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Alexandre Chardin

Les invité·e·s du mercredi : Stéphanie Demasse-Pottier et Alexandre Chardin

Par 27 février 2019 Les invités du mercredi

Peu d’auteur·trice·s font une entrée fracassante comme Stéphanie Demasse-Pottier. En moins de 2 ans sont sortis 7 albums, et pas des moindres ! Tous ont été remarqués (nous même on en a chroniqué plus de la moitié)… Forcément, on a eu envie d’en savoir plus sur elle et son parcours. Ensuite, c’est un auteur qu’on adore, Alexandre Chardin, qui nous livre ses coups de cœur et coups de gueule. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Stéphanie Demasse-Pottier

Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?
J’ai étudié les lettres modernes car j’ai toujours beaucoup apprécié la littérature. Je pensais naïvement qu’il y aurait quelques cours d’écriture, ça n’a pas été vraiment le cas. Mais j’ai quand même trouvé mon compte avec la théorie puisque j’ai passé une maîtrise sur Le Clézio, d’ailleurs j’ai beaucoup aimé la rédiger. J’ai un peu hésité entre plusieurs métiers (la mode, professeur des écoles, documentaliste) avant de trouver celui qui me convient comme un gant : bibliothécaire. Pour me former sur l’aspect technique du métier, j’ai obtenu une maîtrise de documentation et ensuite j’ai eu mon concours de bibliothécaire (assistante qualifiée de conservation et du patrimoine, pour être précise.) Ensuite, j’ai passé un DEA de littérature comparée sur la littérature adolescente et cela est très bien tombé car peu de temps après j’ai mis en place un comité ado. Je suis venue tard à l’écriture, puisque j’ai mis du temps à me l’autoriser. Je n’ai pas pris de cours mais j’ai beaucoup lu et je continue à le faire puisque c’est un de mes grands centres d’intérêt. Pour tout vous dire, c’est le fait de montrer un de mes textes à mes proches, notamment à mes copines bibliothécaires, qui a été le déclencheur. Avec leurs encouragements, je me suis dit qu’il y avait peut-être un truc à creuser. Ensuite, j’ai proposé mes textes à des illustrateurs dont j’aimais beaucoup le travail. Ils m’ont dit « oui » alors j’ai continué à foncer et à écrire beaucoup beaucoup la première année.

Depuis juillet 2017, sortie de votre premier livre, il y a donc un an et demi, sept albums sont déjà parus, c’est un départ en fanfare !
En 2017, c’est vrai que c’est allé assez vite à partir du moment où j’ai commencé à démarcher. D’ailleurs, je ne remercierais jamais assez ma copine Lucia Calfapietra qui s’est emparée à bras le corps de notre « tant pis pour la pluie ! » et qui a permis que le dossier de présentation aux éditeurs se monte rapidement. Ensuite, nous avons eu l’intuition que notre projet pouvait plaire à Grasset jeunesse et effectivement Valéria Vanguelov a eu coup de cœur et nous a répondu très vite. « Louise » avec Magali Dulain était déjà dans les tuyaux, si je puis dire, mais le catalogue de l’étagère du bas étant tout petit à l’époque il est sorti après « tant pis pour la pluie ! ». Delphine Monteil est tombée sous le charme de notre petite « Louise » et cet album a été le début de notre collaboration. Si je compte bien je crois que j’ai en tout dix titres au catalogue de l’étagère du bas en comptant ceux qui sont sortis et les autres à venir. 2018, a été l’occasion de travailler avec d’autres belles maisons, d’abord la Martinière, l’éditeur de ma complice Seng Soun Ratanavanh, l’Agrume avec la Super Julie Brouant, et Hélium avec ma chère Mathilde Poncet. À chaque fois, les choses se sont faites naturellement, comme une évidence. Une envie de travailler ensemble de part et d’autre. D’abord, en formant le duo auteure/illustratrice et puis en choisissant la maison d’édition.

J’ai un eu gros coup de cœur pour Les sentiers perdus, pouvez-vous nous parler de cet album ?
Merci Gabriel et merci encore pour votre jolie chronique sur ces « sentiers perdus ». C’est un album très personnel pour Mathilde et pour moi. J’ai écrit l’histoire suite à un deuil très violent dont j’ai eu du mal à me remettre. L’écriture a été comme une réponse pour dépasser les choses pour rester dans un élan, dans la vie. Ce n’est pas le premier texte que j’ai proposé à Mathilde, je n’ai pas trop osé lui montrer « les sentiers » au début vu le sujet. Mais, elle a tout de suite accroché. Je sais qu’il a résonné en elle aussi. Et, lorsqu’on l’a envoyé à Sophie Giraud de chez Hélium, elle a été très touchée par le projet, je crois qu’elle cherchait depuis un moment un texte sur la mort qui ne soit pas dans le pathos. Je suis très fière de ce livre.

