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Alexandre Zouaghi

Les invités du mercredi : Alexandre Zouaghi, Delphine Beauvois, Claire Cantais et Marianne Zuzula (+ concours)

Par 4 décembre 2013 Les invités du mercredi

Alexandre Zouaghi est un tout jeune auteur qui a une vraie plume, il nous l’a prouvé avec deux superbes albums sortis chez HongFei. Il est non seulement talentueux mais c’est en plus quelqu’un d’extrêmement sympathique. J’ai eu envie de lui poser quelques questions, il a accepté de me répondre. À la suite de cette interview vous pourrez tenter de gagner son dernier album La légende du serpent blanc grâce aux éditions HongFei. Ensuite nous avons rendez-vous avec Delphine Beauvois, Claire Cantais et Marianne Zuzula avec qui on reviendra sur l’album On n’est pas des poupées. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Alexandre Zouaghi

Alexandre Zouaghi

Photo de Maman Baobab

Parlez-nous de votre parcours ?
J’ai suivi une formation de sinologie à l’Université Paris VII où je me suis formé en langue et civilisation chinoise, pas grand-chose à voir avec la littérature de jeunesse !  La Chine me passionne depuis mes 7 ans, âge auquel j’ai commencé à apprendre le chinois ! Ma licence de chinois en poche, je me suis envolé pour Pékin pour une année universitaire avant de revenir en France valider mon master et passer mon CAPES. C’est durant cette année passée à l’autre bout du monde que j’ai commencé à m’intéresser à la littérature de jeunesse. La médiathèque française de mon université à Pékin avait un rayon bien fourni en littérature de jeunesse. J’y ai découvert beaucoup d’auteurs chinois et français et me suis complètement laissé porter par la magie du texte et des illustrations ! Aujourd’hui, j’enseigne le chinois au collège et au lycée et me laisse parfois, entre deux copies, le temps de m’adonner à ma deuxième passion : l’écriture.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescent ?
On ne lisait pas beaucoup de livres chez moi et ce n’est qu’au collège et au lycée que j’ai véritablement découvert les plaisirs de la lecture ! Comme beaucoup de jeunes adolescents, la saga Harry Potter y a joué pour beaucoup. Depuis, je me rattrape grâce à ma compagne, institutrice et grande lectrice depuis toujours, qui me fait redécouvrir, toujours avec plaisir, les grands classiques de la littérature de jeunesse et toutes les nouveautés qu’elle propose à ses propres élèves !

Comment est né le projet La légende du serpent blanc et La legende du serpent blanccomment s’est passé votre travail sur cet album ?
Le projet a commencé à prendre forme en 2012. Loïc Jacob et Chun-Liang Yeh des éditions Hongfei Cultures avec qui nous avions déjà publié L’auberge des ânes (illustré par Clémence Pollet) m’ont une nouvelle fois fait confiance pour adapter l’une des plus belles histoires d’amour chinoises. J’ai évidemment été très touché par leur sollicitation, d’autant plus que la part du texte pour cet album est bien plus importante que sur le précédent. J’ai donc travaillé plusieurs mois sur cette histoire afin de la rendre accessible aux jeunes lecteurs français tout en essayant de préserver la saveur et le caractère de ses origines chinoises. Cette histoire ancestrale véhicule un message de liberté d’aimer et de tolérance remis en cause dans notre société actuelle et il était important pour moi de le retranscrire avec justesse et sincérité. J’espère y être arrivé.

Parlez-nous de la collaboration avec Wang Yi ?
Depuis que je connais les éditions Hongfei Cultures, j’apprécie chacun des albums de Wang Yi, c’est l’une de mes illustratrices préférées. Nous nous sommes rencontrés à Montreuil il y a trois ans et sommes devenus amis depuis. Son univers poétique et L"auberge des ânesenchanteur me touche tout particulièrement, j’aime la façon dont elle s’exprime au travers de ses illustrations, toujours avec beaucoup de grâce et de tendresse. Je suis plus qu’honoré d’avoir eu l’opportunité de travailler avec une artiste comme elle.

