La mare aux mots
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Camps de concentration

Entre rire et émotion, avec Séverine Vidal (+ concours)

Par 5 juin 2014 Livres Jeunesse

Séverine Vidal est un auteur dont nous vous parlons régulièrement, quelqu’un dont nous suivons le travail depuis le début du blog. Elle a sorti trois très bons ouvrages ces dernières semaines qui montrent l’étendue de son talent. Un petit garçon au caractère bien trempé, des bonheurs sonores et un père qui a connu le pire, trois livres bien différents que je voulais vous présenter aujourd’hui.

nestor maudits mercredisC’est fini, Nestor arrête la pâte à modeler, il l’a décidé. Ce n’est pas la première fois que Nestor abandonne une activité… il y a eu la poterie, le macramé, le scrapbooking, la peinture sur soie… Faut dire que ce petit garçon refuse d’aller au centre de loisirs le mercredi, alors il faut bien lui trouver une activité, mais rien ne semble lui correspondre. Allez on ne baisse pas les bras et l’on tente d’en trouver une. Nestor va donc essayer le rugby, le théâtre, la pêche, le dessin, l’équitation ou encore la collec « de collec »… Arrivera-t-il à occuper ses mercredis ? Vous le saurez en lisant Nestor maudits mercredis !

Nestor nous rappelle un peu Arsène, autre personnage de Séverine Vidal. Petit garçon qui, même s’il pourrait devenir horripilant à tout laisser tomber, reste vraiment touchant. Bien entendu, il a chaque fois une très bonne raison d’abandonner son activité : le rugby c’est salissant, le théâtre c’est bien si l’on joue le rôle du prince charmant pas une coccinelle… Les enfants vont se reconnaître dans cette BD pleine d’humour dont les illustrations sont signées Marc Lizano. Les fans de Séverine Vidal reconnaîtront une allusion à un autre de ses albums, La grande collection. Une super BD pour les jeunes lecteurs (et même avant).
Des extraits sur le site de l’éditeur.

Les bruits chez qui j'habiteLe bruit de la tondeuse qui indique que c’est le printemps, le bruit d’une douche qui rappelle que c’est presque le moment de se lever puis ce sera le son du café qui s’écoule et des tartines qui sautent, le blabla des grands quand, parce qu’il y a des invités, on s’est endormi sur le canapé et qu’on entend des paroles sans les entendre vraiment, le « aïe » suivi d’un gros mot qui indique que maman s’est cognée… tous ces bruits chez qui l’on habite.

C’est une petite fille (qui ressemble beaucoup à Séverine Vidal elle-même, d’ailleurs) qui nous raconte ses bruits… et pourtant ce sont aussi, pour la plupart, les nôtres. De petits textes extrêmement poétiques mis en images par des collages et des crayonnés signés Claire Cantais. Les illustrations sont aussi tendres (sans mièvrerie) que le texte. Les enfants souriront de se reconnaître, les adultes seront émus de retrouver des morceaux de leurs enfances. Un petit album très très fort, peut-être le plus beau de Séverine Vidal. Un superbe objet autant (plus ?) pour les adultes que pour les enfants.
Des extraits sur le site de l’éditeur.

huit saisons et des poussièresDeux ans, un mois et seize jours soit huit saisons et des poussières. Une longue période quand on est enfant, deux ans, un mois et seize jours. C’est le temps qu’Amos a passé sans son père. Mais il est enfin revenu, sauf qu’il ne parle presque pas, il est assis dans le fauteuil du salon et regarde devant lui. Il est là, c’est tout. Sarah, la grande sœur d’Amos, ne comprend pas pourquoi son père ressemble à un fantôme, pourquoi il crie la nuit pendant ses cauchemars. Leur mère, elle, est parfois gênée et pose sa main sur le numéro qui est tatoué sur l’avant-bras de son mari pour le cacher. Amos garde espoir, il va retrouver son père, il va donc lui parler, lui raconter les huit saisons et des poussières sans lui, et peut-être qu’un jour…

Un album fort pour un sujet fort. Un père qui revient de la guerre, d’un camp de concentration. Des enfants qui aimeraient retrouver celui qu’ils ont connu et pas un fantôme. Des camarades qui se moquent. Sans que ça ne soit jamais trop dur, Séverine Vidal nous raconte cette nouvelle vie, ces retrouvailles difficiles, cet « après » avec beaucoup de justesse, de pudeur. Les illustrations d’Anne Montel accompagnent à merveille le texte et le rendent même encore plus doux. Plus proche du roman jeune lecteur que de l’album classique (il y a beaucoup de texte), Huit saisons et des poussières est un très bel album, de ceux qui marquent.
Des extraits sur le site de l’éditeur.

