La mare aux mots
Parcourir le tag

Béatrice Boutignon

Et si l’on parlait d’homoparentalité et d’homosexualité aux enfants ? (2)

Par 17 mai 2015 Livres Jeunesse
Cette chronique est dédiée à la petite Adèle.

La chronique que j’avais écrite il y a maintenant presque trois ans (Et si l’on parlait d’homoparentalité et d’homosexualité aux enfants) continue d’être LA chronique la plus lue de ce blog. Relayée par un grand nombre de sites, de forums et même d’organismes. En cette journée internationale contre l’homophobie, j’avais envie d’ajouter quelques albums à la liste. Nous ferons d’ici quelques semaines une chronique romans. Tous les livres (albums et romans) que nous avons chroniqués sur l’homosexualité et l’homoparentalité sont regroupés dans un tableau Pinterest. Ces albums sont vraiment importants, car ils permettent aux enfants qui grandissent dans des familles homoparentales de voir qu’ils ne sont pas les seuls et ils banalisent ces situations auprès des autres enfants. La peur et la haine naissent souvent de choses qu’on ne connaît pas, qu’on ne comprend pas, ces livres peuvent aussi faire qu’il y aura moins d’homophobie demain.

Boum ! Boum !Timothée aime Fleur. Son cœur fait BOUM ! BOUM ! quand il pense à elle. Sa bouche dit YOUPI ! YOUPI ! quand elle est d’accord de sortir. Puis il y a le klaxon de la bicyclette, le bruit des papilles quand ils se régalent d’une pomme d’amour, le choc des verres qu’ils tapent pour trinquer… l’amour entre Timothée et Fleur fait beaucoup de bruit ! Mais il y a un autre bruit, il y a celui des pleurs de José qui est amoureux de Timothée.
« Et tant pis si un jour cet amour fait GRAND bruit autour de lui ! », ainsi se termine BOUM ! BOUM ! et autres petits (grands) bruits de la vie. Le cœur de José fait le même bruit que celui de Timothée, il aime de la même façon. Et comme le dit le docteur, ce n’est pas grave. Ici, il y a un garçon qui aime un autre garçon et au fond quelle importance ?
Un très bel album, très doux, sur les bruits de l’amour.

Renard & renardRenard et Renard vivent ensemble. L’un est plutôt peureux, l’autre rêve d’aventure. Quand le second décide de partir vivre sa vie, le premier préfère rester. Mais très vite, le renard courageux rentrera retrouver son foyer.
À aucun moment, il n’est dit qu’il s’agit ici d’homosexualité. Pourtant ce sont bien deux garçons qui vivent ensemble, qui se sentent seuls l’un sans l’autre, qui sont pressés de se retrouver (et la phrase « ils vécurent longtemps ensemble en paix » nous rappelle le « ils vécurent heureux » des contes de fées). Chacun pourra donc y voir l’histoire qu’il a envie d’y voir.
Renard & Renard est une belle histoire d’amour, entre deux renards.

Papa c'est quoi un homme haut sekçuelLe papa de Tinig a plein de surnoms. Uranien pour certains (alors qu’il ne vient pas d’Uranus), Socratique, Zèbre… il a même entendu pédale ou tapette ! C’est bizarre tous ces surnoms… Tinig décide d’en parler avec lui.
Pas toujours facile d’avoir un papa homo, c’est ce que nous rappelle avec beaucoup de tendresse et de finesse Papa, c’est quoi un homme haut sekçuel ?. L’enfant s’étonne d’entendre tant de choses sur son père et ne les comprend pas. Son père saura lui expliquer que tout ça ne fait que désigner une situation qui est, pour l’enfant, tout à fait naturelle, son père aime les hommes. Ici pas de couple (généralement quand on parle d’homoparentalité, le parent est en couple avec quelqu’un du même sexe) et pas non plus de maman. C’est un papa seul avec son enfant. Les illustrations d’Anna Boulanger sont magnifiques.
Un très bel album pour parler de l’homophobie.

Les trois prochains livres ne parlent pas que d’homoparentalité, mais ils l’abordent. Ils parlent de la diversité des familles.