Quels sont vos projets ?
Les éditions Hongfei Cultures me portent depuis mes débuts dans l’écriture. C’est une belle relation qui nous lie et que nous allons poursuivre au travers de nouveaux projets ensemble l’année prochaine ! Cette fois, c’est un projet tout particulièrement original et inattendu sur lequel nous travaillons ! Mais chut…, je ne vous en dis pas plus 😉

Bibliographie :

  • La légende du serpent blanc, texte illustré par Wang Yi, HongFei (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • L’auberge des ânes, coécrit avec Chun-Liang Yeh, illustré par Clémence Pollet, HongFei (2012), que nous avons chroniqué ici.

Comme je vous le disais avant cette interview, grâce aux éditions HongFei, je vais faire un chanceux parmi vous ! L’un de vous gagnera le magnifique La légende du serpent blanc (qui était d’ailleurs un de mes coups de cœur ce mois-ci). Pour participer, dites-moi, en commentaire, quelle est la légende qui vous a le plus marqué. Si vous n’en voyez pas, dites-le vous participerez quand même ! Vous avez jusqu’à lundi 20 h. Bonne chance à tous !


Parlez-moi de… On n’est pas des poupées

Une fois par mois, on revient sur un livre qu’on a aimé avec son auteur, éventuellement son illustrateur et son éditeur. L’occasion d’en savoir un peu plus sur un livre qui nous a plu. Cette semaine c’est On n’est pas des poupées (chroniqué ici), le « premier manifeste féministe » signé Delphine Beauvois et Claire Cantais sorti chez La ville brûle sur lequel j’ai eu envie de revenir.

Delphine BeauvoisDelphine Beauvois (auteur) :
Quand Marianne, des éditions La ville brûle, m’a proposé de travailler sur On n’est pas des poupées, mon premier manifeste féministe, j’ai été ravie – et un peu paniquée aussi ! Je ne voulais  ni tomber dans la caricature ni édulcorer mon propos  !!!
Combattre les clichés, les comportements sexistes et les inégalités garçons-filles, c’est ce que je fais quotidiennement, aussi bien dans ma pratique professionnelle (je suis enseignante) que dans mes activités militantes. Les stéréotypes de genre sont si profondément ancrés que les déconstruire dès le plus jeune âge est pour moi une priorité : les enfants sont, en fonction de leur genre, soumis à des injonctions très fortes, qui créent des inégalités, et ces inégalités en entraînant d’autres, les filles se retrouvent – ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres – pénalisées sur le marché du travail.
J’ai donc listé les clichés, les stéréotypes attribués aux filles (elles sont passives, craintives, calmes, douces, elles seront des mères, elles n’aiment pas les sciences…), avec pour objectif de les déconstruire et de les dénaturaliser, pour permettre aux enfants de comprendre qu’il n’y a rien de « normal » dans tout cela, que tout est construit. Lors des goûters philos que je fais dans les librairies qui m’invitent, je m’appuie également sur des pages de catalogues de jouets qui sont majoritairement d’un sexisme effrayant et j’essaie ainsi d’amener les enfants à réfléchir au fait « qu’on ne naît pas femme, on le devient » (Simone de Beauvoir).
Il s’agissait également pour moi de construire un ouvrage « partagé », par là j’entends, un ouvrage qui permet un échange avec les parents, grands-parents… Je souhaitais créer du débat en famille et ainsi interroger aussi les adultes, car chacun-e d’entre nous avons intériorisé beaucoup d’élément du schéma patriarcal.
Les écueils que j’ai rencontrés au fil de ce travail sont les suivants : simplifier des choses aussi complexes, ce n’est pas facile du tout ! Dire tout cela simplement, mais avec humour et nuances, éviter les caricatures, et surtout, toujours, rappeler qu’on a le choix.
Le résultat final doit énormément au travail de Claire, qui a su apporter tout l’humour, toute la fantaisie nécessaire pour que les enfants y trouvent leur compte et puissent se saisir du livre avec plaisir.

