La mare aux mots
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Amnesty International

Liberté !

Par 14 janvier 2013 Livres Jeunesse

Liberté, liberté,
Qu’as-tu fait, liberté,
Pour ceux-là qui t’ont crue, sur parole,
Ils ne t’ont jamais vue,
Ils ne te verrons plus,
Liberté, fameux rêve des hommes
Liberté, Barbara

Aujourd’hui deux très beaux albums, pas forcément faciles d’accès au premier abord mais deux ouvrages qui font partie de ces livres qui marquent, que l’on n’oublie pas.

Le peintre des drapeauxLe peintre des drapeaux était un homme heureux, il vivait avec ses couleurs et peignait, à la demande de ceux qui venaient le voir, des drapeaux. Un drapeau jaune avec une étoile pour un homme éprit de liberté, un autre avec un cœur rose pour celui qui voulait une terre d’amour, un avec un soleil rouge pour un troisième qui parlait d’égalité. Le peintre des drapeaux contentait tout le monde, chacun repartait heureux avec son drapeau fait spécialement pour lui. Mais un jour il dû partir pour une urgence et il vit un champ de bataille, l’artiste se rendit compte que ses couleurs ne servaient qu’à représenter des gens qui se battaient, qu’elles provoquaient des morts… Il rentra donc chez lui pour faire un nouveau drapeau… un drapeau entièrement blanc.

le peintre des drapeauxLe peintre des drapeaux est un album absolument merveilleux. Un album sur les gens qui hissent des drapeaux pour mieux faire la guerre, un album sur les artistes, sur l’espoir de changer les choses. C’est un album difficile à raconter tellement il touche. Les mots toujours aussi beaux d’Alice Brière Haquet.
Mais il paraît que sur les champs
quand apparaît un drapeau blanc
les armes se taisent un instant…
pour laisser rire un enfant
C’est absolument sublime ! On croirait du Prévert. Alice Brière-Haquet a vraiment une plume extraordinaire, comme je le disais l’autre jour, ses mots font mouche. Je suis 49466513_10471131persuadé que certains de ses textes (genre celui-là) seront un jour étudiés à l’école. Les illustrations très graphiques d’Olivier Philipponneau vont parfaitement avec ce texte. C’est le genre d’album où l’on n’imagine pas d’autres illustrations, il y a une vraie cohérence. Un album sublime, qui marque, qui reste.

Monsieur TMonsieur T vivait dans un monde où les gens étaient numérotés, lui ne l’avait pas accepté. Il voulait une certaine liberté, refusait le totalitarisme, la dictature. Les puissants le forcèrent à rentrer dans le rang, à cesser sa rébellion… mais Monsieur T ne pouvait pas se soumettre… alors ils le lui firent payer.

Monsieur T de Fanny Millard est un album très particulier. De par son thème tout d’abord Monsieur T(un individu cassé et détruit par une société dictatoriale), de par sa forme ensuite : illustré avec des photos de sachet de thé (qu’on laisser mijoter, qu’on saucissonne et qui finissent par éclater…). Dit comme ça on peut peut-être se demander si le résultat est très esthétique… et en fait si. Les photos sont superbes, la métaphore très belle. Le texte est ici aussi très très beau, Fanny Millard joue avec les sons, les mots. C’est un très bel album, très fort. Il a été salué par Amnesty International.

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué des livres d’Alice Brière-Haquet : Paul, A quoi rêve un pissenlit ? et Perdu ! (avec Olivier Philipponneau également). Retrouvez aussi l’interview qu’elle nous a accordé (où justement elle nous avait parlé du Peintre des drapeaux).

Le peintre des drapeaux
d’Alice Brière-Haquet, illustré par Olivier Philipponneau
Frimousse
17€, 323×215 mm, 26 pages, imprimé en Italie, 2012.
Monsieur T
de Fanny Millard
La cabane sur le chien dans la collection Les p’tits carrés
10€, 165×170 mm, 30 pages, imprimé en France, 2007.

A part ça ?

Connaissez-vous Matt ? Where the hell is Matt ? (Où diable est Matt ?) Depuis 2005 il danse autour du monde

Gabriel

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Poux et plumes

Par 29 octobre 2012 Livres Jeunesse

David, Elise, Anne-Laure, Florian et Gonzague, quatre jeunes parisiens des beaux quartiers, quatre jeunes qui vont déraper. Il suffit de presque rien, un micro évènement va les faire tomber dans quelque chose qu’ils n’avaient pas prévus, chacun va être entraîné par le groupe mais jusqu’où ?

