La mare aux mots
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Anne Herbauts

Des fruits, des légumes, des koalas et des grizzlis

Par 6 novembre 2018 Livres Jeunesse

Aujourd’hui deux très beaux ouvrages destinés aux plus petit·e·s. Deux ouvrages qui ont en commun d’être originaux dans leur forme.

Qui suis-je ?
de Claire Dé
Les Grandes personnes
24,50 €, 210×255 mm, 28 pages, imprimé en Chine, 2018.
Les Koalas ne lisent pas de livres
Les Grizzlis ne dorment qu’en hiver
d’Anne Herbauts
Esperluète
18 €, 185×270 mm, 64 pages, imprimé en Belgique, 2018.

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Les invité·e·s du mercredi : Fanny Deschamps (Versant Sud) et Anne Herbauts

Par 4 juillet 2018 Les invités du mercredi

Dernier rendez-vous des invité·e·s du mercredi de la saison 2017-2018 (la semaine prochaine, vous retrouverez comme les étés précédents la rubrique Du berger à la bergère) et l’on termine l’année en Belgique ! On commence avec l’éditrice des éditions Versant Sud Jeunesse, puis on part en vacances avec Anne Herbauts (qui vient de sortir un double album magnifique chez Esperluète, mais nous en reparleront bientôt). Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Fanny Deschamps

Pouvez-vous nous raconter votre parcours personnel ?
Les livres ont toujours fait partie de ma vie. Aussi, au moment de choisir mes études, c’est assez naturellement que je me suis dirigée vers les lettres. Diplômée par l’Université Libre de Bruxelles, j’ai ensuite suivi un DES en Gestion Culturelle, dans le cadre duquel j’ai fait un stage au Prix Bernard Versele. Il s’agit d’un prix littéraire pour enfants très connu en Belgique : 50 000 enfants y participent chaque année. Cette expérience a conforté une certitude : je voulais travailler dans le secteur de la littérature de jeunesse. C’est dans ce but que j’ai commencé à travailler en librairie. Pendant pas mal d’années, j’ai été responsable des rayons jeunesse et BD d’une grande librairie bruxelloise. Cette expérience professionnelle s’est révélée très formatrice : j’y ai acquis des connaissances sur les auteur·trice·s, les illustrateur·trice·s, mais aussi sur la chaîne du livre et tous ses acteurs. Savoir défendre un livre, trouver le bon ouvrage pour chaque client, tout cela est passionnant. Mais la crise est passée et la librairie a fermé. C’était le moment pour moi de bifurquer vers une autre voie. J’ai commencé à rédiger des articles pour Le Carnet et les Instants, une revue consacrée à la littérature belge. Puis, j’ai fait la rencontre fortuite Élisabeth Jongen, éditrice et directrice des éditions Versant Sud… et une nouvelle page s’est ouverte !

Parlez-nous des éditions Versant Sud et de votre rôle au sein de la maison.
Les éditions Versant Sud ont été fondées en 2001 par Élisabeth Jongen. Elle y publie alors des livres de voyage, d’histoire, de musique. En 2015, Élisabeth me propose de la rejoindre pour créer une branche jeunesse. Un projet passionnant, puisque tout est à imaginer de A à Z. Nous commençons en nous entourant de trois jeunes illustratrices, Noémie Favart, Paola De Narvaez et Camille Van Hoof qui réalisent chacune un livre et nous accompagnent dans cette démarche créative. Les premiers albums sortent au printemps 2016.
Mon rôle dans la maison est multiple : nous sommes si peu nombreux que, par la force des choses, je touche à tout. Disons que mes principales missions sont d’une part éditoriale et artistique (accompagnement des auteurs sur les livres), d’autre part de communication (faire vivre les livres après leur sortie : contacts avec les commerciaux, avec la presse, réalisation de catalogues, community management, etc.). Cela fait beaucoup, mais c’est absolument passionnant. Je me régale chaque jour !

Pouvez-vous nous parler du reste de l’équipe ?
Élisabeth Jongen dirige Versant Sud. Elle a une grande expérience de l’édition : elle a auparavant travaillé chez Jacques Antoine (littérature belge) et aux éditions De Boeck. C’est quelqu’un d’entreprenant et qui a le sens des affaires. Elle a une grande sensibilité à l’art. Nos regards sur les livres sont complémentaires, ce qui est plutôt enrichissant. Nous prenons toutes les décisions éditoriales ensemble.
Notre graphiste, Sébastien Vellut, travaille en freelance. Il est perfectionniste et a toujours un avis très pertinent, qui permet aussi d’améliorer ou d’affiner les projets de nos auteurs. Son travail est très qualitatif et cela nous tient à cœur : c’est grâce à lui si nos livres sont si soignés sur le plan formel.