Jusqu’à présent, vous avez été plutôt chanceuse au niveau illustration, intervenez-vous sur le choix et le travail de l’illustrateur·trice ?
C’est moi qui démarche les illustrateurs·trices avec lesquel·le·s j’ai envie de travailler, c’est mon grand plaisir. Je crois que je sens intuitivement quel dessin pourrait se marier avec mon texte. J’ai très tôt des images en tête, des couleurs. Et, c’est vrai que mon métier de bibliothécaire m’aide aussi, puisque je connais bien le monde de l’édition jeunesse et que j’adore suivre les talents émergents. Il y a juste une fois, où je ne suis pas à l’initiative d’un duo. C’est dans une histoire à paraître au printemps 2019 chez Sarbacane qui s’intitule « Courons sous la pluie ! ». Emmanuelle Beulque, mon éditrice, m’a suggéré le nom de Cécile Becq et je dois dire que je n’ai pas été déçue puisque cet album va être magnifique.

Comment naissent vos histoires ?
Presque toujours de choses qui me sont proches. « Tant pis pour la pluie ! » vient d’une situation personnelle, quelque chose de quotidien vécu avec mes deux filles au printemps 2016 quand il a beaucoup plu. J’ai voulu que l’album soit très musical, un peu comme une comptine. C’est un genre que j’affectionne et que j’apprécie de partager avec mes filles et mes petits lecteurs. « Louise » est née d’une image envoyée par Magali (Dulain). Une image où la petite fille avait la chevelure rousse et il s’avère qu’une de mes meilleures amies est rousse, du coup cette histoire ne pouvait être qu’une histoire d’amitié. « Mon île » est née de la vision d’une cabane de bric et de broc que ma fille aînée a faite dans notre jardin. « La disparition de Chou » est inspirée de la perte du doudou de mon ainée. Pour « les sentiers perdus », vous savez. Bref, mes filles et mon quotidien sont une grande source de joie et d’inspiration. « J’aimerais » qui sortira en août 2019 à l’étagère du bas et qui est illustré par l’immense Gérard Dubois se détache peut-être un peu du lot, c’est une sorte de petit poème, qui se déroule comme un jeu où il y a des choses proches et d’autres plus éloignées de ma vie.

Vous êtes bibliothécaire jeunesse, est-ce que ça a une influence sur votre travail d’écriture ?
Je crois que cela influence toujours de lire de beaux écrits mais pas toujours de manière consciente. En tout cas, voir de beaux livres me nourrit et me donne envie d’écrire et de prendre contact avec des gens que je trouve talentueux. C’est un moteur important pour moi.

À propos, des coups de cœur récents dans vos lectures ?
J’ai beaucoup aimé « le journal de la fille chien » de Laura Jaffé, « Bâtard » de Max de Radiguès, « The hate that u give » de Angie Thomas, « Mon bison » de Gaya Wisniewski ou encore « Fief » de David Lopez. Je suis fan de Susin Nielsen, j’attends son prochain roman avec impatience. Et, j’aime aussi beaucoup le théâtre jeune public et notamment l’écriture de Sylvain Levey.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Ma mère nous amenait souvent à la bibliothèque mon frère, ma sœur et moi pour y écouter des contes et pour choisir des livres. Je me souviens aussi qu’elle nous racontait des histoires. Il y en a une que j’aimais bien quand j’étais toute petite « Moustache a disparu », j’adorais la chute de l’histoire. D’ailleurs, je lance un appel, si quelqu’un a ce livre chez lui, je rêve de le retrouver. Plus tard, cela me plaisait aussi de lire seule, notamment la série « Fantômette » de Georges Chaulet que j’ai lu et relu avec passion. J’adorais aussi lire « Paroles » de Prévert, acheté avec mon grand-père. Je l’ai toujours d’ailleurs, je le garde précieusement et je le feuillette encore. Ado, j’ai commencé à piocher dans la bibliothèque de mes parents et de ma sœur. C’est comme ça que j’ai découvert « le Procès-Verbal » de J.M.G le Clézio et qu’est né mon intérêt pour l’auteur. Les amis aussi ont été importants et m’ont permis de découvrir d’autres livres, d’autres horizons : Barjavel, Zweig, Orwell…

