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Anne Crausaz

Les invité-e-s du mercredi : Philippe Jalbert et Anne Crausaz (+ concours)

Par 7 janvier 2015 Les invités du mercredi

Pour ce premier mercredi de 2015 je vous propose une interview de Philippe Jalbert (qui est suivie d’un concours) puis de partir en vacances avec Anne Crausaz. Deux auteurs/illustrateur-trice de qualité, dans des styles différents, pour commencer l’année, c’est pas mal, non ? Bon mercredi !


L’interview du mercredi : Philippe Jalbert

Philippe Jalbert

Photo d’Olivier Gachen

Parlez-nous de votre parcours, comment êtes-vous devenu auteur et illustrateur ?
Après une licence d’histoire et la réunion de prérentrée à l’IUFM pour devenir instituteur, j’ai décidé de me consacrer au dessin. Pendant les trois années qui ont suivi, j’ai payé toutes mes années de « glandeur » en dessinant du matin au soir afin de tenter de rattraper mes lacunes (malheureusement toujours aussi vastes). C’était la fin des années 90, le moment où l’ordinateur commençait à offrir des outils de création graphique de tout premier ordre. J’en ai donc profité pour suivre une formation en infographie qui s’est terminée par un stage au magazine Mobiclic (Milan presse) créé par Dimitri Galitzine qui est du coup devenu un très bon ami. On travaille encore ensemble aujourd’hui sur plein de projets multimédias au sein de la maison Appicadabra qu’il a fondée.
Parallèlement, j’ai commencé à écrire des textes que j’ai illustrés et qui ont été acceptés par les éditions du Ricochet, Petit à Petit et Magnard tant et si bien que j’ai sorti mes quatre premiers livres en 2000. Depuis, je n’ai cessé de multiplier les collaborations tant dans la presse, la communication ou même la formation (j’enseigne à la faculté d’arts la déclarationappliqués de Toulouse).

Quelles étaient vos lectures d’enfants, d’adolescent ?
J’étais un piètre lecteur. Je ne lisais que des bd et les livres du programme scolaire, et encore, la plupart du temps je me débrouillais pour trouver des versions condensées. Je me suis donc vraiment mis à lire seulement après le bac. Là aussi, depuis, j’essaie de rattraper mon retard…

Quelles sont les techniques d’illustration que vous utilisez ?
Aujourd’hui je travaille essentiellement au crayon et sur l’ordinateur. Je n’ai plus touché un pinceau depuis pas mal d’années, ce qui me manque beaucoup, mais l’informatique permet de gagner du temps… Je guette donc une pause pour pouvoir me remettre tranquillement à la gouache qui est la technique que je préfère.

Dictionnaire des bonnes manièresPouvez-vous nous parler de votre hilarant dictionnaire des bonnes manières ? Comment est-il né ?
Oh merci ! 🙂
L’idée de ce livre est partie d’une conversation de plage avec l’une de mes grandes amies, pédiatre de son état, qui cherchait un livre traitant des bonnes manières pour sa salle d’attente. Elle ne trouvait rien. Le bon samaritain que je suis a voulu lui faire plaisir en tentant de parler du problème particulièrement pénible pour l’enfant qu’est l’apprentissage des règles de bonne conduite.
Je suis une sorte de Nadine de Rothschild pour enfants et je souhaiterais que cela se sache dans les cours d’école et ailleurs !

Quel regard portez-vous sur la littérature jeunesse actuelle ?
Comme tout le monde je trouve qu’il y a beaucoup de livres, mais il ne m’appartient pas de dire qu’il y en a trop, je contribue moi même à cette surproduction en sortant beaucoup d’albums.
Ceci dit tout un pan de cettepourquoi je ne suis plus ton amoreux production me tombe des mains, je déteste les livres pour enfants qui veulent absolument parler aux enfants. Je n’aime pas non plus ceux qui ne veulent parler qu’aux adultes. Mon idéal serait de trouver ce juste milieu : un livre où enfants et parents trouvent leur compte.