Quelle est votre ligne éditoriale, comment choisissez-vous les projets que vous éditez ?
Au départ, cela s’est fait de façon intuitive, et puis, en prenant du recul, on a vu une ligne se créer, une identité se marquer. C’est difficile d’expliquer des choix qui se font en partie à l’instinct. Disons que nous cherchons à proposer des illustrations de qualité et qui offrent une certaine originalité. Nous évitons le lisse, le classique, mais sans chercher à tout prix l’audace graphique. Et puis les livres sont avant tout là pour s’adresser aux enfants : nous cherchons des histoires qui sortent des sentiers battus et/ou qui parlent aux lecteurs de ce qu’ils peuvent vivre au quotidien par le biais de récits sincères. L’intention de l’auteur est importante : il faut que l’histoire vienne d’un réel désir de raconter quelque chose. Nous évitons les livres intentionnels et les livres « médicaments », qui seraient conçus non pas comme œuvres littéraires, mais pour répondre à une demande du marché.
Par ailleurs, nous publions pas mal d’illustrateurs débutants. Il y a beaucoup de jeunes talents à Bruxelles grâce aux excellentes et très dynamiques écoles d’art qu’on y trouve. C’est très gai de publier le premier livre d’un auteur. L’expédition du Mokélé-Mbembé est un très bon exemple : c’est la première parution de Yannick NorY, et déjà, quelle maitrise dans la construction de l’image !

Pour vous, qu’est-ce que c’est un bon livre pour enfants ?
Cela rejoint en partie la réponse précédente, puisque mes choix se font en fonction de ce que j’estime être un bon livre. Disons qu’un bon livre est d’abord un livre dans lequel on entre, puis par lequel on est happé. C’est un livre singulier, qui surprend, emporte, et qui se lit avec plaisir.

Il y a différentes collections dans la maison, pouvez-vous nous les présenter ?
La collection les Pétoches traite de la peur. Il s’agit d’un cadre, dans lequel nous laissons nos auteurs libres d’aborder le thème comme ils l’entendent. C’est pourquoi il y a une telle diversité dans la collection : des livres oniriques (L’appel de la lune), d’autres franchement drôles (L’épouvantable histoire de Valentine et ses 118 poux ou Clac, la trappe ! de Loïc Gaume), des livres qui font un peu peur (Bien fait !), d’autres qui parlent de la peur (De l’autre côté du carrousel).
Nous publions aussi des livres axés sur l’art. C’est notre première parution, L’oiseau en cage, qui nous a lancé sur cette piste. Javier Zabala y met en images l’extrait d’une lettre de Vincent Van Gogh à son frère. Par la suite, nous avons publié d’autres albums qui tournent autour de peintres, ou même d’un couturier (Hubert de Givenchy par Philip Hopman). Nous avons d’autres beaux projets prévus pour 2019 en peinture et en musique.

Je sais que la question n’est pas facile, mais si vous deviez me citer quelques albums qui ont marqué la maison…
C’est vrai que c’est difficile, nous tenons à tous nos livres ! L’oiseau en cage, c’est sûr. Il a « donné le ton » au catalogue. Je citerais aussi Jan Toorop – Le chant du temps de Kitty Crowther, un magnifique album consacré à ce peintre symboliste hollandais. C’est aussi notre premier prix littéraire puisque Kitty a reçu le prix Libbylit pour cet album et qu’il a participé à la Petite Fureur de lire. L’expédition du Mokélé-Mbembé a retenu l’attention de la presse et a été nominé au prix d’illustration de la Foire de Francfort. Dernièrement, Les lunettes de Margarita del Mazo et Guridi semble mettre tout le monde d’accord : c’est un livre délicieux, intelligent, beau et drôle. Un délice.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Toute petite, j’adorais les albums d’Ernest et Célestine de l’artiste belge Gabrielle Vincent. Quelle finesse, quelle justesse d’observation ! Ensuite, j’ai lu beaucoup de romans de L’école des loisirs, mais aussi tous les Roald Dahl (relus plusieurs fois !). La bande dessinée fait aussi pleinement partie de ma culture littéraire : la bibliothèque familiale était généreusement fournie et j’adorais des classiques comme Gaston Lagaffe et Lucky Luke, avant de découvrir la bande dessinée adulte puis indépendante. Adolescente, j’aimais des auteurs comme Buzzati, Kundera puis Romain Gary (ce dernier fait toujours partie de mon panthéon personnel).

