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Les invités du mercredi

Les invité·e·s du mercredi : Romain Taszek, Sophie Gourion, Isabelle Maroger et Coralie Delécluse

Par 15 mai 2019 Les invités du mercredi

Après avoir découvert ces derniers jours Perdus dans la jungle (et l’avoir beaucoup aimé), j’ai eu envie d’en savoir plus sur son auteur : Romain Taszek. Il a accepté de me parler de son parcours, de ses influences et d’autre chose encore. Ensuite, pour la rubrique Parlez-moi de…, je vous propose de revenir sur le génial Les Filles et les Garçons peuvent le faire aussi avec son autrice (Sophie Gourion), son illustratrice (Isabelle Maroger) et son éditrice (Coralie Delécluse). Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Romain Taszek

Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?
D’aussi loin que je me souvienne j’ai toujours su que je voulais raconter des histoires, et je me suis très vite aperçu que le moyen qui me plaisait le plus pour raconter ces histoires était le dessin. Du coup dès le lycée je me suis orienté vers une section STI Arts Appliqués. Après le BAC j’ai été un an à Corvisart dans une section illustration, puis ensuite les Arts Décoratifs de Paris dont je suis diplômé depuis bientôt 2 ans.

Présentez-nous le très beau Perdus dans la jungle
Perdus dans la jungle a d’abord commencé comme un projet d’école que j’ai réalisé durant mon cursus aux Arts Décoratifs. À la recherche d’une narration un peu singulière j’ai imaginé ce système d’images et de textes en décalage. Pour ce qui est de l’univers visuel j’ai beaucoup été inspiré par un voyage au Guatemala que j’avais fait quelques années auparavant. Grâce aux outils que m’offrait l’école j’ai pu réaliser cette première version en sérigraphie, ce qui lui a donné cette identité graphique forte.
Plus tard, j’ai présenté ce projet (parmi plein d’autres) aux Éditions du Trésor à l’occasion du salon du livre jeunesse de Montreuil et ils m’ont proposé de travailler d’abord sur un premier livre, Le trésor du perroquet pirate. Un livre d’énigme, avec à la clé comme récompense une vraie pièce de trésor pirate. Après la sortie de ce premier livre, ils m’ont dit qu’ils souhaitaient éditer Perdus dans la jungle. On l’a donc retravaillé ensemble pour que le livre soit plus adapté à l’édition (on a ajouté des pages, retravaillé la narration, affiné les illustrations, etc.).
L’objectif était de conserver l’aspect « sérigraphie » du livre original, j’ai donc adapté ma technique de travail en ce sens.

Quelles techniques d’illustrations utilisez-vous ?
Je tiens beaucoup à continuer de dessiner à la main. Je reste encore un peu méfiant du tout numérique. Du coup tous mes dessins sont faits à la main, que j’encre ensuite. Puis la mise en couleurs est faite par ordinateur. Cela me permet de garder le côté « souple » du dessin au crayon. Toutes mes formes sont faites à main levée, et cela évite (j’espère tout du moins) un aspect vectoriel.

Où trouvez-vous l’inspiration ?
Je suis un grand curieux et notamment un très grand amateur d’Histoire (avec un grand « H »).
Je m’inspire énormément des récits d’aventuriers, des découvreurs, des voyageurs. Et ce que je recherche encore plus à travers ces récits, c’est la petite histoire dans la grande histoire. Les détails insolites, rocambolesques. Récemment ce sont les pionniers de l’aviation qui m’ont beaucoup occupé. Comme je suis quelqu’un de très passionné j’ai donc lu beaucoup de livres sur le sujet, regardé beaucoup de films, de documentaires, je me suis déplacé dans les musées. C’est à peu près ma démarche pour tout nouveau sujet qui me fascine.

Il y a-t-il des illustrateurs et des illustratrices dont le travail vous touche ou vous inspire ?
Durant un stage aux Trois Ourses j’ai découvert le travail de Katsumi Komagata, de Bruno Munari. Ils m’ont beaucoup touché par leur modernité et leur simplicité. Et en creusant dans l’incroyable fonds d’archives de ces mêmes Trois Ourses j’ai fait la découverte d’illustrateurs russes des années 30 tels que Vladimir Lebedev, Vladimir Konashevich ou encore Mikhail Tsekhanovskij qui ont irrémédiablement marqué mon travail.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescent ?
Enfant, en plus des grands classiques tels que ceux de Claude Ponti ou de Tomi Ungerer, je lisais tout ce qui me tombait sous la main en bande dessinée. La bibliothèque familiale étant plutôt fournie en classiques je lisais Astérix, Tintin, Lucky Lucke, Percevan, Titeuf…
Puis à l’adolescence j’ai lu beaucoup de manga (comme beaucoup d’ados de ma génération). Et c’est ma découverte du travail de Lewis Trondheim qui m’a réconcilié avec la bande dessinée dite « Franco-Belge ».

Sur quoi travaillez-vous actuellement ?
Je travaille notamment sur un album autour des Yokais (les fantômes japonais) et sur un livre/jeu dont vous êtes le héros dans une ambiance mésopotamienne !

Bibliographie :

  • Perdus dans la jungle, texte et illustrations, Les éditions du trésor (2019), que nous avons chroniqué ici.
  • Le trésor du perroquet pirate, illustration d’un texte de Matélo, Les éditions du trésor (2018).

Retrouvez Romain Taszek sur son site : http://romain-taszek.ultra-book.com.


Parlez-moi de… Les Filles et les Garçons peuvent le faire aussi

Régulièrement, on revient sur un livre qu’on a aimé avec son auteur·trice, son illustrateur·trice et son éditeur·trice. L’occasion d’en savoir un peu plus sur un livre qui nous a interpellé·e·s. Cette fois-ci, c’est sur Les Filles et les Garçons peuvent le faire aussi que nous revenons avec Sophie Gourion, son autrice, Isabelle Maroger, son illustratrice, et Coralie Delécluse, son éditrice..

Sophie Gourion, autrice :
Le premier jet de ce manuscrit a vu le jour il y a 6 ans. Cela faisait déjà 4 ans que je travaillais à l’époque sur les sujets d’égalité femmes/hommes et je m’étais rendue compte que les stéréotypes se construisaient dès le berceau puisque, selon des études, les larmes des nourrissons féminins sont associées à la peur, celles des bébés masculins à la colère. J’ai eu une fille et un garçon et j’ai pu constater à quel point les réflexions de l’entourage à leur égard étaient différentes : on complimentait beaucoup plus ma fille sur son physique et mon garçon sur ses aptitudes physiques par exemple. À un moment, ma fille en a eu tellement assez qu’elle répondait systématiquement à chaque compliment « Je ne suis pas belle, je suis intelligente ! ». Je lui ai appris qu’on pouvait être les 2 en même temps😊. Initialement, le livre était destiné aux 10-12, avec des références historiques et un texte bien plus détaillé. L’accueil des éditeurs avait été mitigé : on reprochait au manuscrit son côté militant, son manque d’histoire. Le seul éditeur qui m’avait apporté une réponse personnalisée était Gründ. À l’époque, ils m’avaient conseillé de retravailler le texte pour l’alléger et le rendre moins démonstratif. Le problème, c’est que je ne voulais pas rédiger de texte fictionnel pour servir le propos. Tout ce que j’avais en tête était trop caricatural. J’avais donc laissé ce texte dans mes tiroirs quand, l’année dernière, Gründ m’a recontactée à ma grande surprise ! Ils avaient ressorti mon manuscrit et me proposaient de le retravailler pour l’adapter aux 3-6 ans. L’idée du livre double-face a tout de suite jailli car elle permet de donner un côté ludique au livre et de montrer aux enfants que chacun peut véhiculer des stéréotypes et être victime de stéréotypes, fille comme garçon. J’ai travaillé sur des textes courts, qui riment, pour rendre la lecture chantante, comme une comptine. J’ai voulu à chaque fois une double-page qui ouvre le champ des possibles « tu peux aimer… » « ou préférer… ». L’idée n’est pas de diaboliser le rose, les poupées ou les paillettes pour les petites filles par exemple mais de proposer des alternatives en portant un message fort : tu peux être qui tu veux ! La double page permet également de ne pas créer d’injonction supplémentaire : il y a en ce moment beaucoup de livres qui encouragent les filles à être des super-héroïnes, à devenir présidente ou astronaute. C’est très bien mais ça peut parfois être pesant quand on a envie d’une vie moins « ambitieuse » ! La maman d’une de mes lectrices m’a d’ailleurs raconté que sa fille lui a dit après avoir lu le livre « Ah non mais moi je ne veux pas être présidente, c’est trop fatigant ! Je préfère m’occuper des animaux »😊. C’est tout le message du livre justement !

