La mare aux mots
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Agoraphobie

Familles dans la tourmente

Par 6 janvier 2015 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, pour ma première chronique de l’année 2015, je vous propose de découvrir deux romans qui m’ont émue et touchée.

la soupe américaineMona et sa sœur Elsa s’apprête à partir en vacances chez leurs grands-parents, en Bourgogne. Mais ce séjour ne ressemblera à aucun autre ! Leurs parents leur donnent mille consignes avant de partir, leur grand-père, Papou, a un comportement très étrange, et leur grand-mère Mamie Lala semble complètement déstabilisée suite à un coup de fil venu de Grèce… Mais que signifient donc tous ces mystères ?
J’ai avalé ce roman d’une traite. L’enfance qui laisse la place à l’adolescence, la complicité de la fratrie, les rituels des visites chez les grands-parents, une atmosphère particulière entre Grèce et Bourgogne, des événements heureux, d’autres beaucoup plus difficiles, j’ai vraiment été happée par ce texte d’Anaïs Sautier. Elle nous livre une histoire à la fois simple et pleine de rebondissements, vivante, pleine d’humour et d’émotion.
La soupe américaine, un roman sur une histoire de famille, forte et peu ordinaire !

autopsie d'un papillonMark nage. Ce sera un champion, il ne peut en être autrement. C’est son père qui le dit. D’ailleurs, toute la famille déménage à Paris, pour que Mark puisse suivre le sport-études. Mais quitter la campagne, le village des Râlants, pour la vie parisienne, tumultueuse, urbaine et dense, c’est loin d’être une évidence pour le jeune homme, enfermé dans ce rêve qui n’est pas vraiment le sien. Certaines frontières de la ville sont infranchissables pour Mark. Il étouffe, il s’asphyxie, il est oppressé. Même son attirance pour Marie la marathonienne ne réussit pas à lui faire passer ce malaise. Mais il se tait. Personne ne doit savoir.
Avec Autopsie d’un papillon, Jean-Noël Sciarini nous emmène au cœur de la vie mouvementée de Mark, qui nous livre son journal, à la première personne. On découvre les pensées les plus secrètes de ce personnage fort et si fragile à la fois, et on se perd même parfois un peu avec lui. L’écriture est directe, l’atmosphère particulière (on se sent parfois aussi oppressé que le jeune héros), et l’ensemble très fort !
Une histoire intense, haletante, qui ne laisse pas indifférent !

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué d’autres livres de Jean-Noël Sciarini (Le garçon bientôt oublié, Tarja, et Les disparitions d’Anaëlle Faier).

La soupe américaine
d‘Anaïs Sautier
L’école des loisirs dans la collection Médium
15,50 €, 149 x 218 mm, 230 pages, imprimé en France, 2014
Autopsie d’un papillon
de Jean-Noël Sciarini
La joie de lire dans la collection Encrage
17,50 €, 143 x 211 mm, 329 pages, imprimé en Allemagne, 2014

Marianne

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Oser !

Par 18 mai 2014 Livres Jeunesse

Vaincre ses peurs, sa timidité, ce n’est pas toujours facile. Aujourd’hui, trois courts romans sur ce sujet.

TimotheyFuseeTimothey Fusée est un petit garçon. Il aime les expressions désuètes, n’aime pas voir les gens s’embrasser sur la bouche et, surtout, il a des super pouvoirs. Il a une grande sœur qui adore plier des choses, consoler son petit frère, qui se réjouit quand il est heureux et qui ne se met jamais en colère, bref une peste ! Il a aussi un petit frère fan de pots et de pompiers. Quand il sera grand, Timothey Fusée sera joueur de foot, inventeur et cuisinier, mais pour l’instant c’est un petit garçon qui ne prend jamais le métro par peur des zombies, ne passe jamais d’une couleur de trottoir à l’autre sans faire un saut, ne mange jamais d’aliments qui contiennent des œufs (par peur d’un morceau de coquille). D’après certains, c’est un enfant compliqué.

