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Les invités du mercredi

Les invité·e·s du mercredi : Marion Achard et Malika Ferdjoukh

Par 31 octobre 2018 Les invités du mercredi

Cette semaine, je vous propose une interview de Marion Achard qui est certainement mon plus gros coup de cœur littéraire de l’année, avec elle on revient sur ses livres, son parcours, son écriture. Puis nous partons en vacances avec une autrice que nous aimons particulièrement dans l’équipe (mais on est loin d’être les seul·e·s !), Malika Ferdjoukh, une rubrique réalisée dans le cadre d’un Blog Tour organisé par L’école des loisirs, pour la sortie du second tome de Broadway Limited.


L’interview du mercredi : Marion Achard

Tout d’abord j’aimerais vous dire que vous êtes l’un de mes plus gros coups de cœur littéraires de l’année, je n’avais jamais lu vos ouvrages et j’ai tellement aimé le premier que j’ai lu que j’ai enchaîné sur les autres. Une des choses qui m’a particulièrement plue, surtout dans les histoires de Taloula (Échange caravane pourrie contre parents compétents, Je veux un chat et des parents normaux et Comment j’ai survécu à la sixième) et dans Trop de chefs, pas assez d’Indiens c’est votre écriture qui fonctionne extrêmement bien à l’oral, on prend énormément de plaisir à lire vos textes à voix haute. Je me demandais si c’était voulu.
Merci pour vos retours sur mes livres. Ça fait vraiment plaisir !
Je ne lis jamais mes livres à voix haute. Je sais que certains auteurs ont cette habitude mais ce n’est pas mon cas. En revanche je cisèle et je retravaille énormément mes textes. Quand je relis mes lignes (dans ma tête), je guette la moindre hésitation ou le moindre accrochage et je le reprends. Je m’attache vraiment au rythme. Un peu comme les spectacles où il faut garder l’attention du public en rythmant les séquences et en enlevant tout ce qui est superflu.
C’est peut-être ce travail-là qui donne du confort à la lecture à voix haute.

En parlant de spectacle, vous êtes aussi artiste de cirque, domaine très présent dans vos livres (je pense aux parents de Taloula, mais aussi à la compagnie croisée par les héros de Tout seuls), pouvez-vous nous parler de cette autre facette de votre vie et de l’influence que ça a sur votre écriture ?
J’ai écrit mon premier roman quand j’avais 8 ans. C’était l’histoire d’une petite fille abandonnée qui grandissait dans un cirque.
Mes deux métiers sont tous les deux intimement liés à mon enfance. Je voulais écrire des romans et faire du cirque. Avec beaucoup de ténacité et d’obstination j’ai réussi à faire les deux. Ayant toujours eu ces deux métiers en ligne de mire, je n’ai jamais hésité. C’était ça ou rien. Ce qui ne veut pas dire que c’était facile.
Je fais des spectacles de cirque professionnellement depuis 18 ans. Les tournées, les voyages, les rencontres nourrissent beaucoup mes histoires. Elles s’inspirent de ce que je vois, des rencontres, du mouvement.
En revanche je n’ai encore jamais fait le chemin inverse : nous n’écrivons pas nos spectacles, le scénario n’est pas prévu. Nous travaillons dans une forme de composition directement sur le plateau.
J’aimerai bien réussir à inverser les choses : que mes compétences d’écritures me servent sur scène. Je ne sais pas encore comment.

On a parlé de vos romans où l’humour prime, mais vous avez aussi des romans bien plus sombres, je pense au magnifique Des petits trous dans les doigts qui aborde la maladie d’un enfant, Le peuple du chemin sur l’assassinat d’un peuple d’Amérique du Sud (et l’asservissement d’enfants) ou encore Tout seuls (où deux enfants fuient après un accident dans lequel leur père semble avoir perdu la vie). Ces romans sont tellement différents que j’ai cru tout d’abord à une homonyme ! Est-ce que le processus d’écriture change pour ces romans-là ?
Je crois qu’avant tout, ces différents livres parlent de l’enfance. De l’enfance meurtrie. Des enfants qui subissent.
Parce qu’après tout, même dans Trop de chefs, pas assez d’Indiens, et même si le ton semble léger, le fond est assez grave.
Quant au processus d’écriture, c’est sûr qu’il est plus léger pour moi d’écrire un roman avec le personnage truculent de Taloula que de parler du massacre d’une tribu au fond de la jungle.
En écrivant Le peuple du chemin j’étais certaine qu’aucun éditeur ne voudrait d’un texte aussi dramatique et qu’aucun parent ne le mettrait entre les mains de son enfant.
Mais j’ai continué car je voulais et j’avais besoin de parler de cela. Ça n’a pas été simple car comme pour tous les livres j’ai essayé de me placer à hauteur de l’enfant que j’étais en me demandant comment j’aurai réagi si… Et pour Le peuple j’avais en plus au fond de moi un sentiment d’illégitimité à écrire sur une société dont on ne sait rien. C’était donc un exercice compliqué.
Au final c’est le livre qui a eu le plus de sélection (près d’une quinzaine).
Moi qui pensais que personne n’en voudrait…
Avant tout j’essaie d’écrire ce qui me tient à cœur, une idée sur laquelle je suis capable de me pencher et de me questionner pendant plusieurs mois (je suis assez lente). Et plus j’avance plus j’aime travailler sur l’émotion que le texte va susciter.

Dans vos romans les adultes sont souvent des personnages peu exemplaires. Parfois c’est anecdotique comme la mère de Taloula qui l’incite à laisser sa copine tricher sur elle, parfois plus dur comme la mère qui a abandonné ses enfants dans Tout seuls.
Mais pour la mère de Taloula je pense réellement qu’il faut laisser les copines tricher !
J’étais très mauvaise élève à l’école, dès le CM1 et jusqu’à mon bac que j’ai arraché avec 2 années de retard. J’avais des rapports très compliqués avec les enseignants (ou pour inverser les choses, les enseignants avaient des rapports compliqués avec moi). J’avais des idées atypiques, en marge, et mon histoire familiale était également complexe.
J’ai donc grandi avec une image sans concession des adultes. C’est probablement cela qui transparait au fil des textes. Comme Lally le dit, les adultes sont « potentiellement défaillants ».
Qu’arrive-t-il alors à l’enfant qui est là ?
Ce sont toutes ces histoires d’enfants confrontés à une défaillance qui m’intéressent. Comment réagit-il et comment cela le fait grandir ?
Je crois que j’ai atteint le pire de cette enfance brisée avec Tamba l’enfant soldat une BD qui est sortie chez Delcourt et dont j’ai écrit le scénario. Une histoire d’enfants à la merci d’hommes qui ont le pouvoir de disposer d’eux.
Alors oui, les adultes dans mes textes sont des personnages peu exemplaires… Ça fait grandir mes personnages enfants…

Oui, mais il y a aussi des adultes vers qui se réfugier comme Aldo (Trop de chefs pas assez d’Indiens) ou Opap (Tout seuls), mais c’est drôle de constater que l’un est trop jeune pour être parent (ou professeur) et l’autre trop vieux…
Durant mon adolescence, dans les grands moments où comme beaucoup de jeunes j’ai remis en question mon éducation, les valeurs familiales, l’école, la société… j’ai fait de belles rencontres. J’ai découvert que l’autre n’était plus forcément celui que la famille présentait, mais celui qu’on choisissait.
Ces rencontres adolescentes nourrissent une vie. Beaucoup d’adultes parlent encore de ceux qui leur ont montré un chemin, donné confiance, cru en eux, ouvert à d’autres réflexions…
Et justement les gens que l’on croise ne ressemblent pas à des parents. Ils sont plus jeunes, plus vieux, plus sages ou plus farfelus….

