La mare aux mots
Parcourir la categorie

Les invités du mercredi

Les invité·e·s du mercredi : Claudine Morel et Cécile Bonbon

Par 17 avril 2019 Les invités du mercredi

Chaque album de Claudine Morel nous réjouit autant qu’il nous surprend. J’avais donc envie d’en savoir plus sur elle et sur son travail. Ensuite, on part en vacances avec l’autrice-illustratrice Cécile Bonbon. Bon mercredi à vous.


L’interview du mercredi : Claudine Morel

Parlez-nous de votre parcours
Pendant longtemps je n’ai pas vraiment su quel métier j’avais envie d’exercer, même si comme beaucoup de mes collègues illustrateurs, depuis l’enfance je dessinais beaucoup, écrivais et illustrais des histoires, etc. Mais de là à en faire un métier… ! Des études d’anglais et de français Langue Étrangère à l’Université de St-Étienne m’ont d’abord conduite à devenir enseignante. Mon CAPES d’anglais en poche, je suis partie enseigner le français au Kenya à l’Alliance Française de Mombasa, pendant 15 mois. Puis l’anglais, de retour en France, dans un collège de l’Oise. Ces études et ces riches expériences m’ont apporté beaucoup, mais m’ont aussi fait comprendre que ce n’était pas là ma première vocation, et qu’autre chose m’appelait. L’image avait une place importante dans l’enseignement des langues, je dessinais beaucoup pour mes élèves et mes étudiants, et j’adorais ça : je rêvais de faire les illustrations des manuels scolaires… Jusqu’au jour où cette envie est devenue l’idée sérieuse d’en faire mon métier, pour de vrai ! Après avoir fait mon bilan de compétences un peu toute seule, j’ai donc décidé de devenir illustratrice. J’ai quitté l’Éducation Nationale et repris des études au sein de l’École Supérieure des Arts Décoratifs de Strasbourg (aujourd’hui la Haute École des Arts du Rhin), en section Illustration. J’en suis sortie diplômée en 2007, et depuis l’aventure continue… !

Vos trois albums sortis chez Didier Jeunesse (À la rencontre, Clic ! et ABCDaire des métiers qui n’existent pas) sont très différents les uns des autres. Est-ce pour surprendre, ne pas vous enfermer dans une case ?
C’est vrai, ils sont différents, j’en suis consciente ! Et vous n’êtes pas la première personne qui me questionne à ce sujet. Vraiment, il n’y a rien de prémédité, ni de stratégie dans cette évolution. Je crois que chacun est simplement à l’image de mon évolution intérieure, de ma progression. J’ai mis du temps – et j’en mets encore, je suis un peu escargot… – à trouver mon style, mon univers, ma patte. Je suis venue tard à l’illustration, avec un grand besoin d’apprendre et d’expérimenter des techniques avant d’oser me lancer, et de me sentir légitime aussi. Je pense que j’ai procédé par étapes, en apprenant à me connaître un peu plus, et petit à petit à prendre confiance. Pour cela, la patience et l’accompagnement confiant d’un éditeur sur trois livres, et sur une longue période (8 ans entre À la rencontre et L’ABCDaire !), est une vraie chance, et pour moi un soutien infiniment précieux. Mais si les trois livres sont différents dans leur aspect graphique, je pense qu’on peut tout de même percevoir le fil qui les relie : la simplicité des formes et du trait, les couleurs vives. Un mélange d’espièglerie, de décalage et de tendresse. Et ce qui est le cœur de mon travail : l’envie et le souhait que les lecteurs, petits mais aussi grands, ferment le livre et aient envie de s’amuser, prendre le relais, inventer et créer leurs propres formes et histoires. Qu’ils se connectent à la joie et à la fantaisie qui est en eux !

Parlez-nous de ce dernier sorti, le très beau ABCDaire des métiers qui n’existent pas, comment est-il né ? Comment avez-vous travaillé sur ce projet ?
Oh, merci. Je dirais que, des trois, c’est l’album le plus proche de moi, le plus personnel. Et peut-être celui que je chéris le plus.
D’une part parce qu’il vient du jeu de mimes auquel nous jouions mes sœurs et moi, avec nos cousins aussi parfois, quand nous étions petites : non seulement mimer des métiers pour les faire deviner aux autres mais les inventer ! Dans mon souvenir : « Petipoyeur de mur » (celui qui dessine des petits pois sur les murs), « Ramasseur de cailloux », et la fameuse « Gardienne de gilets », que j’ai incluse dans L’ABCDaire.
D’autre part parce que j’ai retrouvé, avec le crayon de papier, le trait de crayon que j’ai toujours eu dans les mains (quand je dessinais sur un peu tout et n’importe quoi, sur mes cours élève, sur les blocs de téléphone, pour les petites BD que j’inventais, etc.) et que j’avais abandonné un temps pour m’essayer à d’autres choses. Et mes crayons de couleur, qui n’étaient jamais très loin, mais à qui, là, j’ai pu donner la part belle, même par si petites touches.
J’ai envoyé seulement une dizaine d’esquisses de métiers à l’éditeur, en lui expliquant le principe, et après concertation en interne sur la pertinence d’en faire un abécédaire, ou un inventaire, Didier Jeunesse a choisi de me faire confiance sur ce nouveau projet un peu foufou. L’éditrice avec qui j’ai travaillé ensuite m’a laissé une grande liberté dans le choix des métiers, tout en me guidant et m’accompagnant sur des questions comme l’équilibre à trouver entre les plus poétiques et les plus loufoques, comme dans leur mise en image et en couleur, même si là encore j’ai été très libre. Une très belle collaboration s’est faite aussi avec la maquettiste et son magnifique travail typographique. Nous avons travaillé toutes les trois de concorde, et même si dans la réalisation d’un album il existe nécessairement des phases de doute, ou de pause (et moi je suis encore une championne du doute !), réaliser cet album-là a été un régal. Tout s’est déroulé à merveille, du choix du papier jusqu’à sa forme finale, et j’en suis très heureuse.

Comment naissent vos histoires et qu’est-ce qui arrive en premier, l’histoire ou les illustrations ?
Plus que l’histoire, je dirais que c’est l’idée, le principe qui surgit en premier (« Ils s’amuseraient à se prendre en photo et faire n’importe quoi devant l’appareil », « Chaque personnage représenterait un métier qui n’existe pas »…). À ce stade, il n’y a pas encore de qui, où, comment… c’est encore assez vague. Mais rapidement je prends mon crayon et je dessine, je viens voir qui vient, là, sous mon crayon, qui se manifeste, à quoi il, elle, ils ressemblent. Mais je fais souvent confiance à la spontanéité des premiers jets. Souvent mes premiers traits de crayon sont les bons, et j’essaie autant que faire se peut, même quand je retravaille ensuite un personnage ou un élément, de garder le trait de départ, son énergie, la ligne qui s’est posée là en premier, quand je ne la contrôlais pas encore. Ce n’est pas toujours facile, et en général plus je retravaille un dessin, plus la ligne prend le risque de s’affaisser, de se ramollir… Comme dans beaucoup de domaines dans la vie, il faut savoir s’arrêter à temps, s’arrêter tout court, trouver la bonne mesure, le subtil équilibre – qu’on trouve parfois en un coup de crayon (ô magie !) mais bien souvent en refaisant aussi plusieurs fois le geste et le dessin – entre spontanéité et contrôle, énergie et précision.