Je crois que d’autres livres arrivent, pouvez-vous nous en parler ?
Concernant les histoires à venir, il va y avoir de jolies choses. D’abord, « Dans ma maison » avec Cécile Bonbon (en mars 2019 chez Sarbacane) qui est une histoire de fratrie et de jalousie un peu inspirée par l’arrivée de ma petite dernière. En fait, c’est le premier texte jeunesse que j’ai écrit. Je suis très heureuse que Cécile Bonbon l’ait accepté. Ensuite, il y aura, « Le rêve de Gaëtan Talpa » illustré par Adèle Verlinden qui sortira fin mars aux Fourmis rouges et qui est un clin d’œil à ma grande fille jardinière. Je suis fan du travail d’Adèle, je l’ai contactée avant même de savoir qu’elle allait être publiée chez Magnani. Puis, il va y avoir au printemps « Courons sous la pluie ! » qui part d’une situation vécue au bord de la mer, c’est avec Cécile Becq chez Sarbacane. Et, toujours chez Sarbacane (c’est un peu mon année chez cette jolie maison) « Petite bébé est fâchée » avec ma chère copine Lucia Calfapietra. Je suis très heureuse que notre association perdure et ravie de m’essayer à l’album pour les tout-petits. Le sujet m’intéresse beaucoup en tant que parent et en tant que professionnelle du livre. Fin août, il y aura la sortie de « J’aimerais » avec le grand Gérard Dubois. Il y a aussi d’autres titres qui ne sont pas encore annoncés donc je ne sais pas trop si j’ai le droit d’en parler. Il y a notamment un bel album sur le thème de la nuit avec l’adorable Clémence Pollet. Et puis, d’autres livres en 2020 et 2021 mais nous aurons bien le temps d’en discuter. Je peux juste vous dire que certains de mes duos se poursuivent, notamment avec Magali Dulain et avec Mathilde Poncet. Cheminer avec des gens que j’aime bien et continuer à prendre du plaisir dans la création et dans le partage avec les lecteurs, est vraiment important pour moi. Pourvu que ça dure ! Merci !

Bibliographie :

  • Le rêve de Gaétan Talpa, album illustré par Adèle Verlinden, Les Fourmis Rouges (2019).
  • Ma petite collection de souvenirs d’été, album illustré par Julie Brouant, L’agrume (2018).
  • Les sentiers perdus, album illustré par Mathilde Poncet, Hélium (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Mon île, album illustré par Seng Soun Ratanavanh, (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • La Disparition de Chou, album illustré par Élodie Perrotin, L’étagère du bas (2018).
  • Louise, album illustré par Magali Dulain, L’étagère du bas (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Tant pis pour la pluie, album illustré par Lucia Calfapietra, Grasset Jeunesse (2017), que nous avons chroniqué ici.


Le coup de cœur et le coup de gueule de… Alexandre Chardin

Régulièrement, une personnalité de l’édition jeunesse (auteur·trice, illustrateur·trice, éditeur·trice…) nous parle de deux choses qui lui tiennent à cœur. Une chose qui l’a touché·e, ému·e ou qui lui a tout simplement plu et sur laquelle il·elle veut mettre un coup de projecteur, et au contraire quelque chose qui l’a énervé·e. Cette semaine, c’est Alexandre Chardin qui nous livre ses coups de cœur et ses coups de gueule.

Rire et vaciller.

Mon coup de cœur pour les rencontres. J’aime profondément découvrir de nouveaux sourires, de nouvelles voix, de nouveaux avis. De belles rencontres avec de belles personnes. J’ai beaucoup réfléchi à citer des prénoms, mais ce serait trop risqué d’en oublier certains. Les autrices et auteurs et illustratrices et illustrateurs restés simples, passionnés, drôles, curieux, intéressants, intéressés, croisés sur les salons, en dédicace, dans les trains, au déjeuner d’un hôtel, sur une place, à la terrasse d’un café, les éditrices, les attachées de presse, les directrices artistiques, les employés et responsables de médiathèques, les bibliothécaires bienveillantes aux petits soins, les lecteurs, tous, avec leur imaginaire, leurs mots doux, leurs regards-comètes, les profs-à-fond qui préparent leurs classes et vous mettent en orbite. Les enfants. Les enfants surtout. Les enfants qui voudraient lever trois mains pour poser leurs quatorze questions, les enfants solaires, curieux, rieurs, sérieux, délicieusement et faussement inattentifs mais qui viennent quand même te poser la petite question pour ne pas la laisser tourner toute la nuit. Les enfants dont on dit qu’ils sont écrans, blasés, ennuyeux, indifférents, dépendants. Alors non, je ne suis pas Tchoupi et quelques-uns sont ainsi, mais peu, si peu, par rapport à ceux dont je veux me souvenir. Je ne savais pas que je rencontrerais cette belle humanité qui me remplit, me soigne, me donne beaucoup de force et d’envie.