Quels sont vos projets ?
Mon projet essentiel est de ne pas m’ennuyer donc de ne surtout pas refaire ce que j’ai déjà fait. L’année 2015 devrait être assez riche en sorties, je ne vais donc citer que quelques titres à venir…
Au printemps deux nouveaux épisodes de JAVA (réalisés avec l’ami Paulson) vont voir le jour chez Gautier Languereau.
En août sortira aux éditions du Seuil un album intitulé Un secret de petit cochon où nous verrons que garder un secret n’est pas si facile quand toute la forêt s’y intéresse, surtout quand c’est celui d’un petit cochon…
À l’automne peut-être une suite au dictionnaire des bonnes manières (sur une autre thématique mais les éditions Larousse n’ont pas encore totalement donné leur feu vert, alors écrivez leur pour m’aider à les convaincre !) et une série de petits imagiers chez Gautier-Languereau.
… Et en 2016, une autre idée suggérée par ma fameuse copine pédiatre me verra collaborer à nouveau avec ma grande amie Cécile Hudrisier (avec qui nous avons commis Podlapin chez Thierry Magnier) pour un album à paraître chez Didier jeunesse. Ce sera donc bête, un peu méchant et drôle (enfin, on espère…).

Bibliographie sélective :

  • Le dictionnaire des bonnes manières, textes et illustrations, Larousse (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Si le loup revenait, illustration d’un texte de Philippe Roussel, Milan (2014).
  • Jules l’aventurier, texte et illustrations, Belin Jeunesse (2014)
  • Java mon éléphant à moi, avec Paulson, Gautier Languereau (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Java ma maison à moi, illustration d’un texte de Paulson, Gautier Languereau (2014).
  • Pourquoi je ne suis plus ton amoureux ?, texte et illustrations, Seuil Jeunesse (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • En voiture !, Larousse (2013).
  • La déclaration, texte et illustration, Seuil Jeunesse (2014) que nous avons chroniqué ici.
  • Podlapin, texte illustré par Cécile Hudrisier, Thierry Magnier (2010).
  • Les quatre saisons du loup, texte et illustrations, Belin Jeunesse (2010).
  • Trop, c’est trop !, illustration d’un texte de Nadine Brun-CosmePoints de suspension (2008), que nous avons chroniqué ici.

Retrouvez Philippe Jalbert sur son site : http://www.philippejalbert.com.

Concours :
Comme je vous le disais avant cette interview, grâce à Larousse je vais pouvoir offrir à l’un de vous l’hilarant dictionnaire des bonnes manières de Philippe Jalbert (que nous avons chroniqué ici). Pour participer, parlez-moi, en commentaire, des bonnes manières, qu’est-ce que vous ne supportez pas ? Je tirerai au sort parmi vos réponses. Vous avez jusqu’à mardi 20 h, bonne chance à tous !


En vacances avec… Anne Crausaz

Régulièrement, je pars en vacances avec un artiste (je sais vous m’enviez). Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais moi j’adore partir comme ça avec quelqu’un, on apprend à le connaître notamment par rapport à ses goûts… cet artiste va donc profiter de ce voyage pour me faire découvrir des choses. On emporte ce qu’il veut me faire découvrir. On ne se charge pas trop… 5 de chaque ! 5 albums jeunesse, 5 romans, 5 DVD, 5 CD, sur la route on parlera aussi de 5 artistes qu’il veut me présenter et c’est lui qui choisit où l’on va… 5 destinations de son choix. Cette fois-ci, c’est Anne Crausaz qui s’y colle, merci à elle !
Allez en route !

5 albums jeunesse

  • Mon Chat PersonnelPatavant et Patarrière, Geoffrey Sainsbury et John Willett (épuisé)
  • Mon chat personnel et privé spécialement réservé à mon usage particulier, par Sandol stoddard et Charlip
  • La grosse bête de monsieur Racine, Tomi Ungerer
  • Histoires de chien et de chat, Josef Capek
  • 5 poneys dans la lune, Étienne Delessert, qui a accompagné mon enfance

5 romansVingt-quatre heures de la vie d'une femme, Stefan Zweig

  • Le cœur cousu, Carole Martinez
  • Le roman de Don Juan, Tony Albanese, (éd. l’Âge d’hommes)
  • Vingt-quatre heures de la vie d’une femme, Stefan Zweig
  • Chataigne, Anton Tchekhov
  • Rien ne s’oppose à la nuit, Delphine de Vigan

5 DVDLes ailes du désir, Wim Wenders

  • Les ailes du désir, Wim Wenders
  • L’intégrale de la petite taupe, Zdenek Miller
  • Virgin suicide, Sofia Coppola
  • Into the wild, Sean Penn
  • Le hérisson dans le brouillard, Youri Norstein (même si ce n’est pas un DVD)