Que lisiez-vous enfant, adolescente ?
J’ai eu des gros coups de cœur pour Mon bel oranger, Sans famille. Puis plus tard Les enfants Tillerman. J’ai lu ces livres au moins 5 fois chacun.
En classe de cinquième j’allais à la bibliothèque avec une copine et nous empruntions des livres pour faire des « cures de lecture ». L’objectif était de lire toute la nuit en notant l’heure de début, de fin du livre et le nombre de pages avalées pendant la nuit. J’adorais particulièrement les livres qui parlaient des Indiens d’Amérique, les récits d’aventures et les questionnements sociaux ou familiaux à hauteur d’enfants ou d’ados…

Sur quoi travaillez-vous en ce moment ? Et ma fille m’en voudrait de ne pas vous poser la question… reverrons-nous Taloula ?
Humm… alors Taloula pour votre fille : le problème que je rencontre est assez bête mais je crois bien qu’Actes Sud arrête sa collection de « roman junior » où Taloula avait trouvé une place…. Ils poursuivent toutefois les anciens titres mais ne vont pas faire de nouvelles publications…. (je ne sais pas si tout ça est très officiel).
Donc a priori… Plus de Taloula.
Sur quoi je travaille ? Actuellement sur un gros projet de scénario BD avec Delcourt. L’idée est de raconter l’histoire d’un collectif d’artiste qui essaie de créer un spectacle de cirque et qui patauge. Je pense que ça va me prendre une bonne partie de l’année. Le travail a commencé mais j’ai 150 pages à gérer et c’est un vrai casse-tête même si je connais bien mon sujet. J’ai tendance à toujours croire que les choses vont se faire rapidement mais la création… C’est long !
Le projet suivant sera un sujet sur les petites filles contorsionnistes mongoles, mais je ne sais pas encore sous quelle forme…

Une toute dernière question, il faut vraiment se méfier du Manuel des Castor Junior ?
Ah les Castor Junior… ! Les manuels étaient superbes, ils parlaient des étoiles, des arbres, des insectes, de comment allumer un feu, des nœuds de marin, des codes secrets… de quoi bien s’évader pour un enfant qui s’ennuie ! Mais bon… pour le code morse… y’a pas à tergiverser : ils n’étaient pas compétents !

Bibliographie :

  • Tamba, l’enfant soldat, BD, scénario, dessins de Yann Dégruel, Delcourt (2018).
  • Trop de chefs, pas assez d’Indiens, roman, Actes Sud Junior (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Le peuple du chemin, roman, Talents Hauts (2017).
  • Comment j’ai survécu à la sixième, roman, Actes Sud Junior (2016).
  • Échange caravane pourrie contre parents compétents, roman, Actes Sud Junior (2014).
  • Je veux un chat et des parents normaux, roman, Actes Sud Junior (2014).
  • Des petits trous au bout des doigts, roman, Actes Sud Junior (2014).
  • Pourquoi je suis devenu une fille, roman, Actes Sud Junior (2013).
  • Tout seuls, roman, Actes Sud Junior (2012).


En vacances avec… Malika Ferdjoukh

Régulièrement, nous partons en vacances avec un·e artiste. Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais moi j’adore partir comme ça avec quelqu’un, on apprend à la·le connaître notamment par rapport à ses goûts… cet·te artiste va donc profiter de ce voyage pour nous faire découvrir des choses. On emporte ce qu’elle·il veut me faire découvrir. On ne se charge pas trop… Des livres, de la musique, des films… sur la route on parlera aussi de 5 artistes qu’il·elle veut me présenter et c’est elle·lui qui choisit où l’on va… 5 destinations de son choix. Cette fois-ci, c’est avec Malika Ferdjoukh que nous partons ! Allez, en route !

5 Albums

  • L’Angleterre est une fête de Philippe Dumas
  • Le Singe à Buffon de Gilles Bachelet
  • Paris sous l’eau de Fabian Grégoire
  • Ma voisine est amoureuse de Régis Lejonc
  • Portraits devinettes d’auteurs illustres d’Anne Trotereau et Philippe Dumas

5 BD

  • Steve Canyon de Milton Caniff
  • Fatale de Cabanes et Manchette
  • Tamara Drewe de Posy Simmonds
  • Emma G. Wildford de Édith et Zidrou
  • La Folie de Ziegfeld de Goldman

5 DVD

  • Chaque soir à neuf heures de Jack Clayton ex aequo avec Boom de Joseph Losey
  • City Girl de Friedrich Wilhelm Murnau
  • The War Lord de Franklin F. Schaffner
  • Zoo in Budapest de Rowland V.Lee
  • Entre le ciel et l’enfer d’Akira Kurosawa ex aequo avec Goût du saké de Yasujiro Ozu

5 romans

  • Dark Place de Mildred Davis
  • Le comte de Monte Cristo d’Alexandre Dumas et Auguste Maquet
  • Seul dans Berlin de Hans Fallada
  • Le Bal d’Irène Nemirovski
  • Au pied du mur d’Elizabeth Sanxay Holding ex aequo avec Nous avons toujours vécu au château de Shirley Jackson

5 CD

  • Ella Fitzgerald , The Jerome Kern songbook
  • Nashville Skyline, Bob Dylan
  • Joe’s garage, Frank Zappa
  • Winter Romance, Dean Martin
  • High Society, Cole Porter

5 artistes

  • Gorge Barbier ex aequo avec Maxwell Parrish
  • John Singer Sargent.
  • Carl Erickson alias Éric, ex aequo avec René Gruau
  • Winsor Mc Kay ex aequo avec Joseph C. Leyendecker
  • Ronald Searle

5 endroits

  • La Punta Tregara et la Grotta azzurra, à Capri
  • Le Stromboli, au sommet, et depuis le large, la nuit
  • La rue Jules-Siegfried, Porte de Bagnolet, à Paris
  • Tudor City à Manhattan
  • Le cimetière aux pirates dans l’île de Desroches aux Seychelles

Malika Ferdjoukh est autrice.

Bibliographie sélective :

  • Série Broadway Limited, romans, L’école des loisirs (2015-2018).
  • La bobine d’Alfred, BD, scénario, dessins de Nicolas Pitz, Rue de Sèvres (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Série Quatre sœurs, BD, scénario, dessins de Cati Baur, Delcourt puis Rue de Sèvres (2010-2017) que nous avons chroniqué ici, et ici.
  • Série Le club de la pluie, romans, L’école des loisirs (2014-2016), que nous avons chroniqué ici.
  • La bobine d’Alfred, roman, L’école des loisirs (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Les quatre sœurs, 4 saisons, BD, scénario, dessins de Lucie Durbiano, BD Kid (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • L’assassin de papa, roman, Syros (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Aggie change de vie, roman, L’école des loisirs (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • Chaque soir à 11 heures, roman, Flammarion jeunesse (2011).
  • Série Quatre sœurs, romans, L’école des loisirs (2003-2004).
  • Sombres citrouilles, roman, L’école des loisirs (1999), que nous avons chroniqué ici.

Ce En vacances avec a été réalisé dans le cadre du super blog tour organisé par L’école des loisirs. Rendez-vous chez Les lectures de Marinette, Chez Clarabel, Deedr, Bob & Jean-Michel, Whoopsy Daisy, Un petit bout de Bib(liothèque) et rendez-vous demain chez Les mots de la fin et vendredi chez Ginger Force.

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Les invité·e·s du mercredi : Dominique Souton, Elsa Valentin, Fabienne Cinquin et Olivier Belhomme

Par 24 octobre 2018 Les invités du mercredi

Aujourd’hui on rencontre LA spécialiste des bolosses en France, j’ai nommé Dominique Souton, autrice formidable qui vient de publier Mon chien parle bolosse qui nous parle de son parcours, des Hauts de Hurlevent, de Judd Apatow et de son processus créatif. Et puis dans un second temps on revient avec Elsa Valentin et Fabienne Cinquin sur le formidable Zette et Zotte à l’usine, une histoire engagée et féministe… Bon mercredi !


