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Benjamin Chaud

Les invité·e·s du mercredi : Claire Dé et Benjamin Chaud

Par 23 janvier 2019 Les invités du mercredi

Il y a quelque temps, je vous ai parlé (à plusieurs reprises) du magnifique Qui suis-je ? sorti chez Les Grandes Personnes, j’ai eu envie d’en savoir plus sur son autrice, Claire Dé. Je vous propose donc aujourd’hui, une interview dans laquelle elle revient sur son parcours et sur son travail. Puis c’est avec le grand Benjamin Chaud que l’on a rendez-vous, on se glisse dans son atelier pour en savoir plus sur la façon dont il crée. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Claire Dé

Comment est né Qui suis-je ?, votre magnifique ouvrage sorti chez Les Grandes Personnes et comment avez-vous travaillé sur ce projet ?
Qui suis-je ? est d’abord né de mon désir de poursuivre mon travail autour de la mise en appétit visuel et de mon amour pour les fruits qui sont de magnifiques supports esthétiques à la découverte des couleurs, des formes, des textures… Il y a trois ans, j’avais fait quelques portraits serrés de mes enfants jouant avec des fruits tout en expérimentant une nouvelle gamme de couleurs : du vert, du bleu cyan, du rose, de l’orange, du violet… Et puis j’ai mis ces images de côté… Après la sortie de Compte sur tes doigts en 2016, j’ai eu envie de créer un quatrième opus de cette série tout carton autour des mains sur les aliments. Peu de temps après, j’ai eu deux propositions de résidence dans le secteur de la Petite Enfance, l’une dans le réseau des crèches de la ville de Vaulx-en-Velin, l’autre dans un Multi-Accueil à Loudun dans le département de la Vienne. J’ai commencé par photographier chez moi dans l’atelier des compositions saisonnières de fruits et de fleurs que je souhaitais mettre en dialogue avec des petites mains touchant, jouant, manipulant ces mêmes fruits… Les premières tentatives d’images en crèche au cours de petites séances d’ateliers de découverte m’ont très vite fait comprendre que tout se passait sur le visage des enfants. Parti des mains, mon travail a alors naturellement glissé vers le portrait, les expressions des enfants, leurs regards d’une incroyable présence, leur complicité, leur malice, leur gourmandise… J’ai installé un petit studio photo dans la pièce de vie des structures Petit Enfance. Je me suis fixée une règle du jeu simple : venir avec des fruits, des fonds colorés, quelques tee-shirts assortis et laisser faire la magie des choses, l’alchimie des rencontres… Dans un second temps, je me suis amusée à créer – en écho avec les visages des enfants – des masques fruits. Un prolongement qui me permettait d’enrichir le projet de l’album et de l’emmener davantage vers le jeu créatif, l’imaginaire, la fantaisie… La forme de l’album s’est imposée naturellement : le leporello avec sa longue bande de papier pliée en accordéon correspondait bien à cette idée de galerie de trombinettes et de bouilles à croquer, une façon également de dérouler la succession des images dans le temps et de donner à voir d’un seul regard, cette magnifique diversité à travers l’ensemble des portraits, comme dans un dispositif d’exposition murale. Quand je regarde l’album aujourd’hui, deux mots me viennent en tête comme une évidence : tous ensemble !

Où trouvez-vous votre inspiration ?
Je trouve mon inspiration dans les émotions que peuvent me procurer les couleurs, les formes, les matières, les objets, la beauté des choses simples que je peux côtoyer au quotidien. Parfois un projet d’album naît tout simplement du désir de partager avec les futurs lecteurs, des sensations que j’ai pu éprouver, le plaisir du bon, du beau… À chaque fois que je termine un livre, je me dis : on efface tout et on recommence. Se remettre dans un état de disponibilité, faire de l’espace vide en soi est nécessaire pour créer mais c’est aussi très difficile…

Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?
J’ai un parcours de curieuse qui a toujours besoin de jouer, de créer, d’inventer. J’ai fait des études de littérature tout en étant une dingue d’images, d’art et de littérature jeunesse. Je crois que je suis une bricoleuse touche-à-tout. Je ne me mets pas de limite de genre. Je déteste les cases. Je pratique la photographie comme un art minimal. Produire peu mais avec justesse par rapport à ce que je recherche. J’aime les croisements, les échanges. J’ai grandi dans les années 80-90 avec l’émergence des notions d’interculturel, de métissage, la théorie du rhizome de Gilles Deleuze et Félix Guattari où tout élément peut en influencer un autre en échappant à la subordination du schéma d’organisation pyramidale. Dans ma jeunesse, j’ai travaillé avec une compagnie de théâtre d’objets, j’ai monté un festival de cinéma arabe avec des copains, j’ai créé avec une autre équipée le magazine Paris mômes, j’ai collaboré avec des grosses institutions culturelles comme le Parc de la Villette, le Centre Pompidou. J’ai monté de nombreux projets avec l’école d’art pour enfants de Blois. Depuis l’an 2000, je développe essentiellement un travail de création visuelle, d’albums et d’installation jeu qui invitent les enfants à prolonger, à enrichir, à décloisonner l’expérience de la lecture, la rencontre avec l’art et la création.

Vous avez sorti plusieurs albums chez Les Grandes Personnes, parlez-nous de cette collaboration avec ce bel éditeur…
Cette collaboration repose sur la confiance, la complicité, le respect et bien entendu un partage de valeurs autour du livre d’images. Brigitte Morel sait que les projets ont besoin de temps pour prendre forme. Je travaille mes livres de façon assez artisanale puisque je les conçois entièrement, maquette comprise. Créer un livre est pour moi un tout, forme et fond confondus. Brigitte est extrêmement vigilante sur la qualité d’impression, ce qui est primordial pour un travail photographique comme le mien où la couleur joue un rôle essentiel. La photogravure, le choix du papier, le format du livre, rien n’est jamais laissé au hasard.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
J’ai beaucoup lu enfant même si les livres n’étaient pas nombreux. De tout. Des albums, des encyclopédies, des romans. Certains ont été déterminants dans ma formation esthétique et ma passion pour cet incroyable objet qu’est le livre. Je pense en particulier à 13824 jeux de couleurs, de formes et de mots de Patrick Raynaud que mes parents m’ont offert en 1973 alors que j’avais 5 ans. Un choc. Adolescente j’ai découvert des auteurs qui ont changé ma vie comme Virginia Woolf, James Joyce, Marguerite Duras, Yasushi Inoue, Kenji Miazawa… Je suis venue à Paris à 20 ans pour faire des études. Je crois que Paris et sa vie culturelle m’ont davantage formée que les études. Je pouvais enfin nourrir mon besoin d’art, d’images et de sensations en tout genre. Passer de la Goutte d’Or aux quartiers chinois, des grands musées aux rues populaires. Des galeries d’art aux grandes librairies. Actuellement, ma bibliothèque de quartier est fermée pour travaux. J’en suis très frustrée car j’aime aller chercher des livres comme on va s’acheter une baguette à la boulangerie. J’ai une passion pour les livres avec des images, que ce soit des livres d’art, d’architectures, de graphismes, de photographies, d’histoire…

Quelques mots sur vos prochains ouvrages ?
J’ai plusieurs marmites sur le feu… L’une sera sans doute prête avant les autres. Laquelle, je l’ignore. Il y est toutefois toujours question de nourritures, de mets colorés, de drôles de mélanges et d’un soupçon de pop attitude.

Bibliographie :

  • Qui suis-je ?, éditions des Grandes Personnes (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Compte sur tes doigts, éditions des Grandes Personnes (2016).
  • Devine à quoi on joue ?, éditions des Grandes Personnes (2015).
  • Imagine, c’est tout blanc, éditions des Grandes Personnes (2015).
  • Arti Show, éditions des Grandes Personnes (2010).
  • À toi de jouer !, éditions des Grandes Personnes (2010).
  • Ouvre les yeux !, éditions des Grandes Personnes (2006).
  • Big Bang Book, éditions des Grandes Personnes (2005).

Retrouvez Claire Dé sur son site : https://claire-de.fr.


