La mare aux mots
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Anne Bozellec

L’importance d’une littérature antisexiste

Par 12 septembre 2014 Livres Jeunesse

Vous commencez à nous connaître, nous sommes toujours à l’affût de livres antisexistes. Nous aimons vous les présenter, car c’est pour nous quelque chose de très important. Je me suis encore rendu compte cette semaine de l’importance de la littérature dans l’esprit de nos enfants (s’il en était encore besoin). Ma fille de 6 ans nous a affirmé que « SI ! les garçons sont plus grands que les filles » et n’en démordait pas. Son père (moi-même) n’étant pas très grand (et plus petit qu’une grande partie des filles), elle-même étant assez grande (et plus grande que la grande partie des garçons de sa classe), il était évident que ce jugement ne pouvait pas se faire sur son vécu, mais sur la représentation qu’elle voit des deux sexes. Et si vous regardez, très souvent les « papas » des histoires dominent les « mamans » (et pas seulement en taille…). Bref, j’avais envie de présenter une nouvelle fois (et de compléter notre album antisexiste) deux ouvrages sortis récemment. Mais je voulais une chronique un peu spéciale, je me disais que ça serait sympa de demander son avis à Laura du blog Fille d’album qui est en train de devenir le blog référence en matière d’antisexisme dans la littérature jeunesse. Elle complétera donc mes deux avis avec le sien (et chronique ces deux mêmes ouvrages aujourd’hui). Et parce que plus on est de fous plus, on rit, c’est une chronique croisée avec Maman Baobab (elle chronique aussi, aujourd’hui, des ouvrages antisexistes ici) !

Histoire de Julie qui avait une ombre de garçonDans sa chambre, Julie lit, ses patins à roulettes aux pieds. Faut dire que, comme elle le précise, elle n’est pas comme tout le monde ! Julie n’aime pas se coiffer, mais elle aime se regarder dans le miroir habillée d’un rideau, elle dit des gros mots, elle est un « vrai garçon manqué » comme le dit son père. Les mots résonnent dans la tête de Julie « garçon manqué », ces deux mots qui reviennent sans cesse… Jusqu’à ce qu’un jour, Julie se rende compte qu’elle a une ombre de garçon. Personne ne la croit, elle veut certainement faire son intéressante ! Mais non, Julie le voit bien, elle a une ombre de garçon !
J’avais entendu parler de ce livre dans l’excellent Contre les jouets sexistes (chroniqué ici) et j’avais follement envie de le lire depuis, mais il était épuisé. Thierry Magnier a eu la très bonne idée de le rééditer.
Cet ouvrage de 1975, disons-le, a quand même un peu vieilli… et en même temps pas tant que ça ! Si les illustrations nous semblent d’une autre époque (et peut-être aussi le rapport texte-image), le thème est totalement d’actualité. On parle ici du genre, Julie s’interroge, est-elle un garçon manqué ? Qui est ce garçon qui est son ombre ? Comment s’en débarrasser ? Et si c’était l’ombre qui était vraie ? Et si elle était un garçon en réalité ? Tant de questions qui tenaillent Julie. La petite fille rencontrera un garçon qui « pleure comme les filles ». Ensemble, ils décideront qu’on a le droit d’être qui l’on est, il faut être soi et pour cela il faut savoir qui l’on est. Julie le sait, elle est Julie, tout simplement.
Magnifique ouvrage sur le genre, un classique qu’on peut (enfin) à nouveau se procurer.
L’avis de Laura de Fille d’album :
Cet album est complètement bouleversant quand il aborde le décalage entre ce qu’est Julie et ce que ses parents, attachés aux stéréotypes et à l’image d’une petite fille modèle, attendent d’elle. Et les dégâts que cela cause à leur fille.  « Julie ne sait plus qui elle est puisqu’elle devrait toujours faire comme quelqu’un d’autre pour être aimée. » (…)Ici, les adultes ne sont d’aucun secours. Ce sont les enfants, seuls, qui s’affirment tels qu’ils sont.
Voir la chronique complète ici.
Des extraits sur le site de Thierry Magnier.

La dictature des petites couettesOh un coffre rempli de vêtements ! Et si l’on se déguisait se disent les filles, Olga complimente Ana, lui dit qu’elle est belle, Sophie, s’énerve, elle affirme que c’est elle la plus belle, surtout qu’elle a des couettes ! Gabriel regarde la scène, en dessinant. Les filles décident de faire un concours de beauté pour savoir qui est la plus belle, le petit garçon pose ses crayons : il veut participer ! Sophie s’énerve, il ne peut pas participer c’est un garçon ! Un garçon ce n’est pas beau surtout que ça n’a pas de couettes ! Gabriel pleure, pourquoi le fait d’être un garçon ferait-il qu’il ne peut pas être beau ? Le chat arrive, lui aussi aimerait savoir s’il peut participer, est-il beau ?
Au-delà de l’antisexisme, on parle aussi ici de la beauté, et surtout du fait que toute beauté est relative. Pour Sophie il faut des couettes pour être beau (et surtout ne pas être un garçon), pour Gabriel le chat ne peut pas gagner un concours de beauté : il est poilu. Ilya Green raconte à merveille les jeux d’enfants et les exclusions par rapport au genre (combien de fois a-t-on entendu « tu ne peux pas jouer avec nous tu es une fille/un garçon » ?) et le diktat de la beauté selon des normes pas toujours justifiées (et surtout pas toujours partagées par tous). La chute est vraiment très drôle et viendra justement confirmer que les critères de beautés ne sont pas les mêmes pour chacun.
Un album drôle et tendre signé Ilya Green pour se rappeler que toute beauté est relative.
L’avis de Laura de Fille d’album :
Les critères de beauté présentés par les enfants, même s’ils peuvent faire sourire, paraître dérisoires, sont cependant très proches de leur vécu, et pas foncièrement différents de ceux qui pèsent sur les adultes. Comme chez les adultes, les critères de beauté et les normes à respecter pèsent davantage chez les filles que chez les garçons. Elles les connaissent, les ont intégrées. Et cherchent à les reproduire, à les imposer aux autres. Elles sont certaines que ces critères relatifs sont absolus. La chute va rappeler que ce n’est pas le cas.
Voir la chronique complète ici.
Extraits sur le site de Didier Jeunesse.

Quelques pas de plus…
Retrouvez les livres antisexistes que nous avons chroniqués ici.
Nous avons déjà chroniqué des albums d’Ilya Green (Achile et la rivière, Bulle et Bob au jardin, Nos beaux doudous, Bulle et Bob à l’école, Mon arbre, Marre du rose, Bulle et Bob préparent Noël, Les plus belles berceuses jazz, Bulle et Bob à la plage, Peter Pan et Wendy, Bulle et Bob dans la cuisine et Le masque).

Histoire de Julie qui avait une ombre de garçon
Texte de Christian Bruel, illustré par Anne Bozellec
Éditions Thierry Magnier
16,50 €, 216×217 mm, 72 pages, imprimé en République Tchèque, 2014.
La dictature des petites couettes
d’Ilya Green
Didier Jeunesse
11,10 €, 195×178 mm, 48 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2014.

À part ça ?

« Chahutages et autres désordres », quand une classe échappe au professeur… Encore un très beau numéro de Les pieds sur Terre.

Gabriel

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