Et puis le coup de gueule. Je ne montre pas souvent les crocs, mais je grimace, parfois, et secoue la tête. Je vacille si vite ! Devant la nécessité de commenter au vif, d’avoir un avis tranché sur tout, de savoir, de parler vite, devant les autres, de parler en pensant. Je veux oser dire que je ne sais pas, je ne sais plus, que certains sujets me laissent perdu. C’est risqué. On frôle l’indifférence. Il faut savoir. Je ne suis pas indifférent, mais j’ai besoin de temps or, nous n’en avons pas. Nous sommes dans le flux, pris dans un courant-piège. Il faut avoir les mots qui résonneront, qui feront sens. Je suis à saturation des mots-outils. À bout de souffle. Les mots sont lavés de leurs sonorités, perdent leur poésie, leur chant. C’est sans doute pour cela que j’écris, pour sortir du brouhaha, du tohu-bohu, du maelstrom. C’est pour cela que je pêche dans la rivière près de chez moi, pour y connaître un autre flux, s’extraire de la gire. C’est pour cela que j’emmène mes enfants courir dans la forêt, pour leur nommer les arbres et imaginer des animaux qui n’ont laissé que leurs traces. Des animaux qui se sont absentés. Écrire pour s’absenter, exister ailleurs, tenter de reculer d’un pas. Certains auteurs m’aident, m’y invitent. Sylvain Tesson, aussi. Mais ça fait peur, parce que je veux continuer de rire et de discuter du monde que je trouve merveilleux, mais que nos mots ne savent plus émerveiller. Il faut être à la hauteur. Erri De luca l’est, Mario Rigoni Stern, Philippe Jaccottet, Le Clezio. Eux me guident. Chaque livre est-il un pas en avant ou en arrière ? J’ai du pain sur la planche, mais j’ai du temps et la rivière coule à quelques pas.

Alexandre Chardin est auteur.

Bibliographie :

  • série Capucine Flutzut, romans illustrés par Mauréen Poignonec, Rageot (à paraître, avril 2019).
  • Ma fugue dans les arbres, roman, Magnard (2019).
  • La fosse au loup, roman, Thierry Magnier (2018).
  • Les larmes des Avalombres, roman, Magnard (2018).
  • Barnabé n’a pas de plumes, album illustré par Christophe Alline, L’élan vert (2018).
  • Bigre ! Un tigre !, album illustré par Barroux, L’élan vert (2018).
  • Mentir aux étoiles, roman, Casterman (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Des vacances d’Apache, roman, Magnard (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Jonas dans le Ventre de la Nuit, roman, Thierry Magnier (2016).
  • Le goût sucré de la peur, roman, Magnard (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Adélaïde, ma petite sœur intrépide, album illustré par Mylène Rigaudie, Casterman (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Petit lapin rêve de gloire, album illustré par Mylène Rigaudie, Casterman (2013).

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De sacrées filles et de beaux films

Par 13 août 2018 Cinéma et DVD, Livres Jeunesse

Aujourd’hui, je vous propose deux albums et des films (le premier à voir en salle dès mercredi, le suivant à découvrir en DVD).

Adélaïde ma petite sœur intrépide
Texte d‘Alexandre Chardin, illustré par Mylène Rigaudie
Casterman dans la collection Les albums Casterman
13,95 €, 236×314 mm, 32 pages, imprimé en France, 2015.
Je suis une fille !
de Yasmeen Ismail (traduit par Virginie Cantin)
Milan
12,50€, 263×263 mm, 30 pages, imprimé en Chine, 2015.
Capitaine Morten et la Reine des araignées
de Kaspar Jancis
1h16, 2018.
Folimômes 3
Collectif
Folimage
14,90 €, 68 min, 2018.

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Du berger à la bergère : Alexandre Chardin et Lucie Pierrat-Pajot

Par 25 juillet 2018 Les invités du mercredi

Cet été encore, on vous propose à nouveau la rubrique du berger à la bergère tous les mercredis. Cette rubrique vous avait tellement plu les deux derniers étés, nous nous devions de la reprendre (il faut dire qu’à nous aussi elle plaît beaucoup) ! Donc tous les mercredis jusqu’à la rentrée, ce sont des auteur·trice·s et des illustrateur·trice·s qui posent trois questions à un·e auteur·trice ou un·e illustrateur·trice de leur choix. Puis c’est à l’interviewé·e d’en poser trois à son tour à son intervieweur·euse d’un jour. Après Rémi Courgeon et Albertine, Martin Page et Éric Pessan, on continue ces mercredis de l’été avec Alexandre Chardin qui a choisi de poser des questions à Lucie Pierrat-Pajot !

