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Bruno Gibert

Les invité·e·s du mercredi : Louise Mézel et Bruno Gibert

Par 19 juin 2019 Les invités du mercredi

Aujourd’hui on reçoit Louise Mézel, dont on a adoré les deux premiers albums, les aventures de Roland Léléfan, puis on va visiter l’atelier de Bruno Gibert. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Louise Mézel

Pouvez-vous nous présenter Roland Léléfan et nous dire comment est né ce personnage ?
Roland Léléfan est un petit éléphant qui habite avec moi, dans ma maison, et que je présente dans le premier album de la série, Roland Léléfan se présente. Ce personnage a plusieurs histoires mais toutes sont liées à ma passion pour les éléphants, que je nourris depuis toute petite.
Très tôt, je me suis identifiée aux éléphants, et plus particulièrement à Dumbo, qui a dû apprendre très jeune à voler de ses propres ailes, à l’aide de la petite souris et d’une plume magique. Dumbo a été pour moi un exemple. En grandissant, l’éléphant est toujours resté mon animal « totem », un modèle de force et de douceur, un modèle de conscience au monde également (pour sa mémoire et pour ses cimetières). Par ailleurs, l’image de l’éléphant qui s’envole avec une plume est pour moi une métaphore de l’écriture et de la création.
En 2015, j’ai reçu une commande de l’Institut Imagine de l’hôpital Necker, pour illustrer un site informatif destiné aux enfants traités par la thérapie génique, un traitement lourd pour lequel la Professeure Marina Cavazzana, directrice de la recherche, souhaitait des dessins légers et humoristiques. Au milieu de mes illustrations de cellules, de globules blancs et de moelle osseuse, j’ai laissé s’immiscer de temps à autre la silhouette d’un éléphant. C’était absurde et décalé, cela me permettait aussi de transmettre l’idée d’être fort comme un éléphant. C’est là que la physionomie de Roland est apparue pour la première fois.
En janvier 2017, pour mes trente ans, j’avais en tête de faire un carton d’invitation pour inviter ma famille à mon anniversaire et je ne savais pas quoi dessiner. J’ai alors pensé à la chose la plus importante pour moi et je me suis mise à dessiner des éléphants à la queue leu leu.
Dans les mois qui ont suivi, j’ai repris le dessin d’un éléphant au crayon, et je l’ai développé quotidiennement, selon mes humeurs et mes activités. Roland était né.

Quelle est la part de vous dans ce personnage attachant ?
Roland est sans nul doute un alter ego, il est mon moi « petit ». Je me souviens qu’enfant, je passais toujours dans une rue où il y avait une petite porte. Cela me plaisait bien de savoir qu’il existait au moins une porte dans le monde qui était à ma taille. J’étais aussi un peu inquiète à l’idée de grandir un jour et que la porte devienne trop petite pour moi. Inconsciemment, cette porte représentait l’accès à un monde qui m’était réservé, un monde secret et imaginaire, dans lequel on peut se cacher et disparaître.
Roland est aussi mon « clown ». Il représente tout ce que j’aimerais faire, sans limites. Dormir, manger, mais aussi réaliser des choses impossibles : marcher sur des verres, faire des nœuds avec ses oreilles, étirer son corps à l’infini. Comme moi, il joue de la musique, mais avec sa trompe ! Il ne parle pas et en cela il ressemble un peu aux mimes et aux clowns blancs (tels que Pierrot), personnages naïfs et rêveurs qui peuplent mon imaginaire. Contrairement à moi, son insouciance le caractérise, c’est personnellement pour cette raison que je suis attachée à lui. Avec Roland, tout peut devenir léger et amusant.

Quelles techniques d’illustrations utilisez-vous ?
En général, je dessine principalement au crayon de papier. Pour moi, le premier dessin n’est pas nécessairement un brouillon, c’est aussi là où l’on met son intention première et son émotion. C’est pourquoi je considère que le premier trait peut être le bon. Si le dessin tient, peu importent les imperfections, car elles sont aussi l’expression de la vie.
Pour Roland, j’utilise principalement des crayons de papier et de couleurs. Pour mes autres projets, j’utilise aussi l’acrylique diluée. Depuis deux ans, j’apprends la technique de la lithographie qui me permet de dessiner sur de plus grands formats.
Mon travail est visible sur mon site internet.

