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Les invités du mercredi

Les invité·e·s du mercredi : Stéphane Sénégas et Michaël Escoffier

Par 13 mars 2019 Les invités du mercredi

C’est Stéphane Sénégas que nous recevons aujourd’hui, afin de parler de La Ligne qu’il vient de sortir mais aussi de sa série Anuki. Ensuite, c’est un auteur (et pas des moindres) qui nous parle de quand il crée, Michaël Escoffier. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Stéphane Sénégas

Pouvez-vous nous parler de La ligne votre dernier album, qui est sorti il y a quelques semaines chez Frimousse ?
La ligne c’est un livre qui parle des frontières mais pas seulement de celles qui sont physiques, mais aussi de celles que nous avons aussi dans nos têtes. Dans ce livre Frédéric montre la naissance d’un conflit et surtout son évolution. Du moment où la parole se tait, que progressivement le dialogue disparaît, alors la colère nous envahit. Ce texte pourrait très bien s’adapter pour un couple qui se sépare ou encore des pays qui se font la guerre, mais en le traitant avec des enfants nous le rendons universel et de plus nous mettons les enfants en exemple du fait que eux, ils savent s’arrêter, les adultes beaucoup moins.
C’est un livre étonnant à traiter en classe, même avec les CP, je fais une lecture à haute voix mais sans montrer les images, puis nous en discutons, puis je refais une lecture en montrant de quelle manière et pourquoi je l’ai illustré ainsi, passionnant.

Avec Frédéric Maupomé vous signez aussi, notamment, la magnifique série Anuki. Parlez-nous de votre collaboration et de la façon dont vous travaillez.
Sur la série Anuki, c’est très différent, c’est beaucoup plus collectif.
D’abord nous partons d’une idée, d’une ambiance, d’une envie, puis Fred écrit une histoire. Une fois que nous sommes OK sur l’histoire il me propose un découpage page par page, et c’est là que les problèmes commencent…
À partir de ce moment je vais donc lui proposer un storyboard, et très rapidement nous allons travailler ensemble, partager nos idées de mise en scène ce qui donne souvent naissance à de nouvelles idées, rien n’est figé. C’est une BD qui n’est pas simple à créer, nous sommes sur un très jeune public, sans texte, c’est vraiment du théâtre ou du cinéma sans paroles, c’est très très précis dans la narration. C’est certainement le moment que je préfère dans la création, puis nous nous connaissons bien, il paraît que nous sommes un vieux couple.

Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?
Mon parcours… je viens d’un bac littéraire art plastique, à l’époque il se nommait A3, puis l’école Émile Cohl à Lyon, et mon premier album 2 ans plus tard aux éditions Kaleidoscope « Pourquoi les libellules ont le corps si long ? » qui était un de mes projets de diplôme.

Quelles techniques d’illustrations utilisez-vous ?
Mes techniques d’illustrations varient selon les livres ou mes envies du moment, cela peut aller du crayon à papier (HB puis 2B et enfin 8B) avec une mise en couleur sous Photoshop ou encore un mix avec des crayons de couleur ou parfois tout numérique avec la Cintiq.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescent ?
En ce qui concerne mes lectures d’enfant ou d’adolescent, j’ai toujours été et je le suis encore un gros lecteur de bande dessinée. Pendant mon enfance le choix des BD n’avait rien à voir avec aujourd’hui, cependant j’ai commencé avec les comics, Strange, Titan, spydey… pour basculer vers des auteurs majeurs comme Morris, Franquin, Goscinny, Uderzo…

Sur quelle nouvelle histoire travaillez-vous actuellement ?
Actuellement je travaille sur beaucoup de livres.
Tout d’abord nous sortons ce mois-ci, avec Frédéric un nouvel album chez Frimousse, On l’a à peine remarqué.
Puis je travaille sur le tome 9 d’Anuki qui sortira à la rentrée. Puis j’ai 3 livres en préparation, en solo. Et enfin Frédéric travaille aussi sur un nouveau projet BD mais pour un public ado-adulte.

Bibliographie sélective :

  • On l’a à peine remarqué, illustration d’un texte de Frédéric Maupomé, Frimoüsse (à paraître, mars 2019).
  • Série Anuki, coécrit avec Frédéric Maupomé, Les éditions de la gouttière (2011-2019), que nous avons chroniqué ici.
  • La ligne, illustration d’un texte de Frédéric Maupomé, Frimoüsse (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Le chevalier blanc, illustration d’un texte de Michaël Escoffier, Frimoüsse (2017).
  • La Déclaration, , Kaléidoscope (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Mon père, chasseur de monstre, texte et illustrations, De la Martinière Jeunesse (2015).
  • Le chevalier noir, illustration d’un texte de Michaël Escoffier, Frimoüsse (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • L’Enfant qui n’aimait pas les livres, illustration d’un texte de Martin Winckler (2014).
  • Y’a un monstre à côté, illustration d’un texte d’Ingrid Chabbert, Frimousse (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Le pêcheur et le cormoran, texte et illustrations, Kaléidoscope (2013).
  • L’éphémère, texte et illustrations, Kaléidoscope (2007).


Quand je crée… Michaël Escoffier

Le processus de création est quelque chose d’étrange pour les gens qui ne sont pas créateur·trice·s eux-mêmes. Comment viennent les idées ? Et est-ce que les auteur·trice·s peuvent écrire dans le métro ? Les illustrateur·trice·s, dessiner dans leur salon devant la télé ? Peut-on créer avec des enfants qui courent à côté ? Faut-il de la musique ou du silence complet ? Régulièrement, nous demandons à des auteur·trice·s et/ou illustrateur·trice·s que nous aimons de nous parler de comment et où ils·elles créent. Cette semaine, c’est Michaël Escoffier qui nous parle de quand il crée.

Où commence la création ? Elle naît parfois d’un détail, d’un mot volé, d’une situation, autour de laquelle l’imagination va cristalliser. L’inspiration se nourrit de l’expérience, de la confrontation au monde physique, de l’exceptionnel toujours renouvelé du quotidien. En ce sens, la rue est mon terrain de jeu, la nature mon bureau, le monde ma chambre de création. Tout au long de la journée, je note mes idées dans des carnets.
Et puis, une fois ces petites graines récoltées, il faut s’asseoir et les examiner au microscope. Certaines se révèlent n’être que des grains de poussières stériles. D’autres au contraire sont pleines de promesses. Vient le temps de l’isolement, du silence, de l’immersion au cœur du magma intérieur. Pour cela, j’ai besoin d’un scaphandre, d’une bulle.
Lorsque je me suis assuré que j’ai plusieurs heures devant moi, que personne ne me dérangera, que les affaires courantes sont réglées, j’entreprends avec excitation, à la manière d’un archéologue, de découvrir quel trésor mes petites graines peuvent bien déceler.
Je travaille sur ordinateur, pour la souplesse que cela me procure. Car lorsque je commence une nouvelle histoire, je ne sais jamais où je vais. Sinon, ce serait sans intérêt. J’essaie tous les chemins possibles, je me trompe, je reviens en arrière, j’emprunte une autre voie. C’est une lutte permanente pour tenter de libérer l’imagination des stéréotypes, de la facilité, de l’évidence. Avec cette impression étrange que l’histoire que je suis en train d’écrire existe déjà, que je n’ai qu’à la déterrer.
Souvent j’échoue. Je ne parviens pas à extraire le meilleur de mes petites graines. Je me rends compte que certaines idées n’étaient pas si bonnes que ça. Ou que je me suis égaré en route. Pour un livre comme La tarte aux fées, par exemple, j’avais écrit une première histoire complètement différente de celle publiée. Kris Di Giacomo l’avait illustrée, et nous allions l’éditer. Et puis en prenant du recul, nous nous sommes aperçus que l’histoire n’était pas à la hauteur de la promesse du titre. Nous sommes donc repartis à zéro. J’ai réécrit une nouvelle histoire, et Kris a refait l’ensemble des illustrations.
Mais mon travail ne s’arrête pas à l’écriture du texte. J’aime accompagner les illustrateurs et les illustratrices avec lesquels je collabore. Nous échangeons beaucoup sur les projets. Nous cherchons ensemble des idées graphiques, et nous faisons aussi évoluer le texte au fur et à mesure que les images naissent. Je recherche toujours l’économie de mots. Si je me rends compte qu’une phrase n’est pas indispensable, autant s’en passer. Images et texte doivent être complémentaires. Je suis capable d’enlever et de remettre une virgule à la même place vingt fois de suite, ou de changer une scène quelques jours avant que le livre parte chez l’imprimeur. Après, c’est trop tard. Je n’ai plus aucun pouvoir sur le livre, il part vivre sa vie, et moi je glisse une nouvelle petite graine sous l’objectif de mon microscope.