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué des livres de Séverine Vidal (J’aime mes cauchemars, Méga-Loup, Fées d’hiver, Billie du bayou, le banjo de Will, Billie du bayou, SOS Garp en détresse, Noël à l’endroit, Mon secret rit tout le temps, 55 oiseaux, Prune et l’argent de poche, Une girafe un peu toquée, Bad Lino, L’œil du pigeon, Au pays des vents si chauds, Petit Minus, Le laboureur de nuages & autres petits métiers imaginaires, La grande collection, Mon papa est zarzouilleur, Clovis & le pain d’épices, Rien qu’une fois, Philo mène la danse, Plus jamais petite, Comment j’ai connu papa, Arsène veut grandir, Lâcher sa main, Rouge Bitume, Comme une plume, J’attends Mamy, Roulette Russe tome 1 Noël en juillet, Je n’irai pas, Léontine, princesse en salopette, Mamythologie, On n’a rien vu venir, Du fil à retordre, Prune, tome 1 : La grosse rumeurPrune, tome 2 : Le fils de la nouvelle fiancée de papa, Prune, tome 3 : Prune et la colo d’enfer, 5h22, Les petites marées et La meilleure nuit de tous les temps), Claire Cantais (On n’est pas des poupées et Avec de l’ail et du beurre) et Anne Montel (Le temps des mitaines et Le crafougna ). Retrouvez aussi nos interviews de Séverine Vidal et Anne Montel.

Nestor, maudits mercredis
Texte de Séverine Vidal, illustré par Marc Lizano
Didier Jeunesse
9,90 €, 160×217 mm, 64 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2014.
Les bruits chez qui j’habite
Texte de Séverine Vidal, illustré par Claire Cantais
L’édune
14,50 €, 170×210 mm, 40 pages, imprimé en UE, 2014.
Huit saisons et des poussières
Texte de Séverine Vidal, illustré par Anne Montel
Les p’tits bérets dans la collection À grands pas
13,50 €, 185×260 mm, 32 pages, imprimé en Italie, 2014.


À part ça ?

Cet été, ce sont vos enfants qui vont poser des questions aux professionnels de la littérature jeunesse.
Les deux premiers étés de La mare aux mots nous avons proposé des fiches métiers, le but était de mieux connaître les métiers qui ont rapport à la littérature jeunesse. Seize métiers… il n’en reste pas assez pour faire un autre été !
Donc cet été, ce sont vos enfants qui vont poser des questions aux auteurs, illustrateurs, éditeurs… Envoyez-nous leurs questions à maquestion@lamareauxmots.com et nous soumettrons les questions les plus rigolotes, originales, pertinentes… aux auteurs, illustrateurs, éditeurs…
Ce doit être des questions « générales », pas une question à quelqu’un en particulier que nous soumettrons chaque fois à plusieurs personnes qui peuvent être concernées.
Ceux dont les questions ont été retenues (ou le premier qui l’a posée en cas de même question posée plusieurs fois) recevront un petit cadeau.
On attend donc les questions de vos enfants ! (jusqu’au 15 juin)

Gabriel

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Pages d’Histoire

Par 4 avril 2014 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, je vous propose un petit voyage dans le passé. Quand les albums parlent de notre Histoire.

Alex et léon dans les camps françaisJuin 1942, Alex et Léon sont deux enfants juifs. Ils doivent désormais porter sur leurs vestes une étoile jaune et, par le fait, supporter les moqueries de leurs camarades. Dorénavant, ils n’auront plus le droit d’aller dans les parcs qui sont interdits aux juifs et ne pourront plus prendre que le wagon de métro qui leur est réservé. Leur mère les protège, leur père cherche un moyen de fuir. Malheureusement, c’est dans des camps que seront amenés Alex et Léon et leur famille. Tout d’abord, Nexon puis Rivesaltes et enfin Gurs, en attendant la libération.

Parler des camps de concentration aux enfants n’est pas chose aisée, Rolande Causse et Gilles Rapaport y sont arrivés. Avec beaucoup de délicatesse, sans détails sordides, ils nous racontent le parcours de deux enfants (qui font partie des chanceux qui s’en sortent). Graphiquement, c’est un album extrêmement intéressant. C’est à partir de photos d’époque que Gilles Rapaport a travaillé (les photos sont d’ailleurs en fin d’ouvrage). Les vrais visages sont mêlés à la peinture pour un résultat des plus réunis. Un bel album pour parler d’un sujet grave, une des plus noires pages de notre Histoire.
Des extraits en ligne.

Les cloches de la Libération1943. Pauline et son grand-frère ont une mission. La cloche que leur grand-père avait installée en haut de l’église a été décrochée par les Allemands. Ils veulent la fondre pour en faire des obus. Les enfants ne veulent pas laisser faire ça. Ils vont mener l’enquête pour la retrouver et tenter de la sauver.

C’est une histoire peu connue de la Seconde Guerre Mondiale que nous raconte Fabian Grégoire. Car ici tout est basé sur des faits réels, ils nous sont d’ailleurs racontés en fin d’ouvrage dans une partie documentaire richement illustrée de photos et documents d’époque. Rien de dur dans Les cloches de la libération, juste une sorte de récit d’aventures où deux enfants veulent sauver une chose chère à leurs yeux, avec la guerre en arrière-plan. Un bel album/documentaire sur une jolie histoire dans l’Histoire.


Tache d'encreParmi les élèves du jeune instituteur qui rabâche sa haine des boches, il y a Émile. Un peu cancre, un peu boute-en-train, Émile est sans nouvelle de son père, parti à la guerre. Il a peur de le voir rentrer avec des membres en moins. Nous sommes en 1914, la guerre est loin d’être finie.

