La mare aux mots
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Les invités du mercredi

Du berger à la bergère : de Ghislaine Roman à Csil

Par 14 août 2019 Les invités du mercredi

Cet été encore, on vous propose à nouveau la rubrique du berger à la bergère tous les mercredis. Cette rubrique vous avait tellement plu les trois derniers étés, nous nous devions de la reprendre (il faut dire qu’à nous aussi elle plaît beaucoup) ! Donc tous les mercredis jusqu’à la rentrée, ce sont des auteur·trice·s et des illustrateur·trice·s qui posent trois questions à un·e auteur·trice ou un·e illustrateur·trice de leur choix. Puis c’est à l’interviewé·e d’en poser trois à son tour à son intervieweur·euse d’un jour. Après Fanny Joly et Catharina Valcks, Clémence Pollet et Sandrine Thommen, Marc Daniau et Natalie Fortier, Gaya Wisniewski à Gaëtan Dorémus, Ella Charbon et Claire Lebourg, cette semaine c’est Ghislaine Roman qui a choisi de poser des questions à Csil !

Ghislaine Roman : Ton trait et ton style sont très identifiables. Depuis que je te connais, je vois ton travail évoluer vers une plus grande complexité, avec des mises en scène plus abouties. Cependant, j’ai l’impression que tu utilises toujours à peu près les mêmes outils. Est-ce que je me trompe ? Envisages-tu d’aller explorer d’autres techniques ou préfères-tu continuer à creuser ce sillon (sillon que j’adore) ?
Csil : Pour les livres, c’est vrai que j’utilise les mêmes outils. Pour l’instant, je suis très attachée à mes crayons de couleur. Je prends la même base mais en la faisant évoluer. Mais j’aime explorer plein de techniques, je suis en train de faire des images en gravure à la pointe sèche, pour un nouveau livre. J’ai réalisé aussi des illustrations digitales pour le Graou magazine, un outil qui me permet d’aller ailleurs et autrement.
Une jolie envie de toucher à tout : textile, objet, broderie, sérigraphie, gravure, outil numérique… il me faudrait juste de plus grandes journées 🙂

Ghislaine Roman : Cela fait quelques mois que tu as changé de rythme puisque tu ne te consacres plus qu’à tes créations pour l’édition jeunesse. Est-ce que cela a changé quelque chose dans ton travail ? Dans tes projets ?
Csil : J’ai quitté mon poste de DA (directeur artistique) en agence de communication il y a un an tout juste. Il m’a fallu un peu de temps pour m’y faire. J’avais ce temps juste pour l’illustration, pour développer mon univers ! Il fallait y croire déjà… Pour s’adapter, ça n’a pas été si simple, toute cette liberté de temps. Je crois que j’y suis enfin presque arrivée ! 🙂 Ça a changé beaucoup de choses oui, j’ai plus de recul sur mon travail, je ne cours plus après le temps (une heure par ci, une par là… Devoir terminer sans pouvoir refaire une image car je n’avais pas le temps !). Mes projets sont plus aboutis je pense, j’ai eu cette année cette belle impression de faire ce métier d’illustrateur ! Cela m’a permis aussi de faire des rencontres dans les médiathèques, écoles… joie intense et moments inoubliables !
Voilà j’aimerais juste que ça ne s’arrête jamais !

Ghislaine Roman : Qu’attends-tu de ta collaboration avec un auteur ou une autrice ?
Csil : Je n’attends rien en particulier, je laisse cette collaboration naître petit à petit, différente à chaque fois mais si importante ! Elle va influencer le cheminement du projet… elle va le faire évoluer, changer de direction, me le faire aimer encore plus ! J’adore ce moment de partage, « de naissance ».

 Csil : Je sais que tu portes une attention particulière à la musicalité de tes textes. Es-tu musicienne ? Pratiques-tu un instrument de musique ?
Ghislaine Roman : J’ai été musicienne, oui. Dans la petite ville où j’ai grandi, il y avait deux écoles « artistiques ». Le cours de danse et l’école de musique. Le premier était privé et donc payant. Il était fréquenté par les filles de notables (les filles, hein, parce que les garçons, eux, ils faisaient du tennis ou du rugby). J’en rêvais ! J’assistais parfois à leur fête de fin d’année et les costumes, réalisés par les jolies-mamans-bienveillantes-minces-et-bien-habillées, me donnaient le frisson. Je me souviens d’une Blanche Neige qui m’avait fait pleurer tellement j’aurais voulu être à sa place. Mais bon, c’était cher, et je ne fis donc pas de danse.
L’école de musique, elle, était gratuite, parce que municipale. Là aussi, les préjugés sexistes étaient en action, mais à cette époque, les années soixante et le début des années soixante-dix, cela ne semblait défriser personne. Les filles apprenaient la mandoline ou la guitare quant aux garçons, ils avaient droit aux trompettes, clarinettes, trombones ou tambours. J’ai donc appris la mandoline puis, au bout de quelques années, je suis entrée à l’Estudientina. C’est comme ça qu’on appelait cette formation exclusivement féminine qui jouait des airs de Mozart ou de Dalida, avec la même ferveur et le même enthousiasme.
Quand j’ai quitté ma petite ville pour venir faire mes études à Toulouse, j’ai commencé à écrire des chansons. Je voulais être Joan Baez et Maxime Le Forestier à la fois. J’ai appris la guitare pour composer et m’accompagner. Mais j’étais limitée par ma technique catastrophique. Je chantais avec des potes tous les vendredis soir dans un bar-cabaret du centre-ville. Ça m’a donné le cran indispensable pour faire face au public. C’était une expérience incroyable de se dévoiler à travers les textes et de s’accorder le droit de les dire aux autres. Une expérience qui, d’ailleurs, ressemble beaucoup à ce que je ressens maintenant quand je fais des lectures publiques de mes albums.
Dans une troisième vie musicale, j’ai créé un groupe de chanson rock avec un copain d’école normale. Ça s’appelait « Le jardin botanique ». Notre plus grand titre de gloire est d’avoir été sélectionnés pour la scène ouverte du printemps de Bourges en 1983 (oui, je sais…). C’était une époque joyeuse et folle. Nous faisions des maquettes en studio, enchainions les concerts. Je chantais et j’adorais ça. Mais nous nous sommes épuisés. Et nous avons arrêté. Pendant des années, je n’arrivais plus à écouter de musique. C’était une douleur intolérable. Un deuil jamais accompli. Puis le temps a fait son travail et je suis revenue vers la musique. Classique d’abord. Bach est mon ami. Puis la chanson. Jonasz, Samson, Annie Lenox et quelques autres m’accompagnent depuis des années.
De tout cela, il m’est resté un certain sens du groove. Une mélodie doit s’enrouler, s’étendre, se déployer et trouver une fin à la fois logique et inattendue. Elle doit, en plus, se poser sur un tempo, puis sur un rythme qui la met en valeur et lui donne tout son sens. Il me semble qu’il en est de même pour les phrases. Pour les textes. Quand j’écris, je reste parfois très longtemps sur une phrase parce que justement, je n’arrive pas à lui donner ce caractère musical qui est si important pour moi. Je lis à haute voix. Chaque séance d’écriture commence par cela. Je veux être sûre que tout s’enchaîne bien. Qu’il n’y a pas de hiatus entre ce que j’ai écrit lundi et ce que j’ai écrit jeudi (eh oui, je n’écris pas tous les jours). Quand une phrase me semble mal équilibrée, bancale, boiteuse, je gratte jusqu’à ce que ça me paraisse acceptable. Je ne dis pas « bien », il ne faut tout de même pas exagérer, mais acceptable pour moi. Il m’arrive de chercher un synonyme de trois syllabes parce que deux, vraiment, ça ne colle pas. J’ai bien conscience que c’est un peu ridicule et souvent, je me dis que personne ne doit s’en rendre compte. Parfois, un lecteur ou une lectrice attentive m’a prouvé le contraire. Ça m’encourage. Mais c’est pénalisant d’une certaine façon. J’écris si lentement !! Mais je ne sais pas faire autrement. Tu crois qu’il faut que je me soigne ?