Qui sont vos premiers lecteurs et premières lectrices ?
Mes premiers lecteurs sont ma famille et mes amis. Grâce aux réseaux sociaux, le cercle s’est élargi.
Il est en effet possible de suivre Roland Léléfan sur Facebook et Instagram.
Je vous invite d’ailleurs à le suivre si le cœur vous en dit !

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
Au départ, je ne me destinais pas à l’illustration. J’ai fait une classe prépa littéraire pendant 2 ans et ensuite j’ai étudié la littérature à l’université en même temps que l’histoire de l’art à l’École du Louvre pendant un an et demi. Déjà, je n’arrivais pas à choisir entre le texte et l’image. Je voulais comprendre la littérature en même temps que l’art, et vice versa. Lorsque je suis arrivée en Master I, je me suis aperçue que je n’étais pas faite pour la théorie et que je préférais bien plus inventer et interpréter les textes à ma façon ! Comme j’étais en Erasmus à Rome, je me suis mise à beaucoup dessiner. À mon retour à Paris j’ai décidé de suivre une formation en illustration et j’ai passé les examens d’entrée à l’École Supérieure des Arts Saint-Luc de Bruxelles, à laquelle j’ai été prise et où j’ai étudié le dessin, la composition et l’art des couleurs pendant trois ans.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Enfant : Le bain de Madame Trompette ! de Jill Murphy bien évidemment. C’est mon livre préféré, avec tous les livres de Madame Trompette. Puis les classiques comme Chien bleu de Nadja, Max et les Maximonstres de Maurice Sendak, Les Trois Brigands de Tomi Ungerer. J’aimais déjà beaucoup les histoires avec les animaux, les romans de Mary O’Hara (Mon amie Flicka), Dino Buzzati (La Fameuse Invasion de la Sicile par les Ours). Adolescente, j’ai lu beaucoup de classiques, notamment dans le registre du fantastique (Le Horla de Maupassant, La merveilleuse histoire de Peter Schlemilh de Adelbert de Chamisso). J’ai été très marquée par la découverte du surréalisme (Nadja d’André Breton), et plus tard par les livres d’Albert Cohen.

Quelques mots sur vos prochains ouvrages ? D’autres aventures de Roland ?
Oui ! Roland Léléfan aux sports d’hiver sortira en janvier 2020. Un quatrième album est aussi prévu mais le sujet n’est pas encore arrêté.
D’une manière générale, je souhaite consacrer plus de temps à l’écriture de mes propres histoires.

Bibliographie sélective :

  • Roland Léléfan bouquine, texte et illustrations, La joie de Lire (2019), que nous avons chroniqué ici.
  • Roland Léléfan se présente, texte et illustrations, La joie de Lire (2019), que nous avons chroniqué ici.


Quand je crée… Bruno Gibert

Le processus de création est quelque chose d’étrange pour les gens qui ne sont pas créateur·trice·s eux/elles-mêmes. Comment viennent les idées ? Et est-ce que les auteur·trice·s peuvent écrire dans le métro ? Les illustrateur·trice·s, dessiner dans leur salon devant la télé ? Peut-on créer avec des enfants qui courent à côté ? Faut-il de la musique ou du silence complet ? Régulièrement, nous demandons à des auteur·trice·s et/ou illustrateur·trice·s que nous aimons de nous parler de comment et où ils·elles créent. Cette semaine, c’est Bruno Gibert qui nous parle de quand il crée.

Je n’ai pas de méthode mais j’ai des habitudes.

Je garde en tête des projets pendant plusieurs mois, voire plusieurs années avant de les coucher sur papier. Je note quelques phrases sur mes agendas (comme ça, elles sont « datées »). Je les recopie d’un agenda à l’autre en les complétant. Je me dis souvent « c’est bien mais il manque un truc ». J’aime à penser d’une année l’autre, que mes meilleurs livres sont peut-être à venir. Je me le dis sans certitude.

Une idée, même bonne, c’est rien, c’est un fœtus. Il faut le nourrir pour en faire un géant.

Je me dis parfois qu’un livre est comme un corps. Il faut que tous les organes fonctionnent les uns avec les autres pour que le livre soit bon.

