La mare aux mots
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Portraits de femmes [article libre d’accès]

Par 21 décembre 2018 Livres Jeunesse

Pour cette dernière chronique de l’année, j’avais envie de parler de livres qui mettent en lumière des femmes, un sujet qui, vous le savez, nous tient à cœur. Cette chronique est en accès libre, n’hésitez pas à la partager ! Comme chaque année, La mare aux mots fait sa seule coupure annuelle en hiver, on vous souhaite donc de bonnes fêtes de fin d’année et l’on vous retrouve le 7 janvier !

Rosa a grandi dans le sud des États-Unis, un état du nom d’Alabama. Cette petite fille qui détestait l’injustice grandissait en entendant parler des esclaves qui vivaient dans des conditions insupportables. Même si l’esclavage était aboli depuis cinquante ans, Rosa voyait que les noirs n’étaient toujours pas traités comme les blancs. Un jour, alors que Rosa était devenue adulte, elle refusa de laisser sa place dans le bus à un blanc qui avait priorité sur elle du fait de sa couleur.
Marie était née en Pologne, très vite elle sut qu’elle voulait être scientifique, pour ça elle dut quitter son pays, où les femmes ne pouvaient pas aller à l’université. C’est à Paris qu’elle devint très vite une célèbre scientifique et fut la première femme à recevoir le prix Nobel… et elle en reçut même deux !
Dian était passionnée par les animaux depuis toujours. Rien d’étonnant, donc, à ce qu’elle décida un jour de partir pour l’Afrique afin de rencontrer les gorilles. Ces grands singes n’étaient pas faciles à approcher, mais bientôt ils devinrent ses amis.
Anne avait 4 ans quand Hitler arriva au pouvoir. Anne était juive, et Hitler détestait les gens de cette religion. Ses parents décidèrent de fuir l’Allemagne pour échapper aux nazis, mais bientôt aux Pays-Bas aussi les juif·ve·s furent persécuté·e·s…
Gabrielle grandit dans un orphelinat, la couture la passionnait. Elle faisait même des chapeaux pour ses amies. Elle finit d’ailleurs par ouvrir une boutique, bientôt le monde entier la connue sous le nom de Coco Chanel.
Mais quel bonheur que cette collection ! J’en avais entendu parler à de très nombreuses reprises, la réputation des livres d’origine ayant dépassé les frontières du pays dans lequel ils ont été publiés au départ (l’Angleterre). Je crois d’ailleurs que c’est la première fois que même nous, à La mare aux mots, nous étions interpelés pour savoir si nous savions si un éditeur français allait éditer cette collection… c’est maintenant chose faite (merci Kimane) et la bonne réputation des ouvrages n’est pas usurpée ! Non seulement c’est bien écrit, les illustrations sont magnifiques, l’édition est soignée avec son papier épais, mais en plus c’est vraiment adapté pour des enfants très jeunes (ce qui est rare pour des livres de ce type). Pour donner un exemple précis, ma fille de six ans a tellement aimé ces livres qu’elle me demande depuis si l’on peut lire d’autres histoires de Rosa Parks (chose qu’on a pu faire avec d’autres livres chroniqués ci-dessous). En plus de l’histoire, quelques repères biographiques sont présents à la fin de chaque ouvrage (dans celui sur Rosa Parks, on a même une frise historique et des photos). C’est une collection que je recommande à tout le monde depuis que je l’ai découverte et que je vous conseille de découvrir très vite !
Cinq ouvrages présentant des femmes qui ont marqué l’histoire dans de super ouvrages adaptés aux plus jeunes.

Élisabeth Amélie Eugénie de Wittelsbach est née en 1837 à Munich. Celle qu’on appelait plus simplement Sissi ne tenait pas en place, avait un caractère fort, se moquait des bonnes manières. Pourtant un jour Sissi rencontra François-Joseph, l’empereur d’Autriche, et bien qu’il fût venu pour épouser sa sœur, c’est de Sissi dont il tomba amoureux… Elle devint donc impératrice.
C’est le vent qui nous raconte l’histoire de l’impératrice Sissi, que l’on connaît surtout à travers les films avec Romy Schneider. Ici, il nous raconte donc la vie de cette femme dont le destin fut bouleversé alors qu’elle avait 17 ans, en devenant impératrice, mais qui ne se laissa jamais faire. Une femme qui refuse les conventions et qui dut de battre. Les illustrations d’Odilon Thorel sont superbes et elles sont bien mises en valeur par un beau papier épais. Cette biographie destinée aux enfants à partir de 7 ans est un bien bel ouvrage, un album qu’on a envie d’offrir.
La vie de l’impératrice Sissi racontée dans un très bel album.

Marie, dite Marion, était née dans la pauvreté. Comme beaucoup de gens qui vivaient dans la misère, elle rêvait de richesse, de ne plus devoir mendier pour manger. Mais Marion n’était pas comme tout le monde, elle avait de la ressource, des idées… Elle devint bientôt l’une des cheffes de bande les plus redoutées de Bretagne et même de France, connue sous le nom de Marion du Faouët.
Connue en Bretagne (même quand on ne connaît pas son histoire, on connaît généralement son nom), Marion du Faouët est la première femme cheffe de bande. À la tête de toute une organisation, elle volait les riches (avec une certaine morale), nourrissait les pauvres (car elle se souvenait d’où elle venait), elle était crainte, y compris de ses hommes. À travers ce roman passionnant, on découvre donc non seulement la vie de cette voleuse de grand chemin, mais aussi la vie du XVIIIe siècle. Si j’ai regretté la présence trop appuyée de Dieu (qui parle à deux reprises dans le livre), j’ai été captivé par le récit, c’est le genre d’ouvrage qu’on lit d’une traite tant il est passionnant.
Un roman passionnant sur une figure bretonne importante, Marion du Faouët, la première cheffe de bande.

Rosa Luxemburg est née en Pologne en 1871, elle devint allemande quelques années plus tard. Toute sa vie, elle s’opposera à la guerre, elle se battra contre l’oppression. Ce qui lui vaudra des séjours en prison. Son histoire nous est racontée par quelqu’un qui la connaît bien, son chat.
Sorti dans l’excellente collection Ceux qui ont dit non, dirigée par Muriel Szac, Rosa Luxemburg, non aux frontières est un petit roman qui va nous permettre de mieux connaître cette militante d’extrême gauche qui n’a jamais cessé de se battre. Ici, c’est donc son chat qui raconte son histoire, un chat qui, parce qu’il s’ennuyait lors d’un séjour de Rosa en prison, a appris à lire et a donc lu ses carnets, journaux intimes… et peut donc nous restituer son histoire. En fin d’ouvrage, comme toujours dans cette collection, une partie documentaire sur d’autres personnes qui ont dit non, des conseils de lecture pour aller plus loin et des repères chronologiques.
L’histoire de la militante Rosa Luxemburg, vue par son chat

