La mare aux mots
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Aude Maurel

Quand maman a peur

Par 23 mai 2013 Livres Jeunesse

Tu lui serres la main ?
Cécilou Cécilou
Là tu m’étonnes beaucoup
On dit bien qu’il est sauvage
Et qu’il prend les enfants sages
Pour en faire du ragoût, du ragoût
Cécilou Cécilou
Là tu m’étonnes beaucoup !
Cecilou, Anne Syvestre

Aujourd’hui trois albums sur des mamans qui s’inquiètent… à tort (on notera que ce ne sont jamais les papas, eux sont forcément forts… Sous entendus sexistes de la littérature jeunesse, mais bref passons, ceci était une parenthèse).

Comment cacher un lionQuand un lion débarque au village forcément il n’est pas bien accueilli. Les villageois le coursent même pour le faire partir. Heureusement ce lion croise sur son chemin une petite fille qui le cache chez elle. Mais cacher un lion ce n’est pas aisé, même quand on a des parents très occupés.

Beaucoup d’humour et de tendresse dans Comment cacher un lion d’Helen Stephens. Une belle histoire d’amitié, très tendre, entre un lion et une petite fille. Un lion bien encombrant ! On sourit de le voir caché derrière le rideau de douche pendant que la maman se brosse les dents, ou s’amuser à sauter sur le lit avec son amie. comment cacher un lion.bmpOn parle aussi des a priori (forcément un jour les parents voient le lion et en ont peur, comme tous les adultes) parfois trompeurs, le lion n’est pas si méchant et se révèlera même finalement très utile aux villageois. Et si c’était le regard des enfants, vierge d’a priori, qui détenait la vérité ? Un album au charme anglais.

Bob le loup

Tiloup est malade, il souffre horriblement de son ventre, sa mère ne sait pas quoi faire quand il fini par s’effondrer sur le plancher de sa chambre. Elle crie par la fenêtre mais c’est Bob le loup qui arrive… l’affreux Bob le loup, celui à qui personne ne parle, celui dont on n’ose même pas prononcer le nom… que va-t-elle faire quand celui-ci lui propose d’amener son fils à l’hôpital ? Peut-on faire confiance à ce loup immense ?

BOB LE LOUPBob le loup est un magnifique livre sur les a priori signé Jean-Luc Le Pogam. Bien-sûr tout le monde juge Bob le loup sur son apparence, il est tellement grand et gros et… il n’a pas de maison ! Forcément ça effraie. Les illustrations de Ronan Badel mettent bien en valeur le côté terrifiant du personnage et la peur qu’il déclenche chez les autres. Je suis tombé sous le charme de cet album, une magnifique histoire avec une chute pleine d’humour et d’émotion.

On ne sait jamais...Ce petit lapin aimerait courir dans les champs, sortir, voir le monde mais comment le faire avec une maman qui a peur de tout ? Alors que tous les copains sont en maillot de bain, lui n’aura le droit de sortir qu’avec un bonnet et une écharpe… on ne sait jamais ! Mais attends, reviens petit lapin, et s’il pleuvait ? Sa maman lui donne un parapluie. Allez c’est parti ! Ah non et s’il y a le renard, vaut mieux prendre un bâton et une armoire à pharmacie ! C’est bon cette fois-ci ? Peut-être pas…

Ah ces parents inquiets qui ont une boule à l’estomac chaque fois que leur enfant doit faire quelque chose… s’ils ont un peu d’humour ils se reconnaîtront dans cet album qui se moque gentiment d’eux. Un texte très drôle signé Richard Marnier et illustré par Aude Maurel (j’avoue, personnellement, ne pas avoir accroché sur les illustrations). Et vous, vous êtes du genre à lui mettre un bonnet quand il fait moins de 18° C?

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué des ouvrages illustré par Ronan Badel (Émile veut une chauve-souris, Émile est invisible, Émile fait la fête, Émile veut un plâtre, La mémé de ma mémé, Tout ce qu’une maman ne dira jamais et Le pépé de mon pépé), un ouvrage de Richard Marnier et Aude Maurel (Est-ce la lune ?) et un livre d’Aude Maurel sans Richard Marnier (Le lion de Léonie) !