Je travaille chez moi. Avec un petit ordinateur portable quand j’écris. Et un gros quand je dessine. Ils sont dans la même pièce mais dans 2 endroits différents. Il m’est apparu important de séparer géographiquement mes 2 activités que sont l’écriture et le dessin.

Lorsque j’ai commencé à travailler à la fin des années 80, presque personne n’avait d’ordinateur. Je dessinais alors « à l’ancienne » avec des couleurs et du papier. Je trouvais ça assez pénible et frustrant pour moi qui ne suis pas un grand technicien. Posséder enfin un ordi a été une libération !

J’aime tout confier à cette sorte de robot servile et bienveillant. Quand j’étudiais l’art, on me reprochait souvent de n’être pas assez soigneux. L’ordinateur est désormais soigneux pour moi.

Être plus proche d’un employé de bureau, toujours derrière son écran, que d’un artiste ne me dérange pas.

Je travaille presque à toutes les heures de la journée mais jamais en continu. Il faut que je coupe mes séances de travail par d’autres actions, très concrètes, celles-là (par exemple domestiques — planter un clou, laver un verre, faire une tarte —). Je crois que ma concentration meurt après 30 mn ! Mais elle se régénère souvent.

Je ne peux travailler (écrire) en dehors de chez moi (j’ai essayé). Je peux, à la rigueur, me relire. Cela dit, il m’est arrivé de rêver prendre un train grandes lignes uniquement pour y travailler (par exemple un Paris/Nice ou un Paris/Turin).

Les idées me viennent souvent au réveil, alors que je suis encore couché.

J’écoute peu de musique. Si j’écoute de la musique, je ne peux plus rien faire d’autre.

Souvent, j’écoute France Culture.

Quand j’écris, il me faut, en revanche, un total silence (au bout d’un moment, ce silence me pèse).

Quand je travaille, j’ai l’impression d’être un sauvage reclus dans une grotte. Dans l’isolement, il y a quelque chose de primitif. C’est comme s’il fallait me cacher pour travailler (activité honteuse ?).

Quand ma fille rentre du collège, c’est comme un retour au réel. Me voici de nouveau grégaire.

Bruno Gibert est auteur et illustrateur.

Bibliographie (jeunesse) sélective :

  • Tout en rimes : 20 poèmes à compléter, texte et illustrations, Seuil Jeunesse (2019).
  • Le lapin qui ne disait rien, texte et illustrations, Sarbacane (2019).
  • Chaque seconde dans le monde, texte et illustrations, Actes Sud Junior (2018).
  • Le zoo poétique, illustrations de poèmes, Seuil (2018).
  • 45 vérités sur les chats, texte et illustrations, Albin Michel jeunesse (2017).
  • La poésie est un jeu d’enfant, illustration d’un texte de Maurice Carême, Seuil Jeunesse (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Au lit, poussin !, illustration d’un texte de Anne Terral, Albin Michel Jeunesse (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • Peluches à Paris, texte et illustrations, Autrement (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • Le livre de tous les jumeaux (petits et grands), illustration d’un texte de Philippe Nessmann, Le Baron Perché (2010), que nous avons chroniqué ici.
  • Un roi tout nu, texte et illustrations, Autrement (2002), que nous avons chroniqué ici.
  • Ma petite fabrique à histoires, texte et illustrations, Casterman (1993).

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Deux sœurs et des ours

Par 5 décembre 2016 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, deux très beaux albums. Dans le premier on rencontrera deux sœurs identiques physiquement et pourtant si différentes. Dans le second, des ours, beaucoup d’ours… et quels ours !

Passion et Patience
de Rémi Courgeon
Milan
16,95 €, 260×365 mm, 40 pages, imprimé en Union Européenne, 2016.
Un ours, des ours
Collectif
Sarbacane
25 €, 265×330 mm, 72 pages, imprimé en France, 2016.

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Poètes en herbe

Par 23 août 2016 Livres Jeunesse

Aujourd’hui on laisse de côté les romans, albums et autres pièces de théâtre pour s’enivrer de poésie. On plonge avec ravissement dans l’univers décalé du grand Maurice Carème avant de se laisser séduire par celui plus fantaisiste de Daniel Lacotte.