Mama Miti ça veut dire la mère des arbres, et c’était le surnom de Wangari Muta. Née au Kenya en 1940 dans une famille de 10 enfants, elle devint très tôt (à 3 ans) une toute petite paysanne. Tout en s’occupant des plus jeunes, elle observait sa mère semer ou récolter les céréales. Même si les filles n’allaient pas à l’école, celle-ci avait une tout autre vision des choses, et travailla dur pour payer une scolarité à sa fille. Bientôt, la jeune fille obtint une bourse pour aller étudier aux États unis…
Wangari Muta Maathai est la première femme africaine à avoir reçu le prix Nobel de la paix (en 2004). Dans ce petit livre sorti dans la très bonne collection Des graines et des guides (des petits livres pour les 8-12 qui nous dressent chaque fois le portrait d’hommes et de femmes qui ont changé le monde), on apprend donc à mieux la connaître, on suit son parcours et c’est tout simplement passionnant (on a d’ailleurs envie d’aller plus loin après avoir terminé l’ouvrage). C’est facile à lire, parfaitement adapté aux enfants, passionnant et bien écrit, décidément on adore cette collection !
Un petit livre pour mieux connaître l’écologiste kenyane Wangari Muta Maathai.

Qui était Cléopâtre ? Est-elle allée à l’école ? Qui étaient ses dieux préférés ? Est-ce qu’elle était aussi belle qu’on le dit ? Est-ce qu’elle a joué un rôle dans l’assassinat de Jules César et surtout… est-ce qu’elle peut me faire repousser les cheveux ?
Et Jeanne d’Arc alors ? Est-ce qu’elle savait lire et écrire ? Que pensait-elle des Anglais ? Est-ce qu’elle pouvait s’habiller comme elle le voulait ? Est-ce qu’elle disait des gros mots ? Et est-ce qu’elle était folle ?
Sortis dans la collection Cétéki ? de chez Tallandier Jeunesse, Cléopâtre et Jeanne d’Arc sont deux documentaires dans un format proche du roman sous forme de question-réponse… et ils sont passionnants ! Le principe question/réponses permet des chapitres courts (donc ce n’est pas rébarbatif), mais la réussite ici tient aussi aux illustrations (souvent très drôles) et même au ton des textes qui dépoussière les documentaires du genre ! Ici, on se demande si Cléopâtre changeait les couches de Césarion ou si elle avait le temps de faire la fête ! Bref, on parle de choses sérieuses, mais avec humour… et forcément c’est bien plus sympa !
Deux super documentaires sous forme de questions-réponses sur des femmes de caractère qui ont marqué l’Histoire.

Il y a Jane Austen qui a écrit Raison et sentiments, Orgueil et préjugés ou encore Emma, il y a Coco Chanel qui a révolutionné la mode, Mary Anning née au XVIIIe siècle et qui fut l’une des premières et des plus importantes paléontologues de l’Histoire ou encore la militante pour le droit de vote des femmes, Emmeline Pankhurst. Leur point commun ? Elles sont incroyables et elles ont changé le monde !
Sorti chez Kimane (comme la magnifique collection Petites et Grandes, voir plus haut), ce grand album nous présente treize femmes incroyables qui ont changé le monde. Pour chacune, c’est une double page richement illustrée avec des courts textes qui nous feront faire connaissance avec elles. Il y en a de très célèbres (comme Anne Frank et Rosa Parks) et d’autres un peu moins (comme Sacagawea ou l’Agent Fifi). En même temps que l’album est sorti un cahier d’activité (chroniqué mardi). Les textes sont très courts, mais sont parfaitement adaptés aux plus jeunes et sont une première approche qui donne envie d’aller plus loin.
Un album pour les plus jeunes, qui met en lumière des femmes inspirantes.

Elles s’appellent Beyoncé, Oprah Winfrey, Mary Shelley ou encore Sara Seager, Giusi Nicolini ou Sofia Ionescu. Ce sont les histoires de ces filles rebelles que l’on va vous raconter.
Impossible que vous soyez passé·e·s à côté du raz de marée Histoires du soir pour filles rebelles, énorme carton (60 000 exemplaires) sorti l’année dernière. Voici donc le tome 2 avec 100 nouveaux portraits. On garde le même principe (une page texte face à un grand portrait) et tant mieux, car c’est un principe qui fonctionne à merveille ! Les textes sont courts (mais sont une parfaite première approche) et les illustrations réalisées chaque fois par une illustratrice différente, ce qui fait que ce n’est jamais rébarbatif. On lit ces portraits comme on lirait un livre de contes, un ou deux chaque soir. Tout comme dans le premier, on regrettera ce titre qui laisse à penser que le livre ne s’adresse qu’aux filles, mais ne boudons pas notre plaisir et offrons-le autour de nous !
Le second tome d’un énorme carton de librairie où l’on retrouve 100 nouveaux portraits de femmes.

Anna Pavlova, Maria Montessori, Hypatie, Marie Curie, Mary Anning, Dian Fossey, Emmeline Pankhurst… 50 femmes qui ont fait bouger le monde.
Comme dans les deux ouvrages précédents (et dans le suivant), il s’agit ici de portraits de femmes qui ont marqué l’Histoire. Mais j’aime particulièrement la maquette de cet album qui est le seul de la sélection (avec le suivant, mais ici, c’est plus marqué) à intégrer des photos. Les textes sont bien écrits et vraiment intéressants à lire, on est proche ici du documentaire pur, avec de riches illustrations (photo donc, mais aussi des cartes ou encore des œuvres d’art les représentant), mais sans que ça soit jamais rébarbatif. Ici encore on pourra lire un portrait chaque soir, comme on lirait une histoire et même si ici c’est assez riche on pourra tout de même aller plus loin en lisant des livres plus complets sur celles qui nous auront le plus marqué.
Un très beau documentaire, avec une maquette claire et esthétique, pour mettre en avant des femmes aux parcours variés.

Il était une fois… Joséphine Baker, J.K. Rowling, Malala Yousafzai ou encore Valentina Terechkova… Il était une fois des femmes fabuleuses.
Le dernier ouvrage de la sélection est sorti chez Larousse et, vous l’aurez compris, ici on met encore en avant des femmes inspirantes. Elles sont dix dans cet ouvrage et les textes sont bien plus longs que dans les trois ouvrages précédents. Au-delà de la longueur des textes, leur forme aussi diffère, car ici on a vraiment l’impression qu’on nous raconte une histoire (l’autrice et l’auteur l’ont d’ailleurs écrit en premier lieu pour leurs filles, pour leur raconter la vie de ces femmes fabuleuses). Si, personnellement, j’ai eu plus de mal avec l’écriture de ce dernier ouvrage, la façon de raconter séduira certainement davantage les enfants.
Un ouvrage qui raconte le destin de dix femmes fabuleuses comme on raconterait une histoire aux enfants.

