texte de Stéphanie Demasse-Pottier, illustré par Magali Dulain (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Plupp fait un grand voyage, d’Inga Borg (2017).
  • Le Cri de Zabou, de Pauline de Tarragon (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Plupp construit sa maison, d’Inga Borg (2016).

 


Le coup de cœur et le coup de gueule de… Sophie Adriansen

Régulièrement, une personnalité de l’édition jeunesse (auteur·trice, illustrateur·trice, éditeur·trice…) nous parle de deux choses qui lui tiennent à cœur. Une chose qui l’a touché·e, ému·e ou qui lui a tout simplement plu et sur laquelle il·elle veut mettre un coup de projecteur, et au contraire quelque chose qui l’a énervé·e. Cette semaine, c’est Sophie Adriansen qui nous livre ses coups de cœur et ses coups de gueule.

De retour du salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil, je livre à chaud un coup de cœur et un coup de gueule liés à la manifestation, et dans cet ordre conformément au titre de cette rubrique.

Coup de cœur
J’aime le partage. J’ai toujours pensé que ce qu’on partageait bénéficiait autant à celui qui donnait qu’à celui qui recevait. Que tout le monde s’en trouvait gagnant.
Mercredi soir, lors de l’inauguration du salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil, a été lancé « émergences », recueil de douze nouvelles de littérature jeunesse issu du projet du même nom organisé par la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse. Ce projet est le pendant romanesque du désormais célèbre « voyage à Bologne » : un accompagnement de débutants dans le métier par des professionnels plus aguerris. En tant que marraine (parmi d’autres), j’ai pu conseiller plus particulièrement une autrice et un auteur avant de partager mon expérience avec l’ensemble des « émergents » le temps d’une après-midi d’octobre. Outre la publication du recueil, distribué gratuitement pendant toute la durée du salon et disponible également en langue anglaise, les douze lauréats ont rencontré des éditeurs dans le cadre de « speed-dating » littéraires organisés pendant le salon. J’ai eu des échos des deux côtés de la table : il semble que cela soit plein de promesses, de part et d’autre.
C’est inscrit dans l’ADN de la Charte, qui rassemble des auteurs et des illustrateurs pour la jeunesse depuis plus de quarante ans : la transmission ; l’union ; la réflexion commune ; la valorisation des singularités ; l’entraide ; le partage.
Et moi, j’aime le partage.

Coup de gueule
Traditionnellement, le ministre de la Culture se rend au salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil. Cette année, le nouveau nommé n’a pas daigné honorer le salon de sa présence, alors même que le monde de l’édition est chahuté par les rachats et autres regroupements, et que, du côté des auteurs et des autrices, on guette avec énormément d’inquiétudes les mesures gouvernementales qui promettent de tuer une profession que l’on refuse de considérer comme telle – avec le risque, en guise de dommage collatéral, de tuer le livre, déjà symboliquement enterré en juin dernier. Qu’il s’agisse d’un mépris ordinaire ou de l’ignorance de la nécessité de la lecture pour se construire, cette absence en dit long sur le rapport du gouvernement à la culture.

Sophie Adriansen est autrice.

Bibliographie jeunesse :

  • Papa est en bas, roman, Nathan (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Lise et les hirondelles, roman, Nathan (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Hors piste, roman, Slalom (2017).
  • Série Lucien et Hermine apprentis chevaliers, romans, Gulf Stream Éditeur (2017-2018).
  • Où est le renne au nez rouge ?, album illustré par Marta Orzel, Gulf Stream Éditeur (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • série Quart de frère quart de sœur, romans, Slalom (2017).
  • La vache de la brique de lait, album illustré par Mayana Itoïz, Frimousse (2017).
  • Les grandes jambes, roman, Slalom (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Max et les poissons, roman, Nathan (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Musiques diaboliques, roman, Nathan (2015).
  • La menace des fantômes, roman, Nathan (2015).
  • L’attaque des monstres animaux, roman, Nathan (2015).
  • Drôles d’époques !, roman, Nathan (2015).
  • Drôles de familles !, roman, Nathan (2014).
  • Le souffle de l’ange, roman, Nathan (2013).
  • J’ai passé l’âge de la colo !, roman, Éditions Volpilière (2012), que nous avons chroniqué ici.

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Les invitées du mercredi : Sandra Le Guen et Christine Roussey

Par 28 novembre 2018 Les invités du mercredi

Interview un peu spéciale aujourd’hui, car si Sandra Le Guen est une autrice jeunesse, c’est également quelqu’un que je connais bien ! J’avais envie de parler avec elle de son parcours, de son métier d’autrice, de ses inspirations… Ensuite, on ira se glisser dans l’atelier de l’autrice-illustratrice Christine Roussey. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Sandra Le Guen

Bon tout d’abord on ne va pas faire croire qu’on ne se connaît pas, on a fait des papiers communs (avec ton blog, Maman Baobab), donc on laisse de côté le vouvoiement, même si on reçoit aujourd’hui l’autrice, ok ?
Nous nous sommes même connus avant au sein du collectif À l’Ombre du grand arbre, il y a quelques années maintenant, laissons donc tomber le vouvoiement, d’autant qu’à mon avis nous ne l’avons jamais utilisé !

Peux-tu nous parler de À l’horizon qui vient de sortir chez Maison Eliza, de la genèse de l’album, de ce qui t’a inspirée ?
C’est l’histoire d’un personnage féminin, Moon, qui vit seule au bord de l’eau dans une petite maison entourée d’un jardin luxuriant. Elle évolue sereinement au plus près de la nature tout en se questionnant sur le monde, celui qui existe au-delà de l’horizon et vers lequel elle envoie ses bulles de savon. Un jour, une ombre apparait au large, sur la ligne d’horizon. Une personne s’approche d’elle en bateau. Sans se connaître, curieux l’un de l’autre, ils vont spontanément se faire confiance et partir ensemble vers une destination qui nous est inconnue.
Le livre se termine ainsi, juste avant ce qui pourrait être le commencement de la véritable histoire. Ce serait en quelque sorte l’installation, libre au lecteur d’imaginer la suite. Une suite qui composera avec la fantaisie de Moon et l’exotisme incarné par ce personnage à la peau bleue, une couleur qui n’est volontairement pas humaine. Le sujet est là pour moi, amené – je l’espère – avec délicatesse : l’ouverture aux autres, à l’inconnu, la rencontre, la confiance, la découverte de l’autre autour des points communs et des différences. À l’horizon traite aussi – sans le dire dans le texte mais j’ai demandé à Popy de le dessiner – d’égalité : peu importe leur sexe ou leur couleur de peau, les deux personnages rament ensemble avec la même force, dans un même élan vers leur avenir.
La genèse de l’album, c’est à la fois les bulles de savon que nous faisions avec mes enfants quand ils étaient plus petits. Leur tendance à les éclater venait parfois chatouiller ma tendance à les contempler. J’ai fait partir ces bulles bien plus loin grâce à cette histoire, elles deviennent les grandes voyageuses quand je ne peux pas être pour l’instant.

