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Attaché de presse

Dis… c’est quoi ton métier ? Les attachés de presse dans une maison d’édition jeunesse, avec Myriam Benainous et Angela Léry

Par 11 juillet 2012 Fiches métiers, Les invités du mercredi

Tous les mercredis de juillet et août je vous propose de découvrir un métier grâce à deux personnes qui font ce métier-là. Vous découvrirez ainsi ceux qui travaillent autour du livre pour enfants : illustrateurs jeunesse, éditeurs de livres pour enfants, bibliothécaires jeunesse, libraire jeunesse, traducteur de livres pour enfants, blogueur jeunesse, la semaine dernière vous découvriez les auteurs jeunesse et cette semaine les attachés de presse dans une maison d’édition jeunesse ! J’ai donc posé des questions, afin de mieux connaître leur profession, à deux attachés de presse de maisons d’édition que j’aime beaucoup : Myriam Benainous, attachée de presse de Giboulées / Gallimard jeunesse et Angela Léry , attachée de presse de Gulf Stream Éditeur.


Dis c’est quoi ton métier… Myriam Benainous

Quel est votre métier ?
Je suis attachée de presse, et actuellement en littérature jeunesse.

En quoi consiste-t-il ?
Être attachée de presse, c’est faire connaître à la presse les ouvrages que nous publions. Mais pas seulement. Il faut savoir transmettre notre goût, l’intérêt d’un livre, d’un artiste (auteur ou illustrateur) aux journalistes et leur influer à leur tour l’envie d’en rendre compte dans un article, ou une émission (radiophonique ou télévisée).

Comment devient-on attaché de presse pour une maison d’édition jeunesse ?
Je ne suis pas certaine qu’il y ait une trajectoire donnée. Me concernant, je me suis occupée pendant près de huit années d’une association dauteurs et d’illustrateurs pour la jeunesse. C’est là que je me suis formée : tant dans cette littérature que j’ai beaucoup lue, mais aussi en côtoyant des bibliothécaires, des enseignants, des libraires, des organisateurs de salon et des éditeurs… J’ai effectué plusieurs stages en maison d’édition, d’ailleurs. Tant presse que livre. Nombre d’auteurs m’ont eux-mêmes mis sur cette piste de reconversion en vue d’évolution : devenir attachée de presse afin de mieux les faire connaître.

Y a-t-il une différence avec un attaché de presse pour une maison d’édition adulte ?
Il y a déjà une différence incontestable entre « l’univers » de la littérature jeunesse et celui de la littérature dite « générale » (adulte). Un des enjeux de l’association pour laquelle je travaillais était justement de faire tomber cette barrière et de revendiquer la littérature jeunesse comme de la littérature à part entière.
Pour autant, notre société a du mal à se faire à cette idée. Il n’y a qu’à voir la presse, justement. La représentation de la littérature jeunesse est minime et bien souvent, lors de faits d’actualités « importants », elle est la première à être sacrifiée au sein des rédactions.
Par conséquent,  oui, il y a une différence entre ces deux types d’attachés de presse : les rapports et les enjeux avec les médias n’ont pas les mêmes impacts. Il y a moins de mondanités en jeunesse. Et c’est ce qui me plaît.

Lisez-vous tous les livres que votre maison d’édition sort ?
Je ne peux envisager mon métier sans lire les livres dont je vais soutenir la promotion. Mais de là à tout lire, c’est bien difficile ! Rien qu’en se limitant à la production de la littérature jeunesse, nous sommes cinq attachées de presse. En revanche, je prends connaissance, dans la mesure du possible, de l’ensemble de nos nouveautés en discutant avec chacune de mes collègues et en lisant notre programme trimestriel.

Participez-vous à des salons ?
Je participe au Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil et au Salon du livre de Paris. Dans notre maison d’édition, il y a pour chaque département éditorial un collègue qui nous représente sur les salons provinciaux.

Rencontrez-vous les auteurs ? Le public ? Les libraires ?
Je rencontre assurément quasi tous « mes » auteurs et illustrateurs. Les connaître m’aide à promouvoir et accompagner leurs livres. Leurs personnalités me nourrissent aussi pour solliciter d’un journaliste un sujet, un point de vue rédactionnel.

Où et comment travaillez-vous ? (Sur ordinateur ? uniquement au bureau ?)
Je travaille essentiellement sur ordinateur, bien que je préfère les échanges en direct. A défaut de pouvoir rencontrer mes interlocuteurs (j’aime à dire collaborateurs) de moins en moins disponibles physiquement, je cherche le compromis avec des conversations téléphoniques.
Un autre point qui nous différencie du travail des attachés de presse « adulte » : avec ces derniers, les déjeuners avec la presse sont bien plus fréquents ! Mais outre cette différence, travaillant sans assistante, il m’est difficile de m’éloigner du bureau et de passer à côté de demandes urgentes.

Comment est faite la rémunération ? Avez-vous une commission sur les livres ?
Je suis salariée et la « quantité » de presse obtenue, le nombre de livres dont je me charge n’a aucune incidence sur ma rémunération, constante.

