La mare aux mots
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Annie Bonhomme

Quand la littérature jeunesse s’intéresse aux grands-pères…

Par 7 février 2012 Livres Jeunesse

Le grand-père on peut dire qu’il a été heureux. Il a pris le bon côté des choses. Les dernières années, il les a passées à sculpter de la vigne sur les buffets et les chaises, à se balader avec les gosses, faire des bons petits plats, aller voir le lever de la lune au-dessus des genêts.
Le grand père,
Brigitte Fontaine

Quand j’avais chroniqué deux livres parlant de grands-mères on m’avait demandé des livres sur les grands-pères. J’ai donc décidé de vous faire une petite chronique thématique sur ce sujet. Par contre j’ai remarqué que très souvent, quand on évoque le grand-père, c’est pour parler de la mort. Mais il y a quelques exceptions.

Dis, pépé, est-ce que toi aussi tu as eu un pépé ? c’est ce que demande un petit garçon à son grand-père, et à peine a-t-il eu sa réponse qu’il veut savoir qui était le pépé de ce pépé là… et ainsi de suite. Ainsi on va remonter l’histoire du pépé du temps des voitures tirées par les chevaux à celui qui vivait à l’époque des dinosaures.

Ce grand-père là déborde d’imagination et il met toute son énergie à raconter la vie de ses aïeux : il lève les bras au ciel, s’agite, met sa veste sur sa tête bref il vit les histoires qu’il raconte. Et c’est grâce aux illustrations à la Sempé de Ronan Badel que cet album est aussi vivant et aussi drôle. Cet album a eu le prix chronos de la littérature 2011 CE1-CE2. Un grand père très tendre, qui aime raconter des histoires à son petit fils… comme dans l’histoire suivante.

Il en est arrivé des aventures à ce grand-père ! Une abeille qui l’a suivi toute une semaine, un ballon lancé si fort qu’il a crevé un nuage et fait tomber la pluie, une paire d’ailes trouvée dans un bois qui lui a permis de voler… bref des périples extraordinaires racontés par un grand-père aux joues rouges et quand mon grand père dit quelque chose, c’est que c’est vrai.

Les joues rouges est un très bel album, sorti chez Notari (Marianne vous a parlé régulièrement d’eux et de leurs magnifiques ouvrages). Le grand-père, ici aussi, déborde d’imagination (mais il y a vraiment une différence de ton entre les deux albums, dans Le pépé de mon pépé on est vraiment dans le registre comique et ici c’est très très poétique), les histoires qu’il raconte semblent sortir d’un conte. Mais ce grand-père raconte-t-il vraiment tout ça ou est-ce ce petit garçon qui imagine son grand-père ? Les grands illustrations d’Aljoscha Blau sont très belles et ajoutent encore de la poésie au texte de Heinz Janish qui n’en manquait pourtant pas, de plus il y a une vraie recherche graphique, le texte est écrit sur des lignes comme si c’était un enfant qui avait rédigé cette histoire dans son cahier d’écolier.

Le petit garçon de Se balader  a un grand père qui marche, qui se promène tout le temps, alors il le suit. Et quand on suit son grand-père, rien ne peut vous arriver… et il s’en passe des choses ! Un bâton trouvé sur le bord de la route se transforme en rame et voilà notre héros qui conduit son bateau pour rejoindre son grand-père, parfois il faut traverser un pont qui va s’écrouler et sous lequel attendent des tigres affamés mais si une voiture noire apparaît au bout de la rue on est sauvé… Se balader avec son grand-père c’est une vraie aventure !

Cet album, également édité par Notari, est une magnifique ode à l’imagination comme dans les livres précédents. On parle aussi de l’amour des balades (et de ceux qui n’ont pas la chance de connaitre ça et passe leur temps devant la télé) et de l’amour pour son grand-père (qui permet plus de choses que les parents !). Les illustrations de Madalena Matoso sont lumineuses, c’est un album très joyeux. On est dans l’univers délirant des enfants et des jeux qu’ils font en marchant (vous n’avez jamais, vous, joué à « si je fais plus de 37 pas avant d’arriver au poteau je suis mort » ou « si mes pieds touchent un des traits je vais être mangé par des crocodiles » ?). Un bien bel album.