Ma Super FamilleDans certaines familles, tout est simple. Dans celle de Timothée, 6 ans, c’est un peu compliqué. Déjà, ses parents ne vivent pas ensemble. Ensuite, il a un demi-frère et une demi-sœur (alors qu’elle mange comme quatre), une cousine qui vient de l’autre bout du monde, des tantes plus jeunes que lui (suite à un grand-père remarié), un grand-père inconnu, une grand-mère qui vit avec son amoureuse… quand je vous disais que c’était pas simple !
Avec l’humour qu’on leur connaît (lire absolument leurs géniales BD), Gwendoline Raisson et Magali Le Huche croquent avec justesse les familles d’aujourd’hui. Le papa de Timothée a été élevé par deux mamans, et alors ?
Un très bon album à flap, pour se rappeler que les familles ce n’est pas forcément juste un papa, une maman, un garçon, une fille et un chien.

CAMILLE VEUT NOUVELLE FAMILLECamille en a marre, ras le bol, elle veut une nouvelle famille. Elle part de chez elle pour trouver qui pourra l’accueillir ! Peut-être Yann qui vit avec ses parents adoptifs ou Dorine qui vit seule avec sa mère et pourquoi pas Baptiste qui vit avec ses deux papas ?
Ici aussi, on rend hommage à toutes les familles (on parle aussi de « couple mixte », de parents souvent absents et de familles nombreuses) en rappelant que « quand on s’aime, toutes les familles sont idéales ».
Un album tendre et drôle.

Un air de familleDes familles, il y en a vraiment des différentes. Des familles nombreuses, des familles monoparentales, des familles homoparentales, des familles qui accueillent parfois un enfant supplémentaire, des familles recomposées, des parents qui ont des origines différentes… Il y a des papas un peu trop énervés, des fils uniques, des jumelles, des grands-mères qui vivent à la maison, des demi-sœurs, des enfants en fauteuil roulant…
Béatrice Boutignon (l’auteure du célèbre Tango a deux papas et pourquoi pas ?) s’intéresse à tous les types de familles. Autour des étapes de la journée et de la vie (repas, vacances, après-midi au musée, heure du coucher, sur le chemin de l’école…), des familles nous sont présentées en quelques mots. Les situations sont totalement diverses, rien ne semble avoir été oublié. Par contre, pas d’histoire ici, juste cinquante petits portraits, ce qui peut lasser en lisant l’album. C’est plutôt un album où l’on viendra piocher, ou qui sera un très bon support pour un travail en classe.
Les familles sont variées, elles sont toutes ici représentées !

à nos amoursOn termine… par un petit carnet à remplir ! à nos amours parle de l’amour et ses mystères, un bon support pour discuter entre parents et enfants. On pose des questions (à quel âge peut-on tomber amoureux, qu’est-ce que ça fait…), on se demande comment on ferait comprendre ses sentiments à l’autre, on écrit des histoires d’amour… C’est un ouvrage vraiment original ! Dans un passage, on parle des garçons qui aiment les garçons et des filles qui aiment les filles… ça méritait d’être signalé !
Extraits sur le site de l’éditeur.

Quelques pas de plus…
Nous avions donc chroniqué de nombreux livres sur l’homosexualité et l’homoparentalité ici mais nous en chroniquons aussi régulièrement, ils sont tous regroupés dans un tableau pinterest (en cliquant sur la couv’ vous arrivez sur la chronique). Je vous conseille aussi le très bon dossier de NVL, qui m’a aidé à préparer cette chronique.

BOUM ! BOUM ! Et autres petits (grands) bruits de la vie
Texte de Catherine Lafaye-Latteux, illustré par Mam’zelle Roüge
Éditions Frimousse dans la collection Les pieds poètes
20 €, 236×350 mm, 32 pages, imprimé en Malaisie, 2011.
Renard & renard
Texte de Max Bolliger (traduit par Lilo Neis et Anne Salem-Marin), illustré par Klaus Ensikat
La joie de lire
16,75 €, 287×217 mm, 36 pages, imprimé en Chine, 2002.
Papa, c’est quoi un homme haut sèkçuel
d’Anne Boulanger
Zoom éditions
17 €, 285×185 mm, 68 pages, lieu d’impression non indiqué, 2007.
Ma SUPER famille
Texte de Gwendoline Raisson, illustré par Magali Le Huche
Les éditions du Père Castor
15,50 €, 280×320 mm, 48 pages, imprimé en Malaisie, 2009.
Camille veut une nouvelle famille
Texte de Yann Walcker, illustré par Mylène Rigaudie
Auzou dans la collection Mes p’tits albums
5,95 €, 214×217 mm, 31 pages, lieu d’impression non indiqué, 2013.
Un air de famille
de Béatrice Boutignon
Le Baron Perché
16 €, 255×190 mm, 48 pages, imprimé en France, 2013.
à nos amours, cahier d’activités
Auteur non crédité
Minus
5 €, 105×150 mm, 52 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2013.

