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Béatrice Guillemard

Les invités du mercredi : Jean-François Dumont, Amélie Billon-Le Guennec et Béatrice Guillemard (+ concours)

Par 15 janvier 2014 Les invités du mercredi

J’ai été vraiment séduit par la série La ferme du bout du pré de Jean-François Dumont. C’est une série qui fait passer énormément de messages, un peu militante tout en restant vraiment adaptée pour les enfants (avec des animaux on peut faire passer beaucoup de choses). J’avais très envie de lui poser quelques questions, il a gentiment accepté de me répondre. À la suite de cette interview, vous pourrez tenter de gagner le dernier tome de cette série, Une poule derrière un mur. Puis nous reparlerons d’un album qui m’avait vraiment interpellé par son ton et par son sujet : Tais-toi ! Son auteur (Amélie Billon-Le Guennec) et son éditrice (Béatrice Guillemard des éditions Chants d’orties) ont toutes les trois accepté de nous parler de cet album original. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Jean-François Dumont

Jean-François DumontQuel a été votre parcours ?
J’ai beaucoup dessiné enfant, mon père étant professeur de dessin, c’était quelque chose de naturel à la maison. J’ai ensuite fait des études d’architecture, et mon diplôme obtenu, une année d’école de graphisme (ESAG). J’ai ensuite (1987) commencé à travailler dans l’illustration, presse, édition, affiche, etc. En 2000, j’ai écrit ma première histoire (Le roi qui rêvait d’être grand) et depuis je continue.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescent ?
En ce qui concerne les albums, je fais partie d’une génération nourrie par les albums du Père Castor… Mon histoire fétiche reste Michka qui me bouleversait enfant.
La petite oie qui ne voulait pas marcher au pasJe pense que je n’aurais pas écrit Le naufragé du rond-point sans cette histoire de nounours qui sacrifie sa liberté.
Mais j’ai aussi le souvenir d’un petit album : Le voyage de Lily et Lulu des éditions Emma dont j’aimais beaucoup les dessins. Ensuite, ado, j’ai dévoré la littérature d’aventure : London, Stevenson, etc..

Quel regard portez-vous sur la littérature jeunesse actuelle ?
La littérature jeunesse est devenue un genre à part, extrêmement prolifique, souvent riche et qualitative. Je trouve un peu dommage la catégorisation actuelle qui limite les passerelles entre âge, littérature jeunesse et adulte, album et roman, etc..
La position de la littérature jeunesse est un peu compliquée, lue par des enfants, Copains comme cochonsmais jugée et achetée par des adultes (avec entre autres leurs souvenirs d’enfance et leurs idées éducatrices), cela conduit forcément à de légères schizophrénies et des phénomènes de modes rétro assez amusants à observer avec un peu de recul…

Parlez-moi de la série « La ferme du bout du pré ».
Le premier album Gare à Edgar n’était pas sensé être le premier d’une série, mais j’avais bien aimé dessiner le cochon dans cet album, et j’ai voulu faire une histoire autour de cet animal. J’ai pensé que ça pouvait être amusant de mettre Edgar en « guest star » dans l’album, et voilà comment la série a débuté, l’idée étant que chaque album se déroule dans cette ferme, mais reste indépendant des autres. Les personnages des autres albums sont en quelque sorte des figurants.pinocchio
Ensuite au fil des histoires, le monde de la ferme représentant une sorte de micro-société, j’ai essayé d’y transposer des sujets dits justement de société de notre monde humain. Les animaux jouent classiquement ce rôle dans la littérature jeunesse

Quelles techniques de dessin utilisez-vous ?
La plupart du temps, je travaille avec des pigments que je mélange soit avec de la résine acrylique soit de l’huile suivant ce que je veux obtenir. L’intérêt de cette technique est de travailler par couches superposées plus ou moins transparentes qui donne de la profondeur à la couleur.

Quels sont vos projets ?
Je pense refaire un album pour conclure la série, 6 albums, ça me paraît un bon chiffre.
Et j’aimerais bien faire un tour de l’Atlantique en voilier, mais ça n’est pas professionnel. Quoique…

Bibliographie sélective :

  • L’ogre & l’orthodontiste, texte et illustrations, Père Castor (2013).
  • Une poule derrière un mur, texte et illustrations, Père Castor (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • Cherche figurants, illustration d’un texte de Michael Escoffier, Kaléidoscope (2011)
  • Je suis un ours, texte et illustrations, Kaléidoscope (2010).
  • Bête comme ses pieds, texte et illustrations, Kaléidoscope (2010).
  • Copains comme cochons, texte et illustrations, Père Castor (2010), que nous avons chroniqué ici.
  • L’île au trésor, illustration d’un texte de Robert Louis Stevenson, Flammarion (2009).
  • L’attrapeur de mots, texte et illustrations, Père Castor (2009).
  • Le naufragé du rond-point, texte et illustrations, Père Castor (2008).
  • La petite oie qui ne voulait pas marcher au pas, texte et illustrations, Père Castor (2007), que nous avons chroniqué ici.
  • La grève des moutons, texte et illustrations, Père Castor (2007), que nous avons chroniqué ici.
  • Un bleu si bleu, texte et illustrations, Père Castor (2006).
  • Pinocchio, illustration d’un texte de Carlo Collodi, Flammarion (2004), que nous avons chroniqué ici.
  • Gare à Edgar, texte et illustrations, Père Castor (2004), que nous avons chroniqué ici.