Isabelle Maroger, illustratrice :
J’ai été contactée une première fois par les éditions Gründ en fin d’année 2017 pour « Les filles/garçons peuvent le faire aussi ». J’ai été immédiatement séduite par le propos de Sophie.
Mais en même temps je me sentais sous l’eau à ce moment-là et j’avais peur de mal faire, de ne pas être à la hauteur… On a donc mis un petit moment à se caler avec l’éditrice et finalement, rassurée sur tous ces points, le projet a pu commencer en septembre 2018.
Au final c’était le timing parfait, je sortais de l’été, j’étais remise sur pieds et j’avais retrouvé l’envie d’avoir envie.
J’avais fait pas mal d’aquarelles pendant l’été et j’ai essayé de garder la spontanéité et les petits défauts de mes dessins premiers jets (C’est un vrai travail sur soi de comprendre et accepter que les défauts sont le sel de la vie).
Plus j’avançais dans le projet plus je réalisais l’importance du propos.
J’ai un petit garçon (4 ans à l’époque) et même si on l’éduque avec le plus d’ouverture d’esprit possible sur l’égalité des genres, je sens bien que certains petits copains de l’école lui mettaient de nouvelles idées en tête. Il refusait certains habits, avait arrêté de danser et commencé à sortir des « c’est pour les filles » à tout bout de champ et avec dénigrement.
J’ai offert le livre à la maîtresse pour le 8 mars, ils l’ont lu en classe et j’ai vraiment constaté des retours positifs des enfants sur la liberté que leur offraient ces mots. Les entendre de la bouche de leur maîtresse en classe avec leurs amis a eu un vrai impact et ils en ont beaucoup parlé entre eux.
Dire les choses simplement a débloqué plein de choses, et j’ai été surprise de revoir danser mon fils la semaine suivant la lecture simplement parce qu’il était rassuré sur le fait qu’il avait le droit de faire ce qu’il voulait. Que le c’est « pour les filles » « Pour les garçons » n’existait plus !

Coralie Delécluse, éditrice :
Nous avions reçu, il y a quelques années, un texte de Sophie Gourion intitulé « Interdit aux filles ? ». Le sujet du texte nous interpelait, mais il nous semblait trop documentaire et trop haut en âge (la cible était plutôt les enfants de 7-10 ans). De notre côté, nous avions remarqué que les stéréotypes de genre commençaient très tôt (dès la maternelle) et nous avions à cœur de faire un livre sur l’égalité filles-garçons destiné aux petits, dès 3 ans.
L’an dernier, j’ai contacté Sophie, pour lui demander si elle serait d’accord pour retravailler complètement son texte, pour les plus petits, filles et garçons. Il y a plusieurs albums jeunesse qui abordent l’égalité filles-garçons, mais ils s’adressent bien souvent aux filles, ou aux garçons, mais rarement aux deux. C’était vraiment important, pour Sophie et pour nous, de montrer aux filles comme aux garçons, qu’ils pouvaient faire ce qu’ils voulaient indépendamment de leur genre. Sophie, à ma grande joie, a accepté, et l’aventure a commencé !
J’ai tout de suite pensé à Isabelle pour les illustrations. Je la suivais depuis longtemps, et j’aimais beaucoup son style très moderne, très doux, mais en même temps très expressif. Je l’ai appelée l’an dernier pour lui parler du projet. J’étais convaincue qu’elle était la bonne personne pour illustrer cet album. J’ai tout de suite senti que le sujet l’intéressait et la motivait, mais elle avait besoin d’un peu de temps pour bien s’y pencher. J’ai attendu impatiemment les premiers crayonnés, qui m’ont tout de suite confortée dans mon idée : chaque planche venait relever avec poésie et humour le texte de Sophie.
Aujourd’hui, je suis très heureuse et fière du message que porte cet album. Il invite vraiment les enfants à être libres, sans jugement : jouer aux avions ou à la poupée, faire du judo ou de la danse, se déguiser en princesse ou en pirate. Fille ou garçon, tout est permis !


 

Les Filles et les Garçons peuvent le faire aussi
de Sophie Gourion, illustré par Isabelle Maroger
sorti aux éditions Gründ (2019),
chroniqué ici.

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Les invité·e·s du mercredi : Laurence Nobécourt, Nayel Zeaiter et Marie Bluteau

Par 8 mai 2019 Les invités du mercredi

Aujourd’hui, on rencontre Laurence Nobécourt, la créatrice de la maison d’édition À pas de loups. Elle nous parle de son parcours, de son amour de la littérature jeunesse, de ses ouvrages phares et des nouveautés (on s’en lèche les babines d’impatience!). Et puis on revient avec Nayel Zeaiter et Marie Bluteau sur le formidable Histoires de France en 100 fiches : un ouvrage engagé, foisonnant, encyclopédique et stimulant ! Bon mercredi !


L’interview du mercredi : Laurence Nobécourt

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
J’étais une professeure des écoles passionnée de littérature jeunesse. Durant mes années d’enseignement, j’ai eu la chance de pouvoir inviter de nombreux artistes dans mes classes, comme Mario Ramos, par exemple. J’ai aussi eu l’opportunité de participer avec mes élèves à l’écriture du livre Un bateau dans le ciel, paru aux éditions Rue du monde, une belle aventure menée par l’illustrateur britannique Quentin Blake avec mille huit cents enfants de tous les pays. Ces expériences et rencontres ont été décisives : j’avais envie de me lancer dans l’aventure en créant ma propre maison d’édition.

Quelles étaient vos lectures d’enfance ?
J’ai peu de souvenirs d’albums illustrés en dehors de Babar, de Caroline et ses amis et de quelques titres du Père Castor, j’étais abonnée aux magazines Pomme d’Api, Okapi et c’était une grande joie de les découvrir dans la boîte aux lettres ! J’ai grandi à la grande époque de la Bibliothèque rose et verte et dévoré les séries Fantômette, Le clan des 7, Alice, Les sœurs Parker

Comment est née votre maison d’édition ?
Cécile Gambini est venue dans ma classe pour une rencontre. Ça a été un déclic : j’adorais son album Bagbada, mais il était épuisé. Je me suis dit : « Si j’étais éditrice, je ressortirais ce livre ! » Quelques temps plus tard, j’ai découvert les premiers livres de Françoise Rogier, Sophie Daxhelet et Dominique Descamps, trois illustratrices belges. C’était le début d’une belle collaboration. Puis j’ai rencontré Albertine au festival des illustrateurs de Moulins. Elle m’a montré une série de croquis non publiés sur le thème du cirque, qui deviendraient plus tard le leporello Circus. Quel cadeau !
En 2013, je me suis lancée : j’étais professeure des écoles le jour et « apprentie éditrice » le soir. J’ai multiplié les rencontres avec les créateurs, les graphistes, les imprimeurs, les libraires, tous les acteurs de la chaîne du livre. En mai 2014, mes cinq premiers livres sont sortis.

D’où est venue l’idée du nom ?
C’est un clin d’œil à cette bête tantôt attachante, tantôt effrayante qui rôde dans les contes, figure incontournable de la littérature jeunesse. Je voulais arriver à pas de velours dans le monde de l’édition tout en étant bien présente pour stimuler l’imagination des petits loups. L’idée de cheffe de meute prête à défendre ses petits me plait bien !

Comment choisissez-vous les projets que vous éditez ?
Je reçois plus de mille projets par an ! Parmi eux, quelques pépites… La majorité des projets naissent de rencontres, certaines à mon initiative. Il m’arrive également de solliciter des artistes pour illustrer certains manuscrits, de faire des “mariages” entre auteur et illustrateur. Quand ça fonctionne, c’est très réjouissant. Dans tous les cas, ça commence toujours par un coup de cœur !