À part ça ?

On ne peut pas parler d’homophobie sans parler du Refuge. Une association qui aide les jeunes homos chassés de chez eux, une belle association à défendre absolument. Envoyer des dons ici.

Gabriel

You Might Also Like

Histoires d’ours

Par 10 février 2015 Livres Jeunesse

coda petit ours blancBlancs comme la neige, Coda et sa mère, deux ours polaires, sont presque invisibles. Heureusement, parce que le chasseur rôde… Malheureusement, leur museau noir va les trahir… Réussiront-ils à échapper à Boba ?
Que de douceur dans cet album ! Rury Lee nous emmène dans le froid polaire, sur les traces de ces grands et majestueux animaux menacés. Grâce aux illustrations d’Emanuele Bertossi, on se croit vraiment en pleine tempête de neige, et on ressent tout l’amour de la mère ourse pour son petit, qu’elle tente de protéger à tout prix.
Une belle histoire pleine de tendresse et d’émotion, pour se souvenir que la nature est fragile, face à l’horreur humaine…
Vous pouvez feuilleter quelques pages de cet album sur le site des éditions Circonflexe.

L'enfant qui avait oublié sa peurApeuré, un enfant marche sans s’arrêter pour oublier sa détresse. Il avance sans but, et a peur que son cœur ne tombe en miettes s’il s’arrête. Lorsqu’il se retrouve nez à nez avec un gros ours à la fourrure épaisse, il n’a pas d’autre choix que de s’arrêter. Ils vont se confier l’un à l’autre, et avancer ensemble. Dorénavant, ils pourront compter l’un sur l’autre.
Nathalie Wyss nous livre un conte de saison, au cœur de la forêt enneigée, plein d’espoir et de douceur, pour apprivoiser ses peurs. Les illustrations de Béatrice Boutignon sont très délicates, tendres et chaleureuses.
Un bel album, pour apprendre qu’à deux, on est plus fort !

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué d’autres livres de Nathalie Wyss (L’œil du tigre) et Béatrice Boutignon (Tous les animaux ne sont pas bleus et Tango a deux papas et pourquoi pas ?).

Coda, petit ours blanc
Texte de Rury Lee, illustré par Emanuele Bertossi
Circonflexe
13 €, 245 x 285 mm, 42 pages, imprimé en Chine, 2015.
L’enfant qui avait oublié sa peur
Texte de Nathalie Wyss, illustré par Béatrice Boutignon
Le baron perché
16 €, 250 x 285 mm, 32 pages, imprimé où, 2015.

À part ça ?

Sonja Hinrichsen a demandé à 60 personnes de faire des traces dans la neige, pour former une œuvre d’art !

Marianne

You Might Also Like

Couleurs

Par 24 mai 2014 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, je vous présente un pirate coloré, et des animaux variés !

tous les animaux ne sont pas bleusCinq manchots sur la banquise, cinq éléphants à la file indienne, cinq petits chiens endormis, et même des serpents, des dinosaures, des cigognes, des grenouilles… Tous ces animaux sont différents ! Et surtout, Tous les animaux ne sont pas bleus !

Béatrice Boutignon nous propose un album à la fois beau et ludique. A chaque double page, cinq animaux qui se ressemblent. Mais ils sont tous différents, et les courtes phrases de la page de gauche nous invitent à deviner qui est qui. Les illustrations sont délicates et fourmillent de détails humoristiques, et le texte à la fois simple et plein de jolis mots permet d’appréhender les formes, les couleurs, les positions…. Quelle richesse dans un si petit format !

pirate des couleursUn poulpe attaque le bateau de Barberousse, ce grand pirate. Il découpe le bateau en huit morceaux et lâche un grand jet d’encre noire… Heureusement, Barberousse ne se laisse pas faire et s’arme de ses pinceaux ! Un vrai Pirate des couleurs, qui compte bien redonner au monde qui l’entoure la beauté qu’il mérite !

