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Céline Lavignette-Ammoun

Les invités du mercredi : Céline Lavignette-Ammoun et Annelise Heurtier (+ concours)

Par 26 septembre 2012 Les invités du mercredi

Cette semaine encore je me trouve verni ! Pensez donc j’ai discuté avec Céline Lavignette-Ammoun, auteur d’un des plus beaux albums sortis ces derniers mois (Sakuya, la princesse des fleurs de cerisiers) et je suis parti en vacances avec Annelise Heurtier (auteur du magnifique Le carnet rouge). Mais vous êtes vernis aussi car non seulement je ne doute pas que vous allez trouver ces échanges passionnants et drôles (ah ben ça, quand y’a Annelise Heurtier dans les parages… ça rigole !) mais en plus vous pourrez gagner l’album dont je parlais plus haut ! Alors bonne lecture… et bonne chance !


L’interview du mercredi : Céline Lavignette-Ammoun

Quel a été votre parcours ?
J’étais une enfant plutôt sérieuse, qui avait toujours le nez dans ses bouquins. Je me faisais fâcher par mes parents parce que j’avais toujours un livre à la main, et forcément quand pendant les repas je ne voulais pas lâcher mon roman, ils faisaient les gros yeux ! J’aimais bien l’école – les cahiers aux pages blanches à remplir, les jolis stylos de toutes les couleurs, tout ça. J’aimais tellement l’école que j’ai fait des tas d’études : un CAPES de philosophie, un DESS d’édition, un master de littérature jeunesse (mais avec des interruptions entre temps !). Plus encore, j’aimais tant l’école que je n’en suis jamais vraiment sortie : j’ai été prof de philo puis, quelques années plus tard, parce que je voulais voir d’autres horizons et vivre avec mon fiancé, je suis devenue éditrice de manuels scolaires. J’aime mon métier qui me fait travailler au plus près des livres… même si ce n’est pas facile de trouver le temps à côté pour passer de l’autre côté de la barrière et être soi-même auteur !

Quels sont les livres qui ont marqué votre enfance et votre adolescence ?
Comme beaucoup d’enfants de plusieurs générations, j’ai grandi avec la bibliothèque rose et la bibliothèque verte. Je m’identifiais aux enfants détectives du Club des cinq et surtout les Lyonnais des Six compagnons de Paul-Jacques Bonzon. Je lisais Alice ou Fantômette. J’avais lu aussi toute la Comtesse de Ségur, dans une très vieille édition illustrée qui avait appartenu à ma tante et à ma mère (dans ma famille, on garde tout !), et ça ne me semblait pas même démodées ces histoires de petites filles (faussement) modèles. Je fréquentais beaucoup les bibliothèques : j’ai d’ailleurs encore ma première carte de bibliothèque, alors que je n’avais que 2 ans (on garde tout chez nous, vous dis-je !). J’aimais la collection La bibliothèque de l’amitié avec ses couvertures composées de grandes photos qui donnait à lire des histoires d’ado : un vrai précurseur de la littérature de jeunesse d’aujourd’hui. J’avais lu aussi avec un vrai attachement tous les tomes de La petite maison dans la prairie que je trouvais encore mieux que la série télévisée.
Au collège, j’ai découvert la littérature française dite « classique » : en 5e grâce à une prof de français passionnée, et en 3e grâce à une vieille prof qui, au contraire, nous interdisait de lire Zola parce qu’on y racontait des choses pas très avouables pour les enfants (forcément, ça donne envie de s’y plonger illico !).

On retrouve souvent l’Asie dans vos albums, c’est un continent que vous connaissez bien ? Où vous avez vécu ?
L’extrême-orient est une région qui m’attire. Le Japon, en particulier, est un pays que je regarde avec beaucoup de fascination. J’y suis allée en voyage, mais je n’y ai jamais habité. J’ai commencé à écrire des contes asiatiques après mon premier voyage au Japon. C’était une façon de prolonger le merveilleux voyage que j’avais fait là-bas, en recréant dans mon imagination un pays magnifié par tous les récits que je lisais. Pour moi, l’écriture est intimement liée au voyage. Lorsque je pars en voyage, je reviens la plupart du temps avec des idées d’histoires dans mes valises !