Brigitte Fontaine, L’un n’empêche pas l’autre5 CD

  • Nick Cave, Push the sky away
  • Bomba Estéreo, Fuego (Colombie)
  • Brigitte Fontaine, L’un n’empêche pas l’autre
  • Aloan, No fear, no bravery (CH)
  • Young gods, Knock on wood (CH)

5 artistessophie calle

  • Elizabeth Peyton
  • Sophie Calle
  • Hokusai
  • Rineke Dijkstra
  • Rachel Whiteread

5 destinations

  • Saint-Martin-de-Boubaux, Cévennes
  • La muraille de Chine, sans touriste, après une heure de marche
  • L’Islande, dans mes rêves
  • Cracovie et tous les lacs en Pologne
  • La Fouly, lac de Fenêtre, Valais, Suisse

Anne CrausazAnne Crausaz est auteur et illustratrice.

Bibliographie sélective :

  • L’oiseau sur la branche, texte et illustrations, MeMo (2014).
  • L’une et l’autre, texte et illustrations, MeMo (2013).
  • Raymond s’habille, texte et illustrations, MeMo (2013).
  • Jouets des champs, texte et illustrations, MeMo (2012).
  • Pas le temps, texte et illustrations, MeMo (2011).
  • Qui a mangé, texte et illustrations, MeMo (2011).
  • Où es-tu ?, texte et illustrations, MeMo (2010).
  • Premiers printemps, texte et illustrations, MeMo (2010).
  • J’ai grandi ici, texte et illustrations, MeMo (2008).
  • Raymond Rêve, texte et illustrations, MeMo (2007).

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Deux tortues, six lapins et trois printemps pour la Mare aux mots (semaine anniversaire, la chronique de Mélanie Decourt)

Par 29 août 2014 Livres Jeunesse

Pour fêter notre anniversaire nous avons demandé à des gens qui comptent beaucoup pour La mare aux mots de prendre notre place toute cette semaine. Aujourd’hui nous laissons les clefs à Mélanie Decourt, cofondatrice des Éditions Talents Hauts.

Gabriel et Marianne


Alors il paraît que c’est l’anniversaire de la Mare aux mots. Bon anniv la Mare !
Et Gabriel m’a demandé d’écrire une chronique. Merci Gabriel !
Donc je me suis prêtée à cette expérience « Vis ma vie de blogueur jeunesse ». Je vous le dis, je ferais pas ça tous les jours.
Le plus long fut de choisir. Finalement mon premier choix s’est imposé, un de mes premiers livres de petite fille.

Clémentine s'en va...Clémentine s’en va commence plutôt bien. « Par une belle journée de printemps, deux jeunes tortues blondes, Clémentine et Arthur, se rencontrèrent au bord d’un étang et décidèrent de se marier le soir même. » Clémentine fait « mille et mille projets ». Puis les jours se succèdent, Arthur va à la pêche et Clémentine s’ennuie. Alors comme elle aimerait jouer de la flûte, il lui offre un tourne-disque. Comme elle veut peindre (« en voila une idée ridicule »), il lui offre un tableau. Il lui attache ses cadeaux sur le dos et la petite tortue croule bientôt sous une tour d’objets hétéroclites. Un beau jour, elle s’en va. Sur la dernière page, s’étend un paysage vallonné et verdoyant et ses mots « peut-être Clémentine voyage-t-elle de par le monde, heureuse, jouant de la flûte et peignant les fleurs et les fruits ».
De ce livre, je me souvenais des illustrations délicates de Nella Bosnia qui alternent les compositions et les cadrages audacieux, les fleurs vintage et les oiseaux prenant parfois la première place.
De ce livre, j’ai aussi mémoire de l’émotion qui s’en dégage, une sorte de vibration pleine d’espoir.
Aujourd’hui j’admire le rapport texte-image subtil, comme dans cette dernière page où j’ai longtemps cherché la tortue dans les collines, où mes filles la cherchent encore.
Aujourd’hui j’ai plaisir à lire le texte, tant la langue d’Adela Turin est belle et chantante, expressive comme les visages des tortues, tant l’humour corrosif est présent derrière chaque remarque de l’aveugle Arthur.
Aujourd’hui je sais que Clémentine s’en va était un livre engagé. Paru en France en 1976, il est dans la ligne des combats féministes de ces années : accès des femmes au divorce, à l’indépendance. C’est un livre qui, comme le reste de la collection « Du coté des petites filles » d’Adela Turin, a marqué une étape dans la lutte pour les droits des femmes et dans la littérature jeunesse.
Mais au-delà de ça, c’est un album magnifiquement réussi, avec « mille et mille » sens de lecture, autant que de projets pour Clémentine. Une splendide ode à la liberté, avec un petit parfum des années 70, qui se déguste comme une madeleine de Proust.