Quelle technique d’illustrations utilisez-vous ?
Toujours, quel que soit l’outil que j’utiliserai ensuite, le crayon de papier (bois ou critérium) pour les esquisses, recherches, et premiers crayonnés. Ensuite, le plus souvent, le crayon de couleur. Mais aussi le numérique (comme dans Clic !, ou la mise en couleur a été faite uniquement en numérique, avec des motifs que j’avais créés puis incrustés dans l’image). Il m’est arrivé de dessiner directement à la tablette graphique, pour tenter d’aller plus vite (!) mais il me manque toujours le grain, la résistance et les accidents du papier. Et l’infinie possibilité des couleurs finit toujours par me paralyser, je finis par mettre beaucoup plus longtemps qu’avec mes crayons ! Pour l’instant, j’ai donc toujours besoin de mes outils traditionnels, même si le numérique reste un outil complémentaire et indispensable (je scanne moi-même puis nettoie, retouche, affine et peaufine mes images à l’écran, avant de les envoyer à l’éditeur).

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Toute petite, des Pomme d’Api, Belles Histoires, et un petit album Les aventures de la petite souris (avec une histoire de noisette) que j’ai lu et relu et relu et relu ! Des albums du Père Castor, et des tas d’autres livres piochés dans la bibliothèque déjà existante de la maison, engrangés par mes grandes sœurs, et complétés par la petite dernière. On avait aussi un énorme livre compilant des histoires illustrées des films de Walt Disney (c’est là que j’ai commencé à décalquer puis recopier et apprendre à dessiner mes premières robes de princesse, souris et lapins). En grandissant, je lisais des piles de J’aime Lire entassées sur mon lit (je me faisais une petite sélection de 5, 6 numéros), dont j’aimais déjà regarder en 2è de couverture qui en avait réalisé les illustrations. Et des Tintin, Alix, Gaston Lagaffe, Lucky Luke, Astérix, puis plus tard Calvin et Hobbes de Bill Waterson, Sempé, qui restent mes idoles. Je ne lisais pas beaucoup de romans, ceux étudiés à l’école me suffisaient (j’ai adoré découvrir des classiques au lycée, et me souviens d’un été où j’ai enchaîné Flaubert, Maupassant, Zola, Madame de La Fayette…). Je me suis mise à en lire une fois adulte.

Sur quel nouveau projet travaillez-vous actuellement ?
Je suis en train de réaliser les illustrations d’un album, qui devrait être une série, écrit par une autrice coréenne, racontant l’histoire d’une petite fille coréenne en France, pour les éditions Blue Dot. En même temps que je réalise deux commandes de dessins originaux pour des particuliers. Aussi, et c’est tout neuf, un nouveau projet d’album est en gestation avec Didier Jeunesse, pour ma plus grande joie. Je ne peux pas vous en dire plus pour l’instant, car nous n’en sommes qu’à la genèse. Mais on l’espère, rendez-vous probable en 2020 !

Bibliographie jeunesse :

  • ABCDaire des métiers qui n’existent pas, texte et illustrations, Didier jeunesse (2019), que nous avons chroniqué ici.
  • Clic !, texte et illustrations, Didier jeunesse (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • À la rencontre, texte et illustrations, Didier jeunesse (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • Au bureau, illustration d’un texte de Stéphanie Ledu, Milan (2010).

Retrouvez Claudine Morel sur son site : http://claudinemorel.ultra-book.com.


En vacances avec… Cécile Bonbon

Régulièrement, nous partons en vacances avec un·e artiste. Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais moi j’adore partir comme ça avec quelqu’un, on apprend à la·le connaître notamment par rapport à ses goûts… cet·te artiste va donc profiter de ce voyage pour nous faire découvrir des choses. On emporte ce qu’elle·il veut me faire découvrir. On ne se charge pas trop… Des livres, de la musique, des films… sur la route on parlera aussi de 5 artistes qu’il·elle veut me présenter et c’est elle·lui qui choisit où l’on va… 5 destinations de son choix. Cette fois-ci, c’est avec Cécile Bonbon que nous partons ! Allez, en route !

5 albums jeunesse

  • Les aventures d’Alexandre le gland, Olivier Douzou
  • Les Sardines ne poussent pas sur les arbres, Vera Eggermann
  • Virginia Wolf, Isabelle Arsenault Kyo Maclear
  • Hibou, Mélodie Braschet
  • Alice au pays des merveilles, Lewis Carrol

5 romans

  • Sans nouvelles de Gurb, Eduardo Mendoza
  • L’étranger, Albert Camus
  • 1Q84, Haruki Murakami,
  • Je suis un chat, Natsume Soseki
  • Correspondance (1944-1959), Albert Camus et Maria Casarès

5 DVD

  • La Famille Tenenbaum, Wes Anderson
  • Sin City, Robert Rodriguez et Frank Miller
  • Bonjour, Yasujirō Ozu
  • Stand by Me, Rob Reiner
  • Fight Club, David Fincher

5 CD

  • Santigold – I don’t Want (the gold fire sessions)
  • Gorillaz – Plastic Beach
  • Blur – the best of
  • Pizzicato five – Happy End of You (remix album)
  • The Jesus and Mary Chain – Psychocandy

5 artistes

  • Tatsuro Kiuchi
  • Javier Mariscal
  • Grip Face
  • Lionel Messi
  • Hayao Miyazaki

5 BD

  • DAME UN BESO, d’El don Guillermo chez Misma
  • L’ Astragale, de Pandolfo, Sarrazin, Risbjerg. Sarbacane
  • Duel d’escargots, Sonia Pulido Pere Joan Editions Cambourakis
  • Pulse Enter Para Continuar – Ana Galvañ – Apa Apa editorial
  • C’est le merdier, l’amour. Nine Antico – Glénat

5 lieux

  • Faire une pause chez Miss Perkins tea, sants, Barcelona
  • Se balader sur le sentier côtier de Port-vendres à l’anse de Paulilles
  • Manger une coca de patata à Valldemossa, en terrasse, à la pâtisserie Can Molinas (Mallorca)
  • Faire une randonnée circuit des 12 lacs du Carlit depuis le lac des Bouillouses
  • Ma prochaine destination Tokyo

Cécile Bonbon est autrice et illustratrice.

Bibliographie sélective :

  • Petit, Didier Jeunesse (à paraître – août 2019).
  • Dans ma maison, illustration d’un texte de Stéphanie Demasse-Pottier, Sarbacane (2019), que nous avons chroniqué ici.
  • Qu’est-ce que je suis aujourd’hui, illustration d’un texte de Rachel Corenblit, Frimousse (2019).
  • En colo avec les abeilles, illustration d’un texte de Clémence Sabbagh et Ariane Mellazini, Le gâteau sur la cerise (2019).
  • Les bagarreurs, illustration d’un texte d’Ingrid Chabbert, Bang Editiones (2018).
  • Tapent, tapent, petites mains, illustrations, Didier Jeunesse (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Le gros goûter, illustration d’un texte de Stéphane Servant, Didier Jeunesse (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Les maths à la petite semaine, illustration de textes de Rachel Corenblit, Le Rouergue (2013).
  • Rue Lapuce, avec Arnaud Roy, Didier Jeunesse (2010).
  • Promenons-nous dans la ferme les couleurs, texte et illustrations, L’élan Vert (2010).
  • Le machin, illustration d’un texte de Stéphane Servant, Didier Jeunesse (2007), que nous avons chroniqué ici.