Claire CantaisClaire Cantais (illustratrice):
C’est mon petit album à poils Rosalie aime le rose, mais pas seulement, qui semble avoir donné l’idée à Marianne, éditrice de La ville brûle, de me confier les illustrations du petit manifeste… Riche idée, car cette collaboration à trois a été une belle aventure !
Ce projet était différent de mon travail habituel ; tout d’abord, car cette fois je n’étais pas auteure – et ça m’a plu… La forme au centre de laquelle évoluer m’était proposée, je n’avais pas à la chercher… C’est reposant ! J’avais toute latitude alors de me concentrer sur la cohérence esthétique. Différent aussi, car il ne s’agissait pas d’illustrer un récit, une histoire linéaire, mais une suite de petits énoncés isolés. Je les ai traités comme des tableaux indépendants, chaque double page étant une petite histoire en soi.
Dans Rosalie aime le rose, mais pas seulement et mes autres petits livres poilus, j’avais cherché une forme épurée au maximum (un personnage = une couleur, un caractère = la seule expression de deux yeux). Je voulais, dans Les poupées, retrouver un peu de cette simplicité. Mais ce serait forcément différent, puisque nous avions des humains et non des boules de poils ! Très vite, il m’est apparu que ne représenter qu’une seule petite fille tout au long de l’album serait assez fastidieux, aussi nous avons opté pour une héroïne différente à chaque page, toutes d’origines et de morphologies différentes, ce qui, de plus, apportait un coté universel au message.
J’ai fait poser de vraies petites filles, je me suis inspirée de leur gestuelle pour les dessins au papier découpé, et j’ai gardé des éléments de leurs visages en photo. Je voulais des personnages pas trop lisses (pas trop heurtés non plus !), et ce procédé m’a permis de dynamiser mes personnages de papier.
Marianne, et Delphine (l’auteure) m’ont accompagnée de leur bienveillante et attentive présence. Nous nous réunissions parfois pour faire le point, texte et images s’enrichissaient alors mutuellement.
Le projet continue, et je m’en réjouis ! Au printemps, nous attaquons, toujours avec Delphine Beauvois, On n’est pas des super héros, mon premier manuel antisexiste, puis un 3ème titre avec une autre auteure sera consacré aux stéréotypes liés aux handicaps. Nous allons donc continuer à tordre le cou aux stéréotypes !

Marianne ZuzulaMarianne Zuzula (éditrice):
Les éditions La ville brûle sont une maison d’édition militante, et nous publions principalement des essais de sciences sociales et sciences politiques (quelques petits lâchages littéraires et livres-objets également !). Notre collection jeunesse, qui s’appelle Jamais trop tôt (pour lutter contre les stéréotypes) s’est finalement imposée d’elle-même : pour déconstruire les discours dominants, et se défaire des stéréotypes, il faut s’y prendre très tôt, le plus tôt possible ! Nous avons souhaité le faire en nous adressant aux enfants comme nous nous adressons aux adultes, sous une forme proche de l’essai : ces albums ne racontent pas d’histoire, ne proposent pas de récit, mais une suite de propositions qui permettent d’initier une discussion entre l’enfant et l’adulte qui lui lit le livre.
Les stéréotypes de genre se sont imposés comme premier thème de cette nouvelle collection : je suis féministe, et il nous semblait nécessaire de prendre le contrepied d’une certaine tendance lourde de l’édition jeunesse, qui propose de plus en plus d’ouvrages genrés, avec des déclinaisons fille/garçon, à grand coup de couvertures dégoulinantes de rose.
J’ai donc proposé à Delphine Beauvois, qui est militante féministe et enseignante, et qui travaille et réfléchit à cette question au quotidien avec ses élèves, de se pencher sur les textes, et à Claire Cantais, dont j’adore le travail et la fantaisie de réaliser les illustrations. Et c’était vraiment chouette de voir le livre se construire, s’enrichir au fil des allers-retours, et finalement atterrir entre les mains des enfants et voir qu’il fonctionne super bien et rempli son rôle de support !