Quelle réussite cet album ! Cette aventure de pirates, écrite par Christine Beigel, à la fois drôle (le perroquet s’appelle Ara-qui-rit…) et rythmée nous plonge dans le monde de la peinture. La vie est tellement plus gaie en couleurs. Ce n’est pas Natacha Sicaud qui dira le contraire, quand on voit ses superbes illustrations à la manière de Van Gogh, chatoyantes et ondulantes. On dirait presque que les images vont s’animer sous nos yeux. Et on joint l’utile à l’agréable puisqu’on retrouve en pages finales des explications sur le peintre, l’époque, et le choix de l’auteur et de l’illustrateur.

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué d’autres livres de Béatrice Boutignon (Tango a deux papas, et pourquoi pas ?) et Christine Beigel (La danse expliquée aux enfants, Monsieur le loup, Le canari qui faisait pipi au nid, Ami ou ennemi ? et Mini Rikiki Mini).

Tous les animaux ne sont pas bleus
de Béatrice Boutignon
Tom’Poche
5,50 €, 210 x 160 mm, 36 pages, imprimé en Italie, 2014
Pirate des couleurs. Vincent Van Gogh
Texte de Christine Beigel, illustré par Natacha Sicaud
Elan vert dans la collection Pont des arts
14,20 €, 245 x 327 mm, 26 pages, imprimé en Chine, 2014

A part ça ?

Encore et toujours des sculptures de papier, mais je ne m’en lasse  pas ! Admirez le travail de Davy et Kristin McGuire.

Marianne

You Might Also Like

Et si l’on parlait d’homoparentalité et d’homosexualité aux enfants ?

Par 24 septembre 2012 Livres Jeunesse

 

Extrait de Titiritesse, éditions OQO

L’homoparentalité on en parle de plus en plus, ça fait partie du quotidien des enfants (c’est de plus en plus courant que nos enfants aient, dans leur classe, un camarade qui a deux papas ou deux mamans) pourtant c’est un sujet rarement abordé dans la littérature jeunesse… Et quand on en parle c’est souvent de façon assez « pédagogique » (c’est souvent le thème principal du livre). Moi je rêve de voir un personnage récurent comme T’choupi ou Petit ours brun avec un copain qui a deux papas (et que ça soit juste une donnée, pas une thématique), cela ferait tellement avancer les mentalités… Avoir des parents de même sexe ça devrait être juste « banal », ça ne devrait même pas mériter une chronique spéciale ici ! Mais comme ça reste rare j’ai eu envie de le faire. J’ai décidé de parler aussi de livres qui parlent de l’homosexualité, ils ne concernent pas forcément les homosexuels eux mêmes, mais permettent d’ouvrir l’esprit des enfants, et peut-être répondre à quelques questions (tout comme ma fille qui a des parents de sexes différents n’est pas dérangée par une histoire où un enfant a des parents de même sexe). Personnellement quand je lis une histoire d’amour elle m’émeut si elle est belle et je ne regarde pas si ce sont deux personnes de même sexe ou de sexes opposés. On devrait proposer aux enfants des livres avec des couples de même sexe, des couples mixtes (je parle d’origine ethnique) ou des couples avec des différences d’ages… comme ils en croisent tous les jours. Les livres pour enfants ne devraient plus, en 2012, ne proposer que des histoires dont les parents sont jeunes, blancs, hétérosexuels avec deux enfants (un garçon et une fille évidemment) et un chien. Les livres pour enfants sont là pour faire évoluer les mentalités aussi, merci donc à tous ceux qui écrivent des livres qui sortent de ce schéma.

Donc je parlerai dans la première partie des livres sur l’homoparentalité puis dans la deuxième de ceux sur l’homosexualité (dans chaque partie j’ai classé par âge). Vous retrouverez, comme d’habitude, les références des livres en fin de chronique. Je vous proposerai quelques autres livres et des liens dans le Quelques pas de plus… et un livre sur l’homoparentalité dans le A part ça ? Retrouvez aussi tous les livres que nous avons chroniqués sur le sujet (et même les nouveaux viendront s’ajouter) ici.

Vous remarquerez que cette chronique (qui est la 500ème chronique de La mare aux mots !) est plus longue que d’habitude mais je pense que c’est justifié !