Comment travaille-t-on sur des histoires comme celle de Sakuya ou Les étoiles amoureuses, qui appartiennent au patrimoine ?
Un jour, au détour d’une lecture, j’avais lu quelques lignes sur des amoureux qui se rencontraient seulement un jour par an, le 7e jour du 7e mois. J’avais été intriguée par cette histoire. J’avais dans l’idée de décrire à travers les années l’histoire de ces personnages s’aimant malgré le temps apparemment ligué contre eux. J’ai fait des recherches sur ce conte, et je me suis dit que finalement cette histoire méritait qu’on la raconte pour elle-même.
Pour réécrire des contes, je mêle donc recherche et invention : je lis le maximum de versions du conte, les compare, puis recompose le tout à ma sauce. J’affine les caractères des personnages, motive leurs comportements, précise leurs sentiments ou atténue certains aspects trop crus (il y a beaucoup de sang qui coule dans les contes classiques !). Je reprends le canevas originel, puis je brode. Au fond, l’écriture est un précieux travail de brodeuse : dessiner de jolies formes avec des fils déjà existants qui ne demandent qu’à être assemblés.

Quel autre conte ou légende aimeriez-vous réécrire ?
J’aimerais élargir mon goût pour l’Asie jusqu’à la Chine et l’Asie du Sud-Est. J’aimerais aussi me tourner vers un autre continent et me plonger dans les contes du Moyen-Orient, terre chère à mon cœur. J’aime les contes des pays lointains qui font rêver !

Quels sont vos projets ?
Par superstition je ne parle jamais d’un projet avant qu’il n’ait pris vie ! Mais j’ai deux envies : écrire pour les tout-petits – des histoires très simples pour ma fille qui a aujourd’hui 19 mois et qui devient une source quotidienne d’inspiration – et, inversement, me replonger dans des écritures plus longues – des romans pour ado. Le seul problème, obsession de tous les jours : trouver le temps ! Mais les journées font 24 heures, ce qui n’est déjà pas si mal !

Bibliographie :

Retrouvez Céline Lavignette-Ammoun sur son site : http://madeinpaddyland.blogspot.fr

Comme je vous le disais avant l’interview il va y avoir un sacré chanceux parmi vous car il va recevoir le très très beau Sakuya, la princesse des fleurs de cerisiers illustré par Claire Degans, grâce aux éditions Chan-ok. Je suis très heureux de l’offrir à l’un de vous car j’ai vraiment eu un gros coup de foudre pour cet album. Alors pour le gagner dites moi en commentaire quelle est la légende ou le personnage de légende que vous préférez. Je tirerai au sort parmi tous les commentaires pour désigner le gagnant. Vous avez jusqu’à lundi 20h !


En vacances avec… Annelise Heurtier

Une fois par mois, je pars en vacances avec un artiste (je sais vous m’enviez). Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais moi j’adore partir comme ça avec quelqu’un, on apprend à le connaître notamment par rapport à ses goûts… cet artiste va donc profiter de ce voyage pour me faire découvrir des choses. On emporte ce qu’il veut me faire découvrir. On ne se charge pas trop… 5 de chaque ! 5 albums jeunesse, 5 romans, 5 DVD, 5 CD, sur la route on parlera aussi de 5 artistes qu’il veut me présenter et c’est lui qui choisit où l’on va… 5 destinations de son choix. Cette semaine c’est Annelise Heurtier qui s’y colle, merci à elle !
Allez en route !