Je crois que ta collaboration avec Popy Matigot s’est tellement bien passée que vous sortez un nouvel album ensemble en janvier, c’est bien ça ? Peux-tu nous en parler ?
Effectivement, très vite après cette première collaboration, nous nous sommes remises au travail et le 2 janvier paraîtra notre second titre commun, Petite Pousse chez Sarbacane. C’est encore une histoire de rencontre autour d’un personnage féminin dont la vie va être bouleversée par l’arrivée de son premier enfant. C’est ce dernier qui, in utero, porte la narration. C’est un texte que j’ai écrit dans un souffle et regardant quelques années derrière moi et que Popy a illustré avec sa force, sa poigne, son énergie. Et comme jamais deux sans trois, enfin du coup quatre, nous travaillons actuellement sur deux autres projets.

Une mère qui a des poux, une femme qui fait des bulles de savon… elles sont très proches de l’enfance les femmes de tes histoires
C’est vrai pour Moon et pour la nouvelle mère de Petite Pousse qui entrent chacune à leur façon dans le monde des adultes. C’est un peu moins vrai pour les autres je crois. D’ailleurs beaucoup de femmes sont mères dans mes histoires. J’aime bien les embêter, en collant des poux à l’une par exemple (autobiographie ?) ou en faisant faire des abdos à une autre après avoir mangé du chocolat. Toutes ces fois-là, je me moque de moi. D’autres mères sont moins dans la compréhension de leur enfant et donc pour le coup vraiment en rupture avec l’enfance. C’est le cas de la maman qui gronde Guillerm dans L’Apachyderme, de celle d’Anaïs dans La couleur du vélo : au début de l’histoire, il y a un vrai problème de communication entre elles.

Tu as toujours écrit, avant d’avoir ton blog tu étais journaliste, mais depuis peu tu as donc cette casquette d’autrice jeunesse. Déjà j’aimerais savoir comment c’est venu et ensuite si justement tu vois ça comme une continuité dans ton écriture ou une chose totalement nouvelle.
Écrire des histoires pour les enfants n’est pas du tout venu spontanément. Quand je tenais mon blog autour de la littérature jeunesse, j’écrivais régulièrement de longues introductions à mes chroniques de livres. Elles mettaient en scène ma vie parentale, familiale, mon quotidien et m’ont donné goût à l’autofiction. Je savais que j’avais envie d’en faire quelque chose – quelque chose en l’occurrence c’était un roman – mais pas pour les enfants évidemment. Ces textes ont touché quelques-uns de mes lecteurs et parmi ces lecteurs, il y avait des illustrateurs, dont Marjorie Béal et Stéphane Nicolet. Ce sont eux qui m’ont invitée à leur écrire des textes pour les enfants, l’aventure éditoriale a ainsi commencé. Pas tout à fait avec eux dans un premier temps, mais nous cosignons plusieurs livres à venir, dont deux de mes prochains albums à paraître en 2019.
Entre le journalisme et l’écriture de fiction pour les enfants, c’est le grand écart. Mais dans ce grand écart, il y a eu les textes personnels que j’écrivais sur le blog Maman Baobab et qui m’ont conduite à l’écriture d’histoires. Alors avec quelques demi-tours, pas de côté, pointillés et encore quelques textes très sérieusement informatifs à mon actif, ah ben oui ! Il y a une continuité. Heureusement que tu m’as posé la question, je ne l’aurais pas vue sinon !

Où trouves-tu ton inspiration, qu’est-ce qui t’inspire ?
Ça c’est une question à laquelle je ne suis pas sûre de pouvoir bien répondre.
Il y a des sujets forts dont j’ai besoin de parler parce qu’ils me bouleversent – le deuil, la situation des réfugiés, les inégalités, par exemple. Je peux me saisir d’anecdotes, de remarques ou de questions de mes enfants tout comme des sujets d’actu qui me crispent et font émerger (j’ai failli écrire déborder) un texte, mais aussi très simplement des sensations, des petits bouts d’enfance…
Je suis très contemplative. Je regarde l’océan, les fruits se transformer en confiture, je fais du jardinage, je regarde les bestioles, et pendant ce temps mon cerveau se promène tout seul… j’ai aussi vécu de grandes douleurs, de grands moments de solitude, des nuits sans sommeil, ces états sont propices à l’émergence.
Assez simplement, il y a des situations. Je regarde aussi à travers mon appareil photo et ce pas de côté face à la réalité m’offre cet espace de création ou d’inspiration.
Un texte peut aussi naître avec la rencontre d’un illustrateur ou d’une illustratrice qui m’invite dans son univers en me proposant un personnage, des images. J’adore ce type de collaboration même si elles ne sont pas toujours évidentes.

Tu parles d’appareil photo, c’est vrai que j’ai oublié une de tes casquettes… Tu fais des photos magnifiques ! Tu n’aimerais pas faire un album où tes textes seraient illustrés par tes photos ?
Merci beaucoup ! C’est vrai que j’ai commencé à faire de la photo pour illustrer mes textes de… presse ! Et puis j’y ai pris goût et je n’ai fait ensuite que de la photo qui n’illustrait plus de texte. Mais je ne suis pas une technicienne, pour moi la photo, c’est avant tout un regard sur le monde, un instant saisi, une émotion qui passe, du flou, de la lumière. J’ai l’impression déjà d’avoir tout dit quand je fais une photo. D’ailleurs, je viens de monter une exposition photo pour tenter d’expliquer le processus de création de mes textes parce que je ne trouvais pas toujours bien les mots. Du coup, écrire sur mes photos et pour les enfants, je n’y suis pas, j’ai l’impression que les images sont déjà trop pleines de moi, écrire dessus serait redondant. Par contre, proposer douze ou seize photos à autant d’auteurs qui porteront un tout autre regard que le mien, pourquoi pas ?