L’interview du mercredi : Dominique Souton

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
J’ai écrit un premier roman, Jean-Marc Roberts, éditeur enthousiaste et séduisant, voulait le publier au Seuil, mais le président-directeur de l’époque a mis son véto, décrétant que ce n’était pas un roman. J’ai alors écrit un texte jeunesse que Jean-Marc Roberts m’a conseillé d’envoyer à Geneviève Brisac qui l’a publié à l’École des loisirs. Tout le monde ne peut pas être clochard. Un peu plus tard, mon premier roman « adulte » a été publié par Olivier Cohen aux éditions de L’Olivier. J’ai continué à publier par la suite chez ces deux éditeurs, avec des joies et des frustrations. J’écris depuis quelques années exclusivement des romans jeunesse, toujours à l’École des loisirs, avec Véronique Haïtse.

Parlez-nous de votre processus d’écriture : comment naissent vos histoires ?
Mes débuts d’auteur, en jeunesse comme en adulte, relèvent en quelque sorte de la méthode sociologique de l’observation participante (je plaisante, mais pas tant que ça). J’ai toujours pris des notes, une tonne de notes : mes enfants, leurs jeux, leur conversation, le square, l’école… Un thème finissait par se dégager, et je commençais à écrire. Des romans dans lesquels on retrouvait mes filles, ou deux filles qui leur ressemblaient beaucoup : Hélène et Azalaïs, mais aussi des amis, des mamans, une maîtresse, un docteur, tous impliqués dans les aventures du quotidien. Façon Petit Nicolas, si je cherche une référence.
Aujourd’hui, je me suis américanisée (je plaisante, mais pas tant que ça). Je travaille depuis quelques années à des scénarios, je suis du coup dans mes romans plus attentive à l’histoire et à ses rebondissements, à la trame dramatique. Je suis une grande fan de la comédie américaine indépendante, qu’il s’agisse des frères Farelly (L’Amour extra-large), de Judd Apatow (Freaks and Geeks, En cloque mode d’emploi), de David Gordon Green (Délire Express), de Paul Feig (Mes meilleures amies), ou de Greg Mottola (Supergrave). J’aime profondément la comédie, genre noble entre tous (sacrifier le beau pour le sens demande du courage !). Et je suis très sensible à l’humour, symptôme d’une faillite de soi ou du monde, suivi d’un rétablissement spectaculaire ou seulement salutaire. Les séries Ma meilleure amie et celle du Bolosse s’inspirent directement de cette comédie américaine là, de son réalisme, son sens de l’action, de la transgression, son humour un peu trash et sa célébration de l’amitié. Elles s’inscrivent même dans le sous-genre de la bromance ou brother romance (romance entre frères ou amis). Mes héros se déplacent toujours en bande, ils ont le sens du collectif et de l’amitié. Sartre disait avoir trouvé dans la littérature jeunesse un réservoir d’optimisme pour toute une vie. Je me sens en tant qu’auteur jeunesse une sorte de devoir à remplir ce réservoir.

Pouvez-vous nous parler de votre « série » les « Bolosses » ?
Ma vie de bolosse m’est venu après vision de Freaks and Geeks, qui tourne autour de l’éternelle opposition populaires/bolosses (qu’on appelle aussi les invisibles, sans-amis, les ringards, les boulets, quoi). Au collège, mais déjà à l’école primaire, il y a toujours quelqu’un ou quelques-uns pour en martyriser un autre ou des autres. Le collège est en cela un apprentissage d’une société de classes ou de castes, on y fait très tôt l’expérience des rapports dominants/dominés. Heureusement, le sens de l’amitié s’épanouit volontiers chez les opprimés. Et surtout on y développe un certain sens de l’humour. Ça sauve ! D’ailleurs il suffit d’une conjoncture favorable, une fête où débarque la police municipale, par exemple, pour pouvoir changer de statut.
Dans le second volume, Mon chien parle le bolosse, mon héros qui veut un chien hérite d’un chien-robot. C’est moche ! Sauf que le machin parle, il est doué de langage. Génial ! Sauf que lorsqu’il se met à parler, il dit des horreurs, et va jusqu’à traiter son maître de bolosse. Pour un ex-bolosse, c’est dur. On le comprend, le robot est programmé pour répéter ce qu’il entend autour de lui, il copie sur les collégiens. Une façon de traiter de la contagion du langage, sur internet et ailleurs, de cette propagation de la communautarisation, de l’injure, du rejet sur les réseaux sociaux, bref de la banalisation des haters. Le hater est celui par qui souffrent les bolosses d’aujourd’hui.

Quelles étaient vos lectures d’enfant et d’adolescente ? Qui étaient vos héros et vos héroïnes enfant ?
Enfants, mes héros étaient Anglo-saxons et orphelins : Fifi Brindacier (je portais moi-même des nattes et des taches de rousseur), Tom Sawyer et Huck Finn, les deux derniers merveilleusement réédités par les éditions Tristram. Adolescente, j’habitais la campagne et l’été je gardais les moutons de mon père, j’ai beaucoup beaucoup lu. Plus d’une dizaine de fois Les hauts de Hurlevent, pour ses héros Cathy et Heathcliff, sombres et rebelles, ou pour un décor proche du mien (il existe une très belle version de Jacques Rivette, tournée dans le paysage ardéchois). La chanson de Kate Bush est toujours dans ma playlist. Jane Eyre, aussi, gothique. Ah ! tout Voltaire et tout Corneille, lors de deux séjours linguistiques en Angleterre, parce que c’étaient les plus gros livres de la librairie et qu’ils devaient couvrir tout le séjour. Un accident. D’ailleurs la lecture à ces âges-là est souvent accidentelle. Ma mère, prof d’anglais, avait plein de romans américains : Richard Brautigan, John Fante, Henry Miller, je lis aujourd’hui encore essentiellement la littérature américaine. Je suis en revanche beaucoup moins gothique. Ou alors quand il est drôle et distancié, dans Edward aux mains d’argent ou Beetlejuice, de Tim Burton, par exemple.

Aura-t-on le plaisir de retrouver les « bolosses » pour un prochain tome ?
Je ne sais pas. S’ils veulent revenir, il faudra qu’ils aient quelque chose à faire.

Bibliographie (jeunesse) sélective  : 

  • Mon chien parle le bolosse, L’école des loisirs (2018) que nous avons chroniqué ici.
  • Ma vie de bolosse, L’école des loisirs (2017) que nous avons chroniqué ici.
  • J’aime mon meilleur ami qui aime ma meilleure amie, L’école des loisirs (2016).
  • Dieu roule pour moi, L’école des loisirs (2015).
  • Ma meilleure amie a une meilleure amie, L’école des loisirs (2014) que nous avons chroniqué ici.
  • La voix, illustré par Aurore Petit, Actes Sud Junior (2013).
  • La patte du tigre, L’école des loisirs (2006).
  • Zélia change de look, L’école des loisirs (1998).
  • Je hais le théâtre, L’école des loisirs (1998).

Parlez-moi de… Zette et Zotte à l’Usine

Régulièrement, on revient sur un livre qu’on a aimé avec son auteur·trice, son illustrateur·trice et/ou son éditeur·trice. L’occasion d’en savoir un peu plus sur un livre qui nous a interpellés. Cette fois-ci, c’est sur Zette et Zotte à l’usine – un formidable conte qui nous parle de résistance, de lutte des classes et de féminisme – que nous revenons avec son autrice Elsa Valentin, son illustratrice Fabienne Cinquin et son éditeur, Olivier Benhomme.