Dans la collection Les petites familles de L’école des loisirs on trouve Jean a deux mamans. J’avais déjà parlé de cette collection lors de ma thématique sur le divorce avec Camille a deux familles. C’est une collection relativement bien faite pour les plus petits : textes courts, pages cartonnées épaisses. Ophélie Texier sait, en quelques mots, faire passer le message. Ici donc Jean et ses deux mamans, Maman Jeanne qui l’a porté (et qui attend d’ailleurs un autre enfant) et Maman Marie. Peut-être un bémol toutefois, vous me direz ce que vous en pensez. Maman Jeanne qui donc porte les bébés fait la cuisine et joue avec les enfants pendant que Maman Marie va à la pêche et fait les travaux dans la maison… On remarque aussi que c’est Maman Marie qui offre un bouquet à Maman Jeanne. Une vision très hétérosexuelle d’un couple homosexuel d’après moi.

Quand Théo dessine son arbre généalogique à l’école, Pauline se moque de lui « hi, hi, hi… mais c’est pas possible ta famille ! » en effet Théo a deux mamans ! « mais dans une famille y’a un papa et une maman » d’après elle. Et pourtant… pourtant Théo n’est pas le seul à ne pas répondre à ce schéma : un de ses petits camarades vit seul avec sa maman, un autre a été adopté, un autre vit avec deux papas,… Voilà un livre bien fait et très sympa (bon les illustrations ne sont pas…). Ce n’est pas caricatural, c’est doux, l’histoire est simple mais percutante. Un livre qui plaira à tous les enfants qui n’ont pas une famille qui correspond aux canons habituels… et ça plaira aussi aux autres enfants !

Tango a deux papas et pourquoi pas ? En effet Silo et Roy sont deux manchots inséparables. Et au moment où tous les couples manchots font leurs nids, eux c’est ensemble qu’ils font le leur, entre mâles. Le souci c’est que les autres couples ont tous un œuf à couver mais pas Silo et Roy, un gardien du zoo va leur en confier un. Ils vont ainsi devenir papas. L’homoparentalité vu par les animaux c’est une très bonne idée. Les enfants adorent ce genre de façon de montrer les choses, ça passe tout seul. De plus les dessins sont magnifiques, l’histoire est vraiment réussie. Bref c’est un très bon album pour aborder l’homoparentalité mais aussi la différence et la tolérance.

Ulysse vit avec ses deux mamans et son chat, Capsule. Un jour son oncle Dédé à la drôle d’idée de lui offrir une souris. Les mamans d’Ulysse ont du mal avec cette idée, et Capsule… comment réagira-t-il ? Ce qui m’a plu dans ce livre c’est qu’Ulysse a deux mamans, c’est un fait mais ce n’est pas le but de l’histoire. C’est un détail dans le récit. Après… je trouve que ce livre n’est pas mémorable (histoire pas folichonne et illustrations assez moyennes) mais c’est sympa que ce genre de livres existent aussi. Un livre très « grand public » (le genre de livre qu’on trouverait en supermarché) qui, en arrière-plan, fait passer un message. Ça serait intéressant d’ailleurs qu’on trouve plus de livres avec une famille homoparentale dont ce ne soit pas le sujet principal.

Marius est un petit garçon de cinq ans qui a deux maisons, sa maman a un amoureux et son papa aussi. Il aime ses deux maisons et leurs différences (chez maman y a une maison de pirate, chez papa on n’est pas obligé de ranger sa chambre), par contre il n’aime pas quand sa mamie dit que deux hommes ensemble c’est pas bien…
J’ai adoré ce petit album aux illustrations qui peuvent surprendre, que l’on peut trouver un peu dures et que moi je trouve très esthétique. L’histoire racontée par l’enfant est à la fois touchante et absolument pas mièvre (souvent quand c’est un enfant qui parle on le fait parler de façon niaise). On parle donc d’un papa qui vit avec un homme, du regard de la grand-mère, de l’institutrice (scène que j’ai trouvé très drôle où Marius est puni parce qu’il dit que son père est homosexuel), de comment on fait les bébés,… Un très bel album sur un apprenti pirate qui mène sa vie comme n’importe quel enfant.