Bibliographie sélective :

  • Princesse Kevin, album illustré par Roland Garrigue, P’tit Glénat (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • J’ai perdu ma langue, album illustré par Sébastien Mourrain Seuil Jeunesse (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Le monstre est de retour, album illustré par Kris Di Giacomo, Gallimard Jeunesse (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • La Déclaration, album illustré par Stéphane Sénégas, Kaléidoscope (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Un enfant parfait, album illustré par Matthieu Maudet, l’école des loisirs (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Le gardien des océans, album illustré par Antoine Guilloppé, Gautier Languereau (2016) que nous avons chroniqué ici.
  • Au voleur, album illustré par PisHier, Les 400 coups (2016) que nous avons chroniqué ici.
  • Grododo, album illustré par Kris Di Giacomo, Frimoüsse (2016) que nous avons chroniqué ici.
  • Ce n’est pas l’histoire, album illustré par Amandine Piu, Frimoüsse (2016) que nous avons chroniqué ici.
  • On verra demain, album illustré par Kris Di Giacomo, Frimoüsse (2014) que nous avons chroniqué ici.
  • Ouvre-moi ta porte, album illustré par Matthieu Maudet, L’école des loisirs (2014) que nous avons chroniqué ici.
  • Le chevalier noir, album illustré par Stéphane Sénégas, Frimoüsse (2014) que nous avons chroniqué ici.
  • La maîtresse vient de Mars, album illustré par Clément Lefèvre, Frimoüsse (2014) que nous avons chroniqué ici.
  • L’anniversaire, album illustré par Kris di Giacomo, Kaléidoscope (2013) que nous avons chroniqué ici.
  • La croccinelle, album illustré par Matthieu Maudet, Frimousse (2013) que nous avons chroniqué ici.
  • Le ça, album illustré par Matthieu Maudet, L’école des loisirs (2013) que nous avons chroniqué ici.
  • Trois petits riens, album illustré par Kris di Giacomo, Balivernes (2013) que nous avons chroniqué ici.
  • Le jour où j’ai perdu mes super pouvoirs, album illustré par Kris di Giacomo, Kaléidoscope (2013) que nous avons chroniqué ici.
  • Zizi, Zézette, mode d’emploi, album illustré par Séverine Duchesne, Frimousse (2012) que nous avons chroniqué ici.
  • 20 bonnes raisons d’aller à l’école, album illustré par Romain Guyard, Frimoüsse (2012) que nous avons chroniqué ici.
  • Bonjour facteur, album illustré par Matthieu Maudet, L’école des loisirs (2012) que nous avons chroniqué ici.
  • Sans le A, album illustré par Kris di Giacomo, Kaléidoscope (2012) que nous avons chroniqué ici.
  • Vacances à la ferme, album illustré par Nicolas Gouny, Balivernes (2011) que nous avons chroniqué ici.
  • Le moustoc, album illustré par Matthieu Maudet, Frimousse (2011) que nous avons chroniqué ici.
  • 20 bonnes raisons de croire au Père Noël, album illustré par Romain Guyard, Frimoüsse (2010) que nous avons chroniqué ici.
  • Moi d’abord !, album illustré par Kris Di Giacomo, Frimoüsse (2010) que nous avons chroniqué ici.
  • Le grand lapin blanc, album illustré par Eléonore Thuillier, Kaléidoscope (2010) que nous avons chroniqué ici.
  • Bonjour docteur, album illustré par Matthieu Maudet, L’école des loisirs (2010) que nous avons chroniqué ici.
  • La plume, album illustré par Nicolas Gouny, Frimousse (2009) que nous avons chroniqué ici.
  • Tous les monstres ont peur du noir, album illustré par Kris di Giacomo, Frimousse (2008) que nous avons chroniqué ici.

Retrouvez Michaël Escoffier sur son blog : http://www.michaelescoffier.com.

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Les invité·e·s du mercredi : Myren Duval, Claire Lebourg et Christelle Renault

Par 6 mars 2019 Les invités du mercredi

Aujourd’hui, nous partons à la rencontre de Myren Duval, dont le dernier roman, Mon chien Dieu et les Pokétrucs, avait été un de mes gros coups de cœur. Ensuite, Claire Lebourg et Christelle Renault nous disent tout sur le délicieux Quelle horreur !. Bon mercredi !


L’interview du mercredi : Myren Duval

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
Maternité – Picardie – Le Caire – Katmandou - ? – Tombeau

Votre roman Mon chien, Dieu et les Pokétrucs aborde la guerre en Syrie et l’accueil des réfugié·e·s, perçus à travers le regard d’une petite fille. Est-ce que ce sont des thèmes qui vous sont chers ? Et pourquoi avoir choisi ce point de vue pour l’évoquer ?
Parce que si vous dites à des adultes : « Il y a ces gens dehors qui n’ont nulle part où aller », ils répondent « oui horrible mais bon chômage tout ça pas évident danger choc culturel sécurité et puis toute la misère bah non dans le gymnase pas possible mardi j’ai Pilates », alors que les enfants sont plus pragmatiques, moins frileux, ils vous regardent comme si vous aviez oublié de réfléchir et ils disent : « ben ils ont qu’à venir chez nous ».

Y a-t-il des sujets que vous n’avez pas osé aborder dans ce roman ? Pensez-vous que l’on peut tout évoquer en littérature jeunesse ?
Pas osé, non, pas eu l’occasion, oui. J’imagine que l’on peut tout évoquer en littérature jeunesse, par petites touches, comme Marie-Sabine Roger dans À la vie, à la… Elle parle de la maladie/mort d’un enfant condamné avec des mots inventés, un univers tellement imagé et parlant. Le thème est dramatique, le livre est poétique et touchant.
Puisque vous me posez cette question et que je lis en ce moment My absolute Darling, de Gabriel Tallent, je pense évidemment à tous ces thèmes tabous : maltraitance, inceste, violences sexuelles, et je me demande s’ils ont déjà été abordés en littérature jeunesse et si oui, comment ? (on a le droit de poser des questions à l’interviewer ?)

Oui, on a souvent parlé de livres qui parlent de ces sujets, on vous donnera quelques conseils à l’occasion ! Mais revenons à nos moutons… Comment s’est passée la collaboration avec Charles Dutertre qui a illustré le texte ?
L’éditeur a envoyé le manuscrit à Charles Dutertre qui a accepté de l’illustrer. J’ai reçu les premiers dessins : Pauline en pantalon à rayures et en chaussettes. Comme j’adore les pantalons à rayures et que Charles adore les chaussettes, on a accepté de travailler ensemble.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Je ne sais pas/plus. Mes parents disent : La comtesse de Ségur, Le club des cinq, et le dictionnaire (?!) Enfant, je me souviens d’avoir beaucoup aimé Primprenelle et le poireau farceur (oui, pour moi aussi c’est mystérieux). Puis Mon bel oranger, de Jose Mauro de Vasconcelos dont je garde vraiment un souvenir intense, je trouvais ce livre formidable, cet oranger dans le jardin… celui-ci je vais le relire.