La poésie est un jeu d’enfant
Textes de Maurice Carême, illustrés par Bruno Gibert
Seuil Jeunesse
16 €, 247×348 mm, 64 pages, imprimé en France, 2015.
Étincelles
Textes de Daniel Lacotte, illustrés par Lola Roig
Bulles de Savon
14,50 €, 260×210 mm, 36 pages, imprimé en France, 2015.

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Le plus fort n’est pas celui qu’on croit !

Par 20 septembre 2013 Livres Jeunesse

Un ogre, un lion et un loup ça vous fait peur ? Et ben pas à eux ! Méfions-nous des apparences et des a priori !

L'ogre qui n'avait peur de rien« La belle petite fille que voilà. Comme elle a de jolies joues roses ! Comme elle a de mignons bras potelés ! » dit un ogre en croisant une jolie petite fille, celle-ci est heureuse de recevoir autant de compliments, remercie et s’en va. Comment ? Quoi ? Elle n’a pas peur s’étonne le mangeur d’enfant… et non elle n’a pas peur ! Pourquoi elle aurait peur de lui et pas l’inverse d’ailleurs ? C’est vrai ça, ça a peur de quoi un ogre ?

L’Ogre qui n’avait peur de rien est un petit album très drôle et plein de charme (ah les illustrations de Soufie…) sur la peur. Tout le monde a peur non ? (Note de la relectrice : ben non justement ! Il y a une maladie où les gens n’ont peur de rien !!! http://passeurdesciences.blog.lemonde.fr/2013/02/13/la-femme-qui-ne-connait-presque-pas-la-peur). Chacun a ses propres phobies. C’est toujours rassurant pour les enfants de voir que même l’ogre a peur de quelque chose. Le texte de Sandrine Beau est drôle, délicat et poétique. Que j’aime ces personnages d’enfants au caractère bien trempé (on pense à La petite enquiquineuse que Soufie avait déjà dessiné). Un très bel album.
Le même vu par Enfantipages.

Un roi tout nuMais qu’il fait chaud ! Le lion n’en peut plus… c’est alors qu’il découvre en se grattant que sa peau a une fermeture éclair ! Vite enlevons donc cette fourrure qui tient chaud. Sauf qu’un lion tout nu ça ne fait plus peur du tout ! Mais quand notre roi des animaux veut se rhabiller, sa peau a disparue !

L’habit ne fait pas le moine mais l’apparence un peu quand même ! Ce lion va vite s’apercevoir que c’est grâce à son physique qu’il en impose et d’ailleurs quand il va croiser un autre lion… il ne va pas faire le fier ! Je ne vous raconte pas la chute mais elle est très belle cette histoire qui fera que le lion réfléchira un peu plus désormais avant de terroriser les animaux ! Une belle histoire d’amitié.

lou P'tit Loup et la bergerePetit Lou était gentil, son père un peu moins… Le jour où ce dernier ramena une bergère pour la manger, le petit loup fût bien embêté… Ces deux-là allaient devenir de très bons amis et fuir ensemble.

Lou P’tit Loup et la bergère est le premier tome d’une nouvelle série d’Antoon Krings (le papa des Drôles de petites bêtes). Ici aussi on joue avec les préjugés, un loup n’est pas forcément méchant. Antoon Krings s’amuse avec les contes (on évoque même le petit chaperon rouge) et nous offre une très belle histoire sur l’amitié, la différence. Un très joli petit album aux illustrations pleines de tendresse.

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué plusieurs livres de Sandrine Beau (La girafe en maillot de bainRouge Bitume, Ma maman est comme ça, Mon papa est comme ci, On n’a rien vu venir, Roulette Russe Tome 1 Noël en Juillet, Des crêpes à l’eau, L’hippopotin, L’été où mon grand-père est devenu jaunophile, L’étrangleur du 15 Août, et Quand on sera grands), Soufie (La petite enquiquineuse et le vieux géant, La mémoire aux oiseaux, Mon papa est comme ci, Ma maman est comme ça, Ma grande sœur et Léontine, princesse en salopette.), Bruno Gibert (Le livre de tous les jumeaux (petits et grands), Au lit, poussin ! et Peluches à Paris.) et Antoon Krings (L’herbier des drôles de petites bêtes). Nous avons également interviewé Sandrine Beau et Soufie.