On n'est pas des poupées

On n’est pas des poupées
Texte de Delphine Beauvois
Illustré par Claire Cantais
Sorti chez La ville brûle dans la collection Jamais trop tôt
2013
Chroniqué ici.

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Un tour du monde grâce aux contes

Par 25 novembre 2013 Livres Jeunesse

Ça vous dit un tour du monde ? Amérique, Afrique, Chine, Japon, Russie… Les contes nous font décidément voyager !

On commence par la Chine.

La legende du serpent blancDeux sœurs-serpents vivaient dans la montagne. Baï était blanche comme les nuages d’hiver et Quing bleue comme le ciel d’été. Elles pouvaient, en regardant un oiseau ou un poisson, en prendre la forme. Elles entendirent parler d’un endroit merveilleux qu’on appelait Le pays du lac de l’Ouest, on disait même que c’était le plus bel endroit sur la Terre. Elles décidèrent de partir y vivre sous l’apparence de deux jeunes filles. Là, elles rencontrèrent le beau Xuxian, dont Baï tomba amoureuse tout de suite. Ils se marièrent… mais l’amour du jeune homme allait-il rester aussi fort le jour où il apprendrait que la jeune fille était en fait un serpent ?

La légende du serpent blanc est un magnifique conte, une légende très ancienne, bien connue des Chinois, qui n’avait jamais été adaptée en France. C’est sous la jolie plume d’Alexandre Zouaghi et les superbes illustrations de Wang Yi que nous la découvrons… et quelle merveille ! C’est un album assez complexe, très riche (donc plutôt pour les jeunes lecteurs, l’éditeur le conseille à partir de 9 ans) dans lequel on parle de la force des sentiments, de l’amour. Des petits bijoux comme savent nous offrir les éditions HongFei.
Des extraits en ligne.

la langue des oiseauxUn homme qui sauva une fourmi de la noyade (contre l’avis général) et qui en fut récompensé, un docteur qui aida un loup qui le paya en or, les négociations entre le roi Chu et le roi des cerfs et un homme qui parlait la langue des oiseaux, quatre magnifiques histoires.

La langue des oiseaux est le premier recueil de contes que sortent les éditions HongFei et c’est une très bonne idée ! Quatre très belles courtes histoires dans lesquelles les hommes ont raison d’écouter les animaux. Ces jolis contes sont réunis dans un petit livre, illustré par Clémence Pollet. Le genre de recueil qu’on adore avoir dans sa bibliothèque, ouvrir de temps en temps. On regrettera juste qu’il n’en contienne que quatre, les amis de HongFei : on en veut plus ! Un très beau recueil de contes venus de Chine pour se rappeler, grâce à de belles histoires, l’importance des animaux.
Des extraits en ligne.

On continue la route par le Japon.

Issun boshiUn couple de paysans se désolait de ne pas avoir d’enfant. Ils auraient tant aimé en avoir un, même tout petit. Ils furent écoutés, car bientôt un enfant naquit, mais il était minuscule, ils décidèrent dont de l’appeler Issun Bôshi « celui qui n’est pas plus grand que le pouce d’un enfant ». Le temps passa, l’enfant ne grandit pas. À quinze ans il décida de partir vivre sa vie. Sa mère lui donna un bol de riz et son père une aiguille. Ainsi commença le périple d’Issun Bôshi. Des aventures qui allaient lui faire rencontrer un ogre puis une princesse… mais je ne vous en dis pas plus !

Là aussi, quel magnifique album ! Tant l’histoire que les illustrations. Ce conte japonais nous fait bien sûr penser aux histoires de Poucette et de Tom Pouce, deux classiques de notre littérature. Ici aussi, ce tout petit personnage va vivre de folles aventures et va devoir faire preuve d’ingéniosité. Les illustrations sont absolument magnifiques et le grand livre, tout en longueur les mettent parfaitement en valeur. Un très bel ouvrage.
Des extraits en ligne.
Le même vu par Enfantipages.

On remonte en Russie.