Qui sont tes premiers lecteurs ?
Tout dépend des textes. Ma plus fidèle lectrice – et la plus impitoyable (parce que c’est ce qui est important, il faut dire) – c’est ma fille. Du haut de ses neuf ans, elle lit par-dessus mon épaule, me demande des suites – « comment ça le chapitre n’est pas fini ? » « Heu, non, mais j’ai fait la vaisselle » – va chiper les impressions dans l’imprimante ou sur mon bureau, se plonger dans mes carnets, récupérer mes ratés dans la poubelle. Pour elle, peu importe s’il s’agit d’un album ou d’un morceau de roman, elle met en image facilement et va très vite mettre le doigt là où ça fait mal.
En général tout de même, pour les albums, mes premiers lecteurs sont mes binômes illustratrices – illustrateurs. Parfois directement les éditeurs ou éditrices quand je soumets un texte sans illustration. Quand les croquis arrivent, je montre à mon fils pour voir si cela fonctionne, il m’arrive aussi de tester une histoire lors d’une rencontre avec une classe. Pour les romans, je fais relire à mes proches. J’ai aussi écrit un roman l’année dernière dans le cadre du Feuilleton des Incos. Mes premiers lecteurs étaient donc une arène de dizaines de Cm2-6e exigeants. Le rythme était intense, et j’étais encore plus tendue de recevoir leurs retours sur le texte que ceux d’un éditeur, même si je n’ai pas toujours pris en compte leur avis, c’était intéressant d’avoir ce regard sur un travail en cours d’écriture.

Tu lis toujours autant de littérature jeunesse ? N’as-tu pas peur d’être influencée (d’une façon ou d’une autre) par tes lectures ?
Je lis moins beaucoup moins d’albums que quand j’en chroniquais une cinquantaine par mois, c’est sûr. Je crois qu’on est forcément, d’une manière ou d’une autre, influencé par nos lectures, celles d’aujourd’hui, celles de notre adolescence, de notre enfance qui ont forgé notre regard sur le monde. Mais tout comme on est influencé par les musiques, les films… Par exemple, j’ai été influencée par Irène de Thomas Fersen pour écrire L’Apachyderme, les deux univers sont très éloignés… Je crois que ce n’est pas une crainte alors. Si nous sommes plusieurs à traiter du même sujet, nous le traiterons de la même manière. Je laisse dans chacun de mes albums un petit morceau de moi, un bout de vrai (plus ou moins grand) et j’écris avec ma musique, mon flow en quelque sorte. D’ailleurs j’écris à voix haute et j’aime bien faire lire l’histoire à voix haute avant de la transmettre pour écouter si je retrouve cette musicalité, quand elle y est même dans la bouche de quelqu’un d’autre, je me dis que j’ai peut-être réussi à faire un quelque chose de singulier.

Quelles étaient tes lectures d’enfant, d’adolescente ?
Elles sont très nombreuses, j’étais une grande lectrice et les livres m’ont beaucoup marquée. Enfant, j’ai lu (et relu et rerelu) plutôt des romans comme ceux de La comtesse de Ségur ou encore Fantômette, Zozo la tornade, le petit Nicolas, Charlie et la Chocolaterie, Croc Blanc, Le Castor grog et sa tribu, Le club des cinq, Alice, Les jeunes filles en blanc…
Au collège, j’ai fait le grand écart entre des romans comme E=MC2 mon amour de Patrick Cauvin et Un sac de billes. J’ai lu des romans très « optimistes » qui m’ont donné un merveilleux regard sur le monde comme Le Journal d’Anne Franck, L’arbre de Noël – une histoire terrible où le môme meurt d’un cancer à Noël – et Sa majesté des mouches de Golding. J’ai lu un tas de livre sur les guerres, passant d’Erich Maria Remarque à Régine Deforges, j’étais à la fois terrifiée par les contenus et fascinée par l’écriture, les récits. En y pensant, je me demande si, quand elles ne sont pas humoristiques, c’est peut-être pour cela qu’il y a de la douceur dans mes histoires, même celles qui traitent de sujets difficiles…
En 4e -3e, j’ai découvert Zola en même temps que Pennac et ses Malaussène, double coup de foudre, encore un grand écart, j’ai tout avalé et je lisais ensuite Pennac à parution. Au lycée, j’oscillais entre Shakespeare et Orwell, Bradbury, kafka… Bon j’ai fini par faire des études de Lettres Modernes pour lire encore plus et que ce temps consacré soit socialement acceptable. Et ce n’est qu’adulte que je suis retombée dans la marmite de la littérature jeunesse, avec avidité.

En janvier on va donc découvrir Petite Pousse chez Sarbacane, mais tu as d’autres livres à sortir ?
Oui j’ai la chance d’avoir plusieurs parutions programmées en 2019, notamment :
– en mars Les pieds en éventail, un album pour les tout-petits avec Marjorie Béal chez Les P’tits Bérets ;
– en avril Refuge avec Stéphane Nicolet chez Les P’tits Bérets raconte la rencontre de deux petites filles qui vont devenir amies, malgré les frontières, les langues, les parcours, grâce à une passion commune.
– au printemps Correspondances une histoire d’ours, encore une rencontre, pour laquelle je retrouve Thanh Portal.
– en juin Taxi-Baleine avec Mauréen Poignonec chez Little Urban, une histoire poétique où j’aborde une nouvelle fois de la famille, cette fois-ci sous l’angle de la fratrie.

Bibliographie :

  • Petite Pousse, album illustré par Popy Matigot, Sarbacane (à paraître en janvier 2018).
  • À l’horizon, album illustré par Popy Matigot, Maison Eliza (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • L’enfant de la pluie, roman co-écrit avec Pog, illustré par Juliette Barbanegre, Frimousse (2018).
  • Maman a des poux, album illustré par Csil, Frimousse (2018).
  • Confettis confettis, album illustré par Marjorie Béal, Le Grand Jardin (2018).
  • La couleur du vélo, roman illustré par Thanh Portal, La Palissade (2017).
  • Le nid, album illustré par Coralie Saudo, Les Minots (2017).
  • L’Apachyderme, album illustré par Thanh Portal, La Palissade (2016).

Retrouvez Sandra Le Guen sur son site : http://sandraleguen.blogspot.com.


Quand je crée… Christine Roussey

Le processus de création est quelque chose d’étrange pour les gens qui ne sont pas créateur·trice·s eux-mêmes. Comment viennent les idées ? Et est-ce que les auteur·trice·s peuvent écrire dans le métro ? Les illustrateur·trice·s, dessiner dans leur salon devant la télé ? Peut-on créer avec des enfants qui courent à côté ? Faut-il de la musique ou du silence complet ? Régulièrement, nous demandons à des auteur·trice·s et/ou illustrateur·trice·s que nous aimons de nous parler de comment et où ils·elles créent. Cette semaine, c’est Christine Roussey qui nous parle de quand elle crée.

Quand je crée.

Allez, je me lance !

Ma journée commence entre 9 h 30 et 10 heures, après avoir déposé mes minis à l’école et chez la nounou !
Un petit thé avec les copains de l’atelier et c’est parti !
Il est 17 h 30 et je rentre chez moi !