Comment cacher un lion
d’Helen Stephens (traduit par Rémi Stefani)
Casterman dans la collection Les albums casterman
13,95€, 285×255 mm, 30 pages, imprimé à Singapour, 2013.
Bob le loup
de Jean-Luc Le Pogam, illustré par Ronan Badel
PtitGlénat dans la collection Vitamine
11€, 255×285 mm, 30 pages, imprimé en Espagne chez un imprimeur éco-responsable, 2013.
On ne sait jamais…
de Richard Marnier, illustré par Aude Maurel
Frimousse dans la collection maxi’BOUM
18€, 237×307 mm, 32 pages, imprimé en Malaisie, 2013.

A part ça ?

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Gabriel

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Il n’y a pas d’histoire dans le livre… il y a bien plus !

Par 7 avril 2013 Livres Jeunesse

Trois livres qui ont en commun de ne pas raconter d’histoire mais qui invitent à des choses très intéressantes.

Est-ce que la lune ?Est-ce la lune que l’on aperçoit dans ce ciel étoilé ? Non c’est un cil sur les joues d’une petite fille, et là… est-ce la lune ? Non là c’est un croissant !

Est-ce la lune ? est un petit livre extrêmement poétique qui joue avec les images et les mots. Chaque fois on voit quelque chose qui ressemble à la lune en noir et blanc avec Est-ce la lune ?cette simple question « Est-ce la lune ? » et en tournant la page on découvre sur une belle photo couleur que la forme qui ressemblait à la lune est en fait une crêpe, une bulle, une faucille,… Chaque fois c’est accompagné d’un petit texte très poétique qui compare l’objet en question et la lune. C’est ludique et plein de poésie, et c’est un très bel objet (couverture avec bords francs, beau papier,…) ! Un livre qui invite à la rêverie, à l’inventivité, à l’imagination.
Découvrez des extraits ici.

C'est TOI qui choisis !Regarde ces paysages, on va où tu veux ! Et ces vêtements, tu prends celui dont tu as envie ! Tu as envie d’une maison ? Tu prends laquelle ? C’est TOI qui choisis !

De grandes planches qui fourmillent de choses, pour que les enfants choisissent ! Et ça marche (j’ai même envie de dire que ça cartonne, ma fille est très fan). Des doubles pages de maisons, de familles, d’animaux de compagnie,… chaque fois l’enfant va choisir ce qu’il préfère, y revenir s’inventer des choses. Ici aussi on éveille l’inventivité et l’imagination et on fait travailler l’observation.

Odeurs, ça sent bon la fraise, la banane, le citron,...Sens ici… ça sent quoi ? Allez je te donne un indice : Je suis rouge avec des pépins sur ma peau. Une tige et des petites feuilles me servent de chapeau…

Ici c’est donc les odeurs qui vont aiguiser notre imagination. Chaque fois un rabat à soulever, on ferme les yeux et on essaye de deviner. Il y a un petit texte pour aider, et si vraiment on n’a pas trouvé un petit détail du fruit en question (enfin avec le détail on trouve forcément). Là aussi c’est un livre que ma fille a adoré, elle y revient sans arrêt. Un super livre pour développer la reconnaissance des odeurs, l’odorat. Un livre qui donne même faim !

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué un livre dans lequel il fallait sentir : Découvre les cinq sens.
Nous avons déjà chroniqué un livre d’Aude Maurel (Le lion de Léonie) et un livre de Florence Guiraud (Drôle de pique-nique).

Est-ce la lune ?
de Richard Marnier, illustré par Aude Maurel
Les p’tits bérêts dans la collection Sur la pointe des pieds
12€, 150×150 mm, 52 pages, imprimé en Italie, 2013.
C’est TOI qui choisis !
de Pippa Goodhart, illustré par Nick Sharratt
Nathan
12,90€, 270×310 mm, 24 pages, imprimé en Malaisie, 2013.
Odeurs, ça sent bon la fraise, la banane, le citron,…
de Florence Guiraud
De la Martinière Jeunesse
13,90€, 130×296 mm, 10 pages, imprimé en Chine, 2013.


A part ça ?

Jacques Demy c’est un réalisateur qu’on adore et qu’on aime faire découvrir aux enfants (ah revoir Peau d’Âne ou Les demoiselle de Rochefort en famille…). A partir du 10 avril, la Cinémathèque propose expositions et rétrospectives (avec des séquences jeune public). Plus d’informations ici.