Mon résumé est (comme souvent je sais) très incomplet, je ne savais pas de quoi parlait le livre avant de le lire (je ne lis presque jamais les quatrièmes de couv’) et je n’ai pas regretté, j’ai été pris dans l’escalade du récit (ou dans la chute des personnages, au choix). Donc je ne vous en dis pas plus mais s’il vous faut savoir de quoi parle précisément le livre vous trouverez des résumés un peu partout.

Ce livre est un coup de poing dans l’estomac, on en reste sans voix. Je l’ai lu d’une traite dans mon lit et j’ai eu du mal à trouver le sommeil, puis il a habité mes rêves (à mon réveil je n’avais d’ailleurs qu’une envie, interviewer l’auteur, interview que je vous proposerai très bientôt). C’est un roman qui marque, qui ne laisse pas indifférent. On y parle de racisme, de préjugés. On tremble en se demandant quel sera le dénouement, on a envie de parler à ces jeunes en disant « ne fais pas ça » quand on s’aperçoit dans quel engrenage ils ont mis le doigt, vers où ils vont. Clémentine Beauvais a une façon d’écrire qui scotche, une vraie plume. Ses mots claquent, cognent là où il faut. On est happé par son texte et on ne s’en remet pas vraiment. Un roman (à se procurer de toute urgence) en partenariat avec Amnesty International, d’une auteur à suivre de très près !
à partir de 14 ans d’après l’éditeur

Lisa est une jeune fille de presque 13 ans. Elle est heureuse : cet été elle part aux États-Unis en vacances… sauf qu’il y a un souci et que finalement ça sera dans la maison de sa grand-mère en pleine campagne française ! Ces vacances vont être de celles qui changent une vie (premiers amours, premières règles… et des plumes qui poussent sur la tête !)

J’ai été dérouté et à la fois séduit par ce roman. Tout est « normal » dans le récit si on excepte le fait que Lisa a des plumes qui lui poussent sur la tête, une sorte de côté fantastique au milieu d’un récit tout ce qu’il y a de plus normal. Lorsque ces plumes sont apparues dans le roman j’ai eu un peu peur, j’ai trouvé que c’était un peu ridicule, j’ai failli arrêter… et en fait… En fait on est vite happé par l’histoire de la jeune fille, par son histoire d’amour avec ce garçon étrange, par sa grand-mère et les femmes qui l’entourent. Lisa doit cacher ses plumes aux yeux des autres et surtout de celui dont elle est amoureuse (quelle serait sa réaction !). On parle ici d’accepter l’autre tel qu’il est, malgré ses différences. On parle surtout de l’amour, celui qui marque. Alice de Poncheville a une très belle écriture, qui nous emmène loin avec elle (jusqu’à accepter des choses qui nous semblent saugrenues). Le roman est beau, émouvant, envoûtant parfois. Après je pense que c’est à chacun de voir ce que représente pour lui cette histoire de plumes…

Quelques pas de plus…
Clémentine Beauvais a répondu à notre question « Peut-on tout écrire dans un livre pour enfants ? », sa réponse est ici.

La pouilleuse
de Clémentine Beauvais
Sarbacane
8,50€, 120×180 mm, 112 pages, imprimé en Bulgarie
Mon amérique
d’Alice de Poncheville
L’école des loisirs dans la collection Médium
8,50€, 125×190 mm, 166 pages, imprimé en France

A part ça ?

Le livre Fenêtre sur les déchets et recyclage d’Alex Frith et Peter Allen (que nous avions chroniqué ici) est lauréat du Prix de la petite Salamandre 2012. Félicitations aux éditions Usborne !

Gabriel

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Femme fragile et femme forte

Par 8 octobre 2012 Livres Jeunesse

Un seigneur puissant avait épousé une femme aussi fragile qu’il était fort ainsi se sentait-il encore plus fort et pour que ce sentiment augmente il la malmenait, la frappait. Bien-sûr pas pour son propre plaisir, lui expliquait-il mais pour son bien à elle… Malgré les cadeaux dont la couvrait le seigneur pour se faire pardonner, la jeune fille était malheureuse et se transformait physiquement. Aux gens qui s’étonnaient de ce changement le seigneur prétextait que cette sale mine venait du petit pois qu’elle gardait sous son matelas. Mais un jour la poupée demanda des souliers écarlates et grâce à eux… elle réussit à s’évader la nuit… jusqu’à ce que le seigneur ne le découvre…