En vrai, si je dois écrire je m’isole dans un silence total et je déroule les fils. En général j’ai noté des bouts de phrases dans mon cahier, mon téléphone, etc., quand j’écris une histoire elle m’habite pendant plusieurs mois entre l’idée de début et le texte final.
Je l’emmène partout avec moi (vu que j’emmène ma tête partout… en général).
Parfois les mots coulent tout seuls tellement ils ont macéré longtemps en moi, parfois ça coince. Alors j’arrête et je passe à autre chose. Je veux que les choses soient fluides. J’aimerais faire comme l’a conseillé Hemingway à Roald Dahl, refermer mon ordi quand j’ai mon idée mais je suis une grosse inquiète alors quand j’ai mon idée je fonce et j’arrête quand ça coince, Hemingway disait que c’était aller au-devant de gros soucis….. Mais j’ai tellement peur de perdre l’élan que je ne peux pas me résoudre à arrêter quand l’idée est là tout en fleur.

Quand je dessine, il y a plusieurs temps, celui de la recherche personnelle, le travail de dessin « d’entretien », là c’est comme une boum avec moi-même, musique à fond, gros bordel sur mon bureau, et alors je laisse tout arriver ! J’aime cette idée chère aux « COBRA », qu’il faut retrouver son énergie d’enfant quand on dessine pour revenir à l’essence de ce qu’on est, et aussi créer dans la joie et le plaisir de faire sans but ! C’est difficile de se débarrasser de tout ce qu’on a appris mais il me semble que c’est essentiel pour continuer à avancer, à chercher, à découvrir. Alors voilà plusieurs fois par mois je dessine pour moi, pour rien et c’est souvent dans ces moments que naissent de nouvelles images et de nouvelles idées qui serviront ou pas pour mes projets futurs.

Il y a un autre temps, celui des recherches pour les albums. Le temps de recherche des personnages et de l’univers est proche de celui du temps de dessin pour moi. Je laisse tout venir, les couleurs, les personnages, dans un joyeux mélange pas du tout organisé nait la colonne vertébrale du projet à venir.
Ensuite quand je travaille les illustrations page à page dans un chemin de fer, c’est très silencieux et je suis très concentrée. Je dois être tout entière plongée dans les mots et l’enchainement des pages.
Parfois j’ai aussi noté des idées d’images sur mon cahier ou dans mon téléphone. Parce que le travail ne s’arrête pas aux portes de l’atelier rapport avec ma tête que je trimballe partout ;-).

Vient un autre temps qui est très agréable c’est la réalisation des images définitives, là j’écoute des émissions de radios, et je peux me souvenir de l’émission que j’écoutais pour telle ou telle image. Dans ce temps-là c’est comme si ma main dessinait sans avoir besoin de ma tête c’est très agréable après avoir été complètement habitée et concentrée sur les crayonnés et l’écriture.

Le dernier temps c’est le temps des adieux… J’emballe mes originaux et je les prépare à l’envoi chez mon éditeur. C’est un temps hyper émouvant, où on voit une dernière fois les planches toutes ensemble avant qu’elles deviennent l’album.
Et puis il faut dire au revoir aux personnages avec lesquels on a vécu de longs mois, partout, tout le temps ! C’est à ce moment je crois que le livre ne m’appartient plus, il va partir rencontrer ses lecteurs, il s’envole !

Il y a un temps hyper important pour moi qui fait aussi partie du processus de créations mais de manière indirecte, c’est le temps de rencontre avec les lecteurs !
Partager ce que l’on a couvé, et fabriqué du plus profond de nous avec des lecteurs c’est comme quand les invités se mettent à table quand on a passé l’après-midi à cuisiner ! On est heureux, impatient et un peu intimidé. C’est un grand temps de joie qui donne énormément de sens à mon travail. Lors de ces rencontres j’aime les questions, les grands yeux ouverts et l’attitude des petits lecteurs. Et c’est souvent pendant ces moments-là que l’envie de raconter une nouvelle histoire jaillit.

Je crois que c’est tout !

Sinon dans mes journées il y a aussi des litres de thé, des chansons ringardes, des heures de discussions sur la vie avec mes collocs d’atelier, des images sur les réseaux, des coups de fil avec mon éditrice, des grosses colères, des larmes de joie et de tristesse, des « oh putain c’est l’heure des enfants », et des fous rires… vachement !

Salut tout le monde j’y retourne, j’ai un cochon d’Inde sur le feu !!

Christine Roussey est autrice et illustratrice.

Bibliographie sélective :

  • Sous mon arbre, illustration d’un texte de Jo Witek, De la Martinière Jeunesse (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Le manchot qui en avait marre d’être pris pour un pingouin, illustration d’un texte de Nicolas Digard, Nathan (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Allez, au nid !, illustration d’un texte de Jo Witek, De la Martinière Jeunesse (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Dans mon potager automne, illustration de textes d’Alain Ducasse, Ducasse édition (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Mes petits cadeaux, illustration d’un texte de Jo Witek, De la Martinière Jeunesse (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • L’album de mon bébé, textes et illustrations, De La Martinière Jeunesse (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Mon lapin patate, texte et illustrations, De La Martinière Jeunesse (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Crotte !, illustration d’un texte de Davide Cali, Nathan (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Ma petite chambre, illustration d’un texte de Jo Witek, De la Martinière Jeunesse (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Mon chat boudin, texte et illustrations, De la Martinière Jeunesse (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Mes petites peurs, illustration d’un texte de Jo Witek, De la Martinière Jeunesse (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Mon chien qui pue, texte et illustrations, De la Martinière Jeunesse (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Ma boîte à petits bonheurs, illustration d’un texte de Jo Witek, De la Martinière Jeunesse (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Wilo et Mi, la légende de La Grise, illustration d’un texte de Séverine Vidal, L’élan vert (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Dans mon petit cœur, illustration d’un texte de Jo Witek, De la martinière Jeunesse (2013).
  • Les bras de papa, rien que pour moi, illustration d’un texte de Jo Witek, De la martinière Jeunesse (2012).
  • Les cocottes à histoires, illustration de textes d’Agnès de Lestrade, Milan (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • Toi dedans, moi devant : Le ventre de maman, illustration d’un texte de Jo Witek, De la martinière Jeunesse (2011), que nous avons chroniqué ici.

Le site de Christine Roussey : http://www.christineroussey.com.

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Les invité·e·s du mercredi : Stéphane Kiehl et Anaïs Massini

Par 21 novembre 2018 Les invités du mercredi

Cette semaine, je vous propose une interview de l’auteur-illustrateur Stéphane Kiehl qui vient de sortir une super série pour les tout-petits chez Actes Sud. Puis nous partons en vacances avec l’autrice et illustratrice Anaïs Massini. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Stéphane Kiehl

Racontez-nous votre parcours
Je suis né avec l’accent alsacien, puis diplômé de l’école des Beaux Arts de Nancy où j’ai passé 5 ans. Je deviens illustrateur en 1999 quand je fais mes premières illustrations pour la presse et deviens auteur à la sortie de mon premier album « Y a un truc » paru aux éditions du Rouergue en 2001. Depuis j’entretiens une relation étroite entre mon travail pour la presse et pour l’édition qui m’a amené à travailler pour de nombreux autres projets.