Csil : À quel moment de la journée écris-tu et où ? Peux-tu nous décrire l’endroit où tu écris ?
Ghislaine Roman : Je n’ai aucun rituel d’écriture. Pas d’outil fétiche, pas de stylo porte-bonheur. Je ne m’installe devant mon ordinateur que lorsque je sens que quelque chose arrive, qu’un début d’histoire est à portée de main. En y réfléchissant, c’est le plus souvent le matin parce que je gamberge beaucoup pendant la nuit. Je résous la plupart de mes difficultés d’autrice pendant la nuit. La mise en scène d’un passage délicat, un dialogue, un découpage… en revanche, je suis totalement incapable d’écrire après la tombée de la nuit. Il doit y avoir une sorte d’interrupteur dans ma tête. Un truc qui doit dater de la toute petite enfance, j’imagine.
Pour être franche, mon lieu d’écriture est virtuel. Je veux dire que ce n’est pas un endroit qu’on pourrait situer en latitude et longitude. Je dirai que ce lieu pourrait s’appeler la condition nécessaire. C’est le calme des émotions. Le temps. La douceur des choses autour de moi. Par temps de tempête émotionnelle, je ne peux absolument pas écrire et si je le fais malgré tout, ça ne fonctionne pas. Si je suis parasitée par du stress, de l’inquiétude pour mes proches, une angoisse du lendemain, je m’éteins comme une vieille chandelle.
Quant au côté géographique de la chose, j’ai un petit bureau sympa, coloré, tapissé de dessins de mes ami·e·s illustrateurs et illustratrices. Il faudra que tu viennes le voir.

Csil : Comment sais-tu que tu as trouvé la forme définitive pour un texte, si toutefois elle existe ?
Ghislaine Roman : Je ne le sais pas justement. Quand j’étais en atelier d’écriture, on me disait que j’avais un problème avec le point final. Ce n’est plus tout à fait ça aujourd’hui puisque j’écris souvent la fin en premier. Mais je ne suis jamais vraiment satisfaite de mon travail. Je sais qu’on peut toujours faire mieux mais je sais aussi que le mieux est souvent l’ennemi du bien. Il faut savoir s’arrêter pour garder la dynamique du texte, le plaisir de l’écrire. Il ne faut pas user les personnages. Les garder frais et forts pour les lecteurs et les lectrices. Heureusement, j’ai souvent travaillé avec des éditrices qui savaient m’aider à poser les jalons et qui étaient capables de me dire « STOP ! »
Le vrai point final, en fait, c’est le lecteur ou la lectrice. Le moment où le texte m’échappe complètement. Le moment où celui ou celle qui lit se fait sa propre histoire avec ce que j’ai écrit. Là, oui, je suis bien obligée d’admettre que le texte a trouvé sa forme définitive. Ce qui est beau et enthousiasmant, c’est de se dire que cette fameuse forme définitive n’est pas la même pour tous. C’est une aventure magnifique.

Bibliographie sélective de Csil :

  • La Fille qui cherchait ses yeux, illustration d’un texte d’Alex Cousseau, À pas de loups (2019), que nous avons chroniqué ici.
  • Espèces de patates, illustration d’un texte de Pog, Marmaille et compagnie (2018).
  • Un ours dans ma classe, illustration d’un texte de John Lavoignat, Saltimbanque (2018).
  • Dans mon cœur, illustration d’un texte d’Arnaud Tiercelin, Frimousse (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Y aura quelqu’un, illustration d’un texte de Thomas Scotto, Frimousse (2017).
  • J’veux pas y aller, illustration d’un texte de Ghislaine Roman, Frimousse (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Sans ailes, illustration d’un texte de Thomas Scotto, À pas de loups (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Mme Eiffel, illustration d’un texte d’Alice Brière-Haquet, Frimousse (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Le vilain défaut, illustration d’un texte d’Anne-Gaëlle Balpe, Marmaille & Compagnie (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • 55 oiseaux, illustration d’un texte de Séverine Vidal, Winioux (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • C’est la mienne, illustration d’un texte de Lisa, Frimousse (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Paul, illustration d’un texte d’Alice Brière-Haquet, Frimousse (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • Rien qu’une fois, illustration d’un texte de Séverine Vidal, Winioux (2011), que nous avons chroniqué ici.

Son site : www.csil.graphics.

Bibliographie sélective de Ghislaine Roman :

  • Norig et l’or de l’île, album illustré par Sophie Lebot, Saltimbanque (2018).
  • Le masque de la Montagne Blanche, album illustré par Bénédicte Mémo, Cipango (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Le Cerf-volant de Toshiro, album illustré par Stéphane Nicollet, Nathan (2018).
  • La princesse aux mille et une perles, album illustré par Bertrand Dubois, De la Martinière Jeunesse (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Bagdan et la louve aux yeux d’or, album illustré par Régis Lejonc, Seuil jeunesse (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • J’veux pas y aller, album illustré par Csil, Frimousse (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Ouf !, album illustré par Tom Schamp, Milan (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Le Grand Livre des peut-être, des si et des petits pourquoi, album illustré par Tom Schamp, Milan 2015.
  • Un jour, deux ours, album illustré par Antoine Guilloppé, Gautier-Languereau (2015).
  • La poupée de Ting-Ting, album illustré par Régis Lejonc, Seuil Jeunesse (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Contes d’un roi pas si sage, album illustré par Clémence Pollet, Seuil Jeunesse (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Un Noël d’écureuil, album illustré par Bruno Pilorget, Milan, (2012).
  • Carnavalphabet, album illustré par Tom Schamp, Glénat (2007).
  • Tukaï, l’enfant-sorcier, album illustré par Frédéric Pillot, Milan (2005).
  • La pêche aux nuages, album illustré par Vincent Bourgeau, Milan (2003).
  • Bientôt Noël ! Une histoire par jour et des jeux pour attendre Noël, album illustré par Olivier Latyk, Milan (2001).

Retrouvez Ghislaine Roman sur son site : http://www.ghislaineroman.fr.

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Du berger à la bergère : d’Ella Charbon à Claire Lebourg

Par 7 août 2019 Les invités du mercredi

Cet été encore, on vous propose à nouveau la rubrique du berger à la bergère tous les mercredis. Cette rubrique vous avait tellement plu les trois derniers étés, nous nous devions de la reprendre (il faut dire qu’à nous aussi elle plaît beaucoup) ! Donc tous les mercredis jusqu’à la rentrée, ce sont des auteur·trice·s et des illustrateur·trice·s qui posent trois questions à un·e auteur·trice ou un·e illustrateur·trice de leur choix. Puis c’est à l’interviewé·e d’en poser trois à son tour à son intervieweur·euse d’un jour. Après Fanny Joly et Catharina Valcks, Clémence Pollet et Sandrine Thommen, Marc Daniau et Natalie Fortier, Gaya Wisniewski à Gaëtan Dorémus, cette semaine c’est Ella Charbon qui a choisi de poser des questions à Claire Lebourg !