Gabriel

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Handicaps et différences

Par 27 mars 2012 Livres Jeunesse

« Si je diffère de toi, loin de te léser, je t’augmente», Antoine de St-Exupéry.

Je vous propose aujourd’hui ma première sélection thématique. J’ai choisi de vous présenter quelques livres qui ont pour sujet « le handicap », dans toute sa complexité et sa variété. Mais ce n’est pas parce que le sujet ou les questions sont sérieuses, qu’il faut lésiner pour autant sur la qualité, la poésie, et la beauté du texte et des illustrations !

On commence avec ce magnifique album d’Anne Herbauts, De quelle couleur est le vent ?, paru aux éditions Casterman. Je ne résiste pas au plaisir de vous en livrer les premiers mots, pour vous plonger dans l’ambiance :

On ne voit pas le vent,
on entend ce qu’il apporte.
On n’entend pas le vent,
on voit ce qu’il emporte.

Un garçon non-voyant, un petit géant, se demande de quelle couleur est le vent. Il s’en va donc parcourir le monde, pour essayer de trouver réponse à sa question. Il rencontre des animaux et des objets, qui lui donnent tous leur vision de la chose. Il semble y avoir autant de réponses que d’individus…
La chute est forte, inattendue, surprenante et poétique, alors je ne peux vous en dire plus…
Vous l’aurez compris, avec ce très bel album souple, on aborde le handicap visuel. Par cette belle histoire, certes, mais également par l’objet lui-même. Au-delà des belles illustrations d’Anne Herbauts, qui mélangent de nombreuses techniques, on trouve à chaque page de nombreux effets tactiles, discrets, pour parcourir le livre les yeux fermés. Il faut effleurer le papier, le caresser du bout des doigts pour avoir accès à toutes les nuances et tous les détails. Embossage et vernis sont les secrets de ces jolis reliefs, qui permettent de vivre une nouvelle expérience de lecture. De manière poétique et vivante, on découvre donc doucement le monde autrement.

A sa naissance, Léonie est parfaite. A un détail près : à la place des jambes, elle porte un jupon de métal. Tout le monde l’observe et trouve cela étrange. En grandissant, Léonie aimerait bien se défaire de cette lourde cage de fer, et prendre son envol. Ses parents vont essayer de trouver une solution : dorénavant, sa cage sera mobile. Ainsi, elle peut danser, tournoyer et même un peu se déplacer. Elle croise un jour la route d’un cirque. En son sein, le pauvre lion a peur, parce qu’il n’a plus de cage. Léonie se propose pour le protéger, et part ainsi parcourir le monde avec la troupe, jouant le rôle de cage protectrice. Mais rapidement, elle se lasse, et l’envie de découvrir de nouveaux horizons la démange… Laissera-t-elle tomber son ami ? Peut-elle aller où elle veut malgré sa particularité ? Et lui, pourra-t-il la retenir de force ? Ces deux-là n’ont pas fini de vivre de folles aventures.
Le lion de Léonie d’Aude Maurel, paru aux éditions d’Orbestier, a reçu en 2009 le prix Handi-Livres du meilleur livre. Et pourtant, les mots différence et handicap ne sont pas employés une seule fois. Là encore, c’est par le biais d’une véritable histoire, une sorte de conte mis en valeur par de très beaux collages de papiers, que sont abordés des thèmes aussi divers que la différence physique, le manque de mobilité, l’envie d’autonomie, l’amitié, ou bien le regard des autres. On ne tombe jamais dans le pathos larmoyant, mais on prend tout de même conscience du quotidien pas simple de cette petite fille prisonnière de sa cage de fer.

Avec Pierrot le Grand d’Halfdam Rasmussen, on parle de différence plus discrète mais tout de même parfois difficile à vivre au quotidien. Pierrot est petit, trop petit selon lui. Il ne rêve que d’une chose : devenir grand. Par accident, il tombe dans une lessiveuse, et glisse entre les rouleaux. Il en ressort grand, très grand. Alors qu’il devrait être heureux de voir son souhait exaucé, il se rend compte, qu’être très grand n’est pas très facile non plus. Non seulement le monde n’est pas toujours adapté, mais en plus, il est difficile de faire comprendre aux autres qu’il n’est encore qu’un enfant…
Cette réédition d’un livre danois des années 50, dans la collection Aux couleurs du temps de Circonflexe, a complètement sa place dans le monde d’aujourd’hui. De format très allongé, et avec les illustrations pleines d’humour d’Ernst Clausen, l’objet colle au texte : une histoire intemporelle à la fois drôle et profonde sur la difficulté à se satisfaire de ce que l’on est, à s’adapter au monde plein de standards dans lequel on vit, et sur le regard ou pire l’ignorance que les autres peuvent faire peser sur nous.

