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Anne Cortey

Les invité·e·s du mercredi : Olympe Perrier et Anne Cortey

Par 10 octobre 2018 Les invités du mercredi

Olympe Perrier est une nouvelle venue dans l’édition jeunesse et pourtant on sent déjà chez elle une belle maturité et beaucoup de talent. Je vous propose de faire plus ample connaissance avec elle aujourd’hui. Ensuite, c’est une autrice que l’on aime beaucoup, Anne Cortey, qui nous livre ses coups de cœur et coups de gueule. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Olympe Perrier

Racontez-nous votre parcours
On peut dire qu’il a été long et tortueux !
J’ai toujours raconté des histoires, que ce soit avec mes crayons ou ma plume. À l’élémentaire, j’illustrais en classe les textes qui servaient de support aux cours de grammaire… J’ai eu de la chance, on ne m’a jamais grondé pour ça !
Adolescente, j’ai continué à dessiner et écrire. Ma seule autre passion était la lecture.
Je dévorais tout ce qui me tombait sous la main.
Est arrivé le moment de choisir son orientation scolaire. Pour la génération de mes parents, choisir une voie dite artistique était impensable si vous n’aviez pas dans votre entourage une personne qui exerçait une telle profession. Une personne qui serait la preuve vivante que l’on peut vivre de ces métiers. Et ce n’était pas mon cas bien sûr.
Après des études supérieures très rébarbatives où il n’était plus question que d’Économie, de Contrôle de gestion et autres joyeusetés, j’ai travaillé pour un groupe d’ameublement et de décoration à Paris.
J’avais enfin l’indépendance financière ! J’ai enchaîné cours du soir, stages de dessin, peinture, gravure, écriture… Puis j’ai découvert le salon du livre à Montreuil et là, c’est devenu une évidence, la littérature jeunesse serait toujours ma passion ! Je ne pouvais plus faire semblant de l’ignorer.
Mais je souffrais du syndrome de l’imposteur : j’avais l’impression que de ne pas avoir suivi la voie classique des écoles d’art m’interdisait à tout jamais de travailler dans ce secteur. Je n’osais rien envoyer aux éditeurs, de peur de leur faire perdre leurs temps et de me faire rire au nez.
Et puis il a fallu un malheur : en 2007, j’ai eu un petit garçon atteint du syndrome de Di Georges, qui est mort en très bas âge. J’étais morte à l’intérieur. Il a fallu que je me reconstruise. C’est là que j’ai réalisé qu’on ne vivait qu’une fois et que je ne voulais pas vivre une vie de regrets. Je me devais de réaliser mes rêves, moi qui avais la chance de pouvoir le faire. Je n’avais plus rien à perdre : Je me suis lancée. Et me voilà aujourd’hui.

Pouvez-vous nous parler de votre travail sur Il n’y a pas d’âge pour philosopher ?
J’avais déjà travaillé avec Juliette Grégoire, l’éditrice de L’Initiale peu de temps avant. Elle m’a appelé la veille de Montreuil 2017 pour me parler d’un nouveau projet. J’ai tout de suite été emballé par le concept de cet album ovni !
Pour beaucoup, la philosophie est un domaine réservé à un petit groupe d’adultes. Le texte de Edwige Chirouter démonte ces idées reçues !
Il ne faut pas sous-estimer les enfants : ils sont capables d’aborder tous les sujets. Philosopher, quand on t’explique comment y jouer, ça devient un jeu d’enfants, comme une marelle qu’on partage avec les copains à la récré. C’est l’image qui m’est tout de suite venue à la lecture du texte.
Mon rôle a été de mettre en images cette idée.

Quelles techniques d’illustrations utilisez-vous ?
J’aime varier les techniques : du numérique mais également du traditionnel.
Ça permet d’aborder un large panel de textes. C’est un peu comme parler plusieurs langues : on peut discuter avec plus de monde.
J’aime particulièrement l’aquarelle et le crayon de couleur. Mais je ne m’interdis rien.
J’aimerais travailler sur des projets autour du collage et de la gravure.
Ce n’est pas forcément très stratégique car on a du mal à nous mettre dans une case et donc à nous définir.
L’important pour moi c’est d’accompagner le texte avec l’expression visuelle qui sera la plus enrichissante pour le livre, pour arriver à des albums que petits et grands auront plaisir à partager au fil des années. Et qu’ils auront envie de transmettre à leur tour une fois grand.