C’est grâce à Amanda Sthers que nous pouvons lire l’histoire de Timothey Fusée, elle a trouvé son carnet secret à l’entrée d’un métro de New York, a demandé à Ronan Badel de colorier les dessins de Timothey et Nathan a publié tout ça (pas très sympa, il avait pourtant demandé à ce que ce carnet reste secret !). Un joli carnet avec une couverture à tranche à vif et un élastique pour le fermer. Ça se lit comme un roman illustré, c’est drôle, plein de fantaisie, ça parle donc d’affronter sa peur (Timothey va devoir prendre le métro malgré sa peur des zombies), d’amitié, d’amour. Un GROS point négatif toutefois, qui a failli faire que je ne le chronique pas, c’est qu’en début d’ouvrage on nous dit par qui est habillé un des personnages du livre, petite pub en passant… placement de produits dans un livre pour enfant… je trouve ça tout simplement hallucinant ! Mais j’ai pris tellement de plaisir à lire cette histoire, ma fille l’a tellement aimé, et les illustrations de Ronan Badel sont tellement chouettes que j’ai décidé d’outrepasser ce gros défaut (mais je ne pouvais pas passer ça sous silence). Un roman jeunes lecteurs (qu’on peut aussi lire aux plus jeunes, c’est ce que j’ai fait avec ma fille de six ans) pour oser affronter ses peurs.

La reine de la nuitChacun ses peurs, pour certains ce sont les araignées, pour d’autres le noir, pour Félix, onze ans, ce sont les ciels étoilés. Impossible pour lui de regarder par la fenêtre la nuit. Il n’est pas le seul à avoir des peurs irrationnelles, son père a peur du vide, sa mère de se noyer et sa grand-mère est même gérascophobe ! Comprenez qu’elle a peur de vieillir. Pourtant elle vieillit cette grand-mère, les parents de Félix s’en rendent compte et en font même un peu trop. Pourtant certains évènements vont peut-être leur donner raison… Un évènement qui va même faire que Félix va devoir affronter ses propres peurs…

La reine de la nuit c’est un très joli petit roman signé Benoît Broyart. Un roman dont on n’a pas forcément la clef… La grand-mère de Félix perd-elle la tête ou est-elle drôlement maline et sait quoi faire pour faire que son petit-fils affronte ses peurs ? Donc au choix une histoire sur la sénilité des personnes âgées traitée avec beaucoup de finesse, de pudeur OU une histoire pleine d’humour sur une drôle de mamie. Dans les deux cas, c’est un très beau roman qu’on prend beaucoup de plaisir à lire.

Tu veux jouer avec moi ?Au numéro 1 de l’allée des bambous vivait un panda qui rêvait d’oser aller voir sa voisine, Pandora. Au numéro 2 de l’allée des bambous vivait Pandora, qui aurait beaucoup aimé parler à son voisin. Ces deux-là s’ennuient chacun de leur côté, mais leur timidité les bloque… Que faire ?

Sorti dans la collection Premières lectures de chez Folio Cadet, voilà un très joli petit roman sur la timidité, la peur d’aller vers l’autre. Ce n’est pas facile de faire de la bascule quand il n’y a personne de l’autre côté, à qui envoyer le ballon quand on joue seul ? Ces deux-là vont trouver la vie bien plus sympa quand ils auront enfin osé se parler. Un roman premières lectures pour parler de surmonter sa timidité.

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué des ouvrages d’Amanda Sthers (Le poisson perroquet), Ronan Badel (La bonne humeur de Loup GrisDragons père et fils, Billie du bayou, le banjo de Will, Billie du bayou, SOS Garp en détresseHenri ne veut pas aller au centre de loisirs, Cucu la praline se déchaîne, Emile se déguise, Bob le loup, Émile veut une chauve-souris, Émile est invisible, Émile fait la fête, Émile veut un plâtre, La mémé de ma mémé, Tout ce qu’une maman ne dira jamais et Le pépé de mon pépé) et Benoît Broyart (Auprès de mon arbre, La bouche de l’ogre, Les caprices de Mélisse, Vers un monde alternatif ? et Magie noire). Retrouvez aussi notre interview de Ronan Badel,.

Le carnet secret de Timothey Fusée
Trouvé par Amanda Sthers, colorié par Ronan Badel
Nathan
14,90 €, 180×235 mm, 64 pages, imprimé en Chine, 2013.
La reine de la nuit
Texte de Benoît Broyart
Oskar Éditeur dans la collection Court MÉ-trage
5 €, 115×170 mm, 75 pages, imprimé en Europe, 2013.
Tu veux jouer avec moi ?
Texte de Julia Jarman (traduit par Vanessa Rubio-Barreau), illustré par Susan Varley
Gallimard Jeunesse dans la collection Folio Cadet
4,90 €, 142×190 mm, 32 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2013.

À part ça ?

Il y a le Festival de Cannes… et il y a le Festival de scan !

Gabriel

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Histoires pleines de sens

Par 20 avril 2012 Livres Jeunesse

Que j’aime les livres où les choses ne sont pas simples, prémachées, où il faut relire plusieurs fois avant de tout comprendre, des livres avec un vrai fond, des messages derrière, des livres dont on perçoit très vite la première couche mais en soulevant il y en a une autre, des livres où les enfants ne vont pas forcément comprendre la même chose, suivant leur âge, suivant leur vécu.