Avez-vous un poids dans les décisions des livres qui sortent ? Vous arrive-t-il de ne pas vouloir défendre certains livres ?
Non, les décisions relèvent des éditeurs. Les graphistes, qui participent généralement aux choix des illustrateurs, s’expriment. Quant à ne pas vouloir défendre des livres, la question n’est pas de vouloir : mon équipe attend de moi que je défende tout ce qu’elle produit. Excepté deux fois (en huit ans), si je ne me trompe, j’ai la chance d’être enthousiaste et convaincue pour chaque nouveauté !

Quelles sont les idées reçues qui vous énervent sur les attachés de presse?
Je ne connais qu’une idée reçue relativement dépassée aujourd’hui : celle d’être à tous « les petits fours » et mondanités. Mais cela ne m’énerve pas plus que cela. Je laisse dire, penser. Ceux qui me côtoient savent que j’aime à travailler en toute intégrité.

Quels sont les plaisirs à être attaché de presse jeunesse ?
D’être une passeuse d’envies et de baigner dans les livres illustrés ! De disposer de cette opportunité, aussi, de transmettre le goût et l’intérêt de l’image, même (et voire justement même) à des interlocuteurs au départ peu enclins à ce genres d’ouvrages.

Et quels sont les mauvais côtés ?
La frustration de ne pas avoir suffisamment de temps et d’énergie pour défendre tous les projets. Et bien qu’il faille être convaincue et enthousiaste, c’est un métier usant. Mais ce n’est pas à proprement parler un mauvais côté !

Merci à Myriam Benainous, le site de Gallimard Jeunesse : http://www.gallimard-jeunesse.fr/


Dis c’est quoi ton métier… Angela Lery

Quel est votre métier ?
– Attachée de presse

En quoi consiste-t-il ?
– Dans une maison d’édition comme Gulf Stream Éditeur, on peut dire que je suis une femme-orchestre :

  • relations presse : répondre aux demandes des journalistes, élaboration de fichier presse, envoi des services de presse, ciblage de nouveaux médias, relation avec les blogs partenaires.
  • organisation des événements, dédicaces, animations avec les auteurs.
  • organisation des salons (du dossier papier, en passant par l’emplacement du stand, la préparation du matériel, l’organisation du transport des livres, les dédicaces ou encore l’organisation de la venue des auteurs)
  • tout ce qui touche à la communication et à la mise en avant des livres et de la carterie (on fait les deux chez Gulf Stream) : newsletter, promotion, actualité sur le site, sur les réseaux sociaux, répondre aux demandes des libraires, documentalistes, organisateurs de prix littéraire, particuliers (dans le cas de la carterie)… etc
  • personne « tampon » (qui tamponne les lettres et qui fait le tampon entre les gens accessoirement) ou personne « coussin » (sur qui on peut se reposer, compter, qui fera son max pour que tout se passe bien, qui rassurera et écoutera). Tampon c’est pas toujours agréable, mais coussin ça a son utilité !

Comment devient-on attaché de presse pour une maison d’édition jeunesse ?
– Oulalalala bonne question. Je pense qu’il n’y a pas de cursus spécifique pour faire ce métier, juste un minimum de culture générale, de la curiosité, un bon sens de l’organisation, s’intéresser aux autres, à l’actualité, aimer rendre service, faire au mieux pour être réactif et disponible, et avoir un fort intérêt pour le livre jeunesse évidemment.
Il faut avoir soif d’apprendre, de découvrir et de faire découvrir, un peu comme un enfant finalement !
Pour ma part je suis une petite fille de libraire jeunesse qui a baigné dans les albums pendant toute son enfance, une rêveuse, une bavarde, une littéraire, une nulle en maths, une geek, une bonne franquette. Tu mélanges tout ça et ça donne plusieurs possibilités de travail sympa dont celui là ! Plus sérieusement, au départ, je voulais faire du journalisme et après plusieurs stages qui m’ont fait prendre conscience que ce n’était pas pour moi, ben j’ai choisi de faire un master métier de l’édition et de reprendre la route vers ce que j’aimais finalement le plus, le livre jeunesse. De stages en métier du livre (maison d’édition, bibliothèque) à expériences professionnelles en métier du livre (libraire, documentaliste) j’ai fini par trouver et ça me plaît ! Il n’y a pas de voie toute tracée et tant mieux !

Y-a-t-il une différence avec un attaché de presse pour une maison d’édition adulte ?
– Alors là je n’en sais rien (je suis toujours une « jeune padawan », pas encore assez « jedi » dans le domaine) mais honnêtement je pense que non. Tu pourras me reposer cette question dans quelques années quand j’en saurais plus sur ce mystérieux milieu et sur ce mystérieux métier, « sage alors je serais ».

Lisez-vous tous les livres que votre maison d’édition sort ?
– J’essaye de le faire, cela me paraît assez indispensable pour parler d’un livre. Après quand tu es fraîchement arrivée dans une maison qui a déjà 140 titres au catalogue, il faut un peu cravacher pour réussir à lire tout le fonds déjà existant. Mais la première des qualités étant la curiosité, tu dois quand même prendre le temps de bien étudier le catalogue.

