La mare aux mots

Les invité·e·s du mercredi : Lucie Albon et Ella Charbon

Par 12 juin 2019 Les invités du mercredi

Aujourd’hui, nous recevons deux autrices-illustratrices de talent ! On commence avec Lucie Albon dont vous connaissez sûrement l’adorable souris Lili, puis on part découvrir les secrets de création d’Ella Charbon. Bon mercredi !


L’interview du mercredi : Lucie Albon

Quelques mots sur votre parcours ?
J’ai appris à lire et à écrire tard. Je me souviens encore de la maîtresse de CM2 qui disait : « tout le monde prend une feuille pour la dictée, SAUF LUCIE »
À l’époque, ce vide était largement comblé par le dessin, un mode d’expression que j’ai dû développer rapidement.
Après la 3 ème, les études ont pris un sens car elles ont commencé à m’intéresser.
F12, les Beaux Arts section BD et les Arts Décoratifs en illustration.

Comment se passe l’élaboration de vos albums ? En quoi le processus diffère-t’il pour les albums dont vous êtes l’illustratrice et ceux dont vous êtes également l’autrice ?
Je suis très souvent l’auteure de mes albums, mais j’aime aller vers des univers que je ne connais pas. Quand cela m’arrive, je trouve l’expérience enrichissante, elle oblige à faire des concessions. Je suis amenée ainsi à être plus juste dans la mise en images, car je ne pourrais pas revenir sur le texte pour commencer ou équilibrer le dialogue texte/images.

Vos techniques d’illustrations semblent très variées : comment les sélectionnez-vous ? Pourquoi, par exemple, avoir fait ce choix original de la peinture au doigt pour la série des Lili la souris ?
Pour réaliser mes premiers albums, je peignais sur mes mains et les photographiais un peu comme des marionnettes. Au bout de 7 tomes, 40 pellicules (car nous n’étions pas encore à l’ère du numérique) et un nombre considérable de crampes, je suis passée de la main à l’empreinte qu’elle laisse sur le papier. Beaucoup plus simple pour garder des originaux !
J’explore différentes techniques pour rester vigilante et amoureuse. Je n’aime pas m’ennuyer en travaillant, mais plutôt me laisser surprendre.

Y’a-t-il des auteur·trice·s et illustrateur·trice·s qui vous inspirent ?
Nous sommes constamment inspirés par ce qui nous touche, je n’ai pas de muse à proprement parler et j’aime beaucoup marcher dans la neige fraîche, quitte à me casser la figure 🙂

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Petite, je ne regardais que l’image mais je me souviens avoir été émue par Léo et Max et les Maximonstres. Adolescente, les biographies d’hommes de science m’attiraient particulièrement.

Peut-on en savoir plus sur vos prochains projets ?
Il y en a toujours plusieurs mais tous ne voient pas le jour !
Le prochain projet ne sera pas un album de BD (pourtant déjà scénarisé mais pas encore découpé) mais peut-être que ce sera « Des insectes ». Projet d’empreintes qui est sur mon bureau depuis 2 ans. Encore plus probablement un album sur les jeux de miroirs pour les tout-petits.

Bibliographie sélective :

  • Coucou, tu me vois ?, texte et illustrations, L’élan Vert (2018).
  • Une vie de grenouille, texte illustrations, Blue Dot (2018)
  • Curieuse fourmi, texte et illustrations, Fleur de ville (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Lili, c’est l’heure !, texte et illustrations, L’élan Vert (2017).
  • Allez, les poulettes !, texte et illustrations, L’élan Vert (2016).
  • Les saisons de Lili, texte et illustrations, L’élan Vert, 2016.
  • Mes premières peintures aux doigts, texte et illustrations, L’élan Vert (2015).
  • Le papillon très pressé, texte et illustrations, Fleur de Ville (2015).
  • L’invention des parents, illustration d’un texte d’Agnès de Lestrade, Le Rouergue (2012).
  • Les fruits de Lili, texte et illustrations, L’élan Vert (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • Les cerfs-volants, texte et illustrations, L’élan Vert (2012).


Quand je crée… Ella Charbon

Le processus de création est quelque chose d’étrange pour les gens qui ne sont pas créateur·trice·s eux-mêmes. Comment viennent les idées ? Et est-ce que les auteur·trice·s peuvent écrire dans le métro ? Les illustrateur·trice·s, dessiner dans leur salon devant la télé ? Peut-on créer avec des enfants qui courent à côté ? Faut-il de la musique ou du silence complet ? Régulièrement, nous demandons à des auteur·trice·s et/ou illustrateur·trice·s que nous aimons de nous parler de comment et où ils·elles créent. Cette semaine, c’est Ella Charbon qui nous parle de quand elle crée.