Elsa Valentin (autrice) :
Voilà comment est né Zette et Zotte à l’uzine. Je voulais depuis longtemps écrire un album à propos des inégalités sociales et des conflits de classes, mais des mots comme « patron » « ouvrier » « grève » et « révolution » me semblaient inaudibles car vidés de leurs sens à force d’avoir été rebattus, et porteurs d’une connotation trop militante. Bien sûr on ne peut pas dire qu’on les ait beaucoup lus dans la littérature jeunesse, mais ils m’ont toujours paru inutilisables tels quels. C’est le film Merci Patron ! de François Ruffin qui m’a donné l’envie irrésistible d’écrire ce texte. Fidèle à ses combats et à ses convictions, il a complètement renouvelé le genre du film documentaire engagé, avec un humour et une efficacité jubilatoire : il a organisé pour et avec les époux Klur – chômeurs, surendettés et menacés d’expulsion par la faute de Bernard Arnault, responsable de la délocalisation de leur usine en Pologne – un traquenard de haut vol qui a permis de les sauver mais aussi de ré-enchanter la lutte des classes. L’humour était donc un moyen de rendre audible un propos politique qui risquait fort de se discréditer s’il était tenu avec sérieux. Il me fallait trouver à mon tour un décalage, et comme une évidence il m’est apparu que ce décalage pouvait commencer par la transformation même des mots éculés devenus inutilisables. C’est ainsi que j’ai commencé à écrire une histoire de trapron et de zouvrilleuses, d’ascenseur-saucisse, de manifle et de révoluture… Une fois que l’idée était là, le texte est venu vite, avec plaisir et jubilation !

Fabienne Cinquin (autrice) :
Lorsque L’Atelier du Poisson Soluble m’a proposé d’illustrer le texte d’Elsa Valentin, j’ai dit oui tout de suite, avec une rare excitation. J’ai aimé son humour, ses inventions de langage, son propos plein de malice et de révolte face aux injustices de notre époque.   J’ai aimé également cette fin qu’on pourrait juger d’utopique mais nous avons besoin de rêver un autre monde possible, de miser sur notre bonne intelligence et de ne pas désespérer ! Pour bien me mettre dans « l’ambiance » du livre, j’ai revu le documentaire de Françoise Davisse Comme des lions sur le combat des ouvriers de PSA, le très beau film de Mariana Otero Entre nos mains sur les ouvrières d’une petite PME de lingerie qui décident de sauver leur usine et enfin Petites mains de Thomas Rousillon sur les ouvrières de Lejaby qui parle de délocalisation, de fermeture d’usine et de combats de femmes. Les illustrations sont réalisées à partir de techniques mixtes (encre, crayons de couleurs mais aussi beaucoup de collages d’imprimés que j’ai glanés dans des magazines de mode (nous sommes dans une usine de textiles…). J’ai semé au fil des pages des références d’univers hétéroclites. Par exemple, le troupeau de moutons au tout début du livre est celui du générique du film de Chaplin Les Temps Modernes ( vive le mouton noir ! ) On peut retrouver sur la couverture l’irrévérence d’une Zazie de Queneau, une Liberté guidant le peuple, des relents de mai 68, le monde du travail vu par Tati dans Play Time, un « requin »  dans une piscine de David Hockney… et même une Cendrillon qui attend son heure de fortune… ou d’infortune ! Merci à Elsa de proposer des histoires qui donnent à réfléchir aux enfants comme aux adultes qui les accompagnent. Ces livres-là sont une nécessité et je suis très fière d’avoir fait ce travail qui m’a beaucoup apporté. Je ne parle pas d’argent, mais de bien autre chose !

Olivier Belhomme (éditeur) :
Lorsqu’Elsa Valentin, l’auteure du truculent Bou et les 3 zours nous a proposé le texte de Zette et Zotte à l’uzine, celui-ci s’est imposé à nous car son propos correspondait précisément aux préoccupations que nous souhaitions proposer aux enfants pour leur permettre de comprendre le monde que nous leur laissons. Et surtout, le ton qu’elle employait, qu’elle inventait à l’aide de ses jeux sur le langage, était suffisamment décalé pour ne pas paraître trop péremptoire. Aborder des sujets complexes sans en avoir l’air, tel est bien notre volonté.

Zette et Zotte à l’Usine,
texte d’Elsa Valentin, illustré par Fabienne Cinquin,
sorti chez L’atelier du poisson soluble (2018),
chroniqué ici.

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Les invité·e·s du mercredi : Émilie Vast et Clémence Pollet

Par 17 octobre 2018 Les invités du mercredi

Deux autrices/illustratrices sont aujourd’hui nos invitées du jour, et je dois dire que je suis très sensible à leur travail à toutes les deux. Tout d’abord Émilie Vast avec qui l’on revient sur son parcours et sur son travail, puis on part en vacances, afin de faire mieux connaissance avec elle, avec Clémence Pollet. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Émilie Vast

Pouvez-vous nous présenter le magnifique Moi, j’ai peur du loup, qui vient de sortir chez MeMo et que nous avons chroniqué hier ?
Ce livre m’est venu pour deux raisons. D’une part, j’avoue que voyant que nombre d’auteurs avaient un livre à propos d’un loup, je me suis dit que moi aussi j’en voulais un ! De plus il est fréquent que le thème du loup soit porteur d’expos et rencontres, c’était donc tentant !
Et puis, j’avais surtout envie de rendre justice à cet animal mal compris ! On en parle beaucoup en ce moment… Les enfants à force de dessins hors normes du loup, perdent de vue sa réelle représentation, c’est un peu comme le poisson pané à la cantine !
C’était donc amusant de finalement partir à l’inverse des autres, déconstruire le mythe du monstre pour faire réapparaitre l’animal.

Vous avez une belle fidélité à l’éditeur MeMo, pouvez-vous nous en dire quelques mots ?
Oui, c’est une fidélité aux gens de chez MeMo, à la qualité de leur travail, à la qualité de l’impression, du papier… on se comprend, on est sensible aux mêmes choses. De plus, ils me font confiance, c’est reposant et ça aide réellement à être créatif !

Parlez-nous de votre parcours ?
Il est un peu alambiqué… la source vient clairement de mon enfance, influencée par mes parents pour la sensibilité à la nature et aux arts décoratifs. Dessiner et m’inventer des histoires faisaient déjà partie de mes passe-temps.
J’ai perdu un peu de vue cela à l’adolescence, je suis partie dans un cursus scientifique au lycée, mais pas inutile puisqu’avec option Biologie ! Ça me sert toujours…
Ensuite retour des aspirations artistiques puisque j’ai fini par intégrer une école d’art. Je visais le design, j’ai opté pour la section art, pour la photo (il paraît que le dessin n’était pas mon truc, dixit un prof…;-) ). J’ai poussé jusqu’au DNSEP art contemporain pour me rendre compte que finalement, la photo avec l’avènement du numérique ne me passionnait plus autant.
Je me suis donc un peu improvisée graphiste. Et là ce fut la révélation ! Le retour du dessin dans ma vie grâce à un outil numérique inattendu : illustrator. J’ai fui ce logiciel toute ma scolarité pour en tomber dingue après ! Plus qu’un logiciel, c’est clairement une technique, on appelle cela du dessin vectoriel. On construit point par point un contour, on manipule la souris jusqu’à ce que l’on trouve la courbe parfaite…
Pour représenter la nature, ses volutes, ses symétries, c’est idéal. Je trouvais enfin une technique qui me permettait de rendre ce que j’avais en tête.
Et de graphiste j’ai glissé très surement vers l’illustration avec beaucoup de bonheur.
Le livre, lui est venu par ma rencontre avec l’auteure Anne Mulpas, elle m’a confié une histoire, notre premier livre est né et le déclic était fait…
L’écriture, est venue ensuite avec les sollicitations de Christine Morault de chez MeMo. Quand je vous dis qu’ils me font confiance !

Vous parliez à l’instant de la nature, elle tient une place très importante dans vos livres.
Pas que dans mes livres, dans ma vie aussi. J’y suis extrêmement sensible.
Et j’ai terriblement envie de partager cela. Et quoi de mieux que le livre comme vecteur.

Faites-vous des recherches avant d’illustrer un ouvrage comme, par exemple, vos imagiers ?
Oui, je fais des recherches dès que l’on touche au réel, je ne veux pas me tromper dans la représentation des choses. Cela a été surtout essentiel pour les Herbiers aussi bien pour le texte que pour les images.

