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Les invités du mercredi

Les invité·e·s du mercredi : Christophe Loupy et Clotilde Perrin

Par 9 janvier 2019 Les invités du mercredi

Aujourd’hui, on reçoit l’auteur Christophe Loupy, avec lui on revient sur son dernier album, Suis le chemin des fourmis, et sur son parcours, puis on part en vacances avec Clotilde Perrin ! Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Christophe Loupy

J’aimerais que vous me parliez de Suis le chemin des fourmis, votre dernier album. Pouvez-vous nous raconter ce projet et comment vous avez travaillé dessus ?
Ce projet, comme beaucoup de mes albums, est le fruit de mon travail en classe. Étant professeur des écoles en maternelle, je me suis toujours intéressé aux méthodes pédagogiques qui permettent d’apprendre en s’amusant. Car je trouve que l’on n’apprend jamais mieux qu’en s’amusant, que l’on soit enfant ou adulte. Quand j’ai découvert la technique de l’ombro-cinéma, j’ai tout de suite été séduit par le côté ludique et esthétique du concept. Et je me suis mis à réfléchir de quelle manière je pouvais l’utiliser en classe. Le côté ludique, c’était bien, mais si, en plus, on pouvait le rendre utile, c’était encore mieux. Et puis, un jour, j’ai eu l’idée de ces petites fourmis qui avancent en ligne et qui dessinent par le mouvement les graphismes de base. J’ai aussitôt monté quelques prototypes pour ma classe et j’ai présenté mes fourmis à mes élèves. Ils ont adoré ! Ils ont passé des heures à expérimenter l’outil, à faire circuler mes petites fourmis et à en reproduire les tracés sur des feuilles.
À ce moment-là, je me suis dit qu’il fallait vraiment mettre en forme ce concept pour en faire profiter le plus grand nombre. Et j’ai pensé à en faire un album ludique, avec une vraie histoire, et un enjeu qui entraîne le lecteur au fil des pages.

Vous êtes enseignant en plus d’être auteur, est-ce que ça a une influence sur votre travail ?
Oui, énormément. J’adore observer les gens, décrypter leurs émotions, leurs comportements… Alors, entouré d’une trentaine d’enfants de 3 à 4 ans toute la journée, vous imaginez, c’est une vraie richesse qui s’offre à moi. Non seulement, je vis avec eux des situations incroyables, mais en plus, ils me confient leurs joies, leurs peines, leurs colères, sans aucun filtre. C’est une chance extraordinaire de pouvoir appréhender leur monde au plus près, de comprendre leur mode de fonctionnement et de pouvoir ainsi écrire des livres qui leur parlent.

Comment naissent vos histoires ?
Comme je vous l’ai dit, j’observe beaucoup, j’écoute, je ressens… Je crois que tout artiste, quelle que soit sa spécialité, est quelque part un contemplatif. Il utilise ses sens pour se nourrir de ce qui l’entoure, puis le digère et le transforme pour le restituer à sa façon. Par exemple, un jour, mes élèves ont commencé à me parler du bisou de leur papa et de leur maman, et ils ont débattu avec toute leur candeur de celui qui serait le meilleur. Cela m’a inspiré l’histoire d’un petit chien qui fait le tour de la ferme pour quémander un bisou à chaque animal, et qui revient voir sa maman pour lui dire dans un câlin qu’il sait maintenant quel est le meilleur de tous les bisous ! (Rien qu’un bisou !, Ed. NordSud)

Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?
Mon parcours n’est pas commun car je n’étais pas destiné, au départ, à faire une carrière littéraire. J’ai appris à lire avec difficulté. Et ce handicap faisait que j’avais peur des livres (surtout des romans). Je ne lisais que des BD ou des textes très courts, faciles à lire. J’étais mauvais en français et j’ai commencé à m’améliorer seulement vers 10/11 ans quand j’ai enfin réussi à « entrer » dans l’univers des romans. Mais aussi, je pense, parce que j’adorais inventer des histoires et que j’avais besoin du français pour ça…
J’ai commencé par faire de la BD, tout seul, dans ma chambre d’ado. Vers 16/17 ans, j’ai même gagné une publication dans le journal Spirou. À la même époque, je faisais partie d’un groupe de rock dont j’étais le chanteur et le parolier. Cela a donné une nouvelle dimension à ma passion pour l’écriture. Et puis, je suis devenu instit et j’ai sorti mes premiers albums, ceux de La Petite Boule Blanche, aux éditions Milan. Cette série a gardé quelque chose de magique, car non seulement elle est devenue un vrai succès littéraire mais, en plus, elle continue à se vendre encore aujourd’hui (éditions Belin).

Vous ne vous contentez pas d’écrire, vous faites également des actions bénévoles en direction des auteurs, je pense notamment aux conseils que vous leur donnez, prolongement du Guide de l’édition Jeunesse dont on a déjà parlé ici
Oui, effectivement, cela fait plus de 17 ans que je m’investis personnellement pour les auteurs. J’ai tout d’abord créé Le Guide de l’Édition Jeunesse car à mes débuts, j’ai eu beaucoup de difficultés à obtenir les conseils utiles pour percer, les contacts et les astuces (que les professionnels s’échangent entre eux mais qui n’atteignent jamais les débutants « hors circuit »). Je m’étais promis, à l’époque, que si je faisais mon trou dans le milieu professionnel, je réunirais dans un ouvrage tous ces conseils, ces contacts, et ces astuces (avec, en plus, quelques « bruits de couloirs », normalement réservés aux pros, comme les nouvelles collections qui sortent et les recherches spécifiques de manuscrits des éditeurs). Du coup, à aider au quotidien les auteurs en herbe (conseils au téléphone, lecture de manuscrits…), j’ai parfois du mal à dégager du temps pour moi, pour écrire. Il m’arrive même d’être en retard avec l’un de mes éditeurs qui attend mon texte. Mais je suis un hyperactif. Je ne sais pas me poser. L’an dernier, j’ai ajouté une conférence intitulée « Tout le monde peut devenir auteur jeunesse » (même quand, au départ, on est nul en français comme moi !) qui me permet également de donner tous les conseils utiles à ceux qui veulent se lancer, ainsi que toutes les petites astuces qui m’ont permis d’être édité aujourd’hui par une trentaine d’éditeurs à travers une quinzaine de pays.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescent ?
Enfant, je lisais beaucoup de BD : Tintin, Lucky Luke, Spirou, Gaston Lagaffe, Astérix, Chick Bill, Ric Hochet, Blake et Mortimer, Valerian… À l’adolescence, j’ai commencé à lire des romans grâce à une série, Bob Morane, que je lisais déjà en BD. Ce n’était pas de la grande littérature, mais cela a nourri mon imaginaire. Puis, j’ai continué avec des lectures plutôt fantastiques ou science-fiction : Lovecraft, King, Kafka, Edgar Poe, Maupassant, Buzzati, Matheson, Bradbury…

Sur quoi travaillez-vous actuellement ?
Actuellement, je travaille sur mes séries en cours. J’en démarre aussi une nouvelle chez Little Urban (romans première lecture), et une autre chez Belin (albums). Je mets également la dernière touche sur un album chez Milan, un autre chez Mijade, et un conte chez La Souris qui raconte.

Bibliographie sélective :

  • Suis le chemin des fourmis, album, texte et illustrations, Milan (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Un goûter haut perché, roman, texte illustré par Sébastien Braun, Milan (2018).
  • Ma maternelle épanouie, cahier d’activité, Nathan (2018).
  • Rien qu’un bisou !, album, texte illustré par Eve Tharlet, Nord Sud (2018).
  • Le grand Monstrouilleux, roman illustré par Prisca Le Tandé, Milan (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Après la récré, album, texte et illustration, Milan (2015).
  • Au secours ! J’ai perdu mon slip ! ou la véritable histoire de Tarzan, album illustré par Bérengère Delaporte, Marmaille & compagnie (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Dans la cour de l’école, album, texte et illustrations, Milan (2007).
  • Vive les bêtises, roman, texte illustré par Laurent Richard, Milan (2007).


En vacances avec… Clotilde Perrin

Régulièrement, nous partons en vacances avec un·e artiste. Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais moi j’adore partir comme ça avec quelqu’un, on apprend à la·le connaître notamment par rapport à ses goûts… cet·te artiste va donc profiter de ce voyage pour nous faire découvrir des choses. On emporte ce qu’elle·il veut me faire découvrir. On ne se charge pas trop… Des livres, de la musique, des films… sur la route on parlera aussi de 5 artistes qu’il·elle veut me présenter et c’est elle·lui qui choisit où l’on va… 5 destinations de son choix. Cette fois-ci, c’est avec Clotilde Perrin que nous partons ! Allez, en route !