Quand on est éditeur·trice on doit passer son temps à lire des manuscrits, avez-vous encore le temps de lire d’autres livres ?
Je lis plein d’autres choses, heureusement. Je ne suis pas éditrice de romans, mais d’albums jeunesse, qui ont l’avantage de se lire bien plus rapidement.
Je lis beaucoup de bandes dessinées (j’écris toujours des articles dans ce domaine, d’ailleurs) européennes, japonaises ou américaines comme Goggles de Testuya Toyoda, Seconds de Bryan Lee O’Malley ou les réjouissantes Culottées de Pénélope Bagieu. Mes enfants me laissent parfois le temps de lire quelques romans, aussi. Mes derniers coups de cœur : L’homme qui savait la langue des serpents d’Andrus Kivirähk, En route pour la gloire de Woody Guthrie et Personne ne gagne de Jack Black. Et puis ma soif de fiction ne se limite pas à l’écrit : je regarde beaucoup de films et de séries. Toutes ces histoires me nourrissent.

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur les prochains ouvrages à sortir chez Versant Sud ?
Avec plaisir ! En octobre nous publierons deux nouveaux Pétoches : Tibor et le monstre du désordre, de Noémie Favart, un livre désopilant sur l’envahissement des jouets et le désordre dans les chambres des enfants, et Hiro, hiver et marshmallows de Marine Schneider, une autrice bruxelloise déjà publiée en Norvège et qui fait un travail magnifique. En novembre, Saint Nicolas VS Père Noël, écrit par Jane Oshka et illustré par Noémie Favart, mettra en scène une hilarante joute verbale entre deux personnages que nous découvrirons en concurrence (le mystère entourant ces grands hommes sera 100 % préservé, bien sûr !), et La tailleuse de nuages, un récit très sensible d’Emma Anticoli Borza sur une vieille dame qui voit sereinement son heure venue et sur son rapport à ses souvenirs, qui constituent tout ce qui a fait sa vie. C’est Daniela Tieni, récemment publiée au Rouergue, qui illustre ce livre très touchant et allégorique.
J’en profite pour remercier tous nos auteur·trice·s : c’est très enthousiasmant de travailler avec eux, de côtoyer de tels talents et une telle effervescence créative.

Bibliographie jeunesse (sélective) de Versant Sud :

  • L’appel de la lune, d’Elis Wilk (2018).
  • Je te vois, et toi ?, de Siska Goeminne et Alain Verster (2018).
  • Les lunettes, de Margarita Del Mazo et Guridi (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • L’expédition du mokélé mbembé, de Yannick NorY, dans la collection Les Pétoches (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Les animaux de l’herbier, d’Yvonne Lacet (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • De l’autre côté du carrousel, de Teresa Arroyo Corcobado (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Bien fait !, de Jane Oshka et Paola De Narváez, dans la collection Les pétoches (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Petite peur bleue, de Valentine Laffitte (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Bleu de Delft, d’Ingrid Schubert et Dieter Schubert (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Hubert de Givenchy, pour Audrey avec tout mon amour de Philip Hopman (traduit par Aline Gustot) (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • La valise d’Osvaldo, d’Emma Anticoli Borza et Alessandra Vitelli, dans la collection Les pétoches (2017), que nous avons chroniqué ici.

Le site de Versant Sud Jeunesse : https://www.versant-sud.com/jeunesse.


En vacances avec… Anne Herbauts

Régulièrement, nous partons en vacances avec un·e artiste. Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais moi j’adore partir comme ça avec quelqu’un, on apprend à la·le connaître notamment par rapport à ses goûts… cet·te artiste va donc profiter de ce voyage pour nous faire découvrir des choses. On emporte ce qu’elle·il veut me faire découvrir. On ne se charge pas trop… Des livres, de la musique, des films… sur la route on parlera aussi de 5 artistes qu’il·elle veut me présenter et c’est elle·lui qui choisit où l’on va… 5 destinations de son choix. Cette fois-ci, c’est avec Anne Herbauts que nous partons ! Allez, en route !