Quand je crée… Benjamin Chaud

Le processus de création est quelque chose d’étrange pour les gens qui ne sont pas créateur·trice·s eux-mêmes. Comment viennent les idées ? Et est-ce que les auteur·trice·s peuvent écrire dans le métro ? Les illustrateur·trice·s, dessiner dans leur salon devant la télé ? Peut-on créer avec des enfants qui courent à côté ? Faut-il de la musique ou du silence complet ? Régulièrement, nous demandons à des auteur·trice·s et/ou illustrateur·trice·s que nous aimons de nous parler de comment et où ils·elles créent. Cette semaine, c’est Benjamin Chaud qui nous parle de quand il crée.

J’aime beaucoup travailler au café peut-être parce que c’est un espace public, libre (je n’y paie pas de loyer) que je n’y suis pas dérangé par internet ou que je n’ai pas besoin d’être « rentable » comme à mon atelier. Tous les matins je passe une heure au café à faire semblant d’être occupé, à dessiner n’importe quoi, les gens qui passent, une bêtise qui me fait rigoler tout seul. C’est pas grave si c’est moche, bête ou raté, et petit à petit il y a des idées pour les livres sur lesquels je travaille qui arrivent, je les laisse venir toutes seules il ne faut pas que je les brusque, il faut qu’elles restent un peu sauvages, folles et ce n’est qu’ensuite à mon atelier que je les redessine au propre. En général il faut que je dessine mille fois la même chose avant de trouver un dessin qui me plaît, j’ai besoin de beaucoup rater.
J’ai vraiment l’impression d’être incapable d’avoir une idée valable à mon atelier et j’en suis tellement convaincu que c’est devenu vrai. Une fois à mon atelier (je ne peux pas passer toute la journée au café) je réponds à mes emails, je mets la musique ou la radio, je ne dessine jamais en silence c’est un travail trop solitaire ça m’oppresserait, et je dessine proprement les idées que j’ai eues au café. J’écoute toujours à peu près les même vieux trucs : Tom Waits, Nick Cave, Belle & Sebastian, Arcade Fire ou Nina Simone, ça ne me gène pas que ce soit toujours la même musique, c’est plus un problème pour ceux qui partagent mon atelier avec moi.
Et pour maintenir le lien je bois un truc chaud, thé ou café.
Je travaille aussi très bien dans le train parce que c’est impossible d’en sortir et je n’ai que ça à faire.
Pour écrire c’est différent, je ne parle pas tant de la narration que je construis en dessinant au café une quantité incroyable de chemins de fer, mais du choix des mots pour le texte de l’histoire. Là j’ai besoin de marcher et de faire rouler les phrases dans ma tête comme des petits sacs de cailloux jusqu’à trouver la bonne formule, le bon agencement et souvent après je l’oublie car bien sûr je marche sans carnet, c’est donc un processus assez long.
Et à la toute fin il y a le combat avec la couleur qui n’est jamais facile, que j’essaie de faire avec la même ouverture aux accidents que pour les crayonnés, j’essaie de me surprendre moi-même, de trouver de nouvelles choses, de prendre des risques fous (quitte à devoir recommencer un dessin) tout en respectant les dates de rendu car à ce moment-là je suis déjà un peu en retard. Et je me rends compte que malgré tous ces efforts de renouvellement je fais toujours à peu près la même chose, ça me désespère un peu sur le moment, cette incapacité à ne pas être quelqu’un d’autre, mais avec le recul, je vois mon petit chemin et je me dis tant mieux, c’est souvent une lubie cette volonté de changement et c’est bien qu’il y ait un semblant de cohérence dans le travail même si c’est involontaire.

Benjamin Chaud est auteur et illustrateur.