« Plus la vie de l’esprit se diversifie plus votre inspiration a des chances d’être protégée, l’imagination imprévisible, celle qui jaillit de l’intérieur » Rainer Maria Rilke

Livres :

  • Le monstre de Hawkline de Brautigan
  • Ronce-rose d’Éric Chevillard
  • Le Sacré livre de Proutto de Roland Topor
  • Contes bleus de Marguerite Yourcenar
  • Je, d’un accident ou d’amour de Loïc Demey
  • Respirer l’ombre de Giuseppe Penone

Artistes :

  • Jérôme Bosch
  • Giuseppe Penone
  • Peter Doig
  • David Hockney
  • Maia Flore
  • Pina Bausch
  • Gérard Garouste

Livres jeunesse :

  • Les derniers géants de François Place
  • Cher Grillon de Janosh
  • Voyage d’hiver d’Anne Brouillard
  • Professeur Totem et Docteur Tabou de Nicole Claveloux
  • Paysajeux de Henri Galeron
  • Lutin Veille d’Astrid Lindgren et Kitty Crowther
  • J’aimerai de Toon Tellegen

Musique :

  • Dead Man’s Bones
  • Nick Cave – Push the sky away
  • Exploded View – Obey
  • Jun Miyake – Stolen from Stranger
  • Beck – Sea change
  • The Do – Both ways open jaws

Films :

  • La science des rêves de Michel Gondry
  • Phenomena de Dario Argento
  • Les habitants d’Alex Van Warmerdam
  • Chat noir chat blanc d’Emir Kusturica
  • Scène de vie conjugale d’Ingmar Bergman

Lieux :

  • Lac de la Maix dans les Vosges
  • Les bains romains de Strasbourg
  • Le musée des estampes de Strasbourg
  • Musée Tinguely à Basel
  • Le sommet du Hohneck dans les Vosges
  • Cartoonmuseeum de Basel

Images :

  • Mattoti
  • Blutch
  • Edward Gorey
  • Maja
  • Topor

Clotilde Perrin est autrice et illustratrice.

Bibliographie :

  • À l’intérieur de mes émotions, album, texte et illustrations, Seuil Jeunesse (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Ici et là, les maisons d’Akira, album, illustration d’un texte de Claire Ubac, Albin Michel (2018).
  • À l’intérieur des gentils : pas si gentils, album, texte et illustrations, Seuil Jeunesse (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • À l’intérieur des méchants, album, texte et illustrations, conçu et animé en collaboration avec l’atelier SAJE, Seuil Jeunesse (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Weepers Circus chante n’importe nawak !, livre-CD, illustrations de chansons des Weepers Circus, Gallimard Jeunesse musique (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Mes plus belles berceuses jazz et autres musiques douces pour les petits, Collectif, Gallimard Jeunesse (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Mannele, album, illustration d’un texte de Lionel Larchevêque, Le thé aux histoires (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • L’enfant lumineux, album, texte et illustrations, Rue du Monde (2014).
  • L’enfant minuscule, album, texte et illustrations, Rue du Monde (2014).
  • L’enfant volant, album, texte et illustrations, Rue du Monde (2014).
  • Mes plus belles musiques classiques pour les petits 2, livre-CD, Collectif, Gallimard Jeunesse (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Le bonhomme et l’oiseau, album, illustration d’un texte d’Alice Brière-Haquet (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Lumières, l’encyclopédie revisitée, album, collectif, L’Édune / CRDP de Champagne-Ardenne (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • L’ogre bouquiniste, roman, illustration d’un texte de Janine Teisson, Gallimard Jeunesse (2012), que nous avons chroniqué ici.

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Les invité·e·s du mercredi : Thibault Prugne et Marie Pavlenko

Par 19 décembre 2018 Les invités du mercredi

Dernier·ère·s invité·e·s de 2018 (comme chaque année, on prend nos vacances annuelles pendant les fêtes de fin d’année)… et quel·le·s invité·e·s ! Le premier vient de sortir un sublime album aux éditions Margot, la seconde sort bientôt son nouveau roman chez Flammarion Jeunesse… On commence par une interview de Thibault Prugne qui nous en dit plus sur son travail et son parcours, puis on part en vacances avec Marie Pavlenko ! Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Thibault Prugne

Pouvez-vous nous présenter le magnifique Maestro, votre dernier album ?
Maestro est un livre CD, que j’ai écrit et illustré, raconté par François Morel sur des musiques aux sonorités gitanes de Jean-Pierre Jolicard. Cet album raconte l’histoire de Téo, un jeune orphelin adopté par Lucien, un charpentier de marine. Il vit dans un village au bord de l’océan, où tous les habitants sont pêcheurs. Mais voilà, Téo n’est pas du tout à sa place ici. Pour lui, tout ce qui compte, c’est la musique. Il en crée avec tout ce qu’il touche, et en entend partout, dans le cliquetis des mâts et le clapotis des vagues, dans le chant des mouettes et le souffle du vent… Lorsqu’il a un moment, il emprunte une barque et file au large pour jouer du charango, un petit instrument bolivien à 10 cordes. C’est tout ce qui lui reste de ses parents. Un jour, il va rencontrer Wayra, une petite gitane, accompagnée par son père Djypee et sa famille. Leurs roulottes sont bloquées par la grande marée. Avec eux, Téo va découvrir son immense talent pour la musique. Il s’agit d’une histoire positive, qui a pour thème fort la poursuite de ses rêves.

Comment est née cette histoire ?
Cela faisait quelques années que nous voulions travailler ensemble avec Jean-Pierre Jolicard. Faire un livre-CD où mon texte serait porté par ses musiques. J’ai donc fait en sorte de trouver une histoire qui s’adapte à ses deux styles de prédilection : la musique gitane et la musique bolivienne. Ainsi, nous avons ces gitans qui apportent la touche gitane, et ce charango, dont joue Téo, qui est typique de Bolivie. Cela nous a permis de mélanger ces deux sonorités. Pour ma part, j’ai toujours aimé dessiner des instruments de musiques et peindre l’océan, les grands ciels, etc. J’avais donc un décor tout trouvé pour cette histoire. L’idée avec Maestro, c’était surtout que chacun se fasse plaisir et donne le meilleur.

Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?
J’ai d’abord fait des études en architecture d’intérieur. Puis un jour, j’ai voulu changer de voie. J’ai toujours dessiné et voulais depuis tout petit devenir illustrateur ou auteur de BD. Mais c’est un rêve que j’avais plus ou moins mis de coté. Avec un ami, nous nous sommes lancés en 2011 dans un carnet de voyage, qui fut ma première expérience dans l’édition. Et j’ai trouvé cela super. Après ce livre, j’ai sorti mes gouaches et j’ai cherché des techniques pour faire de l’illustration jeunesse. Pour mon premier livre jeunesse, Le Bout du Fil aux éditions des Braques j’avais écrit l’histoire, l’avais illustré et composé les musiques, car il s’agissait aussi d’un livre CD. J’ai ensuite fait quelques albums dans différentes maisons pour enfin trouver un éditeur plus régulier, Gautier Languereau, avec qui j’ai fait 3 livres, écrits par Bernard Villiot. Pour Maestro, je voulais le faire aux éditions Margot, ma propre maison car la volonté première que nous avions avec Jean-Pierre Jolicard, c’était de réaliser notre livre sans aucune contrainte.

À propos des éditions Margot, dites-nous quelques mots sur cette belle maison ?
Nous avons créé cette maison en 2012 avec Anne-Fleur Drillon. Nous publions assez peu de livres et attachons une grande importance aux objets. Notre collection la plus marquante, dans laquelle s’inscrit Maestro, c’est celle des grands albums. Les formats permettent de mettre en avant les illustrations, de se plonger dedans, de s’immerger avec les personnages.

Quelles techniques d’illustrations utilisez-vous ?
Pour faire une illustration, je réalise d’abord plusieurs croquis, pour trouver les bonnes attitudes, le bon cadrage, etc. À cette étape, j’imagine d’où viendra la lumière, où seront positionnées les zones d’ombres, afin de définir un sens de lecture pour l’image. Je scanne ensuite mon croquis et l’imprime en plus grand pour le décalquer proprement à la table lumineuse sur un format 40×60 cm.
Pour la couleur, je travaille avec de la gouache très diluée. Cette technique s’approche de celle de l’aquarelle, où l’on monte les couleurs du plus clair au plus foncé. Mais la gouache me permet de travailler parfois plus en pâte, de rehausser mes lumières avec de la gouache blanche ou jaune pâle. J’utilise également du drawing gum, un liquide proche du latex, qui permet de cacher certaines zones. Cela me permet de réaliser des effets de textures, de reflets, etc. Pour finir, au crayon de couleur, je rehausse certains contours pour que chaque élément se détache bien les uns des autres.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescent ?
Mon livre préféré quand j’étais petit, c’était Pélagie la sorcière. Je ne sais pas s’il est encore édité. Et plus grand, je lisais plus de BD humoristique, ou de grandes histoires. Peter Pan de Loisel est surement celles qui m’ont le plus marqué.

Sur quoi travaillez-vous actuellement ?
C’est ma grande question en ce moment. Après Maestro, j’ai du mal à me lancer sur autre chose, j’ai l’impression d’avoir mis tout ce que j’aimais dans cet album. Mais je vais finir par trouver une nouvelle idée. J’ai également un projet de BD, que j’ai également écrit, mais là, c’est le temps qui me manque.