Contes de RussieUne petite fille rusée qui sut s’évader après avoir été kidnappée par un ours, une vache qui aida la petite Févronia maltraitée par ses beaux-parents, un enfant qui sauva son père grâce à son respect des animaux, un renard qui profitait de la naïveté d’un ours, un enfant qui osa défier un tigre ou encore la terrible Baba Yaga… bienvenue dans les contes russes !

Douze très beaux contes venus de Sibérie, du Caucase ou de Russie. Des contes qui nous rappellent parfois des histoires que l’on connaît (les contes voyagent autant qu’ils nous font voyager). Ici, on n’est pas frustré par la longueur des histoires, on a vraiment l’impression de lire douze petits livres entiers dans ce recueil. Il est joliment illustré par Sébastien Pelon. Un très bel ouvrage pour un voyage au pays du froid !
Des extraits en ligne.

Baba YagaUne petite fille qui n’avait plus de maman vit un jour son père se remarier avec une méchante femme. De sa mère, elle gardait une poupée de chiffon, qu’elle lui avait fabriquée. Un jour, la marâtre ordonna à l’enfant d’aller voir sa sœur pour lui demander du fil blanc et une aiguille pour lui coudre une chemise. La poupée prévint l’enfant du danger, elle lui conseilla d’aller voir sa marraine. Celle-ci lui apprit que la femme qu’elle devait aller voir n’était autre que la terrible Baba Yaga, elle lui donna donc des conseils pour lui échapper.

On retrouve donc l’horrible Baba Yaga dans une histoire adaptée par Claude Clément qui s’est inspirée du conte russe. Une histoire qui fait un peu peur, on tremble pour cette petite fille que la sorcière pense manger. L’album est très grand ce qui permet de mettre en valeur les très belles illustrations de Paul Echegoyen. Un très bel ouvrage sorti au Seuil.
Le même vu par Œil d’ailleurs et par Les lecteurs de Liyah.

Fini le froid, on part pour l’Afrique.

contes d'afriqueUn chat qui avait décidé de ne plus manger de viande, une goutte de miel qui avait provoqué une guerre, un devin mis à mal par une mouche, un jeune homme qui apprit qu’il valait mieux placer son espérance dans les bêtes plutôt que dans les hommes, un roi qui avait décidé de faire tuer tous les vieux de son village… et bien des histoires encore !

Ce sont 26 contes d’Afrique qu’a réuni Jean Jacques Fdida dans le recueil sorti chez Didier Jeunesse, Contes d’Afrique. Des contes fabuleux et pleins de sens dans lesquels on rappelle l’importance de la sagesse (tout en louant la naïveté d’autres), de la générosité, des animaux. Les contes sont vraiment délicieux, le genre d’histoires qu’on prend beaucoup de plaisir à lire, on se régale ! D’autant que l’ouvrage est illustré par le talentueux Rémi Courgeon. En plus des contes on trouvera de temps en temps des pages de devinettes. Un très bon et bel ouvrage.
Des extraits en ligne.
Le même vu par A l’ombre du saule.

Princesses d'AfriqueUne princesse tanzanienne qui sauva son père transformé en lion par un sorcier, une teinturière mauritanienne qui déjoua les pièges d’une ennemie, une jeune ghanéenne qui se battait comme les hommes et redevenait séduisante quand la guerre était finie et quatre autres princesses d’Afrique.

Que j’aime les princesses de Christine Palluy ! Après Princesses de tous les pays etPrincesses de la cour de Versailles aux palais de Vienne,voici donc les Princesses d’Afrique. Six histoires qu’elle a créées (après s’être beaucoup documentée sur les peuples et les régions dont elle parle) et une inspirée d’une légende africaine. De très beaux contes qui, chaque fois, nous présentent des femmes battantes. Christine Palluy nous donne une autre image de la princesse que celle qu’on voit souvent (le genre nunuche qui attend tranquillement le prince charmant en filant la laine). Ce que j’aime aussi, c’est que ces contes sont dans un livre dans lequel on ne s’attend pas forcément à ce genre de choses (ce n’est pas un livre militant, ce n’est pas un livre de chez Talents Hauts) et d’ailleurs ce n’est pas le genre de livres à message qui veut absolument faire passer quelque chose (ce qui est toujours un peu pénible, attention je ne parle pas des livres de chez Talents Hauts en disant ça, pas d’interprétations !). Christine Palluy a une vraie plume et elle s’entoure ici de très bons illustrateurs. Lito n’a pas toujours une bonne image chez les snobinards qui sont légion dans la littérature jeunesse (le salon de Montreuil qui s’ouvre dans quelques jours est l’occasion de dénoncer ce snobisme puant tellement répandu), ce livre leur donne une fois de plus tort de ne regarder la littérature jeunesse qu’avec des œillères. Un très bel ouvrage, vraiment.
Des extraits en ligne.