Alexandre Chardin : Le livre que tu rêves d’écrire ?
Lucie Pierrat-Pajot : Je rêve d’écrire un énorme bouquin gothique ! J’ai un gros (un très gros) faible pour ce courant littéraire et esthétique avec tout ce que ça compte de châteaux délabrés pleins de courants d’air, de cimetières balayés par l’orage et autres secrets familiaux sur cinq générations. J’adorerais pouvoir écrire un pavé où je pourrais jouer à longueur de chapitres avec des décors délicieusement lugubres et une flopée de personnages étranges. Et bien entendu il faudrait que le tout soit passionnant au point de happer le lecteur et de le hanter ensuite jusqu’à la fin de ses jours (n’ayons surtout pas peur d’être ambitieuse !).

Alexandre Chardin : Auteure jardinière ou architecte avant de te mettre à écrire ?
Lucie Pierrat-Pajot : Auteure totalement jardinière. Et bien entendu nous ne parlons pas d’un jardin à la Française avec des buis géométriques et des allées rectilignes mais plutôt d’un coin de verdure luxuriant et semi-sauvage. Certes, il y a quand même dans mon écriture deux-trois trucs qui sont planifiés : des notes, une vague trame narrative ; une sorte de petit sentier qui serpente au milieu de tout ce bazar. L’inconvénient c’est que je ne sais pas toujours exactement où il va m’emmener, ni comment. De temps en temps je suis bloquée et je dois me dégager à la machette un passage à travers les ronces. L’avantage c’est qu’il y a souvent des idées qui poussent sans prévenir au milieu de tout ce bazar et j’ai alors le plaisir incroyable d’être surprise par mon histoire. Idéalement, il faudrait quand même que je tente de structurer un peu cette jungle… c’est d’ailleurs sur ma liste de bonnes résolutions d’auteure !

Alexandre Chardin : Une dernière : Tu doutes au début ? Pendant ? À la fin ? Tout le temps ? Si écrire, c’est être funambule, tu tombes, parfois ?
Lucie Pierrat-Pajot : Ohlala, oui, je doute souvent ! Ma confiance en moi est extrêmement cyclique. Il suffit parfois de peu de chose pour me faire tomber : de la fatigue, une contrariété, un chapitre dans lequel je me suis empêtrée, la lecture d’une critique tiédasse de ma prose, la lecture d’un roman tellement trop bien qu’à côté je me sens les capacités littéraires d’une crotte de cafard… J’ai alors l’impression qu’on m’a publiée sur un malentendu et que je mérite pas du tout d’avoir mon nom sur la couverture d’un livre (le fameux syndrome de l’imposteur). Bref je déprime sec. Quand c’est parti comme ça, je broie du noir, je pleurniche sur ma nullité, et je suis désagréable avec mon mari, ma fille et mon chat. Au bout d’un moment ça s’arrange tout seul : je range mes mouchoirs et je recommence à écrire parce que j’aime beaucoup trop ça pour être capable de m’en passer…

Lucie Pierrat-Pajot : Quel serait l’aménagement de ton bureau d’écrivain idéal (budget no limit et lois naturelles pas forcément respectées) ?
Alexandre Chardin : Imaginons que, par une absurderie de la nature, ou comme les enfants savent parfaitement de faire sur leurs dessins, le Costa Rica s’approche de l’Alaska (pour pouvoir pêcher dans les plus belles rivières en regardant passer les loups) et qu’il pousse, sur la plage de Tamarindo (où les vagues sont magnifiques pour surfer, et l’eau à 36 °C), un cèdre du Liban. Imaginons que je puisse construire une cabane de 110 mètres carrés en haut de ce cèdre avec vue sur les vastes plaines du Kirghizstan (Ô pays magique !) et sur l’Islande. Imaginons que je puisse avoir l’intégrale de Mario Rigoni Stern, de Erri De Luca, de Le Clezio, d’Herman Melville, d’André Dhôtel et tous les albums de Syd matters, de PJ Harvey et des Black Keys. Imaginons, tant qu’à faire, que mon amoureuse, mes enfants, mes amis, ma canne à mouche, mes baskets de course, ma planche de surf et mes skis (Ah, oui, j’ai oublié de préciser qu’il neige, dans mon rêve, au Costa Rica, une poudreuse japonaise) et mon ordinateur portable se trouvent à portée de main. Eh bien, je crois que je serai heureux, là.
Mais, franchement, à la table du salon, je ne suis pas malheureux non plus…

Lucie Pierrat-Pajot : Mets-tu beaucoup de toi-même dans tes livres ? Te dit-on parfois : « c’est tout à fait toi, ça » ?
Alexandre Chardin : Mes romans sont des puzzles dont les pièces sont assemblées par mes personnages. S’ils me murmurent qu’un évènement que j’ai vécu, ou vu, convient à leur vie, ils me le volent, et s’emparent de mon souvenir en le transformant. Mais ils ont leur cohérence, leur logique. J’aimerais avoir le courage de Jonas, la loufoquerie de Marcel Miluche, la détermination de Louise et de Nandeau.
Finalement, je me demande si, ce qui me ressemble le plus dans mes romans, ce ne sont pas les lieux que hantent mes personnages. Les forêts, en particulier.