5 albums jeunesse :

  • Voyage d’hiver, Anne Brouillard
  • L’étranger mystérieux, Atak
  • Romance, Blexbolex
  • Ce jour-là, Mitsumasa Ano
  • Jojo la mâche, Douzou
  • Et j’ajoute, Koi ke bzzz ? de Carson Ellis, car en jeunesse, c’est impossible de faire des choix !

5 romans :

  • Jacques Chessex, Le vampire de Ropaz
  • John le Carré (tout)
  • Per Olov Enquist, L’extradition des Baltes, ou encore, Blanche et Marie
  • Russel Banks, Continents à la dérive
  • Chamoiseau, Texaco

5 DVD :

  • Le vent se lève de Myazaki
  • Où est la maison de mon ami de Kiarostami
  • Panique au village de Pic Pic André
  • Playtime de Tati
  • Le joli mai de Chris Marker

5 CD :

  • Bach, tout Bach, c’est bien !
  • Venise n’est pas en Italie de Reggiani
  • El Gusto
  • Un peu beaucoup de titres de Bob Dylan
  • Fall of the Moon de Marcel Khalifé et Mahmoud Darwish

5 artistes :

  • Le Photographe Walker Evans, ses portraits familiaux
  • Bruno Munari, From afar it was an island
  • Tout Caravaggio
  • Une plongée dans Fra Angelico, Giotto, Ucello
  • Les hommes-loups de Dominique Goblet

5 lieux :

  • Voyage dans les vieux livres Univers des Formes (nrf), notamment celui de « Perse, proto-Iraniens, Mèdes, Achéménides ».
  • Sous un vieil arbre, à l’ombre de l’été, avec un pique-nique simple et de l’eau fraîche, – des choses que l’on aime manger-, après avoir ratissé, pour faire des andains, l’herbe fauchée d’un verger en pente.
  • Assise devant un paysage de vallée glacière, sur une moraine après une marche respectable, mais pas trop ardue. Juste ce qu’il faut de fatigue.
  • Le matin tôt, debout devant un jardin d’été.
  • Traverser les salles d’un grand ancien musée presque vide, salles à hauts plafonds, un peu sombres et lumières venues de verrières lointaines, avec une odeur de Brueghel et de Bosch…

Et aussi,

  • De bons abricots, des cerises, de la purée d’amandes pure, du pain grillé, une citronnade de sureau.
  • Des nuages-paquebots qui passent lentement dans le ciel.
  • Des oiseaux dans les haies.

Anne Herbauts est autrice et illustratrice

Bibliographie sélective :

  • Les koalas ne lisent pas de livres, texte et illustration, Esperluète (2018).
  • Une histoire grande comme la main, texte et illustration, Casterman (2017).
  • Broutille, texte et illustration, Casterman (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • L’Arbre Merveilleux, texte et illustration, Casterman (2016).
  • Sous la montagne, texte et illustration, Casterman (2015).
  • un jour Moineau, texte et illustration, Casterman (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • je t’aime tellement que, texte et illustration, Casterman (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • de quelle couleur est le vent ?, texte et illustration, Casterman (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Theferless, texte et illustration, Casterman (2012).
  • les moindres petites choses, texte et illustration, Casterman (2012).
  • La Galette et la Grande Ourse, texte et illustration, Casterman (2009).
  • Lundi, texte et illustration, Casterman (2004).

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Ça va bof

Par 5 mai 2017 Livres Jeunesse

Aujourd’hui ça ne va pas trop… N’y voyez pas une allusion à l’ambiance actuelle, c’est juste que les personnages des livres d’aujourd’hui ne vont pas super bien.