D’autres portraits de femmes que nous avons chroniqué (cliquez sur les images pour accéder aux chroniques).

 

Rosa Parks
Texte de Liseth Kaiser (traduit par InTexte), illustré par Marta Antelo
Kimane dans la collection Petite & GRANDE
9,95 €, 202×247 mm, 28 pages, imprimé en Chine, 2018.
Marie Curie
Texte de Frau Isa (traduit par InTexte), illustré par Ma Isabel Sánchez Vegara
Kimane dans la collection Petite & GRANDE
9,95 €, 202×247 mm, 28 pages, imprimé en Chine, 2018.
Dian Fossey
Texte d’Alessandra De Cristofaro (traduit par InTexte), illustré par Ma Isabel Sánchez Vegara
Kimane dans la collection Petite & GRANDE
9,95 €, 202×247 mm, 28 pages, imprimé en Chine, 2018.
Anne Franck
Texte de Sveta Dorosheva (traduit par InTexte), illustré par Ma Isabel Sánchez Vegara
Kimane dans la collection Petite & GRANDE
9,95 €, 202×247 mm, 28 pages, imprimé en Chine, 2018.
Coco Chanel
Texte d’Ana Albero (traduit par InTexte), illustré par Ma Isabel Sánchez Vegara
Kimane dans la collection Petite & GRANDE
9,95 €, 202×247 mm, 28 pages, imprimé en Chine, 2018.
Sissi, aussi libre que le vent
Texte de Sylvie Baussier et Jean des Cars, illustré par Odilon Thorel
Perrin/Gründ dans la collection Une histoire des histoires
14,90 €, 238×298 mm, 70 pages, imprimé en France, 2018.
Marion du Faouët, ou la révolte des gueux
de Margot Bruyère
Oskar Éditeur dans la collection Histoire et Société
9,95 €, 145×190 mm, 144 pages, imprimé en France, 2013.
Rosa Luxemburg, non aux frontières
d’Anne Blanchard
Actes Sud Junior dans la collection Ceux qui ont dit non
8 €, 110×176 mm, 96 pages, imprimé en France, 2014.
Wangari Maathai, celle qui guérit la Terre
Texte de Tanella Boni, illustré par Muriel Diallo
À dos d’âne dans la collection Des graines et des guides
7,50 €, 105×150 mm, 46 pages, imprimé en Union Européenne chez un imprimeur éco-responsable, 2016.
Cléopâtre, 50 drôles de questions pour la découvrir !
Textes d’Anne Terral, illustrés par Zelda Zonk
Tallandier Jeunesse dans la collection Cétéki ?
11,90 €, 146×200 mm, 128 pages, imprimé en Italie, 2018.
Jeanne d’Arc, 50 drôles de questions pour la découvrir !
Textes de Caroline et Martine Lafon, illustrés par Frédéric Rébéna
Tallandier Jeunesse dans la collection Cétéki ?
11,90 €, 146×200 mm, 128 pages, imprimé en Italie, 2018.
Ces femmes incroyables qui ont changé le monde
de Kate Pankhurst (traducteur·trice non crédité·e)
Kimane
9,95 €, 256×256 mm, 32 pages, imprimé en Chine, 2016.
Histoires du soir pour filles rebelles 2
Textes de Héléna Favili et Francesca Cavallo (traduit par Jessica Shapiro), illustrés par un collectif
Les Arènes
19,90 €, 185×250 mm, 214 pages, imprimé en Italie, 2018.
Les femmes qui ont fait bouger le monde
Textes de Katherine Halligan (traduit par Valérie Videau et Jean Pouvelle), illustrés par Sarah Walsh
Hatier Jeunesse
18,90 €, 260×299 mm, 112 pages, imprimé en Chine, 2018.
Il était une fois des femmes fabuleuses
Textes des Époux Von Grüt, illustrés par Jane Bodil
Larousse
14,95 €, 277×337 mm, 47 pages, imprimé en Espagne chez un imprimeur éco-responsable, 2018.

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Girl Power ! [Article en accès libre]

Par 20 août 2018 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, je vous propose un livre sur le féminisme, un livre sur le droit des femmes et des portraits de femmes.

Qui sont les féministes ? Comment est né ce mouvement et est-il toujours aussi important de se battre aujourd’hui ? Peut-on être féministe et croyante et quelle est justement la place des femmes dans les religions ? Qui étaient Alexandra Kollontaï, Simone de Beauvoir ou les Famous Five ? Que signifient les termes « charge mentale » et « misogynie internalisée » ?
Allez commençons par évacuer les bémols pour se concentrer sur le positif. J’aurai préféré le mot « autrice » à « auteure » (moins invisibilisant) et « tous et toutes » au lieu de « tous » (le fameux masculin qui l’emporte sur le féminin), l’utilisation de « genre » au lieu de « sexe » et il y a, d’après moi, des erreurs dans des dates. J’avoue que les premiers bémols n’auraient pas eu lieu dans un autre livre, mais on parle ici de féminisme. Maintenant que c’est dit… Qui sont les féministes sorti aux éditions du Ricochet est un très bon ouvrage pour comprendre le mouvement féministe et son histoire. On découvre ici des grands noms, des événements, des chiffres actuels (qui nous montrent que tout n’est pas gagné, loin de là). Les textes sont passionnants et le documentaire donne vraiment envie de le lire de la première à la dernière ligne. C’est assez engagé (et ça fait du bien) et vraiment complet, on trouve même en fin d’ouvrage un lexique, des idées de lecture et des liens intéressants. Enfin, et il faut le souligner, car ce n’est pas si souvent dans les livres sur le sujet, les hommes ne sont pas oubliés ici. Les illustrations d’Élodie Perrotin accompagnent à merveille le texte et rendent le livre plus vivant.
Un très bon album documentaire sur le féminisme, tellement passionnant qu’il se lit du début à la fin.