Avec le très beau Pourquoi le soleil aime la soupe, c’est votre second album chez L’Initiale, pouvez-vous nous dire quelques mots sur votre collaboration avec cet éditeur ?
Merci beaucoup ! La rencontre avec l’Initiale a été le fruit de plusieurs autres. Tout d’abord la rencontre avec Catherine Blanchard, qui reprenait une librairie indépendante. Nous sommes devenues proches et j’ai fini par avouer ce que je faisais en secret dans mon atelier. Elle a été une des premières personnes à croire en mon travail. C’est elle qui m’a présenté à Arnaud Tiercelin qui est auteur la nuit et enseignant le jour. J’avais lu son magnifique album Endors-toi Barbara sans même savoir que nous étions quasiment voisins !
Quand Catherine a inauguré sa librairie, elle a demandé à Arnaud d’en être le parrain et àmoi de lui créer une affiche. Nous nous sommes rencontrés au milieu des livres et du bon vin de Gironde. Il m’a confié un texte et je lui ai proposé quelques illustrations.
Puis Arnaud a été contacté par l’Initiale pour un autre texte et il a montré les planches de ce précédent projet à Juliette Grégoire.
Pour Pourquoi le soleil aime la soupe, j’ai donc repris le style graphique un peu rétro que j’avais développé pour cet autre texte.
Avec Juliette, malgré la distance géographique, la collaboration est très facile ! Elle est très ouverte aux propositions. On travaille dans une ambiance vraiment dynamique et enthousiaste !

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Ouh, la liste est très très longue !
Mais en tout premier, celui qui m’a donné envie de faire ce métier : Tomi Ungerer. J’ai lu et relu Le géant de Zeralda, Le chapeau volant, Crictor… Son ouverture d’esprit, sa malice débordait des pages. Pas de langue de bois avec lui et c’est bien ce qu’attendent les enfants de la part des adultes ! Un enfant c’est un adulte en devenir.
J’adorais Mitsumasa Anno (La fleur du roi, Ce jour là…) qui avait un univers incroyable, plein de détails.
Gabrielle Vincent m’a fait rire et pleurer avec Ernest et Célestine.
Les fables de la Fontaine, Les contes de la rue Broca
Et puis à la maison, on avait l’encyclopédie Tout l’univers, héritée de mon père et ma tante.
Le plus beau des cadeaux quand on a 8 ans !
Cucul la praline de Susie Morgenstern a été un livre qui m’a fait du bien et m’a donné le courage d’être différente de mes camarades.
À 11 ans, j’ai lu Anne Franck et ç’a été une claque. C’est d’ailleurs grâce à une illustration sur un manuel scolaire que je suis allée chercher ce livre au CDI de mon collège. On y voyait des gens marcher dans la rue avec une étoile jaune accrochée sur leurs manteaux. Je ne comprenais pas. Pour moi, c’était l’insigne du shérif ! Et là, il y en avait plusieurs, de tous les âges et dans la même ville ? Avec Anne, j’ai découvert ce que certains adultes étaient capables de faire et j’ai tourné la page de l’insouciance.

Y a-t-il des illustrateurs et des illustratrices dont le travail vous touche ou vous inspire ?
Kitty Crowther. Moi et rien, La visite de petite mort, Annie du lac… Ces livres sont bien la preuve qu’il ne faut pas cloisonner la littérature. Il n’y a pas de thèmes réservés aux petits et d’autres aux grands. Les enfants peuvent tout entendre, il suffit de trouver les mots.