Nuage
Texte d’Alice Brière-Haquet, illustré par Monica Barengo
PassePartout
16,00 €, 210×290 mm, 32 pages, imprimé en Italie chez un imprimeur éco-responsable, 2016.
Bof
de Clothilde Delacroix
Talents Hauts
12 €, 155×195 mm, 26 pages, imprimé en République Tchèque, 2017.
Mon chagrin
de Malika Doray
MeMo
12,90 €, 211×148 mm, 32 pages, imprimé en Belgique chez un imprimeur éco-responsable, 2012.
Broutille
d’Anne Herbauts
Casterman dans la collection Les Albums Casterman
13,90 €, 180×250 mm, 32 pages, imprimé en France, 2015.
L’heure bleue
de Ghislaine Herbéra
MeMo
14 €, 208×240 mm, 32 pages, imprimé en Europe chez un imprimeur éco-responsable, 2014.
Max et Lapin – La tarte à la colère
Texte d’Astrid Desbordes, illustré par Pauline Martin
Nathan dans la collection Max et Lapin
5,90 €, 177×179 mm, 24 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2017.
Mölang – Piu Piu est malade
Texte de Marie Manand, illustré par Hye-Ji Yoon
Père Castor
6 €, 160×190 mm, 12 pages, imprimé en Pologne, 2017
J’aime PAS être grand
Texte de Stéphanie Richard, illustré par Gwenaëlle Doumont
Talents Hauts
11,50 €, 158×198 mm, 32 pages, imprimé en République Tchèque, 2017.

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Les invité.e.s du mercredi : Anne Herbauts et Amandine Piu

Par 30 novembre 2016 Les invités du mercredi

Alors que débute aujourd’hui le salon de Montreuil, nous recevons une invitée assez exceptionnelle… Anne Herbauts ! Nous lui avons posé quelques questions, elle a accepté de nous répondre et de revenir sur son travail et son parcours. Ensuite, pour notre rubrique Quand je crée, c’est dans l’atelier d’Amandine Piu que nous nous sommes glissés. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Anne Herbauts

Anne HerbautsPouvez-vous nous parler de Broutille, votre dernier album ?
En écoutant le monde à travers les ondes ces dernières années, m’est ressorti cette idée que l’on cherchait peut-être trop à comparer les douleurs, qu’il fallait, sur ces ondes, une surenchère aux malheurs pour avoir sa place dans l’écho du monde.
Et il m’a semblé que ces comparaisons rendaient les choses encore plus violentes.
Et que faire de notre conscience, de notre refuge douillet, face à toutes ces actualités sombres et cataclysmiques ? Moi cela me tétanise. Je suffoque.
La seule chose que je sais faire, c’est des livres. Alors je fais des livres. Et j’essaye d’y passer la nuance, l’importance de la réflexion, le besoin de retrait.
Ici, je voulais montrer comme ce petit personnage est de plus en plus muet, écrasé, face au monde et aux réponses brutales et parfois bavardes ou silencieuses. Que les échardes les plus petites sont présentées au quotidien. Que, bien certainement, il y a des événements très graves, mais que l’important est d’exprimer ce que l’on ressent, et l’importance d’être écouté afin que l’écharde sorte et que l’on fasse sienne cette blessure même minime, que l’on l’accepte en soi, qu’on en fasse une, son histoire.9782203120167
C’est un travail que l’on doit faire seul avec (l’écoute) des autres. C’est une façon d’être humain. Pour enfin pouvoir être debout avec les histoires des autres. Pour ne pas avoir pitié, ou seulement pitié, mais regarder les autres comme des hommes, et le monde comme un élément faisant partie d’une galaxie. Et là serait la vraie et juste humanité.
Sans comparaison, sans ramener tout à soi.
Broutille est un personnage à peine ébauché, un peu mieux qu’un gribouillage.
Il est triste. Mais personne ne l’écoute. Personne ne veut entendre sa perte. Seul un chien sans importance l’écoute et lui propose de faire de cette tristesse son histoire. Qui sera le livre.
Broutille offre plusieurs niveaux de lecture, plusieurs sens. Dans mes livres, je veux la complexité mêlée à la limpidité (comme les flaques en forêt/ça c’est bien pour la Mare aux Mots !) — à l’image de la complexité, la rugosité humaine. La maladresse prodigieuse.
Aussi, je n’arriverai pas à résumer ce livre, que j’ai écrit le plus sobrement possible.
Avec, aussi, de l’espièglerie.

Comme dans la plupart de vos albums, on y retrouve la cafetière, le merle, l’arbre et la chaise (manque ici la maison), pouvez-vous nous dire quelques mots sur ces éléments qui traversent vos œuvres ?
Ces objets sont des objets particuliers et banals à la fois. Graphiquement intéressants car simplifiables et transformables. Concrets et pareillement abstraits.
9782203090002Ils racontent des histoires ou des lieux invisibles, des espaces intérieurs.
À force de les utiliser, je les ai transformés en icônes texte. Ce sont devenus des mots, des vocabulaires écrits dans l’image. Comme quand, dans le texte, je glisse des images (avec les mots). Le merle est une virgule, la cabane, un espace modulable, intérieur et extérieur à la fois, un trait qui dit maison, demeure, espace, refuge, jeu… L’arbre est un paysage à lui tout seul.
Je me détache de force de certains de ces « mots-images » pour qu’ils ne soient pas une décoration, un bavardage, un tic graphique, pour qu’ils ne perdent pas leur force, pour que je ne les glisse pas par habitude ou facilité. Et j’en créée petit à petit de nouveaux.