L’Ogre qui n’avait peur de rien
Texte de Sandrine Beau, illustré par Soufie
Éditions des Braques dans la collection Les p’tits Braques
6,90€, 161×162 mm, 32 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2013.
Un roi tout nu
de Bruno Gibert
Autrement dans la collection Fil rouge
5,20€, 160×190 mm, 32 pages, imprimé en Chine, 2013 (première édition 2002).
Lou P’tit Loup et la bergère
d’Antoon Krings
Gallimard Jeunesse Giboulées dans la série Lou P’tit Loup
6,20€, 195×195 mm, 24 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2013.

A part ça ?

Les très belles Éditions de La Pastèque fêtent leurs 15 ans, pour l’occasion ils offrent un ex-libris de Michel Rabagliati pour l’achat de l’un de leurs 15 titres « incontournables » ! Tous les renseignements ici.

Gabriel

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Jumeaux

Par 23 février 2013 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, je vous présente une sélection de livres qui ont pour sujet la gémellité !

Max et Jo sont jumeauxOn commence avec un livre pour les tout-petits. Max et Jo sont jumeaux est un album cartonné qui nous présente les aventures de deux petits lionceaux, qui sont donc nés le même jour. Physiquement on ne peut les différencier, et d’ailleurs, ils en jouent parfois en se faisant passer l’un pour l’autre. Mais avoir un frère jumeau c’est aussi avoir un compagnon de jeu, un complice pour les bêtises et un confident rassurant pour affronter les peurs de la nuit.

L’histoire d’Ophélie Texier est très simple pour aborder avec les plus jeunes la question de la gémellité. On peut regretter que les lionceaux soient vraiment peu différenciés (ils ne s’ennuient jamais par exemple, parce qu’ils aiment les même jeux), mais ainsi l’histoire est vraiment compréhensible par les tout-petits qui apprécieront également les illustrations très colorées et contrastées.

On continue avec plusieurs albums pour les enfants un peu plus grands.

Bonne_nuit_les_jumellesAvec Bonne nuit, les jumelles !, on fait la connaissance de deux fillettes qui se ressemblent donc comme deux gouttes d’eau et partagent absolument tout : les jouets, les vêtements, la chambre. Elles ont même partagé le ventre de leur maman avant de naître. Et surtout, elles partagent depuis cinq ans la même couverture pour dormir. En grandissant, la couverture devient trop petite et les fillettes s’en disputent la propriété. L’une avance qu’elle est née trois minutes avant l’autre. L’autre rétorque que trois minutes, ça ne compte pas et qu’elle en a autant besoin que sa sœur. Bref, le problème semble insoluble jusqu’à ce que leur maman ait l’idée de créer deux nouvelles couvertures, avec de nouveaux tissus et un morceau de l’ancienne pour chacune. Alors qu’elles prennent soin de choisir la couleur en fonction de leurs goûts personnels, c’est la première fois qu’elles sont ainsi différenciées. Toutes fières, elles s’apprêtent à dormir chacune dans leur lit pour la première fois… Grande première qui ne s’avérera pas si simple que prévu !

Hyewon Yum signe et illustre un très bel album pour aborder non seulement la question de la séparation et de la différenciation qui sont parfois des moments difficiles pour les jumeaux, mais aussi le lien très fort et si particulier qui les unit, différemment des fratries ordinaires (même si certaines choses ne changent pas finalement, comme les disputes). Les illustrations jouent beaucoup avec la double-page, qui permet de réserver un espace à chacune des deux héroïnes, un peu comme un miroir. C’est doux et sensible, et ça devrait évoquer des situations connues dans bien des familles.


Coucou les jumeauxCharlotte et Simon sont jumeaux. Mais pour autant, ils sont très différents. Ils partagent le quotidien, comme toute fratrie, mais alors que l’un est gros mangeur, l’autre est une rêveuse, ou bien encore l’un aime dessiner des visages, l’autre recopier des chiffres, l’un regarde les images du livre, l’autre les barbouille de crayon… Ils sont heureux ainsi, jumeaux mais très différents.