Ella Charbon : Les expressions de tes personnages sont irrésistibles, de quoi t’inspires-tu pour les capter avec autant de justesse ?
Claire Lebourg : Merci ! C’est toujours difficile de répondre à une question comme celle-ci, je ne sais pas exactement d’où vient l’inspiration, tout ce que je peux dire c’est que ces expressions sont très importantes pour moi, il m’arrive de recommencer un dessin uniquement parce que le regard ou le sourire de tel ou tel personnage ne me plaît pas ! Ça se joue parfois à rien, un trait d’encre un peu trop fin, trop court, trop épais… Trop de poils, pas assez de rose sur les joues, un sourcil trop bas, chaque détail participe à l’expression finale du personnage.

Ella Charbon : As-tu pensé à mettre en scène un petit héros humain ? 
Claire Lebourg : J’y ai déjà pensé mais je m’amuse tellement avec les animaux que ça ne s’est jamais fait. J’aime la fantaisie et l’humour qu’offre le monde animal. J’ai aussi l’impression qu’en tant que lecteur, il est parfois plus facile de se trouver des points communs avec un orang-outang ou un chien plutôt qu’avec un autre être humain.
Mais rien n’est exclu, il suffit d’inventer la bonne histoire.

Ella Charbon : Tes héros, as-tu du mal à les quitter une fois le livre terminé ?
Claire Lebourg : Même quand le livre est terminé, ils ne me quittent jamais vraiment. Et les enfants se les approprient en les dessinant à leur tour, en se racontant ce que pourrait être la suite de l’histoire… Pour moi, c’est le signe que le livre est réussi. On ne parle plus « du personnage du livre » mais de Nénette, de Mousse, de Pull. Ils continuent leur vie.

Claire Lebourg : Tu écris et illustres des livres pour les tout petits, ce qui me parait être l’exercice le plus difficile en littérature jeunesse. Comment procèdes-tu pour t’adresser à cette classe d’âge particulière ? Ton éditeur te conseille-t-il beaucoup ?
Ella Charbon : Le choix d’illustrer et d’écrire pour les tout petits s’est fait naturellement, sans réfléchir. J’ai commencé à dessiner des formes de couleurs très simples pour mon fils, Timothée, alors qu’il était tout bébé… Il a grandi, et moi, j’ai continué à m’adresser aux tout petits.
Je me sens à l’aise dans cet univers.
Je joue sur les couleurs très vives, les formes simples, les mouvements et les expressions des personnages pour rendre l’ensemble très vivant.
Les petits lecteurs sont particulièrement sensibles aux expressions, il faut qu’ils comprennent en regardant seulement le dessin, ce que ressentent ces personnages.
Je m’amuse aussi beaucoup avec le jeu des regards. Je crée ainsi une complicité entre les protagonistes, mais aussi avec le lecteur.
Je réalise beaucoup de projets avec Gwendoline [NDLR Raisson] et Jean [NDLR Leroy], on s’apporte mutuellement des idées, on essaie d’être toujours très attentifs à l’âge de nos petits lecteurs. Il nous arrive parfois de nous perdre un peu, et de nous adresser sans le vouloir à des plus grands. Notre éditeur, Grégoire Solotareff, peut alors nous en faire la remarque. On essaie de modifier, quand cela est possible.
C’est une vraie chance de travailler avec lui. Il nous laisse très libres sur les projets que nous proposons et ses conseils, ses remarques sont précieux.

Claire Lebourg : J’ai remarqué que tu accordais une grande attention au dessin des personnages, l’histoire est très souvent centrée sur eux et tu ne dessines quasiment aucun élément de contexte. Pour moi qui fais des dessins avec beaucoup de détails, cela me parait être un tour de force. Est-ce les histoires qui conditionnent ton dessin ou l’inverse (dans les livres dont tu es l’autrice et illustratrice) ? T’imposes-tu certaines contraintes graphiques ?
Ella Charbon : Pour moi justement, le tour de force est d’aller dans les détails. J’adore travailler sur fond blanc et en effet axer toute l’action sur les personnages et comme je le disais plus haut sur leurs expressions.
Les tout petits lecteurs à qui je m’adresse ne savent pas encore lire. Ils découvriront l’histoire avec un adulte, puis se l’approprieront, seuls, et ce, grâce aux dessins qui les guideront dans le récit.
Ces derniers temps, je tends à apporter plus de détails, comme dans On s’ennuie !, réalisé avec Jean qui sortira à l’automne chez loulou et Cie. J’ai mis pas mal de « bazar » sur le sol du salon de notre famille croco. Une partie de l’histoire se passant en extérieur, j’ai été amenée à dessiner un fond de verdure. Une nouveauté pour moi !
Dans un autre projet, À l’eau, Super !, réalisé cette fois avec Gwendoline, qui verra le jour au printemps 2020, toujours chez loulou et Cie, on trouvera aussi plus de détails, en marge de l’histoire principale.
Je dois avouer une chose, ça m’a plu de chercher et d’ajouter ces détails !
Pour ce qui est de la naissance d’un projet que j’illustre et j’écris, c’est très variable. Ça peut partir des illustrations, comme pour Caché-Trouvé, j’ai élaboré le projet à partir de photos déjà existantes.
Pour Mes petits moments choisis, les illustrations sont nées après le concept imaginé.
Quant à Zélie, viens t’habiller ! L’histoire est née de mon quotidien avec ma fille, les illustrations ont donc pris forme après la rédaction du texte.
Non, je n’ai pas l’impression de m’imposer des contraintes graphiques. On peut peut-être parler de contraintes quand on sort de sa zone de confort, comme par exemple pour ma part, passer d’un fond blanc à un fond de couleurs, ajouter des détails quand on est habitués à en mettre très peu…
Mais finalement, le projet prenant forme, les illustrations avançant, ce ne sont pas des contraintes, ça devient un vrai plaisir de faire les choses différemment.
Ça me bouscule, ça me permet d’aller ailleurs, d’évoluer.

Claire Lebourg : As-tu des projets sur lesquels tu rêverais de travailler, mais que tu gardes dans un coin de ta tête faute de trouver le temps ou l’énergie de t’y mettre (des projets différents de ce que tu as déjà fait, pas obligatoirement des livres) ?
Ella Charbon : Ah oui, j’ai un énorme rêve, monter sur scène et réaliser un spectacle de claquettes… euh, non, en fait pas du tout…
Tout simplement, ça me plairait, je crois, d’essayer d’écrire aussi pour un peu plus grands.
Trouver un nouveau projet autour de la photo me démange pas mal, j’ai quelques idées, mais rien de concret pour le moment.
Je reste autour du livre et des petits. Je m’y sens bien.
Et j’ai encore pas mal de choses à découvrir, à développer. Je prends le temps. On verra…

Bibliographie de Claire Lebourg :

  • Les trésors de Mousse, roman, texte et illustrations, l’école des loisirs (2019).
  • Pull, album, texte et illustrations, MeMo (2019).
  • Quelle horreur !, album, texte et illustrations, l’école des loisirs (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Bonnes vacances Mousse, roman, texte et illustrations, l’école des loisirs (2017).
  • La nuit d’anniversaire, album, texte et illustrations, l’école des loisirs (2016).
  • Une journée avec Mousse, roman, texte et illustrations, l’école des loisirs (2017).
  • La retraite de Nénette, album, texte et illustrations, autoédité (2014) puis l’école des loisirs (2017), que nous avons chroniqué ici et .

Son site : http://www.clairelebourg.com.