Avez-vous quelques coups de cœur en littérature jeunesse à nous faire partager ?
La rédaction, d’Antonio Skarmeta, un album puissant sur la dictature de Pinochet
Là où vont nos pères, de Shaun Tan, une BD magnifique, sans texte, sur l’exil.
Un petit chaperon rouge de Marjolaine Leray et C’est un livre de Lane Smith, qui m’amusent infiniment.
Et j’aimerais lire Les riches heures de Jacominus Gainsborough de Rebecca Dautremer parce que les illustrations sont splendides (pour mes proches qui liraient cette interview : j’aimerais vraiment lire ce livre mais malheureusement je ne l’ai pas).

Peut-on en apprendre un peu plus sur vos prochains projets ?
J’ai « terminé » un manuscrit qui est un presque huis-clos mère alcoolique/fillette, un texte que j’aime beaucoup dont mon éditeur doit précisément me parler demain (croisez les doigts s’il vous plaît, merci), un roman pour adolescents en cours d’écriture, et un très grand projet de livre illisible dont je ne peux absolument pas vous parler car évidemment c’est un concept inédit 😉

Bibliographie :

  • Mon chien, Dieu et les Pokétrucs, roman illustré par Charles Dutertre, Le Rouergue (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Emmène-moi Place Tahrir, roman, L’Harmattan Jeunesse (2014).

Parlez-moi de… Quelle horreur !

Régulièrement, on revient sur un livre qu’on a aimé avec son auteur·trice, son illustrateur·trice et/ou son éditeur·trice. L’occasion d’en savoir un peu plus sur un livre qui nous a interpellés. Cette fois-ci, c’est sur Quelle horreur ! que nous revenons avec son autrice et illustratrice Claire Lebourg et son éditrice Christelle Renault.

Claire Lebourg, autrice et illustratrice:
Parfois l’idée d’un livre démarre avec un dessin et c’est ce qu’il s’est passé pour Quelle horreur !
J’avais dessiné une petite fourmi en train de peindre dans son atelier pour l’offrir à une illustratrice amie dont j’aime beaucoup le travail : Colette Portal. C’était au moment où son livre La Vie d’une Reine avait été réédité par Michel Lagarde (un livre magnifique avec des dessins de fourmis qui me touchent beaucoup).
Voici le dessin en question :

Plus tard, je me suis dit qu’un petit insecte dans un atelier était une bonne idée pour démarrer un livre. Pour l’histoire, j’ai tout de suite pensé aux nombreux enfants que je croise dans les ateliers et rencontres scolaires. Il m’arrive d’être très surprise par leurs réactions. Parfois, un enfant fait un dessin magnifique mais se met à pleurer car il le trouve raté et n’arrive pas à gérer l’énorme pression qu’il s’est lui-même infligé.
Après avoir posé le décor, une artiste papillon dans son atelier, j’ai pensé que confronter ses œuvres au regard de ses amis (qui viennent gentiment poser), pouvait créer des situations très drôles et amener l’enfant à se poser la question de ce qui est réussi, de ce qui ne l’ait pas, bref de la subjectivité totale d’un dessin.
Paty finit par douter bien sûr, mais elle continue à travailler, ce qui me semble être un message important… Pour tout le monde !
Pour ce qui est des illustrations, j’ai moi-même beaucoup douté. Pour l’atelier en lui-même, c’était assez facile, je me suis inspirée d’ateliers d’artistes qui me faisaient rêver.

 

Mais cela a été plus difficile pour les personnages. Christelle (mon éditrice) a reçu de très nombreuses versions pendant de longs mois.
Même à la fin, quand je pensais avoir terminé, j’ai réalisé qu’une chose ne fonctionnait pas : j’avais dessiné moi-même les œuvres de Paty accrochées dans la galerie. Graphiquement, ça ressemblait trop aux dessins de mon livre, ça n’allait pas du tout.
De nouveau, j’ai pensé aux enfants et à leur manière de dessiner, souvent très expressive, que j’adore. J’ai donc demandé aux neveux d’un ami, Lucien et Louise, de faire les portraits d’Isabelle, Pierre et Mona. Je leur ai donné des plumes, de l’encre, de l’aquarelle et des papiers découpés pour qu’ils soient dans les mêmes conditions de création que Paty. Et ils ont fait des dessins superbes, naïfs et sensibles, drôles, touchants et surtout en parfait décalage avec mes propres dessins, ce qui était vraiment nécessaire.

Après ça, j’étais soulagée car il était très important que ces portraits soient réussis pour que l’histoire fonctionne.
J’ai aussi créé une page sur laquelle les enfants peuvent directement dessiner en espérant secrètement retrouver quelques œuvres d’enfants dans mes livres d’ici quelques années, dans un vide-grenier par exemple !

Christelle Renault, éditrice chez L’école des loisirs:
Quand Claire m’a envoyé son projet, j’ai tout de suite été charmée par son histoire (très originale), ses dialogues (très drôles), son héroïne (très touchante), ses modèles (très expressifs), et bien sûr son sujet (très pertinent) : qui est le mieux placé pour juger de la réussite d’un dessin, ou de la beauté d’un tableau ?
Les enfants, comme les adultes, sont inquiets de la manière dont les autres vont les percevoir, ils redoutent leurs réactions… et cet album montre cela de manière particulièrement élégante.
Le contraste entre les nombreux efforts déployés par Paty – qui s’applique vraiment pour chaque portrait, en utilisant différentes techniques – et la réaction effarée des modèles qui repartent tous fâchés, est réjouissant pour le lecteur impliqué dans cette mise en scène théâtrale.
Cerises sur le gâteau :
– le flap avec les portes de la galerie qui s’ouvrent sur l’exposition des tableaux, le soir du vernissage
– l’insertion de vrais dessins d’enfants exposés sur les murs de la galerie
– les toits de Paris avec vue sur les ateliers d’artistes (dont celui de l’héroïne)
– le tableau de la Joconde, avec le modèle furieux qui voulait le même genre de portrait
– l’ajout d’un cadre à la fin de l’histoire pour que les enfants dessinent ou collent un portrait directement dans le livre (on les encourage à le faire)
– la mise en abyme du travail artistique… et comme toujours avec Claire, le soin apporté à la fabrication de l’album, jusque dans les moindres détails !


Quelle horreur !

de Claire Lebourg
sorti à l’école des loisirs (2018),
chroniqué ici.

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Les invité·e·s du mercredi : Stéphanie Demasse-Pottier et Alexandre Chardin

Par 27 février 2019 Les invités du mercredi

Peu d’auteur·trice·s font une entrée fracassante comme Stéphanie Demasse-Pottier. En moins de 2 ans sont sortis 7 albums, et pas des moindres ! Tous ont été remarqués (nous même on en a chroniqué plus de la moitié)… Forcément, on a eu envie d’en savoir plus sur elle et son parcours. Ensuite, c’est un auteur qu’on adore, Alexandre Chardin, qui nous livre ses coups de cœur et coups de gueule. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Stéphanie Demasse-Pottier

Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?
J’ai étudié les lettres modernes car j’ai toujours beaucoup apprécié la littérature. Je pensais naïvement qu’il y aurait quelques cours d’écriture, ça n’a pas été vraiment le cas. Mais j’ai quand même trouvé mon compte avec la théorie puisque j’ai passé une maîtrise sur Le Clézio, d’ailleurs j’ai beaucoup aimé la rédiger. J’ai un peu hésité entre plusieurs métiers (la mode, professeur des écoles, documentaliste) avant de trouver celui qui me convient comme un gant : bibliothécaire. Pour me former sur l’aspect technique du métier, j’ai obtenu une maîtrise de documentation et ensuite j’ai eu mon concours de bibliothécaire (assistante qualifiée de conservation et du patrimoine, pour être précise.) Ensuite, j’ai passé un DEA de littérature comparée sur la littérature adolescente et cela est très bien tombé car peu de temps après j’ai mis en place un comité ado. Je suis venue tard à l’écriture, puisque j’ai mis du temps à me l’autoriser. Je n’ai pas pris de cours mais j’ai beaucoup lu et je continue à le faire puisque c’est un de mes grands centres d’intérêt. Pour tout vous dire, c’est le fait de montrer un de mes textes à mes proches, notamment à mes copines bibliothécaires, qui a été le déclencheur. Avec leurs encouragements, je me suis dit qu’il y avait peut-être un truc à creuser. Ensuite, j’ai proposé mes textes à des illustrateurs dont j’aimais beaucoup le travail. Ils m’ont dit « oui » alors j’ai continué à foncer et à écrire beaucoup beaucoup la première année.