5 romans : (franchement, 5 ! Comment choisir ?) :
  • Paroles, de Prévert (ça commence bien, ce n’est pas un roman…)
  • Sobibor, de Jean Mollat
  • Le Parfum, de Patrick Süskind
  • Les Rougon Macquart, de Zola (je triche, il y en a 20….)
  • Dans la peau d’un noir, de J.H Griffin (pour l’expérience que l’auteur a menée)
5 albums jeunesse : (je n’en lis pas énormément et je ne sais pas choisir… j’imagine que je passe à côté de beaucoup de belles choses. Mais heureusement il y a La mare aux mots pour m’aider ! ha ha ha. Plus sérieusement, ce que je recherche avant tout dans les albums que j’achète à mes enfants, ce sont des livres qui leur parlent vraiment, qu’ils ont plaisir à lire et à relire… et qui, tant qu’à faire, les conduisent à s’interroger. Je trouve qu’il existe beaucoup trop d’albums faits par des adultes pour des adultes. Ils peuvent être très bien écrits mais ils n’arrivent pas à toucher le petit lecteur à cause d’une sorte de »vernis » que l’enfant n’a pas encore la capacité d’enlever. Pour moi, c’est un livre qui a oublié sa vocation première.)
  • Le grand monstre vert, Ed Imberleyrigolade garantie avec mes affreux jojos !
  • Le prince Olivier ne veut pas se laver, Odile Hellman : celui-là, j’aurais adoré l’écrire !
  • J’y vais, Matthieu Maudet : pour les tous-petits. Exquis !
  • Le pinceau magique, Didier Dufresnes d’après un conte traditionnel. Les illustrations sont sublimes.
  • Sango et la rivière, Jean Muzi. Parce qu’apprendre à faire preuve d’esprit critique et à relativiser, ce n’est pas évident pour un enfant !
Mes enfants ont 18 mois et 5 ans…mes choix sont à mettre en perspective avec leur âge…
5 DVD : Joker….je ne regarde quasiment jamais la télé…et je ne suis pas très films non plus. Mais bon, puisqu’il faut en citer quelques-uns…
  • les vieux Hitchcock
  • la série des Batman (et alors ? je suis honnête, j’adore. Et puis Bruce Wayne, il est trop sexy)
  • Powaqqatsi, de Godfrey Reggio
  • Californication et Mad Men (des séries, ça compte quand même ?)

5 CD :

  • By the way, Red Hot Chili Peppers
  • An awesome wave, Alt-J
  • 100 chansons de Boris Vian
  • The joshua tree, U2 (ça me rappelle ma jeunesse, tiens)
  • Suppléments de mensonge, HF Thiefaine

 

Migrant Mother de Dorothea Lange

5 artistes : Pas évident de répondre rapidement…j’imagine que j’aurais pu en citer d’autres mais voici ceux qui me viennent spontanément à l’esprit :

  • Frieda Kahlo, pour sa vie et son œuvre
  • Dorothea Lange, 1895-1965. Ses photos me touchent incroyablement.
  • René Magritte : dans chaque tableau, 1000 histoires à inventer
  • Mark Rotko, pour sa maîtrise de la couleur
  • La Tour, j’ai toujours été fascinée par les clairs-obscurs
5 endroits :
  • La Centrafrique, où mon beau-père œuvre la majeure partie de l’année, en tant que chirurgien humanitaire. Quand je vois les photos, j’ai honte de ne pas pouvoir aider… Quand les enfants auront grandi, j’espère pouvoir y aller. Son ONG : http://www.acmc-ong.net/
  • Nuku Hiva, Hiva Oa… les Marquises: à 4 heures d’avion de chez moi !
  • L’Ile de Pâques : un endroit hors du temps. Des souvenirs incroyables.
  • Durbar Square, sous les fenêtres du palais de la Kumari. Forcément.
  • N’importe où…avec mon homme et mes enfants. (tant pis pour le cliché, c’est vrai !)

Annelise Heurtier est auteur.