Bibliographie sélective :

  • Maestro, texte et illustrations, Margot (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Monsieur Django et Lady Swing, illustration d’un texte de Bernard Villiot, Gautier-Languereau (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Le dompteur de vent, illustration d’un texte de Bernard Villiot, Gautier-Languereau (2016).
  • Le souffleur de rêves, illustration d’un texte de Bernard Villiot, Gautier-Languereau (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Les hirondelles, illustration d’un texte d’Anne-Fleur Drillon, Bilboquet (2014).
  • Brel, des nouvelles d’en bas, collectif, Margot (2013).
  • Brassens, un p’tit coin de paradis, collectif, Margot (2012).
  • Le bout du fil, texte et illustrations, Les éditions des braques (2012).
  • Le mystère des cinq soleils d’Égypte, illustration d’un texte de Jean-Michel Jakobowicz, Hachette (2012).
  • À la rencontre des plus beaux villages de France, illustration d’un texte d’Alexandre Marion, éditions Eyrolles (2011).
  • Y’a de la joie, illustration d’un texte de Charles Trénet, Casterman (2011).


En vacances avec… Marie Pavlenko

Régulièrement, nous partons en vacances avec un·e artiste. Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais moi j’adore partir comme ça avec quelqu’un, on apprend à la·le connaître notamment par rapport à ses goûts… cet·te artiste va donc profiter de ce voyage pour nous faire découvrir des choses. On emporte ce qu’elle·il veut me faire découvrir. On ne se charge pas trop… Des livres, de la musique, des films… sur la route on parlera aussi de 5 artistes qu’il·elle veut me présenter et c’est elle·lui qui choisit où l’on va… 5 destinations de son choix. Cette fois-ci, c’est avec Marie Pavlenko que nous partons ! Allez, en route !

5 albums jeunesse

  • Crotte de nez d’Alan Mets (L’école des loisirs)
  • Marlaguette de Marie Colmont et Gerda Muller (Père Castor)
  • Pou Poupidou d’Édouard Manceau (Albin Michel Jeunesse)
  • Les oiseaux globe-trotters de Fleur Daugey et Sandrine Thommen (Actes Sud junior)
  • Le Torchecul de François Rabelais et Pef (Mouck).

5 romans

  • Quatre-vingt-treize de Victor Hugo
  • Les Tombeaux d’Atuan d’Ursula Le Guin (deuxième volume du Cycle de Terremer)
  • La Vie devant soi de Romain Gary
  • Des souris et des hommes de John Steinbeck
  • La Guerre des mercredis de Gary d. Schmidt

5 DVD

  • Vertige d’une rencontre de Jean-Michel Bertrand
  • Sword of the stranger de Masahiro Andō
  • Quand la ville dort de John Huston
  • Il était une forêt de Luc Jacquet
  • Love Actually de Richard Curtis

5 CD

  • Odesea de Secret of elements
  • La jeune fille et la mort de Schubert
  • Fratres de Arvo Pärt
  • Re:member d’Ólafur Arnalds
  • Creatures de Rone

5 artistes

  • Hayao Miyazaki
  • Bill Watterson
  • Ramón Gaya
  • Caspar David Friedrich
  • Dalí

5 lieux

  • Le Parc de Marquenterre
  • L’île de Groix
  • Le Caillou de Soques, dans la vallée d’Ossau
  • Les rochers des Fiz, dans les Alpes
  • Toutes les forêts primaires de Thaïlande

Marie Pavlenko est romancière.

Bibliographie :

  • Un si petit oiseau, Flammarion jeunesse (2 janvier 2019)
  • Zombies zarbis, avec Carole Trébor, Flammarion jeunesse (3 tomes 2018-2019)
  • La Mort est une femme comme les autres, J’ai Lu (2018) – Pygmalion (2015)
  • Je suis ton soleil, Flammarion jeunesse (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • La Fille-Sortilège, Folio SF (2017)

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Les invité·e·s du mercredi : Isabelle Gil et Daphné Collignon

Par 12 décembre 2018 Les invités du mercredi

Aujourd’hui je vous propose tout d’abord d’en savoir plus sur une autrice/illustratrice dont le travail est très original, Isabelle Gil, avec elle nous revenons sur son parcours et sur son travail. Ensuite, on part découvrir comment travaille l’autrice-illustratrice Daphné Collignon. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Isabelle Gil

Parlez-nous de votre parcours ?
J’ai commencé la photographie en autodidacte à 18 ans, puis j’ai arrêté la photographie pendant longtemps, puis j’ai repris la photographie en formation professionnelle d’abord par un CAP de photographe, puis par des études en Arts Plastiques et Photographie, à Paris 8, l’université de Saint-Denis.
Pendant les études, j’ai commencé à travailler sur des projets de livres.
J’ai suivi les cours d’un intervenant artiste, Alain Bernardini avec qui j’ai pu énormément avancer en étant tellement bien accompagnée dans mes recherches par son talent, son exigence et ses connaissances de l’art contemporain.
Ensuite pendant 4 bonnes années, j’ai envoyé mes multiples maquettes de livres à différentes maisons d’édition.
J’ai pris un travail à mi-temps pour subsister pendant mes recherches et démarches et pour pouvoir mener ce projet de faire des livres en photographie.
J’ai eu toutes sortes de retours, mais sont venus aussi des encouragements, une curiosité pour mon travail qui m’a aidé parfois à tenir et à insister.
Et tout à coup, comme je commençais tout de même à fatiguer un peu et à penser qu’il était vraiment difficile de faire des projets de livres, j’ai eu une réponse positive de Paul Otchakovsky-Laurens, le truc inouï, mon éditeur préféré ces années-là me dit qu’il trouve mon projet de livre très beau et qu’il aimerait le faire avec moi si je suis d’accord ! Quelle joie et quel trésor inoubliables d’avoir rencontré cette personne.
Mon premier livre s’appelle LOVE, chez POL donc, en 2006, et le raconter là c’est – encore – penser à lui tout particulièrement.
Par la suite, j’ai rencontré une troisième personne importante, artiste, illustrateur et cinéaste, également éditeur de littérature jeunesse, avec lequel je travaille aujourd’hui et c’est encore une incroyable chance car il a cette curiosité et une grande connaissance de l’illustration mais aussi ce goût de la photographie et son choix déterminé et rare de donner une existence à des projets de livre de photographies et notamment les miens !
Dans cette dernière rencontre, une évidence s’est montrée entre ces projets-là de livres et l’édition pour les enfants et la jeunesse.

Comment est venue l’idée de raconter vos histoires avec des photos ?
Je ne sais pas, depuis toujours. Il me semble que parlant peu, j’adorais la lecture et la photo qui dans mon enfance, me fascinait un peu et puis ça me semblait être un média très complexe en fait. Et très bavard.
Ça pouvait être du passé, du futur, de la beauté, de la mort, de la mise en scène, de la pensée, du faux.
Et puis la photographie parle beaucoup, seule, le texte est dans l’image.

Pouvez-vous nous raconter comment vous travaillez ?
Avec des images en tête, des paysages, des situations ou des expressions, littéraires ou imagées.
Comme prendre des bains de soleil, être zinzin, voir des éléphants roses…

Où trouvez-vous votre inspiration ? Comment naissent vos histoires ?
De ça, des choses en tête et également de certains objets que je trouve attachants ou intéressants en tout cas.
Pour leur banalité, leur disponibilité, ce sont principalement des objets du quotidien, et pour ce qu’ils peuvent offrir comme supports à l’imaginaire, comme représentations que l’on a du monde, pour ces petites ou grandes relations avec l’extérieur, pour ce qu’on y projette.

Pouvez-vous nous parler de votre dernier album, Le petit éléphant rose ?
J’ai pensé particulièrement à l’enfance, à cette capacité à se glisser dans la peau de ce que l’on veut, un chat ou un avion. Je suis ce que je veux. J’adore cette folie de l’enfance.
C’est une immense liberté, je parle aux chiens et là je ne marche pas, je vole.
Ce n’est pas un désir de régression, si ce n’est de garder l’enfant ou cette part-là, mais je trouve le lien de l’enfant au monde et au vivant très direct, drôle, très fou, très simple aussi, tout est possible.
Oui donc Le petit éléphant rose c’était pour associer cette expression « voir des éléphants roses » qui chez les adultes signifie un état de délire hallucinogène — je cherche d’ailleurs toujours un témoignage — et le monde de l’enfance où on s’étonne de tout et de rien à la fois !
Et mettre dans ce livre des souvenirs personnels et forts de paysages de jungle.

Travailler en solo sur un projet, c’est un plaisir ou parfois ça vous manque de partager des projets ?
Au début, c’était comme ça, j’avais des projets, donc je tente de les faire.
Depuis quelque temps, j’aimerais croiser d’autres personnes et compétences et s’embarquer joyeusement, on verra…

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Aucune en particulier, j’allais au bibliobus, j’adorais cet espace, j’ai dû lire Croc blanc, je ne sais plus trop, rien de marquant ou je me souviens pas, même si je restais dans cet étroit camion bleu des heures et des heures.
Et en vacances chez (ma) Mémé… j’ai tout lu, tout ce qu’il y avait sur place, des magazines étranges comme Point de vue, Nous Deux
Un jour je suis tombée sur le roman — Lady Chatterley — et je me suis dit que c’était pas mal le fond du jardin et après j’ai lu sans aimer ça à l’école, mais après j’ai lu tout ce que je pouvais, en tombant vers l’âge de 17 ans sur les Chants de Maldoror ou sur Crime et Châtiment, je me suis dit que je ne comprenais pas tout mais que ça allait être génial.
Je ne sais plus à quel âge, jeune adulte je pense, j’ai aussi découvert Crin blanc et Le ballon rouge de Albert Lamorisse et ça m’a beaucoup plu. Livres & films.
Et puis le Muppets show et Téléchat, Buster Keaton, Monty Python…

Quelques mots sur les prochaines histoires que vous nous proposerez ?
J’ai des pistes non poursuivies dans mes tiroirs, faut que je regarde de près…
Et un projet de livre photographies et texte pour adultes toujours en pause.
Rien à dire, avant des avancées… mais j’ai très envie de faire encore des albums.
Merci !