Bibliographie sélective :

  • Milo joue du tambour, illustration d’un texte d’Eva Susso, Cambourakis (2018).
  • Les Petits Marsus et la grande ville, texte et illustrations, Little Urban (2018).
  • Binta danse, illustration d’un texte d’Eva Susso, Cambourakis (2018).
  • Pompon ours dans les bois, texte et illustrations, Hélium (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Georgia, tous mes rêves chantent, illustration d’un texte de Timothée de Fombelle, Gallimard Jeunesse musique (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Le pire anniversaire de ma vie, texte et illustrations, Hélium (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • La vérité sur mes incroyables vacances, illustration d’un texte de Davide Cali, Hélium (2016).
  • Je suis en retard à l’école parce que…, illustration d’un texte de Davide Cali, Hélium (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • La fée Coquillette et la maison du bonheur, illustration d’un texte de Didier Lévy, Albin Michel Jeunesse (2014).
  • Poupoupidours, texte et illustrations, Hélium (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Je n’ai pas fait mes devoirs parce que…, illustration d’un texte de Davide Cali, Hélium (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Le petit Roro : Mon tout premier dico, illustration d’un texte de Corinne Dreyfuss, Actes Sud Junior (2012).
  • Coquillages et petit ours, texte et illustrations, Hélium (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • Une chanson d’ours, texte et illustrations, Hélium (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • Pomelo grandit, illustration d’un texte de Romana Badescu, Albin Michel Jeunesse (2010).
  • Adieu chaussette, texte et illustrations, Actes Sud Junior (2010), que nous avons chroniqué ici.
  • Le gros camion qui pue de mon papa, illustration d’un texte de Romana Badescu, Albin Michel Jeunesse (2006).
  • Pomelo est bien sous son pissenlit, illustration d’un texte de Romana Badescu, Albin Michel Jeunesse (2002).

Retrouvez Benjamin Chaud sur le site de La charte.

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Aujourd’hui, je vous propose d’aller faire un tour dans les bois, on y croise des ours ronchons et des fées de mauvaise humeur…

Pompon ours dans les bois
de Benjamin Chaud
Hélium dans la collection Album
15,90 €, 239×364 mm, 32 pages, imprimé en Italie, 2018.
Monsieur Fée
Texte de Morgane de Cadier, illustré par Florian Pigé
Balivernes dans la collection Calembredaines
13 €, 245×245 mm, 40 pages, imprimé en Europe, 2018.

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Georgia, tous mes rêves chantent
Texte de Timothée de Fombelle, illustré par Benjamin Chaud et lu par Cécile de France
Gallimard Jeunesse musique
24,90€, 250×290 mm, 44 pages, imprimé en Roumanie, 2016.
Je chante avec mon bébé
Texte d’Agnès Chaumié, illustré par Loren Capelli, Bénédicte Guettier, Marjolaine Leray et Louise Heugel
Enfance et Musique
24,90€, 237×209 mm, 165 pages, imprimé en Belgique, 2013.

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C’est pas vraiment la fête…

Par 3 octobre 2016 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, je vous propose un anniversaire raté et une visite chez une horrible grand-mère…

Le pire anniversaire de ma vie
de Benjamin Chaud
Hélium
14,90 €, 219×343 mm, 36 pages, imprimé en Belgique, 2016.
L’horrible madame mémé
Texte d’Émilie Chazerand, illustré par Amandine Piu
L’élan Vert
12,70 €, 235×296 mm, 28 pages, imprimé en Chine, 2016.

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Du berger à la bergère : de Benjamin Chaud à Kitty Crowther

Par 31 août 2016 Les invités du mercredi

Cet été, on vous a proposé encore une nouvelle rubrique pour nos invité.e.s du mercredi. Après les questions sur les métiers et les questions des enfants, on a proposé cet été à des auteur.e.s et des illustrateurs.trices de poser trois questions à un.e auteur.e ou un.e illustrateur.trice de leur choix. Puis à l’interviewé.e d’en poser une à son tour à son intervieweur.euse d’un jour. Après Jean-Luc Englebert et Benjamin Chaud, Fred Bernard et Loïc Clément, Marine Carteron et Clémentine Beauvais, Clément Lefèvre et Matthieu Maudet, Dorothée de Monfreid et Clothilde Delacroix, Élice et Annelise Heurtier, Michaël Escoffier et Laure Monloubou, Francesco Pittau et Célia Chauffrey, on boucle la boucle puisqu’on termine avec celui avec qui on avait commencé, Benjamin Chaud ! et c’est à Kitty Crowther qu’il a choisi de poser des questions.