Ses derniers livres sortis :

Retrouvez Annelise Heurtier sur son blog : http://histoiresdelison.blogspot.fr

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Un superbe album sur un légende fondatrice du Japon

Par 17 septembre 2012 Livres Jeunesse

Illustration de Claire Degans extraite de Sakuya, la princesse des fleurs de cerisiers © Chan-ok, 2012

Sakuya et Iwanaga étaient deux sœurs, filles du dieu des montagnes. Sakuya était rayonnante, Iwanaga ne souriait jamais. Un jour alors qu’elle rêvait sous un cerisier en fleur, Sakuya rencontra Ninigi. Tout de suite ce fut le coup de foudre entre les deux jeunes gens. Seulement Iwanaga refusa que ça se passe ainsi, elle fit tout pour que leur père refuse la main de sa fille… mais leur amour était si fort que ça ne fut pas suffisant. Iwanaga ne voulut pas se laisser faire et jeta un sort aux jeunes amoureux…

Illustration de Claire Degans extraite de Sakuya, la princesse des fleurs de cerisiers © Chan-ok, 2012

Superbe texte de Céline Lavignette-Ammoun magnifiquement illustré par Claire Degans, Sakuya, la princesse des fleurs de cerisiers est un album d’une beauté renversante. L’histoire (très belle mais très triste) est une légende fondatrice du Japon et a le charme de ces contes asiatiques anciens. Chaque illustration est absolument merveilleuse. Tout comme Sakuya et Ninigi qui tombent éperdument amoureux dès qu’ils se voient, on tombe amoureux de ce livre dès qu’on l’ouvre. Je suis certain que nombre d’entre vous, si vous avez le malheur de l’ouvrir dans une librairie, ne le reposerez pas ! Un album pour les amoureux des contes, de l’Asie et des belles illustrations.

Quelques pas de plus…
Nous avions déjà chroniqué deux livres de Céline Lavignette-Ammoun : Les étoiles amoureuses et Le jardin du secret.

Sakuya, la princesse des fleurs de cerisiers
de Céline Lavignette-Ammoun, illustré par Claire Degans
Chan-Ok
13,25€, 260×280 mm, 32 pages, imprimé en France

A part ça ?

Si vous habitez à Paris, le week-end prochain vous pouvez découvrir des extraits de spectacles de la saison culturelle à venir. C’est gratuit. Plus d’info ici.

Gabriel

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Les invités du mercredi : Nadja et Céline Lavignette-Ammoun ( + concours)

Par 9 mai 2012 Les invités du mercredi

L’interview du mercredi : Nadja

Cette semaine je suis heureux et ému de diffuser une interview que j’ai réalisée de Nadja. Si vous suivez la mare aux mots, vous savez que c’est l’auteure que je cite le plus en référence. Pour moi elle est tout simplement la meilleure auteure jeunesse, elle symbolise l’anti-mièvrerie, ses albums font un bien fou, elle donne un sérieux coup de pied dans la littérature jeunesse classique qui voudrait que les princesses soient belles et se taisent et les fées gnangnan. Si vous ne la connaissez pas jetez-vous d’urgence sur Les sur-fées, les Momo ou L’horrible petite princesse.

La mare aux mots : Parmi vos livres, on trouve de grosses différences de style entre des albums comme Les sur-fées, L’horrible petite princesse, les Momo,… et des albums comme Chien bleu ou La nuit où Jeanne et Jean sont arrivés… Y a-t-il deux Nadja ?
Nadja : Oui, vous l’avez bien perçu, il y a plusieurs Nadja. Combien ? Je n’ai pas compté, car il en apparaît de nouvelles à tout moment. Par exemple, il y a une Nadja qui raconte des histoires aux adultes dans des bandes dessinées, il y a une Nadja qui fait des tableaux, des vrais tableaux à la peinture, etc…