Je crée avec des dessins, des photos et depuis peu je m’autorise à créer aussi avec des mots en inventant mes propres histoires.
J’ai en fait la chance de pouvoir illustrer des histoires de Gwendoline et Jean, mais aussi maintenant, les miennes.
La création peut se faire dans des lieux et à des moments très différents.
Quand j’en suis à la découverte, la lecture du texte, je n’ai pas nécessairement besoin d’être à mon bureau. Tout support horizontal fera l’affaire : la table d’un café, la tablette d’un train, mes genoux…
J’imprime le texte et j’annote alors dans la marge les idées qui me viennent, les personnages que j’imagine pour cette histoire, leurs attitudes, leurs expressions, les différents cadrages…
Ensuite, je passe aux crayonnés. Bon, là, il me faut vraiment un bureau, le mien c’est l’idéal, mais je peux m’adapter. C’est à cette étape que je vais créer toutes les scènes avec beaucoup de précision. C’est nécessaire pour moi d’aller loin dans les détails, car si le projet est validé, je pourrai passer plus sereinement à la couleur.
Une fois les crayonnés terminés, une partie de ping-pong s’engage avec Gwendoline dans notre QG préféré, un salon de thé tout juste entre chez elle et chez moi. On va beaucoup échanger sur le texte, les dessins. Quand la partie s’engage avec Jean, alors notre QG préféré sera le net.
Si je réalise un projet, seule, les idées peuvent venir n’importe où, n’importe quand.
Ça peut être suite à une conversation, ça peut être au beau milieu de la nuit… dans ce cas, cette dernière sera très courte : les idées fusent, le projet peut alors prendre dans ma tête sa forme définitive et c’est au petit matin que je note ce qui m’est venu dans la nuit, en espérant ne pas avoir oublié la moitié de ce que j’avais pu imaginer.
Une fois les crayonnés validés par mon éditeur, j’attaque les couleurs. À ce stade, j’adore écouter des livres audio. J’ai une véritable obsession pour les enregistrements des livres de Roald Dahl, en particulier Coup de gigot et autres histoires à faire peur. J’ai dû l’écouter des centaines de fois, je ne m’en lasse pas, c’est comme retrouver des personnages familiers. C’est rassurant.
J’aime aussi piocher dans les fictions littéraires de France Culture ou dans certaines émissions comme Une vie-une œuvre, La compagnie des auteurs…
Cette ambiance sonore aide à me concentrer.
Mais la journée avance et une fois les enfants rentrés de l’école, je lâche tout: mon ordi, mes crayons, et je passe en mode maman. J’ai assez vite abandonné l’idée de travailler en leur présence. Ma concentration et leur excitation ne forment pas un bon duo.
Je réalise que c’est un métier où on peut ne jamais s’arrêter. On est toujours à l’affut d’une idée, c’est inconscient.
L’idée peut venir d’un mot, d’une peinture, d’un clip, d’une musique, en flânant dans la rue, en jouant avec mes enfants…
La création a aussi besoin d’une grande part de rêverie, c’est essentiel.
Et rêver, finalement, on peut le faire n’importe où, à tout moment…

Ella Charbon est autrice et illustratrice.

Bibliographie sélective :

  • Zélie, viens t’habiller !, texte et illustrations, l’école des loisirs (2019).
  • Nous, on répare tout !, illustration d’un texte de Jean Leroy, l’école des loisirs (2018).
  • Mes petits moments choisis, texte et illustrations, l’école des loisirs (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Caché-Trouvé, texte et illustrations, l’école des loisirs (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Dodo, Super !, illustration d’un texte de Gwendoline Raisson, l’école des loisirs (2017).
  • La soupe aux frites, illustration d’un texte de Jean Leroy, l’école des loisirs (2017).
  • Un gâteau comment ?, illustration d’un texte de Gwendoline Raisson, l’école des loisirs (2017).
  • Raspoutine se déguise, illustration d’un texte de Jean Leroy, l’école des loisirs (2016).
  • La montagne, illustration d’un texte de Delphine Huguet, Milan (2016).
  • D’un côté… et de l’autre, illustration d’un texte de Gwendoline Raisson, l’école des loisirs (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Félix à Paris, illustration d’un texte de Géraldine Renault, Éditions Tourbillon (2014).
  • Debout, Super !, illustration d’un texte de Gwendoline Raisson, l’école des loisirs (2014).
  • Vite !, illustration d’un texte de Gwendoline Raisson, l’école des loisirs (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Le grand voyage d’un petit escargot, illustration d’un texte de Gwendoline Raisson, Circonflexe (2013).
  • De toutes les couleurs, illustration d’un texte de Gwendoline Raisson, Circonflexe (2012).
  • Des flots de bisous, texte et illustrations, Gautier-Languereau (2009).
  • Ani’gommettes, texte et illustrations, Gautier Languereau (2008).

Le site d’Ella Charbon : http://ellacharbon.ultra-book.com.

Des fruits, des légumes et des arbres

Par 11 juin 2019 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, je vous propose de visiter des fruits et des légumes, grâce à deux fourmis, puis de rencontrer les racines des arbres.