Benjamin Chaud : Il y a une telle liberté dans tes histoires et tes dessins, comment procèdes-tu pour la garder ? (Est-ce que tu fais beaucoup de brouillons, tu recommences plein de fois, tu as une idée précise en commençant ?….)
Kitty CrowtherKitty Crowther : J’espère que tes moutons vont bien. Au passage dans la vallée, je lis ta question sur la liberté. Et cela me touche et me ravit.
C’est une chose que j’aime profondément et que je cherche à tout instant.
Cet endroit où la liberté et la grâce se croisent.
Je rêve/songe/réfléchis beaucoup. Je ne trouve pas le bon mot. Méditer serait bien. Quoiqu’il y a souvent une confusion dessus.
Je suis tombée sur cette phrase de Joyce Carol Oates, « Un roman ne commence pas sur la page, mais en méditation, et à rêvasser- en pensée, mais pas en écrivant…- »
Méditer, c’est un endroit où nous sommes le plus proche de nous-mêmes.
Un espace blanc, où toute histoire veut prendre forme.
Rester très honnête avec soi-même.
Le chemin de chaque livre n’est jamais vraiment le même.
Parfois, il commence dans la tête. Parfois il arrive en dessinant. C’est rare que je force la porte. Des fois bien sûr, cela coince horriblement. (Personnage coincé, peu habité) Soit j’attends. (Faire autre chose, chanter aux moutons, les tondre et que sais-je).
Soit je fais des brouillons, je cherche un souffle : très organique. Mais si cela coince au bout de deux trois dessins, je retourne aux moutons.
Je dirais aussi que c’est le processus qui compte à mes yeux. Bien sûr que je pense au résultat. Mais chaque chose en son temps. Une chose après l’autre.
Il y a toujours une partie de moi qui reste en alerte, pour l’histoire en cours. Et je la nourris au fil du temps.mère méduse
Dessiner des choses que l’on aime passionnément. Et toujours aller dans des endroits d’inconfort. Juste là où nous n’avons pas pied. Faire ce que l’on sait faire, avec une partie difficile en plus. Rester vigilant.
Je me méfie de mes propres tics de langage (écrits ou visuels).
C’est comme un dialogue entre la feuille et moi-même.

Benjamin Chaud : En quoi avoir gagné l’Alma price (NDLR : Prix Astrid Lindgren) a changé ta façon de travailler ?
Kitty Crowther : Peut-être ceci : accepter que je suis plutôt douée pour les histoires. (écrites et dessinées).
Avoir presque l’assurance de trouver toujours un éditeur (francophone et étranger).
Avoir reçu ce prix-là, c’est comme appartenir à une famille.
Heureuse de faire le mieux possible.
Le « gens » d’Alma, – jury – président du jury, continuent à s’informer de ce que je fais. De toutes mes publications.
J’ai une admiration sans bornes pour Astrid Lindgren.

Benjamin Chaud : Tes histoires traitent de thèmes importants qui s’adressent aussi bien aux enfants qu’aux adultes, envisages-tu de faire un jour un album qui ne s’adresserait qu’aux adultes ?
Kitty Crowther : J’aime beaucoup que tu dises album adulte (qui ne s’adresse qu’aux adultes).
J’ai déjà publié un livre qui s’appelle Petits meurtres et autres tendresses paru chez Seuil en 2004.
(trouvée sur le net, j’adore cette critique : VanessaV, 19 avril 2012, « Petits meurtres et autres tendresses de Kitty Crowther est une proposition pour adulte. Un album de dessins avec une phrase accolée, des mots doux, de beaux sentiments… non, non, oh surtout non : plutôt toutes les possibilités de mettre fin à une vie de couple… des plus petits sévices comme sur les illustrations présentées là, aux plus grandes tortures ou morts. Ce petit livre est jubilatoire (…). Un livre à tourner page à page pour découvrir toute l’animosité en dessins, en grimaces, en regards mauvais. Jouissif, il y en a pour les deux partenaires. Les illustrations de Kitty Crowther sont toujours superbes, les femmes et les hommes sont bien normaux, avec des vices, des défauts (et pas que cachés), ils sont grimaçants et sadiques »)
pour cov PêcheIl faut signaler que c’était le livre préféré de mon fils quand il avait 10 ans !! Haha.
Je suis toujours surprise par les adultes qui disent que ce n’est pas un livre pour les enfants. Comme si c’était un seul lecteur. Qu’est-ce que cela veut dire ?  Un livre pour les enfants.
Il y a des tas de lecteurs différents. Certains enfants sont plus adultes que des adultes.
Et l’inverse aussi. Des adultes terriblement enfantins.
Je ne t’apprends rien en disant ça.
Je crois à la diversité des lectures.
Mais pour répondre correctement à ta question. J’ai envie d’écrire entre texte et poésie. Mais sans images.
Et faire des images « one shot » un peu street art/tribal/dessin art contemporain/comix, un mélange de tout ça. Affaire à suivre !.