Bibliographie :

  • Le petit éléphant rose, texte et illustrations, l’école des loisirs (2018).
  • Le zinzin de la forêt, texte et illustrations, l’école des loisirs (2016).
  • Coquille, texte et illustrations, l’école des loisirs (2016).
  • Copain Copain, texte et illustrations, l’école des loisirs (2015).
  • Le magicien d’os, texte et illustrations, l’école des loisirs (2015).
  • Les vacances, texte et illustrations, l’école des loisirs (2014).
  • Le chapeau de Maman, texte et illustrations, l’école des loisirs (2014).
  • Le déjeuner sur l’herbe, texte et illustrations, l’école des loisirs (2013).
  • Le musée des ours, texte et illustrations, l’école des loisirs (2012).
  • Une ou deux bêtises, texte et illustrations, l’école des loisirs (2011).
  • L’aventure, illustration d’un texte de Jean Rolin, Les éditions de la Table ronde (2011).
  • Couleurs à sensations, texte et illustrations, Le Rouergue (2011).
  • À la mer, texte et illustrations, l’école des loisirs (2010).
  • Oursons, texte et illustrations, l’école des loisirs (2008).
  • LOVE, texte et illustrations, P.O.L. (2006).

Retrouvez Isabelle Gil sur son site : http://www.isabellegil.fr.


Quand je crée… Daphné Collignon

Le processus de création est quelque chose d’étrange pour les gens qui ne sont pas créateur·trice·s eux-mêmes. Comment viennent les idées ? Et est-ce que les auteur·trice·s peuvent écrire dans le métro ? Les illustrateur·trice·s, dessiner dans leur salon devant la télé ? Peut-on créer avec des enfants qui courent à côté ? Faut-il de la musique ou du silence complet ? Régulièrement, nous demandons à des auteur·trice·s et/ou illustrateur·trice·s que nous aimons de nous parler de comment et où ils·elles créent. Cette semaine, c’est Daphné Collignon qui nous parle de quand elle crée.

Je fais de la BD et de l’illustration depuis plus de 15 ans maintenant ; j’ai donc écrit et dessiné dans de nombreux endroits, ayant beaucoup voyagé par le passé.
J’ai eu ma période café, où je faisais mes dessins et mes croquis avant de les mettre en couleur à la maison ; puis l’ère informatique est arrivée, et j’ai passé tout mon temps au café avec mon ordinateur portable. Une fois un album fini, je changeais d’endroit, parce que je ne pouvais plus remettre les pieds dans le café où j’avais travaillé pendant un an — ce qui pouvait s’avérer un peu ennuyeux quand il s’agit de lieux que nous aimions, mes proches et moi !… J’ai aussi beaucoup travaillé en bibliothèque, au milieu des livres et des lecteurs.
J’ai besoin d’un bruit de fond quand je dessine. Cela me rassure et me permet de mieux me concentrer. Le travail de dessinateur et de scénariste étant très solitaire, j’ai besoin de présences autour de moi.
Je n’ai cependant jamais pu travailler en atelier, et cela n’a pas été faute d’essayer ! Mais à chaque fois, j’étais trop déconcentrée par l’envie de discuter avec mes amis ou par les discussions qui se déroulaient autour de moi.
Le bruit d’un café ou l’ambiance d’une bibliothèque est impersonnel, alors qu’un atelier me sollicite plus intimement et ne me permet pas de me concentrer comme je le voudrais.
J’ai aussi travaillé beaucoup chez moi, ce qui est à la fois le meilleur endroit, et le pire ! C’est là que je suis le plus « dans ma bulle », et que les résultats sont les meilleurs. Mais c’est aussi très solitaire, et comme tous les gens qui travaillent à la maison, on n’a jamais vraiment l’impression de s’arrêter. En ce moment pourtant c’est là que je travaille. Mon rêve serait d’avoir mon atelier à moi, une sorte d’autre chez moi où je pourrais inviter des amis à partager des séances de modèle vivant ou à dessiner de temps en temps.
Je suis donc capable, a priori, de dessiner n’importe où pourvu que la lumière soit bonne et qu’on ne me parle pas, ou qu’on ne commente pas ce que je fais. Je déteste montrer mes images en cours de réalisation, n’étant jamais très sûre de moi, et sachant qu’elles vont évoluer. C’est un peu mon jardin secret, mon laboratoire intime.
J’ai même du mal à rester à côté de quelqu’un qui lit mes livres ! C’est parfois un problème en dédicace. 😉
Quand je dessine et que je fais de la couleur, j’écoute la radio ou des histoires. J’aime beaucoup lire, et j’ai trouvé sur internet des sites qui proposent des histoires à écouter. Depuis, j’ai dû écouter des centaines de livres ! Chacun de mes albums est relié à ces livres, et chaque page me les rappelle. C’est une manière pour moi de me concentrer, et de me plonger dans une sorte de bulle intime et personnelle.
Quand je dessine, je suis « en moi », je peux rester 6 ou 7 heures à la même place sans en bouger. Je ne sais pas si c’est la meilleure façon de faire, parce que je manque parfois de recul sur ce que je fais, mais ça me permet de m’immerger complètement dans les images.
Les interruptions téléphoniques sont plutôt malvenues en général, pour la même raison. Tout cela fait de moi une ourse solitaire !!
Depuis que j’ai une petite fille, mon rythme a un peu changé ; je suis obligée de faire des pauses, et j’ai dû modifier mes horaires.
Avant, je commençais en fin de matinée pour finir tard dans la nuit.
Aujourd’hui, je démarre tôt le matin après avoir posé ma fille à l’école, et je dessine jusqu’à la sortie des classes. Je me remets généralement au travail après qu’elle se soit couchée, jusque tard dans la nuit.
J’ai toujours énormément travaillé, et cela a toujours été mon activité principale ; j’ai un peu de mal à sortir de cette bulle qui s’est construite au fil du temps, et à ne pas percevoir le monde comme une matière à exploiter.
Je ne fais pourtant pas de carnet de voyage, parce que je suis nulle pour ça ! Je préfère m’imprégner des ambiances, des atmosphères, prendre des photos, profiter de l’instant, et le retranscrire plus tard sur le papier quand le besoin s’en fait sentir. C’est comme si j’avais une bibliothèque d’images dans la tête et le corps dont je me sers pour mes livres.
J’aime à penser, même si c’est un peu banal, que nous sommes tous des portes ouvertes sur des livres, par nos sensations et nos ressentis, par toutes les histoires que nous portons en nous. C’est plus qu’un travail. C’est une manière de vivre !

Daphné Collignon est autrice et illustratrice.

Bibliographie sélective :

  • Série Calpurnia, BD, dessins d’après un scénario de Jacqueline Kelly, Rue de Sèvres (2018).
  • Tamara de Lempicka, BD, dessins d’après un scénario de Virginie Greiner, Glénat (2017).
  • Avant l’heure du tigre : La voie Malraux, BD, dessins d’après un scénario de Virginie Greiner, Glénat (2015).
  • Série Le rêve de Pierres Pétra, BD, dessins d’après un scénario d’Isabelle Dethan, Vents d’Ouest (2014).
  • Ma vie de chien, album, illustration d’un texte de France Quatromme, Fleur de ville (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Le B.A. ba de la savate boxe française, illustration d’un texte de Victor Sebastiao, Fleur de Ville (2013).
  • Série Sirène, BD, scénario et dessins, Dupuis (2013).
  • Série Destins, BD, dessins d’après un scénario de Frank Giroud et Virginie Grenier, Glénat (2010)
  • Correspondante de Guerre, BD, dessins d’après un scénario d’Anne Nivat, Soleil (2009).
  • Série Cœlacanthe, BD, scénario et dessins, Vents d’ouest (2006-2007).

Le site de Daphné Collignon : https://www.daphnecollignon.com.

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Les invité·e·s du mercredi : Delphine Monteil et Sophie Adriansen

Par 5 décembre 2018 Les invités du mercredi

À La mare aux mots, on aime les « petites » maisons d’édition, on aime les mettre en avant surtout quand elles font un beau travail. Aujourd’hui, c’est L’étagère du bas qu’on vous propose de découvrir… si vous ne la connaissez pas déjà ! Ensuite, c’est une autrice très talentueuse, Sophie Adriansen, qui nous livre ses coups de cœur et coups de gueule. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Delphine Monteil

Parlez-nous de votre parcours avant de créer L’étagère du bas.
Après un bac littéraire, j’ai fait des études de lettres modernes (Master 1) et beaucoup de stages chez des éditeurs de littérature générale où j’ai énormément appris. Au moment de se spécialiser, j’ai choisi le domaine de la correction en suivant une formation au Centre d’écriture et de communication puis j’ai été correctrice pendant cinq ans.