Pouvez-vous nous présenter les personnes qui travaillent au sein d’À pas de loups ?
Nous sommes une petite structure en pleine croissance ! En tant qu’éditrice j’en suis la première collaboratrice, investie à 200% sur tous les fronts. C’est passionnant !
Pierre-Jean, mon mari, m’accompagne et me soutient depuis le début de cette belle aventure. Il s’occupe principalement du suivi administratif et financier d’À pas de loups et participe également aux décisions éditoriales.
Aylin Manço a rejoint l’équipe cette année après un stage de 6 mois, elle m’assiste dans le travail éditorial.
Annaig Schmiedeberg, graphiste indépendante, travaille avec nous depuis la création des premiers livres.
Et depuis peu, Daniela Bonerba, agente littéraire, défend notre catalogue auprès des éditeurs étrangers.

Pouvez-vous nous citer quelques ouvrages « phares » d’À pas de loups ?
Les premiers ouvrages qui me viennent à l’esprit sont nos livres collectifs d’illustrateurs : À pas de loups, où 42 illustrateurs se sont exprimés sur le thème du loup, avec un texte de Germano Zullo et S’aimer de Cécile Roumiguière qui nous offre un dialogue, celui, duo, de l’amour, inspirée par 39 artistes. Un troisième livre collectif sortira en juin 2019 : Je t’emmène en voyage de Carl Norac. Mais je suis fière des 50 livres qui composent aujourd’hui notre catalogue ! Ce sont des livres originaux ouvrant de belles portes sur le monde à nos lecteurs.

Qu’est-ce qu’un bon livre jeunesse selon vous ?
C’est un livre qu’on aura plaisir à relire encore et encore pour les émotions qu’il procure ou parce qu’il se démarque par son originalité graphique ou par son style. En bref : un livre qui ne laisse pas indifférent.

Pouvez-vous nous parler des « nouveautés 2019 » ?
Pas tomber d’Annie Agopian et Audrey Calleja (mai 2019) : Cet album est une ode surréaliste à la puissance des jeux d’enfants. Le terrain de jeu contient tout à la fois : les fantasmes et les peurs, le passé et le futur, des marelles et des malles au trésor, voire même des crocodiles !
La fille qui cherchait ses yeux d’Alex Cousseau et Csil (mai 2019) : Fine n’a pas d’yeux. Elle peut donc imaginer le monde comme elle l’entend : le visage bleu de son frère, une forêt au plafond de sa chambre… Mais tout de même, elle aimerait bien voir pour de vrai. Accompagnée des mésanges qui nichent dans ses cheveux, elle part en ville, à la recherche de ses yeux…
Trois Koutchoulous sans histoire de Mandana Sadat (juin 2019) : Il était une fois trois Koutchoulous sans histoire. Ça leur pose problème, parce qu’ils sentent que des petits yeux les observent. Ce sont les yeux des lecteurs, et les lecteurs attendent sûrement une histoire… Comment en trouver une ? Les trois Koutchoulous vont partir à l’aventure.
Je t’emmène en voyage de Carl Norac (juin 2019) : C’est le dernier né de la collection d’ouvrage collectif d’À pas de loups ! « On ne fait pas un voyage, c’est le voyage qui nous fait. » Inspiré par cette citation de Nicolas Bouvier, nous avons invité quarante illustrateurs à s’exprimer librement sur le thème du voyage. Les illustrations ont ensuite été ordonnées et liées entre elles par un texte de Carl Norac.
Kini, le monde à bras le corps d’Ingrid Thobois et Géraldine Alibeu (sept 2019) : Cet album nous emmène sur la trace de l’écrivaine et aventurière Ella Maillart, depuis
les rives du Lac Léman jusqu’au périlleux Turkestan chinois, en passant par l’URSS et l’Afghanistan.
Calamity Jane, l’indomptable (septembre 2019) : Toute sa vie, Calamity Jane a écrit des lettres à sa fille sans jamais les envoyer. A partir de ces missives, cet album raconte l’histoire de cette éternelle rebelle. Et en filigrane apparaît une lettre d’amour au Far West et à la liberté.
Le petit chaperon rouge de Julia Chausson (octobre 2019) : L’illustratrice Julia Chausson s’approprie une version orale nivernaise du Petit Chaperon Rouge. Ses magnifiques gravures noires et rouges plongent le lecteur dans une atmosphère féroce et inquiétante. Entrez donc dans la forêt : vous n’avez jamais vu le Petit Chaperon comme ça !

Bibliographie (sélective) :

  • Paraquoi, texte d’Alex Cousseau, illustré par Éva Offrédo (2019), que nous avons chroniqué ici.
  • Jean-Kévin, texte de Cécile Roumiguière, illustré par Géraldine Alibeu (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Bienvenue, texte de Raphaële Frier, illustré par Laurent Corvaisier (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Mon chien, papa et moi, texte de Raphaële Frier, illustré par Marc Daniau (2018), que nous avons chroniqués ici.
  • Le kiwi du kiwi et Le dodo du dodo, d‘Éva Offrédo (2018), que nous avons chroniqués ici.
  • Dans l’atelier de Jean Dubuffet, de Sophie Daxhelet (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • La forêt d’Alexandre, de Rascal (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Kado, texte de Thomas Scotto, illustré par Éric Battut (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Les mots qui manquent, texte d’Anne Loyer, illustré par Bobi+Bobi (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Le Mur, texte d’Anne Loyer, illustré par Nathalie Paulhiac (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • S’aimer, texte de Cécile Roumiguière, illustré par un collectif (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Petite, texte d’Anne Cortey, illustré par Audrey Calleja (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Circus, d’Albertine (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Sur un toit, un chat, texte de Cécile Roumiguière, illustré par Carole Chaix (2014), que nous avons chroniqué ici.

Retrouvez les éditions À pas de loups sur : https://apasdeloups.com.


Parlez-moi de… Histoires de France en 100 fiches illustrées

Régulièrement, on revient sur un livre qu’on a aimé avec son auteur·trice, son illustrateur·trice et son éditeur·trice. L’occasion d’en savoir un peu plus sur un livre qui nous a interpellés. Cette fois-ci, c’est sur Histoires de France en 100 fiches illustrées que nous revenons avec Nayel Zeaiter (auteur et illustrateur) et Marie Bluteau (éditrice).

Nayel Zeaiter (auteur et illustrateur) :
Ce livre est le développement d’un travail fait en 2014, dans le cadre de mon diplôme de fin d’étude aux Art Décoratifs de Paris. J’avais alors réalisé une série de 7 affiches couvrant l’intégralité de l’histoire de France. Leur forme, dessin et texte fléchés dans de longues compositions verticales, était inspirée à la fois des tableaux d’élocution d’école primaire et des images didactiques d’internet, les infothread, sortes de manuels à dérouler pour faire tout et n’importe quoi. Sur un plan historique, je traitais d’événements peu communs dans les manuels d’histoire actuels, et parfois très anecdotiques. Les éditions de la Martinière Jeunesse ont vu ce travail et l’ont beaucoup aimé. Ils m’ont proposé de développer ma série d’affiche en livre. Un livre de 160 pages, en grand format, avec une centaine de planches. C’est à partir de leur proposition que j’ai commencé à écrire et dessiner Histoires de France en 100 planches illustrées. Ma démarche historique a été celle d’un artiste. J’ai essayé de dessiner des scènes de l’histoire de France qui sont peu représentée, ou pas du tout. Je m’intéresse aux événements annexes, aux personnages secondaires que je mets au même plan que les grandes figures traditionnelles. Je parle beaucoup dans ce livre de conflits mineurs, d’attentats, de coups d’état ratés. Dans le même temps j’omets des grandes périodes, ou les résume en une courte phrase. C’est ce que je peux me permettre en tant qu’artiste : prendre une posture d’historien naïf. »

Marie Bluteau (éditrice) :
Lorsque j’ai rencontré Nayel Zeaiter pour la première fois, lors d’un rendez-vous organisé par notre directeur artistique, lui même sorti des Arts Décoratifs de Paris, je suis restée bouche-bée face à son travail. Il nous présentait des affiches réalisées pour son diplôme de fin d’étude et immédiatement, j’ai su que j’allais lui proposer d’en faire un livre.  Son travail m’est apparu fort et innovant et je trouvais que cette mise en scène unique était un véritable tour de force graphique pour redécouvrir l’histoire de France. Bien sûr, il s’agissait d’un vrai pari d’éditeur car je savais que cet ouvrage allait (d)étonner par son traitement, mais nous étions convaincus que cet énorme travail de documentation et le foisonnement graphique en ferait un livre percutant. Par ailleurs, c’était un vrai challenge que nous demandions à Nayel : réaliser 100 planches, 1000 dessins, cartes et autre galerie de portraits avec parallèlement la rédaction d’un contenu solide et la recherche d’un ton « d’auteur ».  Mais il s’est prêté au jeu avec détermination et nous a offert un ouvrage magistral dont il peut être aussi fier que nous le sommes. »


Histoires de France en 100 fiches illustrées 

de Nayel Zeaiter
sorti chez De la Martinière Jeunesse (2018),
chroniqué ici.