Bibliographie sélective d’Ella Charbon :

  • Zélie, viens t’habiller !, texte et illustrations, l’école des loisirs (2019).
  • Nous, on répare tout !, illustration d’un texte de Jean Leroy, l’école des loisirs (2018).
  • Mes petits moments choisis, texte et illustrations, l’école des loisirs (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Caché-Trouvé, texte et illustrations, l’école des loisirs (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Dodo, Super !, illustration d’un texte de Gwendoline Raisson, l’école des loisirs (2017).
  • La soupe aux frites, illustration d’un texte de Jean Leroy, l’école des loisirs (2017).
  • Un gâteau comment ?, illustration d’un texte de Gwendoline Raisson, l’école des loisirs (2017).
  • Raspoutine se déguise, illustration d’un texte de Jean Leroy, l’école des loisirs (2016).
  • La montagne, illustration d’un texte de Delphine Huguet, Milan (2016).
  • D’un côté… et de l’autre, illustration d’un texte de Gwendoline Raisson, l’école des loisirs (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Félix à Paris, illustration d’un texte de Géraldine Renault, Éditions Tourbillon (2014).
  • Debout, Super !, illustration d’un texte de Gwendoline Raisson, l’école des loisirs (2014).
  • Vite !, illustration d’un texte de Gwendoline Raisson, l’école des loisirs (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Le grand voyage d’un petit escargot, illustration d’un texte de Gwendoline Raisson, Circonflexe (2013).
  • De toutes les couleurs, illustration d’un texte de Gwendoline Raisson, Circonflexe (2012).
  • Des flots de bisous, texte et illustrations, Gautier-Languereau (2009).
  • Ani’gommettes, texte et illustrations, Gautier Languereau (2008).

Le site d’Ella Charbon : http://ellacharbon.ultra-book.com.

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Du berger à la bergère : de Gaya Wisniewski à Gaëtan Dorémus

Par 31 juillet 2019 Les invités du mercredi

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Gaya Wisniewski : Bonjour Gaëtan, j’ai été subjugué par l’album Fuis tigre !, comment l’album s’est-il tissé ? Connaissiez-vous Gauthier David ou c’est la maison d’édition qui a fait le lien entre vous ?
Gaëtan Dorémus : On se connait avec Gauthier, on est copains. On habite pas loin l’un de l’autre. On a partagé des moments, des lectures, des visions du monde, et puis ensuite on s’est dit que, tiens, on pourrait essayer de travailler ensemble. J’aime travailler avec des copines et des copains. Un été, on a passé une journée à la rivière. Gauthier m’a dit qu’il avait fait un texte pour moi et qu’il me l’envoyait le soir même. Une histoire d’enfants qui installent un camping dans un salon. Et puis il m’a envoyé Fuis Tigre. Pour me réécrire le lendemain en me disant qu’il s’était trompé, qu’il ne voulait pas m’envoyer ce texte-là. Mais c’était trop tard.
Ce texte, je l’ai fait mien direct. Je ne sais pas si cette erreur d’envoi est fausse ou pas.
Et puis Gauthier m’avait dit qu’il était rentré en littérature jeunesse en partie avec mon premier livre, Bélisaire, déjà une histoire de tigre, déjà au Seuil jeunesse, il y a 20 ans.
J’aime la puissance évocatrice du texte de Gauthier. Cela laissait de la place pour mettre des images. Elles devaient trouver du sens et de la force dans les creux du texte.
J’ai fait le choix d’inscrire l’histoire dans le monde d’aujourd’hui et de travailler la figure de l’animal sauvage/animal doudou.

Gaya Wisniewski : Vous illustrez vos textes et parfois ceux des autres. Quel est l’auteur dont vous aimeriez illustrer le texte ?
Gaëtan Dorémus : Italo Calvino, mais je crois que ce n’est pas possible.
J’aime nombre d’auteurs contemporains, mais ils n’ont pas besoin d’imageurs.
Les auteurs de textes d’albums sont assez rares. Certains textes sont bons en tant que tels, mais parfois tout est dit et des illustrations seraient téléphonées, ou à l’inverse n’importe quelle image encagerait l’imaginaire du lecteur.
La poésie est illustrable, le roman (pour adulte) est illustrable, les essais sont illustrables, mais commercialement c’est suicidaire pour l’instant.

Gaya Wisniewski : Cette répétition de petit trait dans vos dessins à souvent l’air spontané et donne une grande force graphique. Y a-t-il beaucoup de croquis préparatoires à l’image ou justement c’est « instinctif » et fait sur le vif ?
Gaëtan Dorémus : Merci pour le compliment ! Tant mieux si on croit que c’est sur le vif. Parce que tout le temps, comme beaucoup de dessinatrices et dessinateurs, je m’interroge : « comment retrouver cette vie qui émane d’un croquis ? »
Et ça demande du labeur pour s’en approcher — sans jamais l’atteindre. Donc il y a pas mal de croquis en amont. Puis des dessins en noir et blanc. Et une réinterprétation pour arriver des images en couleur. C’est long, du marathon, pour arriver à des livres lus en 5 minutes. J’admire Sempé ou Shel Silverstein, et d’autres, où en trois traits c’est plié — dans le dessin il y a de l’esprit et de la vie — emballé — c’est pesé.

Gaëtan Dorémus : Dans tes livres reviennent l’hiver, la nuit et un lac, gelés, et le printemps. Peux-tu parler de ces présences récurrentes ? Réminiscences personnelles, rapport esthétique, ou narratif à ces lieux ?
Gaya Wisniewski : L’hiver est une saison que j’adore pour peu qu’il y ait de la neige, le temps qui s’arrête, se chauffer à côté d’un feu en dégustant une tasse de thé fait parti de mes rituels… Je pense profondément que l’humain est aussi fait pour hiberner. Depuis que j’ai quitté la ville, la nature m’inspire énormément, j’aime vivre les saisons, marcher sous la pluie, observer les étoiles la nuit… retour aux sources. J ’avais sans doute besoin de ce changement de lieu de vie pour créer des livres.

Gaëtan Dorémus : On sent tes livres nourris d’influences picturales et littéraires, est-ce réel ou inconscient ? Peux-tu les évoquer ?
Gaya Wisniewski : L’autre jour, un ami m’a définie comme « Chasseuse d’images » j’aime bien cette comparaison, effectivement je collectionne beaucoup de photographies, peintures, dessins… qui ressortent ici et là dans mes livres.
Il y a des photographies noir et blanc anonymes, des illustrateurs : Scarry, Tove Jansson, Inga Moore (j’adore ses illustrations du Vent dans les saules) et puis il y a les autres : les couleurs de Peter Doig, les photographies de Saul Leiter, les nus de Bonnard, les motifs de Vuillard…
Je fais des petits dossiers pour m’y plonger avant de commencer un livre. Je crée une atmosphère que j’aimerai que le lecteur ressente lors de la lecture… même chose pour la sélection musicale lorsque je dessine… Je suis une vraie éponge. Pour Chnourka la première image du livre où ils sont tous dans une luge au milieu d’une tempête de neige est influencée par Le bal des vampires de Polanski et pour la maison de glace de Chnourka c’est le Docteur Jivago de David Lean. Là je travaille sur un nouveau projet où le roman La conjuration des imbéciles (John Kennedy Toole) m’inspire juste pour les émotions que cela suscite en moi…