Depuis juillet 2017, sortie de votre premier livre, il y a donc un an et demi, sept albums sont déjà parus, c’est un départ en fanfare !
En 2017, c’est vrai que c’est allé assez vite à partir du moment où j’ai commencé à démarcher. D’ailleurs, je ne remercierais jamais assez ma copine Lucia Calfapietra qui s’est emparée à bras le corps de notre « tant pis pour la pluie ! » et qui a permis que le dossier de présentation aux éditeurs se monte rapidement. Ensuite, nous avons eu l’intuition que notre projet pouvait plaire à Grasset jeunesse et effectivement Valéria Vanguelov a eu coup de cœur et nous a répondu très vite. « Louise » avec Magali Dulain était déjà dans les tuyaux, si je puis dire, mais le catalogue de l’étagère du bas étant tout petit à l’époque il est sorti après « tant pis pour la pluie ! ». Delphine Monteil est tombée sous le charme de notre petite « Louise » et cet album a été le début de notre collaboration. Si je compte bien je crois que j’ai en tout dix titres au catalogue de l’étagère du bas en comptant ceux qui sont sortis et les autres à venir. 2018, a été l’occasion de travailler avec d’autres belles maisons, d’abord la Martinière, l’éditeur de ma complice Seng Soun Ratanavanh, l’Agrume avec la Super Julie Brouant, et Hélium avec ma chère Mathilde Poncet. À chaque fois, les choses se sont faites naturellement, comme une évidence. Une envie de travailler ensemble de part et d’autre. D’abord, en formant le duo auteure/illustratrice et puis en choisissant la maison d’édition.

J’ai un eu gros coup de cœur pour Les sentiers perdus, pouvez-vous nous parler de cet album ?
Merci Gabriel et merci encore pour votre jolie chronique sur ces « sentiers perdus ». C’est un album très personnel pour Mathilde et pour moi. J’ai écrit l’histoire suite à un deuil très violent dont j’ai eu du mal à me remettre. L’écriture a été comme une réponse pour dépasser les choses pour rester dans un élan, dans la vie. Ce n’est pas le premier texte que j’ai proposé à Mathilde, je n’ai pas trop osé lui montrer « les sentiers » au début vu le sujet. Mais, elle a tout de suite accroché. Je sais qu’il a résonné en elle aussi. Et, lorsqu’on l’a envoyé à Sophie Giraud de chez Hélium, elle a été très touchée par le projet, je crois qu’elle cherchait depuis un moment un texte sur la mort qui ne soit pas dans le pathos. Je suis très fière de ce livre.

Jusqu’à présent, vous avez été plutôt chanceuse au niveau illustration, intervenez-vous sur le choix et le travail de l’illustrateur·trice ?
C’est moi qui démarche les illustrateurs·trices avec lesquel·le·s j’ai envie de travailler, c’est mon grand plaisir. Je crois que je sens intuitivement quel dessin pourrait se marier avec mon texte. J’ai très tôt des images en tête, des couleurs. Et, c’est vrai que mon métier de bibliothécaire m’aide aussi, puisque je connais bien le monde de l’édition jeunesse et que j’adore suivre les talents émergents. Il y a juste une fois, où je ne suis pas à l’initiative d’un duo. C’est dans une histoire à paraître au printemps 2019 chez Sarbacane qui s’intitule « Courons sous la pluie ! ». Emmanuelle Beulque, mon éditrice, m’a suggéré le nom de Cécile Becq et je dois dire que je n’ai pas été déçue puisque cet album va être magnifique.

Comment naissent vos histoires ?
Presque toujours de choses qui me sont proches. « Tant pis pour la pluie ! » vient d’une situation personnelle, quelque chose de quotidien vécu avec mes deux filles au printemps 2016 quand il a beaucoup plu. J’ai voulu que l’album soit très musical, un peu comme une comptine. C’est un genre que j’affectionne et que j’apprécie de partager avec mes filles et mes petits lecteurs. « Louise » est née d’une image envoyée par Magali (Dulain). Une image où la petite fille avait la chevelure rousse et il s’avère qu’une de mes meilleures amies est rousse, du coup cette histoire ne pouvait être qu’une histoire d’amitié. « Mon île » est née de la vision d’une cabane de bric et de broc que ma fille aînée a faite dans notre jardin. « La disparition de Chou » est inspirée de la perte du doudou de mon ainée. Pour « les sentiers perdus », vous savez. Bref, mes filles et mon quotidien sont une grande source de joie et d’inspiration. « J’aimerais » qui sortira en août 2019 à l’étagère du bas et qui est illustré par l’immense Gérard Dubois se détache peut-être un peu du lot, c’est une sorte de petit poème, qui se déroule comme un jeu où il y a des choses proches et d’autres plus éloignées de ma vie.

Vous êtes bibliothécaire jeunesse, est-ce que ça a une influence sur votre travail d’écriture ?
Je crois que cela influence toujours de lire de beaux écrits mais pas toujours de manière consciente. En tout cas, voir de beaux livres me nourrit et me donne envie d’écrire et de prendre contact avec des gens que je trouve talentueux. C’est un moteur important pour moi.

À propos, des coups de cœur récents dans vos lectures ?
J’ai beaucoup aimé « le journal de la fille chien » de Laura Jaffé, « Bâtard » de Max de Radiguès, « The hate that u give » de Angie Thomas, « Mon bison » de Gaya Wisniewski ou encore « Fief » de David Lopez. Je suis fan de Susin Nielsen, j’attends son prochain roman avec impatience. Et, j’aime aussi beaucoup le théâtre jeune public et notamment l’écriture de Sylvain Levey.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Ma mère nous amenait souvent à la bibliothèque mon frère, ma sœur et moi pour y écouter des contes et pour choisir des livres. Je me souviens aussi qu’elle nous racontait des histoires. Il y en a une que j’aimais bien quand j’étais toute petite « Moustache a disparu », j’adorais la chute de l’histoire. D’ailleurs, je lance un appel, si quelqu’un a ce livre chez lui, je rêve de le retrouver. Plus tard, cela me plaisait aussi de lire seule, notamment la série « Fantômette » de Georges Chaulet que j’ai lu et relu avec passion. J’adorais aussi lire « Paroles » de Prévert, acheté avec mon grand-père. Je l’ai toujours d’ailleurs, je le garde précieusement et je le feuillette encore. Ado, j’ai commencé à piocher dans la bibliothèque de mes parents et de ma sœur. C’est comme ça que j’ai découvert « le Procès-Verbal » de J.M.G le Clézio et qu’est né mon intérêt pour l’auteur. Les amis aussi ont été importants et m’ont permis de découvrir d’autres livres, d’autres horizons : Barjavel, Zweig, Orwell…