Lucie Pierrat-Pajot : Si une fée t’accordait d’améliorer un point de ton écriture, lequel choisirais-tu ?
Alexandre Chardin : D’abord, je commencerais par lui passer un sacré savon parce qu’elle a mis du temps à venir, et puis je lèverais le menton, l’air hautain, et lui dirais, l’air supérieur :
« C’est trop tard, ma p’tite ! J’ai pris goût à la sueur, aux doutes, aux ronces dans les chemins, au rabot des éditeurs, au plaisir de se dire, aussi, parfois, que mince, elle fonctionne quand même bien, cette phrase ! »
Et je lui tournerais le dos, en me disant aussitôt que je viens de faire une belle connerie…

Lucie Pierrat-Pajot : Quelle serait ta devise d’écrivain ?
Alexandre Chardin : Écrire tous les jours.
Ne pas perdre la joie.
M’améliorer toujours.
Ne pas chercher l’émoi.

Bibliographie jeunesse de Lucie Pierrat-Pajot :

  • Les Mystères de Larispem, 3 tomes, Gallimard Jeunesse (2016-2018).
  • Quantpunk, collectif, Realities Inc (2016).

Bibliographie d’Alexandre Chardin :

  • Les larmes des Avalombres, roman, Magnard (2018).
  • Barnabé n’a pas de plumes, album illustré par Christophe Alline, L’élan vert (2018).
  • Bigre ! Un tigre !, album illustré par Barroux, L’élan vert (2018).
  • Mentir aux étoiles, roman, Casterman (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Des vacances d’Apache, roman, Magnard (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Jonas dans le Ventre de la Nuit, roman, Thierry Magnier (2016).
  • Le goût sucré de la peur, roman, Magnard (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Adélaïde, ma petite sœur intrépide, album illustré par Mylène Rigaudie, Casterman (2015).
  • Petit lapin rêve de gloire, album illustré par Mylène Rigaudie, Casterman (2013).

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Les invité·e·s du mercredi : Alexandre Chardin et Thomas Gornet

Par 11 avril 2018 Les invités du mercredi

Aujourd’hui, je vous propose de partager avec vous l’une de mes plus belles rencontres de ces derniers mois… Alexandre Chardin. J’ai rencontré tout d’abord son écriture qui m’a instantanément séduit (mais Sarah m’en avait dit tant de bien que je n’ai pas été étonné), puis l’auteur qui est une personne extrêmement sympathique, chaleureuse, passionnée… Je lui ai donc posé quelques questions et je vous propose de lire ses réponses. Ensuite, c’est avec un autre auteur que j’aime beaucoup que je vous propose de continuer, Thomas Gornet partage avec nous ses coups de cœur et coups de gueule. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Alexandre Chardin

Vous venez de sortir un roman absolument magnifique, Mentir aux étoiles, j’aimerais que vous nous le présentiez, que vous nous disiez comment il est né et qui est Léon, le jeune héros de cette histoire.
Pour commencer, merci pour l’adjectif qualifiant mon dernier roman qui prend une place particulière dans mon cœur et mon imaginaire. Il est difficile de se lancer dans une histoire avec des personnages aussi « vivants » et forts que Léon et Salomé, mais ils avaient une telle envie d’être écrits que je leur ai fait confiance. L’origine de cette histoire, cette fois, n’est pas un lieu, mais une situation qui m’a bouleversé. Il y a quelques années, j’ai eu deux élèves dans deux classes différentes (je suis enseignant) : un « Léon » en sixième, apeuré, fragile, sensible, et une « Salomé », en quatrième, ronde, brûlante de colère, de gros mots et de violence, mais avec qui je m’entendais très bien. Et puis, un jour, des « grands » ont fait tomber Léon dans le couloir et lui ont mis le sac sur la tête avant de partir avec des rires gras. Salomé m’a devancé pour réparer la barbarie. Elle a fondu sur Léon, l’a relevé, rassuré avec une empathie et une douceur de maman. J’ai laissé faire, ému. Ensuite, Léon « ramassé », elle est allée mettre quelques pifs-pafs aux grands qui n’ont pas répliqué… Et je n’ai rien vu, ou bien j’étais trop loin, ou bien…
Le sujet était là : une très grosse fille à l’immense sensibilité, et un « petit » garçon qui avait besoin d’elle pour s’émanciper, s’ouvrir, se découvrir et prendre courage. Le reste, n’est que fiction…

Ça veut dire que votre travail d’enseignant a une influence sur votre travail, que vos élèves vous inspirent ?
Mes élèves m’inspirent peu, généralement, mis à part pour Mentir aux étoiles, mais ils m’apportent de la matière, des regards, des mots, des attitudes, des postures, des rôles, des agacements, une énergie, des rires. Je me nourris de leur force, parfois aussi de leur mollesse, qui m’agace ou me fait rire (en fonction de ma forme…)
Une chose est certaine : enseigner et écrire, pour moi, vont de paire, comme se nourrir et nourrir en retour. Je reste donc un enseignant heureux, très heureux !