Gaëtan Dorémus : Tes histoires ne sont pas situées dans une époque, ou plutôt dans le temps de l’Enfance. Celui des amitiés imaginaires entre animaux et gamins, des goûters, de l’amitié simple et des boules de neige. Peux-tu imaginer dans tes histoires des smartphones, des twingos, des centrales nucléaires et des sacs plastiques dans les arbres ?
Gaya Wisniewski : Très bonne question… j’imaginerai bien des histoires de sacs plastiques dans les arbres… parce que je vois bien cette image.
Quand je dessine, je vais rechercher des émotions enfuies en moi, cette époque où je ne connaissais pas les centrales nucléaires, les smartphones n’existaient pas encore… Pour l’instant j’écris et dessine dans ma zone de confort, mais, pourquoi pas un jour illustrer quelque chose de complètement différent.
J’attends que l’on me propose, que l’on me bouscule 🙂

Bibliographie sélective de Gaëtan Dorémus :

  • Fuis Tigre !, illustration d’un texte de Gauthier David, Seuil Jeunesse (2018).
  • Les Goûters méga chouettes de Machinette, texte et illustrations, Albin Michel Jeunesse (2018).
  • Tout doux, texte et illustrations, Rouergue (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • ICI, texte et illustrations, La Ville Brûle (2017).
  • Dans les dents !, illustration d’un texte de Denis Baronnet, Actes Sud Junior (2017).
  • Minute papillon !, texte et illustrations, Rouergue (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Série Till, illustrations de texte de Philippe Lechermeier, Les fourmis rouges (2015-2016).
  • Les Oreilles, texte et illustrations, Albin michel jeunesse (2016).
  • La Maman de la maman de mon papa, texte et illustrations, Les fourmis rouges (2016).
  • Mon bébé croco, texte et illustrations, Albin Michel Jeunesse (2015).
  • Le miel des trois compères, illustration d’un texte de Richard Marnier, Le rouergue (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Vacarme, texte et illustrations, Notari (2014).
  • Mon ami, texte et illustrations, Rouergue (2012).
  • Tonio, texte et illustrations, Rouergue (2012).
  • Ping Pong, texte et illustrations, Seuil jeunesse (2010).

Son site : https://gaetandoremus.com

Bibliographie de Gaya Wisniewski :

  • Chnourka, texte et illustrations, MeMo (2019), que nous avons chroniqué ici.
  • Mon bison, texte et illustrations, MeMo (2018), que nous avons chroniqué ici.

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Du berger à la bergère : de Marc Daniau à Natali Fortier

Par 24 juillet 2019 Les invités du mercredi

Cet été encore, on vous propose à nouveau la rubrique du berger à la bergère tous les mercredis. Cette rubrique vous avait tellement plu les trois derniers étés, nous nous devions de la reprendre (il faut dire qu’à nous aussi elle plaît beaucoup) ! Donc tous les mercredis jusqu’à la rentrée, ce sont des auteur·trice·s et des illustrateur·trice·s qui posent trois questions à un·e auteur·trice ou un·e illustrateur·trice de leur choix. Puis c’est à l’interviewé·e d’en poser trois à son tour à son intervieweur·euse d’un jour. Après Fanny Joly et Catharina Valcks, Clémence Pollet et Sandrine Thommen, cette semaine c’est Marc Daniau qui a choisi de poser des questions à Natali Fortier !

Marc Daniau : J’aimerais que tu me parles de ton rapport aux animaux et en particulier aux oiseaux.
Natali Fortier : C’est drôle que tu me poses maintenant cette question, mon prochain livre s’appelle. « I, 2, 3 Volez » tu te doutes de quoi ça parle.
L’oisillon, quand tu en tiens un dans la paume de ta main, avec son cœur qui palpite, sa respiration saccadée, la détresse de son regard, la transparence de sa chair, tellement fragile, fragile, fragile, puis soudain, son cri d’une force bouleversante.
T’agrandis un oiseau à l’échelle 100. Tu te retrouves devant un monstre préhistorique terrifiant, le bec aiguisé, des griffes acérées.
Passer de la vulnérabilité à la férocité.
L’albatros, ce géant, tout en grâce dans le ciel pourtant à l’atterrissage, y’est d’une maladresse inouïe et ça ça me plaît.
La paruline rayée « 12 grammes » et elle traverse l’océan sans escale…
Un oiseau d’accord, ça chante mais ça glousse, ça cancane, ça trompette, zinzinule, turlutte, graille, coquerique, babille et j’en passe, piaille, réclame, bavarde…
Et les noms des oiseaux me réjouissent : corbeau, tourterelle, colibri, merle, pélican, mouette, le manchot, bécassine, la grue, le vautour, alouette… gentille alouette, je te couperai….
Dès mon premier atelier dans les écoles, à partir de trois ans, je demande aux enfants de dessiner, peindre, n’importe quelle forme et ensuite y coller un chapeau pointu.
Je te dis pas le nombre de dessins somptueux d’oiseaux que j’ai vu apparaître sous mes yeux.
Ici à Châlette-sur-Loing ma maison est un nid, il y en a partout.
Est-ce que c’est pour ça que j’aime les dessiner ?
J’ai le goût de te dire aujourd’hui, Marc, que c’est pour le geste de relever la tête si je veux les voir s’envoler.
Seulement un autre animal, sinon. Ça serait trop long.
L’alligator, l’alligator a bercé ma jeunesse. Au Québec dans mon enfance, c’était très facile d’en obtenir au pet shop (je sais c’est révoltant, mais à l’époque je ne m’en rendais pas compte).
Donc j’ai eu Ali et Baba, croque-monsieur et croque-madame. J’avais lu quelque part que pour les endormir il fallait caresser leurs ventres.
Tous les soirs je le faisais, je me souviens de leurs abandons, l’élasticité du cuir et de leurs yeux qui roulaient.
La nuit, je me réveillais souvent affolée de m’être endormie en même temps qu’eux et de les avoir oubliés dans mon lit.
J’en fabrique toujours beaucoup des crocodiles. Ils ont un petit air de Dieux.
J’ai toujours vécu en compagnie d’animaux, je ne pourrais pas m’en passer et même ceux qui n’existent pas sont drôles à dessiner.
L’éventail d’émotions qu’ils suscitent est infini.

Marc Daniau : Comment sais-tu qu’un dessin est terminé ?
Natali Fortier : C’est comme si on était en pleine conversation entre le trait et moi.
Je bois ses paroles, c’est captivant, j’attends une réponse, des explications et tout d’un coup en plein milieu d’une phrase, il s’interrompt, moi je suis là, je veux savoir.
Je suis curieuse.
Je reste suspendue à ses lèvres, frustrée, désireuse…
C’est pile là, que je devrais avoir le courage de quitter mon dessin.
Au moment où je ne sais pas encore ce qu’il veut me dire ou me faire.
J’insiste souvent trop. Mais de moins en moins. J’ai espoir d’y arriver dans vingt, trente ans.

Marc Daniau : Quand tu n’illustres pas, qu’est-ce qui te met en route, en œuvre, au travail ?
Natali Fortier : L’étonnement et l’amour du vivant. La rage de n’être qu’une seule personne.
Le plaisir immense jubilatoire (en espérant que cette sensation ne me quitte jamais)
Et les périodes où je ne vais pas bien, je sais qu’en Faisant, j’aurais quand même moins mal.
Le désir de dire ce que j’ai en tête, j’aurais besoin de beaucoup plus de temps, j’ai la sensation d’en être qu’à un flocon sur l’iceberg…
Je cherche à comprendre quelque chose. C’est pas gagné !
Rire.
Alors. Marc. Les trois questions.
Je serais tenté de te poser les mêmes. C’est que tes questions sont bonnes. Et si tu me les as posées, c’est que le sujet t’intéresse.