Je crois que d’autres livres arrivent, pouvez-vous nous en parler ?
Concernant les histoires à venir, il va y avoir de jolies choses. D’abord, « Dans ma maison » avec Cécile Bonbon (en mars 2019 chez Sarbacane) qui est une histoire de fratrie et de jalousie un peu inspirée par l’arrivée de ma petite dernière. En fait, c’est le premier texte jeunesse que j’ai écrit. Je suis très heureuse que Cécile Bonbon l’ait accepté. Ensuite, il y aura, « Le rêve de Gaëtan Talpa » illustré par Adèle Verlinden qui sortira fin mars aux Fourmis rouges et qui est un clin d’œil à ma grande fille jardinière. Je suis fan du travail d’Adèle, je l’ai contactée avant même de savoir qu’elle allait être publiée chez Magnani. Puis, il va y avoir au printemps « Courons sous la pluie ! » qui part d’une situation vécue au bord de la mer, c’est avec Cécile Becq chez Sarbacane. Et, toujours chez Sarbacane (c’est un peu mon année chez cette jolie maison) « Petite bébé est fâchée » avec ma chère copine Lucia Calfapietra. Je suis très heureuse que notre association perdure et ravie de m’essayer à l’album pour les tout-petits. Le sujet m’intéresse beaucoup en tant que parent et en tant que professionnelle du livre. Fin août, il y aura la sortie de « J’aimerais » avec le grand Gérard Dubois. Il y a aussi d’autres titres qui ne sont pas encore annoncés donc je ne sais pas trop si j’ai le droit d’en parler. Il y a notamment un bel album sur le thème de la nuit avec l’adorable Clémence Pollet. Et puis, d’autres livres en 2020 et 2021 mais nous aurons bien le temps d’en discuter. Je peux juste vous dire que certains de mes duos se poursuivent, notamment avec Magali Dulain et avec Mathilde Poncet. Cheminer avec des gens que j’aime bien et continuer à prendre du plaisir dans la création et dans le partage avec les lecteurs, est vraiment important pour moi. Pourvu que ça dure ! Merci !

Bibliographie :

  • Le rêve de Gaétan Talpa, album illustré par Adèle Verlinden, Les Fourmis Rouges (2019).
  • Ma petite collection de souvenirs d’été, album illustré par Julie Brouant, L’agrume (2018).
  • Les sentiers perdus, album illustré par Mathilde Poncet, Hélium (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Mon île, album illustré par Seng Soun Ratanavanh, (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • La Disparition de Chou, album illustré par Élodie Perrotin, L’étagère du bas (2018).
  • Louise, album illustré par Magali Dulain, L’étagère du bas (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Tant pis pour la pluie, album illustré par Lucia Calfapietra, Grasset Jeunesse (2017), que nous avons chroniqué ici.


Le coup de cœur et le coup de gueule de… Alexandre Chardin

Régulièrement, une personnalité de l’édition jeunesse (auteur·trice, illustrateur·trice, éditeur·trice…) nous parle de deux choses qui lui tiennent à cœur. Une chose qui l’a touché·e, ému·e ou qui lui a tout simplement plu et sur laquelle il·elle veut mettre un coup de projecteur, et au contraire quelque chose qui l’a énervé·e. Cette semaine, c’est Alexandre Chardin qui nous livre ses coups de cœur et ses coups de gueule.

Rire et vaciller.

Mon coup de cœur pour les rencontres. J’aime profondément découvrir de nouveaux sourires, de nouvelles voix, de nouveaux avis. De belles rencontres avec de belles personnes. J’ai beaucoup réfléchi à citer des prénoms, mais ce serait trop risqué d’en oublier certains. Les autrices et auteurs et illustratrices et illustrateurs restés simples, passionnés, drôles, curieux, intéressants, intéressés, croisés sur les salons, en dédicace, dans les trains, au déjeuner d’un hôtel, sur une place, à la terrasse d’un café, les éditrices, les attachées de presse, les directrices artistiques, les employés et responsables de médiathèques, les bibliothécaires bienveillantes aux petits soins, les lecteurs, tous, avec leur imaginaire, leurs mots doux, leurs regards-comètes, les profs-à-fond qui préparent leurs classes et vous mettent en orbite. Les enfants. Les enfants surtout. Les enfants qui voudraient lever trois mains pour poser leurs quatorze questions, les enfants solaires, curieux, rieurs, sérieux, délicieusement et faussement inattentifs mais qui viennent quand même te poser la petite question pour ne pas la laisser tourner toute la nuit. Les enfants dont on dit qu’ils sont écrans, blasés, ennuyeux, indifférents, dépendants. Alors non, je ne suis pas Tchoupi et quelques-uns sont ainsi, mais peu, si peu, par rapport à ceux dont je veux me souvenir. Je ne savais pas que je rencontrerais cette belle humanité qui me remplit, me soigne, me donne beaucoup de force et d’envie.

Et puis le coup de gueule. Je ne montre pas souvent les crocs, mais je grimace, parfois, et secoue la tête. Je vacille si vite ! Devant la nécessité de commenter au vif, d’avoir un avis tranché sur tout, de savoir, de parler vite, devant les autres, de parler en pensant. Je veux oser dire que je ne sais pas, je ne sais plus, que certains sujets me laissent perdu. C’est risqué. On frôle l’indifférence. Il faut savoir. Je ne suis pas indifférent, mais j’ai besoin de temps or, nous n’en avons pas. Nous sommes dans le flux, pris dans un courant-piège. Il faut avoir les mots qui résonneront, qui feront sens. Je suis à saturation des mots-outils. À bout de souffle. Les mots sont lavés de leurs sonorités, perdent leur poésie, leur chant. C’est sans doute pour cela que j’écris, pour sortir du brouhaha, du tohu-bohu, du maelstrom. C’est pour cela que je pêche dans la rivière près de chez moi, pour y connaître un autre flux, s’extraire de la gire. C’est pour cela que j’emmène mes enfants courir dans la forêt, pour leur nommer les arbres et imaginer des animaux qui n’ont laissé que leurs traces. Des animaux qui se sont absentés. Écrire pour s’absenter, exister ailleurs, tenter de reculer d’un pas. Certains auteurs m’aident, m’y invitent. Sylvain Tesson, aussi. Mais ça fait peur, parce que je veux continuer de rire et de discuter du monde que je trouve merveilleux, mais que nos mots ne savent plus émerveiller. Il faut être à la hauteur. Erri De luca l’est, Mario Rigoni Stern, Philippe Jaccottet, Le Clezio. Eux me guident. Chaque livre est-il un pas en avant ou en arrière ? J’ai du pain sur la planche, mais j’ai du temps et la rivière coule à quelques pas.

Alexandre Chardin est auteur.

Bibliographie :

  • série Capucine Flutzut, romans illustrés par Mauréen Poignonec, Rageot (à paraître, avril 2019).
  • Ma fugue dans les arbres, roman, Magnard (2019).
  • La fosse au loup, roman, Thierry Magnier (2018).
  • Les larmes des Avalombres, roman, Magnard (2018).
  • Barnabé n’a pas de plumes, album illustré par Christophe Alline, L’élan vert (2018).
  • Bigre ! Un tigre !, album illustré par Barroux, L’élan vert (2018).
  • Mentir aux étoiles, roman, Casterman (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Des vacances d’Apache, roman, Magnard (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Jonas dans le Ventre de la Nuit, roman, Thierry Magnier (2016).
  • Le goût sucré de la peur, roman, Magnard (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Adélaïde, ma petite sœur intrépide, album illustré par Mylène Rigaudie, Casterman (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Petit lapin rêve de gloire, album illustré par Mylène Rigaudie, Casterman (2013).