Peut-être que j’extrapole complètement, mais il est bien possible que la petite Charlotte de Coucou les jumeaux, ce bel album pour enfants, soit Charlotte Voake, l’auteur et illustratrice. En effet, cette petite fille qui dessine sur les livres a sans doute continué sur cette lancée, jusqu’à illustrer entre autres, ce bel album pour enfants. Cette fois, les jumeaux sont vraiment différenciés. Impossible de les confondre, non seulement parce qu’ils sont fille et garçon mais aussi parce que ce sont vraiment deux êtres uniques avec leurs habitudes et leurs caractères. Le texte très simple et les illustrations pleines de vie et de douceur abordent de nombreuses situations quotidiennes dans lesquelles s’expriment ces différences. Un beau livre pour faire passer l’idée que gémellité ne signifie pas forcément « copié-collé » !

559e13cd04e0921781676fe3d9c71f0aEncore une belle histoire pleine de tendresse et de justesse avec L’une danse, l’autre pas, de Geneviève Casterman. Rose et Line sont deux oiseaux nées du même œuf. Elles grandissent toutes les deux, ensemble et différentes. Elles vont être amenées à se séparer… Et elles ne vivront pas cela de la même manière ! Mais surtout, les retrouvailles promettent d’être savoureuses.

J’ai beaucoup aimé la sensibilité de ce petit album pour enfants vraiment très beau. Avec des mots simples, et de très jolies illustrations délicatement colorées, on découvre non seulement l’enfance des jumelles, mais aussi, brièvement, la vie des parents. En effet, on découvre leurs premiers pas avec deux enfants à nourrir, câliner, bercer en même temps, et puis le moment où ils lisent dans « un livre savant » qu’il faut qu’ils séparent et différencient leurs petites filles. Beaucoup de parents de jumeaux s’y retrouveront certainement ! Et les enfants seront séduits par cette jolie histoire qui raconte le lien particulier qui unit les jumeaux.

Passons maintenant à quelques livres un peu plus documentaires, pour les petits et les plus grands.

Dans ce domaine, la collection Tom et Lou est une référence.

en attendant les jumeauxAvec En attendant les jumeaux, on fait la connaissance d’Eliot, un petit garçon de deux ans qui s’apprête à devenir grand frère de jumeaux. Et cette situation chamboule déjà son quotidien : sa maman est fatiguée, souvent allongée, et son gros ventre est un peu gênant pour s’installer à côté d’elle et la câliner. Et puis, à la maison, c’est le défilé des petits vêtements, des paquets de couches, des berceaux, des sièges autos, des chaises hautes. Tout est multiplié et c’est assez impressionnant pour le petit garçon. Et puis finalement, tout le monde a beau y aller de son petit commentaire, c’est encore plein de mystère tout ça !

les jumeaux à la maternitéÇa y est, c’est le grand jour : la naissance des jumeaux ! Quelle effervescence à la maison, mais aussi à l’hôpital ! Cette fois, avec Les jumeaux à la maternité, on suit les parents d’Eliot pour les premiers jours de Tom et Lou. Le départ, l’accouchement, le séjour, les premiers soins, le défilé des visites de la famille curieuse, le jeu des ressemblances, la rencontre avec ces tous petits bébés, la distribution des doudous, les premières photos, rien n’est oublié ! Eliot vit de grands moments, et même si ce n’est pas toujours facile, il est quand même fasciné par les deux bébés et bien entouré de ses parents, qui l’aiment toujours autant !

les jumeaux sont des gloutonsEnfin, Les jumeaux sont des gloutons aborde le retour à la maison et surtout toute l’organisation que cela réclame ! Et c’est peu de le dire : l’allaitement, les biberons, les pleurs ensemble ou en décalé, le petit carnet pour ne rien oublier, les nuits hachées, l’élève puéricultrice qui vient parfois prendre le relais, , les visites de la famille,… Deux bébés ça occupe ! Heureusement, les parents trouvent du temps pour jouer avec Eliot. Puis, petit à petit, les jumeaux grandissent et commencent à rire aux bêtises de leur grand frère, qui du coup apprécie d’autant plus de partager leur chambre ! Avoir un frère ET une sœur, c’est chouette finalement !