Mais j’ai envie de savoir quelle est ta relation avec la matière de tes dessins.
Marc Daniau : Faut que ça vibre, que ça soit costaud, accueillant, chaleureux. Faut que ce soit présent, que ça laisse respirer les personnages et les spectateurs. Donner à voir la matière c’est une manière d’affirmer que cela n’est qu’une image fabriquée et non pas un simulacre de réel, et ainsi en montrant les ficelles, les coutures comme dans un spectacle de marionnettes j’installe une distance avec le sujet du dessin. Faut pas que ça soit joli. Faut pas que ça autorise à me dire vous avez un joli coup de crayon. Faut pas que ça intimide.
Mais bon, surtout j’aime la pâte, la gouache sans eau, l’huile à la brosse rêche et les coups de crayon qui se mêlent à la fibre du papier. J’aime Les traces, les vibrations, que ça palpite. J’aime que les couleurs parlent se répondent quelles se montent le bourrichon, quelles klaxonnent aux pupilles, c’est plus fort que moi.
Le contact de l’outil avec le support m’est très important. Je n’aime ni l’acrylique ni peindre sur toile, j’aime le papier, le carton, le bois, les miroirs, et j’aimerais bien peindre sur des surfaces rouillées. Souvent quand je fabrique/bricole mes images j’ai en tête ces mots : La peau du monde.

Natali Fortier : Je me souviens aussi de tes grandes affiches pour le théâtre, est-ce que tu pourrais me raconter comment cela se passait?
Marc Daniau : Alors il y avait un thème par saison et une douzaine de pièces/spectacles. En mai l’équipe me briefait et me donnait les dossiers des spectacles et les textes. Et puis je lisais tout ça et je crobardais dans plein de directions autour du thème et des spectacles, et puis je revenais avec mon carnet de croquis et ils choisissaient les dessins/idées qui leur plaisaient et les directions qu’il fallait encore creuser. En juillet il fallait imprimer le programme, l’affiche de saison et souvent le premier spectacle de la rentrée. Des fois je travaillais avec les metteurs en scène, des fois non. Pendant les 10 ans qu’a duré cette aventure, je n’ai vu le spectacle avant de faire l’affiche qu’une seule fois. J’ai découvert des textes, des metteurs en scène, des acteurs/actrices, des traductrices. Il y a eu des émerveillements fabuleux et des ennuis rasoirs. Personnellement aussi il y a eu des moments de grâces et des compromis douloureux. J’ai pris conscience de l’exigence et de la fragilité des formes de spectacles vivants. J’ai pu aussi changer formellement les propositions, il y a eu deux saisons à la gouache et puis de l’huile sur papier et de l’huile sur bois avec fond blanc. J’avais aussi une grande liberté pour les dessins en noir et blanc dans les programmes de saison. Et j’ai eu la chance de pouvoir exposer deux fois dans les murs de ce théâtre et d’échanger quelques mots avec le visionnaire Jack Ralite. J’y ai aussi beaucoup emmené mes enfants, ma famille. Vous pouvez voir des traces de tout ça sur mon site : www.marcdaniau.fr.
Les grandes affiches celles qui étaient affichées dans le métro étaient imprimées en sérigraphie, et sont en soi des objets magnifiques aux couleurs éclatantes, du miel pour nos mirettes loin des tristes joies du numérique.

Natali Fortier : Et aussi le mouvement. Cela rejoint ta question sur comment terminer un dessin.
Pour toi, que demandes-tu à un dessin ?
Marc Daniau : Le mouvement : J’adore faire marcher, courir, voler les personnages, les animaux, je dessine contre l’immobilisme, contre l’ennui, contre l’essoufflement, le geindre, le râle, la camarde.
J’aime à croire que j’ai réussi un dessin quand en représentant un instant très court, le spectateur y saisit ce qu’il s’est passé l’avant et l’après du moment illustré.
J’aime recréer une sensation d’espace autour des personnages qui sont toujours au centre de mes images comme de mes préoccupations. Et puis il me faut installer la bonne distance pour que le spectateur soit en empathie sans être voyeur. Il y a une vulgarité constitutive dans les images, j’essaye d’en débarrasser nos regards et quand c’est impossible j’essaye de l’assumer.
Mais surtout il faut que l’image soit comme un gouffre, une montagne, une fenêtre, une faille spatio-temporelle à la surface du papier. Elle doit captiver, piéger les regards mais avec une certaine éthique qui me vient de je ne sais où et que je peine à expliquer.
Ça peut paraître sérieux dit comme ça mais il y a du jeu et beaucoup de plaisir à bricoler tout ça, et souvent de la joie quand le résultat m’étonne, qu’il surpasse ce que j’avais en tête. Je crois que c’est pour ça que je continue, pour la joie.

Bibliographie sélective de Natali Fortier :

  • Loin de Garbo, illustration d’un texte de Sigrid Baffert, Les éditions des braques (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • L’amour, ça vaut le détour, texte et illustrations, Albin Michel Jeunesse (2016).
  • D’une rive à l’autre, illustration d’un texte de Cécile Roumiguière, À pas de loups (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Marcel et Gisèle, texte et illustrations, Le Rouergue (2015).
  • La folle journée de Colibri, texte et illustrations, Albin Michel Jeunesse (2013).
  • Reviens, avec Olivier Douzou, Le Rouergue (2013).
  • Conte à bascule, texte et illustrations, L’art à la page (2011).
  • Sur la pointe des pieds, texte et illustrations, L’atelier du poisson soluble (2008).
  • J’aime l’été…, texte et illustrations, Albin Michel Jeunesse (2006).
  • Lili plume, texte et illustrations, Albin Michel Jeunesse (2004).
  • Six cailloux blancs sur un fil, illustration d’un texte de Cécile Gagnon, Albin Michel Jeunesse (1998).

Retrouvez Natali Fortier sur son site : https://natalifortier.autoportrait.com.

Bibliographie sélective de Marc Daniau :

  • Adi de Boutanga, illustration d’un texte d’Alain-Serge Dzotap, Albin Michel Jeunesse (2019)
  • Princesse Mabelle, texte et illustrations, Seuil Jeunesse (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Mon chien, papa et moi, illustration d’un texte de Raphaële Frier, À pas de loups (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Ruby tête haute, illustration d’un texte d’Irène Cohen-Janca, Les éditions des éléphants (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Comme un géant, texte illustré par Ivan Duque, Thierry Magnier (2017).
  • Loup ?, collectif, Association Mange-Livres (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Je suis le chien qui court, texte et illustrations, Seuil Jeunesse (2013).
  • Tous à poil !, co-écrit avec Claire Franek, Le Rouergue (2011).
  • Neuf couleurs de peur, illustration d’un texte d’Annie Agopian (2010).
  • L’arbre, texte et illustrations, Seuil Jeunesse (2007).
  • Coquin Colin, texte illustré par Ronan Badel, Thierry Magnier (2002).