Une poule derriere un murComme je vous le disais avant cette interview, grâce aux éditions Père Castor, je vais faire un chanceux parmi vous ! L’un de vous gagnera l’album Une poule derrière un mur, que nous avions chroniqué ici. Pour participer, laissez un commentaire sous cet article en disant que vous souhaitez tenter de remporter cet album. Vous avez jusqu’à mardi 10 h ! Bonne chance à tous.


Parlez-moi de… Tais-toi !

Régulièrement, on revient sur un livre qu’on a aimé avec son auteur, éventuellement son illustrateur et son éditeur. L’occasion d’en savoir un peu plus sur un livre qui nous a plu. Cette fois-ci, c’est sur Tais-toi ! (chroniqué ici), d’Amélie Billon-Le Guennec et Gaëlle Boulanger sorti chez Chants d’orties que j’ai eu envie de revenir.

Amélie Billon-Le GuennecAmélie Billon-Le Guennec (auteur):
C’est un texte qui est venu assez simplement, comme un cri. Histoire d’une enfant qui parle beaucoup et qui demande à être écoutée au milieu d’un emploi du temps chargé. Forcément, nous connaissons des enfants qui parlent peu et d’autres qui n’arrêtent pas de s’exprimer, forcément les deux comportements peuvent nous énerver. Alors, je me suis mise à la place de cette enfant qui a plein de choses à dire, à crier, à hurler. Des choses importantes ou pas, ce n’est pas le sujet. Envie de lui laisser la parole et de ne pas lui dire « je n’ai pas le temps »…
J’ai eu une remarque d’un éditeur me disant qu’il aimait bien ce texte, mais ne voyait pas comment l’illustrer.
Ensuite, les éditions Chants d’Orties ont été séduites par le projet proposé avec des illustrations. Le projet n’a pas pu se faire avec cette illustratrice et Béatrice a cherché quelqu’un d’autre et je trouve que les illustrations originales de Gaëlle Boulanger répondent bien au style du texte, à la forme du « cri » poussé par la narratrice.
Une belle aventure éditoriale.
Retrouvez Amélie Billon-Le Guennec en interview sur notre blog et sur son site.

Béatrice GuillemardBéatrice Guillemard (éditrice de Chant d’orties):
Chant d’orties est une maison d’édition associative. Elle vise la critique sociale à travers des textes de littérature destinés à un public adulte, mais aussi à de jeunes lecteurs. Il nous semblait important de ne pas se cantonner aux adultes, mais également de proposer une vision engagée, voire militante, pour les plus jeunes. Au fil des années la spécificité de Chant d’orties au niveau des enfants et adolescents s’est affirmée, si bien que nous ne publions plus que pour eux.
Nous partions avec plusieurs présupposés forts : ne pas prendre les enfants pour des « sous-adultes », mais bien comme des personnes à part entière, capables de réflexion, et auxquelles tous les problèmes de notre société peuvent être exposés sans en cacher les aspects les plus noirs, mais dans une langue adaptée à chaque âge. Nous souhaitions également que les illustrations des albums et romans échappent aux critères habituels des publications jeunesse pour offrir une dimension supplémentaire au texte, une double réflexion qui puisse porter le lecteur plus loin.
Il est très rare de recevoir des textes qui correspondent à tous ces critères, particulièrement pour les plus jeunes. Mais nous avons eu la chance de pouvoir mener à bien des projets d’albums à partir de 4 ans comme Aldo rêvait de Léna Ellka et Marion Claeys sur la société de consommation ou encore Tais-toi !. Le texte d’Amélie nous a immédiatement séduits, car c’est bien la parole brute et libérée de l’enfant qui est mise en scène. Ce parcours pour confronter l’adulte, qui lit l’album à haute voix, à son autoritarisme, parfois inconscient, face à son enfant dont la seule envie est d’être reconnu et considéré, se mêle à une formidable poésie du verbe.
Trouver quelqu’un pour illustrer Tais-toi ! a été particulièrement compliqué. Une maison d’édition comme la nôtre ne peut se satisfaire d’un illustrateur « mercenaire ». Il nous faut accueillir des professionnels qui partagent l’état d’esprit, et donc la ligne éditoriale, de Chant d’orties, tout en acceptant les contraintes financières d’une micro maison d’édition associative. Après plusieurs tentatives infructueuses pour Tais-toi !, particulièrement du fait du message qu’il véhiculait, j’ai découvert Gaëlle. Son travail et son style me semblaient tout à fait adaptés pour réussir à allier poésie et humour, originalité et discours militant. Elle a immédiatement été intéressée.
Ce fut un grand plaisir de travailler avec Amélie et Gaëlle. Le résultat est fantastique et l’accueil du public véritablement enthousiaste. Une vraie réussite littéraire et iconographique sur un sujet a priori très didactique.
Le site de Chants d’orties.

tais-toi
Tais-toi !
Texte d’Amélie Billon-Le Guennec
Illustré par Gaëlle Boulanger
Sorti chez Chants d’Orties
2013
Chroniqué ici.

 

 

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Ailes d’arc-en-ciel
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