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Les invité·e·s du mercredi : Isy Ochoa et Pascale Delaveau (librairie C’est la faute à Voltaire)

Par 20 février 2019 Les invités du mercredi

Après avoir eu un très gros coup de cœur pour Fritz j’ai eu envie d’en savoir plus sur son autrice-illustratrice, Isy Ochoa. c’est donc une rencontre avec elle que je vous propose aujourd’hui. Ensuite, c’est une toute nouvelle rubrique, Ce livre-là, dans laquelle j’invite des gens hors édition à nous parler d’un livre. Et pour inaugurer la rubrique, quelqu’un que j’aime beaucoup : Pascale Delaveau de la librairie C’est la faute à Voltaire à Amboise. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Isy Ochoa

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
Après 4 années d’études supérieures d’Arts graphiques, j’ai connu quelques expériences professionnelles assez diverses dans la publicité, la mode ou le graphisme. Mais c’est dans les métiers du livre que je me suis sentie le plus épanouie. Je travaille pour l’édition en tant que free lance depuis 1987. Maquettiste, puis directrice artistique et depuis 1995, je suis également devenue auteure, j’ai à mon actif de nombreux recueils de textes d’auteurs que j’ai illustrés ainsi que des livres « loisirs créatifs ». Fritz est mon premier « livre d’auteure » destiné à la jeunesse. Illustrer une histoire qu’on a écrite est une délicate alchimie.

Pouvez-vous nous parler de ce magnifique album qui vient de sortir au Rouergue ?
Fritz a réellement existé. J’ai découvert cet éléphant d’Asie il y a quelques années au cours d’une visite au Musée des Beaux-Arts de Tours où il est exposé. Il y a dix ans, j’ai quitté Paris et suis venue m’installer à une soixantaine de kilomètres de Tours, Fritz m’était inconnu jusque-là. Tandis que la quasi-totalité des Tourangeaux le connaît et l’affectionne. Le peu de renseignements qui le présente a aiguisé ma curiosité et très vite, l’envie m’est venue de retracer et raconter sa vie. C’est ainsi que je suis allée, dans mon enquête, de découverte en découverte, à commencer par le commerce intensif des animaux sauvages qui avait lieu au XIXe siècle. Plus j’avançais plus j’étais persuadée que l’idée de ce livre était bonne. Et plus j’avais la sensation de rendre justice à cet animal dont la vie, volée par les circassiens, a été un calvaire du début à la fin.

Comment avez-vous travaillé sur ce projet ?
Je me suis concentrée en premier lieu sur la rédaction de l’histoire. C’était la partie qui, à priori, me demanderait le plus de travail. J’ai lu une quantité inouïe de documents de toutes sortes, pris des notes, puis les ai retapées. Et quand j’ai commencé à écrire le texte, tout est venu d’un seul coup. Comme un « rendu » ou une créature que je recrache de mon corps. Mais c’était beaucoup trop long, trop informatif. L’éditeur m’a demandé de réduire énormément le volume de l’histoire et de le simplifier pour le mettre à la portée des enfants. Il y avait trop d’informations, trop de dates, de noms. Là-dessus, j’ai réalisé les crayonnés des illustrations, au crayon, puis l’éditeur a encore lissé le texte, il a fait de l’éditing en fait. J’ai terminé par la réalisation des illustrations, je travaillais dans le désordre de l’histoire, je commençais par les images dont j’avais une vision finale parfaite.

N’avez-vous pas eu peur que le livre soit trop rude pour les enfants ?
Oui j’avais cette crainte mais l’éditeur pas du tout ! Quand j’ai exprimé un doute, Olivier Douzou m’a répondu que beaucoup de contes classiques étaient d’une cruauté sans limites, comme des loups qui mangent des grands-mères et j’en passe. Et puis aujourd’hui, il y a tant de violence partout que c’est idiot de s’autocensurer, non ? En fait, dans l’histoire de Fritz, ce n’est pas tant de la violence qui ressort qu’une implacable réalité qui démontre la cruauté des hommes.

Quelles techniques d’illustration utilisez-vous ?
L’éditeur souhaitait que je mélange des dessins aquarellés avec des acryliques plus denses afin de n’être pas trop répétitif et lassant. Mais aussi, il m’a demandé de travailler dans une palette restreinte de teintes le plus neutres possible afin de restituer l’ambiance naturaliste et historique du récit.

Où trouvez-vous l’inspiration ?
Tout m’intéresse ! Évidemment la cause animale est la chose la plus importante à mes yeux. Donner une voix à ceux qui n’en ont pas. Pour l’iconographie, j’ai une tendresse particulière pour les scènes du tout début du XXe siècle. J’aime les cartes postales anciennes de cette époque où le photographe rassemblait quelques personnes devant les échoppes et tirait le portrait de tout ce petit monde.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Étant née fin 1961, il faut reconnaître que quand j’étais enfant, il n’y avait pas la même offre de livres qu’aujourd’hui. J’ai des souvenirs d’albums reçus lors de premier prix. De grands livres cartonnés, « Les fables d’Ésope », « La comtesse de Ségur »… Sinon, en poche, c’était les « Oui-oui », puis les titres de la bibliothèque rose et verte. Côté presse, j’avais un faible pour « Pif ». Vous voyez, rien de très original et aucun signe de précocité intellectuelle. Ha ha !

Fritz est votre premier album jeunesse, en verra-t-on d’autres ?
Je le souhaite vivement et j’y travaille intensément. J’ai quelques idées d’albums à venir et pour l’instant, je me concentre sur deux d’entre eux, qui sont plus aboutis. Mais je n’en dis pas plus. J’ai le culte du secret et, comme pour Fritz, j’aime réserver un effet de surprise.

Fritz est sorti aux éditions du Rouergue (2018), nous l’avons chroniqué ici.

 


Ce livre-là… Pascale Delaveau (librairie C’est la faute à Voltaire)

Ce livre-là… Un livre qui touche particulièrement, qui marque, qu’on conseille souvent ou tout simplement le premier qui nous vient à l’esprit quand on pense « un livre jeunesse ». Voilà la question qu’on avait envie de poser à des personnes qui ne sont pas auteur·trice·e, éditeur·trice… des libraires, des bibliothécaires, des enseignant·e·s ou tout simplement des gens que l’on aime mais qui sont sans lien avec la littérature jeunesse. La première invitée de cette nouvelle rubrique, c’est une libraire qu’on aime beaucoup, Pascale Delaveau de la librairie C’est la faute à Voltaire à Amboise.

Un livre qui me tient à cœur… ?
Bon, bon, cela se bouscule dans ma tête :
Réfléchir ou laisser surgir ?
Tourner les pages dans ma mémoire ou sur les tables de la librairie ?
Abracadabra :… deux livres.
Impossible de faire « Am stram gram, pic et pic et… “.
S’étonner que ce soit ces deux-là, « je n’aurai jamais pensé que… »
Mais rien à faire, même, après une bonne nuit, ce sont toujours eux.

Toc Toc qui est là d’Anthony Browne (Kaléidoscope) :
Sans doute a-t-il le goût de la petite madeleine, de ces moments uniques de lecture avec mes enfants. Mais pas que…
Une petite fille assise dans son lit avec son ours, semble prête pour se coucher. Elle entend frapper à sa porte. Mais qui cela peut-il être ?
Un album pour exorciser les peurs enfantines. Il se lit à voix basse, à voix haute, se joue, se rejoue, et ne s’oublie pas. Pas à cause des monstres qui toquent à la porte de la petite fille, non, à cause de cette fameuse paire de pantoufles !
Un album si simple en apparence, dans lequel le moindre détail est pensé, du papier peint qui fourmille d’indices, jusqu’à la couette du lit qui joue à avoir peur autant que la petite fille. À offrir aussi aux parents pour leur faire comprendre comme les enfants aiment avoir peur. »

Et puis de Icinori (éditions Albin Michel jeunesse).
Le livre s’ouvre : un paysage défile au fil des saisons : 12 tableaux se succèdent, tels des décors de théâtre que de drôles de petits personnages à tête d’outils tirent et poussent.
L’histoire se fait, se défait, se refait teintée de bleu ou de couleurs chaudes et flamboyantes, selon la saison.
Des personnages étonnants, inattendus, improbables occupent le paysage, arrivent et repartent, invitant le·la lecteur·rice à les suivre, à revenir en arrière, à avancer. Plusieurs univers se côtoient, se rencontrent, se percutent laissant libre cours à l’imaginaire, abolissant les frontières.
Ce livre abolit les frontières et est une incroyable invitation aux voyages à l’intention des petits et grands, seuls ou à plusieurs. Enfin, un LIVRE, quoi !