Maria Fernanda est Colombienne, grâce à l’association FXB elle va pouvoir acheter une machine à laver afin de gagner un peu d’argent en lavant le linge des autres. Chékéba est née en Afghanistan, elle a fui son pays à 11 ans, depuis elle a créé une association pour l’éducation des filles. Isabelle peint des cygnes noirs à la manière des peintres aborigènes, sa grand-mère va lui raconter un terrible secret qui va changer sa vie. Fatoumata est astronome et elle crée des nuages de débris pour nettoyer l’espace…
La très bonne maison d’édition À dos d’âne propose 4 histoires des droits des femmes d’aujourd’hui. Quatre femmes vues par des enfants (Maria Fernanda est racontée par sa fille, Chékéba par une petite voisine et Fatoumata par une élève d’une classe dans laquelle elle intervient). Chaque histoire aborde un thème fort quand il s’agit des droits des femmes : l’autonomie, l’éducation, le respect du corps et l’égalité au travail. Les deux premières et la dernière sont suivies d’une petite partie documentaire qui explique des choses sur l’association qui est citée dans l’histoire. C’est bien écrit et ça se lit facilement, même par des enfants jeunes (même si la troisième histoire peut être un peu dure) et ça peut même être un bon support pour aborder les droits des femmes et faire des débats en classe. On peut ajouter qu’ici les femmes dont on lit le portrait ne sont pas des célébrités, pas des personnages historiques, juste des femmes comme on peut en croiser dans notre vie, il est donc plus facile pour les enfants de s’identifier à elles.
L’histoire de quatre femmes d’aujourd’hui pour parler des droits des femmes

Elles s’appellent Cléopâtre, Ada Lovelace, Jeanne d’Arc ou encore Rosa Parks. Elles ont un point commun, elles ont osé être elles-mêmes, ne pas rester dans l’ombre des hommes.
Là aussi, on va commencer par évacuer un point… Ce livre est édité par Fleurus et c’est une énorme surprise. Vous ne le savez peut-être pas, mais nous refusons de chroniquer des livres édités par cette maison d’édition depuis des années (en partie à cause de la collection Petite fille qui véhicule des stéréotypes sexistes, lire par exemple ici, mais surtout à cause du Dico des filles, horrible livre dont vous pouvez lire un avis par exemple ici). Bref, imaginez donc ma surprise en découvrant ce Portrait de femmes libres. Je l’ai donc ouvert, curieux, et je le dis tout de suite je n’ai, personnellement, rien à reprocher à cet ouvrage et je l’ai même trouvé vraiment bien fait. Après une introduction qui rappelle que le combat pour l’égalité a été un long chemin (qui n’est pas terminé) et une chronologie avec des dates clefs, on nous propose ici douze portraits de femmes. À chaque fois une grande illustration avec une sorte de fiche signalétique, puis un texte qui raconte un passage clef de leur vie (la genèse de Frankenstein lors d’une soirée pour Mary Shelley, le départ pour la traversée de l’océan pour Amélia Earhart…). Bref, c’est un super moyen de découvrir des femmes qui se sont battues… et avoir envie aussi de ne pas se laisser faire. Ajoutons que les illustrations sur magnifiques.
Un super livre documentaire, qui se lit comme un recueil de nouvelles, sur des femmes d’exception.

Les sœurs Brontë, Aung San Suu Kii, Hillary Clinton, Astrid Lindgren, Marie Curie, Jane Goodall ou encore Cléopâtre. Cent femmes à ne pas oublier.
Un peu sur le même principe que le précédent (mais sorti avant, signalons-le), Histoires du soir pour filles rebelles, d’Elena Favilli et Francesca Cavallo propose cent portraits de femmes sous forme de textes courts qui se lisent comme on lirait des histoires. Bien entendu, on aurait préféré un titre bien moins sexiste (on pourra lire ce livre aux garçons), mais cet album est vraiment un très bel ouvrage. On vous en avait déjà parlé lors de notre webzine antisexiste (ici), mais il aurait été dommage qu’il n’apparaisse pas dans un article du site.
Un bien bel ouvrage qui met en avant des femmes (dont certaines peu connues) pour les filles rebelles… et les garçons !

Qui sont les féministes ?
Textes de Julie Guiol, illustrés par Élodie Perrotin
Les éditions du Ricochet dans la collection POCQQ
12 €, 152×210 mm, 125 pages, imprimé en Pologne chez un imprimeur éco-responsable, 2018.
La moitié de l’humanité – 4 histoires des droits des femmes d’aujourd’hui
Textes de Marilyn Plénard, illustrés par Mathieu de Muizon
À dos d’âne dans la collection Un monde pas à pas
10 €, 115×170 mm, 64 pages, imprimé en Union Européenne chez un imprimeur éco-responsable, 2018.
Portraits de femmes libres – Elles ont osé être elles-mêmes !
Textes de Sophie Blitman, illustré par Annette Marnat
Fleurus
12,95 €, 175×245 mm, 96 pages, imprimé en Slovénie, 2018.
Histoires du soir pour filles rebelles – 100 destins de femmes extraordinaires
Texte d’Elena Favilli (traduit par Jessica Shapiro), illustrés par Francesca Cavallo
Les arènes
19,90 €, 185×248 mm, 212 pages, imprimé en Italie, 2017.

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Adolescentes d’aujourd’hui [ARTICLE EN ACCÈS LIBRE]

Par 3 août 2018 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, je vous propose de faire la rencontre d’Armelle, une jeune lesbienne qui passe un mauvais moment, et de Lina-Jane, une adolescente qui va faire une rencontre qui va marquer sa vie.

Depuis qu’Armelle a montré à Inès qu’elle était amoureuse d’elle, sa vie au lycée est un enfer. Elle est devenue la cible de la bande de l’horrible Anaïs. Remarques, insultes… Armelle n’en peut plus. Si tout le monde sait maintenant au lycée qu’elle est lesbienne, à la maison c’est autre chose. Mais alors que ses parents la forcent à participer à une manif contre le mariage pour tous, Armelle décide de leur dire la vérité. La réaction sera sans appel : Armelle est mise dehors. Quel avenir attend l’adolescente de 16 ans qui se retrouve maintenant à la rue ?
Il faut aller au-delà de la couverture (pas très réussie, disons-le) et découvrir ce très beau roman sur une jeune lesbienne qui va devoir se débrouiller par elle-même, à la suite d’une réaction violente de ses parents. Christine Féret-Fleury nous propose une histoire qui sonne juste, une histoire qui est celle de beaucoup de jeunes homosexuel·le·s pour qui l’association Le refuge est une bénédiction. Armelle va rencontrer des gens qui vont l’aider et l’aimer, elle traversera de rudes épreuves, mais saura s’en sortir grâce à l’aide de gens bien meilleurs que ses parents.
Un roman très fort pour rappeler l’homophobie qui existe toujours dans les familles et les écoles.