Pour une bibliographie plus complète : https://cargocollective.com/cecilebonbon/BIO_BIBLIO.

You Might Also Like

Les invité·e·s du mercredi : Baptistine Mésange, Pascale Bougeault, Camille Génié et Laurence Carrion

Par 10 avril 2019 Les invités du mercredi

Aujourd’hui, je vous propose de passer un moment avec l’autrice-illustratrice Baptistine Mésange, afin de mieux la connaître, puis on reviendra sur Comment maman a tué le chef des pamplemousses avec ses coautrices (Pascale Bougeault et Camille Génié) et son éditrice (Laurence Carion). Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Baptistine Mésange

Je connais votre travail depuis longtemps, mais au dernier salon de Montreuil j’ai découvert quatre nouveautés, toutes magnifiques, vous croulez sous les projets ?
Merci ! Oui, il y avait certaines de mes nouveautés au salon de Montreuil, notamment des cartonnés pour les tout petits et mon album Par la fenêtre tous trois aux jolies éditions Dyozol. Je crois que ces derniers mois ont représenté une période en effet un peu chargée pour moi, beaucoup de projets ont vu le jour en même temps. La fin 2019 sera assez remplie aussi. Cela me laisse peu de temps pour les projets personnels, mais dès qu’une petite pause se profile, j’en profite pour préparer de nouvelles choses. J’ai beaucoup d’envies créatives en tête, mais toutes ne verront pas le jour avant longtemps… j’aime les comparer à des petites graines, à qui il faut laisser du temps pour germer et pousser doucement.

Votre travail a évolué avec le temps, pouvez-vous nous en parler ?
J’ai commencé par l’écriture il y a quelques années puis peu à peu je me suis mise à illustrer mes histoires, puis d’autres. J’ai appris toute seule à dessiner, je dirais plutôt à trouver ma patte et je continue d’apprendre tous les jours. J’aime mon papier, mes crayons, mes outils. Je n’essaie pas d’avoir une maîtrise parfaite des couleurs et des matières mais plutôt de les exploiter et comprendre ce qu’elles peuvent apporter à mon univers. J’apprends aussi à me détacher de certains aspects de mon style avec par exemple une couleur plus présente, des visages plus réalistes… Parfois les éditeurs me demandent d’aller plus loin dans ce que je propose et j’apprécie ces expériences très constructives. Je trouve important de rester dans son propre univers sans s’y enfermer. J’aimerais que l’on voie dans mes dessins l’enfant en moi qui grandit.

Parlez-nous de votre parcours.
Si c’est de mon parcours professionnel dont il s’agit, je ne sais pas s’il est vraiment à l’origine de ce que je suis aujourd’hui. J’ai fait des études de lettres, me suis tournée vers l’enseignement. Je n’ai pas fréquenté d’école d’art, j’ai appris avec la vie, avec mes expériences et mes recherches personnelles.

Quelles techniques d’illustration utilisez-vous ?
Il y a tellement de possibilités avec le traditionnel, j’ai envie de tout mêler sur le papier ! J’ai commencé au crayon, crayons de couleur et collage et cela reste mes techniques principales. Mais depuis peu, le crayon aquarellable a pris sa place au sein de mes illustrations, mais aussi l’encre et les petites touches de peinture. J’aime le mélange des techniques, des matières. Associer le papier découpé, les motifs, à la douceur du crayon, aux légères encres diluées… les rencontres ont lieu sur le papier, au sein d’une histoire, c’est ça qui me plaît.

J’ai particulièrement aimé votre travail sur deux de vos nouveautés, Le rêve de Chan-Hui et Madame automne et caetera. Pouvez-vous nous parler de ces deux albums et la façon dont vous avez travaillé sur ces illustrations ?
Madame automne et caetera aux éditions Points de Suspension m’a permis d’exploiter la technique du crayon aquarellable mêlé aux collages et crayon graphite. J’ai voulu de la légèreté et de jolies nuances tout en transparence pour accompagner les poésies de Palina, au fil des saisons.
Le rêve de Chan hui est à ce jour l’album que je préfère dans ma petite production. J’avais dessiné un panda endormi dans un tout petit carnet, et Heyna Bé a posé les bons mots, avec justesse. J’ai vraiment été inspirée par le rêve de cet animal emblématique, celui d’être un oiseau. On rêve tous au moins une fois d’être quelqu’un d’autre, d’appartenir à un autre règne ou de respirer sous d’autres cieux. De voler… Cette acceptation de soi est essentielle à la construction de chaque enfant, et l’aborder avec poésie dans un livre, voilà ce qui me touche particulièrement.

Où trouvez-vous l’inspiration ?
L’inspiration c’est comme la poésie. On la trouve partout ! Je me nourris un peu de tout ce qui m’entoure, je prête une grande attention aux choses simples de la vie. Un caillou dans une chaussure, la pluie sur le carreau, une rencontre inattendue, un mot d’enfant. Il y a les personnalités particulières, les anecdotes, les souvenirs aussi. Je crée surtout sur le fil de mes émotions, je suis à l’écoute de ma mélancolie, de mes sauts de joie. D’ailleurs, la nature y est pour beaucoup ! Ma saison préférée est l’automne et c’est à cette période de l’année que j’ai envie de tout reconstruire, et ça commence par mon univers créatif. Et quand tout cela est épuisé, je ferme les yeux. C’est ce que je réponds aux enfants quand ils me demandent où trouver des idées. En soi.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Enfant j’ai découvert les contes traditionnels grâce à un gros livre bleu de contes offert par mes parents, Il était une fois les contes que j’ai toujours d’ailleurs. J’en lisais beaucoup sans savoir qu’ils étaient les piliers de notre littérature. J’ai aussi adoré lire les livres des bibliothèques roses et vertes, je les dévorais ! Cependant aucun titre ne m’a particulièrement marquée, c’était une façon de répondre à mon envie de lire. J’ai adoré Béatrix Potter, Winnie the Pooh, la comtesse de Ségur, Roald Dahl un peu plus tard. Adolescente, j’ai découvert les grands auteurs français, la littérature anglaise, la poésie. Un roman m’a particulièrement touchée et inspirée par la suite, c’est Le vent dans les saules de Kenneth Grahame. Une pure merveille ! Enfin, s’il n’y a qu’une seule œuvre que je dois citer, c’est Le Petit Prince. C’est pour moi bien plus qu’un livre, c’est une philosophie de vie, ma Bible comme j’aime l’appeler. J’avais sept ans la première fois que je l’ai lu et à chaque relecture j’y découvre encore un morceau de poésie et de sagesse, d’une force infinie. Il y a son empreinte dans tout ce que je crée.