D’où vous vient votre inspiration alors ?
Mon inspiration vient le plus souvent de lieux que je traverse en courant dans la montagne, de parfums, de choses vues ou entendues, de voyages. J’appelle ça les pièces de mon puzzle. J’en ai des centaines, peut-être des milliers dans la tête. Elles s’accumulent jusqu’à ce qu’un jour un personnage se mette à placer des pièces et me révèle une histoire. Il ne me reste plus qu’à l’écouter pour transmettre au mieux ce qu’il veut raconter au lecteur. Je me considère comme un intermédiaire à l’écoute. Parfois, c’est délicieux de combler les trous du puzzle en faisant turbiner mon imaginaire, mais c’est difficile d’être à la hauteur des personnages…

Quand vous écrivez un roman, savez-vous à l’avance comment va se terminer votre histoire ?
J’écris en funambule. Je ne monte sur la corde, entre deux falaises, que lorsque je vois le bout de la corde. Écrire est vertigineux, je vise le bout, la fin, et ne regarde que très peu mes pieds pour éviter de tomber (ce qui m’est arrivé quelques fois). Une fois, la corde passée, je la reprends, me relis, jusqu’à la fluidité, avec l’aide de mes éditrices, précieuses et brillantes personnes, qui me rassurent quand je tremble. Et je doute beaucoup.

Parlez-nous de votre parcours, comment êtes-vous venu à l’écriture ?
J’ai passé un bac F7, biochimie, un BTS de biotechnologie, j’ai redoublé deux fois, je détestais lire, j’avais zéro à toutes mes dictées et j’ai toujours exécré l’école. Et… Je suis professeur et auteur… Cherchez l’erreur… La faute à JMG Le Clézio qui m’a offert lumière, chaleur et parfums avec Désert : ma révélation, ma première grande histoire d’amour littéraire ! Oui, cet écrivain a ouvert une porte en moi que je ne connaissais pas. Je lui dois beaucoup.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescent ?
Enfant, lire était une corvée, une souffrance. J’aimais les forêts, courir, faire du vélo, pêcher et rêver. J’ai découvert, bien plus tard, que je ressemblais à un personnage d’André Dhôtel ou de Giono… en rêveur éveillé. J’ai un très beau souvenir de Tistou les pouces verts de Maurice Druon ! Et de BD comme Boule et Bill, Les Schtroumpfs (Gargamel, j’adore !)

Que lisez-vous en ce moment ?
Actuellement, je suis un mauvais lecteur. Je lis comme un cuisinier, je picore, je n’arrive plus à finir de plat, parce que chaque livre que je commence me donne trop envie d’écrire ! C’est terrible ! Mais j’ai commencé Elena Ferrante, L’amie prodigieuse et c’est vraiment très bon ! J’ai envie de me laisser emporter, naïvement, délicieusement !

Je crois que vous avez quelques beaux projets qui arrivent, pouvez-vous nous en dire quelques mots ?
Concernant mes projets, deux albums sont à paraître le mois prochain chez L’Élan Vert (pour les 3-6 ans), un roman Les Larmes de Avalombres, chez Magnard jeunesse en juin (un grand roman d’aventures illustré par l’immmmmense Régis Lejonc !) et un roman très mystérieux chez Thierry Magnier, La Fosse au loup, un peu dans la veine de Mentir aux étoiles quant à l’atmosphère… qui paraîtra en janvier 2019. Et puis quelques romans non envoyés et cinq ou six romans qui voudraient être écrits…
Bref, la vie est belle, passionnante, surtout quand l’écriture me permet de multiplier les ombres du réel.
Merci pour ces questions. J’ai peur d’avoir été bavard… Je l’avoue…

Bibliographie :

  • Mentir aux étoiles, roman, Casterman (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Des vacances d’Apache, roman, Magnard (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Jonas dans le Ventre de la Nuit, roman, Thierry Magnier (2016).
  • Le goût sucré de la peur, roman, Magnard (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Adélaïde, ma petite sœur intrépide, album illustré par Mylène Rigaudie, Casterman (2015).
  • Petit lapin rêve de gloire, album illustré par Mylène Rigaudie, Casterman (2013).