Pouvez-vous nous parler de votre série de livres cartonnés éditée Actes Sud Junior
Simple, pourrait résumer cette série de 4 livres pour les petits. Chacun développe un concept d’apprentissage lié à la petite enfance, l’objet, le nombre, le temps et l’espace. Tous deviennent histoire et sont illustrés par une bande d’animaux tendres qui vivent ensemble sur fond blanc. La mise en situation de chacun d’eux se fait exclusivement par le cadrage, ce sont toujours les mêmes dessins c’est l’intention qui change.

Quelles techniques d’illustrations utilisez-vous ?
Je dessine, je compose sur ordinateur. Je n’ai pas de technique de prédilection, c’est le projet qui dicte mes envies. Un trait à la main s’impose, parfois une forme numérique, parfois une photo, mais toujours au service du projet.

Où trouvez-vous votre inspiration ?
Mes sources d’inspirations sont très urbaines souvent liées à mon univers au quotidien, parfois c’est le contraire. Le présent et le lieu dans lequel je travaille ont leur importance. Mais c’est plutôt mes rêveries qui dictent mes idées.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescent ?
J’ai très peu lu quand j’étais enfant. C’est par le cinéma que je suis passé à la lecture à la fin de mon adolescence.

Il y a-t-il des illustrateurs et des illustratrices dont le travail vous touche ou vous inspire ?
J’ai beaucoup d’estime pour le travail de Paul Cox, il a su trouver le bon équilibre entre l’expérimentation et une certaine réalité du travail, sans se soucier de la cohérence de style. J’ai eu la chance de faire une exposition avec lui en 2016 à la galerie des enfants du Centre Pompidou et de partager sa grande sensibilité. J’aime également Katsumi Komagata pour son efficacité et la beauté poétique de chacun de ses ouvrages.

Sur quoi travaillez-vous actuellement ?
Une gamme de produits dérivés va sortir cet automne pour les boutiques du Centre Pompidou autour de l’architecture du Centre. Quelques projets de livres sont en route pour 2019, un imagier sans thème avec une scénarisation particulière, un album avec une vraie histoire, dans un univers très vert, et d’autres propositions, matières à réflexion, nouveaux paris, légers ou plus profonds.

Bibliographie sélective :

  • Derrière l’écran, illustration d’un texte Réjane Hamus-Vallée, Actes Sud Junior (2017).
  • Copains, Chauve-souris, Oeuf dix et Bonjour et Bonne nuit !, texte et illustrations, Actes Sud Junior (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • La vie en typo, illustration d’un texte de Céline Delavaux, Actes Sud junior (2017).
  • Léon l’extra petit terrestre, illustration d’un texte de Jo Witek, La Martinière jeunesse (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • La guerre secrète des microbes, illustration d’un texte de Florence Pinaud, Actes Sud junior (2016).
  • La vie en design, illustration d’un texte de Céline Delavaux, Actes Sud junior (2015).
  • Mon amie Carla, texte et illustrations, Autrement Jeunesse (2010).
  • Grand joueur, texte et illustrations, Autrement Jeunesse (2008).
  • Football club, texte et illustrations, Autrement Jeunesse (2008).
  • Vos enfants et l’argent, illustration d’un texte de Juliette Salin, Autrement Jeunesse (2008).
  • Y’a un truc !, texte et illustrations, Rouergue (2001).


En vacances avec… Anaïs Massini

Régulièrement, nous partons en vacances avec un·e artiste. Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais moi j’adore partir comme ça avec quelqu’un, on apprend à la·le connaître notamment par rapport à ses goûts… cet·te artiste va donc profiter de ce voyage pour nous faire découvrir des choses. On emporte ce qu’elle·il veut me faire découvrir. On ne se charge pas trop… Des livres, de la musique, des films… sur la route on parlera aussi de 5 artistes qu’il·elle veut me présenter et c’est elle·lui qui choisit où l’on va… 5 destinations de son choix. Cette fois-ci, c’est avec Anaïs Massini que nous partons ! Allez, en route !

5 albums jeunesse (très dure sélection… non exhaustive) :

  • mon préféré de tous les temps, celui qui a marqué mon enfance et auquel je m’identifie encore complètement : La petite géante de Philippe Dumas.
  • Boréal Express de Chris Van Allsburg, émotion intacte depuis plus de 30 ans.
  • Rhino des villes de Gaëtan Dorémus, un livre de photos et d’illustrations qui raconte la ville, le regard, le déplacement, d’une poésie infinie et toujours renouvelée.
  • Le voyage d’Ignacio d’Anne Cortey et Vincent Bourgeau, on pourra me soupçonner de sponsoriser mes amis (j’ai publié 4 albums avec Anne, fait mes études avec Gaëtan et partagé un atelier avec Vincent), mais ce livre aborde la complexité de l’amitié à travers une histoire très bien amenée et ficelée avec rare justesse.
  • Attention au départ d’Élisabeth Corblin, c’est le premier livre de cette auteure-illustratrice dont j’ai la chance d’avoir fait connaissance alors qu’elle était étudiante, autant dire comme j’étais impatiente ! Élisabeth a un sens de l’écriture comme du dessin particulièrement fin, détaillé mais léger, teinté d’un humour presque british. Et l’album vient de paraître aux très intéressantes et exigeantes Éditions Biscoto. Un petit monde à suivre de près !

5 romans :

  • Les demeurées de Jeanne Benameur
  • Le gang de la clé à molette d’Edward Abbey
  • Le livre de Dina d’Herbjørg Wassmo
  • Terre des oublis de Dương Thu Hương
  • L’or de Blaise Cendrars

5 DVD :

  • La dernière séance de Peter Bogdanovich
  • My architect de Nathaniel Kahn
  • Bigamie d’Ida Lupino (et tous ses films (j’aimerais tous les voir…) en tant qu’actrice ou réalisatrice, elle est géniale !)
  • Mr Smith au sénat de Frank Capra
  • Un portrait de Baudouin de Lætitia Carton

5 CD :

  • 6 feet beneath the moon par King Krule
  • To the east par Electrelane
  • Itinéraire par le Quatuor Voce
  • 6 concertos brandebourgeois, de J.S.Bach, dirigés par Otto Klemperer
  • Teresa Berganza sings Villa-Lobos, Braga, Guastavino, T.Berganza a une voix merveilleusement joyeuse et chaleureuse, notamment sur ce disque

5 artistes :