Sur quoi travaillez-vous actuellement ?
Je partage mon temps entre écriture et illustration.
Je viens de terminer l’écriture de 3 albums qui sortiront chez Magnard en 2019 et qui seront illustrés par la talentueuse Alexandra Pichard.
Je travaille actuellement sur un nouvel album qui sortira chez une jeune maison d’édition, La pimpante, en 2019. Ce sera mon premier album en tant qu’auteure et illustratrice. Beaucoup d’enfants commencent à juger leurs propres dessins, à brider leur créativité vers le CP/CE1. Ils ne se sentent plus libres de dessiner comme avant l’apprentissage de l’écriture. Quand on discute avec eux, ils disent qu’ils n’ont pas d’idées. Ça m’a donné envie d’en parler.
J’enchaîne ensuite avec d’autres projets d’écriture et d’albums complets. Les journées me semblent trop courtes en ce moment : j’adore ça !

Bibliographie :

  • Il n’y a pas d’âge pour philosopher, illustration d’un texte d’Edwige Chirouter, L’initiale (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Fil après fil, texte illustré par Thanh Portal, Le Grand Jardin (2018).
  • Pourquoi le soleil aime la soupe, illustration d’un texte d’Arnaud Tiercelin, L’initiale (2018), que nous avons chroniqué ici.

Quelques liens :
http://olympeperrier.ultra-book.com
https://www.facebook.com/olympe.perrier
https://www.instagram.com/olympe_perrier


Le coup de cœur et le coup de gueule de… Anne Cortey

Régulièrement, une personnalité de l’édition jeunesse (auteur·trice, illustrateur·trice, éditeur·trice…) nous parle de deux choses qui lui tiennent à cœur. Une chose qui l’a touché·e, ému·e ou qui lui a tout simplement plu et sur laquelle il·elle veut mettre un coup de projecteur, et au contraire quelque chose qui l’a énervé·e. Cette semaine, c’est Anne Cortey qui nous livre ses coups de cœur et ses coups de gueule.

Coup de gueule ?

Coup de gueule ? Je me suis creusé la tête, j’ai laissé passer les jours, les semaines, je me suis encore creusé la tête, je me suis rongé les ongles, arrachée les cheveux. Et non, je me suis dit non. Des coups de gueule, j’en ai, bien sûr, difficile de ne pas en avoir. Mais ils font partie de mon intime. Ils m’appartiennent à moi seule et ils ne peuvent pas trouver de place ici. En tout cas, je ne le souhaite pas, ça ne me ressemblerait pas. Je préfère de loin parler de ce que j’aime. Les coups de gueule, aujourd’hui, je les enferme dans une boîte et je les laisse tomber.

Coups de cœur

Solaire de Fanny Chartres, collection Neuf, L’école des loisirs.
Solaire. Le titre, d’abord. Ce mot précieux, gorgé de vitalité et de lumière. Le roman de Fanny Chartres est à l’image de son titre. Et pourtant, il y a un nœud dans cette histoire. Plusieurs, même. Mais ce qui compte, c’est l’énergie que déploie Ernest, le personnage principal, pour que la vie reste au premier plan. Celle de sa sœur, en particulier. Sa sœur qu’il aime plus que tout. Pour que la flamme de Sara se rallume, il est prêt à toutes sortes de stratagèmes. Bien sûr, rien n’est simple. Ernest se débat avec son loup, métaphore des démons qui nous poussent à baisser les bras. Mais Ernest gagnera sa bataille. La fraîcheur de ce personnage illumine le texte et Fanny Chartres écrit avec tant justesse que l’émotion nous embarque. Ce roman est un petit bijou.

Truffe et Machin de Éric Cucherousset, collection petite polynie, éditions Memo.
À peine, la première page lue, j’ai su que j’allais follement aimer ce livre. Truffe et Machin, ce sont deux lapins un peu fantasques. Le ventre de Machin gargouille, c’est un gourmand, qui a faim tout le temps. Truffe a les oreilles qui picotent, et ça, c’est signe, qu’une idée lumineuse est en train de germer. Mais les idées, ça se perd (comme les dents, d’ailleurs). Après il faut les retrouver. Et c’est tout une aventure ! Truffe et Machin, ce sont trois histoires qui donnent raison aux rêveurs et à l’inventivité de l’enfance. C’est le type de livre que tu dégustes avec ton enfant, et que tu voudrais, pour une fois, vraiment sans fin. Ce sont de petites histoires, mais elles sont immenses. Avec un grand I !