La mare aux mots : Faire des livres pour enfants a l’air d’être une histoire de famille …
Nadja : L’histoire de famille, c’est que notre mère (Olga Lecaye) faisait de merveilleux dessins et des livres exprès pour nous bien avant qu’ils soient publiés, notre père nous fournissait en beaux livres sur la peinture, ou en livres pour enfants anciens, la comtesse de Ségur dans l’édition bibliothèque rose d’époque, les Jules Verne avec leurs somptueuses couvertures gravées et rehaussées d’or, et puis les Babar, les Beatrix Potter… nous avons eu de la chance d’avoir sous les yeux de tels trésors, et nous avons passé la plupart de notre temps à dessiner, inventer des histoires, fabriquer des cartes de noël, des livres, des personnages à accrocher au sapin, des jouets.

La mare aux mots : Encore une histoire de famille… Votre fils, Raphaël Fejtö, a fait également de très beaux livres pour enfants, que vous avez illustré. Triste qu’il n’ait pas continué ?
Nadja : Raphael n’a pas du tout arrêté, il a même repris de plus belle, il crée un site qui sera prochainement en ligne.

La mare aux mots : Et que lui lisiez-vous lorsqu’il était petit ? Lisait-il lui-même vos livres ? Testiez-vous vos histoires avec lui ?
Nadja : Oui, je lui ai lu, montré tout ce que j’aimais, et il a toujours dessiné, écrit. Nous avons même fait plusieurs livres ensemble. Quand on y a goûté, difficile de s’en empêcher et pourquoi s’en priver ?

La mare aux mots : Que pensez-vous de la production littéraire actuelle ?
Nadja : Je trouve qu’il y a plus d’ouverture, que la diversité est très grande, que ce qui paraissait trop « adulte » ou inadéquate il y a vingt ans parait plus naturel aujourd’hui. Mais la gnangnan guette, même s’il prend d’autres formes… le tout est de ne pas s’y laisser prendre.

La mare aux mots : Vous êtes une référence pour ceux qui aiment les histoires pas « gnangnan » : d’où viennent vos princesses horribles, laides ou nulles ? Qui vous a inspiré ?
Nadja : Les contes de fées sont une bonne source, et c’est là que j’ai voulu puiser. C’est le contraire de gnangnan, c’est toute l’histoire humaine transfigurée, symbolisée par des personnages forts, beaux ou effrayants, tels que les enfants voient le monde quand ils y débarquent, ou les humains en général voient l’immensité et la difficulté du monde. C’est pour cela que la rigolade existe aussi. Ça raconte la même chose, mais en rigolant, c’est moins effrayant.

Merci infiniment à Nadja d’avoir accepté de répondre à mes questions.

Bibliographie sélective :

Retrouvez également une conversation sur Nadja sur notre forum.

L’école des loisirs me donne la possibilité de vous faire gagner deux albums de Nadja : Momo et l’album à colorier qui vient de sortir La robe couleur de tout (chanceux que vous êtes !). Pour participer dites moi en commentaire votre livre préféré paru chez cette maison d’édition, je sais que vous êtes nombreux à l’aimer, vous devriez trouver un titre sans trop de difficulté ! Vous pouvez même parler un peu de ce livre c’est toujours agréable ! Vous avez jusqu’à lundi 20h.
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La chronique de… Céline Lavignette-Ammoun

Comme tous les quinze jours un auteur ou un illustrateur qu’on aime dans La mare aux mots nous parle d’un livre qu’il a aimé. Cette semaine c’est Céline Lavignette-Ammoun qui s’y colle ! Merci à elle.

Pit et Pat sont sur un bateau. Soudain, Pit tombe à l’eau… Ah, non, ce n’est pas ça ! Au contraire, tout va bien pour les deux copains Pit et Pat : ils s’entendent à merveille et la vie est douce au gré de l’eau. Ils se sentent plus forts que tout. Pourtant, au fil des jours, tout devient moins rigolo. Pit et Pat s’ennuient de plus en plus et mine de rien une petite mauvaise humeur s’installe entre eux deux. Au début, la mauvaise humeur est toute petite : c’est juste un fil gris, mais celui-ci grossit grossit grossit… jusqu’à prendre toute la place dans la petite embarcation ! Comment démêler cette mauvaise humeur et se remettre à flot ?