Qu’est-ce qui vous inspire ?
En plus de la nature en elle-même ? L’art nouveau, l’art Déco, l’Égypte ancienne, le sculpteur Pompon, les illustrations des années 20 à 60…
Et puis certains livres sont nés de mes rencontres avec les enfants dans les classes. Et malheureusement de par certaines lacunes ! Abeilles et Épeire vient de leurs craintes racontées maintes fois à propos de ces créateurs, Plantes vagabondes de leurs méconnaissances du monde végétal.
Protéger la faune et la flore, passe par la connaissance de ces dernières, j’essaye d’apporter ma contribution à cette connaissance…

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Et bien, je lisais peu ! Je faisais partie de ces traumatisés de la lecture. Par contre je regardais beaucoup les images ! Et notamment de vieux livres tout à fait ringards de biologie pour enfants dont les images d’animaux, de plantes et minéraux très variés me fascinaient. Sinon pas mal de Picsou ! C’est bête mais cela à fini par me mettre à l’étrier de la lecture
Comme quoi, il n’y a pas de mauvaises lectures !

Quelques mots sur les prochaines histoires que vous nous proposerez ?
Sur le prochain projet, je serai moins dans la pédagogie, puisque ce sera une petite histoire simple où l’on remonte une action pour en connaître l’origine. Je sais c’est vague, mais c’est trop frais pour en dire plus. Petite variante cependant avec d’habitude, les personnages seront issus non pas des bois européens mais de la forêt amazonienne…

Bibliographie sélective :

  • Moi j’ai peur du loup, texte et illustrations, MeMo (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Plantes vagabondes, texte et illustrations, MeMo (2018).
  • Alphabet des plantes et des animaux, texte et illustrations, MeMo (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Abeille et Épeire, texte et illustrations, MeMo (2017).
  • Chamour, texte et illustrations, MeMo (2016).
  • De papa en papa, texte et illustrations, MeMo (2016).
  • De maman en maman, texte et illustrations, MeMo (2016).
  • Le secret, texte et illustrations, MeMo (2015).
  • En t’attendant, texte et illustrations, MeMo (2014).
  • Il était un arbre, texte et illustrations, MeMo (2012).
  • L’herbier, plantes sauvages des villes, texte et illustrations, MeMo (2011).
  • Korokoro, texte et illustrations, Autrement (2011).
  • L’herbier, petite flore des bois d’Europe, texte et illustrations, MeMo (2010).
  • L’herbier, arbres feuillus d’Europe, texte et illustrations, MeMo (2009).
  • Koré-No, l’enfant hirondelle, illustration d’un texte d’Anne Mulpas, MeMo (2008).

Le site d’Émilie Vast : https://emilievast.com.


En vacances avec… Clémence Pollet

Régulièrement, nous partons en vacances avec un·e artiste. Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais moi j’adore partir comme ça avec quelqu’un, on apprend à la·le connaître notamment par rapport à ses goûts… cet·te artiste va donc profiter de ce voyage pour nous faire découvrir des choses. On emporte ce qu’elle·il veut me faire découvrir. On ne se charge pas trop… Des livres, de la musique, des films… sur la route on parlera aussi de 5 artistes qu’il·elle veut me présenter et c’est elle·lui qui choisit où l’on va… 5 destinations de son choix. Cette fois-ci, c’est avec Clémence Pollet que nous partons ! Allez, en route !

Albums jeunesse

  • Pétronille et ses 120 petits de Claude Ponti
  • Un monde à l’envers d’Atak
  • Romance de Blexbolex
  • Les lettres de l’ourse de Gauthier David et Marie Caudry
  • Les morceaux d’amour de Géraldine Alibeu

Romans

  • Tess d’Uberville de Thomas Hardy
  • Les enfants terribles de Jean Cocteau
  • Les mangeurs d’étoiles de Romain Gary
  • Les âmes mortes de Gogol
  • un Fred Vargas

DVD

  • Les parapluies de Cherbourg de Jacques Demy
  • Smoking, no smoking d’Alain Resnais
  • Phantom of the Paradise de Brian de Palma
  • Charade de Stanley Donen
  • Fargo des frères Cohen

CD

  • Diamonds and Rust de Joan Baez
  • Le Soleil noir de Barbara
  • Soleil Dedans d’Arthur H
  • The Suburbs d’Arcade Fire
  • Starmania de Michel Berger et Luc Plamondon

BD

  • Ghost World de Daniel Clowes
  • Jimmy Corrigan de Chris Ware
  • Vol 714 pour Sydney d’Hergé
  • Pinocchio de Winshluss
  • Coucous Bouzon d’Anouk Ricard

Artistes

  • Giotto
  • Fra Angelico
  • Jérôme Bosch
  • Utagawa Kuniyoshi
  • Albert Renger-Patzsch

Lieux

  • La Chapelle des Scrovegni à Padoue
  • Un champ de cannes sur l’île de la Réunion
  • Petra
  • L’île d’Arz dans le golfe du Morbihan
  • Les rues de Taipei

Clémence Pollet est autrice et illustratrice.

Bibliographie sélective :

  • Dis, comment ça pousse ?, illustration d’un texte de Françoise de Guibert, De La Martinière Jeunesse (2018).
  • Animal Totem, illustration d’un texte d’Agnès Domergue, HongFei (2018).
  • Tout doux, illustration d’un texte de Patrick Roger, Didier Jeunesse (2018).
  • Confucius toute une vie, illustration d’un texte de Chun-Liang Yeh, HongFei (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Une journée à la ferme, texte et illustration, De La Martinière Jeunesse (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Dis, que manges-tu ?, illustration de textes de Françoise de Guibert, De La Martinière Jeunesse (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Alice et merveilles, illustration d’un texte de Stéphane Michaka, Didier Jeunesse (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Dis, où tu habites ?, illustration de textes de Françoise de Guibert, De La Martinière Jeunesse (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Il était une fois… La traversée, illustration d’un texte de Véronique Massenot, HongFei (2017).
  • Une poule sur un mur, illustration de textes de divers auteur·trice·s, P’titGlénat (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Mon grand livre-disque de comptines, illustration de textes de divers auteur·trice·s (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • La ballade de Mulan, illustration d’un texte de Chun-Liang Yeh, HongFei (2015).
  • Contes d’un roi pas si sage, illustration d’un texte de Ghislaine Roman, Seuil Jeunesse (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • La langue des oiseaux et autres contes du palais, illustration d’un texte de Chun-Liang Yeh, HongFei (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Ton coffret pour découvrir la ferme, De la Martinière Jeunesse (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • L’auberge des ânes, illustration d’un texte d’Alexandre Zouaghi et Chun-Liang Yeh, HongFei (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • Le Petit Chaperon bleu, illustration d’un texte de Guia Risari, Le baron perché (2012).
  • L’ébouriffée, illustration d’un texte d’Hélène Vignal, Rouergue (2009).

Retrouvez Clémence Pollet sur Instagram : https://www.instagram.com/clemencepollet.