Parlez-nous de vos prochains livres qu’on va découvrir en librairie.
Je termine un album auquel je tiens beaucoup : c’est Boléro et Musette écrit par Maylis Daufresne, à paraître aux éditions Magellan et Compagnie en mai. Il évoque le deuil comme un voyage. Ce sera un album très doux, filant et défilant son histoire au rythme des saisons. Parmi mes sorties de fin d’année, je signerai mon premier album aux éditions Frimousse aux côtés d’Arnaud Tiercelin, une histoire tendre et pétillante. Puis, on retrouvera encore mes illustrations dans un album aux éditions Dyozol avec qui j’aime beaucoup travailler ! Ce sera un automne assez riche pour moi, avant un retour au calme en douceur.

Bibliographie :

  • Boléro et Musette, illustration d’un texte de Maylis Daufresne, Magellan et Compagnie (à paraître – mai 2019).
  • Par la fenêtre, illustration d’un texte d’Emma Robert, Éditions Dyozol (2018).
  • Une planète, illustration d’un texte de France Quatromme, Éditions Dyozol (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Madame Automne et cætera, illustration de textes de Palina, Points de suspension (2018).
  • Ainsi fait la pluie, illustration d’un texte d’Heyna Bé, Éditions Dyozol (2018).
  • Cœur d’artichaut, texte et illustrations, Cépages (2017).
  • L’enfant qui entendait les étoiles, illustration d’un texte d’Élodie Fondacci, Gautier Languereau (2017).
  • Le rêve de Chan-hui, illustration d’un texte de Heyna Bé, Cipango (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Célestin, illustration d’un texte de Pog, Cépages (2016).
  • Dans le ventre de la baleine, texte illustré par Loren Bes, Orphie (2015).
  • L’oiseau, l’enfant et le chat, texte et illustrations, Éditions Pour Penser (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • La fabrique extraordinaire, texte illustré par Manju, Limonade (2011), que nous avons chroniqué ici.

Retrouvez Baptistine Mésange sur son blog : http://baptistinemesange.blogspot.com


Parlez-moi de… Comment maman a tué le chef des pamplemousses

Régulièrement, on revient sur un livre qu’on a aimé avec son auteur·trice, son illustrateur·trice et son éditeur·trice. L’occasion d’en savoir un peu plus sur un livre qui nous a interpellés. Cette fois-ci, c’est sur Comment maman a tué le chef des pamplemousses que nous revenons avec Pascale Bougeault et Camille Génié, les co-autrices, et Laurence Carrion, l’éditrice.

Pascale Bougeault, autrice-illustratrice
Chaque album est pour moi un nouveau partage.
J’avais entendu parler de Camille, fille d’une amie de ma maman. Jeune femme combattante et maman d’un jeune enfant, atteinte d’un cancer virulent.
Sans m’y attendre du tout, je reçois d’elle un gentil mail, délicat, qui annonce le caractère guerrier de son auteure. « … par le cancer qui m’a anéantie il y a 3 ans, mais je garde une dose d’ironie certaine et réfute le larmoyant… Je fantasme l’idée que nous pourrions imaginer ensemble l’alliance de mes textes pour enfant avec votre talent d’illustratrice et votre expérience », m’écrit-elle.
Nous nous rencontrons à l’été 2017 et je découvre la combattante qui s’annonçait, pétillante, décidée, communicative. Allais-je être capable de relever ce défi. Je ne me prononce pas et lui promets d’y réfléchir… mais à peine l’ai-je quittée que son histoire m’habite, m’envahit, me devient évidente. Le scénario, les mots, les dessins se sont vite imposés.
Écriture à 6 mains, oui, mais il fallait faire accepter à mes inspirateurs, l’idée que je m’empare de leur histoire, que je la fasse autre pour toucher un large public. J’écoute toutes les remarques, les idées, les observations de la famille : Camille, Fabrice, le papa et d’Émile.
C’est ainsi que nous avons avancé ensemble.
Pourquoi, ce livre grave dans mes albums facétieux ? Parce que, par ma création, je souhaite transmettre mes émotions, partager ce que j’aime, partager mes rencontres.
Celle-ci fut forte. J’ai voulu mon album tendre mais sans détour.
Mettre des mots, faciliter l’échange autour de sujets graves et difficiles est l’un des rôles de l’album jeunesse.
Merci à Camille et aux éditions Rue de l’Échiquier de m’avoir fait confiance !

Camille Génié, coautrice
Passionnée par les arts vivants, j’ai débuté le théâtre en 2003. Aujourd’hui, je le transmets à de jeunes enfants et à des adultes. Je joue et je mets en scène au sein de compagnies établies en Bretagne, où je vis depuis 6 ans.
En parallèle, ma famille est touchée par de nombreux cancers et je me dis que ce monde parallèle nécessite une mise en valeur. Donner la parole au jeune aidant : l’enfant du parent touché par la maladie qui n’a pas le même niveau d’informations et les mêmes projections ou imaginaire du monde médical.
Maman d’un jeune garçon de 4 ans à l’époque de ma maladie, et comptant dans la bibliothèque familiale, à une place particulière, les créations de Pascale Bougeault, je me lance et lui envoie une missive, espérant que sa poésie pourrait révéler ce sujet. Nous nous rencontrons à Paris, où je lui conte une histoire, mon histoire. S’ensuivent de nombreux allers-retours, mon fils est partie prenante, il rêve aussi de la concrétisation du livre, s’intéresse à la façon dont les illustrations sont travaillées par Pascale, tous les détails sont scrutés, discutés. C’est un joli travail à 6 mains.
Aujourd’hui, je ne rêve que d’une diffusion la plus large possible, car la littérature jeunesse manque de propositions sur le sujet du cancer. Pourtant, ce fléau universel prend de l’ampleur : il est donc urgent de mettre dessus des mots et des dessins. Je sais que lorsque Pascale rencontre des enfants, dans les salons, les écoles, les médiathèques, elle leur lit parfois Comment maman a tué le chef des pamplemousses, et, ainsi récolte les commentaires finalement avertis des jeunes enfants, pour lesquels il est simple de discuter du thème, peut-être plus que pour les adultes !

Laurence Carrion, éditrice
Quand Pascale me parle pour la première fois de ce projet d’album, je lui dis que j’aimerais le voir. En même temps, le sujet n’est pas simple à aborder et si je suis convaincue que de tels albums doivent absolument exister, je sais aussi qu’en la matière, l’erreur n’est pas possible. Un album qui parle du cancer, destiné à de très très jeunes lecteurs…
L’enjeu est impressionnant et l’on voit très bien les écueils où l’on risque de se prendre les pieds.
Il faut que tout soit juste. Il faut absolument que les choses soient clairement exposées, sans tabous, sans évitement mais sans pathos. Il faut que le ton soit celui de l’intimité, teinté de suffisamment d’humour, parce qu’au-delà de ces épreuves, la vie continue.
J’expose toutes mes réserves à Pascale qui m’envoie ses premiers crayonnés quelques semaines plus tard, avec de gros points d’interrogation quant à notre désir à Rue de l’échiquier jeunesse, de vouloir prendre le risque de publier un tel titre. Mais ici, nous ne voyons pas les choses de cet œil-là…
Le résultat ? une véritable réussite ! Probablement parce que cet album est très largement le reflet d’une histoire vécue, le ton est d’une justesse incroyable. La tendresse, la poésie et l’intelligence de Pascale font le reste.