Rosalie vit avec celles qu’elle appelle ses amourEs : ses deux mamans, Natacha et Mélanie. Avec sa meilleure amie Lucie, elle se pose des questions, elles se posent des questions sur l’amitié et l’amour en général et sur l’amour entre deux femmes en particulier (comment elles s’aiment nues la nuit ?).
Ce petit roman illustré de façon très particulière par Thisou Dartois, est complètement décalé. Dans sa forme et dans le fond. Rosalie joue avec les mots, leur orthographe (on parle de « goût thé », d’ « en nuit »,…). Le roman ramène parfois à une page puis à une autre, par moment c’est écrit avec une  écriture manuscrite, les dessins semblent rajoutés à la main par-dessus le texte, bref on joue avec la mise en page. Le livre aborde des choses qu’on aborde rarement dans la littérature jeunesse (comme l’amour physique entre personnes du même sexe ou l’insémination artificielle par exemple) ou des choses plus courantes mais d’une façon décalée. Un joli petit roman pour jeunes lecteurs sur l’amour sous toutes ses formes.

Oh, boy ! Siméon (14 ans), Morgane (8 ans) et Venise (5 ans) viennent de perdre leur mère et leur père s’est volatilisé il y a quelques années… que vont devenir les enfants ? Ont-ils une famille ? Après recherche ils ont un demi-frère et une demi-sœur (qui ne l’est pas vraiment…). Qui aura la garde, l’antipathique Josiane ou le « pédésexuel » Bart ?
Oh, Boy ! est sans aucun doute l’un des meilleurs romans jeunesse que j’ai lu. Extrêmement drôle (même dans les scènes tragiques), écrit avec une grande finesse, on ne s’ennuie pas une minute, on a envie de connaître la suite, de savoir ce que vont devenirs ces enfants. Les personnages sont très bien croqués, du surdoué Siméon à l’adorable petite Venise qui fait faire l’amour à ses barbies en racontant des histoires où le passé simple est très utilisé et très approximatif, en passant par la juge des tutelles accro au chocolat ou la voisine battue par son mari et qui refuse de porter plainte. Car oui le roman aborde des tas de thèmes : l’homosexualité, l’adoption, la fratrie, la maladie, les femmes battues,… Alors peut-être seul bémol, j’ai trouvé le personnage de Bart assez caricatural… Enfin disons que des homos avec plein de manières, qui s’évanouissent à la vue du sang, parlent au féminin, cumulent les conquêtes,… bien-sûr que ça existe, mais est-ce qu’il faut forcément montrer cette image ? C’est un grand débat que j’ai commencé avec une fan du livre et nous n’étions pas du tout d’accord. Passé ce bémol, qui n’en sera pas un pour la plupart des gens, c’est vraiment un roman exceptionnel, un vrai bijou de la littérature jeunesse que je vous conseille grandement !

Après les livres sur l’homoparentalité, ceux sur l’homosexualité.C’est l’histoire d’une petite grenouille qui s’appelle Cristelle. Elle est la fille du roi et de la reine, et comme toutes les princesses elle doit rencontrer le crapaud charmant pour l’épouser. C’est aussi l’histoire de Crioline, grenouille parmi tant d’autres, dont les parents sont de modestes travailleurs. Crioline préfère jouer aux jeux rigolos des crapauds que de passer son temps à se mirer dans la mare comme les autres grenouilles de son âge. Et si c’était Crioline qui devait épouser Cristelle ?
Très belle histoire que celle de ces deux grenouilles, le texte est beau et touchant, ici aucune mièvrerie. On reprend un peu les codes du conte pour mieux les casser : la princesse va épouser non seulement une fille mais une fille du peuple. L’amie de Crioline se demande quelles seront les réactions des autres, ses copains crapauds, ses parents. Crioline a même peur de finir en prison à cause de cet amour interdit. Mais en fait tout ça n’arrivera pas, il semble naturel à tout le monde qu’une grenouille épouse une autre grenouille. On parle de l’amour, des picotements dans le ventre que ça procure, de l’adoption même. Un très très bel album, pas militant, qui parlera à tous les enfants.

Au royaume d’Avant-hier vivait la princesse Titiritesse. Elle rêvait de voir le monde, sa mère rêvait surtout de la voir mariée ! Pour échapper à tout ce que lui destine sa mère Titiritesse décide de s’enfuir. En chemin elle rencontre un roi dont la fille Wendoline a été enlevée, ni une ni deux elle part sauver la princesse, détenue par l’ignoble (pas si ignoble finalement) Avalesix Duncoup. Dès leur première rencontre, Wendoline tombe sous le charme de Titiritesse et adore son parfum sucré, les deux princesses sentent une brise qui leur fait des chatouillis dans la tête quand elles sont ensemble et la nuit elles rêvent qu’elles s’embrassent…
Titiritesse est un album OQO, et si vous suivez ce blog vous savez à quel point j’aime cette maison d’édition. Comme d’habitude c’est totalement original, cet album ne ressemble à aucun autre. On est ici dans un conte complètement farfelu avec un ogre qui rêve d’un nouveau pull, un âne sans nom, un mot qui fait rire tout le monde et des princesses qui se marient. Comme toujours chez OQO les illustrations sont particulières, certains vont adorer et les regarder longuement, scrutant les détails, d’autres vont y être hermétique (je fais partie des premiers, ma compagne des seconds). L’objet est beau avec son papier épais. Un très bel album plein de fantaisie, d’humour et d’amour.