Lina-Jane est une jeune booktubeuse (elle tient des chroniques littéraires sur YouTube). Un jour, alors qu’elle cherche un meuble dans son grenier afin de faire une nouvelle bibliothèque, elle tombe sur des paquets qui lui sont destinés et qui lui ont été cachés. Ils ont été envoyés chaque année par son grand-père qu’elle croyait mort. C’est à la même époque que suite à l’agression de son meilleur ami, elle rencontre une vieille dame de son quartier, Lucia. Très vite, cette dernière invite la jeune fille et semble vouloir vraiment sympathiser avec elle… quel secret cache-t-elle ?
Ah qu’il est difficile de vous parler de ce joli roman sans trop vous en dévoiler… Personnellement, j’en savais un peu trop avant de le lire et j’ai donc décidé de ne pas vous raconter ce dont il est question ici. Je peux en tout cas vous dire que c’est une belle histoire que nous raconte Érik Poulet-Reney. Une histoire où il est question de belles rencontres, de lien du sang, d’identité… C’est un roman court, qui se lit vite (un peu trop, je serais bien resté avec Lina-Jane et Lucia encore un peu), mais qui procure beaucoup de plaisir. Bon et si vraiment il vous faut en savoir plus, quitte à vous gâcher un peu l’intrigue,


La rencontre entre une adolescente et une vieille dame…

Les maux bleus
de Christine Féret-Fleury
Gulf Stream Éditeur dans la collection Échos
15 €, 141×221 mm, 196 pages, imprimé en Lettonie, 2018.
Transparente
d’Érik Poulet-Reney
Oskar dans la collection La vie
12,95 €, 130×210 mm, 117 pages, imprimé en Europe, 2018

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Des livres jeunesse LGBTQ+ [CHRONIQUE EN ACCÈS LIBRE]

Par 29 juin 2018 Livres Jeunesse

Demain, à Paris, aura lieu la marche des fiertés, l’occasion une nouvelle fois pour nous de mettre un coup de projecteur sur des livres qui mettent en avant des personnages homosexuels (que ça soit les héro·ïne·s des histoires ou leurs parents), bisexuels ou transgenres. Pour rappel, nous avons déjà fait deux chroniques sur le sujet ici et , nous avons un tableau pinterest regroupant les livres chroniqués et nous préparons un dossier très complet… mais en attendant ce dossier voici donc quelques livres avec des personnages LGBTQ+ ! Pour cette chronique, exceptionnellement, je serai parfois obligé de vous révéler la fin, car c’est parfois dans les dénouements que l’on comprend le rapport avec le thème de la chronique… j’espère que vous ne m’en voudrez pas !

Des albums…

Camille aime Baptiste. Avant Baptiste, d’autres ont fait battre son cœur, mais aujourd’hui c’est Baptiste et ça, ça change tout ! Camille pense à lui sans arrêt, lui écrit des poèmes et rougit en les lui donnant… ce qui fait aussi rougir Baptiste… car Baptiste aussi aime Camille. Au fait, Camille est un garçon, et alors, qu’est-ce que ça change ?
Très beau texte d’une autrice dont on aime beaucoup la plume, Cathy Ytak. Un texte extrêmement délicat, poétique, sensible. Et les illustrations de Daniela Tieni l’accompagnent à merveille. L’autrice joue avec la surprise (nos visions hétérocentrées penseront d’abord que Camille est une fille). On est loin ici des clichés et, contrairement à la plupart des livres sur le sujet, rien n’arrive de négatif aux deux héros de l’histoire. À noter que ici, et c’est tellement exceptionnel qu’il faut le signaler, on parle de bisexualité car les héros ont aussi été amoureux de filles.
Un très bel album sur deux garçons qui sont amoureux, avec un texte très poétique et des illustrations qui le sont tout autant.

TA TAAA !!! AVIS À LA POPULATION ! C’est le grand jour, aujourd’hui le prince Jean-Georges doit se marier, son père, le roi Grobull, l’a décidé ! Toutes les vaches du pays sont invitées à se présenter, afin que le prince choisisse son élue. Mais aucune ne lui plaît… Ce n’est pas grave, le roi convoque les truies, après tout il ne veut qu’une chose que son fils soit HEU-REUX ! Le prince sait avec qui il veut se marier… mais comment le dire à son père… Pourtant si celui-ci veut à ce point qu’il soit heureux, il devrait accepter…
Beaucoup d’humour et de magnifiques illustrations en volume (la marque de fabrique de Christian Voltz) dans cet album où le prince se mariera finalement avec son ami le bélier. Ici non plus il n’est pas question de harcèlement, d’amours tristes… mais juste d’oser le dire à son père (qui finalement ne le prendra pas si mal, le tout c’est que son fils soit heureux, non ?)
Un album plein d’humour, avec un texte dont la lecture à voix haute est un régal, pour rappeler que dans la vie, le plus important c’est d’être HEU-REUX !


À noter aussi la réédition (avec quelques micro-changements et un format plus petit) de BOUM BOUM et autres petits et GRANDS bruits de la vie de Catherine Latteux et Mam’zelle Roüge aux éditions Pourpenser. On avait chroniqué ici ce joli album (à l’époque où il est sorti chez Frimousse) où l’on croise un jeune garçon amoureux d’un autre jeune garçon.

Des BD…

Dans la vie de Bichon, il y a un nouvel instituteur (le fameux remplaçant super beau de l’année dernière), sa copine Agnès (qui cache un secret) et toujours le beau Jean-Marc (qui vit quelques moments pas très drôles), mais en ce moment y’a plus trop sa grande amie Myriam (qui n’a plus le droit de jouer avec Bichon, sa mère le lui interdit). Ce qui préoccupe notre jeune héros, c’est les lettres d’amour qu’il vient de recevoir. Qui est amoureux·euse de lui ? Et quels sont les secrets qui semblent ronger tout son entourage ?
Quel bonheur toujours de retrouver Bichon, le fan de princesse Ploum qui craque sur le beau Jean-Marc. David Gilson a créé un héros gay qui plaît énormément aux enfants ! Ses aventures sont pleines d’humour (et d’amour). Dans cet album, on parle comme toujours des stéréotypes de genre, mais ici on parle beaucoup des choses que l’on cache alors qu’on devrait tout simplement vivre en étant soi-même. La toute dernière planche nous fait un peu peur… Est-ce le dernier tome ? On n’espère pas !
Une BD pleine d’humour avec un jeune héros gay.

Végétaline est une princesse qui vit en haut d’une grande tour et souffre d’une maladie étrange. Codette a fui son pays en guerre avec ses parents. Lors d’une soirée chez Végétaline (où celle-ci est alitée comme d’habitude) et suite à un pari, Codette s’introduit dans la chambre de Végétaline pour l’embrasser… Sauf que ce baiser va déclencher chez les jeunes filles des choses auxquelles elles ne s’attendaient pas…
Bienvenue dans l’univers barré de Lisa Mandel, ici l’on croise des animaux transgéniques, des inventeurs fous qui aiment visiblement se déguiser en Bioman, des filles possédées par d’étranges phénomènes… Et au milieu de tout ça, une belle histoire d’amour entre deux filles. Ici, ça fait partie de l’histoire, personne ne s’étonne ou se choque de l’amour des deux filles… et ça fait du bien !
Une super BD avec des héroïnes amoureuses.