Après avoir fait mon choix sur ces deux livres, j’ai réalisé qu’ils étaient tous deux illustrés par la même personne. Ça tombe bien, j’aime beaucoup, énormément, passionnément les dessins de Camille Jourdy. Ses images éclairent avec douceur et délicatesse ces textes-là.

Anne Cortey est autrice.

Bibliographie sélective :

  • Les petits mots d’Amos, texte illustré par Janik Coat, Grasset Jeunesse (2018).
  • Pêche à l’arc, texte illustré par Benoît Perroud, Mango jeunesse (2018).
  • L’année ordinaire de l’extraordinaire Olga, texte illustré par Marion Piffaretti, Thierry Magnier (2018).
  • Entre les gouttes, texte illustré par Vincent Bourgeau, l’école Des Loisirs (2017).
  • Chat pas moi !, texte illustré par Frédéric Benaglia, Sarbacane (2017).
  • Le souffle de l’été, texte illustré par Anaïs Massini, Grasset Jeunesse (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Le voyage d’Ignacio, texte illustré par Vincent Bourgeau, Grasset jeunesse (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Avec des lettres, texte illustré par Carole Chaix, À pas de loups (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Aujourd’hui Amos, texte illustré par Janik Coat, Grasset jeunesse (2016).
  • Petite, texte illustré par Audrey Calleja, éditions À pas de loups (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Les petits jours de Kimi et Shiro, texte illustré par Anaïs Massini, Grasset jeunesse (2015).
  • Une vie d’escargot, texte illustré par Janik Coat, Autrement jeunesse (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Nuit d’hiver, texte illustré par Anaïs Massini, Autrement jeunesse (2012).
  • Muette, texte illustré par Alexandra Pichard, Autrement jeunesse (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • Amos et les pissenlits, texte illustré par Janik Coat, Autrement jeunesse (2011).
  • Amos et les gouttes de pluie, texte illustré par Janik Coat, Autrement jeunesse (2011).
  • Les ailes d’Anna, texte illustré par Anaïs Massini, Autrement jeunesse (2009).

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Au-delà de la forêt
Texte de Nadine Robert, illustré par Gérard Dubois
Seuil Jeunesse
13,90 €, 223×306 mm, 68 pages, imprimé en Espagne, 2017.
Le souffle de l’été
Texte d’Anne Cortey, illustré par Anaïs Massini
Grasset Jeunesse
14,90 €, 182×250 mm, 40 pages, imprimé en Espagne, 2017.

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Les invité.e.s du mercredi : Anne Cortey et Clémentine Beauvais

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L’interview du mercredi : Anne Cortey

Parlez-nous de votre dernier album, Le voyage d’Ignacio sorti chez Grasset.
C’est toujours compliqué pour moi de parler de mes propres textes. En général, je bafouille, je ne sais pas par où commencer, comment expliquer. Je n’ai pas assez de recul et j’ai l’impression d’être la mauvaise personne pour parler de mes histoires. Dans ces moments-là, j’aimerais que mon éditrice soit à mes côtés pour me souffler les bons mots. Je vais tout de même essayer de vous répondre, puisque vous me le demandez… L’histoire se situe dans une forêt autour de l’amitié entre Ignacio le renard, Ferdinand le cerf et Ernest l’écureuil. Malgré l’amitié profonde qui les unit tous les trois, un conflit éclate. On a beau être amis, on ne se comprend pas toujours… Les personnages vont cheminer chacun de leur côté pour à la fin accepter l’autre tel qu’il est. Mais c’est aussi une histoire qui parle des plaisirs de la vie, de gourmandises, d’un rêve de voyage vers le Nord et d’une grande fête. Ce texte, je l’ai écrit pour mon ami Vincent Bourgeau et c’est lui qui l’a illustré.