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Les invité·e·s du mercredi : Anne-Claire Lévêque et Raphaële Frier

Par 1 mai 2019 Les invités du mercredi

Aujourd’hui, c’est l’autrice Anne-Claire Lévêque que nous avons la chance de recevoir. Avec elle nous revenons sur son parcours et son travail. Ensuite, c’est l’autrice Raphaëlle Frier, qui nous livre ses coups de cœur et coups de gueule. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Anne-Claire Lévêque

Parlez-nous de votre parcours
J’ai grandi au milieu des livres… qui étaient partout chez mes parents ! Et le premier livre que j’ai « écrit » m’a valu une sacrée engueulade puisque j’avais naturellement choisi un « beau-livre » de photos, pour son grand format, son papier doux sous mes feutres et dont j’avais intégralement recouvert le texte imprimé de ma propre écriture illisible mais qui racontait une super histoire ! Bon… Par la suite, on m’a offert des grands cahiers, des petits carnets, du papier à lettres et j’ai pu m’en donner à cœur joie ! Bien plus tard, je suis entrée en école de journalisme avec l’envie d’interroger et d’écrire les histoires des autres. Et puis, j’ai enfin osé écrire un premier album qui est paru au Rouergue en 1998. Depuis, je mène une double vie !

J’aimerais que vous nous disiez quelques mots sur le très bel album que vous avez sorti à L’initiale il y a quelques mois, Mon ombre.
Mon ombre est un collage de « micro aventures géantes » vécues et juxtaposées comme dans un rêve, qui racontent tous les possibles d’un jeu à l’infini qui ne nécessite rien (sauf du soleil) et que tous les enfants expérimentent. Les illustrations de Sandra ont apporté du « liant » à mon texte et ajouté tout un pan d’imaginaire, qui en font un album que je trouve, moi aussi, très réussi !

Comment naissent vos histoires ?
De l’observation, d’un dialogue saisi au vol, d’un mot qui sonne, d’une scène dans la rue, d’un décor, d’un souvenir… Ces petits interrupteurs allument des idées de mini histoires que je note sur des bouts de papier et ça me rend joyeuse. Parfois cette étincelle suffit à me faire plaisir et c’est une histoire « à une place », parfois j’ai envie de la partager et d’embarquer les autres. Alors, je « sors de ma tête » et je bosse.

Vous faites aussi partie des autrices d’une collection qu’on adore, Je sais ce que je mange. Comment travaillez-vous sur ces documentaires ?
Comme pour un article journalistique. Je cherche de l’info auprès de sources fiables, je recoupe, j’interroge, j’accumule. Ensuite, je trie, j’élague en gardant toujours à l’esprit que mes lecteurs ont besoin de comprendre mais que ce que je leur raconte doit faire « sens » pour eux, sinon, c’est raté ! J’essaie d’être concrète mais drôle, rigoureuse mais légère… Un super exercice.

Cette collection est assez engagée écologiquement parlant, une préoccupation importante pour vous ?
Oui résolument… pour les pommes et les bananes, et d’une manière générale pour l’agriculture bio. Impossible de ne pas réagir à son échelle lorsqu’on se documente sur la question ! Pour le reste, comme beaucoup de gens, j’essaie de changer mes habitudes pas à pas.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente  ?
Hétéroclites mais passionnées ! J’adorais relire trois, quatre, dix fois un même livre qui m’avait plu. J’ai appris à lire avec Oui-Oui et j’étais insatiable. Je me souviens aussi vers 8 ans d’une collection géniale de chez Nathan (qui s’appelait encore Fernand) « La bibliothèque internationale », ces romans traduits de tous les pays du monde m’ont beaucoup marquée. Un peu plus tard : « Les quatre filles du docteur March », « Les trois mousquetaires », « Mon bel oranger » de J. Vasconcelos, Michel Grimaud… Nicole Claveloux dans Okapi avec l’insupportable Grabote et le lion Léonidas et les BD : « Philémon » de Fred, Gotlieb évidemment, Bretécher… Je piochais dans les bibliothèques de la maison et je découvrais au pif ! Je suis passée assez vite aux livres pour adultes car il n’existait pas vraiment de littérature ado…

Quelques mots sur vos prochains ouvrages ?
Un livre docu pour Les éditions du Ricochet. Trois histoires en chantier, dont un album pour L’Initiale pour parler de l’amitié… qui me tient à cœur !

Bibliographie sélective :

  • Tous à la danse !, roman illustré par Mary-Gaël Tramon, Belin (2019).
  • Dix à table, roman illustré par Mioz, Belin (2019).
  • Mon ombre, album illustré par Sandra Desmazières L’initiale (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Les bananes, album illustré par Nicolas Gouny Les éditions du Ricochet (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Les Pommes, album illustré par Nicolas Gouny, Les Éditions du Ricochet (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Qui porte le chapeau ?, album illustré par Caroline Dalla, L’initiale (2014).
  • Cœur élastique, album illustré par Arianna Tamburini, Les Éditions du Ricochet (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • La pluie et le beau temps, album illustré par Jérôme Peyrat, Les éditions du Ricochet (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Le p’tit déjeuner, album illustré par d’Amélie Falière, Les éditions du Ricochet (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Où est passé mon cœur ?, album illustré par Sandra Desmazières, Le Baron Perché (2006).


Le coup de cœur et le coup de gueule de… Raphaële Frier

Régulièrement, une personnalité de l’édition jeunesse (auteur·trice, illustrateur·trice, éditeur·trice…) nous parle de deux choses qui lui tiennent à cœur. Une chose qui l’a touché·e, ému·e ou qui lui a tout simplement plu et sur laquelle il·elle veut mettre un coup de projecteur, et au contraire quelque chose qui l’a énervé·e. Cette semaine, c’est Raphaële Frier qui nous livre ses coups de cœur et ses coups de gueule.

Je préfère commencer par le coup de gueule.
Allons-y par à-coups :

Il y a ce coup de poing que j’ai ressenti à l’écoute de ce milliard d’euros récolté en quelques jours pour sauver une cathédrale, si belle et grandiose soit-elle. Il y aurait assez d’argent pour la reconstruire deux fois ! Et pendant ce temps, tant de vies échouées, d’enfants, de femmes et d’hommes perdus, dans la rue, dans la mer, et dans l’indifférence.
Je ne comprends pas. Il n’y a pas eu un seul mort, ni même un seul blessé le 15 avril dernier, lors de l’incendie de Notre-Dame. Et puis, Notre-Dame n’est pas morte, notre siècle y laissera sa trace, comme d’autres avant lui.
Rappelez-vous, des immeubles se sont effondrés en novembre 2018 à Marseille. Huit personnes ont péri, dont une étudiante, qui avait l’âge de mes filles. Et combien ont rejoint le rang des mal-logés suite à cette catastrophe ? Où étaient, où sont les grands donateurs milliardaires touchés par ce drame ?
Bien sûr, notre rapport au passé est important. Mais je m’interroge quant à notre rapport au présent et à l’avenir.

Il y a ce coup de trop de notre ministre de l’Intérieur accusant il y a peu les ONG présentes en Méditerranée de complicité avec les passeurs ! Et ce coup au cœur que j’ai pris devant l’affiche publicitaire d’une certaine compagnie maritime qui propose à ses clients « La traversée que vous méritez », pendant que, chaque jour, d’autres non-méritants tentent la traversée et meurent en Méditerranée.
Et bien sûr, les villes se frottent les mains face aux retombées économiques des croisières. Et si on parlait de leur empreinte désastreuse sur l’atmosphère ? À Marseille par exemple, avec le développement du trafic des bateaux de grandes croisières, de véritables mini-villes flottantes peuvent rester plusieurs jours à quai tout en continuant à faire tourner leurs moteurs pour s’alimenter en électricité. Or, les carburants marins sont surtout constitués de fioul lourd (très épais, très peu cher, très polluant). Selon France Nature Environnement, un gros paquebot pollue autant qu’un million de véhicules. Vous imaginez l’effet des émissions des bateaux sur la santé et le climat… Et pourtant, le secteur aérien et le secteur maritime bénéficient de l’exonération fiscale sur le kérosène, ainsi que sur le fioul. Est-ce normal ?
Permettez-moi encore ce coup de blues que m’inspire la réforme des retraites et ce qu’elle va impliquer pour les auteurs, les artistes. Les revenus des auteurs sont déjà peau de chagrin. Que restera-t-il de la création dans quelques années ?