5 lieux (la demande la plus difficile !) :

je n’ai pas de lieux en particulier à faire découvrir, ou alors des lieux secrets…
mais je suis amoureuse des longs trajets en train, du temps et de la beauté qu’ils offrent.
Je fuis le TGV !
Autour de chez moi, je recommande :

  • La ligne de TER/ou intercité Clermont-Aurillac-Toulouse, fascinante par sa richesse et variété des paysages traversés.
  • La ligne de TER/ou intercité Béziers-Neussargues-Clermont, juste époustouflante par sa traversée de paysages désertiques et désertés, elle passe sur le viaduc de Garabit (un monument !)
  • La petite ligne de TER Aurillac-Brive remonte une rivière et des gorges étroites, complètement dingue, on a l’impression d’avancer en train dans la forêt.
  • La ligne Rodez-Brive, descente du Lot et traversée du Quercy, avec un plat du jour au buffet de la gare de Brive.
  • et enfin, un lieu fixe qui défie le temps : le tympan de l’abbatiale de Conques, une merveille de l’art roman devant lequel je peux rester des heures (avec une glace l’été après 18 h quand le flot de touristes est parti = perfection)

Anaïs Massini est autrice et illustratrice.

Bibliographie sélective :

  • Chapacha, texte et illustrations, Thierry Magnier (2018).
  • Le souffle de l’été, illustration d’un texte d’Anne Cortey, Grasset jeunesse (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Les petits jours de Kimi et Shiro, illustration d’un texte d’Anne Cortey, éditions Grasset jeunesse (2015).
  • Composition familiale, éditions de l’Épicerie de l’orage (2014).
  • Nuit d’hiver, illustration d’un texte d’Anne Cortey, Autrement jeunesse (2012).
  • Dans la maison de Poupée, texte et illustrations, Autrement jeunesse (2011).
  • Les ailes d’Anna, illustration d’un texte d’Anne Cortey, Autrement jeunesse (2009).
  • Hurlovent, d’après un texte d’Heinrich Hannover, De La Martinière jeunesse (2000).
  • On a un monstre dans la classe, illustration d’un texte de Gudule, Nathan (1999).

 

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Les invité·e·s du mercredi : Gaya Wisniewski, Régis Lejonc et Julia Wauters

Par 14 novembre 2018 Les invités du mercredi

Il y a peu je vous ai parlé de Mon bison, que j’ai beaucoup aimé. j’ai donc voulu en savoir plus sur son autrice, Gaya Wisniewski. Elle a accepté de répondre à mes questions. Ensuite, c’est à une nouvelle question bête, que Régis Lejonc et Julia Wauters ont bien voulu répondre : « Est-ce qu’il faut avoir lu un roman pour faire la couv’ et comment on choisit ce qu’on mettra sur la couv’ ? » Bon mercredi à vous.


L’interview du mercredi : Gaya Wisniewski

Parlez-nous de votre parcours
Je suis née dans les crayons et papiers puisque j’ai deux parents artistes. Dessiner a toujours été mon moyen d’expression.
J’ai terminé mes deux dernières années de secondaire dans l’option art plastique à L’institut Saint-Luc à Bruxelles et poursuivi à Saint-Luc en Illustration.
Ensuite j’ai fait un CAP (certificat d’aptitude pédagogique) pour pouvoir enseigner le dessin.
Et pendant douze ans, j’ai donné des cours de composition, couleur, dessin, volume… à l’institut Saint-Luc Bruxelles à des adolescents entre 15 et 19 ans.
À côté de mon travail, je réalisais des expos, des marchés de créateurs. J’ai aussi eu quelques contacts avec des maisons d’édition mais cela n’a jamais abouti.
J’adorais enseigner aux ados mais en parallèle j’étais attirée par le monde de l’enfance, j’ai alors combiné l’enseignement à Saint-Luc avec celui d’animatrice d’atelier au Wolf (Maison de la littérature de jeunesse).
Là j’étais baignée dans les livres jeunesse et mon envie de raconter des histoires n’a fait que croître…

Vous venez de sortir Mon bison chez MeMo, parlez-nous de cet album, comment il est né, comment vous avez travaillé sur ce projet.
C’est dans le Gers, lors d’un « Festival de l’illustration » à Sarrant que tout a commencé.
Je m’étais inscrite à l’atelier de Joanna Concejo, dont j’admirais le travail.
Elle nous a parlé de sa façon d’aborder la réalisation d’un livre et nous a montré ses carnets de recherches.
Ce fut un très beau moment de partage. De ce stage, je garde cette sensation : elle a mis une clef dans mon dos, tourné et tout débloqué.
Je suis rentrée à la maison et j’ai repensé à cette façon de ne pas aborder spécialement le texte en premier (ce qui me bloquait depuis tant d’années). On m’avait appris à d’abord réfléchir à la mise en page, la place du texte…
Et ici pour Mon bison, j’ai juste dessiné ce que j’avais depuis longtemps en moi…
L’image d’un bison, peut être dû à mes origines slaves. 🙂
J’ai choisi le fusain, une technique que j’affectionne particulièrement.
Pendant des semaines, j’ai dessiné, dessiné mon bison, les visions que j’avais avec lui, les sensations d’enfant, les souvenirs…
Et puis j’ai mis tout bout à bout et lors d’une discussion avec mon compagnon, toute l’histoire m’est apparue. Je parlais effectivement de la mort mais pour moi cela allait plus loin. C’était plus ce sentiment de devoir laisser partir les petites choses qui nous font grandir.
Accepter les changements, et se souvenir de ce que cela nous a apporté.
J’ai ensuite écrit l’histoire, à la première personne car mon bison est là depuis longtemps, j’aime à penser que c’est celui qui veille sur les bons moments qui ne sont pas encore arrivés.

Pour un premier album, il a eu un bel accueil de la part de la presse et des libraires.
On est toujours très heureux quand quelque chose de personnel touche les autres.
Ce qui me touche moi c’est la manière dont les gens s’approprient l’histoire, ils me racontent ce que ça leur fait. Ça me touche énormément : quand une dame m’a dit qu’elle l’avait offert à sa maman pour lui dire qu’elle l’aimait, quand une petite fille me dit : il a l’air doux le bison, quand j’ai vu une personne très sérieuse avoir les larmes aux yeux à la fin de la lecture…
J’ai vraiment eu une belle rencontre avec MeMo, ils ont pris mon album « tout entier » sans jamais me demander de donner un nom à mon bison. Trouver un éditeur n’est pas facile, j’avais envoyé Mon bison à 19 maisons d’édition. Il faut croire en ses rêves. 🙂

J’aimerais que vous nous parliez de votre technique d’illustration
Il y a du fusain, je l’emploie de manières différentes, j’étale et je dessine les lumières avec la gomme, je redéfinis les contours avec la pointe du fusain, j’effleure juste le papier avec la tranche du fusain… pour finir, je rehausse les blancs avec un « posca » blanc.
Et pour ce qui est de la couleur, c’est de l’aquarelle.