Comment naissent vos histoires ?
Les livres naissent de plusieurs fils croisés, mêlés, emmêlés, tissés.
Il y a la question du livre, le rapport au fond, à l’objet qui, presque inconsciemment, vient toujours. Puis un personnage, et un sujet, une phrase, une situation graphique, une chose indicible que je cherche à dire dans chaque album et que je contourne sans cesse.

9782203106284Est-ce que le texte vient avant l’image ou l’inverse ?
Le texte et l’image sont liés et sont donc pensés ensemble.
Je construis dès le départ le livre en pensant le texte et l’image.

Quelles techniques d’illustration utilisez-vous ?
Ce sont la plupart du temps des techniques mixtes. Du trait et de la peinture. Du collage aussi. Le choix de la technique dépend aussi de l’écriture — la technique fait partie de l’écriture du livre. J’oriente mes choix de technique en fonction de mes envies picturales — car le plaisir de faire l’image est très important —, mais aussi en fonction de ce que j’écris (je parle d’écriture pour le texte ET l’image).

Pouvez-vous nous parler de votre fidélité à votre éditeur, Casterman ?
J’ai besoin de stabilité pour travailler. Un éditeur est une personne avec qui l’on construit un travail à long terme, sur une confiance mutuelle. Casterman m’offre une chose très très précieuse : la liberté. Je travaille depuis bientôt 20 ans avec la maison d’édition Casterman, il y a eu des changements, mais je connais bien les équipes et ils connaissent ma façon de travailler et créer. J’y ai construit mon parcours principal et ma liberté de création, et ils l’ont respectée depuis le début.

Dans votre travail, tout semble réfléchi, être là pour une raison, alors je me dis que la typo de votre nom (sans majuscule et les N à l’envers) a aussi une raison d’être ainsi
C’est un jeu avec la lettre qui n’en est plus tout à fait une et bascule ainsi dans une presque image. C’est aussi, l’inversion : minuscule au début, puis miroir et majuscule au centre. Je n’aime pas les majuscules, en début, graphiquement.
Je t'aime tellement queJ’avais inventé cela au départ comme jeu espiègle pour me différencier des 3 autres Anne qui travaillaient dans l’atelier d’illustration pendant mes études.

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
J’ai très vite trouvé l’atelier qui me correspondait : où l’on interroge le rapport texte-image, avec Anne Quévy et Bruno Goosse à l’ARBA (Académie des Beaux Arts de Bruxelles) en illustration. J’aimais lire. J’avais fait mes « gammes » et acquis un assez large vocabulaire en arts plastiques pendant mon adolescence (dix années de cours d’art plastique en académie du soir).
J’ai publié chez Casterman dès ma sortie des beaux-arts. Et mon chemin s’est construit ainsi.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Je lisais beaucoup.
Enfant, mes parents me lisaient des albums tous les soirs.
Nous n’avions pas la télévision.
Et nous n’allions pas au cinéma.
Les livres, les arbres et les moraines étaient mes voyages.

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur vos projets ?
Depuis quelques années, j’ai décidé de me concentrer principalement sur mes livres. J’ai besoin de plus en plus de temps pour concevoir et créer un album.
J’ai besoin de retrait.
J’ai beaucoup de projets, mais je sais que je dois choisir et approfondir, ne pas courir pour tout faire.
Je suis dans les premières ébauches texte-images du prochain album Casterman.
Un autre est en latence. D’autres en attente. Je macère les livres plusieurs années avant d’écrire les premiers jets. Si je les force, ils ne sont pas justes.

Une vidéo passionnante pour écouter Anne Herbauts parler de son travail : https://www.youtube.com/watch?v=qLbgoVoGeRE

Bibliographie sélective :

  • Broutille, texte et illustration, Casterman (2016).
  • L’Arbre Merveilleux, texte et illustration, Casterman (2016).
  • Sous la montagne, texte et illustration, Casterman (2015).
  • un jour Moineau, texte et illustration, Casterman (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • je t’aime tellement que, texte et illustration, Casterman (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • de quelle couleur est le vent ?, texte et illustration, Casterman (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Theferless, texte et illustration, Casterman (2012).
  • les moindres petites choses, texte et illustration, Casterman (2012).
  • La Galette et la Grande Ourse, texte et illustration, Casterman (2009).
  • Lundi, texte et illustration, Casterman (2004).