Le site de Marc Daniau : http://www.marcdaniau.fr et le blog collectif CITRON : http://danslecitron.blogspot.fr/search/label/Marc%20Daniau

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Du berger à la bergère : de Clémence Pollet à Sandrine Thommen

Par 17 juillet 2019 Les invités du mercredi

Cet été encore, on vous propose à nouveau la rubrique du berger à la bergère tous les mercredis. Cette rubrique vous avait tellement plu les trois derniers étés, nous nous devions de la reprendre (il faut dire qu’à nous aussi elle plaît beaucoup) ! Donc tous les mercredis jusqu’à la rentrée, ce sont des auteur·trice·s et des illustrateur·trice·s qui posent trois questions à un·e auteur·trice ou un·e illustrateur·trice de leur choix. Puis c’est à l’interviewé·e d’en poser trois à son tour à son intervieweur·euse d’un jour. Après Fanny Joly et Catharina Valcks, cette semaine c’est Clémence Pollet qui a choisi de poser des questions à Sandrine Thommen !

Clémence Pollet : Tu as illustré Le Kami de la lune, Choses petites et merveilleuses, Yôkai ! et de nombreux autres ouvrages ayant trait au Japon et à l’Asie. Peux-tu nous parler de ta rencontre avec l’Orient ?
Sandrine Thommen : Ma rencontre « décisive » avec l’Orient a commencé à l’école des Arts décoratifs de Strasbourg, où nous étions toutes les deux étudiantes jusqu’en 2010, n’est-ce pas :). Un jour, en troisième année, notre professeure d’histoire de l’illustration nous a montré une miniature persane originale. C’était une grande première pour moi, et j’ai été frappée par la beauté des couleurs, par la minutie du dessin, par la force de cette représentation idéalisée du monde. Influencée par cette découverte, j’ai commencé à dessiner à la gouache, avec désormais un souci de naïveté et de raffinement, plus que de réalisme ou de trait d’esprit. En étudiant ces images, j’ai découvert à quel point les miniaturistes persans étaient fascinés par l’art de la Chine, et j’ai commencé moi aussi à porter un regard de plus en plus intéressé sur l’art de cet Extrême-Orient. Puis j’ai eu la chance d’illustrer un premier livre d’influence perso-chinoise écrit par Bahiyyih Nakhjavani, notre professeure d’anglais aux Arts décoratifs, intitulé La fleur du mandarin et paru chez Actes Sud Junior en 2009. Le second livre de Bahiyyih que j’ai illustré (La Sœur du Soleil, Actes Sud Junior, 2010) lui avait été inspiré par un ballet japonais, et c’est à cette occasion que j’ai commencé à me plonger dans l’imagerie traditionnelle japonaise. Après les miniatures persanes et l’art chinois, j’avais l’impression avec l’art japonais d’atteindre comme une extrémité de raffinement. J’étais fascinée. Les éditions Philippe Picquier et Rue du Monde, puis Actes Sud Junior, m’ont ensuite proposé d’illustrer des livres parlant du Japon, et au fil de et grâce à ces diverses commandes, ma fascination pour ce pays n’a cessé de croître…

Clémence Pollet : Tu as grandi dans les Cévennes et tu vis en ce moment à Tokyo, des lieux si différents ! Comment ton environnement influence-t-il ton travail ?
Sandrine Thommen : Quand j’étais enfant dans les Cévennes, je rêvais de vivre dans une grande ville, quand je serais adulte. Ce qui est donc arrivé, et ce n’est qu’une fois bien installée en ville que le paysage sauvage et montagneux de mon enfance s’est révélé imprégner très fortement mon esprit. Je me suis mise à rêver de vie à la campagne, et j’ai presque toujours besoin de faire figurer des montagnes au loin dans mes illustrations ! Maintenant que je vis à Tokyo, je rêve principalement de vie dans la campagne japonaise… Mais dans mon environnement urbain tokyoïte je trouve aussi beaucoup d’inspiration. Notamment dans toute la végétation qu’on trouve dans la ville, et toutes les belles fleurs qui rythment de manière très marquée le passage des saisons… Il y a aussi des ambiances particulières de lumières, une multitude de détails graphiquement efficaces et beaux, des personnages à l’attitude touchante… J’ai choisi d’habiter au Japon car j’ai pratiquement envie de tout dessiner de ce pays si particulier et charmant ! Aussi, je me passionne pour l’apprentissage du japonais, et j’ai de plus en plus envie d’écrire des mots en japonais dans mes illustrations, car je trouve leur écriture si belle et mystérieuse.

Clémence Pollet : Maintenant question technique ! Tu manies aussi bien les pinceaux que le stylet mais tes images qui me fascinent le plus sont celles réalisées aux crayons de couleur. Comme dans ton dernier album L’extraordinaire voyage du chat de Mossoul ou dans tes carnets de voyage. Comment t’es-tu familiarisée avec cette technique ? Construit-on une image aux crayons de couleur comme une image à la gouache par exemple ?
Sandrine Thommen : J’ai commencé à utiliser les crayons de couleur à l’occasion d’un premier voyage en solitaire, en Sibérie, en 2012. Je venais de découvrir les livres de Florent Chavouet, et à peine la dernière page de Manabe Shima refermée, j’ai eu envie de faire comme lui : partir voyager seule (dans l’Asie réelle d’aujourd’hui et non plus seulement celle des anciennes images dans les livres) et dessiner avec des crayons de couleur, bien plus pratiques à transporter que de la peinture. J’ai tout de suite été enthousiasmée par l’intensité et la variété des couleurs des fameux crayons Polychromos de Faber-Castell (minute pub). Ça a été assez direct et intuitif de trouver ma manière d’utiliser ces crayons. Par contre, effectivement je ne construis pas une image de la même manière aux crayons de couleur qu’avec la gouache. Premièrement, avec la gouache je peux ajouter des détails en couleurs claires sur des couleurs foncées, mais avec les crayons il faut penser à laisser tout le clair en réserve (sachant que je ne veux surtout pas mélanger les techniques et rajouter de la peinture sur du crayon !) Aussi, avec les crayons, ça prend beaucoup plus de temps de remplir une grosse zone de couleur qu’avec un gros pinceau de peinture, surtout quand on veut comme moi avoir une matière la plus lisse et veloutée possible. Et puis avec la gouache, on choisit directement la couleur finale qu’on applique sur le papier (pour ma part ça me prend aussi beaucoup de temps de trouver les exacts bons mélanges !), tandis qu’avec les crayons je « monte » les couleurs petit à petit sur le papier, je fais plusieurs couches avec des superpositions de différentes couleurs, pour obtenir la nuance exacte que je recherche. C’est très long, mais quand on peut prendre son temps en écoutant de la musique ou des émissions de radio, c’est une technique très agréable !
Et j’ai failli oublier une autre différence importante ! Avec la gouache je n’arrive pas très bien à faire des dégradés suffisamment « doux » à mon goût, alors en général je construis mes images avec des aplats seulement. Tandis qu’avec les crayons, c’est beaucoup plus facile de faire des dégradés vaporeux, alors je me régale à utiliser cette possibilité par endroits, dans les ciels notamment…
À mon tour de te poser quelques questions

Tu dessines souvent des personnages au visage d’enfant modèle, ressemblant un peu à des poupées. D’où cela te vient-il ?
Clémence Pollet : Ce sont les représentations européennes des personnages dans les estampes et chromos du XIXe et du début XXe qui m’ont inspirée pour imaginer mes silhouettes d’enfants (et d’adultes). Mais aussi les poupées en biscuit, les jouets métalliques ou automates de cette même époque ainsi que les figurines en céramique du XVIIIe. Ce n’est donc pas étonnant si mes enfants te rappellent des poupées !
J’essaye tout de même de ne pas m’enfermer dans cette représentation trop figée pour certains projets. Quoique je m’amuse toujours à imaginer les petits garçons d’aujourd’hui s’identifier à mes enfants portant gilets et petites ballerines.