Gaspard vit dans ses partitions, dans sa musique. Il ne quitte pas le temps de Mozart. Mais un jour il décide de sortir et découvre les sons du dehors, ces sons qui lui semblent avoir des couleurs. Gaspard découvre la ville petit à petit et ce faisant il découvre la vie.

Agnès Domergue, dont j’aime tant les dessins, se lance ici donc dans le texte et sincèrement… j’ai eu peur ! Surtout qu’elle n’est pas l’illustratrice de cet album. Je trouvais qu’elle avait tellement de talent en tant que dessinatrice que c’était dommage de signer un livre dont elle ne serait l’auteure que des textes. Première observation, Agnès Domergue écrit très bien, son texte est très beau, plein de poésie, très profond. On peut y voir un texte sur un petit garçon qui aime la musique, on peut aussi y voir l’histoire d’un enfant agoraphobe qui va combattre sa phobie, ou un récit sur la solitude, la tristesse ou sur l’imaginaire. Le texte est truffé de référence à la musique (partition, portée, dièse, bémol,…) et d’ailleurs ces mots sont expliqués en fin d’ouvrage accompagnés d’un petit texte sur Mozart. Agnès Domergue est également musicienne professionnelle et c’est cet amour de la musique qu’elle transmet ici. Bref un texte avec plusieurs strates. Mais je ne vous ai encore parlé que du texte… donc au départ déception qu’Agnès Domergue n’ai pas fait les illustrations, déception vite oubliée au vu du superbe travail d’Irène Valente ! Là où l’auteure s’est amusée à glisser des références musicales, l’illustratrice, elle, a glissé des références à la peinture. Chaque dessin est un clin d’œil à un peintre ou à un courant, de Kandinsky à Pollock en passant par Miro ou Klee, au niveau des illustrations (comme au niveau du texte) le livre est absolument merveilleux. Ces références sont rappelées en fin d’ouvrage, avec le lexique musical, et les enfants pourront s’amuser à rechercher quel peintre a inspiré quel dessin de l’ouvrage. Le petit garçon croqué par Irène Valente est tout plein de charme également. Un album très complet, bien plus complexe qu’il n’y parait à première vue, à lire, relire et rerelire.

Aubépine a un souci depuis qu’elle est née… elle prend racine dès qu’elle reste immobile. Ça a commencé à être gênant dans son berceau, très vite elle y était collée et impossible de l’en déloger. Ses parents, suite aux conseils d’un médecin ont dû tout le temps couper ses racines. Plus grande elle n’a d’autre choix que de bouger en permanence.

Que j’aime les dessins de Pole Ka et son univers ! je vous avais déjà parlé d’Olivier, le réparateur de cœurs, ici elle n’est que l’illustratrice et pourtant on retrouve cet esthétique de contes à l’ancienne, un peu macabre, un côté Tim Burton qui n’aurait pas mal tourné. Le livre est absolument superbe : écriture à la main, on a l’impression que c’est un peu « vieillit » ou « sale » par endroit, comme du vieux papier, le vernis sélectif de la couverture… un très bel objet ! Et le contenu donc… cette histoire est magnifique, pleine de poésie et en même temps très dure. De quoi parle-t-on ici ? De la maladie et de la mort ? A chacun de se faire son avis, c’est ça que j’aime dans ce genre d’ouvrage. Une vraie réussite, un album absolument merveilleux, un gros coup de cœur !

Malo a un petit bateau, tout bleu, tout beau, un bateau qui un jour le fera voyager loin. Il sera marin comme son père, comme son grand-père. Malo grandit, ses parents ont vieillit il doit partir, son petit bateau n’est plus assez grand pour lui et c’est sur un gros bateau qu’il va prendre le large.

Encore un livre plein de poésie, plein de métaphores sur la vie. On parle ici du temps qui passe, des enfants qui grandissent et partent, des parents qui vieillissent et partent aussi… de la rencontre de l’amour,… on parle de la vie tout simplement. Ingrid Chabbert signe ici un de ses plus beaux textes, c’est une histoire très belle, très douce. Douceur accentuée par les dessins de Fabiana Attanasio qui sont très beaux. Douceur jamais mièvre. Car le souci des livres trop doux c’est souvent qu’ils débordent de bons sentiments, que c’est trop sucré, ici pas du tout. Il y a une certaine mélancolie. Le livre parle aussi de prendre sa vie en main, il combat les clichés sexistes. Ici aussi les enfants et les parents n’y verront pas la même histoire mais tous tomberont sous le charme de ce très bel album.
Retrouvez aussi Le bateau de Malo vu par Enfantipages.