Est-ce que vous imaginez illustrer les mots des autres ou vous ne souhaitez faire que des projets en tant qu’autrice-illustratrice ?
Pour l’instant MeMo me permet de partager tout mon univers, illustration et histoires ce qui est une grande chance dans la création. Mais les belles rencontres peuvent amener à partager des univers, alors peut être un jour…

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Richard Scarry, j’adore son monde et je relis ses albums avec plaisir à mes deux petits garçons. Béatrix Potter, les livres magiques de J.S Goodall, Tove Jansson avec les adorables Moumines, et un de mes livres préférés La famille petitplats de Alan et Janet Ahlberg.
Adolescente je ne lisais pratiquement pas. Juste les livres obligatoires pour l’école. Mais un jour ma marraine m’a offert Mon bel oranger de José Mauro de Vasconcelos. J’ai terminé le livre en pleurs, cela m’a fort marqué.

Quels sont les auteur·trice·s et les illustrateur·trice·s dont le travail vous touche particulièrement aujourd’hui ?
Joanna Concejo tout son travail au crayon est superbe et ses atmosphères me parlent, Anne Brouillard (elle possède une magnifique technique), Axel Scheffler, Inga Moore (Le vent dans les Saules et La maison au fond des bois sont deux de mes livres fétiches), les livres de Chiaki et Ko Okada (je prends souvent le temps de me replonger dans C’est toi le printemps ?), Shaun Tan j’adore autant ses dessins que ses histoires remplies de poésie. Et puis je suis une grande fan de pop-up… donc les livres de Louis Rigaud et Anouck Boisrobert sont à portée de main dans la bibliothèque.

Quelques mots sur vos projets ? D’autres albums à sortir ?
Ma rencontre avec MeMo, m’a apporté beaucoup de confiance dans l’écriture de mes histoires. On a beaucoup d’échanges sur mon univers, leurs envies de livres avec mes histoires… Et un autre livre sortira en 2019. Technique différente, plus coloré.
L’histoire est toujours personnelle mais il y aura de l’aventure… et de la neige !

Bibliographie :

  • Mon bison, texte et illustrations, MeMo (2018), que nous avons chroniqué ici.


Ma question est peut-être bête, mais…

Régulièrement, on osera poser une question qui peut sembler un peu bête (mais l’est-elle vraiment ?) à des auteur·trice·s, illustrateur·trice·s, éditeur·trice·s… Histoire de répondre à des questions que tout le monde se pose ou de tordre le cou à des idées reçues. Cette fois-ci, j’ai demandé à Régis Lejonc et Julia Wauters « Est-ce qu’il faut avoir lu un roman pour faire la couv’ et comment on choisit ce qu’on mettra sur la couv’ ?». Je vous propose de lire leurs réponses. Si vous avez des questions bêtes, n’hésitez pas à nous les proposer !

Régis Lejonc (illustrateur):
Pour illustrer la couverture d’un roman, il n’est pas obligatoire de lire le roman. C’est toujours mieux bien sûr parce qu’en le faisant on se fabrique des images qui serviront la représentation graphique des personnages et de l’ambiance générale de l’histoire.
J’ai illustré récemment les couvertures de deux romans : Les larmes des Avalombres d’Alexandre Chardin aux éditions Magnard, et la ré-édition de la trilogie rassemblée sous le titre Malo de Lange de Marie-Aude Murail aux éditions École des Loisirs.
Pour Les larmes des Avalombres j’ai lu intégralement le roman en amont des réalisations des illustrations. L’intérieur du livre est également illustré. Cela m’a permis de me plonger en profondeur dans l’ambiance très particulière de ce récit fantastique. C’était absolument obligatoire de faire ainsi.
Pour Malo de Lange, j’ai parlé avec Marie-Aude Murail de la vision qu’elle avait des personnages, comment elle se les figurait afin d’approcher au plus près de sa vision à elle, plutôt que de mon interprétation. Lire l’ensemble n’était pas nécessaire dans ce cas particulier.
Dans les deux cas, ce qui importe le plus est d’être au plus proche des intentions de l’auteur du roman.
C’est totalement différent de l’album où la vision, l’interprétation de l’illustrateur sont souhaitées. L’image y prenant une plus grande place aussi sur l’ensemble narratif.

Julia Wauters (illustratrice):
Si vous m’aviez posé cette question il y a dix ans, j’aurais affirmé sans l’ombre d’une hésitation : « évidemment qu’il faut avoir lu le livre pour en faire la couverture ! »
Mais après quelques années passées à en faire, force est de constater que délais oblige, ça n’est pas toujours ce qui se passe réellement : traduction pas encore prête, texte encore en correction, ou juste transmis trop peu de temps avant de devoir rendre la première esquisse pour les représentants.
Quand le texte est très court bien sûr, pour des premiers romans, je le lis toujours.
Et quand je l’ai, même si le texte est long et que la lecture sur ordi n’est pas la plus agréable, je lis souvent au moins une bonne partie… mais je l’avoue, c’est plus parce que lire est une de mes activités favorites que parce que c’est absolument nécessaire.
C’est toujours génial de « lire » pour son travail, surtout un texte auquel très peu de personnes ont eu accès puisqu’il n’est pas encore publié : je ne me lasse pas de ce privilège… et puis comme on a rarement d’échange avec l’auteur ou l’autrice du texte, je trouve que prendre contact avec ses mots est un devoir minimum.