Pascale Delaveau est librairie à la librairie C’est la faute à Voltaire, 39 rue Nationale à Amboise.
Retrouvez cette super librairie sur Facebook :
https://librairiecestlafauteavoltaire.wordpress.com/

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Les invité·e·s du mercredi : Philippe Nessmann et Rémi Courgeon

Par 13 février 2019 Les invités du mercredi

Je lis, avec toujours le même plaisir, les livres de Philippe Nessmann depuis plusieurs années. La sortie de son dernier documentaire, Dans tous les sens, un magnifique ouvrage était l’occasion de lui poser quelques questions. Ensuite, je vous propose de visiter l’atelier d’un auteur/illustrateur qu’on adore, Rémi Courgeon. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Philippe Nessmann

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
Quand j’étais enfant, il y a une question que je détestais par-dessus tout : « Qu’est-ce que tu veux faire quand tu seras grand ? » Je n’en avais aucune idée ! Au lycée, comme je n’en savais toujours rien, mes parents ont décidé pour moi : puisque j’étais bon en maths et en physique, je serais ingénieur. Quelques années plus tard, mon diplôme d’ingénieur en poche, je me suis rendu compte que je ne me voyais pas faire ce métier toute ma vie – même si c’est un beau métier. Secrètement, j’avais envie d’écrire, mais je faisais alors le complexe du scientifique doué pour les chiffres, pas pour les lettres. J’ai donc repris des études : j’ai fait une maîtrise d’histoire de l’art, puis j’ai suivi des cours de journalisme. J’ai ensuite vraiment appris à écrire à Science et Vie Junior : ma double formation me permettait d’écrire aussi bien des articles sur les dernières découvertes scientifiques que sur les aventures passées des grands explorateurs. Depuis maintenant vingt ans, je vis uniquement des livres : j’ai écrit une quarantaine de documentaires sur les sciences, sur l’histoire ou sur l’art, onze romans historiques et un album.

J’aimerais que vous nous présentiez Dans tous les sens, le magnifique album documentaire qui vient de sortir au Seuil. Comment est né cet album ?
À l’origine, il y a la volonté d’Angèle Cambournac, éditrice au Seuil Jeunesse, de faire un documentaire sur les cinq sens. Lorsqu’elle m’a proposé de l’écrire, je me suis dit : « Oh non, encore un livre sur les cinq sens ! » Il faut dire qu’il y en a déjà beaucoup. J’en ai moi-même déjà écrit un il y a quinze ans dans la collection Kezako, que je dirigeais alors pour les éditions Mango. Mais lorsqu’Angèle m’a expliqué un peu mieux son projet, je me suis rendu compte que ce serait un livre différent des autres. Tout d’abord, sur le fond : elle voulait que, pour chaque sens, une double page soit consacrée à la science, une autre à l’art, une à un métier lié à ce sens, une à un personnage historique… Cela promettait d’être un livre d’une grande richesse. Ensuite, sur la forme : elle comptait confier l’illustration de l’ouvrage à Régis Lejonc, connu pour la qualité et la diversité de son travail.

À ce propos, les illustrations et la maquette sont absolument superbes, êtes-vous intervenu à ce niveau ?
Régis Lejonc et le graphiste Célestin, qui a réalisé la maquette, ont en effet fait un travail merveilleux. En ouvrant le livre, on ressent une impression de foisonnement, avec des dessins tour à tour drôles, poétiques, tendres… Je ne suis pas du tout intervenu à ce niveau-là. Lorsque je recevais par mail les dernières doubles pages mises en forme, je ne pouvais m’empêcher de me dire : « Wouah ! J’ai bien fait d’accepter de faire ce livre… Ce ne sera pas juste un autre livre sur les cinq sens. »

Même s’il est sorti il y a quelque temps déjà, j’aimerais que vous nous parliez de l’album Le Village aux mille roses qui m’avait beaucoup touché et qui est sélectionné pour le prix des Incos
Le Village aux mille roses est un livre un peu particulier dans ma production : c’est, à ce jour, mon seul album. Je l’ai écrit au lendemain des attentats du 13 novembre 2015, lorsque j’ai ressenti le besoin d’expliquer à ma fille, qui était alors en CE2, ce qui s’était passé. Je voulais lui fait comprendre comment des hommes en étaient venus à tuer des innocents au nom d’un Dieu ou d’une religion. La difficulté était de lui faire réaliser que le problème n’était pas Dieu ni la religion, mais la manière dont certains hommes les aimaient. J’ai alors imaginé cette histoire d’un village où poussent des roses de toutes les couleurs. Un jour, un vieux jardinier invente une rose d’une couleur toute nouvelle : noire comme la nuit, elle est magnifique. Le chef du village aime tellement la rose noire qu’il ne cultive plus que celle-là dans son jardin. Ne comprenant pas qu’on puisse aimer d’autres couleurs, il finit par interdire toutes les roses qui ne sont pas noires et par les faire couper. Petit à petit, le village sombre dans la tyrannie… Je suis content que le livre soit sélectionné pour le prix des Incorruptibles, car cela me permet d’aller à la rencontre d’écoliers et de leur parler de sujets qui me tiennent à cœur : la tolérance, la diversité, la liberté…

Vous avez écrit de nombreux albums documentaires, je suis particulièrement fan de Toutes les réponses aux questions que vous ne vous êtes jamais posées, j’aimerais savoir comment vous travaillez sur ces livres.
Comme souvent pour les livres documentaires, il y a au départ l’envie d’un éditeur. En 2004, Didier Baraud venait de créer les éditions Palette… Il souhaitait publier un livre documentaire amusant qui explique le dessous des choses : pourquoi le marathon se court-il sur 42 195 km ? Pourquoi le dollar a-t-il pour symbole un S et non un D ? D’où vient l’expression « payer en monnaie de singe » ? À chaque fois, il y a une raison historique que l’on a un peu oubliée. Le projet m’a tout de suite plu, car il mêlait histoire, sciences, sports, arts, culture, coutumes… J’ai pris beaucoup de plaisir à partir à la recherche de ces « questions que l’on ne se pose pas », et plus encore à en rédiger les réponses. Comme pour tous mes livres, je m’adresse à un public d’enfants, mais sans les prendre pour des enfants. Du coup, les adultes y trouvent aussi leur compte.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescent ?
Enfant et adolescent, j’adorais les livres de Jack London (Croc blanc, les Contes des mers du Sud…), de Saint-Exupéry (Terre des hommes, Vol de nuit…) de Stevenson (L’Île au trésor)… Bref, les livres d’aventure avec de l’exotisme, du danger et des grands paysages. Ce n’est pas un hasard si c’est le genre de livre que j’ai eu envie d’écrire, devenu adulte. En 2005, j’ai créé pour Flammarion Jeunesse la collection de romans historiques Les Découvreurs du Monde. J’y raconte l’histoire vraie de la conquête du pôle Nord, de la découverte de la tombe de Toutankhamon, du tour du monde de Magellan, du voyage de Marco Polo ou encore de la conquête de la Lune.