La symphonie des couleurs
d’Agnès Domergue, illustré par Irène Valente
Philomèle
14€
La petite fille qui prenait racine
de Caroline Van Linthout, illustré par Pole Ka
Des ronds dans l’O
14,70€
Le bateau de Malo
d’Ingrid Chabbert, illustré par Fabiana Attanasio
Des ronds dans l’O
10€

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 A part ça ?

Sur la page facebook, j’ai proposé un petit concours, faites moi un truc rigolo sur La mare aux mots (photo, vidéo, montage,…) j’offrirai un petit cadeau au plus drôle. Les premières participations sont , et .

Gabriel

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Cogitons…

Par 11 février 2012 Livres Jeunesse

Parfois il y a des albums qui même, une fois fermés, nous font cogiter. On ne sait pas tout de suite si on a aimé ou pas, il lui faut du temps pour faire son chemin. Je voulais vous parler de deux très beaux albums, plein de métaphores, qui font cet effet là : Les yeux du parapluie et Le piano.

Jean ne sort jamais sans son parapluie, peut importe le temps il le garde collé à sa tête si bien que personne n’a jamais vu son visage. Pourtant un jour de grand vent, alors que Jean s’est envolé, il va rencontrer une vieille dame qui va lui dire qu’il est temps de ne plus se cacher.

On retrouve l’auteure et l’illustrateur du très beau Raconte moi la révolution… dans cet album sur la timidité et l’agoraphobie (thème déjà abordé dans le joli Le bathyscaphe : Némo le petit garçon qui avait peur des autres)… mais on peut y voir autre chose, les portes restent ouvertes. Le beau texte, délicat, est mis en image par de superbes illustrations et on est heureux de retrouver en fin d’ouvrage un petit plus : quelques croquis, essais, travaux… j’aime décidément beaucoup le travail très particulier de Loren Bes, un artiste à suivre de près !

Depuis la mort de mamie, il y a un grand piano dans le salon, et ce piano prend beaucoup de place. On est obligé de manger dessous, de dormir dessous. Pourtant personne n’en joue.

Ici le piano est une métaphore du deuil qui prend de la place en nous quand nous perdons un être cher, mais aussi de l’héritage. C’est ici aussi un texte très délicat, comme dans le précédent livre on pourra voir autre chose dans ce piano, les enfants ne verront eux, certainement, que l’instrument, les adultes y verront une métaphore. C’est un livre qui ne laisse assurément pas indifférent, il nous occupe encore l’esprit après l’avoir fermé.

Les yeux du parapluie
d’Ingrid Chabbert, illustré par Loren Bes
Belcastel éditions.
12€
Le piano
de Marion Duval
Didier Jeunesse
14,20€

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A part ça ?

J’évoquais avant hier d’un festival dans le Val de Marne, aujourd’hui c’est d’un festival du Val d’Oise dont je veux vous parler (oui désolé on reste en région parisienne). Depuis le 10 février et jusqu’au 3 mars, 28 cinémas et lieux culturels du Val d’Oise proposent un festival d’animation Image par Image. Au programme 40 cinés-goûters, des rencontres… Plus d’info ici : http://imageparimage.wordpress.com

Gabriel

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« Ils marchèrent ensemble au fond de la mer jusqu’au sous-marin. »

Par 10 juillet 2011 Livres Jeunesse

Némo est un petit garçon qui vit au fond de la mer, dans son bathyscaphe, avec tous les objets qu’il a trouvé et ramassé ça et là. Le monde extérieur l’effraye, il ne sait pas s’il pourra y respirer, et il en reste donc éloigné. Jusqu’au jour où il aperçoit, à travers son périscope, une petite fille qui lui donnera envie de rejoindre le monde.

Le bathyscaphe : Némo le petit garçon qui avait peur des autres, de Ignacio Ochoa est un bel album poétique, qui aborde le thème de l’agoraphobie des enfants. En le lisant, j’ai aussi pensé un peu aux enfants autistes, qui restent dans leur monde.
C’est une histoire qui donne de l’espoir : quand on a peur de quelqu’un, de quelque chose, quand on se sent dépassé, rien n’est perdu, tout peut toujours s’arranger.

Le bathyscaphe : Némo le petit garçon qui avait peur des autres, de Ignacio Ochoa
Eveil et découvertes

Public : A leur lire
Prix : 13,50 euros

Alexandra

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