On continue le voyage en Amérique.

Les quatre voeuxVeeho avait entendu parler d’un homme qui ne manquait jamais de nourriture, il voulut en savoir plus et alla le rencontrer. L’homme lui offrit à manger et lui proposa même de l’héberger pour la nuit. Veeho, lui, cherchait ce qui le rendait si riche. Il aperçut un sac étrange, il décida de le voler. Il n’aurait peut-être pas dû… Glooskap vivait sur une île perdue, il envoya un lapin dire aux hommes que ceux qui trouveraient son île verraient leurs plus grands souhaits se réaliser. Quatre hommes partirent donc à la recherche de Glooskap et réussirent à le trouver. L’homme leur exauça leurs vœux, mais à une condition… que trois d’entre eux n’arrivèrent pas à tenir.

Les quatre vœux, sorti dans la collection Contes & Classiques du Monde chez Magnard rassemble deux très beaux contes indiens. Il est question ici d’hommes qui accomplissent une action qu’ils n’auraient pas dû faire. On connaît peu les contes indiens et c’est un régal de découvrir ces deux-là, c’est complètement dépaysant. C’est Sandrine Bonini qui les met en image et ses grandes illustrations sont très belles et accompagnent parfaitement le texte, elles nous font aussi voyager. Un très bel album.

Et si l’on refaisait un tour du monde rapidement ?

Fees de legendesUne fée qui couvrit une jeune fille généreuse d’or (puis sa sœur, qui voulait profiter de l’aubaine, de poix), une autre qui devait n’être jamais vue de son amoureux le samedi sous peine de perdre sa forme humaine, la Dame du Lac qui apprit la magie de Merlin pour mieux pouvoir l’emprisonner, la fée Babouchka qui refusa d’aider les rois mages et qui s’en mordit les doigts au point d’apporter chaque Noël des cadeaux aux enfants…

Dix fées sont réunies dans Fées de légende de Christine Pompéi illustré par Anja Klauss. Des contes allemand, poitevin, breton, britannique, italien, hongrois, slave, russe, chinois et vietnamien. C’est un grand livre, très beau comme les aiment généralement les enfants. Le genre de recueil qu’on aime offrir. On fera ici de beaux voyages tout au long de ces belles histoires. On regrettera juste que ces contes soient à ce point résumés (effet amplifié quand on les connaît), mais ça peut-être une première approche. Autre bémol, les contes tiennent sur deux pages, on tourne donc la page à la moitié du conte et généralement l’illustration montre la fin de l’histoire. L’enfant sait donc à mi-parcours comment ça va finir… dommage ! Mais c’est tout de même un très joli livre sorti chez De la Martinière Jeunesse.

Quelques pas de plus…
D’autres contes du monde par exemple ici ou .