Muette, Une vie d’escargot, Petite, Le voyage d’Ignacio… vos histoires parlent souvent d’oser (oser parler, oser casser la routine, oser partir…), c’est un sujet important pour vous ?
C’est étrange pour moi que vous mentionniez ce lien entre mes histoires car je ne m’en rends pas compte en les écrivant. Ce n’est pas un choix conscient. Les histoires m’entraînent, les personnages m’embarquent et moi, je ne fais qu’écrire.
Mais vous avez raison, mes personnages sont dans un mouvement, ils cherchent à aller de l’avant, à bouger, même si parfois, ils se sentent un peu paralysés. Ils ont des barrières intérieures comme beaucoup d’entre nous, mais ils sont tenaces, ils s’accrochent pour atteindre leur but.

Comment naissent vos histoires ?
N’importe où et souvent quand je ne les cherche pas. Elles viennent vers moi comme par surprise, au café, à la plage, dans des maisons amies, la nuit au moment où le sommeil me gagne, je dois alors vite attraper mon carnet, noter ce qui vient, l’envie pressante, l’énergie du moment. Puis le lendemain, ou quelques jours plus tard, je m’attable, je tisse les liens entre les idées et je commence à écrire.

Vous êtes généralement gâtée niveau illustration, c’est vous qui choisissez les illustrateurs et illustratrices qui accompagnent en image vos textes ?
J’ai toujours été passionnée par l’illustration et j’ai beaucoup d’admiration pour ceux qui dessinent. La plupart du temps, l’envie de travailler avec un illustrateur naît d’une rencontre, d’une complicité. Créer un livre devient alors aussi une histoire d’amitié et ça me plaît énormément. La seule à qui j’ai écrit pour lui demander si elle aimerait illustrer un de mes textes, c’est Julia Wauters. On ne se connaissait pas, je suivais son travail depuis ses débuts et j’adorais ce qu’elle faisait. Je me suis jetée à l’eau pour lui écrire. Elle m’a dit oui tout de suite. Maintenant nous sommes amies et nous allons publier au printemps notre deuxième livre aux éditions Sarbacane.

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
Enfant, j’avais un souhait : vivre avec les livres. J’ai d’abord voulu être bibliothécaire, libraire, éditrice. J’ai fait des études de communication puis une licence de sciences du langage tout en suivant des cours d’Histoire de l’Art en auditeur libre. L’année suivante, je quittai ma province pour faire une licence d’Histoire de l’Art à Paris. Là, j’ai passé beaucoup de temps dans les musées et c’était le bonheur. Je travaillais alors à mi-temps dans une librairie et faisais un stage incroyable à l’atelier pour enfants L’art en jeu au centre Georges Pompidou. Quand j’ai dû choisir mon sujet de maîtrise, je l’ai orienté autour du livre jeunesse et des illustrations des contes de Perrault. À la suite d’un stage chez Albin Michel jeunesse, j’ai voulu me former au graphisme pour faire les maquettes de tous ces projets et être au plus près des livres. J’aimais bricoler, je créais des petits projets de livres pour enfants, parfois destinés à une seule personne. Mais c’est à la naissance de ma fille qu’une évidence s’est imposée : je ne voulais qu’écrire, seulement écrire. Les textes surgissaient les uns après les autres et je ne me suis plus arrêtée. Aujourd’hui, je vis toujours avec les livres et c’est exactement ce que je souhaitais.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Enfant à la maison, il y avait quelques albums de la collection du Père Castor Les enfants de la terre dont Apoustsiak le petit flocon de neige de Paul Émile Victor, livre que j’ai lu et relu et que je garde encore précieusement. J’ai appris à aimer avec ce livre le goût de l’ailleurs. Comment la souris reçoit une pierre sur la tête et découvre le monde d’Étienne Delessert et Jean Piaget me faisait un peu peur, il y avait l’orage, des tunnels sombres, la nuit et des yeux de chats qui clignotaient dans la nuit, mais j’y retournais toujours. Il y avait aussi Hulul d’Arnold Lobel que je chérissais plus que tout. Mais lui ne m’appartenait pas. Je ne pouvais le lire que chez mes cousins et je les jalousais secrètement d’avoir chez eux ce bijou que je n’avais pas. J’ai bien sûr dévoré Le club des cinq, comme la majorité des filles de mon âge, j’ai adoré la série de bande dessinée Julie Wood de Jean Graton. L’héroïne était une magnifique blonde platine, pilote de moto. Elle osait affronter les hommes sur les circuits internationaux et elle me fascinait. À l’entrée de l’adolescence, je sortais de la bibliothèque verte et j’ai découvert Mon Bel oranger de Jausé Mauro Vasconcelos. J’ai eu alors l’impression de rencontrer un livre pour moi.
À mon époque, la littérature pour adolescents n’existait pas comme aujourd’hui. On lisait des livres pour adultes, même s’ils traitaient parfois de l’adolescence, comme L’herbe bleue ou Moi Christiane F, 13 ans, prostituée. Puis j’ai lu tout ce que je pouvais trouver à la bibliothèque de mon village, les livres de Joseph Kessel, François Mauriac, Robert Merle, Hervé Bazin, Robert Sabatier, Marcel Pagnol…
Mais le livre qui a été un vrai tournant dans ma vie et dans mes lectures, c’est La Modification de Michel Butor que j’ai lu à 18 ans, Ce fut un vrai choc esthétique. Cette histoire m’a changée et elle a sans doute participé à l’adulte que je suis devenue aujourd’hui.