Comment maman a tué le chef des pamplemousses

de Pascale Bougeault et Camille Génié
sorti aux éditions de L’échiquier (2018),
chroniqué ici.
Retrouvez Pascale Bougeault sur son site : www.pascale.bougeault.illustratrice.org.

You Might Also Like

Les invité·e·s du mercredi : Marie Dorléans et Nicolas de Crécy

Par 3 avril 2019 Les invités du mercredi

Hier soir était remis le Prix Landerneau album jeunesse et à ma grande joie c’est Nous avons rendez-vous de Marie Dorléans qui a gagné. J’avais eu un coup de cœur pour cet album, c’était donc l’occasion d’interviewer son autrice. Ensuite, on reste dans la thématique du prix Landerneau, puisqu’on part en vacances avec le président du jury, l’auteur-illustrateur Nicolas de Crécy. Bon mercredi à vous.


L’interview du mercredi : Marie Dorléans

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur votre parcours ?
Le métier que j’exerce aujourd’hui n’a pas toujours été une évidence !
Enfant j’aimais dessiner et ce plaisir m’a accompagné toute mon adolescence mais jamais il ne m’était apparu comme une possibilité d’en faire ma profession.
J’ai donc entamé des études de lettres et d’histoire de l’art, pour ne pas avoir à choisir entre deux formes d’expressions qui me fascinaient : l’art visuel et l’écriture.
C’est en 3e année de Licence que j’ai été rattrapée par le désir de créer, d’inventer : l’envie de raconter des histoires s’est imposée avec force.
C’est donc par le versant narratif que j’ai abordé la question de l’illustration, m’amenant à pousser les portes de l’école des arts décoratifs de Strasbourg.
Après 5 années d’étude j’ai publié mon premier album dès mon diplôme en poche, aux éditions du Baron Perché.

Parlez-nous de votre très beau Nous avons rendez-vous sorti en septembre dernier au Seuil Jeunesse. Dites-nous comment est née cette histoire ?
J’ai vécu cette petite expédition enfant avec des amis. Comme dans l’histoire nous nous sommes levés au beau milieu de la nuit pour aller admirer le lever du soleil.
Depuis j’ai réitéré cette aventure plusieurs fois et l’éblouissement a été à chaque fois renouvelé, laissant dans ma mémoire une empreinte très forte.
Les images sont donc venues très naturellement car il me suffisait de replonger dans mes souvenirs d’enfance !

Comment avez-vous travaillé sur ces illustrations ?
J’ai choisi de réaliser les dessins aux crayon à papier car cela me permettait une douceur dans le trait et la possibilité de détailler les images.
À cela j’ai associé un travail à l’encre bleue, à part, en réalisant des fonds dans lesquels nous pourrions reconnaître les subtilités d’un ciel de nuit avec de la profondeur et de la lumière, puis j’ai assemblé les deux.

Vous avez reçu hier le prix Landerneau pour cet album, félicitations ! Que signifient les prix pour vous ?
C’est toujours agréable d’être remarquée pour un travail qui souvent (chez moi en tout cas) est traversé par des doutes, des remises en question… Cela donne de l’essence dans le moteur pour en faire d’autres !

Comment naissent vos histoires ? Est-ce que le texte vient d’abord ou ce sont les illustrations ?
Le texte est toujours premier chez moi.
Je pense d’abord à une histoire et à partir de là les images s’agrègent, se dessinent dans ma tête. Sans histoire je ne dessine JAMAIS !!!

Vous avez aussi illustré les mots d’autres (Davide Cali notamment), c’est un exercice totalement différent ?
Oui c’est un exercice différent car comme je ne me sens pas vraiment « illustartrice » il me faut donc trouver comment servir au mieux l’histoire tout en faisant « parler » les images pour qu’elles prennent part à la narration, qu’elles ajoutent du sens.

Quelles techniques d’illustration utilisez-vous ?
Dans mes précédents albums, j’ai réalisé mes images au stylo très fin.
Ce stylo me permet une ligne claire tout en me permettant des subtilités dans le noir et blanc pour donner de la matière au décor, aux vêtements des personnages. Cette accumulation de traits me donne la sensation de pouvoir faire vibrer l’image !
La couleur est faite le plus souvent sur ordinateur.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Petite on m’a lu des histoires avant de me coucher. Je me souviens de Max et les maximonstres, par exemple, du Boréal express ou d’Une prison pour monsieur l’ogre de Grégoire Solotareff qui me fascinait et me terrifiait en même temps.
À l’adolescence j’ai été assez vite attirée par les romans pour adulte.
Mon premier grand souvenir de lecture c’était un livre d’Herman Hesse Narcisse et Goldmund vers l’âge de 13 ans.
Depuis, je n’ai cessé de remplir les étagères de ma bibliothèque !

Quelques mots sur vos prochains ouvrages ?
Le prochain livre est un livre-disque sur Mozart écrit par Carl Norac ! Ça promet donc !

Bibliographie sélective :

  • Nous avons rendez-vous, album, texte et illustrations, Seuil Jeunesse (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Odile ?, album, texte et illustrations, Seuil Jeunesse (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Course épique, album, texte et illustrations, Sarbacane (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • C’est chic !, album, texte et illustrations, Seuil Jeunesse (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Vide-grenier, album, illustration d’un texte de Davide Cali, Sarbacane (2014).
  • Mon voisin, livre-CD, texte et illustrations, Les éditions des Braques (2012).
  • L’invité, album, texte et illustrations, Le Baron Perché (2011).


En vacances avec… Nicolas de Crécy

Régulièrement, nous partons en vacances avec un·e artiste. Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais moi j’adore partir comme ça avec quelqu’un, on apprend à la·le connaître notamment par rapport à ses goûts… cet·te artiste va donc profiter de ce voyage pour nous faire découvrir des choses. On emporte ce qu’elle·il veut me faire découvrir. On ne se charge pas trop… Des livres, de la musique, des films… sur la route on parlera aussi de 5 artistes qu’il·elle veut me présenter et c’est elle·lui qui choisit où l’on va… 5 destinations de son choix. Cette fois-ci, c’est avec Nicolas de Crécy que nous partons ! Allez, en route !