En 2016, vous avez créé votre maison d’édition, racontez-nous comment la maison est née.
Même si la correction est un métier passionnant, j’ai commencé à avoir vraiment envie d’aller vers autre chose et il y a un faisceau d’éléments concomitants. J’ai eu deux enfants et je me suis littéralement jetée dans la littérature jeunesse avec eux ! Petit à petit, les livres jeunesse ont pris de plus en plus place (au sens propre comme au sens figuré) et l’idée de créer un blog a fait son chemin… Mon blog (L’Étagère du bas) m’a permis de réaliser à quel point la littérature jeunesse était le milieu dans lequel je me sentais le mieux et que j’avais aussi envie d’en faire mon métier.
Avec mon mari Fredrik, nous avons décidé de nous lancer et de monter notre maison d’édition de livres pour enfants. Lui aussi est passionné de littérature jeunesse et, à l’origine, la maison a été créée pour donner vie à un personnage culte suédois qui s’appelle Plupp.

Pourquoi ce personnage en particulier ?
Fredrik (d’origine suédoise) a été très marqué par Plupp dans son enfance, il me l’a présenté et le courant est passé ! Avec une trentaine d’albums depuis les années 50, Inga Borg (auteure et illustratrice) a su imposer ce petit troll aux cheveux bleus (et tout son univers) qui est devenu l’une des figures incontournables de la littérature jeunesse suédoise.
Nous avons souhaité faire connaître Plupp aux petits Français car c’est un personnage très positif, bienveillant et qui les emmène dans de belles aventures au milieu d’une nature préservée. Nous avons publié deux albums : Plupp construit sa maison et Plupp fait un grand voyage. En 2020, le troisième verra le jour !

D’où est venu ce nom « L’étagère du bas » ?
Lorsqu’il a fallu trouver un nom pour la maison d’édition, cela a été compliqué car j’avais déjà beaucoup cherché pour trouver celui du blog et j’avais du mal à me détacher du nom de L’Étagère du bas. Premièrement, parce que je l’aimais beaucoup et que j’avais eu beaucoup de bons retours sur son côté « original » et évident à la fois : nous faisons des livres pour les enfants, plutôt les petits (3-7 ans) donc on espère que nos livres sont quelque part dans les maisons, les librairies, les médiathèques, accessibles aux enfants donc en bas…
Deuxièmement, c’est avec ce nom que les gens du milieu de l’édition jeunesse ainsi que mes lecteurs de blog ont commencé à me connaître, j’ai donc voulu profiter de cette visibilité naissante.

Quelle est la ligne éditoriale ?
À cette question, j’aime répondre qu’il n’y a pas de ligne éditoriale vraiment définie. Peut-être se définira-t-elle avec le temps mais, pour l’instant, je choisis les projets à l’instinct. Mais, ce n’est pas non plus complètement juste de dire qu’il n’y a absolument pas de ligne éditoriale… car il y a tout de même des caractéristiques communes à nos ouvrages : uniquement des albums, autant d’importance accordée au texte qu’à l’illustration, une fabrication soignée et des histoires qui – je pense – prennent en considération les enfants en leur apportant quelque chose. Nous faisons confiance à leur intelligence ! Notre ambition est de publier des livres accessibles et à hauteur d’enfants…

Vous parliez tout à l’heure de la Suède, c’est un pays qui tient une place importante dans la maison
Effectivement ! Pour les raisons que j’ai mentionnées plus haut et désormais, je peux dire aujourd’hui que c’est le pays que je connais le mieux après la France. La littérature jeunesse tient une place importante en Suède et il y a une grande qualité des ouvrages. Au-delà des livres de Plupp, nous avons aussi à cœur de publier des albums récents comme nous l’avons fait avec Les Voisins sauvages d’Ulrika Kestere. Nous avons eu un réel coup de foudre pour le travail d’Ulrika et nous avons hâte de vous présenter son deuxième album qui sortira à l’automne prochain : Un pull pour Otto. Dans les années à venir, nous allons publier plusieurs traductions d’albums suédois : des classiques des années 70 mais aussi d’autres albums de la relève de la littérature jeunesse suédoise ! Je me tiens très informée de la production des albums suédois et, avec Fredrik, nous avons vraiment à cœur de faire connaître nos préférés en France.

Qui compose l’équipe et quel est le rôle de chacun·e ?
Même si ce n’est pas très poli, je suis obligée de commencer par moi car je suis la seule qui travaille à 100 % pour la maison d’édition. Je m’occupe de l’éditorial, de l’administratif, de la presse, de la communication, des manuscrits, des relations avec l’imprimeur, etc.
Fredrik est mon associé, je le consulte donc énormément et nous prenons les décisions ensemble. Mais, il a un autre métier qui lui prend beaucoup de temps et, malheureusement, il ne travaille pas à mes côtés tout le temps. Dès qu’il le peut, il se rend disponible pour animer des ateliers, participer aux salons du livre et il gère aussi les relations avec l’étranger. Et il a traduit tous nos ouvrages qui viennent de Suède !
Marie Gosset rédige les fiches pédagogiques et est une formidable assistante multi-tâches ! Céline Robert est notre maquettiste, mais elle s’occupe aussi du site Internet et de la communication visuelle de documents, d’invitations, etc. Elle a un œil formidable… Sans oublier Laura Baudot qui nous donne de sacrés coups de main !

Quel est l’album qui a le plus marqué la maison ?
C’est trop difficile comme question, impossible de répondre ! Ce serait comme me demander si je préfère l’un de mes deux enfants… Chaque livre symbolise quelque chose et s’inscrit dans une étape de création du catalogue de la maison d’édition. En cette fin d’année, ce que je retiens, c’est que nous terminons 2018 avec dix albums. Ce n’est pas rien de passer à deux chiffres !

En plus d’être éditrice, vous êtes blogueuse, vous avez un regard particulier sur la création actuelle. Qu’est-ce qu’un bon livre jeunesse pour vous ?
À mon grand désespoir, j’ai de moins en moins de temps à consacrer à mon blog mais j’essaie tout de même… il y a tellement de bons livres qui voient le jour ! Selon moi, un bon livre jeunesse est un livre qui plaira autant à un adulte qu’à un enfant : un bon livre n’a pas d’âge. Un bon livre jeunesse est un livre qui interpelle d’une façon ou d’une autre que ce soit par l’émotion, la réflexion, l’humour, etc. Les lectures nous construisent et c’est d’autant plus vrai pour les enfants. Les éditeurs ont donc une grande responsabilité ! Je déborde un peu de la question, mais j’ai du mal avec les beaux livres très esthétiques qui font semblant de s’adresser aux enfants, les albums trop « médicaments » véhiculant un gros message bien lourd et, les pires, ceux qui prennent les enfants pour des abrutis… Pour finir sur une touche plus positive, nous avons une très belle production en France et, au retour du Salon de Montreuil, on constate qu’il y a un large public pour la littérature jeunesse. Qui a dit que les enfants n’aimaient pas lire ?

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Comme beaucoup de gens travaillant dans l’édition, je lisais beaucoup étant plus jeune. J’ai eu la chance d’être élevée dans une famille où il y avait des livres et, avec mes frères et ma sœur, on ne nous refusait jamais un livre ! Le Géant de Zéralda de Tomi Ungerer est ma première grosse trouille (enfin, celle dont je me rappelle). Je trouvais la couverture vraiment terrifiante ! Lorsque j’ai été capable de lire seule, je me souviens clairement d’avoir eu la sensation qu’un nouveau monde s’ouvrait à moi. Je me rappelle avec émotion (et je l’ai toujours) de La Maison qui s’envole de Claude Roy. Je lisais vraiment de tout : des albums, des romans, J’aime lire, des BD (un gros faible pour Tom-tom et Nana), la collection des Castor poche, Les Belles Histoires, la collection Rouge & or. Claudine de Lyon de Marie-Christine Helgerson m’a beaucoup marquée, j’aimais bien les histoires tristes, dures. J’avais aussi une petite obsession pour les histoires où il y avait des petites filles jumelles, ça me fascinait ! Le genre épistolaire me plaisait aussi énormément : je lisais beaucoup de livres avec des histoires d’amitié mettant en scène des échanges de lettres. En parallèle, on s’écrivait beaucoup avec mes ami·e·s et, adolescente, j’ai continué. À l’adolescence, je me suis tournée vers les classiques comme Hugo, Zola, Maupassant, etc. avec beaucoup de plaisir et pas seulement par obligation. Bref, j’ai continué à lire !