Un beau jour, Yaichi voit débarquer le mari de son frère, mort quelque temps plus tôt. Pour ce Japonais qui élève seul sa fille, l’arrivée que cet homosexuel canadien n’est pas une chose qui le réjouit, ses premières paroles sont d’ailleurs assez violentes. Pourtant très vite, entre les deux hommes les relations vont se pacifier, notamment grâce à la petite Kana et sa naïveté d’enfant.
Le mari de mon frère est un manga (qui se lit dans le sens japonais) mettant donc en scène un homme plutôt homophobe et le mari de son frère. Le héros de l’histoire va s’interroger au contact de son beau-frère sur sa vision des homosexuels et se rendre compte que certaines idées reçues sont idiotes. On parle aussi du deuil (d’autant plus difficile pour le jeune veuf, car son beau frère est le frère jumeau de son ancien mari et la ressemblance le trouble énormément). Le manga est entrecoupé de deux « petits cours de culture gay » plutôt amusants. À noter que l’auteur est artiste érotique gay et ça se sent dans la façon dont il dessine les corps masculins (mais rassurez-vous si certain·e·s prendront du plaisir à voir ces corps sublimés, les plus jeunes enfants ne verront rien d’érotique dans ces planches).
La cohabitation difficile (dans un premier temps), entre un Japonais pas très homophile, son beau-frère homosexuel et une petite fille pleine de vie.

Des romans pour les plus jeunes…

Il y a un nouveau à l’école, il s’appelle Camille. Les moqueries commencent déjà dès l’annonce de son prénom « Camille c’est un prénom de fille ! », mais le jeune garçon ne se vexe pas, il explique calmement que ça fonctionne pour les deux genres. Si Camille ne s’énerve jamais, c’est qu’il a une règle d’or : ne pas faire à autrui ce que l’on ne veut pas qu’on nous fasse. Mais pour certains de l’école, c’est encore un sujet de moquerie voire pire…
Camille a un secret que l’on découvrira à la fin du roman, il vit avec ses deux pères. On pourra peut-être regretter que l’explication de l’étrangeté de l’enfant soit qu’il soit élevé par deux hommes (même si au final, Camille est un enfant bien plus philosophe et plus réfléchi que ses camarades), mais voilà là un très beau petit roman accessible vraiment aux lecteurs et lectrices débutant·e·s (sur ce sujet, ce n’est pas si fréquent). On parle donc ici d’homoparentalité, mais aussi de tolérance, de harcèlement scolaire, d’entraide, des secrets entre ami·e·…
Un petit roman très bien écrit sur un jeune garçon qui grandit dans une famille homoparentale et sur les regards extérieurs sur cette famille-là.

L'amoureux de papa Son père et sa mère sont séparé·e·s, mais l’entente entre les deux est bonne. Donc tout se passe bien pour Amandine, mais un jour son père a une annonce à lui faire, il veut lui présenter quelqu’un qui compte beaucoup pour lui. Mais quand Amandine voit arriver son instituteur et que son père lui annonce que c’est son amoureux, son monde bascule.
Là aussi un petit regret (disons-le d’emblée pour passer vite à autre chose et ne pas se focaliser dessus), la mère parle de l’homosexualité de son ex-compagnon alors qu’il aurait peut-être été plus judicieux de parler ici de bisexualité (sexualité désespérément oubliée dans la littérature jeunesse où les choses doivent être ou noires ou blanches, visiblement), mais là encore c’est un joli petit roman, parfait pour les jeunes lecteurs et lectrices (texte court, simple, richement illustré). Ce qui est intéressant ici, en dehors du fait que là encore ça s’adresse aux plus jeunes et que ce n’est pas si courant, c’est le rejet de l’héroïne, les choses ne peuvent pas se passer ainsi, ce qui rend l’histoire totalement réaliste (pas d’angélisme). Le nouveau couple va vivre des moments difficiles, jusqu’à décider de rompre par amour pour la petite fille (mais rassurez-vous, les choses ne se finiront pas aussi mal).
Un roman qui sonne juste sur une petite fille pas contente que le nouvel amoureux de son père soit un garçon, qui plus est son instituteur !

Il a eu 16 ans et il écrit à son père. Il lui écrit qu’il est heureux qu’il y ait Ludovic dans sa vie, Ludovic qui a été là dès la mort de sa mère, à s’occuper de lui, comme un père, justement. Alors aujourd’hui il écrit à son père pour lui dire qu’il faut stopper les mensonges, qu’il sait que Ludovic et lui s’aiment, mais qu’il faut qu’ils le fassent au grand jour, qu’ils doivent se marier maintenant que cela est possible !
C’est une belle déclaration d’amour qu’on trouve dans Mariez-vous ! d’Alain Germain en quatre lettres (deux à son père, une à Ludovic et la dernière à son amoureuse à lui). Une déclaration d’amour d’un fils à son père et à l’homme qui, dans l’ombre, était l’amoureux de son père et s’est occupé de lui. Une invitation à vivre un amour au grand jour, à ne plus vivre caché. En fin d’ouvrage, on trouvera le texte de la loi ouvrant le mariage aux couples de même sexe.
Un roman court, mais fort, avec quatre belles lettres d’amour. Un bel hommage aux familles homoparentales.

Son oncle Mika il l’aime tellement. Toujours le mot pour rire, toujours attentif, attentionné. Alors Jérémie, sept ans, ne comprend pas pourquoi d’un coup il est sorti de sa vie, pourquoi il ne le voit plus. Il a bien surpris des paroles entre ses parents et ses grands-parents. Mais il ne les comprend pas. Que s’est-il passé ? Est-il mort ?
Gwladys Constant propose un très beau roman sur l’intolérance. Car ici l’oncle Mika a été rayé de la famille (avec interdiction de revoir son neveu) parce qu’il est homosexuel. Le texte est très joliment écrit et l’on se met à la place de cet enfant qui ne comprend pas, dans un premier temps, où est passé son oncle, et dans un second temps ce qu’il y a de mal à aimer les garçons… Rassurez-vous, il y aura quelqu’un qui saura apporter du bonheur à l’enfant (mais qui, comme dans la vraie vie, ne fera pas de miracles, la famille restera aussi bête et homophobe, malheureusement).
Un très joli roman, très bien écrit, sur la bêtise de l’homophobie dans une famille.

C’était en colonie de vacances, une fille avait fait battre son cœur. Il y avait eu les nuits où les duvets se rapprochaient, les confidences, la petite flamme dans les yeux devant la scène de baiser au cinéma. Et il y avait eu la dernière nuit de la colo, mais ça, c’est un secret…
Fallait-il mettre C’est notre secret dans cette chronique thématique, c’est un débat et je vous laisserai juger ! Car ici il n’est pas dit que la personne qui nous raconte cette histoire est une fille… mais il ne nous est pas dit que c’est un garçon non plus ! Raphaële Frier, en plus d’avoir une très belle plume, est très maline. Elle a écrit tout ce roman dans lequel on ne connaîtra jamais le genre du héros ou de l’héroïne. On pourra donc s’imaginer qu’il s’agit là d’une petite fille amoureuse d’une autre petite fille… moi c’est en tout cas ce que j’y ai vu.
Un très très beau petit roman, où l’on pourra voir une histoire d’amour entre deux filles… ou pas !