Livres jeunesse :

  • Le livre des mots, de Richard Scarry
  • Petit arbre, de Katsumi Komagata
  • Ernest et Celestine, de Gabrielle Vincent
  • Un jour, un chien, de Gabrielle Vincent
  • Les derniers géants, de François Place

Romans :

  • Maître et Marguerite, de Bulgakov
  • À Rebours, de Joris-Karl Huysmans
  • Maîtres anciens, de Thomas Bernhard
  • Une femme, d’Annie Ernaux
  • Molloy, de Samuel Beckett
  • Courir, de Jean Echenoz

Artistes :

  • Agnès Martin
  • Rembrandt
  • David Hockney
  • William Turner
  • James Ensor

Films :

  • Les nains aussi ont commencé petits, de Werner Herzog
  • La Strada, de Federico Fellini
  • Le pigeon, de Mario Monicelli
  • L’Humanité, de Bruno Dumont
  • Au feu les pompiers, de Milos Forman

CD :

  • Variations Goldberg de Bach par Glenn Gould
  • Bob Marley and the Wailers
  • Tony Allen, Afro disco Beat
  • L’Homme à tête de chou, Serge Gainsbourg
  • King Kunta, Kendrick Lamar

Lieux :

  • Le petit cimetière de La Grave, dans les Hautes-Alpes, avec sa vue sur le glacier de la Meije.
  • Le chemin des philosophes en hiver, à Kyoto.
  • La région de l’Alta Rocca en Corse
  • Un Izakaya au hasard à Tokyo.
  • Traversée de l’Aubrac à vélo, fin août.

Nicolas de Crécy est auteur et illustrateur.

Bibliographie (jeunesse) sélective :

  • Les amours d’un fantôme en temps de guerre, texte et illustrations, Albin Michel Jeunesse (2018).
  • La République du catch, texte et illustrations, Casterman (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Le roi de la piste, texte et illustrations, Cambourakis (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Gosse de riche !, illustration d’un texte de Joseph Périgot, Casterman (1998).
  • La nuit du grand méchant loup, illustration d’un texte de Rascal, Pastel (1998).

You Might Also Like

Les invité·e·s du mercredi : Julien Béziat, Michaël Escoffier et Roland Garrigue

Par 27 mars 2019 Les invités du mercredi

Aujourd’hui, nous partons à la rencontre de Julien Béziat, auteur de superbes albums et créateur de Berk le doudou ! Ensuite, Michaël Escoffier et Roland Garrigue nous racontent la naissance de l’adorable Princesse Kevin. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Julien Béziat

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
Après des études d’arts plastiques longues (licence, master, agrégation et doctorat), j’ai été prof d’arts plastiques en collège puis à la fac de Bordeaux Montaigne, où j’enseigne à temps plein depuis 2011. En parallèle, j’ai toujours dessiné toutes sortes de choses, et j’ai très vite été attiré par les albums jeunesse, sans doute par leur forme brève et concise, à travers laquelle il faut arriver à dire beaucoup, avec peu.
J’ai proposé mon premier projet d’album aux éditions Pastel (antenne belge de l’École des loisirs) en 2010, Mäko, et il est sorti l’année suivante : c’était déjà formidable ! En plus, ce premier album a reçu ensuite une Pépite au salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil, ce qui m’a encouragé à poursuivre… J’ai aussi la chance d’avoir rencontré Odile Josselin, éditrice chez Pastel, elle a choisi de publier mon premier livre, et m’a toujours suivi sur les projets suivants, même très différents des précédents. J’ai pour le moment 5 albums publiés depuis 2011 chez Pastel, un nombre limité car je suis donc enseignant-chercheur en Arts plastiques en même temps, difficile parfois de tout concilier d’ailleurs ! J’ai l’impression d’avoir encore beaucoup de choses à explorer, et pas mal d’envies et d’idées d’albums dans mes tiroirs… J’espère donc être encore un peu au début de mon parcours d’auteur illustrateur.

Où trouvez-vous l’inspiration pour vos histoires ?
Souvent des lieux et de ce qu’ils contiennent d’histoires, de rêveries et d’imaginaires. Par exemple, dans Le bain de Berk (Pastel, 2016), la première envie est de proposer un album qui se passera entièrement dans une baignoire. C’est à la fois très limité, et très stimulant : comme pour un enfant qui s’amuse avec ses jouets de bain, une simple baignoire peut devenir une piscine avec son plongeoir (le robinet…), une mer de brume, un océan déchainé, etc. J’ai très vite pensé que le bain c’est aussi un lieu particulier pour les sons, les glouglous, les bruits étouffés par la mousse. À partir de ces différentes situations, peu à peu le récit prend forme et se construit, et les personnages apparaissent en fonction de leur rôle dans l’histoire. À vrai dire, on n’a pas toujours une idée très claire au départ de ce que l’on veut faire, cela part d’une envie, d’un croquis, d’une anecdote, d’un détail observé, mais qui accrochent, nous touchent d’une manière particulière, et donnent envie de produire des images et des histoires.

Vous êtes à la fois auteur et illustrateur de vos albums : comment se passe l’élaboration de vos livres ? Travaillez-vous d’abord sur le texte ou sur l’image ?
Je commence toujours par dessiner, souvent de minuscules croquis, mais qui me permettent de penser l’histoire en images, d’avoir une vue d’ensemble sur la succession des images et la structure des doubles pages. Il y a aussi pas mal de dessins plus précis faits sur des carnets, de personnages, de lieux, de situations : beaucoup de ces croquis ne se retrouveront pas dans l’album au final, mais ils sont un passage nécessaire. Textes et images se précisent ensuite ensemble, et sont pensés simultanément car sont indissociables. Mes textes sont enfin toujours pensés à haute voix, car ce sont souvent des livres qu’on lit aux enfants, et j’aime jouer sur les sons, les bruits, les différences de rythme dans le récit, cela m’amuse beaucoup. J’espère donc que petits et grands s’amusent aussi à les lire !
Mais c’est une cuisine vraiment personnelle, et chaque auteur illustrateur travaille différemment, certains ont besoin d’écrire l’ensemble du texte par exemple avant de commencer à dessiner. Et ces manières de travailler diffèrent aussi selon les albums.

Votre dernier album, La nuit de Berk, met particulièrement en avant le travail sur la lumière. Quelles techniques d’illustration utilisez-vous ?
Pour La nuit de Berk j’ai fait plusieurs essais, et la présence du noir, des nombreuses zones d’ombre, m’a finalement encouragé à choisir une technique mixte avec une grande partie numérique et un dessin final à la tablette : cela me permettait d’ajuster les couleurs et lumières, car l’intérêt de cet album est de jouer sur le point de vue, ce que l’on perçoit et ce qu’on imagine, ce qui est dans la lumière ou dans l’ombre… Cela a d’ailleurs été un peu compliqué de trouver un équilibre dans les zones sombres, l’image est toujours plus claire et lumineuse sur un écran, et il faut travailler aussi en fonction des premières épreuves d’imprimerie pour essayer d’obtenir l’effet désiré sur le papier imprimé.
Dans tous les cas, j’aime chercher une technique qui va s’adapter au mieux à l’idée du livre. Pour les trois albums dans lesquels on retrouve le personnage de Berk par exemple, les outils utilisés sont différents en fonction des lieux représentés. Dans Le Mange-doudous (Pastel, 2013), tout se passe dans une chambre, il y a des tissus, des peluches… il fallait quelque chose de « chaud », et le plus pertinent a été de travailler sur un papier épais avec une technique très simple, peinture et gros crayons. Pour l’album suivant, Le bain de Berk, le lieu est différent : la baignoire, avec ses carreaux, ses brillances, ses transparences, ses jouets en plastiques… J’avais plus de mal à traduire cela avec peinture et crayons, et j’ai finalement trouvé qu’une technique tout numérique permettait de mieux travailler toutes ces textures, et cet aspect artificiel des matériaux.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescent ?
Toutes sortes de lectures, il y avait beaucoup de livres à la maison. Des albums pour enfants, plein de bandes dessinées (j’ai deux grands frères, ce qui m’a permis d’arriver au milieu d’une belle collection de BD !), et des romans.