Quelques mots sur les prochains ouvrages que vous publierez ?
Ce sera donc l’année prochaine et 2019 promet de très beaux albums ! Il y en aura 9 en tout : 7 créations françaises et 2 traductions suédoises. La Vie rêvée de M. Maniac d’Adèle Tariel et Jérôme Peyrat (février), Moi mon ombre de Sébastien Joanniez et Evelyne Mary (mars), Minimichel de Pauline de Tarragon (avril, deuxième collaboration après Le Cri de Zabou), Marions-les ! de Éric Sanvoisin et Delphine Jacquot (mai), J’aimerais de Stéphanie Demasse-Pottier et Gérard DuBois (août), Capricieuse de Béatrice Fontanel et Lucile Placin (septembre), Un pull pour Otto d’Ulrika Kestere (octobre, deuxième collaboration après Les Voisins sauvages), Gustave Mouche d’Éva Chatelain (octobre) et La Chanson qui venait de l’autre côté de la mer de Emma Virke et Fumi Koike (novembre). Des albums avec des styles littéraires et des genres graphiques très différents ! Nous voulons continuer de proposer des histoires qui éveilleront l’imaginaire des petits lecteurs.

Bibliographie :

  • Riquet, d’Elsa Oriol (d’après Charles Perrault) (2018).
  • La Danse du Cygne, texte de Laurel Snyder, illustré par Julie Morstad (2018).
  • Les Voisins sauvages, d’Ulrika Kestere (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • La Disparition de Chou, texte de Stéphanie Demasse-Pottier, illustré par Élodie Perrotin (2018).
  • Comme son ombre, de Laurent Cirelli et Prune Cirelli (2018).
  • Quand j’étais petite…, texte de Sara O’Leary, illustré par Julie Morstad (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Louise, texte de Stéphanie Demasse-Pottier, illustré par Magali Dulain (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Plupp fait un grand voyage, d’Inga Borg (2017).
  • Le Cri de Zabou, de Pauline de Tarragon (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Plupp construit sa maison, d’Inga Borg (2016).

 


Le coup de cœur et le coup de gueule de… Sophie Adriansen

Régulièrement, une personnalité de l’édition jeunesse (auteur·trice, illustrateur·trice, éditeur·trice…) nous parle de deux choses qui lui tiennent à cœur. Une chose qui l’a touché·e, ému·e ou qui lui a tout simplement plu et sur laquelle il·elle veut mettre un coup de projecteur, et au contraire quelque chose qui l’a énervé·e. Cette semaine, c’est Sophie Adriansen qui nous livre ses coups de cœur et ses coups de gueule.

De retour du salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil, je livre à chaud un coup de cœur et un coup de gueule liés à la manifestation, et dans cet ordre conformément au titre de cette rubrique.

Coup de cœur
J’aime le partage. J’ai toujours pensé que ce qu’on partageait bénéficiait autant à celui qui donnait qu’à celui qui recevait. Que tout le monde s’en trouvait gagnant.
Mercredi soir, lors de l’inauguration du salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil, a été lancé « émergences », recueil de douze nouvelles de littérature jeunesse issu du projet du même nom organisé par la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse. Ce projet est le pendant romanesque du désormais célèbre « voyage à Bologne » : un accompagnement de débutants dans le métier par des professionnels plus aguerris. En tant que marraine (parmi d’autres), j’ai pu conseiller plus particulièrement une autrice et un auteur avant de partager mon expérience avec l’ensemble des « émergents » le temps d’une après-midi d’octobre. Outre la publication du recueil, distribué gratuitement pendant toute la durée du salon et disponible également en langue anglaise, les douze lauréats ont rencontré des éditeurs dans le cadre de « speed-dating » littéraires organisés pendant le salon. J’ai eu des échos des deux côtés de la table : il semble que cela soit plein de promesses, de part et d’autre.
C’est inscrit dans l’ADN de la Charte, qui rassemble des auteurs et des illustrateurs pour la jeunesse depuis plus de quarante ans : la transmission ; l’union ; la réflexion commune ; la valorisation des singularités ; l’entraide ; le partage.
Et moi, j’aime le partage.

Coup de gueule
Traditionnellement, le ministre de la Culture se rend au salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil. Cette année, le nouveau nommé n’a pas daigné honorer le salon de sa présence, alors même que le monde de l’édition est chahuté par les rachats et autres regroupements, et que, du côté des auteurs et des autrices, on guette avec énormément d’inquiétudes les mesures gouvernementales qui promettent de tuer une profession que l’on refuse de considérer comme telle – avec le risque, en guise de dommage collatéral, de tuer le livre, déjà symboliquement enterré en juin dernier. Qu’il s’agisse d’un mépris ordinaire ou de l’ignorance de la nécessité de la lecture pour se construire, cette absence en dit long sur le rapport du gouvernement à la culture.

Sophie Adriansen est autrice.

Bibliographie jeunesse :

  • Papa est en bas, roman, Nathan (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Lise et les hirondelles, roman, Nathan (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Hors piste, roman, Slalom (2017).
  • Série Lucien et Hermine apprentis chevaliers, romans, Gulf Stream Éditeur (2017-2018).
  • Où est le renne au nez rouge ?, album illustré par Marta Orzel, Gulf Stream Éditeur (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • série Quart de frère quart de sœur, romans, Slalom (2017).
  • La vache de la brique de lait, album illustré par Mayana Itoïz, Frimousse (2017).
  • Les grandes jambes, roman, Slalom (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Max et les poissons, roman, Nathan (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Musiques diaboliques, roman, Nathan (2015).
  • La menace des fantômes, roman, Nathan (2015).
  • L’attaque des monstres animaux, roman, Nathan (2015).
  • Drôles d’époques !, roman, Nathan (2015).
  • Drôles de familles !, roman, Nathan (2014).
  • Le souffle de l’ange, roman, Nathan (2013).
  • J’ai passé l’âge de la colo !, roman, Éditions Volpilière (2012), que nous avons chroniqué ici.

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Les invitées du mercredi : Sandra Le Guen et Christine Roussey

Par 28 novembre 2018 Les invités du mercredi

Interview un peu spéciale aujourd’hui, car si Sandra Le Guen est une autrice jeunesse, c’est également quelqu’un que je connais bien ! J’avais envie de parler avec elle de son parcours, de son métier d’autrice, de ses inspirations… Ensuite, on ira se glisser dans l’atelier de l’autrice-illustratrice Christine Roussey. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Sandra Le Guen

Bon tout d’abord on ne va pas faire croire qu’on ne se connaît pas, on a fait des papiers communs (avec ton blog, Maman Baobab), donc on laisse de côté le vouvoiement, même si on reçoit aujourd’hui l’autrice, ok ?
Nous nous sommes même connus avant au sein du collectif À l’Ombre du grand arbre, il y a quelques années maintenant, laissons donc tomber le vouvoiement, d’autant qu’à mon avis nous ne l’avons jamais utilisé !

Peux-tu nous parler de À l’horizon qui vient de sortir chez Maison Eliza, de la genèse de l’album, de ce qui t’a inspirée ?
C’est l’histoire d’un personnage féminin, Moon, qui vit seule au bord de l’eau dans une petite maison entourée d’un jardin luxuriant. Elle évolue sereinement au plus près de la nature tout en se questionnant sur le monde, celui qui existe au-delà de l’horizon et vers lequel elle envoie ses bulles de savon. Un jour, une ombre apparait au large, sur la ligne d’horizon. Une personne s’approche d’elle en bateau. Sans se connaître, curieux l’un de l’autre, ils vont spontanément se faire confiance et partir ensemble vers une destination qui nous est inconnue.
Le livre se termine ainsi, juste avant ce qui pourrait être le commencement de la véritable histoire. Ce serait en quelque sorte l’installation, libre au lecteur d’imaginer la suite. Une suite qui composera avec la fantaisie de Moon et l’exotisme incarné par ce personnage à la peau bleue, une couleur qui n’est volontairement pas humaine. Le sujet est là pour moi, amené – je l’espère – avec délicatesse : l’ouverture aux autres, à l’inconnu, la rencontre, la confiance, la découverte de l’autre autour des points communs et des différences. À l’horizon traite aussi – sans le dire dans le texte mais j’ai demandé à Popy de le dessiner – d’égalité : peu importe leur sexe ou leur couleur de peau, les deux personnages rament ensemble avec la même force, dans un même élan vers leur avenir.
La genèse de l’album, c’est à la fois les bulles de savon que nous faisions avec mes enfants quand ils étaient plus petits. Leur tendance à les éclater venait parfois chatouiller ma tendance à les contempler. J’ai fait partir ces bulles bien plus loin grâce à cette histoire, elles deviennent les grandes voyageuses quand je ne peux pas être pour l’instant.

Je crois que ta collaboration avec Popy Matigot s’est tellement bien passée que vous sortez un nouvel album ensemble en janvier, c’est bien ça ? Peux-tu nous en parler ?
Effectivement, très vite après cette première collaboration, nous nous sommes remises au travail et le 2 janvier paraîtra notre second titre commun, Petite Pousse chez Sarbacane. C’est encore une histoire de rencontre autour d’un personnage féminin dont la vie va être bouleversée par l’arrivée de son premier enfant. C’est ce dernier qui, in utero, porte la narration. C’est un texte que j’ai écrit dans un souffle et regardant quelques années derrière moi et que Popy a illustré avec sa force, sa poigne, son énergie. Et comme jamais deux sans trois, enfin du coup quatre, nous travaillons actuellement sur deux autres projets.