Bien sûr, d’autres coups de gueule me brûlent la gorge mais je ne veux pas qu’ils prennent trop de place sur ce papier.

Car heureusement, j’ai aussi des coups de cœur à partager :

D’abord, en photo, une « chaise haute » dans les Cévennes. Elle a fait écho à mon album Les chaises (Le port a jauni).

Je pense aussi à ces crocus aperçus mi-avril, perçant la couche d’herbes jaunies et couchées par la neige, dans le massif du Mézenc.

Je pense à cette jeune fille rencontrée en IME, à l’occasion d’un atelier d’écriture. Elle m’a tellement émue après que je lui ai demandé de m’énoncer ce qu’on pouvait trouver en forêt. Ma question est d’abord restée sans réponse. Alors j’ai insisté. C’était facile, elle pouvait déjà juste me parler des arbres. Mais elle a encore laissé passer un long silence, puis elle m’a dit : « des rêves ? ».

Je pense à nombre de mes lectures. Celle du moment par exemple : La Désorientale, de Negar Djavadi. Et Journal d’une fille chien, de Laura Jaffé.

Je pense à de nombreux originaux d’albums que j’ai la chance d’approcher régulièrement. Comme par exemple ceux de l’album La montagne (peintures sur bois de Manuel Marsol) ou ceux de la BD Portugal (de Cyril Pedrosa), vus début avril à « BD à Bastia ». Et tant d’autres !

Je pense aux belles rencontres et aventures qui m’ont régalée en festival ces derniers temps, ou à celles qui s’annoncent.

Je pense à ce colis rempli d’oranges que j’ai reçu la semaine dernière par la poste. Elles étaient délicieuses et venaient du jardin d’un ami après sa lecture de mon album « Bienvenue ».

Et puis, j’allais oublier… Je pense à ces moments magiques des lectures musicales autour du Tracas de Blaise par exemple. C’est nouveau pour moi, et j’adore ça !

Enfin, il y a eu ce gros coup de cœur pour le SLPJ de Montreuil dernier où Julien Martinière et moi avons eu l’immense joie de recevoir la pépite d’or pour notre album Le Tracas de Blaise. L’atelier du poisson soluble avait eu la bonne idée et fait le pari de le publier fin 2017.

Ça fait beaucoup de coups de cœur, et encore, je ne les confie pas tous, la liste serait trop longue ! Je veux dire Merci en tout cas à ceux qui m’ont réchauffé le cœur ces derniers temps. Et ils sont nombreux !

Raphaële Frier est autrice.

Bibliographie sélective :

  • Cache-cache Cocotte, album illustré par Nathalie Desforges, Bayard (2019).
  • Bienvenue, album illustré par Laurent Corvaisier, À pas de loups (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Mon chien, papa et moi, album illustré par Marc Daniau, À pas de loups (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Les chaises, album illustré par Clothilde Staes, Le Port à Jauni (2018).
  • C’est notre secret, roman, Thierry Magnier (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Le Tracas de Blaise, album illustré par Julien Martinière, L’Atelier du poisson soluble (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Malala pour le droit des filles à l’éducation, album illustré par Aurélia Fronty, Rue du Monde (2015).
  • Mauvais fils, roman Talents Hauts (2015).
  • Mon cher Van Gogh, roman, Bulles de Savon (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Je vous présente Gaston !, album illustré par Claire Franek, L’Edune (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • La recette de Moi, album illustré par Audrey Pannuti, Naïve (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • Angèle et le cerisier, album illustré par Térésa Lima, l’Atelier du poisson soluble (2011), que nous avons chroniqué ici.

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Les invité·e·s du mercredi : Emmanuelle Lê et Simon Roguet (librairie M’Lire)

Par 24 avril 2019 Les invités du mercredi

J’ai découvert il y a peu les éditions Aleph, et j’avais envie de mettre un petit coup de projecteur sur cette belle maison qui vient de se créer. Ensuite, c’est à nouveau un libraire qui est l’invité de la rubrique Ce livre-là. Cette fois, c’est Simon Roguet de la librairie M’Lire à Laval. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Emmanuelle Lê

Présentez-nous votre jeune maison d’édition, Aleph. Comment est né ce projet ?
Le projet a surgi comme une évidence après des années de discussions passionnées sur la mythologie, la littérature et l’édition. Je me souviens avoir eu l’idée d’Aleph après avoir relu le très beau livre de Jean-Pierre Vernant, L’Univers, les dieux, les hommes. J’avais envie de faire découvrir les mythes et les légendes qui façonnent et nourrissent notre imaginaire, de faire voyager les jeunes lecteurs – et leurs parents – à travers le monde. Je n’avais cependant qu’une simple intuition que je ne pensais pas développer si rapidement. C’est en commençant à travailler sur Le Roi des singes que tout s’est mis en place dans ma tête. C’était un pari risqué si on regarde la profusion d’ouvrages qui inondent les librairies, mais il n’y a finalement pas beaucoup de livres illustrés qui proposent ce genre de voyage à travers les mythes.

Quelle est la ligne de la maison ?
Notre ligne éditoriale est très spécifique, puisqu’on ne publie que des récits liés à la mythologie, aux contes ou aux légendes du monde. On valorise la qualité littéraire du texte, et, pour ce qui est des illustrations, le travail des couleurs et une force narrative propre.
Voici un tour d’horizon rapide des trois collections que l’on développe pour le moment :
– Les grands albums sur les mythologies du monde, classés par continents, chacun étant identifiable par un pictogramme (un animal).
– Les récits illustrés, selon le même principe que les albums, mais avec plus de texte, l’équivalent des premiers romans. La collection est en cours de création.
– Les romans pour les adolescents et les adultes, qui eux ne reprennent pas nécessairement un mythe ou une légende explicitement, mais qui s’y rapportent d’une façon ou d’un autre. Nous voulons publier des récits littéraires qui interrogent le rôle de l’imagination dans la construction de l’identité personnelle.

D’où est venu le nom, Aleph ?
Aleph est la première lettre de l’alphabet hébreu et de l’alphabet arabe : le nom renvoie donc aux origines de l’écriture, il évoque les récits sans âge. C’est aussi une référence à une nouvelle de Borges fascinante, qui évoque une sphère contenant tous les points de l’univers :
« (…) je vis sur l’Aleph la terre, et sur la terre de nouveau l’Aleph et sur l’Aleph la terre, je vis mon visage et mes viscères, je vis ton visage, j’eus le vertige et je pleurai, car mes yeux avaient vu cet objet secret et conjectural, dont les hommes usurpent le nom, mais qu’aucun homme n’a regardé : l’inconcevable univers. »

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur les livres déjà parus ?
Nos premiers titres sont parus en novembre 2018 : deux albums illustrés et un roman traduit de l’allemand.
Les deux albums illustrés s’adressent aux enfants à partir de six ans. Le premier, Le Roi des singes (mythologie chinoise), est une réécriture de la Pérégrination vers l’Ouest, l’un des monuments de la littérature chinoise, qui raconte la légende du célèbre Sun Wukong. Ce premier album d’une série retrace la naissance et les premiers exploits de ce singe facétieux et invincible, qui a notamment inspiré le parodique Son Goku de Dragon Ball. Les illustrations de Gabrielle Berger sont très colorées, très dynamiques, et en dialogue constant avec le texte. Des thèmes importants sont abordés, comme la mort ou l’apprentissage, mais on a choisi de raconter l’histoire de manière poétique, en privilégiant des suggestions, des jeux de mots et une touche d’humour bien sûr ! Le deuxième album, Le Temps du Rêve (mythologie aborigène), est beaucoup plus onirique ; les très belles illustrations de Catherine Cordasco sont d’ailleurs faites en partie à l’aquarelle. L’album raconte la naissance de l’univers en s’inspirant de la cosmogonie aborigène. Des êtres surnaturels parcourent l’Australie, suivant des lignes qui sont comme des partitions musicales. L’héroïne, Brolga, est une danseuse merveilleuse confrontée à une puissance maléfique dont elle devra se libérer pour continuer à danser.
Le roman, enfin, est impossible à décrire tant il foisonne de détails et de scènes mémorables. Le Milieu du monde d’Andreas Steinhöfel a été publié en 1998 chez Carlsen, il s’adresse aussi bien aux adolescents qu’aux adultes. Il n’avait encore jamais été traduit en France alors qu’il s’agit d’un best-seller vendu à plus d’un million d’exemplaires. Il met en scène le narrateur, Phil, un adolescent de dix-sept ans qui nous plonge dans les souvenirs de son enfance, dans une demeure mystérieuse qui ressemble à un château de conte de fées. Le récit alterne les deux temporalités : celle de l’enfance, proche du registre merveilleux, et celle de l’adolescence, caractérisée par une quête identitaire fascinante et la découverte de l’amour (homosexuel en l’occurrence). Le récit interroge notre rapport à l’imaginaire à chaque page, avec des allusions constantes à la mythologie grecque, d’où sa place dans le catalogue d’Aleph.