Pour terminer (même si cette sélection est loin d’être exhaustive), je vous présente deux romans qui ont comme personnages principaux le frère ou la soeur d’enfants handicapés.

Dans La préférée, écrit par Sylvaine Jaoui on suit Emma, une jeune fille de 12 ans dont la petite sœur, Aliénor, est autiste. Et la vie n’est pas simple tous les jours. Sa mère est très occupée à protéger Aliénor qui demande beaucoup d’attention, alors qu’à l’inverse son père, dépassé, se réfugie dans le travail. Au milieu de tout cela, quelle place reste-t-il à Emma, dont le rêve est de devenir un jour une grande pianiste ?

Sylvaine Jaoui nous fait vivre avec beaucoup d’émotion les tourments de cette famille, dans ce court roman, facile à lire. Emma est tiraillée entre la colère contre cette situation, l’amour pour sa petite sœur malgré tout, la peur du regard des autres à un âge auquel on y est parfois particulièrement sensible, et le désespoir de voir un jour la situation s’arranger… Et pourtant ! L’écriture est forte, les mots choisis, et on ne prend parti pour personne : c’est aussi difficile pour Emma, que pour Aliénor, ou que pour leurs parents, aussi différents soient-ils dans leurs attitudes. Une belle peinture des liens familiaux aussi bien dans l’adversité que dans les beaux moments.

Et pour terminer, on fait la connaissance de Simple, un jeune homme handicapé mental qui a deux âges, selon l’expression de son petit frère, Kléber : 22 ans à l’état-civil, et 3 au quotidien. Simple dit quelques phrases, toujours très sincères, et joue avec les téléphones, les réveils et Monsieur Pinpin, son lapin en peluche. Lorsque son père a voulu qu’il aille vivre en institution, à Malicroix, Simple a failli mourir de chagrin. Kléber, même s’il est en Terminale, et qu’il est épuisé de s’occuper de son grand-frère, n’a pas supporté la situation non plus. Alors, lorsqu’il part vivre en colocation avec trois étudiants, il décide de prendre son frère avec lui.Je vous avais déjà parlé de Marie-Aude Murail à propos de l’excellent Oh, boy !. Et bien j’ai retrouvé dans cette histoire toute la tendresse et la force de son écriture et de ses personnages. Simple mérite qu’on prenne le temps de s’intéresser à lui, et ça, Kléber, l’a bien compris, même s’il sait aussi que le quotidien est lourd et difficile, et que tout n’est pas rose, loin de là. Avoir un frère handicapé mental, ce n’est pas facile tous les jours, mais c’est également une source d’amour immense qu’il faut protéger à tout prix, d’après ce que nous raconte ce petit frère dévoué, qui ne s’oublie pas pour autant.

Dans la même thématique, Gabriel avait également parlé de Paul-la-toupie, un livre sur l’autisme ici.

De quelle couleur est le vent, d’Anne Herbauts
Casterman, 19,50 €
Public : A leur lire / Lecteurs débutants

Le lion de Léonie, d’Aude Maurel
D’Orbestier, 13 €
Public : A leur lire / Lecteurs débutants

Pierrot le grand, d’Halfdan Rasmussen, illustré par Ernst Clausen
Circonflexe, dans la collection Aux couleurs du temps, 13 €
Public : A leur lire / Lecteurs débutants

La préférée, de Sylvaine Jaoui
Casterman, 8,75 €
Public : Lecteurs confirmés (dès 10 ans selon l’éditeur)

Simple, de Marie-Aude Murail
L’Ecole des Loisirs, dans la collection Médium, 10,50 €
Public : Lecteurs confirmés

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A part ça ?

Pour expliquer simplement aux enfants ce qu’est l’autisme, cette vidéo très poétique tombe à point nommé. Simplicité, noir et blanc, et jolies animations, pour parler de ce petit frère qui vient « un peu de la Lune ».


mon petit frère de la lune par fondationorange

Marianne

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