Une mère qui a des poux, une femme qui fait des bulles de savon… elles sont très proches de l’enfance les femmes de tes histoires
C’est vrai pour Moon et pour la nouvelle mère de Petite Pousse qui entrent chacune à leur façon dans le monde des adultes. C’est un peu moins vrai pour les autres je crois. D’ailleurs beaucoup de femmes sont mères dans mes histoires. J’aime bien les embêter, en collant des poux à l’une par exemple (autobiographie ?) ou en faisant faire des abdos à une autre après avoir mangé du chocolat. Toutes ces fois-là, je me moque de moi. D’autres mères sont moins dans la compréhension de leur enfant et donc pour le coup vraiment en rupture avec l’enfance. C’est le cas de la maman qui gronde Guillerm dans L’Apachyderme, de celle d’Anaïs dans La couleur du vélo : au début de l’histoire, il y a un vrai problème de communication entre elles.

Tu as toujours écrit, avant d’avoir ton blog tu étais journaliste, mais depuis peu tu as donc cette casquette d’autrice jeunesse. Déjà j’aimerais savoir comment c’est venu et ensuite si justement tu vois ça comme une continuité dans ton écriture ou une chose totalement nouvelle.
Écrire des histoires pour les enfants n’est pas du tout venu spontanément. Quand je tenais mon blog autour de la littérature jeunesse, j’écrivais régulièrement de longues introductions à mes chroniques de livres. Elles mettaient en scène ma vie parentale, familiale, mon quotidien et m’ont donné goût à l’autofiction. Je savais que j’avais envie d’en faire quelque chose – quelque chose en l’occurrence c’était un roman – mais pas pour les enfants évidemment. Ces textes ont touché quelques-uns de mes lecteurs et parmi ces lecteurs, il y avait des illustrateurs, dont Marjorie Béal et Stéphane Nicolet. Ce sont eux qui m’ont invitée à leur écrire des textes pour les enfants, l’aventure éditoriale a ainsi commencé. Pas tout à fait avec eux dans un premier temps, mais nous cosignons plusieurs livres à venir, dont deux de mes prochains albums à paraître en 2019.
Entre le journalisme et l’écriture de fiction pour les enfants, c’est le grand écart. Mais dans ce grand écart, il y a eu les textes personnels que j’écrivais sur le blog Maman Baobab et qui m’ont conduite à l’écriture d’histoires. Alors avec quelques demi-tours, pas de côté, pointillés et encore quelques textes très sérieusement informatifs à mon actif, ah ben oui ! Il y a une continuité. Heureusement que tu m’as posé la question, je ne l’aurais pas vue sinon !

Où trouves-tu ton inspiration, qu’est-ce qui t’inspire ?
Ça c’est une question à laquelle je ne suis pas sûre de pouvoir bien répondre.
Il y a des sujets forts dont j’ai besoin de parler parce qu’ils me bouleversent – le deuil, la situation des réfugiés, les inégalités, par exemple. Je peux me saisir d’anecdotes, de remarques ou de questions de mes enfants tout comme des sujets d’actu qui me crispent et font émerger (j’ai failli écrire déborder) un texte, mais aussi très simplement des sensations, des petits bouts d’enfance…
Je suis très contemplative. Je regarde l’océan, les fruits se transformer en confiture, je fais du jardinage, je regarde les bestioles, et pendant ce temps mon cerveau se promène tout seul… j’ai aussi vécu de grandes douleurs, de grands moments de solitude, des nuits sans sommeil, ces états sont propices à l’émergence.
Assez simplement, il y a des situations. Je regarde aussi à travers mon appareil photo et ce pas de côté face à la réalité m’offre cet espace de création ou d’inspiration.
Un texte peut aussi naître avec la rencontre d’un illustrateur ou d’une illustratrice qui m’invite dans son univers en me proposant un personnage, des images. J’adore ce type de collaboration même si elles ne sont pas toujours évidentes.

Tu parles d’appareil photo, c’est vrai que j’ai oublié une de tes casquettes… Tu fais des photos magnifiques ! Tu n’aimerais pas faire un album où tes textes seraient illustrés par tes photos ?
Merci beaucoup ! C’est vrai que j’ai commencé à faire de la photo pour illustrer mes textes de… presse ! Et puis j’y ai pris goût et je n’ai fait ensuite que de la photo qui n’illustrait plus de texte. Mais je ne suis pas une technicienne, pour moi la photo, c’est avant tout un regard sur le monde, un instant saisi, une émotion qui passe, du flou, de la lumière. J’ai l’impression déjà d’avoir tout dit quand je fais une photo. D’ailleurs, je viens de monter une exposition photo pour tenter d’expliquer le processus de création de mes textes parce que je ne trouvais pas toujours bien les mots. Du coup, écrire sur mes photos et pour les enfants, je n’y suis pas, j’ai l’impression que les images sont déjà trop pleines de moi, écrire dessus serait redondant. Par contre, proposer douze ou seize photos à autant d’auteurs qui porteront un tout autre regard que le mien, pourquoi pas ?

Qui sont tes premiers lecteurs ?
Tout dépend des textes. Ma plus fidèle lectrice – et la plus impitoyable (parce que c’est ce qui est important, il faut dire) – c’est ma fille. Du haut de ses neuf ans, elle lit par-dessus mon épaule, me demande des suites – « comment ça le chapitre n’est pas fini ? » « Heu, non, mais j’ai fait la vaisselle » – va chiper les impressions dans l’imprimante ou sur mon bureau, se plonger dans mes carnets, récupérer mes ratés dans la poubelle. Pour elle, peu importe s’il s’agit d’un album ou d’un morceau de roman, elle met en image facilement et va très vite mettre le doigt là où ça fait mal.
En général tout de même, pour les albums, mes premiers lecteurs sont mes binômes illustratrices – illustrateurs. Parfois directement les éditeurs ou éditrices quand je soumets un texte sans illustration. Quand les croquis arrivent, je montre à mon fils pour voir si cela fonctionne, il m’arrive aussi de tester une histoire lors d’une rencontre avec une classe. Pour les romans, je fais relire à mes proches. J’ai aussi écrit un roman l’année dernière dans le cadre du Feuilleton des Incos. Mes premiers lecteurs étaient donc une arène de dizaines de Cm2-6e exigeants. Le rythme était intense, et j’étais encore plus tendue de recevoir leurs retours sur le texte que ceux d’un éditeur, même si je n’ai pas toujours pris en compte leur avis, c’était intéressant d’avoir ce regard sur un travail en cours d’écriture.

Tu lis toujours autant de littérature jeunesse ? N’as-tu pas peur d’être influencée (d’une façon ou d’une autre) par tes lectures ?
Je lis moins beaucoup moins d’albums que quand j’en chroniquais une cinquantaine par mois, c’est sûr. Je crois qu’on est forcément, d’une manière ou d’une autre, influencé par nos lectures, celles d’aujourd’hui, celles de notre adolescence, de notre enfance qui ont forgé notre regard sur le monde. Mais tout comme on est influencé par les musiques, les films… Par exemple, j’ai été influencée par Irène de Thomas Fersen pour écrire L’Apachyderme, les deux univers sont très éloignés… Je crois que ce n’est pas une crainte alors. Si nous sommes plusieurs à traiter du même sujet, nous le traiterons de la même manière. Je laisse dans chacun de mes albums un petit morceau de moi, un bout de vrai (plus ou moins grand) et j’écris avec ma musique, mon flow en quelque sorte. D’ailleurs j’écris à voix haute et j’aime bien faire lire l’histoire à voix haute avant de la transmettre pour écouter si je retrouve cette musicalité, quand elle y est même dans la bouche de quelqu’un d’autre, je me dis que j’ai peut-être réussi à faire un quelque chose de singulier.

Quelles étaient tes lectures d’enfant, d’adolescente ?
Elles sont très nombreuses, j’étais une grande lectrice et les livres m’ont beaucoup marquée. Enfant, j’ai lu (et relu et rerelu) plutôt des romans comme ceux de La comtesse de Ségur ou encore Fantômette, Zozo la tornade, le petit Nicolas, Charlie et la Chocolaterie, Croc Blanc, Le Castor grog et sa tribu, Le club des cinq, Alice, Les jeunes filles en blanc…
Au collège, j’ai fait le grand écart entre des romans comme E=MC2 mon amour de Patrick Cauvin et Un sac de billes. J’ai lu des romans très « optimistes » qui m’ont donné un merveilleux regard sur le monde comme Le Journal d’Anne Franck, L’arbre de Noël – une histoire terrible où le môme meurt d’un cancer à Noël – et Sa majesté des mouches de Golding. J’ai lu un tas de livre sur les guerres, passant d’Erich Maria Remarque à Régine Deforges, j’étais à la fois terrifiée par les contenus et fascinée par l’écriture, les récits. En y pensant, je me demande si, quand elles ne sont pas humoristiques, c’est peut-être pour cela qu’il y a de la douceur dans mes histoires, même celles qui traitent de sujets difficiles…
En 4e -3e, j’ai découvert Zola en même temps que Pennac et ses Malaussène, double coup de foudre, encore un grand écart, j’ai tout avalé et je lisais ensuite Pennac à parution. Au lycée, j’oscillais entre Shakespeare et Orwell, Bradbury, kafka… Bon j’ai fini par faire des études de Lettres Modernes pour lire encore plus et que ce temps consacré soit socialement acceptable. Et ce n’est qu’adulte que je suis retombée dans la marmite de la littérature jeunesse, avec avidité.