Quel est ce fruit ?
Quel est ce légume ?
d’Anne Crausaz
MeMo dans la collection Tout-petits MeMômes
20 € chacun, 195×223 mm, 72 pages chacun, imprimé en Europe chez un imprimeur éco-responsable, 2019.
Où vont les racines des arbres ?
Texte d’Isabelle Collioud Marichallot, illustré par Anne Derenne
A2mimo dans la collection Pile/Face
14 €, 200×200 mm, 36 pages, imprimé en République tchèque chez un imprimeur éco-responsable, 2019.

Un tigre curieux, un explorateur courageux et deux enfants en errance

Par 10 juin 2019 Livres Jeunesse

Quand un humain et un animal s’allient contre des chasseurs, c’est une expédition singulière que nous suivons dans la jungle. Quand une jeune fille force le destin en provoquant une rencontre avec un petit garçon, c’est une cavale émouvante qui commence.

William, la longue-vue et le tigre
de Charlotte Lemaire
Biscoto
14 €, 300×230 mm, 26 pages, imprimé en Lettonie, 2019.
Sans un mot
de Romuald Giulivo
L’école des loisirs dans la collection Médium +
12 €, 148×218 mm, 88 pages, imprimé en France, 2019.

Ce n’est ni une attraction ni un aliment [ARTICLE EN ACCÈS LIBRE]

Par 7 juin 2019 Livres Jeunesse

Les deux albums du jour rappellent que les animaux n’ont pas à nous divertir et que l’on peut très bien vivre sans les manger.

  Mercredi était une baleine, elle vivait dans un bocal en plein centre-ville. Elle n’avait jamais rien vu d’autre que ce qu’elle voyait depuis son bocal : des voitures, des passants, des immeubles. Comme le jour de la semaine du même nom, Mercredi était coincée au milieu de tout. Mais quand elle faisait des bonds, Mercredi apercevait une étendue bleue qui l’attirait, sans qu’elle ne sache pourquoi… Alors elle se mit à faire des bonds de plus en plus hauts pour mieux voir… ce qui plut à la foule…
On pourra bien entendu voir dans l’histoire de La baleine qui voulait voir la mer, une ode à la liberté, mais on pourra aussi y voir une histoire qui rappelle à quel point les delphinariums sont des prisons et qu’emprisonner les animaux pour divertir les humains est cruel. Ici (contrairement à dans la vraie vie), l’histoire se terminera bien pour Mercredi. Les illustrations sont absolument magnifiques et l’histoire tout aussi réussie.
Un très bel album qui rappelle l’importance de laisser les animaux dans leur milieu naturel.

Dans le livre il y a une forêt et dans cette forêt, des animaux de toute sorte qui vivaient heureux ensemble et se réunissaient même pour manger du tofu cuit au barbecue. Mais un jour, un loup arrive et, malheur, il n’aime pas le tofu ! Il veut de la vraie viande. Seulement le loup est poli et il demande à chaque animal s’il peut le manger… bien sûr, tous refusent. Sauf que le poisson, lui ne sait pas parler… alors pourquoi ne pas le manger ?
Dans cet album bourré d’humour, Coline Pierré parle bien entendu du végétarisme… mais aussi du consentement ! Et surtout, elle aborde ces deux thèmes forts avec énormément de finesse, sans gros sabots (les omnivores pourront d’ailleurs lire cet album et l’apprécier tout comme ils ont pu apprécier Jefferson ou le film Babe !). Ici donc on ne mange pas quelqu’un qui le refuse et le loup fini par comprendre… mais rassurez-vous tout ça n’est qu’une histoire (Coline Pierré joue, là encore avec finesse et humour, avec le fait que nous sommes dans un livre et que dans un livre tout est possible). Ajoutons que les illustrations sont aussi belles que drôles !
Un super album sur le consentement et le fait de manger des animaux… ou pas !

La baleine qui voulait voir la mer
Texte de Troy Howell (traduit de l’américain par In Texte), illustré par Richard Jones
Kimane
12,95 €, 260×260 mm, 38 pages, imprimé en Chine, 2019.
Je peux te manger ?
Texte de Coline Pierré, illustré par Maëva Tur
La plage
15,90 €, 215×288  mm, 36 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2019.

Céder à la curiosité…

Par 6 juin 2019 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, deux histoires de curiosité à satisfaire : un album dans lequel trois héros quittent la forêt pour découvrir la ville et un autre qui voit un doudou s’échapper du sac de plage pour un plongeon en pleine mer qui promet de grandes rencontres…

Trois petits animaux
Texte de Margaret Wise (traduit de l’américain par Olga Kent), illustré par Brown Garth Williams
MeMo dans la collection Les grandes rééditions
18 €, 242×314 mm, 40 pages, imprimé en République tchèque, 2019.
Ciao et la mer
de Sarah Khoury
Père Fouettard
9 €, 150×210 mm, 28 pages, imprimé en Italie, 2019.
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