Le coup de cœur et le coup de gueule de… Thomas Gornet

Régulièrement, une personnalité de l’édition jeunesse (auteur·trice, illustrateur·trice, éditeur·trice…) nous parle de deux choses qui lui tiennent à cœur. Une chose qui l’a touché·e, ému·e ou qui lui a tout simplement plu et sur laquelle il·elle veut mettre un coup de projecteur, et au contraire quelque chose qui l’a énervé·e. Cette semaine, c’est Thomas Gornet qui nous livre ses coups de cœur et ses coups de gueule.

Mon coup de cœur du moment est un coup de cœur qui dure depuis maintenant plus de 25 ans.
C’est un coup de cœur que je partage avec des millions d’autres personnes.
(on a toujours envie d’être un peu original, quand on parle d’un coup de cœur, non ? Genre on va faire découvrir un truc unique. Mais là, non. C’est pas original.)
C’est David Lynch. Ou plus exactement c’est le cinéaste David Lynch.
Et plus particulièrement Twin Peaks : The Return, aussi nommée parfois « troisième saison de Twin Peaks ».
C’est d’ailleurs plus qu’un coup de cœur, c’est une obsession.
Au-delà de la joie de revoir des acteurs et des actrices que j’ai connu·e·s il y a 25 ans, j’ai été estomaqué, à chaque épisode, par la liberté totale que se permet d’avoir Lynch.
Rien à faire des codes sériels d’aujourd’hui
Rien à faire de la linéarité
Rien à faire du rythme unifié et uniforme qu’ont tous les films et toutes les séries d’aujourd’hui
Aux chiottes les intrigues qui se ferment
À la poubelle les clifhangers
Rarement, en regardant un film ou un objet télévisuel, j’ai été traversé par autant de sentiments différents : l’exaltation, la terreur, la tristesse, la joie, l’impatience…
Et tout cela me redonne un peu confiance en l’avenir du cinéma et, pourquoi pas, du théâtre.
Car si Lynch peut se permettre ça, alors on doit toutes et tous pouvoir se le permettre aussi : créer ce qu’on veut, ce qu’on sent, sans penser à rien d’autre qu’à être fidèle à ce qu’on a dans la tête.

Je m’énerve tout le temps sur tout. Alors du coup, j’ai décidé de me calmer et d’arrêter de m’énerver sur tout et tout le temps.
Donc, finalement, mon coup de gueule, c’est moi-même.

Thomas Gornet est auteur.

Bibliographie :

  • Qui suis-je ? (nouvelle édition), Rouergue (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Sept jours à l’envers, Rouergue (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Je porte la culotte / Le jour du slip, coécrit avec Anne Percin, Rouergue (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • À bas les bisous, Rouergue (2012).
  • Mercredi c’est sport, Rouergue (2011).
  • L’amour me fuit, l’école des loisirs (2010).
  • Je n’ai plus dix ans, l’école des loisirs (2008).
  • Qui suis-je ?, l’école des loisirs (2006), que nous avons chroniqué ici.

Retrouvez Thomas Gornet sur son blog : http://thomasgornet.blogspot.fr.

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Héros de romans

Par 12 mars 2018 Livres Jeunesse

Aujourd’hui six romans qui ont des garçons pour héros. Des garçons fragiles ou combatifs, qui vivent des choses dures chez eux ou encore habitent sur l’Île imaginaire.

Mathieu Hidalf – Le génie de la bétise
de Christophe Mauri
Gallimard Jeunesse dans la série Mathieu Hidalf
12,50 €, 140×205 mm, 224 pages, imprimé en Italie chez un imprimeur éco-responsable, 2017.
Qui suis-je ?
de Thomas Gornet
Rouergue dans la collection doado
9,20 €, 140×205 mm, 80 pages, imprimé en France, 2018.
Mentir aux étoiles
d’Alexandre Chardin
Casterman
11,90 €, 145×210 mm, 192 pages, imprimé en Espagne, 2018.
La première fois que j’ai (un peu) changé le monde
de Martin Page
PlayBac dans la collection La première fois
9,95 €, 140×206 mm, 113 pages, imprimé en Bosnie-Herzégovine chez un imprimeur éco-responsable, 2018.
Les tarines au kétcheupe
de Marie-Sabine Roger
Rouergue dans la collection doado
9 €, 140×190 mm, 96 pages, imprimé en France, 2017.
Les saisons de Peter Pan
Texte de Christophe Mauri, illustré par Gwendal Le Bec
Gallimard jeunesse
14 €, 140×205 mm, 160 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2018.

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