EtMadame le lapin blanc le deuxième, comme en miroir, s’est imposé lui aussi. Peut-être que certains et certaines d’entre vous ne le connaissent pas, car il n’y a pas été chroniqué dans la Mare, et pourtant…
Madame Le Lapin Blanc est aussi une histoire de femme au foyer. C’est le journal intime de l’épouse du lapin blanc d’Alice au pays des merveilles.
Elle y raconte ses soucis domestiques de femme de lapin blanc et mère de six enfants inénarrables. Là aussi, plusieurs niveaux de lecture s’entrecroisent.
Les petits se régalent des images qui fourmillent de détails hallucinatoires.
Les plus grands vont aimer retrouver les personnages de Lewis Caroll qui se succèdent dans un tourbillon hilarant, du chat du Cheshire, « sournois, voleur, hyperactif, froussard, goinfre et transparent », à la baby-sitter ayant « une fâcheuse tendance à changer de taille pour un oui ou pour un non ».
Le décalage texte-image est poussé jusqu’au fou rire : « Betty a découvert avec un peu d’appréhension sa nouvelle école » dit le texte placé sous l’illustration qui nous montre la fillette lapin dans un couloir d’école qui s’enfuit les yeux exorbités de terreur et la main crispée tendue vers l’avant, comme si elle était poursuivie par Freddy les griffes de la nuit.
L’ironie de l’héroïne confine à la lucidité voire à la revendication : « Il m’arrive même parfois d’imaginer – suis-je sotte ! – un monde où les hommes participeraient aux travaux du ménage… »
Une version moderne et illustrée du slogan du MLF d’août 1970 « Il y a plus inconnu que le soldat inconnu : sa femme ». Il y a plus drôle et plus intelligent que le lapin blanc de Lewis Carroll : sa femme, par Gilles Bachelet.
À ne pas manquer.

Et pour finir, vous prendrez bien une petite douceur ?
Premiers PrintempsDans Premiers printemps, un narrateur externe s’adresse à une petite fille : « regarde, petite fille, comme tout devient vert, c’est le printemps ».
Anne Crausaz nous emmène avec elle sur un chemin qui traverse les quatre saisons. Chaque page est une évocation d’un sens (« en fermant les yeux, tu entends mieux les merles chanter… », « goûte aux premières mûres sucrées… et acides à la fois », « l’air sent bon le feu de bois »), une découverte pour l’enfant et un souvenir pour l’adulte…
Tout concorde dans une harmonie parfaitement maîtrisée, les formes arrondies presque alanguies, les couleurs qui se touchent sans contours dans une palette insaturée d’une grande finesse, la douceur ouatinée du papier Munken qu’on aime à caresser, le texte qui se lit comme un poème, la tendresse du narrateur envers l’héroïne, écho de la tendresse du parent lecteur à l’enfant sur ses genoux.
Un livre lumineux et enchanteur, où le fond rejoint la forme dans un équilibre sensuel.

Clémentine s’en va
texte d’Adela Turin, illustrations de Nella Bosnia Éditions des femmes, collection « Du côté des petites filles »
220 x 280 mm, 40 pages, imprimé en Italie, 1976. Réédité sous le titre Arthur et Clémentine, par Actes Sud, 1999. Vous trouverez cette dernière version (malheureusement épuisée elle aussi) assez facilement en bibliothèque.
Madame le lapin blanc
de Gilles Bachelet
Le Seuil Jeunesse 15 €, 270 x 330 mm, 40 pages, imprimé en Belgique, 2012.
Premiers Printemps
d’Anne Crausaz
MeMo
14 €, 180 x 220 mm, 44 pages, imprimé en France, 2010.

À part ça ?

À part ça, l’année prochaine, Talents Hauts aura dix ans. C’est chouette, non ?

Mélanie Decourt

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