Quelques mots sur vos prochains projets ? Est-ce qu’une nouvelle aventure de Berk le Doudou est prévue ?
Peut-être que l’on verra un nouveau Berk en effet un de ces jours ! Mais avant, j’espère pouvoir faire un album encore différent. Il est difficile d’en dire plus car j’en suis au début, aux premières images, mais si tout va bien on devrait le voir sortir au printemps 2020.

Bibliographie :

  • La nuit de Berk, l’école des loisirs (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Le bain de Berk, l’école des loisirs (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Alors, ça roule ?, l’école des loisirs (2015).
  • Le Mange-doudous, l’école des loisirs (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Mäko, l’école des loisirs (2011).

Parlez-moi de… Princesse Kévin

Régulièrement, on revient sur un livre qu’on a aimé avec son auteur·trice, son illustrateur·trice et son éditeur·trice. L’occasion d’en savoir un peu plus sur un livre qui nous a interpellés. Cette fois-ci, c’est sur Princesse Kevin que nous revenons avec Michaël Escoffier et Roland Garrigue. Nous n’avons malheureusement pas eu de réponse de l’éditrice.

Michaël Escoffier (auteur):
La première version de Princesse Kevin que j’ai écrite date de 2015.
Comme souvent, c’est le titre qui s’est imposé en premier. Je voulais vérifier l’hypothèse farfelue selon laquelle n’importe quel livre avec le mot Princesse dans le titre se vendait comme des petits pains. J’ai cherché quel autre mot on attendrait le moins après Princesse, histoire de jouer un peu avec les stéréotypes, et Kevin s’est imposé assez vite. Restait à imaginer la trame de l’histoire, les circonstances dans lesquelles un enfant nommé Kevin se retrouvait en princesse et jusqu’où ça le mènerait.
C’est en général le processus que je suis pour un nouveau projet. D’abord le titre, puis l’histoire. Je me comporte comme un lecteur qui déambule dans une bibliothèque remplie de milliers d’ouvrages, et qui va être attiré par un titre, ou une image de couverture, et va avoir envie d’ouvrir le livre pour découvrir ce qui s’y cache.
Un fois l’histoire achevée, je l’ai proposée à Roland Garrigue, avec qui j’avais envie de travailler depuis longtemps. Il me semblait capable d’insuffler à Kevin toute la légèreté nécessaire pour faire de la lecture de cette histoire un moment de plaisir. Le projet est passé entre les mains de plusieurs éditeurs avant d’atterrir sur le bureau de Karine Leclerc (P’tit Glénat). Ce n’est pas un album facile à défendre, et il fallait qu’on trouve la personne qui avait envie de nous accompagner sur ce projet, plus par conviction personnelle, parce qu’elle était sensible au sujet, que par intérêt financier (car nous n’imaginions pas en vendre beaucoup).
On a pas mal échangé sur ce qu’on voulait montrer et comment on allait le montrer. Il y a d’abord eu un casting pour savoir qui interpréterait le rôle de Kevin. Roland a dessiné tout un tas d’enfants différents et nous nous sommes accordés sur le même. Puis l’histoire a un peu évolué au fil des différents story-boards. C’est une étape souvent nécessaire pour tester différentes versions et mettre de l’huile dans les rouages de l’histoire. Est venu ensuite le choix des couleurs, et le rose s’est imposé assez vite. On avait conscience que c’était sans doute un obstacle pour pas mal de lecteurs potentiels. Un livre rose, avec un garçon comme personnage principal : on prenait le risque de se couper à la fois du lectorat masculin et féminin. Mais on voulait aller au bout de notre démarche, et Karine nous a suivis.
Finalement, le succès du livre est inespéré. Et j’ose croire que ce n’est pas uniquement parce qu’il y a le mot princesse dans le titre.

Roland Garrigue (illustrateur):
C’est Michaël qui m’a proposé le texte. Ce n’est pas si fréquent et ça mérite d’être souligné : l’auteur m’a directement envoyé son texte et non un éditeur… ce qui augmente le risque en travaillant sur un projet qui risquerait d’être refusé mais ce qui laisse le temps à la réflexion et aux premières recherches avant d’aller le proposer. En général ça laisse la possibilité d’aller dans des directions plus surprenantes et d’essayer de nouvelles techniques. Aussi j’ai tout de suite adoré le titre du projet : dès que je me le répète il me fait rire ! Je connaissais le travail de Michaël avec Mathieu Maudet et j’ai été séduit par ce projet surprenant et plein d’humanité. J’ai fait quelques essais et ensuite Karine l’a accepté ! Il n’y avait plus qu’à… Quand je fais des rencontres dans les écoles, je parle de mes livres en cours de réalisation aux enfants… j’ai immédiatement compris à quel point ce projet avait du sens et de l’importance en voyant la réaction des enfants et surtout des garçons quand ils découvraient les portraits de princesse Kevin !!! Les questions un peu provocatrices que l’histoire abordent avec subtilité et humour et en laissant beaucoup de liberté dans les réponses sont très adaptées aux enfants que j’ai vus. Je suis très content d’avoir eu un texte comme celui-ci à illustrer et j’aimerais assister à des lectures dans les classes ! Hihi !
C’est dans les classes aussi que j’ai acquis la conviction que la robe de Kevin devait être rose et même un rose flashy ! Karine nous a suivis en acceptant qu’on utilise un ton direct rose fluo. J’étais très anxieux du résultat parce que pour l’inclure dans des images faites à la main c’était expérimental et un peu risqué. En découvrant le livre (alors que ce n’est pas souvent le cas) ça a été une super bonne surprise ! 


Princesse Kevin

Texte de Michaël Escoffier, illustré par Roland Garrigue
sorti chez P’tit Glénat (2018),
chroniqué ici.

You Might Also Like

Les invité·e·s du mercredi : Marie Pavlenko et Gwendal Oulès (librairie Récréalivres)

Par 20 mars 2019 Les invités du mercredi

Quel bonheur de vous proposer aujourd’hui une interview de la géniale Marie Pavlenko ! J’ai adoré son dernier roman, et j’avais envie d’en savoir un peu plus sur elle. Ensuite, c’est à nouveau un libraire qui est l’invité de la rubrique Ce livre-là. Cette fois, c’est Gwendal Oulès le super libraire de la librairie Récréalivres au Mans. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Marie Pavlenko

Présentez-nous Abi, le personnage de votre magnifique roman Un si petit oiseau.
Abi est une jeune femme de 19 ans qui, dès les premières pages du livre, a un accident de voiture. Elle en ressort amputée d’un bras. Le roman est l’histoire de sa renaissance, il commence au moment où elle rentre chez elle, après sa rééducation.