Quand je crée… Amandine Piu

Le processus de création est quelque chose d’étrange pour les gens qui ne sont pas créateur.trice.s eux-mêmes. Comment viennent les idées ? Et est-ce que les auteur.e.s peuvent écrire dans le métro ? Les illustrateur.trice.s dessiner dans leur salon devant la télé ? Peut-on créer avec des enfants qui courent à côté ? Faut-il de la musique ou du silence complet ? Régulièrement, nous demandons à des auteur.e.s et/ou illustrateur.trice.s que nous aimons de nous parler de comment et où ils créent. Cette semaine, c’est Amandine Piu qui nous parle de quand elle crée.

atelier-amandine-piuQuand je crée ? Pas évidente cette question… est-ce que je crée vraiment puisque rien ne se crée, tout se transforme ?
Je travaille dans mon atelier, sous le toit de ma maison, on dirait une cabane, une cabane douillette mais bien désordonnée, je l’avoue !
Dès que ma tribu quitte le navire, mon thé et mon café avalés, hop, je monte mes escaliers, et je travaille jusqu’à 17H (retour de mes monstres). Parfois, (euh, souvent) je retourne à mon bureau vers 20h30 jusqu’à ce que mes forces s’évaporent. Pourtant, je suis plutôt du matin !
Si je suis dans une phase de réflexion sur des crayonnés d’albums, de jeux ou autres, je gribouille dans un silence monacal, j’ai besoin d’être très concentrée (il n’y a que mon chat qui tente de me distraire régulièrement). Je griffonne un peu partout, dans mes carnets, sur des feuilles volantes, dans mon ordi, sur la liste de course…
Pour illustrer un album, la première question que je me pose est « que vais-je donc bien pouvoir apporter de plus à ce super texte ? » C’est la phase la plus excitante et la plus dure du projet.
Je fais une multitude de petits crayonnés timbre poste et illisibles pour chaque double, j’ai besoin de faire sortir toutes les possibilités de personnages, toutes les possibilités de compositions ou de sens à donner aux images, bref, tout ce qui me trotte dans la tête concernant le projet… ensuite vient le moment de la torture, car il faut faire des choix dans ce joyeux bazar.
Voilà pourquoi j’aime bien travailler à plusieurs et échanger avec l’auteur, les DA [NDLR :directeur.trice artistique], ça m’aide énormément à avancer. J’en ai vraiment besoin, ils m’aident à prendre une direction, à avoir « confiance ».
Il m’arrive parfois de travailler sur un projet et d’avoir soudainement l’idée d’une image qui n’a rien avoir avec le projet, alors, là aussi, je la griffonne quelque part en me disant que ça servira peut être pour plus tard.
Si je suis en phase de « coloriage », c’est la fête, je peux mettre la musique à fond (du tout doux si je fais du « poétique », de la grosse musique rythmée si je veux colorier avec entrain, etc.). J’écoute aussi souvent la radio, parfois la télé ou des films (sans jamais voir aucune images, ou seulement des bribes). Quand le projet est fini, je range mon bureau, je fais place nette pour le prochain (mais ça ne marche pas quand je travaille sur plusieurs projets à la fois comme en ce moment, où le désordre règne en maître pendant plusieurs mois).
J’aime bien prendre le train, ou être contrainte « d’attendre » quelque part, je peux dessiner dans mes carnets sans but précis et c’est souvent à ces moments-là que des idées ou des images naissent.
Globalement, je dirais que j’ai d’abord besoin d’un ou des mots pour ensuite créer des images, comme pour mes cartes postales. Mais un jour peut être, que je ferais l’inverse, un album tout en images sur lequel j’essayerai d’y poser des mots.

Amandine PiuAmandine Piu est illustratrice.