Sandrine Thommen : Tu as aussi été amenée à illustrer plusieurs livres parlant de la culture chinoise (La ballade de Mulan, Confucius toute une vie…) ; quel est ton rapport avec ce pays ?
Clémence Pollet : C’est grâce à une première commande des éditions HongFei Cultures que je me suis plongée dans la culture chinoise. L’histoire que je devais illustrer (L’Auberge des ânes) se passant sous la dynastie des Tang, je me suis renseignée sur cette période et ai accumulé beaucoup d’images pour me documenter. J’ai été fascinée par la grâce des statuettes de cette époque, la pureté et la simplicité de leurs lignes. Mais c’est surtout la découverte des longs rouleaux peints qui m’a enchantée. Un véritable coup de foudre pictural, comme lorsque tu as découvert la miniature persane aux Arts déco. J’avais ressenti la même émotion lorsque j’avais visité il y a dix ans la chapelle des Scrovegni peinte par Giotto à Padoue. Je suis donc extrêmement admirative de l’Art chinois. Mon rapport plus général avec le pays est encore un peu flou. Je reviens tout juste d’un petit tour à Pékin, Canton et Chengdu. Durant ce court séjour où j’étais invitée par l’Institut français j’ai retrouvé certaines couleurs, odeurs et formes rencontrées à Taipei l’année dernière. Mais tout y est plus contrasté. L’excessive modernité dans laquelle la tradition subsiste est déroutante mais esthétiquement très inspirante. Autant du point de vue architectural que social. J’aimerais beaucoup retourner en Asie, à Taiwan je pense, pour y passer un peu plus de temps et voir quels projets pourraient en découler. Sûrement un sur la nourriture tant les mets qu’ils proposent sont savoureux ! Je me suis régalée à chaque instant entre les dim-sum cantonais, les hot pot sichuanais et les canards laqués pékinois.

Sandrine Thommen : Ah, ça me rappelle de bons souvenirs chinois…! Je vais aussi terminer par une question technique ! J’ai l’impression que tu es extrêmement rapide (beaucoup plus rapide que moi en tout cas !) pour peindre des illustrations à la gouache. Est-ce que tu trouves toujours directement les bonnes couleurs, toi ? Quels sont pour toi les avantages et les inconvénients de cette technique comparée à ton autre technique principale, la gravure ?
Clémence Pollet : Je mets entre un et quatre jours pour réaliser une image à la gouache. Tout dépend de son format et de sa composition bien sûr ! Ça me paraît déjà pas mal, surtout qu’au préalable j’ai dû passer une journée à travailler le crayonné.
Les couleurs peuvent venir assez facilement comme pour mon album La tresse ou le voyage de Lalita où la gamme colorée était assez large. Je remplis mes formes de couleur en commençant par l’arrière-plan un peu au pif. Sur une vingtaine d’illustrations, j’ai recommencé une image et suis revenue à plusieurs reprises sur les couleurs de trois autres.
En revanche quand je limite ma gamme colorée qu’à trois ou quatre couleurs par image, je préfère tester la mise en couleur numériquement en amont de manière à bien équilibrer l’image. Ce fut le cas pour Animal Totem et ce le sera pour mon prochain album !
La gouache et la linogravure sont des techniques si différentes que j’ai du mal à les comparer ou à me dire quels sont leurs avantages et inconvénients. Je tends cependant à favoriser la gouache ou le collage numérique lorsque je fais un album car la linogravure est une technique qui demande bien plus de temps. Entre la création de l’image, la gravure de la/des plaque/s et l’impression, les mois s’envolent. J’ai mis un an à travailler sur La ballade de Mulan dont toutes les doubles sont des linogravures imprimées en 4 couleurs tandis que les images à la gouache d’Animal Totem m’ont demandé 2 mois de travail.
Par contre, comme j’aime tellement graver, faire mes couleurs et manipuler rouleaux et presses, je réalise beaucoup d’images en lino juste pour le plaisir. Il y a une efficacité dans les formes et les couleurs que je ne retrouve pas à la gouache. Que je manie gouges ou pinceaux, je suis dans les deux cas dans le même état de concentration et de recherche de précisions tout en ayant l’esprit occupé à écouter de la musique ou des émissions. On doit finalement avoir les mêmes journées de travail ;) !

Bibliographie sélective de Sandrine Thommen :

  • L’extraordinaire voyage du chat de Mossoul, illustration d’un texte d’Élise Fontenaille, Gallimard Jeunesse (2018).
  • YÔKAI!, illustration d’un texte de Fleur Daugey, Actes Sud Junior (2017).
  • J’écris des haïkus, illustration d’un texte de Véronique Brindeau, Picquier Jeunesse (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • La Lance et le bouclier, illustration d’un texte de Geneviève Clastres, HongFei Cultures (2016).
  • Les oiseaux globe-trotters, illustration d’un texte de Fleur Daugey, Actes Sud junior (2014).
  • Le Marchand de pêches, illustration d’un texte de Yui Togo, Picquier Jeunesse (2012).
  • La Grand-mère qui sauva tout un royaume, illustration d’un texte de Claire Laurens, Rue du monde (2012).
  • Le Kami de la lune, illustration d’un texte de Nathalie Dargent, Picquier Jeunesse (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • La sœur du soleil, illustration d’un texte de Bahiyyih Nakhjavani, Actes Sud junior (2010).
  • La Fleur du mandarin, illustration d’un texte de Bahiyyih Nakhjavani, Actes Sud Junior (2009).

Retrouvez Sandrine Thommen sur son site : http://www.sandrinethommen.com.

Bibliographie sélective de Clémence Pollet :

  • Dis, comment tu nais ?, illustration d’un texte de Françoise de Guibert, De La Martinière Jeunesse (2019), que nous avons chroniqué ici.
  • La tresse, illustration d’un texte de Laëtitia Colombani, Grasset Jeunesse, que nous avons chroniqué ici.
  • Animal Totem, illustration d’un texte d’Agnès Domergue, HongFei (2018).
  • Confucius toute une vie, illustration d’un texte de Chun-Liang Yeh, HongFei (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Une journée à la ferme, texte et illustration, De La Martinière Jeunesse (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Dis, que manges-tu ?, illustration de textes de Françoise de Guibert, De La Martinière Jeunesse (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Alice et merveilles, illustration d’un texte de Stéphane Michaka, Didier Jeunesse (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Dis, où tu habites ?, illustration de textes de Françoise de Guibert, De La Martinière Jeunesse (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Il était une fois… La traversée, illustration d’un texte de Véronique Massenot, HongFei (2017).
  • Une poule sur un mur, illustration de textes de divers auteur·trice·s, P’titGlénat (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Mon grand livre-disque de comptines, illustration de textes de divers auteur·trice·s (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • La ballade de Mulan, illustration d’un texte de Chun-Liang Yeh, HongFei (2015).
  • Contes d’un roi pas si sage, illustration d’un texte de Ghislaine Roman, Seuil Jeunesse (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • La langue des oiseaux et autres contes du palais, illustration d’un texte de Chun-Liang Yeh, HongFei (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Ton coffret pour découvrir la ferme, illustration, De la Martinière Jeunesse (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • L’auberge des ânes, illustration d’un texte d’Alexandre Zouaghi et Chun-Liang Yeh, HongFei (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • Le Petit Chaperon bleu, illustration d’un texte de Guia Risari, Le baron perché (2012).
  • L’ébouriffée, illustration d’un texte d’Hélène Vignal, Rouergue (2009).

Retrouvez Clémence Pollet sur Instagram : https://www.instagram.com/clemencepollet.

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