Zoé se sent anormale et sale. Elle a ses premières règles et elle est amoureuse de Nina, sa cousine. Elle vit tout ça comme quelque chose qui la dégoûte. Son éducation catholique ne l’aide pas à trouver les choses « normales ». De plus dans sa vie ce n’est pas la joie : ses parents sont en pleine crise de couple.
Autant le dire tout de suite, je n’ai pas été fan de F comme garçon. L’histoire ne m’a pas emballé, le personnage pas séduit et je n’ai pas accroché au style. Le titre lui-même qui voudrait dire que qui dit lesbienne dit garçon ne me plaît pas. Pourtant ce roman pourra peut-être plaire à des jeunes qui connaissent ces situations : confusion entre homosexualité et expériences, premières amours, premiers émois, situation familiale tendue,… C’est un des rares romans pour ado, d’après moi, qui aborde ce sujet de la différence entre l’homosexualité et les expériences qu’on veut tenter ado, coucher avec quelqu’un du même sexe sans se sentir homosexuel. Après le fait que ça ne m’ait pas parlé c’est très subjectif ! Je ne trouve pas que ça soit un mauvais roman (sinon je ne l’aurai pas chroniqué) mais moi il ne m’a pas séduit.

Jérôme l’esprit de camaraderie, les conversations « viriles », les filles avec leur agenda « star » et leurs stylos roses, la musique à la mode, les baignades entre potes… ce n’est vraiment pas son truc. La rentrée de seconde le stress, il ne veut pas passer pour le mec associable, il faut se fondre au groupe, faire des concessions, paraître cool… et pour lui c’est une vraie épreuve… et dans la classe il y a Clément, un garçon qui le trouble de plus en plus sans qu’il n’en comprenne la raison.
J’ai adoré ce roman, j’ai trouvé ça bien écrit, drôle, fin, intelligent. Je me suis régalé ! Jérôme Lambert a une vraie plume et a su croquer ce garçon un poil misanthrope qui découvre son attirance pour les garçons. L’histoire d’amour est très belle, la relation avec les parents intéressante. C’est un des meilleurs livres sur le sujet, un personnage dans lequel beaucoup de garçons qui vivent tout ça vont se reconnaître. On n’est pas dans les clichés ici, tout sonne juste. On parle aussi du regard des autres (les copains, les parents,…). Le seul bémol c’est que j’ai été frustré par la fin, j’aurai aimé qu’il soit plus long, savoir la suite. En tout cas je vais regarder ce que Jérôme Lambert a écrit d’autre.

Scènes de vies : Vincent se fait ridiculiser à la gym, Vincent dans sa famille où l’on ne communique pas, Vincent et sa meilleure amie, Vincent rencontre le nouveau…
Construit sous forme de petits chapitres, comme si Vincent nous racontait des passages de sa vie (un peu comme un journal, un peu comme des séances de psy ou des confessions… un moment Vincent dit, à propos de son père « j’en parlerai dans un autre bouquin »), Qui-suis-je ? est un joli roman dans lequel un ado de 14 ans et demi découvre son homosexualité. Le roman ne véhicule pas de clichés, Vincent, bien qu’un peu en marge et nul en sport, est un adolescent type. Les scènes où il se rend compte de qui il est sont belles tout en faisant très réelles, ici pas de grandiloquence et pas d’effet de style, tout sonne juste. On parle aussi ici des mots « pédé » et « enculé » utilisés à longueur de temps comme insulte dans les cours de récré sans en chercher le sens et les conséquences. Un joli petit roman, facile à lire avec une écriture très fluide.