Quelques mots sur vos projets ?
En ce moment, je suis en train de finir l’écriture d’un petit roman qui paraîtra l’automne prochain dans la collection Mouche à l’École des Loisirs, ce qui me ravit. J’ai aussi un projet enthousiasmant qui paraîtra chez Thierry Magnier. Mais je ne peux vous en dire plus pour le moment car il est en cours d’écriture et, comme je vous le disais précédemment, je peine à raconter mes propres textes. J’ai aussi sur le feu de nouvelles petites histoires de Kimi et Shiro, à paraître cette année chez Grasset jeunesse avec Anaïs Massini aux dessins. Sinon, une nouvelle histoire d’Amos trottine dans ma tête. Elle n’est pas encore aboutie, mais, comme l’hiver est là et que j’adore écrire sur ce personnage quand le froid arrive, ça ne devrait pas tarder… Il faut juste que je trouve le moment parfait ou le bon canapé…

Bibliographie sélective :

  • Le voyage d’Ignacio, texte illustré par Vincent Bourgeau, Grasset jeunesse (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Avec des lettres, texte illustré par Carole Chaix, À pas de loups (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Aujourd’hui Amos, texte illustré par Janik Coat, Grasset jeunesse (2016).
  • Petite, texte illustré par Audrey Calleja, éditions À pas de loups (2015), que nous avons chroniqué ici.  
  • Les petits jours de Kimi et Shiro, texte illustré par Anaïs Massini, Grasset jeunesse (2015).
  • Une feuille verte, album, texte illustré par Candice Hayat, Sarbacane (2014). 
  • Fanfare, album, texte illustré par Julia Wauters, Sarbacane (2014). 
  • Une vie d’escargot, texte illustré par Janik Coat, Autrement jeunesse (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Nuit d’hiver, texte illustré par Anaïs Massini, Autrement jeunesse (2012).
  • L’armoire, texte illustré par Claire de Gastold, Grasset jeunesse (2012).
  • Sur l’île, texte illustré par Vincent Bourgeau, Baron perché (2012).
  • Muette, texte illustré par Alexandra Pichard, Autrement jeunesse (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • Amos et les pissenlits, texte illustré par Janik Coat, Autrement jeunesse (2011).
  • Amos et les gouttes de pluie, texte illustré par Janik Coat, Autrement jeunesse (2011).
  • Mange ta chambre, texte illustré par Audrey Calleja, Autrement jeunesse (2010).
  • Les ailes d’Anna, texte illustré par Anaïs Massini, Autrement jeunesse (2009).