Bibliographie sélective :

  • Hou ! Hou ! Prince Charmant ?, illustration d’un texte de Sylvie Misslin, Amaterra (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Le bateau rouge d’Oscar, illustration d’un texte de Jo Hoestland, Père Castor (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Ce n’est pas l’histoire…, illustration d’un texte de Michaël Escoffier, Frimousse (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Sur la route de la musique, illustration d’un texte de Virginie Hanna, De la Martinière Jeunesse (2014)
  • Qui veut jouer au ballon ?, illustration d’un texte de Sylvie Misslin, Amaterra (2013).
  • Comptines de Compère Loup, Larousse (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Sur la route des couleurs, illustration d’un texte de Virginie Hanna, De la Martinière Jeunesse (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Mes drôles de copains se promènent, illustration d’un texte de Sylvie Misslin, Amaterra (2012).
  • Mes drôles de copains sont amoureux, illustration d’un texte de Sylvie Misslin, Amaterra (2012).
  • Berlingot est un super héros, illustration d’un texte de Virginie Hanna, Auzou (2012).
  • Le jardin des animaux zinzins, illustration d’un texte de Virginie Hanna, Mic_Mac (2011).
  • Les pâtes de Francesca, illustration d’un texte de Sophie Cottin, Petit à Petit (2006).

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Avec une infinie délicatesse

Par 12 janvier 2015 Livres Jeunesse

Un jour MoineauMatin sort de son lit, ouvre la fenêtre et se réjouit de ce qu’il voit. Matin veut alors ouvrir la porte… mais n’y arrive pas. Le Jour moineau, qui passe par là, lui indique qu’un énorme rocher bloque la porte… ou est-ce un éléphant ? Un météore ? Non c’est une géante qui est couchée là… Comment sortir ? Comment la réveiller ?
Anne Herbauts nous a habitués aux ouvrages poétiques et délicats, on n’est pas dépaysé avec Un jour Moineau. C’est là encore le genre d’album où tout n’est pas mâché, où notre imaginaire travaille. La poésie est aussi présente dans les illustrations que dans le texte. Les livres d’Anne Herbauts ne ressemblent à aucun autre, et c’est tant mieux !
Un grand album pour ceux qui aiment les albums qui laissent une part belle à l’imaginaire.
Des extraits sur le blog des Sandales d’Empédocle.

Rien de rienIl était une fois une pierre. Oui une pierre, à laquelle il n’arrivait jamais rien. Rien de rien. Tout le monde passait à côté, sans la remarquer. Il y avait aussi un enfant, un enfant à qui il n’arrivait jamais rien, rien de rien….
Ici encore, votre esprit continuera de travailler après avoir refermé Rien de rien de Yael Frankel. Ici encore tout n’est pas mâché. Ici encore c’est poétique et délicat. Les illustrations sont faites de dessins et de collages. Ici, on parle des rencontres qui changent une vie, on parle des choses inattendues qui arrivent alors qu’il ne se passait rien.
Un bien bel album, délicat et poétique.
Des extraits sur le site de l’éditeur.

Sur un toit, un chatSur un toit, un chat. Sur le toit, il y a un fil, un fil accroché à des croix de métal, un fil que suit le chat. Un fil qui va dans les maisons…
Après Une princesse au palais, c’est encore un ouvrage très particulier que nous proposent Cécile Roumiguière et Carole Chaix. Comme dans les deux livres précédents, ce n’est pas le genre d’album où tout est dit (on est loin de Tchoupi fait un gâteau !), c’est plus le genre d’album qu’on ne comprend pas à la première lecture, mais qui fait son chemin, nous laisse créer notre propre histoire. Un album qui ne plaira pas à tout le monde, comme les deux précédents d’ailleurs, mais ne vaut-il pas mieux chavirer le cœur de certains que plaire moyennement à la majorité ?
Des extraits sur le site de l’éditeur.

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué des livres d’Anne Herbauts (Je t’aime tellement que… et De quelle couleur est le vent.), Cécile Roumiguière (La Belle et la Bête et Une princesse au palais) et Carole Chaix (Une princesse au palais).

un jour Moineau
d’Anne Herbauts
Casterman dans la collection les albums Casterman
14,50 €, 309×230 mm, 40 pages, imprimé en France, 2014.
Rien de rien
de Yaël Frankel (traduit par Florence Camporesi)
Passe Partout
14 €, 170×240 mm, 32 pages, imprimé en Italie, 2014.
Sur un toit, un chat
Texte de Cécile Roumiguière, illustré par Carole Chaix
À pas de loups
16 €, 245×177 mm, 56 pages, imprimé en Belgique, 2014.

Gabriel

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