Le duo de Fais tes contes signe ici un album complètement à l’opposé du précédent. Tache d’encre nous raconte des écoliers sans nouvelles de leurs pères, partis à la guerre. Ici, c’est un album très dur, avec une fin tragique, mais c’est ça aussi la réalité de la guerre. Dans les illustrations (auxquelles j’avoue ne pas avoir accroché personnellement, je trouve qu’elles font très croquis) sont cachées des images en trompe l’œil, les enfants pourront partir à leur recherche. Un album sur la Première Guerre Mondiale qui nous raconte l’attente et l’espoir, parfois déçu, de voir rentrer les pères partis combattre.
Des extraits en ligne.

Un bond de géant

Nuit entre le 20 et le 21 juillet 1969. Pour June, c’est une grande nuit, c’est son papa qui le lui a dit. Pendant que des millions de gens se demandent ce qu’il y a derrière la lune, sur le côté qu’on ne voit pas d’ici, June, elle se demande quel visage se cache de l’autre côté du ventre de sa maman. Dans la salle d’attente, elle attend. Des Américains posent un pied sur la lune, June devient une grande sœur.

On termine par un sujet plus léger (surtout qu’il est aussi question de naissance) et surtout par un gros coup de cœur. Je ne vais pas vous redire à quel point je suis fan du travail de Barroux… oh et en même temps pourquoi s’en priver ? Graphiquement, Un bond de géant, 1969 on a marché sur la lune est une merveille. Cet illustrateur de génie a encore fait un travail extraordinaire pour accompagner le très beau texte de Thomas Scotto. On parle donc ici des premiers pas sur la lune et d’une naissance, d’une petite fille qui s’étonne que tout le monde ne parle que du premier évènement et pas du second (tous les enfants on vécut ça, ne pas comprendre pourquoi la télé n’annonce pas la naissance du petit frère ou la mort de la mamie). Un album extraordinaire sur les premiers pas sur la lune (avec une partie documentaire en fin d’ouvrage) ou tout simplement sur une naissance.
Le même vu par Les lectures de Kik.

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué des livres de Stéphane Millerou et Quitterie Laborde (Fais tes contes) et Barroux (Méga-Loup, Mon voyage en gâteauKako le terrible et La rentrée de Noé). Retrouvez aussi notre interview de Barroux.

Alex et Léon dans les camps français 1942/1943
Texte de Rolande Causse, illustré par Gilles Rapaport
Circonflexe
15 €, 235×298 mm, 30 pages, imprimé aux Émirats Arabes Unis, 2013.
les cloches de la libération
de Fabian Grégoire
L’école des loisirs dans la collection Archimède
12,70 €, 220×280 mm, 45 pages, imprimé en France, 2013
Tache d’encre
Texte de Stéphane Millerou, illustré par Quitterie Laborde
Les p’tits bérets dans la collection À grands pas
13,50 €, 186×267 mm, 24 pages, imprimé en France, 2014.
Un bond de géant – 1969, on a marché sur la lune
Texte de Thomas Scotto, illustrations de Barroux
Kilowatt dans la collection Un jour ailleurs
15,80 €, 196×268 mm, 44 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2013.

À part ça ?

Georges CHAISELe numéro Chaise de Georges est sorti. Comment ? Quoi ? Vous ne connaissez pas Georges ? C’est un Drôle de magazine pour enfants, une revue classe pour les enfants (comprenez beau papier et contenu de qualité) qui est bien connu des gens qui aiment les illustrations graphiques. Alors comme personnellement, justement, les illustrations graphiques, c’est pas forcément mon truc j’avoue ne pas avoir pris de nouvelles depuis longtemps de ce bon vieux Georges, mais le Salon du Livre de Paris m’a fait le recroiser. Et ça m’a fait comme quand on recroise un vieux copain et qu’on se souvient à quel point on l’aimait bien en fait. Alors que trouve-t-on dans ce numéro Chaise (car oui, chaque numéro de Georges est par rapport à un sujet, il n’y a pas de numéro ici) ? Une histoire de la géniale Delphine Perret (et pas le genre petite histoire, non non non une histoire de 10 pages avec de belles illustrations) dans laquelle il est question d’un enfant qui a reçu une chaise en cadeau, une interview d’un des protagonistes de l’histoire, le cheval (ok, ce n’est qu’un figurant, mais c’est toujours intéressant), une BD, l’histoire (vraie) de deux designers de chaises, la suite d’une histoire à suivre (extrêmement graphique, pour le coup), des jeux (sept différences, jeux de lettres, jeux d’observations…) et même des loisirs créatifs (on va fabriquer une chaise et une maison en carton) et même de la cuisine (des recettes de canapés). Une soixantaine de pages pour une revue vraiment très classe (je l’ai déjà dit, mais ça lui va bien). Pour le bonheur des enfants et de leurs parents !
Georges, numéro Chaise, 8,90 € (34 € par abonnements, 4 numéros). Renseignements : http://www.magazinegeorges.com.

Gabriel

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