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Les invité·e·s du mercredi : Olympe Perrier et Anne Cortey

Par 10 octobre 2018 Les invités du mercredi

Olympe Perrier est une nouvelle venue dans l’édition jeunesse et pourtant on sent déjà chez elle une belle maturité et beaucoup de talent. Je vous propose de faire plus ample connaissance avec elle aujourd’hui. Ensuite, c’est une autrice que l’on aime beaucoup, Anne Cortey, qui nous livre ses coups de cœur et coups de gueule. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Olympe Perrier

Racontez-nous votre parcours
On peut dire qu’il a été long et tortueux !
J’ai toujours raconté des histoires, que ce soit avec mes crayons ou ma plume. À l’élémentaire, j’illustrais en classe les textes qui servaient de support aux cours de grammaire… J’ai eu de la chance, on ne m’a jamais grondé pour ça !
Adolescente, j’ai continué à dessiner et écrire. Ma seule autre passion était la lecture.
Je dévorais tout ce qui me tombait sous la main.
Est arrivé le moment de choisir son orientation scolaire. Pour la génération de mes parents, choisir une voie dite artistique était impensable si vous n’aviez pas dans votre entourage une personne qui exerçait une telle profession. Une personne qui serait la preuve vivante que l’on peut vivre de ces métiers. Et ce n’était pas mon cas bien sûr.
Après des études supérieures très rébarbatives où il n’était plus question que d’Économie, de Contrôle de gestion et autres joyeusetés, j’ai travaillé pour un groupe d’ameublement et de décoration à Paris.
J’avais enfin l’indépendance financière ! J’ai enchaîné cours du soir, stages de dessin, peinture, gravure, écriture… Puis j’ai découvert le salon du livre à Montreuil et là, c’est devenu une évidence, la littérature jeunesse serait toujours ma passion ! Je ne pouvais plus faire semblant de l’ignorer.
Mais je souffrais du syndrome de l’imposteur : j’avais l’impression que de ne pas avoir suivi la voie classique des écoles d’art m’interdisait à tout jamais de travailler dans ce secteur. Je n’osais rien envoyer aux éditeurs, de peur de leur faire perdre leurs temps et de me faire rire au nez.
Et puis il a fallu un malheur : en 2007, j’ai eu un petit garçon atteint du syndrome de Di Georges, qui est mort en très bas âge. J’étais morte à l’intérieur. Il a fallu que je me reconstruise. C’est là que j’ai réalisé qu’on ne vivait qu’une fois et que je ne voulais pas vivre une vie de regrets. Je me devais de réaliser mes rêves, moi qui avais la chance de pouvoir le faire. Je n’avais plus rien à perdre : Je me suis lancée. Et me voilà aujourd’hui.

Pouvez-vous nous parler de votre travail sur Il n’y a pas d’âge pour philosopher ?
J’avais déjà travaillé avec Juliette Grégoire, l’éditrice de L’Initiale peu de temps avant. Elle m’a appelé la veille de Montreuil 2017 pour me parler d’un nouveau projet. J’ai tout de suite été emballé par le concept de cet album ovni !
Pour beaucoup, la philosophie est un domaine réservé à un petit groupe d’adultes. Le texte de Edwige Chirouter démonte ces idées reçues !
Il ne faut pas sous-estimer les enfants : ils sont capables d’aborder tous les sujets. Philosopher, quand on t’explique comment y jouer, ça devient un jeu d’enfants, comme une marelle qu’on partage avec les copains à la récré. C’est l’image qui m’est tout de suite venue à la lecture du texte.
Mon rôle a été de mettre en images cette idée.

Quelles techniques d’illustrations utilisez-vous ?
J’aime varier les techniques : du numérique mais également du traditionnel.
Ça permet d’aborder un large panel de textes. C’est un peu comme parler plusieurs langues : on peut discuter avec plus de monde.
J’aime particulièrement l’aquarelle et le crayon de couleur. Mais je ne m’interdis rien.
J’aimerais travailler sur des projets autour du collage et de la gravure.
Ce n’est pas forcément très stratégique car on a du mal à nous mettre dans une case et donc à nous définir.
L’important pour moi c’est d’accompagner le texte avec l’expression visuelle qui sera la plus enrichissante pour le livre, pour arriver à des albums que petits et grands auront plaisir à partager au fil des années. Et qu’ils auront envie de transmettre à leur tour une fois grand.

Avec le très beau Pourquoi le soleil aime la soupe, c’est votre second album chez L’Initiale, pouvez-vous nous dire quelques mots sur votre collaboration avec cet éditeur ?
Merci beaucoup ! La rencontre avec l’Initiale a été le fruit de plusieurs autres. Tout d’abord la rencontre avec Catherine Blanchard, qui reprenait une librairie indépendante. Nous sommes devenues proches et j’ai fini par avouer ce que je faisais en secret dans mon atelier. Elle a été une des premières personnes à croire en mon travail. C’est elle qui m’a présenté à Arnaud Tiercelin qui est auteur la nuit et enseignant le jour. J’avais lu son magnifique album Endors-toi Barbara sans même savoir que nous étions quasiment voisins !
Quand Catherine a inauguré sa librairie, elle a demandé à Arnaud d’en être le parrain et àmoi de lui créer une affiche. Nous nous sommes rencontrés au milieu des livres et du bon vin de Gironde. Il m’a confié un texte et je lui ai proposé quelques illustrations.
Puis Arnaud a été contacté par l’Initiale pour un autre texte et il a montré les planches de ce précédent projet à Juliette Grégoire.
Pour Pourquoi le soleil aime la soupe, j’ai donc repris le style graphique un peu rétro que j’avais développé pour cet autre texte.
Avec Juliette, malgré la distance géographique, la collaboration est très facile ! Elle est très ouverte aux propositions. On travaille dans une ambiance vraiment dynamique et enthousiaste !

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Ouh, la liste est très très longue !
Mais en tout premier, celui qui m’a donné envie de faire ce métier : Tomi Ungerer. J’ai lu et relu Le géant de Zeralda, Le chapeau volant, Crictor… Son ouverture d’esprit, sa malice débordait des pages. Pas de langue de bois avec lui et c’est bien ce qu’attendent les enfants de la part des adultes ! Un enfant c’est un adulte en devenir.
J’adorais Mitsumasa Anno (La fleur du roi, Ce jour là…) qui avait un univers incroyable, plein de détails.
Gabrielle Vincent m’a fait rire et pleurer avec Ernest et Célestine.
Les fables de la Fontaine, Les contes de la rue Broca
Et puis à la maison, on avait l’encyclopédie Tout l’univers, héritée de mon père et ma tante.
Le plus beau des cadeaux quand on a 8 ans !
Cucul la praline de Susie Morgenstern a été un livre qui m’a fait du bien et m’a donné le courage d’être différente de mes camarades.
À 11 ans, j’ai lu Anne Franck et ç’a été une claque. C’est d’ailleurs grâce à une illustration sur un manuel scolaire que je suis allée chercher ce livre au CDI de mon collège. On y voyait des gens marcher dans la rue avec une étoile jaune accrochée sur leurs manteaux. Je ne comprenais pas. Pour moi, c’était l’insigne du shérif ! Et là, il y en avait plusieurs, de tous les âges et dans la même ville ? Avec Anne, j’ai découvert ce que certains adultes étaient capables de faire et j’ai tourné la page de l’insouciance.

Y a-t-il des illustrateurs et des illustratrices dont le travail vous touche ou vous inspire ?
Kitty Crowther. Moi et rien, La visite de petite mort, Annie du lac… Ces livres sont bien la preuve qu’il ne faut pas cloisonner la littérature. Il n’y a pas de thèmes réservés aux petits et d’autres aux grands. Les enfants peuvent tout entendre, il suffit de trouver les mots.

Sur quoi travaillez-vous actuellement ?
Je partage mon temps entre écriture et illustration.
Je viens de terminer l’écriture de 3 albums qui sortiront chez Magnard en 2019 et qui seront illustrés par la talentueuse Alexandra Pichard.
Je travaille actuellement sur un nouvel album qui sortira chez une jeune maison d’édition, La pimpante, en 2019. Ce sera mon premier album en tant qu’auteure et illustratrice. Beaucoup d’enfants commencent à juger leurs propres dessins, à brider leur créativité vers le CP/CE1. Ils ne se sentent plus libres de dessiner comme avant l’apprentissage de l’écriture. Quand on discute avec eux, ils disent qu’ils n’ont pas d’idées. Ça m’a donné envie d’en parler.
J’enchaîne ensuite avec d’autres projets d’écriture et d’albums complets. Les journées me semblent trop courtes en ce moment : j’adore ça !