En janvier on va donc découvrir Petite Pousse chez Sarbacane, mais tu as d’autres livres à sortir ?
Oui j’ai la chance d’avoir plusieurs parutions programmées en 2019, notamment :
– en mars Les pieds en éventail, un album pour les tout-petits avec Marjorie Béal chez Les P’tits Bérets ;
– en avril Refuge avec Stéphane Nicolet chez Les P’tits Bérets raconte la rencontre de deux petites filles qui vont devenir amies, malgré les frontières, les langues, les parcours, grâce à une passion commune.
– au printemps Correspondances une histoire d’ours, encore une rencontre, pour laquelle je retrouve Thanh Portal.
– en juin Taxi-Baleine avec Mauréen Poignonec chez Little Urban, une histoire poétique où j’aborde une nouvelle fois de la famille, cette fois-ci sous l’angle de la fratrie.

Bibliographie :

  • Petite Pousse, album illustré par Popy Matigot, Sarbacane (à paraître en janvier 2018).
  • À l’horizon, album illustré par Popy Matigot, Maison Eliza (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • L’enfant de la pluie, roman co-écrit avec Pog, illustré par Juliette Barbanegre, Frimousse (2018).
  • Maman a des poux, album illustré par Csil, Frimousse (2018).
  • Confettis confettis, album illustré par Marjorie Béal, Le Grand Jardin (2018).
  • La couleur du vélo, roman illustré par Thanh Portal, La Palissade (2017).
  • Le nid, album illustré par Coralie Saudo, Les Minots (2017).
  • L’Apachyderme, album illustré par Thanh Portal, La Palissade (2016).

Retrouvez Sandra Le Guen sur son site : http://sandraleguen.blogspot.com.


Quand je crée… Christine Roussey

Le processus de création est quelque chose d’étrange pour les gens qui ne sont pas créateur·trice·s eux-mêmes. Comment viennent les idées ? Et est-ce que les auteur·trice·s peuvent écrire dans le métro ? Les illustrateur·trice·s, dessiner dans leur salon devant la télé ? Peut-on créer avec des enfants qui courent à côté ? Faut-il de la musique ou du silence complet ? Régulièrement, nous demandons à des auteur·trice·s et/ou illustrateur·trice·s que nous aimons de nous parler de comment et où ils·elles créent. Cette semaine, c’est Christine Roussey qui nous parle de quand elle crée.

Quand je crée.

Allez, je me lance !

Ma journée commence entre 9 h 30 et 10 heures, après avoir déposé mes minis à l’école et chez la nounou !
Un petit thé avec les copains de l’atelier et c’est parti !
Il est 17 h 30 et je rentre chez moi !


En vrai, si je dois écrire je m’isole dans un silence total et je déroule les fils. En général j’ai noté des bouts de phrases dans mon cahier, mon téléphone, etc., quand j’écris une histoire elle m’habite pendant plusieurs mois entre l’idée de début et le texte final.
Je l’emmène partout avec moi (vu que j’emmène ma tête partout… en général).
Parfois les mots coulent tout seuls tellement ils ont macéré longtemps en moi, parfois ça coince. Alors j’arrête et je passe à autre chose. Je veux que les choses soient fluides. J’aimerais faire comme l’a conseillé Hemingway à Roald Dahl, refermer mon ordi quand j’ai mon idée mais je suis une grosse inquiète alors quand j’ai mon idée je fonce et j’arrête quand ça coince, Hemingway disait que c’était aller au-devant de gros soucis….. Mais j’ai tellement peur de perdre l’élan que je ne peux pas me résoudre à arrêter quand l’idée est là tout en fleur.

Quand je dessine, il y a plusieurs temps, celui de la recherche personnelle, le travail de dessin « d’entretien », là c’est comme une boum avec moi-même, musique à fond, gros bordel sur mon bureau, et alors je laisse tout arriver ! J’aime cette idée chère aux « COBRA », qu’il faut retrouver son énergie d’enfant quand on dessine pour revenir à l’essence de ce qu’on est, et aussi créer dans la joie et le plaisir de faire sans but ! C’est difficile de se débarrasser de tout ce qu’on a appris mais il me semble que c’est essentiel pour continuer à avancer, à chercher, à découvrir. Alors voilà plusieurs fois par mois je dessine pour moi, pour rien et c’est souvent dans ces moments que naissent de nouvelles images et de nouvelles idées qui serviront ou pas pour mes projets futurs.

Il y a un autre temps, celui des recherches pour les albums. Le temps de recherche des personnages et de l’univers est proche de celui du temps de dessin pour moi. Je laisse tout venir, les couleurs, les personnages, dans un joyeux mélange pas du tout organisé nait la colonne vertébrale du projet à venir.
Ensuite quand je travaille les illustrations page à page dans un chemin de fer, c’est très silencieux et je suis très concentrée. Je dois être tout entière plongée dans les mots et l’enchainement des pages.
Parfois j’ai aussi noté des idées d’images sur mon cahier ou dans mon téléphone. Parce que le travail ne s’arrête pas aux portes de l’atelier rapport avec ma tête que je trimballe partout ;-).

Vient un autre temps qui est très agréable c’est la réalisation des images définitives, là j’écoute des émissions de radios, et je peux me souvenir de l’émission que j’écoutais pour telle ou telle image. Dans ce temps-là c’est comme si ma main dessinait sans avoir besoin de ma tête c’est très agréable après avoir été complètement habitée et concentrée sur les crayonnés et l’écriture.

Le dernier temps c’est le temps des adieux… J’emballe mes originaux et je les prépare à l’envoi chez mon éditeur. C’est un temps hyper émouvant, où on voit une dernière fois les planches toutes ensemble avant qu’elles deviennent l’album.
Et puis il faut dire au revoir aux personnages avec lesquels on a vécu de longs mois, partout, tout le temps ! C’est à ce moment je crois que le livre ne m’appartient plus, il va partir rencontrer ses lecteurs, il s’envole !

Il y a un temps hyper important pour moi qui fait aussi partie du processus de créations mais de manière indirecte, c’est le temps de rencontre avec les lecteurs !
Partager ce que l’on a couvé, et fabriqué du plus profond de nous avec des lecteurs c’est comme quand les invités se mettent à table quand on a passé l’après-midi à cuisiner ! On est heureux, impatient et un peu intimidé. C’est un grand temps de joie qui donne énormément de sens à mon travail. Lors de ces rencontres j’aime les questions, les grands yeux ouverts et l’attitude des petits lecteurs. Et c’est souvent pendant ces moments-là que l’envie de raconter une nouvelle histoire jaillit.

Je crois que c’est tout !

Sinon dans mes journées il y a aussi des litres de thé, des chansons ringardes, des heures de discussions sur la vie avec mes collocs d’atelier, des images sur les réseaux, des coups de fil avec mon éditrice, des grosses colères, des larmes de joie et de tristesse, des « oh putain c’est l’heure des enfants », et des fous rires… vachement !

Salut tout le monde j’y retourne, j’ai un cochon d’Inde sur le feu !!

Christine Roussey est autrice et illustratrice.

Bibliographie sélective :

  • Sous mon arbre, illustration d’un texte de Jo Witek, De la Martinière Jeunesse (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Le manchot qui en avait marre d’être pris pour un pingouin, illustration d’un texte de Nicolas Digard, Nathan (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Allez, au nid !, illustration d’un texte de Jo Witek, De la Martinière Jeunesse (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Dans mon potager automne, illustration de textes d’Alain Ducasse, Ducasse édition (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Mes petits cadeaux, illustration d’un texte de Jo Witek, De la Martinière Jeunesse (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • L’album de mon bébé, textes et illustrations, De La Martinière Jeunesse (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Mon lapin patate, texte et illustrations, De La Martinière Jeunesse (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Crotte !, illustration d’un texte de Davide Cali, Nathan (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Ma petite chambre, illustration d’un texte de Jo Witek, De la Martinière Jeunesse (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Mon chat boudin, texte et illustrations, De la Martinière Jeunesse (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Mes petites peurs, illustration d’un texte de Jo Witek, De la Martinière Jeunesse (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Mon chien qui pue, texte et illustrations, De la Martinière Jeunesse (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Ma boîte à petits bonheurs, illustration d’un texte de Jo Witek, De la Martinière Jeunesse (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Wilo et Mi, la légende de La Grise, illustration d’un texte de Séverine Vidal, L’élan vert (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Dans mon petit cœur, illustration d’un texte de Jo Witek, De la martinière Jeunesse (2013).
  • Les bras de papa, rien que pour moi, illustration d’un texte de Jo Witek, De la martinière Jeunesse (2012).
  • Les cocottes à histoires, illustration de textes d’Agnès de Lestrade, Milan (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • Toi dedans, moi devant : Le ventre de maman, illustration d’un texte de Jo Witek, De la martinière Jeunesse (2011), que nous avons chroniqué ici.

Le site de Christine Roussey : http://www.christineroussey.com.

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