Et les grands-pères amoureux ?

Chaque année Adrien passe ses vacances chez son grand-père, c’est pour lui le meilleur moment de l’année, il l’attend avec impatience. Faut dire que son grand-père c’est quelqu’un ! Incollable sur la nature (et surtout sur les chauves souris), drôle, inventif,… Et donc cette année encore Adrien est heureux de le retrouver… sauf que son grand-père a rencontré quelqu’un, et ça, ça ne plaît pas du tout à Adrien qui aurait préféré avoir son grand-père pour lui seul.

Elle est belle cette histoire d’amour entre un petit-fils et son grand père, belle et originale. Déjà la complicité entre un petit-fils et son grand-père c’est un sujet peu traité mais les histoires d’amour du troisième-âge… n’en parlons pas ! Et ici c’est fait avec délicatesse et avec humour. J’aime décidément la plume de Sandrine Beau, pleine d’énergie. Comme dans L’hippopotin c’est multicouche, ça traite d’un sujet mais pas que… il y a plein de petites choses abordées, sous-jacente. Bref une très belle histoire d’amour, d’admiration d’un petit-fils pour son grand-père.

Et parfois le grand-père nous quitte…

Barzolo et Barzolino se souviennent de leur grand-père. Quand ils faisaient du ski avec lui ou partaient à la pêche… ou quand il leur faisait des farces ! Les deux oursons ont grandit aujourd’hui mais leur grand-père est toujours dans leur mémoire.

Avec Tu te souviens ? on est vraiment dans la littérature jeunesse classique, des albums comme on a lu chez nos grands-parents justement. C’est doux et tendre. Dans celui-ci on parle donc de la mort, mais ce n’est pas triste. Les ours, à l’âge adulte, sont pressés de parler de leur grand-père à leurs enfants, on parle des générations, de la transmission.

Boubou adore son grand-père, quand il doit passer la journée avec lui c’est la fête ! Faut dire qu’il est drôle le grand-père, il est farceur et joueur. Mais un matin le grand-père de Boubou ne se réveille plus…

Boubou est un héros récurent des éditions Casterman, à qui il arrive beaucoup d’aventures. C’est un enfant Pygmée. Ici donc il va rencontrer Jèngi, un esprit qui va emmener son grand-père. L’album n’est pas triste (il s’adresse aux plus petits et la mort est pour eux une notion inconnue) et Boubou va très vite reprendre sa vie normale et continuer à faire ce qu’il faisait avec son grand-père, mais seul… et tout en pensant à lui. C’est très tendre. En fin d’ouvrage l’auteur nous explique comment se passe la mort chez les Pygmées. Ce livre a reçu également le prix chronos 2011 pour les maternelles et CP.

Le pépé de mon pépé de Noé Carlain, illustré par Ronan Badel
L’élan vert, 12€
Public : A leur lire / lecteurs débutants

Les joues rouges de Heinz Janisch, illustré par Aljoscha Blau
Notari, 17€
Public : A leur lire / lecteurs débutants
Extraits

Se balader d’Isabel Minhós Martins, illustré par Madalena Matoso
Notari, 14€
Public : A leur lire / lecteurs débutants
Extraits

L’été où mon grand-père est devenu jaunophile de Sandrine Beau, illustré par Élice
Éditions Les Lucioles
Public : lecteurs débutants / Lecteurs confirmés

Tu te souviens ? de Martine Beck, illustré par Annie Bonhomme
Kaléidoscope, 12,04€
Public : A leur lire / lecteurs débutants

Boubou et grand-père de Cyril Hahn
Casterman, 8,50€
Public : Tout petits / A leur lire / lecteurs débutants

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A part ça ?

Un petit court-métrage sur le temps qui passe, très poétique et avec pas mal de métaphores. Je vous préviens c’est pas super gai…

Gabriel

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