Bibliographie :

  • Il n’y a pas d’âge pour philosopher, illustration d’un texte d’Edwige Chirouter, L’initiale (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Fil après fil, texte illustré par Thanh Portal, Le Grand Jardin (2018).
  • Pourquoi le soleil aime la soupe, illustration d’un texte d’Arnaud Tiercelin, L’initiale (2018), que nous avons chroniqué ici.

Quelques liens :
http://olympeperrier.ultra-book.com
https://www.facebook.com/olympe.perrier
https://www.instagram.com/olympe_perrier


Le coup de cœur et le coup de gueule de… Anne Cortey

Régulièrement, une personnalité de l’édition jeunesse (auteur·trice, illustrateur·trice, éditeur·trice…) nous parle de deux choses qui lui tiennent à cœur. Une chose qui l’a touché·e, ému·e ou qui lui a tout simplement plu et sur laquelle il·elle veut mettre un coup de projecteur, et au contraire quelque chose qui l’a énervé·e. Cette semaine, c’est Anne Cortey qui nous livre ses coups de cœur et ses coups de gueule.

Coup de gueule ?

Coup de gueule ? Je me suis creusé la tête, j’ai laissé passer les jours, les semaines, je me suis encore creusé la tête, je me suis rongé les ongles, arrachée les cheveux. Et non, je me suis dit non. Des coups de gueule, j’en ai, bien sûr, difficile de ne pas en avoir. Mais ils font partie de mon intime. Ils m’appartiennent à moi seule et ils ne peuvent pas trouver de place ici. En tout cas, je ne le souhaite pas, ça ne me ressemblerait pas. Je préfère de loin parler de ce que j’aime. Les coups de gueule, aujourd’hui, je les enferme dans une boîte et je les laisse tomber.

Coups de cœur

Solaire de Fanny Chartres, collection Neuf, L’école des loisirs.
Solaire. Le titre, d’abord. Ce mot précieux, gorgé de vitalité et de lumière. Le roman de Fanny Chartres est à l’image de son titre. Et pourtant, il y a un nœud dans cette histoire. Plusieurs, même. Mais ce qui compte, c’est l’énergie que déploie Ernest, le personnage principal, pour que la vie reste au premier plan. Celle de sa sœur, en particulier. Sa sœur qu’il aime plus que tout. Pour que la flamme de Sara se rallume, il est prêt à toutes sortes de stratagèmes. Bien sûr, rien n’est simple. Ernest se débat avec son loup, métaphore des démons qui nous poussent à baisser les bras. Mais Ernest gagnera sa bataille. La fraîcheur de ce personnage illumine le texte et Fanny Chartres écrit avec tant justesse que l’émotion nous embarque. Ce roman est un petit bijou.

Truffe et Machin de Éric Cucherousset, collection petite polynie, éditions Memo.
À peine, la première page lue, j’ai su que j’allais follement aimer ce livre. Truffe et Machin, ce sont deux lapins un peu fantasques. Le ventre de Machin gargouille, c’est un gourmand, qui a faim tout le temps. Truffe a les oreilles qui picotent, et ça, c’est signe, qu’une idée lumineuse est en train de germer. Mais les idées, ça se perd (comme les dents, d’ailleurs). Après il faut les retrouver. Et c’est tout une aventure ! Truffe et Machin, ce sont trois histoires qui donnent raison aux rêveurs et à l’inventivité de l’enfance. C’est le type de livre que tu dégustes avec ton enfant, et que tu voudrais, pour une fois, vraiment sans fin. Ce sont de petites histoires, mais elles sont immenses. Avec un grand I !

Après avoir fait mon choix sur ces deux livres, j’ai réalisé qu’ils étaient tous deux illustrés par la même personne. Ça tombe bien, j’aime beaucoup, énormément, passionnément les dessins de Camille Jourdy. Ses images éclairent avec douceur et délicatesse ces textes-là.

Anne Cortey est autrice.

Bibliographie sélective :

  • Les petits mots d’Amos, texte illustré par Janik Coat, Grasset Jeunesse (2018).
  • Pêche à l’arc, texte illustré par Benoît Perroud, Mango jeunesse (2018).
  • L’année ordinaire de l’extraordinaire Olga, texte illustré par Marion Piffaretti, Thierry Magnier (2018).
  • Entre les gouttes, texte illustré par Vincent Bourgeau, l’école Des Loisirs (2017).
  • Chat pas moi !, texte illustré par Frédéric Benaglia, Sarbacane (2017).
  • Le souffle de l’été, texte illustré par Anaïs Massini, Grasset Jeunesse (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Le voyage d’Ignacio, texte illustré par Vincent Bourgeau, Grasset jeunesse (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Avec des lettres, texte illustré par Carole Chaix, À pas de loups (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Aujourd’hui Amos, texte illustré par Janik Coat, Grasset jeunesse (2016).
  • Petite, texte illustré par Audrey Calleja, éditions À pas de loups (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Les petits jours de Kimi et Shiro, texte illustré par Anaïs Massini, Grasset jeunesse (2015).
  • Une vie d’escargot, texte illustré par Janik Coat, Autrement jeunesse (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Nuit d’hiver, texte illustré par Anaïs Massini, Autrement jeunesse (2012).
  • Muette, texte illustré par Alexandra Pichard, Autrement jeunesse (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • Amos et les pissenlits, texte illustré par Janik Coat, Autrement jeunesse (2011).
  • Amos et les gouttes de pluie, texte illustré par Janik Coat, Autrement jeunesse (2011).
  • Les ailes d’Anna, texte illustré par Anaïs Massini, Autrement jeunesse (2009).

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Les invité·e·s du mercredi : Maïlys Paradis et Antonin Louchard

Par 3 octobre 2018 Les invités du mercredi

On reçoit cette semaine une illustratrice qui vient de sortir son tout premier album, Maïlys Paradis. Avec elle on revient sur son parcours. Ensuite, nous partons en vacances avec le génial Antonin Louchard. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Maïlys Paradis

Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?
J’ai tout d’abord commencé mes études par une MANAA (mise à niveau d’art appliqué) à l’ESMA de Montpellier. C’est une équivalence d’une Prépa. J’ai ensuite continué à IPESAA, toujours dans la même ville, où j’ai obtenu le diplôme du Cycle professionnel d’illustration et de graphisme. C’est durant ma dernière année que j’ai eu l’idée de Pacifique en livre-jeu et que j’ai rencontré Nicolas Mestre pour collaborer. Après ce diplôme, j’ai travaillé au Signe, centre national du graphisme à Chaumont dans la Haute-Marne, en tant que médiatrice culturelle. J’ai beaucoup apprécié cette expérience où l’enjeu était de transmettre au public, jeune ou adulte, ce qu’est le graphisme. J’ai poursuivi ma route après ces 8 mois pour arriver à Paris. J’ai repris un an d’étude afin d’approfondir le design graphique. Je trouve que le design graphique me permet de réfléchir à des messages plus symboliques en illustration. Les deux filières vont de pair.

Quelles techniques d’illustrations utilisez-vous ?
J’utilise principalement le crayon de couleur et l’acrylique. Ce sont mes techniques préférées que j’utilise le plus souvent.
Mais j’adore utiliser d’autres médiums tels que la gouache, le feutre, le collage, les pastels, et même l’illustration numérique.

Qu’est-ce qui vous inspire ?
La nature (faune et flore) est ma première inspiration. J’adore faire une randonnée et observer la nature. Elle raconte toujours quelque chose de puissant et doux à la fois. Je la retrouve dans les courants artistiques qui m’attirent comme l’art Brut, l’art Primitif, l’art Nouveau, et j’en oublie… J’apprécie beaucoup l’art conceptuel et contemporain également. La littérature est très importante pour moi ; que ce soit de la poésie à un essai, en passant par le roman, elle renforce mon imaginaire.
Les échanges avec d’autres personnes (proches ou non) m’inspirent aussi. Cela me permet de prendre du recul et d’évoluer.
Tout cela m’est nécessaire pour trouver une nouvelle idée !