Mais en vérité, je crois qu’une fiche de lecture intelligente faite par un bon éditeur·trice est parfois bien suffisante :
Pour faire une couverture, il nous faut les bons ingrédients : le genre, le contexte, des mots clefs sur le fond et la forme (ambiances, objets, accessoires importants, paysage emblématique)… Et puis un titre définitif avec lequel on va jouer visuellement. Nul besoin de répéter ce que dit le titre mais on va chercher à le compléter ou au contraire brouiller les pistes, à le rendre plus ambigu.
Il m’est arrivé une seule fois de travailler sur une couverture qui a complètement changé de titre en cours de route : le dessin est reparti à zéro aussi, forcément.
Je travaille pour des collections ou des séries : il y a donc aussi, préexistant au texte un principe visuel :
Pour les Héroïques chez Talents hauts, la directrice de collection (Jessie Magana) me fait parvenir une fiche détaillée avec résumé, extraits, citations, pistes visuelles, c’est toujours très bien fait, on y sent l’amour du texte, le respect de son auteur·trice. Cette série de couvertures que je réalise (avec Marie Rébulard à la direction artistique) est volontairement à la limite de l’abstraction. Il s’agit plus d’ambiances colorées, de matières qui évoquent un paysage, un contexte et si l’on peut une tension dramatique : un bout de tissu rouge coincé dans les rames du tram, une mer agitée, l’ombre d’un aigle sur un sol rocailleux…
Pour les mini romans de Syros, première commande (il y a 10 ans !) que je poursuis toujours, il n’y a jamais de décor : que des personnages. L’attention sera surtout sur leurs expressions, la position du corps et un élément qui va suggérer le contexte. Avec en 4e toujours, un petit détail compréhensible seulement à la lecture du livre.
Pour la série des cousins Karlsson, chez Thierry Magnier, une des contraintes est de représenter les quatre cousins à chaque fois en couverture ce qui peut être un casse-tête dans un petit format comme celui-là. On est plus ici dans l’illustration d’une scène extraite du livre et ça n’est pas forcément ce que je préfère mais cela se comprend pour cette série qui tient vraiment sur l’identification à ces quatre personnages aux personnalités très différentes.
Ce qui m’amuse le plus en fait, c’est lorsque la composition se fait graphique, que titre et dessin ne font plus qu’un, que typographie et dessins sont entremêlés et que la couverture soit riche de signes mais mystérieuse. Voire qu’on puisse la regarder d’un nouvel œil après la lecture du roman, comme si désormais on avait la clef pour la comprendre entièrement. Mais avant cela, il faut attirer l’œil sur une table de librairie, donner envie d’ouvrir le livre ! Comme pour l’affiche d’un évènement, on a envie de rassembler le plus de personnes.
Pour moi, les couvertures de l’éditeur anglais Penguin sont un modèle en la matière (et ce, depuis longtemps), elles ont la force des bonnes affiches.
En France, les éditions Toussaint Louverture, le Tripode et le Nouvel Attila portent une attention particulière à l’objet livre aussi : toujours des couvertures intéressantes, très différentes à chaque fois mais reconnaissables à leur exigence graphique. Le travail des éditions Zulma aussi, avec ses couvertures en motifs (dessinées par David Pearson à chaque fois) me séduit depuis le début, c’est à la fois pointu et intemporel, évocateur et mystérieux.
Et la jeunesse n’est pas en reste : Les éditions Hélium livrent souvent des couvertures hyper fortes : j’adore celle d’Olivier Charpentier pour Bird (Crystal Chan) ou celle de Gérard Lo Monaco pour Une tribu dans la nuit (Glenda Millard) pour ne citer qu’eux. Toute les couvertures de la collection En voiture Simone chez Thierry Magnier avec ses couleurs vives et ses illustrations fourmillantes sont réussies, la nouvelle collection Grande polynie chez memo est une merveille (mention spéciale pour Milly Vodovic de Nastasia Rugani illustré par Jeanne Macaigne)… et beaucoup d’autres qu’il serait trop long de citer.
Il m’est arrivé d’acheter un livre pour sa couverture, sans avoir entendu parler ni du texte ni de l’auteur·trice. C’est à mon sens le signe ultime d’une couverture réussie !

Bibliographie sélective de Régis Lejonc :

  • Oddvin, le prince qui vivait dans deux mondes, illustration d’un texte de Franck Prévot, HongFei (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Le Jardin du Dedans-Dehors, illustration d’un texte de Chiara Mezzalana, Les éditions des éléphants (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Tu seras ma princesse, illustration d’un texte de Marcus Malte, Sarbacane (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Bagdan et la louve aux yeux d’or, illustration d’un texte de Ghislaine Roman, Seuil jeunesse (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Kodhja, avec Thomas Scotto, Thierry Magnier (2015).
  • L’Ogre Babborco, illustration d’un texte de Muriel Bloch, Didier Jeunesse (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Ianos et le dragon d’étoiles, illustration d’un texte de Jean-Jacques Fdida, Didier Jeunesse (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • La poupée de Ting-Ting, illustration d’un texte de Ghislaine Roman, Seuil jeunesse (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • La mer et lui, illustration d’un texte d’Henri Meunier, Notari (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Loup ?, collectif, Association Mange-Livre (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Lumières, l’encyclopédie revisitée, collectif, L’édune (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • La rue qui ne se traverse pas, illustration d’un texte d’Henri Meunier, Notari (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Obstinément Chocolat, illustration d’un texte d’Olivier Ka, L’édune (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • Le Petit Chaperon rouge ou La Petite Fille aux habits de fer-blanc, illustration d’un texte de Jean-Jacques Fdida, Didier Jeunesse (2010), que nous avons chroniqué ici.
  • La boîte à joujoux, illustration d’un texte de Rascal, Didier Jeunesse (2005), que nous avons chroniqué ici.
  • Fait pour ça, texte illustré par David Merveille, Actes Sud Junior (2004), que nous avons chroniqué ici.
  • Ma voisine est amoureuse, texte et illustrations, Actes Sud Junior (2003), que nous avons chroniqué ici.

Bibliographie sélective de Julia Wauters :

  • Le garçon rose malabar, illustration d’un texte de Claudine Aubrun, Syros (2018).
  • La légende de saint Nicolas, illustration d’un texte de Robert Giraud, Père Castor (2017).
  • Au fond des bois, illustration d’un texte d’Anne Cortey, Sarbacane (2017).
  • Un ours, des ours, collectif, Sarbacane (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Quand la sagesse vint aux ânes : Fables, illustration d’un texte de Pierre Ruaud, Amaterra (2015).
  • Poésies dans l’air et dans l’eau, illustration d’un texte de Kochka, Père Castor (2015).
  • Meslama la sorcière, illustration d’un texte de Jennifer Dalrymple, Cambourakis (2015).
  • Fanfare, illustration d’un texte d’Anne Cortey, Sarbacane (2014).
  • Lumières, l’encyclopédie revisitée, collectif, L’édune (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • La légende de Saint-Nicolas, illustration d’un texte de Robert Giraud, Père Castor (2012).
  • Rhino a un truc qui lui gratte le dos, illustration d’un texte de Karine-Marie Amiot, Albin michel (2011).
  • Les fous du platane : Et autres histoires à en perdre la tête, illustration d’un texte de Jean Louis Maunoury, Sarbacane (2011).
  • Petit Chat découvre le monde, illustration d’un texte de Claire Ubac, Benjamin média (2010), que nous avons chroniqué ici.
  • Matakonda la Terrible, illustration d’un texte d’Anne Vantal, Actes Sud junior (2009).
  • Ma grande sœur m’a dit, illustration d’un texte de Gilberte Niamh Bourget, Hélium (2009), que nous avons chroniqué ici.
  • Vents dominants, scénario illustré par Glen Chapron, Sarbacane (2009).

Le site de Julia Wauters : http://juliawauters.tumblr.com.

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