Ces trois petits albums sont vraiment bien faits. Sophie Faudais est elle-même maman de jumeaux, et ça se sent ! Aucun détail n’est oublié, c’est vraiment extrêmement fouillé et chaque famille pourra au moins en partie s’y retrouver. En même temps, avec les grandes illustrations de J. De Man, ça reste vraiment accessible aux enfants, et notamment à ceux qui s’apprêtent à devenir aîné de jumeaux ! Une référence sur le sujet, c’est certain !

baronperche-def1Pour les enfants beaucoup plus grands qui s’intéressent à la question de la gémellité, je vous conseille Le livre de tous les jumeaux. Philippe Nessmann y a compilé des dizaines d’informations à la fois scientifiques, sociologiques, pratiques et humoristiques pour balayer les idées reçues à propos des jumeaux. Il passe en revue les jumeaux célèbres de l’histoire, essaye de percer les mystères de la génétique, et aborde également la vie quotidienne des jumeaux et de leur famille. C’est instructif, bien organisé et donc facilement accessible, et les illustrations de Bruno Gibert contribuent à rendre le tout vivant. A la fin du livre, on trouve même un quiz ! Les jumeaux, leur famille, mais aussi tous les curieux apprendront plein de choses, ça ne fait aucun doute !

Et enfin, je vous présente un tout petit roman, pour les enfants dès 9 ans.

emma-ou-lea-qui-est-quiEmma et Léa sont deux copines d’Agathe, l’héroïne de la collection l’école d’Agathe. Vraies jumelles, si elles portent les mêmes vêtements, il est impossible de savoir qui est qui. Les petites filles et leurs amis vont s’en amuser, auprès des adultes notamment. Une situation sans doute classique pour les jumeaux !

Comme d’habitude, Pakita nous plonge dans une histoire très vivante. Le texte est accessible pour les jeunes lecteurs, et rythmé par les touches de couleurs et les illustrations de J-P Chabot. Emma ou Léa qui est qui ? est un petit roman drôle et dynamique !

Quelques pas de plus…
Retrouvez d’autres livres sur la gémellité que nous avons chroniqué : La lampe des jumeaux et La série Conte moi le monde. Retrouvez aussi d’autres titres sur le forum (et venez y ajouter votre petit grain de sel)
Nous avons déjà chroniqué :
– deux autres livres d’Ophélie Texier, parus également dans la collection Les Petites Familles de l’Ecole des Loisirs : Jean a deux mamans et Camille a deux familles.
– deux autres livres de Bruno Gibert : Au lit, poussin ! et Peluches à Paris.
– d’autres livres de Pakita et J-C Chabot : Ambre a peur du noir et Julie nous fait la cuisine

Max et Jo sont jumeaux
d‘Ophélie Texier
L’école des loisirs dans la collection Les petites familles.
7,70 €, 170 x 170 mm, 20 pages, imprimé en Malaisie, 2005
Bonne nuit les jumelles !
d’Hyewon Yum
Albin Michel Jeunesse
12 €, 280 x 230 mm, 40 pages, imprimé en France, 2012
Coucou les jumeaux
de Charlotte Voake traduit par Anne Krief
Gallimard Jeunesse
12,70 €, 250 x 280 mm, 28 pages, imprimé en Chine, 2006
L’une danse, l’autre pas
de Geneviève Casterman
L’école des loisirs dans la collection Pastel
11,70 €, 145 x 245 mm, 44 pages, imprimé en Italie, 2011
En attendant les jumeaux
de Sophie Faudais, illustré par J. De Man
Prisma dans la collection Tom et Lou
8,90 €, 206 x 211 mm, 20 pages, imprimé en France, 2012
Les jumeaux à la maternité
de Sophie Faudais illustré par J. De Man
Prisma dans la collection Tom et Lou
8,90 €, 210 x 205 mm, 20 pages, imprimé en France, 2012
Les jumeaux sont des gloutons
de Sophie Faudais illustré par J. De Man
Prisma dans la collection Tom et Lou
8,90 €, 210 x 205 mm, 20 pages, imprimé en France, 2012
Le livre de tous les jumeaux (petits et grands)
de Philippe Nessmann illustré par Bruno Gibert
Le Baron Perché
17,80 €, 155 x 197 mm, 155 pages, imprimé en Italie, 2010
Emma ou Léa qui est qui ?
de Pakita illustré par J-P Chabot
Rageot dans la collection L’école d’Agathe
5,20 €, 120 x 190 mm, 29 pages, imprimé en France, 2003

A part ça ?

Actuellement, le Musée d’Orange propose une exposition sur les Romains, spécialement adaptée au jeune public. Le site de l’exposition, Romains à petit pas, propose des quiz et des recettes.

Marianne

 

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