Des romans pour les plus grands…

Nous sommes en août 1947, le jeune Harvey Milk, 17 ans, vient de se faire arrêter par la police alors qu’il était juste en train de lire en bronzant dans un parc. Les rafles d’homosexuels sont de plus en plus fréquentes et Harvey a peur qu’on prévienne sa famille, sa mère ne sait pas que son fils aime les garçons. Quelques années plus tard, il deviendra pourtant l’un des plus célèbres défenseurs des droits des homosexuel·le·s, incitant ses semblables à annoncer leur homosexualité partout afin de faire avancer les choses.
Sorti dans la très bonne collection Ceux qui ont dit non, Harvey Milk, non à l’homophobie est bâti comme un roman. On rencontre ici cet homme, incarné au cinéma par Sean Penn dans le très beau film de Gus Van Sant, de sa jeunesse à sa mort (rappelons qu’il a été assassiné froidement par un homophobe). Le livre est un beau rappel des luttes passées et de celles qui sont encore à venir, d’ailleurs après l’histoire, l’ouvrage nous propose neuf pages sur l’homophobie, les victimes homosexuelles des camps nazis, les combats en France…
Un très beau roman pour rappeler qui était Harvey Milk ou pour rappeler combien la lutte contre l’homophobie reste une chose importante aujourd’hui.

Cent fois on le lui a dit. Cent fois. Qu’un garçon ne doit pas pleurer, qu’un garçon doit se battre pour se défendre, utiliser ses poings. Pourtant il n’y arrive pas. Il continue de pleurer quand on le frappe et ne réplique pas. Il encaisse. Il encaisse les « sale pédé », les autres qui tentent des records de side-kiks sur lui, la terre qu’on lui fait manger et les regards de son père qui font mal.
Une claque, voilà ce qu’est À copier 100 fois, une claque. Un roman court qui se lit d’une traite et dont on sort totalement secoué·e. Un roman extrêmement fort, écrit par une très belle plume (j’avoue que je n’avais jamais rien lu d’Antoine Dole avant ce roman), qui nous fait un nœud dans l’estomac. La relation entre le père et le fils, le harcèlement extrêmement violent dont est victime le jeune héros de 13 ans, ici tout fait mal. Voilà un livre qu’on devrait faire lire en classe…
Il paraît que les garçons ne doivent pas pleurer, je peux vous dire que moi j’ai versé des larmes en refermant celui-ci.

Nina a 15 ans, l’âge où les vacances avec les parents peuvent être de vraies galères… mais on n’a pas le choix. Pour Nina, ce voyage à Barcelone c’est quand même l’occasion de revoir le beau Jesus, un garçon qu’elle a embrassé sur la bouche la dernière fois qu’il et elle se sont vu·e·s… Mais les choses ne se passent pas comme prévu, Jesus est venu avec sa cousine et est plutôt distant, et Nina trouve un sac qui va lui faire faire de belles rencontres, de celles qui changent une vie.
C’est un très joli roman que nous propose Hélène Couturier aux éditions Syros. On y parle de la relation entre une mère et sa fille, entre une ado et sa petite sœur (un peu trop parfaite), des histoires d’amour des parents, des amours de vacances, mais aussi de transidentité. Car on trouvera ici un personnage transgenre que je trouve particulièrement intéressant (bien que le passage sur l’explication de la transidentité me semble un peu didactique). Toutefois, je trouvais intéressant de demander à quelqu’un qui, contrairement à moi, connait bien le sujet de la transidentité, d’avoir son regard sur ce roman. J’ai donc demandé à R (@libre__R sur twitter) son avis, le voici : « J’ai commencé à lire en ayant hâte de rencontrer ce personnage trans que je savais présent dans ce livre. J’ai donc vite déchanté en comprenant où menait l’intrigue : la transidentité comme révélation type « plot twist » vers la fin du roman. Ce personnage est un outil scénaristique pour les protagonistes, et il en devient inaccessible et peu crédible (surtout les propos et dialogues de personnages censés « savoir mieux »). Les questionnements et la réflexion de l’héroïne vont de naïfs à très pertinents, ce qui est cool ! Mais du coup c’était très étrange (et blessant) de voir que le personnage était mégenré jusqu’au bout. » Personnellement, j’ajouterai quand même que d’introduire un personnage transgenre dans ce genre de roman très grand public ne peut pas faire de mal et peut-être renseigner des gens qui connaissent peu le sujet (et on le sait, les haines viennent souvent du fait de ne pas connaître).
Un roman intéressant avec un personnage transgenre, mais qui décevra peut-être ceux et celles qui le liront en voulant lire un roman sur la transidentité.

Simon a 16 ans, il est homosexuel, mais personne ne le sait. Enfin, il y a Blue… Blue c’est un garçon de son lycée, mais il ne sait pas qui il est, ils échangent par mail suite à un message sur le blog du lycée. Et, même s’il ne connaît pas sa vraie identité, Simon craque sur Blue. Mais un jour, un camarade de Simon vient le voir pour lui dire qu’il a lu les mails…
Coup de cœur pour ce roman qui pourtant n’est pas de la grande littérature (on est proche de la lecture de plage, disons les choses), mais ici le suspense est très fort (mais qui est Blue ???), c’est bourré de scènes qui font du bien, c’est drôle, émouvant… Et puis, je dois l’avouer, j’ai versé quelques larmes au moment de la rencontre entre nos deux héros… C’est un roman que je n’arrivais pas à fermer (vous connaissez, le genre qu’on continue sur la route en sortant du métro pour en profiter encore quelques minutes) et j’ai été triste de quitter les héros… mais j’ai appris depuis l’existence d’une suite (Leah à contretemps) et je me réjouis d’avance de retrouver Simon. À noter que le livre sorti tout d’abord sous le joli titre Moi, Simon, 16 ans, Homo Sapiens s’appelle désormais Love, Simon… comme l’adaptation qui vient de sortir au cinéma et que la jolie couverture a laissé place à l’affiche du film (ah les lois du marketing…).
Un roman extrêmement charmant, qui parle du coming out, des émois amoureux et de la découverte des codes du milieu homosexuel.