Pouvez-vous nous parler de cet album si singulier que vous venez de sortir aux éditions Winioux, Pacifique.
Pacifique est né d’un échange avec Nicolas. Je l’ai connu grâce à l’équipe pédagogique de mon cursus à IPESAA. Nicolas est aussi un ancien élève. Dès qu’il a observé mes illustrations, il s’est souvenu de son expérience vécue en Polynésie. Nous voulions un texte poétique et initiatique pour qu’il y ait plusieurs degrés de lectures. Nous avons réfléchi à un système de jeu afin que le ludique prenne de la place. Comme mes végétations sont chargées, nous avions décidé de retirer le texte de l’album afin de laisser de la place à l’évasion. Les cartes sont ainsi venues. L’élément à trouver dans les cartes est arrivé simultanément afin de retrouver la concordance texte/illustration. Enfin trouvé le concept, je l’ai envoyé aux éditions Winioux, qui m’ont répondu positivement ! Nicolas et moi-même, sommes tellement heureux !

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Déjà, très tôt, j’adorais dessiner, regarder les images et lire. Mes parents me lisaient des contes de tous les pays. J’ai toujours été attirée par les contes universels et du monde. L’appréhension du monde est différente mais à la fois semblable dans toutes les Cultures. On peut raconter tellement de choses ! De plus, je suis passionnée par les anciennes cultures natives. J’avais des contes de fées, sorcières et lutins aussi. Je les redessinais et je souhaitais qu’ils existent pour de vrai. On me lisait les contes classiques également. J’ai grandi avec les illustrations et les textes de Sarah Kay, d’Antoine de Saint-Exupéry, de la Comtesse de Ségur, de Marcel Aymé et d’Astrid Lingren… Je lisais les ouvrages des éditions et compagnies de théâtre Les trois chaudrons tels que Pitou l’enfant roi ou Lucine et Malo ; aussi des BD jeunesse comme Jojo et Paco d’Isabelle Wilsdof, Yakari de Derib et Mélusine de Clark. J’ai, bien sûr, lu tous les Harry Potter.

Il y a-t-il des illustrateurs et des illustratrices dont le travail vous touche ou vous inspire ?
Quand j’apprécie le travail d’un illustrateur ou d’une illustratrice, je m’attarde surtout sur la composition, l’harmonie des couleurs et ce que l’illustration raconte. Ainsi, je suis beaucoup le travail de Monica Barengo, ses personnages énigmatiques m’attirent. Je ressens une certaine nostalgie dans ses illustrations. J’adore les livres de Chris Haughton. Ils sont pleins d’humour et de tendresse. Les illustrations de Judith Kerr sont pleines de poésie. Il y a un côté très contemporain dans sa technique. Je pourrais en citer plein, plein d’autres, il y en a beaucoup !
Enfin, Arno Célérier a été mon professeur à IPESAA. Il m’a toujours soutenu et aidé dans l’illustration pour la jeunesse. Même encore aujourd’hui après l’école ! Je suis très reconnaissante et je le remercie très sincèrement.

Quelques mots sur vos prochains ouvrages ?
Pour le moment je n’ai pas de prochains ouvrages ; même si je le souhaite très fortement. J’ai beaucoup de projets en élaboration qui attendent d’être sortis de ma tête ou d’être finalisés. J’ai travaillé sur d’autres projets éditoriaux et personnels mais je souhaite en faire de nouveaux qui n’existent pas encore car j’aime expérimenter. J’ai envie de concevoir un/des livre.s qui ont du sens et qui transmettent des messages.

Bibliographie :

  • Pacifique, illustration d’un texte de Nicolas Mestre, Winioux (2018), que nous avons chroniqué ici.


En vacances avec… Antonin Louchard

Régulièrement, nous partons en vacances avec un·e artiste. Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais moi j’adore partir comme ça avec quelqu’un, on apprend à la·le connaître notamment par rapport à ses goûts… cet·te artiste va donc profiter de ce voyage pour nous faire découvrir des choses. On emporte ce qu’elle·il veut me faire découvrir. On ne se charge pas trop… Des livres, de la musique, des films… sur la route on parlera aussi de 5 artistes qu’il·elle veut me présenter et c’est elle·lui qui choisit où l’on va… 5 destinations de son choix. Cette fois-ci, c’est avec Antonin Louchard que nous partons ! Allez, en route !

5 albums jeunesse

  • Home de Carson Ellis
  • Gaston de Kelly DiPuccio & Christian Robinson
  • Nuit d’orage de Michèle Lemieux
  • L’imagier des Gens de Blexbolex
  • Oncle Gilbert de Benoît

5 artistes plasticiens

  • Cy Twombly
  • Henry Darger
  • James Castle
  • Pilar Albarracin
  • Erwin würm

5 DVD

  • Sound of Noise de Ola Simmonson & Johannes Stjarne Nilsson
  • Kraftidioten Hans Petter Moland
  • End of Watch de David Ayer
  • Les Révoltés de l’Ile du Diable de Marius Holst
  • Beasts of No Nation de Cary Joji Fukunaga

5 BD

  • Peanuts de Charles Schultz
  • Calvin & Hobbes de Bill Watterson
  • You’re just jealous of my jet pack de Tom Gauld
  • A Velvet Glove Cast in Iron de Daniel Clowes
  • It’s a Good life if you don’t Weaken de Seth

5 romans

  • Mystères de Knut Hamsun
  • Le Grand Marin de Catherine Poulin
  • L’Expérience Oregon de Keith Scribner
  • Le Monde à l’Endroit de Ron Rash
  • Les Frères Sister de Patrick deWitt

5 CD

  • In Wonderland de Night Ark
  • Eden’s Island d’Eden Ahbez
  • Surround de Incroyable Jungle Beat
  • Flying away de Smoke city
  • Blue Print de Imhotep

5 lieux

  • Plougrescan, dans les Côtes-d’Armor à marée haute, puis à marée basse.
  • La Petite Mer de Gâvres, près du Golfe du Morbihan
  • Le Luberon et les bords de Durance en automne, vers Lauris
  • Les Highlands, en Écosse, vers Loch Locky
  • La Tour de Crest, dans la Drôme

Antonin Louchard est auteur et illustrateur.

Bibliographie sélective :

  • Les bottes, texte et illustrations, Seuil Jeunesse (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Le pire livre pour apprendre le dessin, texte et illustrations, Seuil Jeunesse (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Super cagoule, texte et illustrations, Seuil Jeunesse (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Pourquoi les lapins ne portent pas de culotte, texte et illustrations, Seuil Jeunesse (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • L’affaire du collier, une aventure très nouille, texte et illustrations, Thierry Magnier (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Grande bouche, texte et illustrations, Seuil Jeunesse (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Bouh !, texte et illustrations, Seuil Jeunesse (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Le pire livre pour apprendre le pot, texte et illustrations, Seuil Jeunesse (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Le Chevalier Noir, texte et illustrations, Thierry Magnier (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Je veux voler, texte et illustrations, Seuil Jeunesse (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Je suis un lion, texte et illustrations, Seuil Jeunesse (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Cékicékapété ?, texte et illustrations, Thierry Magnier (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • La planète de la petite bête, texte et illustrations, Bayard Jeunesse (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Le crocolion, texte et illustrations, Thierry Magnier (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • La chanson de la petite bête, texte et illustrations, Bayard Jeunesse (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Gribouillis Gribouillons, texte et illustrations, Thierry Magnier (2002), que nous avons chroniqué ici.
  • C’est la petite bête, texte et illustrations, Bayard jeunesse (1998), que nous avons chroniqué ici.
  • Oh ! La vache, avec Katy Couprie, Thierry Magnier (1998), que nous avons chroniqué ici.
  • La promenade de Flaubert, texte et illustrations, Thierry Magnier (1998), que nous avons chroniqué ici.

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