Pour vous, qu’est-ce qu’un bon livre jeunesse ?
À mes yeux on devrait parler de « bon livre » tout court, car même s’il y a quelques caractéristiques propres à la littérature jeunesse, il s’agit avant tout d’une classification éditoriale, pas d’une différence de nature littéraire. Je dirais qu’un bon livre, c’est avant tout un livre passionnant ou du moins surprenant, qui nous emporte vers des horizons inconnus, aussi bien du point de vue de la langue que de l’histoire, même s’il faut toujours des points de repère, des éléments familiers pour que le lecteur s’y retrouve. La découverte et l’apprentissage sont en effet des processus intrinsèques à la littérature : lire, c’est être confronté à l’inconnu, que ce soit des personnages, des objets ou des sentiments nouveaux, une langue nouvelle, des tournures ou des mots jamais entendus.
Un bon livre jeunesse, c’est donc un livre qui ne cherche pas à transmettre un message univoque à l’enfant, mais qui lui offre au contraire la possibilité d’interpréter, de ne pas tout comprendre d’un coup, de développer son imagination et d’ouvrir son regard sur le monde tout en découvrant les plaisirs de la littérature. L’idée qu’il faudrait toujours simplifier le texte à outrance me semble donc dangereuse : c’est justement l’expérience de l’incompréhension initiale, puis de plusieurs niveaux de lecture, qui permet à l’enfant d’apprendre et de s’ouvrir à de nouvelles idées. Les récits mythologiques regorgent de symboles et d’événements complexes, mais c’est justement ce qui fait leur inépuisable richesse !
S’agissant des albums illustrés, je pense qu’il faut privilégier un dialogue constant entre le texte et l’image, mais pas seulement de manière illustrative : le récit porté par les illustrations devrait toujours pouvoir se lire autrement, et même entrer en dissonance avec le texte pour l’interroger davantage. C’est ce qui permet un jeu, une complicité entre l’adulte qui lit et l’enfant qui contemple tout en écoutant.

Parlez un peu de vous, pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
J’ai grandi dans un milieu assez défavorisé, ce sont les livres qui m’ont nourrie en me transportant dans mille pays imaginaires.
Après une classe préparatoire à Henri IV, j’ai étudié les lettres et la philosophie à l’École Normale Supérieure puis le droit à Sciences Po. Après quelques années d’enseignement et des stages, j’ai décidé de me consacrer à l’édition.

Quel est votre rôle au sein d’Aleph ?
J’ai fondé Aleph et je suis l’éditrice en charge de tout le processus de publication, de la création de projet à la parution du titre.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Difficile de répondre en quelques mots ! J’ai toujours aimé les univers merveilleux, les récits épiques, le mystère, tout ce qui nourrissait mon imagination d’enfant.
L’un des premiers livres qui me viennent à l’esprit : le magnifique Broutille de Claude Ponti. Cette poupée m’a accompagnée partout, et elle trône encore dans ma bibliothèque. On recevait les nouveautés de l’École des loisirs à l’école et c’était toujours une grande joie.
Adolescente, j’ai lu avec passion Le Seigneur des anneaux, des bandes dessinées comme Thorgal ou La Quête de l’oiseau du temps, puis des écrivains – surtout des poètes – qui ont changé ma vie : Baudelaire, Mallarmé, Rimbaud, Flaubert et Huysmans…

Quelques mots sur les prochains livres qui sortiront chez Aleph ?
Quatre albums illustrés sont prévus d’ici le mois d’août :
Idunn (mythologie nordique) écrit par Anne-Claire Bondon et illustré par Tristan Gion, met en scène la déesse éponyme enlevée par le géant Thjazi et sauvée par les dieux Ases, dont les biens connus Loki, Odin et Hoenir, qui ont une dimension très humaine. Il y a beaucoup de dialogues et de moments plus comiques qui rendent le récit pétillant. Les illustrations sont texturées et pleines de détails captivants. On a voulu raconter un épisode moins connu de cette mythologie aujourd’hui populaire parmi tous les publics. Une matinée de lecture – dédicace est prévue à la librairie les Guetteurs de vent (Paris 11) le samedi 1er juin à 11 h !
Inis Fail (mythologie celtique) écrit par Michaël Lê et illustré par Helene Let reprend plusieurs épisodes du Livre des conquêtes de l’Irlande, méconnu en France et qui n’a pourtant rien à envier aux mythes vikings ! L’histoire est racontée par Fintan, le druide primordial, véritable mémoire vivante de l’île, témoin de l’arrivée successive des peuples d’Irlande. Le héros Lugh, surnommé « le Polytechnicien » car il maîtrise tous les arts, défend le peuple de Dana de l’invasion des Fomoires, créatures magiques venues d’un autre monde. Les illustrations nous plongent dans un univers de talismans. Une matinée de lecture – dédicace est prévue à la librairie les Guetteurs de vent (Paris 11) le samedi 8 juin à 11 h.
Rostam (mythologie perse), écrit par Léopold Roy et illustré par Gabrielle Berger, raconte les sept exploits de ce héros herculéen bien connu en Iran. Accompagné de son fidèle destrier Rakhsh (« éclair » en persan), il va libérer l’armée du Roi Key Kavus en combattant le Démon blanc qui règne à Mazandéran. Un long travail de recherches a été accompli par l’illustratrice, le résultat est formidable : chaque illustration fourmille de détails et d’allusions au Shanameh (Livre des rois) et joue aussi avec les codes de la bande dessinée.
Gromislav (mythologie slave), écrit par Carole Trébor et illustré par Tristan Gion, est une sorte de fable écologique, le récit met en scène un géant qui n’a pas les caractéristiques habituelles des héros, et qui n’en est que plus attachant. Lent et passif en apparence, il passe son temps à rêver. C’est pourtant lui qui va finalement sauver la planète, avant de s’endormir sous la terre où il demeure encore aujourd’hui. L’album permet de découvrir une cosmogonie peu connue tout en abordant des problématiques actuelles liées à l’écologie.

Bibliographie :

  • Le Roi des singes, album, texte d’Emmanuelle Lê illustré par Gabrielle Berger (2018) que nous avons chroniqué ici.
  • Le Temps du Rêve, album, texte d’Emmanuelle Lê illustré par Catherine Cordasco (2018).
  • Le Milieu du monde, roman d’Andreas Steinhöfel (2018).

À paraître :

  • Idunn, album, texte d’Anne-Claire Bondon, illustré par Tristan Gion (mai 2019).
  • Inis Fáil, album, texte de Michaël Lê, illustré par Helene Let (mai 2019).
  • Rostam, album, texte de Léopold Roy, illustré par Gabrielle Berger (août 2019).
  • Gromislav, album, texte de Carole Trébor, illustré par Tristan Gion (août 2019).

Le site d’Aleph : https://aleph-editions.com.

 


Ce livre-là… Simon Roguet (librairie M’Lire)

Ce livre-là… Un livre qui touche particulièrement, qui marque, qu’on conseille souvent ou tout simplement le premier qui nous vient à l’esprit quand on pense « un livre jeunesse ». Voilà la question qu’on avait envie de poser à des personnes qui ne sont pas auteur·trice, éditeur·trice… des libraires, des bibliothécaires, des enseignant·e·s ou tout simplement des gens que l’on aime mais qui sont sans lien avec la littérature jeunesse. Cette fois, c’est le libraire Simon Roguet de la librairie M’Lire à Laval notre invité.