En vacances avec… Clémentine Beauvais

Régulièrement, je pars en vacances avec un. e artiste (je sais vous m’enviez). Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais moi j’adore partir comme ça avec quelqu’un, on apprend à la.le connaître notamment par rapport à ses goûts… cet.te artiste va donc profiter de ce voyage pour me faire découvrir des choses. On emporte ce qu’elle.il veut me faire découvrir. On ne se charge pas trop… 5 de chaque ! 5 albums jeunesse, 5 romans, 5 DVD, 5 CD, sur la route on parlera aussi de 5 artistes qu’il.elle veut me présenter et c’est elle.lui qui choisit où l’on va… 5 destinations de son choix. Cette fois-ci, c’est avec Clémentine Beauvais que je pars ! Allez en route !

5 albums jeunesse

  • Le meilleur livre pour apprendre à dessiner une vache, d’Hélène Rice et Ronan Badel
  • Le ballon de Zébulon, Alice Brière-Haquet et Olivier Philipponneau
  • Mon chat le plus bête du monde, Gilles Bachelet
  • Anna et le gorille, Anthony Browne
  • S’aimer, Cécile Roumiguière et pleeeeeeein d’illustrateurs/trices !

5 romans
(Seulement cinq ? angoisse ! je vais en choisir 5 parmi ceux que j’ai lus cette année, alors, pour limiter le choix).

  • Americanah, Chimamanda Ngozi Adichie
  • La supplication, Svetlana Alexievitch
  • Réparer les vivants, Maylis de Kerangal
  • Le copain de la fille du tueur, Vincent Villeminot
  • Autres rivages, Vladimir Nabokov

5 DVD
(DVD de vacances donc beaucoup de temps pour les regarder donc je triche !)

  • L’intégrale de Jacques Demy
  • L’intégrale des Star Wars
  • Le coffret ‘mélo de 4 heures’ Docteur Jivago & Autant en Emporte le Vent
  • Le coffret ‘screwball comedies’ de Doris Day et Rock Hudson
  • Le coffret best-of de Hitchcock

5 CD

  • Eugène Onéguine (of course), version Hvorovstovsky et Fleming
  • Françoise Hardy, n’importe lequel
  • Jane Birkin, n’importe lequel
  • Regina Spektor, Soviet Kitsch ou Begin to Hope
  • Simon and Garfunkel, The Concert in Central Park

5 artistes

  • Gustave Caillebotte (of course)
  • Sonia Delaunay
  • Vassili Kandinsky
  • Henri Rivière
  • Thomas Lévy-Lasne

5 lieux

  • York, Grande-Bretagne. C’est là où j’habite et c’est juste beau.
  • Audresselles, dans le Pas-de-Calais, où j’ai passé tous les aoûts de mon enfance.
  • Le Beaujolais, où j’ai passé tous les juillets de mon enfance.
  • Le Japon, où je meurs d’envie de retourner depuis que j’y suis allée il y a presque 15 ans.
  • Saint-Pétersbourg, où je meurs d’envie de retourner depuis que j’y suis allée il y a presque 15 ans.

Clémentine Beauvais est auteure.

Bibliographie :

  • Va jouer avec le petit garçon, album illustré par Maisie Paradise Shearring, Sarbacane (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Songe à la douceur, roman, Sarbacane (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Les Royales Baby-Sitters (2 tomes), romans, Hachette (2015-2016).
  • Les petites reines, roman, Sarbacane (2015).
  • Lettres de mon hélicoptêtre, album illustré par Anne Rouquette, Sarbacane (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Carambol’Ange : L’affaire mamie Paulette, roman illustré par Églantine Ceulemans, Sarbacane (2015).
  • Comme des images, roman, Sarbacane (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • La louve, album illustré par Antoine Déprez, Alice Jeunesse (2014).
  • La pouilleuse, roman, Sarbacane (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • On n’a rien vu venir, roman, collectif, Alice (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • La plume de Marie, roman illustré par Anaïs Bernabé, Talents Hauts (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • Les petites filles top-modèles, roman illustré par Vivilablonde, Talents Hauts (2010), que nous avons chroniqué ici.
  • Samiha et les fantômes, album illustré par Sylvie Serprix, Talents Hauts (2010), que nous avons chroniqué ici.

En anglais :

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