Il fallait le tact et la finesse des mots de Gaël Aymon pour parler d’un sujet aussi grave que celui des femmes battues et réussir à en faire une belle histoire. Alors bien-sûr c’est une histoire dure mais pleine d’espoir, et les contes sont souvent durs. D’ailleurs les Contes d’un autre genre de Gaël Aymon, sont assez proches des contes classiques, car ceux-ci aussi comportaient souvent des éléments horribles, que l’on a gommés avec le temps comme si les enfants n’étaient pas capables de les entendre. Comme dans ces vieux contes, Gaël Aymon glisse des choses réelles, de nos quotidiens dans des éléments fantastiques, ce côté fantastique fait d’ailleurs que ce n’est pas trop plombant, qu’on s’échappe de la réalité. Ici la jeune fille réussira à s’évader en claquant trois fois des talons telle Dorothy pour passer dans un monde où elle veut fuir. L’histoire peut être aussi lue à un autre degré… Comme dans Le magicien d’Oz, ce monde existe-t-il vraiment ? N’est-ce pas une échappatoire où la jeune fille s’évade en pensée ? Toujours est-il que l’histoire est superbe et captivante. Les illustrations de Nancy Ribard sont magnifiques. L’objet lui-même est très beau avec son dos toilé. Je le dis à chaque fois, mais décidément Gaël Aymon est un auteur à suivre de très près, c’est un des rares auteurs dont je ne veux louper aucun livre. Ici encore il nous transporte dans un conte merveilleux tout en nous parlant de choses graves. Le livre a d’ailleurs reçu le soutien de Amnesty International.

Il y a bien longtemps, dans la ville de Bianzhou, en Chine, une femme nommée Sansan avait une auberge. Personne ne savait d’où elle venait et d’où elle tenait sa richesse mais elle avait réussi a acquérir plusieurs maisons et de nombreux ânes. Son auberge était très fréquentée par les voyageurs et c’est ainsi que Zhao s’y arrêta lui aussi. Le jeune homme n’était pas du genre à participer aux bavardages et à boire comme les autres, ainsi quand il se coucha il était le seul à ne pas être ivre… et ce qu’il vu cette nuit-là allait répondre à bien des questions sur l’aubergiste…

Quel bonheur de retrouver un nouvel ouvrage des éditions HongFei ! L’auberge des ânes est un très bel album. L’histoire est un conte chinois du IXème siècle pour la première fois illustré et adapté en français, le précise le dos de couv’… et quel magnifique conte ! J’adore ce genre d’histoire traditionnelle avec une partie de magie, de sorcellerie. Les illustrations de Clémence Pollet sont très belles également, elles sont lumineuses, elles apportent beaucoup au récit et en font un album aussi captivant à lire qu’esthétique. Venez donc rencontrer Sansan mais attention… gardez l’œil ouvert cette nuit !

Quelques pas de plus…
Retrouvez Gaël Aymon en interview sur le blog et nos chroniques de ses autres livres : La princesse Rose-Praline, Une place dans la cour, Contes d’un autre genre et Giga Boy.
Les livres que nous avons chroniqués de Chun-Liang Yeh : Pi, Po, Pierrot, Yexian et le soulier d’or, Le duc aime le dragon et L’autre bout du monde.

Les souliers écarlates
de Gaël Aymon, illustré par Nancy Ribard
Talents Hauts
13,80€, 195×260 mm, 24 pages, imprimé en Italie
L’auberge des ânes
de Alexandre Zouaghi et Chun-Liang Yeh, illustré par Clémence Pollet
HongFei dans la collection Contes de Chine
15,20€, 218×275 mm, 40 pages, imprimé à Taïwan

A part ça ?

Le week-end dernier j’ai vu un spectacle que je vous recommande si vous habitez Paris : Loulou par Les muettes bavardes à la Manufacture des Abbesses. Deux comédiennes et un musicien sur scène pour jouer Loulou et Tom, les fameux héros du livre de Grégoire Solotareff. Marionnettes, ombres chinoises, chant, danse, musique,… un spectacle complet qui captive les enfants (et les effrayent un peu parfois). On a passé un très bon moment. Ma fille, 4 ans, a adoré et nous a demandé, en sortant, quand on y retournait ! C’est jusqu’au 6 janvier 2013 (le spectacle a tellement de succès qu’il a été prolongé). Plus d’info sur la compagnie ici et sur la salle .

Gabriel

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