On a déjà chroniqué des livres de Alexandre Zouaghi (L’auberge des ânes), Wang Yi (Princesse corbeau, Yexian et le soulier d’or et Petit poisson peut voler), Chun-Liang Yeh (Le calligrapheLe goût de la pêche, L’auberge des ânes, Pi, Po, Pierrot, Yexian et le soulier d’or, Le duc aime le dragon et L’autre bout du monde), Clémence Pollet (Mon coffret pour découvrir la ferme et L’auberge des ânes ), Sébastien Pelon (Pourquoi les éléphants aiment-ils tant leur trompe), Jean-Jacques Fdida (Cendrillon ou La Belle au soulier d’or, La barbe bleue ou Conte de l’Oiseau d’Ourdi, Le Petit Chaperon rouge ou La Petite Fille aux habits de fer-blanc et La belle au bois dormant ou Songe de la vive ensommeillé), Rémi Courgeon (Pieds nus, Toujours debout, Pas de ciel sans oiseaux et Elvis Presley), Christine Palluy (Princesses de la cour de Versailles aux palais de Vienne et Princesses de tous les pays), Sandrine Bonini (Le zoo des légumes et Petits contes des 1001 nuits), Christine Pompéi (Mes premiers contes) et Anja Klauss (La belle au bois dormant). Retrouvez aussi nos interviews de Chun-Liang Yeh et de Rémi Courgeon.

La légende du serpent blanc
Texte d’Alexandre Zouaghi, illustré par Wang Yi
HongFei
16,50€, 230×326 mm, 49 pages, imprimé à Taïwan, 2013.
La langue des oiseaux et autres contes du palais
Textes de Chun-Liang Yeh, illustré par Clémence Pollet
HongFei
12,50€, 167×227 mm, 46 pages, imprimé à Taïwan, 2013.
Issun Bôshi, l’enfant qui n’était pas plus haut qu’un pouce
d’Icinori
Actes Sud Junior
16,90€, 226×357 mm, 40 pages, imprimé au Portugal, 2013.
Contes de Russie
Textes de Robert Giraud, illustré par Sébastien Pelon
Père Castor
13,50€, 226×248 mm, 61 pages, imprimé en France, 2013.
Baba Yaga
Texte de Claude Clément, illustré par Paul Echegoyen
Seuil Jeunesse
18€, 268×387 mm, 32 pages, imprimé en Italie, 2013.
Contes d’Afrique
Textes de Jean-Jacques Fdida, illustré par Rémi Courgeon
Didier Jeunesse
18€, 195×240 mm, 125 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2013.
Princesses d’Afrique
Textes de Christine Palluy, illustré par un collectif
Lito dans la collection Histoires pour rêver
18€, 250×238 mm, 72 pages, imprimé en UE, 2013.
Les quatre voeux
Textes de Richard Erdoes et Alfonso Ortiz (traduits par Alain Deschamps), illustrés par Sandrine Bonini
Magnard Jeunesse dans la collection Contes Classiques Monde
16,20€, 329×328 mm, 45 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responable, 2013.
Fées de légende
Textes de Christine Pompéi, illustrés par Anja Klauss
De la Martinière Jeunesse
12,90€, 236×337 mm, 44 pages, lieu d’impression non indiqué , 2013.

À part ça ?

Un concours très sympa pour les classes maternelles autour du très bon Boucle d’ours sur le blog de Didier Jeunesse.

Gabriel

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Femme fragile et femme forte

Par 8 octobre 2012 Livres Jeunesse

Un seigneur puissant avait épousé une femme aussi fragile qu’il était fort ainsi se sentait-il encore plus fort et pour que ce sentiment augmente il la malmenait, la frappait. Bien-sûr pas pour son propre plaisir, lui expliquait-il mais pour son bien à elle… Malgré les cadeaux dont la couvrait le seigneur pour se faire pardonner, la jeune fille était malheureuse et se transformait physiquement. Aux gens qui s’étonnaient de ce changement le seigneur prétextait que cette sale mine venait du petit pois qu’elle gardait sous son matelas. Mais un jour la poupée demanda des souliers écarlates et grâce à eux… elle réussit à s’évader la nuit… jusqu’à ce que le seigneur ne le découvre…