Quelques pas de plus…

Sophie de La littérature de Judith et Sophie a déjà parlé de Oh, Boy ! ici.
Un autre livre sur l’homoparentalité et dont nous avons parlé sur La mare aux mots : La fête des deux mamans d’Ingrid Chabbert et Chadia Loueslati.
D’autres livres qui parlent d’homosexualité et dont nous avons parlés sur La mare aux mots : On m’a oublié de Guillaume Le Touze (un jeune garçon passe quelques jours chez son oncle homo), Plan B pour l’été d’Hélène Vignal (le meilleur ami de l’héroïne est homo), Les petites marées de Séverine Vidal (l’héroïne est amoureuse d’un garçon qui se révèle être homo), Sur les quais d’Anne Loyer et Ingrid Chabbert (une histoire d’amour entre deux filles), Le mariage de Coquet le Coq de Juan Alfonso Belmontes et Natalie Pudalov (un album jeunesse dans lequel la laitière et la renarde se marient).
Sur d’autres blogs, Le faire ou mourir de Claire-Lise Marguier par La littérature de Judith et Sophie, par Les livres de Dorot et en lecture commune sur A l’ombre du grand arbre, Will & Will de John Green et David Levithan sur Les carnets de Nathan et Arc-en-cielles de Nina Emisson sur de Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait  LIVREsse.
Et beaucoup d’autres livres sur le site Altersexualité (albums, bd, romans,…).
Et pour finir, vendredi le sujet des Maternelles, sur France 5 sera « Prévenir l’homophobie (parler d’homosexualité avec ses enfants) ».

Jean a deux mamans
d’Ophélie Texier
L’école des loisirs dans la collection Loulou & cie.
7,70€, 170×170 mm, 20 pages, imprimé en Malaisie.
Dis, mamans
de Muriel Douru
Éditions gaies et lesbiennes
8,01€, 28 pages, lieu d’impression non indiqué.
Tango a deux papas et pourquoi pas ?
de Béatrice Boutignon
Le baron perché
16,30€, 280×220 mm, 40 pages, imprimé en France
Ulysse et Alice
d’Ariane Bertouille, illustré par Marie–Claude Favreau
Les éditions du remue-ménage et Bouton d’or Acadie
18,35€, 245×340 mm, 40 pages, imprimé au Canada
Marius
de Latifa Alaoui M., illustré par Stéphane Poulin
L’atelier du poisson soluble
13,50€, 170×210 mm, 28 pages, imprimé en France
À mes amourEs
de Claudine Galéa, illustré par Thisou
Le Rouergue
6,50€, 120×170 mm, 112 pages, imprimé en France
Oh, boy !
de Marie-Aude Murail
L’école des loisirs, dans la collection Médium
8,50€ , 125×190 mm, 207 pages, imprimé en France
Cristelle et Crioline
de Muriel Douru
KTM éditions
14€, 170×210 mm, 32 pages, imprimé en France
Titiritesse
de Xerardo Quintiá, illustré par Maurizio A. C. Quarello
OQO dans la collection O
12€, 250×230 mm, 48 pages, imprimé au Portugal
F comme garçon
de Isabelle Rossignol
L’école des loisirs, dans la collection Médium
9,40€ , 125×190 mm, 152 pages, imprimé en France
Tous les garçons et les filles
de Jérôme Lambert
L’école des loisirs, dans la collection Médium
9,20€ , 125×190 mm, 111 pages, imprimé en France
Qui suis-je ?
de Thomas Gornet
L’école des loisirs, dans la collection Médium
8,70€ , 125×190 mm, 101 pages, imprimé en France

A part ça ?

Qu’est-ce que l’homoparentalité ? C’est ce à quoi tente de répondre Martine Gross dans un petit livre très complet. Ici tout est abordé, de la sémantique à l’aspect juridique. On y parle bien sûr de l’intérêt de l’enfant, de l’adoption, de l’insémination artificielle,… On y lit des vécus de parents et d’enfants, des témoignages d’experts (scientifiques, psychanalystes,…). On va aussi parler de ce qui fâche (les idées reçues du genre qu’un enfant élevé par un couple gay a plus de chance d’être abusé, des arguments des « anti-homoparentalité »), de ce qu’il reste à faire (gageons que ça change les prochaines années)… bref un petit livre très complet, une mine d’information pour tous les gens qui vivent cette situation.
Qu’est-ce que l’homoparentalité ? de Martine Gross. Éditions Payot-Rivages, 7,50€.

Gabriel

You Might Also Like

Secured By miniOrange