Kitty Crowther : Quel est ton grand rêve, ta plus grande envie éditoriale aujourd’hui ? (Un livre audio/un livre collectif/une autre série mais avec un hippopotame vert/écrire pour Ramona afin qu’elle l’illustre ? Un livre sur comment compter sur ses moutons ?)
Benjamin ChaudBenjamin Chaud : L’envie est une question fondamentale et je j’oublie très souvent de me la poser, par manque de temps, parce que je me concentre sur ce que je suis en train de faire ou que je vais faire dans pas longtemps.
Je suis en train de faire un livre audio justement, et bientôt un nouveau livre avec Ramona et ensuite pas d’hippopotame vert ni de moutons mais une série s’annonce avec un nouvel animal pour l’année prochaine, tout me fait plaisir ou plutôt j’essaie de me faire plaisir avec tout ce qu’il m’arrive d’accepter car c’est très souvent des propositions ou la continuation de séries plus que des envies.
Ce que j’aimerais vraiment si j’y réfléchis c’est faire un grand livre au trait en noir et blanc, peut être pour adultes, en tout cas un peu inquiétant et surtout prendre mon temps pour le faire et ça c’est pas prêt de m’arriver avec tout ce qui s’enchaîne. Il faudrait que j’aie le courage d’aller moins vite peut-être, prendre le temps de réfléchir à ce que je voudrais faire.

Bibliographie sélective de Kitty Crowther :

Retrouvez Kitty Crowther sur son pinterest (où vous pouvez découvrir son univers et ce qu’elle aime) et sur Instagram.

Bibliographie sélective de Benjamin Chaud

  • Le pire anniversaire de ma vie, auteur et illustrateur, Hélium (2016).
  • L’art à table, auteur et illustrateur, Hélium (2016).
  • La vérité sur mes incroyables vacances, illustration d’un texte de Davide Cali, Hélium (2016).
  • Le génie de la bouteille, illustration d’un texte d’Eva Susso, Albin Michel Jeunesse (2016).
  • Pomelo et l’incroyable trésor, illustration d’un texte de Romana Badescu, Albin Michel Jeunesse (2015).
  • Je suis en retard à l’école parce que…, illustration d’un texte de Davide Cali, Hélium (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • La fée Coquillette et la maison du bonheur, illustration d’un texte de Didier Lévy, Albin Michel Jeunesse (2014).
  • Poupoupidours, texte et illustrations, Hélium (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Je n’ai pas fait mes devoirs parce que…, illustration d’un texte de Davide Cali, Hélium (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Le petit Roro : Mon tout premier dico, illustration d’un texte de Corinne Dreyfuss, Actes Sud Junior (2012).
  • Coquillages et petit ours, texte et illustrations, Hélium (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • Une chanson d’ours, texte et illustrations, Hélium (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • Pomelo et les contraires, illustration d’un texte de Romana Badescu, Albin Michel Jeunesse (2011).
  • Pomelo grandit, illustration d’un texte de Romana Badescu, Albin Michel Jeunesse (2010).
  • Adieu chaussette, texte et illustrations, Actes Sud Junior (2010), que nous avons chroniqué ici.
  • Le gros camion qui pue de mon papa, illustration d’un texte de Romana Badescu, Albin Michel Jeunesse (2006).
  • Pomelo est bien sous son pissenlit, illustration d’un texte de Romana Badescu, Albin Michel Jeunesse (2002).

Retrouvez Benjamin Chaud sur le site de La charte.

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