Quels sont vos prochains ouvrages que l’on découvrira ?
Mon prochain livre est une fable écologique qui devrait paraître en septembre prochain. Dans ce projet, le plus intéressant n’est pas tant mon texte que l’éditeur qui le publiera. La Cabane Bleue est une maison d’édition en cours de construction. L’objectif de Sarah Hamon, une ancienne éditrice de chez Fleurus, et Angela Léry, ancienne chargée de communication chez Gulf Stream Éditeur, est, d’une part, de faire paraître des livres pour la jeunesse traitant d’écologie et, d’autre part, de les fabriquer de la manière la plus écologique possible. En effet, éditer un livre pour expliquer que notre planète va mal en utilisant une encre polluante, en l’imprimant en Chine puis en pilonnant les invendus, ce n’est pas très cohérent ! Le projet porté par la Cabane Bleue me semble donc particulièrement intéressant, et il vaut la peine qu’on le soutienne. https://www.facebook.com/editionslacabanebleue.

Bibliographie :

  • Dans tous les sens, documentaire illustré par Régis Lejonc et Célestin, Seuil Jeunesse (2019).
  • Éternité – Demain, tous immortels ?, documentaire, De la Martinière Jeunesse (2018).
  • Mission Mars, roman/documentaire illustré par Dofresh, Fleurus (2017).
  • Dans la nuit de Pompéi, roman, Flammarion jeunesse (2017).
  • Le village aux mille roses, album, texte et illustrations, Flammarion jeunesse (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • La fée de Verdun, roman, Flammarion (2016).
  • 50 inventions qui ont fait le monde, documentaire, Flammarion jeunesse (2016).
  • Quand j’étais petit (c’était avant), documentaire, Palette… (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • art & sciences, documentaire, Palette… (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • Le livre de tous les jumeaux (petits et grands), documentaire illustré par Bruno Gibert, Le Baron Perché (2010), que nous avons chroniqué ici.
  • Toutes les réponses aux questions que vous ne vous êtes jamais posées, album illustré par Nathalie Choux, Palette… (2005), que nous avons chroniqué ici.


Quand je crée… Rémi Courgeon

Le processus de création est quelque chose d’étrange pour les gens qui ne sont pas créateur·trice·s eux-mêmes. Comment viennent les idées ? Et est-ce que les auteur·trice·s peuvent écrire dans le métro ? Les illustrateur·trice·s, dessiner dans leur salon devant la télé ? Peut-on créer avec des enfants qui courent à côté ? Faut-il de la musique ou du silence complet ? Régulièrement, nous demandons à des auteur·trice·s et/ou illustrateur·trice·s que nous aimons de nous parler de comment et où ils·elles créent. Cette semaine, c’est Rémi Courgeon qui nous parle de quand il crée.

Le mot créer m’a toujours un peu gêné. Le costume de Créateur est trop grand pour moi, surtout la longue toge blanche et la grande barbe. Trôner au-dessus du monde dans un fauteuil de nuages, ce n’est pas mon truc. Je me vois plutôt comme un créatif : un type qui creuse en se grattant les tifs.
C’est donc la main dans la tignasse que je vais tenter de raconter comment ça marche, la mécanique des idées.
Bien que ça soit souvent une énigme.
Pour commencer dans le concret : il est trois heures du matin, et comme suis réveillé depuis une demi-heure et n’arrive pas à me rendormir, je suis monté dans mon atelier pour compléter ma to-do-list. Là, j’ai pris mon carnet et fiévreusement, au stylo Bic, me voilà parti à rédiger cette réponse. Ces carnets s’appellent TOUT ET RIEN. Je les achète chez MUJI depuis une quinzaine d’années, par paquet de 3, ils sont tous datés et numérotés. Mes disques durs externes. J’en ai toujours un avec moi. Au fil des années, ils sont de plus en plus remplis. Avant je travaillais sur des feuilles volantes, que je n’arrivais pas à classer et que je perdais. À présent, tout mon travail y est concentré, textes et croquis, recherches de mise en page, cartes de visite ou tickets de musée collés. Ils s’appellent comme ça parce que je me donne droit à tout : de l’idée visuelle la plus nulle au Haïku le plus foireux. C’est là que démarrent les albums. Parfois, je relis un texte vieux de cinq ans et je me rends compte que presque rien n’a changé du premier jet au livre imprimé. Ces carnets d’idées, format A5, sont suivis de carnets à dessin A3, pour le travail de mise en scène des images. Ceux-là quittent peu l’atelier. Je les scanne pour faire des mises en pages en maquette sur l’ordi.
Où ça se passe ? Quand ça se passe ? Partout. Tout le temps. Pour ce qui est des idées, il n’y a aucune règle, mais le fait d’avoir mon carnet toujours dans le sac me permet de ne rien perdre. C’est rassurant.
Je travaille souvent sur 5 ou 6 projets à la fois, à des stades de maturation différents : du tout premier brouillon à la finalisation en couleurs des illustrations, prêtes à partir en gravure.
Ce que j’aime, c’est les longs trajets en train : quatre heures de grande concentration sur un sujet qui me brûle depuis plusieurs jours, c’est totalement jouissif. Mon rêve serait d’avoir un train à moi, avec un compartiment atelier, passant tout mon temps à écrire et illustrer en regardant les vaches défiler.
Mais revenons à la réalité : à l’atelier, je trie et je range : les mots dans une belle typo, les dessins bien dans leurs pages, les gammes de couleurs au bon tempo. Ça fait du bien !
Ah, oui, un truc important : j’aime dessiner les gens, je fais plein de portraits sur le vif. Fébrilement dans le métro, ou calmement en faisant poser un ami. Souvent des gamins dans les classes où je suis invité. Dessiner la réalité m’aide à inventer des fictions.
Mon atelier est le grenier aménagé de la maison où nous vivons. Une pièce lumineuse qui n’existait pas avant que nous venions nous y installer, ma petite famille et moi. C’est sous ce chapeau que ça fume.
J’ai pour voisines des pies dont le vol noir et blanc m’émerveille et des abeilles qui ont fait leur ruche dans une ancienne cheminée : mes collègues de travail.
Les illustrations de mes albums sont dessinées à la main, au stylo bille et pinceau, en noir, sur table lumineuse. Les dessins sont ensuite scannés et mis en couleurs sur ordi. Une cuisine un peu difficile à expliquer. En été, au bord de la mer, je fais des collages, sans but narratif. Parfois aussi un peu dans l’année, le matin, avant de travailler.
Ah oui, j’oubliais : la musique ? Jamais pour écrire, mais pour dessiner, c’est bien, ça rythme les gestes et invite à la couleur.
Tout le reste doit rester secret.

Rémi Courgeon. Février 2019.

Bibliographie sélective :

  • Série Timoto, texte et illustrations, Nathan (2017-2019), que nous avons chroniqué ici et et ici.
  • Tiens-toi droite, texte et illustrations, Rémi Courgeon (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • L’oizochat – Le fils caché, texte et illustrations, Mango Jeunesse (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Tohu Bohu, texte et illustrations, Nathan (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Passion et Patience, texte et illustrations, Mango (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • C’est l’histoire d’un poisson bavard, texte et illustrations, Seuil Jeunesse (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • J’aime pas les clowns, illustration d’un texte de Vincent Cuvellier, Gallimard Jeunesse (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • L’oizochat, texte et illustrations, Mango (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Gros chagrin, texte et illustrations, Talents Hauts (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Le grand arbre et autres histoires, recueil d’albums, textes et illustrations, Mango (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Contes d’Afrique, illustration de textes de Jean-Jacques Fdida, Didier Jeunesse (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • Pieds nus, texte et illustrations, Seuil Jeunesse (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • oujours debout, texte illustré par Isabelle Simon, L’initiale (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Elvis Presley, illustration d’un texte de Stéphane Ollivier, Gallimard Jeunesse (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • Brindille, texte et illustrations, Mango jeunesse (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • Pas de ciel sans oiseaux, texte et illustrations, Mango Jeunesse (2012), que nous avons chroniqué ici.

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