Si je devais choisir un livre de littérature jeunesse qui m’a marqué depuis que je fais ce métier, je dirais déjà que c’est une question bien difficile à répondre. J’ai croisé tant de textes magnifiques et tant d’albums somptueux qu’il est très délicat d’en sortir un du lot.
Mais s’il faut jouer le jeu, je parlerais bien du texte Les belles vies de Benoît Minville publié dans la collection Exprim’ de Sarbacane. Ce texte représente tout ce que j’aime dans la littérature jeunesse. C’est d’ailleurs souvent lui que j’utilise pour montrer, car il le faut encore, qu’on parle bien de littérature tout court quand on parle de littérature jeunesse. Il y a tellement d’émotion dans ce texte que j’en frémis encore quand j’écris ces lignes. Retrouver Vasco et Djib lors de cet été si particulier, c’est comme retrouver de vieux amis. Car l’écriture de Benoit Minville est faite ainsi : pleine d’humanité et de sensibilité. C’est un auteur qui aime ses personnages et on les aime avec lui.
Vasco et Djib sont deux petits gars de la cité, pas méchants mais qui peuvent être énervés. À la suite d’une erreur de trop, leurs parents les envoient se ressourcer au plein cœur de la Nièvre dans une maison d’accueil pour enfants en difficultés. Ils vont devoir croiser le quotidien d’enfants et d’ados de leur âge qui n’ont pas exactement le même mode de pensée, les mêmes façons d’agir. L’été qui est raconté sera celui des rencontres, des initiations, de l’amitié et de la découverte des autres. La vie quoi… Mais à la mode Minville et on adore ça.

Simon Roguet est libraire à la librairie M’Lire, 3 Rue de la Paix à Laval. Retrouvez cette super librairie sur son site : https://www.librairiemlire.com.

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Les invité·e·s du mercredi : Claudine Morel et Cécile Bonbon

Par 17 avril 2019 Les invités du mercredi

Chaque album de Claudine Morel nous réjouit autant qu’il nous surprend. J’avais donc envie d’en savoir plus sur elle et sur son travail. Ensuite, on part en vacances avec l’autrice-illustratrice Cécile Bonbon. Bon mercredi à vous.


L’interview du mercredi : Claudine Morel

Parlez-nous de votre parcours
Pendant longtemps je n’ai pas vraiment su quel métier j’avais envie d’exercer, même si comme beaucoup de mes collègues illustrateurs, depuis l’enfance je dessinais beaucoup, écrivais et illustrais des histoires, etc. Mais de là à en faire un métier… ! Des études d’anglais et de français Langue Étrangère à l’Université de St-Étienne m’ont d’abord conduite à devenir enseignante. Mon CAPES d’anglais en poche, je suis partie enseigner le français au Kenya à l’Alliance Française de Mombasa, pendant 15 mois. Puis l’anglais, de retour en France, dans un collège de l’Oise. Ces études et ces riches expériences m’ont apporté beaucoup, mais m’ont aussi fait comprendre que ce n’était pas là ma première vocation, et qu’autre chose m’appelait. L’image avait une place importante dans l’enseignement des langues, je dessinais beaucoup pour mes élèves et mes étudiants, et j’adorais ça : je rêvais de faire les illustrations des manuels scolaires… Jusqu’au jour où cette envie est devenue l’idée sérieuse d’en faire mon métier, pour de vrai ! Après avoir fait mon bilan de compétences un peu toute seule, j’ai donc décidé de devenir illustratrice. J’ai quitté l’Éducation Nationale et repris des études au sein de l’École Supérieure des Arts Décoratifs de Strasbourg (aujourd’hui la Haute École des Arts du Rhin), en section Illustration. J’en suis sortie diplômée en 2007, et depuis l’aventure continue… !

Vos trois albums sortis chez Didier Jeunesse (À la rencontre, Clic ! et ABCDaire des métiers qui n’existent pas) sont très différents les uns des autres. Est-ce pour surprendre, ne pas vous enfermer dans une case ?
C’est vrai, ils sont différents, j’en suis consciente ! Et vous n’êtes pas la première personne qui me questionne à ce sujet. Vraiment, il n’y a rien de prémédité, ni de stratégie dans cette évolution. Je crois que chacun est simplement à l’image de mon évolution intérieure, de ma progression. J’ai mis du temps – et j’en mets encore, je suis un peu escargot… – à trouver mon style, mon univers, ma patte. Je suis venue tard à l’illustration, avec un grand besoin d’apprendre et d’expérimenter des techniques avant d’oser me lancer, et de me sentir légitime aussi. Je pense que j’ai procédé par étapes, en apprenant à me connaître un peu plus, et petit à petit à prendre confiance. Pour cela, la patience et l’accompagnement confiant d’un éditeur sur trois livres, et sur une longue période (8 ans entre À la rencontre et L’ABCDaire !), est une vraie chance, et pour moi un soutien infiniment précieux. Mais si les trois livres sont différents dans leur aspect graphique, je pense qu’on peut tout de même percevoir le fil qui les relie : la simplicité des formes et du trait, les couleurs vives. Un mélange d’espièglerie, de décalage et de tendresse. Et ce qui est le cœur de mon travail : l’envie et le souhait que les lecteurs, petits mais aussi grands, ferment le livre et aient envie de s’amuser, prendre le relais, inventer et créer leurs propres formes et histoires. Qu’ils se connectent à la joie et à la fantaisie qui est en eux !

Parlez-nous de ce dernier sorti, le très beau ABCDaire des métiers qui n’existent pas, comment est-il né ? Comment avez-vous travaillé sur ce projet ?
Oh, merci. Je dirais que, des trois, c’est l’album le plus proche de moi, le plus personnel. Et peut-être celui que je chéris le plus.
D’une part parce qu’il vient du jeu de mimes auquel nous jouions mes sœurs et moi, avec nos cousins aussi parfois, quand nous étions petites : non seulement mimer des métiers pour les faire deviner aux autres mais les inventer ! Dans mon souvenir : « Petipoyeur de mur » (celui qui dessine des petits pois sur les murs), « Ramasseur de cailloux », et la fameuse « Gardienne de gilets », que j’ai incluse dans L’ABCDaire.
D’autre part parce que j’ai retrouvé, avec le crayon de papier, le trait de crayon que j’ai toujours eu dans les mains (quand je dessinais sur un peu tout et n’importe quoi, sur mes cours élève, sur les blocs de téléphone, pour les petites BD que j’inventais, etc.) et que j’avais abandonné un temps pour m’essayer à d’autres choses. Et mes crayons de couleur, qui n’étaient jamais très loin, mais à qui, là, j’ai pu donner la part belle, même par si petites touches.
J’ai envoyé seulement une dizaine d’esquisses de métiers à l’éditeur, en lui expliquant le principe, et après concertation en interne sur la pertinence d’en faire un abécédaire, ou un inventaire, Didier Jeunesse a choisi de me faire confiance sur ce nouveau projet un peu foufou. L’éditrice avec qui j’ai travaillé ensuite m’a laissé une grande liberté dans le choix des métiers, tout en me guidant et m’accompagnant sur des questions comme l’équilibre à trouver entre les plus poétiques et les plus loufoques, comme dans leur mise en image et en couleur, même si là encore j’ai été très libre. Une très belle collaboration s’est faite aussi avec la maquettiste et son magnifique travail typographique. Nous avons travaillé toutes les trois de concorde, et même si dans la réalisation d’un album il existe nécessairement des phases de doute, ou de pause (et moi je suis encore une championne du doute !), réaliser cet album-là a été un régal. Tout s’est déroulé à merveille, du choix du papier jusqu’à sa forme finale, et j’en suis très heureuse.