Il fallait le tact et la finesse des mots de Gaël Aymon pour parler d’un sujet aussi grave que celui des femmes battues et réussir à en faire une belle histoire. Alors bien-sûr c’est une histoire dure mais pleine d’espoir, et les contes sont souvent durs. D’ailleurs les Contes d’un autre genre de Gaël Aymon, sont assez proches des contes classiques, car ceux-ci aussi comportaient souvent des éléments horribles, que l’on a gommés avec le temps comme si les enfants n’étaient pas capables de les entendre. Comme dans ces vieux contes, Gaël Aymon glisse des choses réelles, de nos quotidiens dans des éléments fantastiques, ce côté fantastique fait d’ailleurs que ce n’est pas trop plombant, qu’on s’échappe de la réalité. Ici la jeune fille réussira à s’évader en claquant trois fois des talons telle Dorothy pour passer dans un monde où elle veut fuir. L’histoire peut être aussi lue à un autre degré… Comme dans Le magicien d’Oz, ce monde existe-t-il vraiment ? N’est-ce pas une échappatoire où la jeune fille s’évade en pensée ? Toujours est-il que l’histoire est superbe et captivante. Les illustrations de Nancy Ribard sont magnifiques. L’objet lui-même est très beau avec son dos toilé. Je le dis à chaque fois, mais décidément Gaël Aymon est un auteur à suivre de très près, c’est un des rares auteurs dont je ne veux louper aucun livre. Ici encore il nous transporte dans un conte merveilleux tout en nous parlant de choses graves. Le livre a d’ailleurs reçu le soutien de Amnesty International.

Il y a bien longtemps, dans la ville de Bianzhou, en Chine, une femme nommée Sansan avait une auberge. Personne ne savait d’où elle venait et d’où elle tenait sa richesse mais elle avait réussi a acquérir plusieurs maisons et de nombreux ânes. Son auberge était très fréquentée par les voyageurs et c’est ainsi que Zhao s’y arrêta lui aussi. Le jeune homme n’était pas du genre à participer aux bavardages et à boire comme les autres, ainsi quand il se coucha il était le seul à ne pas être ivre… et ce qu’il vu cette nuit-là allait répondre à bien des questions sur l’aubergiste…

Quel bonheur de retrouver un nouvel ouvrage des éditions HongFei ! L’auberge des ânes est un très bel album. L’histoire est un conte chinois du IXème siècle pour la première fois illustré et adapté en français, le précise le dos de couv’… et quel magnifique conte ! J’adore ce genre d’histoire traditionnelle avec une partie de magie, de sorcellerie. Les illustrations de Clémence Pollet sont très belles également, elles sont lumineuses, elles apportent beaucoup au récit et en font un album aussi captivant à lire qu’esthétique. Venez donc rencontrer Sansan mais attention… gardez l’œil ouvert cette nuit !

Quelques pas de plus…
Retrouvez Gaël Aymon en interview sur le blog et nos chroniques de ses autres livres : La princesse Rose-Praline, Une place dans la cour, Contes d’un autre genre et Giga Boy.
Les livres que nous avons chroniqués de Chun-Liang Yeh : Pi, Po, Pierrot, Yexian et le soulier d’or, Le duc aime le dragon et L’autre bout du monde.

Les souliers écarlates
de Gaël Aymon, illustré par Nancy Ribard
Talents Hauts
13,80€, 195×260 mm, 24 pages, imprimé en Italie
L’auberge des ânes
de Alexandre Zouaghi et Chun-Liang Yeh, illustré par Clémence Pollet
HongFei dans la collection Contes de Chine
15,20€, 218×275 mm, 40 pages, imprimé à Taïwan

A part ça ?

Le week-end dernier j’ai vu un spectacle que je vous recommande si vous habitez Paris : Loulou par Les muettes bavardes à la Manufacture des Abbesses. Deux comédiennes et un musicien sur scène pour jouer Loulou et Tom, les fameux héros du livre de Grégoire Solotareff. Marionnettes, ombres chinoises, chant, danse, musique,… un spectacle complet qui captive les enfants (et les effrayent un peu parfois). On a passé un très bon moment. Ma fille, 4 ans, a adoré et nous a demandé, en sortant, quand on y retournait ! C’est jusqu’au 6 janvier 2013 (le spectacle a tellement de succès qu’il a été prolongé). Plus d’info sur la compagnie ici et sur la salle .

Gabriel

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