Participez-vous à des salons ?
– Yes of course ! Petits comme gros, pour moi c’est important de connaître le public, de valoriser sa production en « direct live ». On fait les incontournables tels que Montreuil, mais aussi des petits salons locaux et régionaux. Personnellement j’ai une petite préférence pour les petits salons.

Rencontrez-vous les auteurs ? Le public ? Les libraires ?
– Les auteurs et les libraires,  j’aimerais les rencontrer plus souvent. Malheureusement il y a souvent une machine qui fait l’intermédiaire entre nous (internet ou le téléphone) arff. Mais dès que je peux (ce qui n’est pas toujours simple j’en conviens) j’essaye de les rencontrer, c’est important et puis j’aime beaucoup connaître mes interlocuteurs, c’est toujours un plaisir. J’adore mettre des visages sur des mails ou sur des voix, les rapports deviennent plus « vrais » quand on se rencontre physiquement, plus humains quoi.
Quant au public, je le rencontre principalement sur les salons. Sinon j’ai toujours mon petit public personnel (entourage, famille, amis) à qui je parle de la maison d’édition et des livres qu’on publie.

Où et comment travaillez-vous ? (Sur ordinateur ? uniquement au bureau ?)
– Moi je suis souvent au bureau et souvent sur ordinateur ou au téléphone ! On peut aussi me trouver dans les « stocks » pour faire mes envois, mes colis. Mais c’est un métier que l’on peut exercer de chez soi en s’organisant bien. Moi j’aime bien aller au bureau, j’aime le contact et les échanges avec mes collègues, c’est un p’tit univers qui me plaît bien.

Comment est faite la rémunération ? Avez-vous une commission sur les livres ?
– Je suis salariée, employée, avec un salaire fixe mensuel et non je n’ai pas de commission sur les livres.

Avez-vous un poids dans les décisions des livres qui sortent ?
– Ici les tâches sont plutôt bien réparties, c’est chacun sa place, je ne suis pas à l’édito, mon avis est donc secondaire, par contre je peux le donner, c’est ça aussi le travail d’équipe. Chez Gulf Stream, ça arrive souvent qu’on me demande mon ressenti sur un texte, sur des illustrations et ça c’est appréciable, après je n’ai pas à prendre de décision quant à la partie éditoriale, ce n’est pas mon métier !

Vous arrive-t-il de ne pas vouloir défendre certains livres ?
– Il y a des livres qui nous parlent moins, que l’on aime moins, mais « à livre publié traitement égal », ça c’est mon point de vue. Et à la réflexion, non, ça ne m’est jamais arrivé de ne pas vouloir défendre un livre. A travers un livre c’est aussi un auteur, un illustrateur, une ligne éditoriale qu’on défend, si on a choisi de le publier c’est qu’on y croit et qu’on l’aime avec ses qualités et ses défauts. Dans les faits, certains livres ou certaines collections ont droit à des actions de communication plus importantes ou plus visibles, mais là je ne suis pas seule décisionnaire, c’est une décision collégiale.

Quelles sont les idées reçues qui vous énervent sur les attachés de presse?
– La première idée reçue consiste à dire qu’elles adorent les mondanités, se montrer et faire « ami ami » avec la France entière. C’est pas trop mon dada, j’aime les petits comités en général, bien que je sois très bavarde outre mesure ! La deuxième c’est qu’elles sont grandes, blondes et super lookées, je ne suis pas super grande, plutôt brune avec les cheveux en pétard et j’aime bien mon jean et mes baskets. Mais bon ce sont vraiment les pires des idées reçues que je te donne comme exemple là !

Quels sont les plaisirs à être attachée de presse jeunesse ?

  • Ouvrir les cartons de livre quand ils arrivent et jeter un premier regard sur eux, comme un trésor.
  • Faire son possible pour qu’un livre soit visible et que ça marche !
  • Obtenir des articles ou des recensions sur les livres ! Alors là j’ai le sourire jusqu’aux oreilles en général, surtout si c’est une bonne critique.
  • Me perdre dans les stocks, lever la tête et me dire que c’est un beau métier.
  • Faire découvrir à mon loulou les livres qu’on publie.
  • Faire de belles rencontres humaines, vraies, comme la tienne d’ailleurs !
  • Me sentir contente pour les auteurs quand j’ai un article sur leur livre et lire la joie sur leur mail quand je leur annonce !
  • Et encore tellement de choses que ce serait trop long ! Avec moi t’as pas fini !

Et quels sont les mauvais côtés ?
– Ça peut être frustrant quand tu fais de ton mieux et qu’au final peu de choses se passent et quand tu fais toujours l’intermédiaire entre les gens, ça peut être fatiguant aussi ! Mais bon faut bien quelques mauvais cotés et franchement, ça va, dans ce métier on s’en tire bien !

Merci à Gabriel, c’est super de mettre en lumière nos livres et nos métiers avec conviction et originalité (et puis c’est ma grande première pour l’interview, alors je suis vraiment touchée, flattée même), mais aussi à Marianne et à leur jolie mare où on aime se baigner parmi nos livres préférés !

Merci à Angela Lery, le site de Gulf Stream : http://www.gulfstream.fr/

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