Comment naissent vos histoires et qu’est-ce qui arrive en premier, l’histoire ou les illustrations ?
Plus que l’histoire, je dirais que c’est l’idée, le principe qui surgit en premier (« Ils s’amuseraient à se prendre en photo et faire n’importe quoi devant l’appareil », « Chaque personnage représenterait un métier qui n’existe pas »…). À ce stade, il n’y a pas encore de qui, où, comment… c’est encore assez vague. Mais rapidement je prends mon crayon et je dessine, je viens voir qui vient, là, sous mon crayon, qui se manifeste, à quoi il, elle, ils ressemblent. Mais je fais souvent confiance à la spontanéité des premiers jets. Souvent mes premiers traits de crayon sont les bons, et j’essaie autant que faire se peut, même quand je retravaille ensuite un personnage ou un élément, de garder le trait de départ, son énergie, la ligne qui s’est posée là en premier, quand je ne la contrôlais pas encore. Ce n’est pas toujours facile, et en général plus je retravaille un dessin, plus la ligne prend le risque de s’affaisser, de se ramollir… Comme dans beaucoup de domaines dans la vie, il faut savoir s’arrêter à temps, s’arrêter tout court, trouver la bonne mesure, le subtil équilibre – qu’on trouve parfois en un coup de crayon (ô magie !) mais bien souvent en refaisant aussi plusieurs fois le geste et le dessin – entre spontanéité et contrôle, énergie et précision.

Quelle technique d’illustrations utilisez-vous ?
Toujours, quel que soit l’outil que j’utiliserai ensuite, le crayon de papier (bois ou critérium) pour les esquisses, recherches, et premiers crayonnés. Ensuite, le plus souvent, le crayon de couleur. Mais aussi le numérique (comme dans Clic !, ou la mise en couleur a été faite uniquement en numérique, avec des motifs que j’avais créés puis incrustés dans l’image). Il m’est arrivé de dessiner directement à la tablette graphique, pour tenter d’aller plus vite (!) mais il me manque toujours le grain, la résistance et les accidents du papier. Et l’infinie possibilité des couleurs finit toujours par me paralyser, je finis par mettre beaucoup plus longtemps qu’avec mes crayons ! Pour l’instant, j’ai donc toujours besoin de mes outils traditionnels, même si le numérique reste un outil complémentaire et indispensable (je scanne moi-même puis nettoie, retouche, affine et peaufine mes images à l’écran, avant de les envoyer à l’éditeur).

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Toute petite, des Pomme d’Api, Belles Histoires, et un petit album Les aventures de la petite souris (avec une histoire de noisette) que j’ai lu et relu et relu et relu ! Des albums du Père Castor, et des tas d’autres livres piochés dans la bibliothèque déjà existante de la maison, engrangés par mes grandes sœurs, et complétés par la petite dernière. On avait aussi un énorme livre compilant des histoires illustrées des films de Walt Disney (c’est là que j’ai commencé à décalquer puis recopier et apprendre à dessiner mes premières robes de princesse, souris et lapins). En grandissant, je lisais des piles de J’aime Lire entassées sur mon lit (je me faisais une petite sélection de 5, 6 numéros), dont j’aimais déjà regarder en 2è de couverture qui en avait réalisé les illustrations. Et des Tintin, Alix, Gaston Lagaffe, Lucky Luke, Astérix, puis plus tard Calvin et Hobbes de Bill Waterson, Sempé, qui restent mes idoles. Je ne lisais pas beaucoup de romans, ceux étudiés à l’école me suffisaient (j’ai adoré découvrir des classiques au lycée, et me souviens d’un été où j’ai enchaîné Flaubert, Maupassant, Zola, Madame de La Fayette…). Je me suis mise à en lire une fois adulte.

Sur quel nouveau projet travaillez-vous actuellement ?
Je suis en train de réaliser les illustrations d’un album, qui devrait être une série, écrit par une autrice coréenne, racontant l’histoire d’une petite fille coréenne en France, pour les éditions Blue Dot. En même temps que je réalise deux commandes de dessins originaux pour des particuliers. Aussi, et c’est tout neuf, un nouveau projet d’album est en gestation avec Didier Jeunesse, pour ma plus grande joie. Je ne peux pas vous en dire plus pour l’instant, car nous n’en sommes qu’à la genèse. Mais on l’espère, rendez-vous probable en 2020 !

Bibliographie jeunesse :

  • ABCDaire des métiers qui n’existent pas, texte et illustrations, Didier jeunesse (2019), que nous avons chroniqué ici.
  • Clic !, texte et illustrations, Didier jeunesse (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • À la rencontre, texte et illustrations, Didier jeunesse (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • Au bureau, illustration d’un texte de Stéphanie Ledu, Milan (2010).

Retrouvez Claudine Morel sur son site : http://claudinemorel.ultra-book.com.


En vacances avec… Cécile Bonbon

Régulièrement, nous partons en vacances avec un·e artiste. Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais moi j’adore partir comme ça avec quelqu’un, on apprend à la·le connaître notamment par rapport à ses goûts… cet·te artiste va donc profiter de ce voyage pour nous faire découvrir des choses. On emporte ce qu’elle·il veut me faire découvrir. On ne se charge pas trop… Des livres, de la musique, des films… sur la route on parlera aussi de 5 artistes qu’il·elle veut me présenter et c’est elle·lui qui choisit où l’on va… 5 destinations de son choix. Cette fois-ci, c’est avec Cécile Bonbon que nous partons ! Allez, en route !

5 albums jeunesse

  • Les aventures d’Alexandre le gland, Olivier Douzou
  • Les Sardines ne poussent pas sur les arbres, Vera Eggermann
  • Virginia Wolf, Isabelle Arsenault Kyo Maclear
  • Hibou, Mélodie Braschet
  • Alice au pays des merveilles, Lewis Carrol

5 romans

  • Sans nouvelles de Gurb, Eduardo Mendoza
  • L’étranger, Albert Camus
  • 1Q84, Haruki Murakami,
  • Je suis un chat, Natsume Soseki
  • Correspondance (1944-1959), Albert Camus et Maria Casarès

5 DVD

  • La Famille Tenenbaum, Wes Anderson
  • Sin City, Robert Rodriguez et Frank Miller
  • Bonjour, Yasujirō Ozu
  • Stand by Me, Rob Reiner
  • Fight Club, David Fincher

5 CD

  • Santigold – I don’t Want (the gold fire sessions)
  • Gorillaz – Plastic Beach
  • Blur – the best of
  • Pizzicato five – Happy End of You (remix album)
  • The Jesus and Mary Chain – Psychocandy

5 artistes

  • Tatsuro Kiuchi
  • Javier Mariscal
  • Grip Face
  • Lionel Messi
  • Hayao Miyazaki

5 BD

  • DAME UN BESO, d’El don Guillermo chez Misma
  • L’ Astragale, de Pandolfo, Sarrazin, Risbjerg. Sarbacane
  • Duel d’escargots, Sonia Pulido Pere Joan Editions Cambourakis
  • Pulse Enter Para Continuar – Ana Galvañ – Apa Apa editorial
  • C’est le merdier, l’amour. Nine Antico – Glénat

5 lieux

  • Faire une pause chez Miss Perkins tea, sants, Barcelona
  • Se balader sur le sentier côtier de Port-vendres à l’anse de Paulilles
  • Manger une coca de patata à Valldemossa, en terrasse, à la pâtisserie Can Molinas (Mallorca)
  • Faire une randonnée circuit des 12 lacs du Carlit depuis le lac des Bouillouses
  • Ma prochaine destination Tokyo

Cécile Bonbon est autrice et illustratrice.

Bibliographie sélective :

  • Petit, Didier Jeunesse (à paraître – août 2019).
  • Dans ma maison, illustration d’un texte de Stéphanie Demasse-Pottier, Sarbacane (2019), que nous avons chroniqué ici.
  • Qu’est-ce que je suis aujourd’hui, illustration d’un texte de Rachel Corenblit, Frimousse (2019).
  • En colo avec les abeilles, illustration d’un texte de Clémence Sabbagh et Ariane Mellazini, Le gâteau sur la cerise (2019).
  • Les bagarreurs, illustration d’un texte d’Ingrid Chabbert, Bang Editiones (2018).
  • Tapent, tapent, petites mains, illustrations, Didier Jeunesse (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Le gros goûter, illustration d’un texte de Stéphane Servant, Didier Jeunesse (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Les maths à la petite semaine, illustration de textes de Rachel Corenblit, Le Rouergue (2013).
  • Rue Lapuce, avec Arnaud Roy, Didier Jeunesse (2010).
  • Promenons-nous dans la ferme les couleurs, texte et illustrations, L’élan Vert (2010).
  • Le machin, illustration d’un texte de Stéphane Servant, Didier Jeunesse (2007), que nous avons chroniqué ici.

Pour une bibliographie plus complète : https://cargocollective.com/cecilebonbon/BIO_BIBLIO.

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