Ça change tout !
Texte de Cathy Ytak, illustré par Daniela Tieni
L’atelier du poisson soluble
16 €, 200×263 mm, 32 pages, imprimé en Espagne chez un imprimeur éco-responsable, 2017.
HEU-REUX !
de Christian Voltz
Rouergue
13,50 €, 230×210 mm, 40 pages, imprimé au Portugal, 2016.
BOUM BOUM et autres petits et GRANDS bruits de la vie
Texte de Catherine Latteux, illustré par Mam’zelle Roüge
Pourpenser
10,50 €, 160×240 mm, 32 pages, imprimé en France, 2018.
Bichon – T3 – L’année des secrets
de David Gilson
Glénat dans la collection Tchô ! La collec
10,50 €, 215×295 mm, 48 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2017.
Princesse aime princesse
de Lisa Mandel
Gallimard dans la collection Bayou
16,75 €, 175×245 mm, 124 pages, imprimé en Espagne, 2008.
Le mari de mon frère – T1
de Gengorah Tagame (traduit par Bruno Pham)
Éditions Akata dans la collection L
7,95 €, 130×180 mm, 180 pages, imprimé en Italie, 2016.
La règle d’or
d’Isabelle Minière
Éditions du Jasmin
8 €, 130×190 mm, 64 pages, imprimé en France, 2013.
L’amoureux de papa
Texte d’Ingrid Chabbert, illustré par Lauranne Quentric
Kilowatt dans la collection Les kapoches
7,30 €, 140×180 mm, 41 pages, imprimé en U.E., 2017.
Mariez-vous !
d’Alain Germain
Oskar Éditeur dans la collection Court-Mé-trage
6 €, 115×170 mm, 49 pages, imprimé en Europe, 2013.
L’oncle Mika
de Gwladys Constant
Oskar Éditeur dans la collection Court-Mé-trage
6 €, 115×170 mm, 48 pages, imprimé en Europe, 2014.
C’est notre secret
de Raphaële Frier
Thierry Magnier dans la collection Petite poche
3,90 €, 105×150 mm, 48 pages, imprimé en République Tchèque, 2018.
Harvey Milk – Non à l’homophobie
de Safia Amor
Actes Sud Junior dans la collection Ceux qui ont dit non
8 €, 112×177 mm, 96 pages, imprimé en France, 2014.
À copier 100 fois
d’Antoine Dole
Sarbacane dans la collection Mini-romans
6 €, 110×175 mm, 56 pages, imprimé en Bulgarie, 2015.
Trans Barcelona Express
d’Hélène Couturier
Syros dans la collection Hors-Série
15,95 €, 150×220 mm, 224 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2018.
Love, Simon (ou Moi, Simon, 16 ans, Homo Sapiens)
de Becky Albertalli (traduit par Mathilde Tamae-Bouhon)
Hachette Roman
17 €, 135×215 mm, 320 pages, imprimé en Espagne chez un imprimeur éco-responsable, 2015.

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Des histoires de gros bras et de luttes des classes ! [ARTICLE EN ACCÈS LIBRE]

Par 18 juin 2018 Livres Jeunesse

Aujourd’hui on fait la connaissance d’héroïnes féministes pleines d’énergie et bien décidées à renverser l’ordre établi avec Les gros bras de Polka d’Emilie Gleason et Zette et Zotte à l’uzine d’Elsa Valentin et Fabienne Cinquin !

Il était une fois un couple de danseur·euse·s fou amoureux·euses. Si amoureux qu’ils finissent par avoir un bébé : Polka. Polka est une petite fille pleine d’entrain (un peu trop même), joyeuse et heureuse de vivre… avec une particularité : Polka a des gros bras… DES TRÈS GROS BRAS. À tel point qu’à l’école, tout le monde se moque d’elle. Des biceps pareils, pour une fille de son âge… Ça n’a pas de sens ! Alors Polka se renferme, devient morose et triste. Jusqu’au jour où, alors qu’elle regarde la télébison avec ses parents, la petite fille entend qu’un groupe de castors est menacé ; ni une ni deux, la petite fille décide de se remonter les manches et de leur venir en aide !
Les gros bras de Polka est un album féministe très drôle. Emilie Gleason nous parle, à travers l’exemple de Polka, de l’importance (et de la difficulté) de s’accepter tel·le que l’on est, dans une société où les clichés existent encore. Car ce qui dérange, c’est que la petite fille a de gros bras (un attribut que l’on associe plus naturellement à un garçon). Polka chamboule malgré elle l’ordre établi : les garçons doivent être costauds et forts, les filles douces et fragiles. À travers cette histoire pleine d’humour (l’autrice joue avec les mots : Polka regarde la « télébison », enfourche son « vélo-ciraptor ») Emilie Gleason propose un album positif sur la nécessite de se détacher du regard des autres et de vivre sa vie comme on l’entend. Au fur et à mesure de ce récit initiatique burlesque, Polka va découvrir que ses gros bras peuvent être une force. Les illustrations vives et colorées accompagnent à merveille cette drôle d’histoire. Chaque page révèle une nouvelle surprise, langagière ou narrative. Résultat : c’est drôle, bien construit, fourmillant de détails, de malice et d’intelligence !
Un drôle de petit album pop qui déconstruit les clichés !

Zette et Zotte sont sœurettes et travaille à l’uzine où elles fabriquent des zabits de louxe. Pour cette besogne, elles ne sont payées que des miettes et quelques légumes. Si Zette trouve cela scandaleux et est prête à faire la grave généreule et la manifle, Zotte préfère quant à elle faire des zeurs-sop pour gagner plus de beurre dans les zépinards… Un matin, le trapron décide que les zouvrilleuses lui coûtent trop cher ! Désormais elles ne seront payées que des épluchures ! C’en est trop pour Zette et ses copines qui décident de monter au créneau et de faire la révoluture !
Avec Zette et Zotte à l’uzine, Elsa Valentin et Fabienne Cinquin nous content l’histoire d’un conflit social avec beaucoup d’humour et d’intelligence ! La langue d’Elsa Valentin est poétique et imagée : elle joue sur les sonorités « Zette/Zotte/Zabits », détricote et reconstruit de nouveaux mots : la grève générale devient la grave généreule, la révolution devient la révoluture… L’album se lit à haute voix pour savourer encore plus ces jeux de mots ! Mais derrière cet aspect ludique, Elsa Valentin nous parle de problématiques actuelles : les délocalisations d’usines, le sort des ouvriers laissés pour compte. L’album se veut résolument optimiste et joyeux. Les illustrations nous plongent dans un monde coloré, solidaire, où, seul le collectif permet de s’en sortir ! Fabienne Cinquin joue sur les motifs, les coloris, les matières et multiplie les techniques : encre de Chine, collage de papiers unis comme à motifs, aquarelles… À travers l’exemple de Zette et Zotte, Elsa Valentin nous montre les tensions qui peuvent exister durant ces conflits (même si tout se termine bien !). Véritable ode à la sororité (et fraternité), à la cohésion de groupe et à l’autogestion, Zette et Zotte à l’uzine est une fable moderne qui nous montre qu’avec beaucoup d’imagination, de l’utopie, de la révolte et des ami·e·s… on peut encore changer les choses… et ça fait du bien !
Un véritable coup de cœur, drôle et politique ! On en redemande !

Les gros bras de Polka
d’Emilie Gleason
Biscoto
14 €, 146×236 mm, 48 pages, imprimé en France, 2018.
Zette et Zotte à l’uzine
Texte d’Elsa Valentin, illustré par Fabienne Cinquin
L’atelier du poisson soluble
16 €, 200×297 mm, 48 pages, imprimé en République tchèque, 2018.

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