Comment est née cette histoire ?
L’origine, c’est l’accident de ma mère, qui a vécu la même chose qu’Abi.
Ensuite, j’ai inventé et façonné Abi, sa famille, sa maison, ses amis, ses espoirs, ses frustrations, et la constellation folle qui tourne autour d’elle. Son monde.

On reconnaît quelques petites choses de votre vraie vie dans le roman, quelle est la part de vous dans cette histoire ?
Abi n’existe pas, et aucun des personnages n’est réel ou inspiré de gens qui existent. C’est une pure œuvre de fiction, née, je crois, d’un besoin très fort que j’avais de mieux comprendre ma mère, de mieux la faire comprendre aux autres, aussi. Me glisser dans la peau d’Abi m’a permis d’appréhender au plus près ce qu’elle pouvait ressentir. Et puis, bien sûr, il y a les oiseaux, mais si je commence sur le sujet, on est encore là demain. Disons que j’avais très envie de parler d’eux, parce qu’ils ont changé ma vie.

Est-ce que vous avez fait des recherches sur le handicap pour écrire cette histoire et coller au plus proche de la réalité ?
Oui, j’ai lu de nombreux témoignages et tranches de vie sur Internet, j’ai lu Blaise Cendras, aussi, et j’ai discuté avec un ami qui m’a beaucoup appris sur son vécu, son état d’esprit. Et avec ma mère, bien sûr.

Tous les personnages semblent vraiment exister, comment les construisez-vous ?
Je ne les construis jamais ex nihilo. Je commence chacun de mes romans sans savoir comment il va se terminer ni qui sont vraiment les personnages. J’écris, c’est tout, je les mets en situation, je les fais vivre, et la façon dont ils réagissent aux obstacles, aux événements les modèle peu à peu. Ensuite, une fois que je les ai bien cernés, que je les ai rencontrés pour de vrai, je reprends le manuscrit et je lisse.

Que ce soit pour ce roman ou pour les précédents, comment naissent vos histoires ?
Elles partent toutes d’une idée de personnage. Dans Je suis ton soleil, Déborah était cette fille un peu fofolle et à côté de ses pompes qui allait sauver sa mère. Dans La Fille-sortilège, Érine vivait en déterrant des cadavres. Ensuite, le monde se construit autour d’elles, je leur donne un décor, des interlocuteurs, et elles se mettent en mouvement.

Savez-vous à l’avance comment va se terminer votre histoire ?
Non, jamais et parfois jusqu’à très tard dans l’écriture. Je pense que ça m’aide à rester immergée dans l’histoire, à ne pas perdre la connexion avec elle.

Qui sont vos premiers lecteur·trice·s ?
Mes proches. Et mon agent, Roxane Edouard.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Ouh là ! Il y en avait beaucoup ! J’adorais Roald Dahl, qui a été ma première gifle littéraire : avec lui, j’ai découvert la métaphore. J’aimais des univers très divers : Stefan Wul, Marcel Aymé. J’ai aussi lu Le Seigneur des anneaux à 10 ans et ça a été un vrai choc. Ado, j’ai adoré Germinal, ou La Princesse de Clèves, par exemple 🙂

Que lisez-vous en ce moment ?
Je viens de commencer Le temps où nous chantions de Richard Powers. J’ai eu la chance de le rencontrer au festival America à Vincennes et j’ai adoré sa façon d’envisager le monde.

Quelques mots sur vos prochains ouvrages ?
J’ai écrit un roman « premières lectures » qui paraîtra en octobre chez Little Urban, illustré par mon amie Marie Voyelle. Je travaille actuellement sur le deuxième tome. Je viens d’achever une série pour les plus petits, et un roman ado, mais qui n’a rien à voir avec ce que je fais d’habitude : plus court, plus sombre, je crois. Je commence à peine un autre roman pour les 10-13 en gros, complètement zinzin cette fois, histoire de changer un peu d’atmosphère. Et enfin, j’ai un projet d’album qui me tient particulièrement à cœur et dont j’espère qu’il verra bientôt le jour.

Bibliographie :

  • Un si petit oiseau, Flammarion jeunesse (2019), que nous avons chroniqué ici.
  • Zombies zarbis, avec Carole Trébor, Flammarion jeunesse (3 tomes 2018-2019)
  • La Mort est une femme comme les autres, J’ai Lu (2018) – Pygmalion (2015)
  • Je suis ton soleil, Flammarion jeunesse (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • La Fille-Sortilège, Folio SF (2017).

 


Ce livre-là… Gwendal Oulès (librairie Récréalivres)

Ce livre-là… Un livre qui touche particulièrement, qui marque, qu’on conseille souvent ou tout simplement le premier qui nous vient à l’esprit quand on pense « un livre jeunesse ». Voilà la question qu’on avait envie de poser à des personnes qui ne sont pas auteur·trice, éditeur·trice… des libraires, des bibliothécaires, des enseignant·e·s ou tout simplement des gens que l’on aime mais qui sont sans lien avec la littérature jeunesse. Le second invité de cette nouvelle rubrique, c’est le libraire Gwendal Oulès de la librairie Récréalivres au Mans.

Même si j’ai trop rarement l’occasion de le conseiller, j’ai toujours plaisir à faire lire Me voici de Karl Friedrich Waechter publié aux éditions MeMo. Cet album est fondateur dans mon parcours de lecteur adulte de littérature jeunesse. Il a changé mon regard, l’a exercé, « professionnalisé » en quelque sorte. J’y reviens très régulièrement avec à chaque fois un plaisir renouvelé. Je le considère aujourd’hui comme un authentique chef-d’œuvre de la littérature jeunesse à mettre au même rang que le Maus de Spiegelman notamment dans ce qu’il dit de l’Allemagne d’après-guerre. Il correspond parfaitement à l’idée d’Ungerer selon laquelle les livres pour les enfants ne devraient pas être seulement destinés à dormir le soir. Si j’aime d’abord le pouvoir de séduction immédiat de Me voici, la bouille craquante de ce chat sonnant à la porte. J’aime surtout ses strates de sens multiples qui encouragent les lectures interprétatives. Dans l’une des plus audacieuses l’auteur propose à son lecteur (attentif) un « pacte » inédit : être le propriétaire du chat, celui qui ouvre la porte et le retrouve, autrement dit être l’assassin du mignon petit chat. Nous ne sommes évidemment pas obligés de souscrire à cette lecture et avons toute liberté de l’ignorer, de se contenter déjà d’un remarquable premier degré. Mais c’est là. Possiblement. L’exemple est extrême sans doute mais au bout du compte il n’en demeure pas moins que la littérature jeunesse, c’est juste de la littérature. Point. Car il faut toujours aller plus loin que l’émotion que peut susciter le minois adorable d’un petit chat. Cette émotion évoluera à mesure que le lecteur grandira. Je trouve cette expérience désarmante et brutale. Une expérience de lecture idéale.

Gwendal Oulès est libraire à la librairie Récréalivres, 7 rue de la Barillerie au Mans. Retrouvez cette super librairie sur Facebook : https://www.facebook.com/librairie.recrealivres.

You Might Also Like

Secured By miniOrange