La petite casserole d’Anatole (http://madeinpaddyland.blogspot.fr/2010/03/anatole-et-sa-casserole.html), joli album d’Isabelle Carrier qui traite du handicap et de la différence, m’avait beaucoup touchée. On retrouve dans La petite mauvaise humeur le même graphisme : des personnages tout en rondeur, dont on ne sait pas trop s’ils sont humains ou animal, homme ou femme ; des traits simples, avec une unité de couleur (orange, vert pour Pit et Pat, bleu pour la mer, gris pour la mauvaise humeur) et une composition à mi-chemin avec la BD. Cette simplicité aide à se projeter dans l’histoire et rend les personnages attachants. Isabelle Carrier traite avec sensibilité des sentiments ambivalents qui parfois, viennent traverser l’amitié ou l’amour. On aime l’autre, mais qu’est-ce qu’il nous énerve parfois ! Comment amorcer les conflits et retrouver l’entente passée ? Comment se débarrasser de cette mauvaise humeur qui vient prendre toute la place ?

Un petit album tout simple pour aider à parler des petits conflits du quotidien, du trop-plein des émotions et du pardon.

La petite mauvaise humeur
Isabelle Carrier
Bilboquet, « Les trésors », 2011

Sinon, rien à voir, mais puisqu’on parle de Nadja aujourd’hui, je tenais à dire quelques mots sur cet excellent album : Comment faire des livres pour les enfants, paru chez Cornélius (qui édite de chouettes BD !) C’est la bible que devrait avoir tout auteur jeunesse sur sa table de chevet ! Sous les traits d’un chat bleu, Nadja nous entraîne dans le quotidien d’un illustrateur pour enfants. Et pour devenir auteur, il ne faut pas trop écouter les mauvaises langues, à commencer par celles des parents qui pensent que « les gosses, tu peux bien leur donner n’importe quoi, ils ne font même pas la différence » ou pire, qui pavanent en répétant « ils ne se foulent pas, dis donc ! tu me donnes un crayon, j’t’en fais autant ! »
Beaucoup d’humour et d’insolence, comme toujours chez Nadja. Et en même temps, beaucoup de justesse !

Comment faire des livres pour enfants
Nadja
Cornelius, 2002

Céline Lavignette-Ammoun est auteure.

Bibliographie:

A paraître :

  • Sakuya, la princesse aux fleurs de cerisier (album – 2012) Flammarion
  • Au fond de la flaque (album illustré par Leïla Brient)

Retrouvez la sur son blog : http://madeinpaddyland.blogspot.fr/

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La douce férocité d’Estelle Billon-Spagnol

Par 2 avril 2012 Livres Jeunesse

« Moi j’aime bien Estelle Bignol Sparol » me disait ma fille l’autre jour. Mis à part qu’elle a du mal à bien prononcer le nom d’Estelle Billon Spagnol on peut dire qu’elle a bon goût !

Le petit lagouin est un animal étrange, né des amours d’un lapin et d’un pingouin. On ne peut pas vraiment dire qu’il soit très beau… et du coup les moqueries fusent ! Mais le jour où le loup arrive, c’est bien utile de courir comme un lapin et de nager comme un pingouin !

L’histoire du personnage différent qui finalement trouvera l’utilité de sa différence est assez courante en littérature jeunesse mais toujours intéressante. Et traité par Estelle Billon-Spagnol ça donne un livre absolument génial. Il y a dans ses albums ce mordant, cet humour pince sans rire, un peu acide. Elle apporte toujours aux histoires, qui pourraient être classiques, de l’originalité, un gros coup de jeune (à côté de ses livres, beaucoup paraissent ringards). Malheureusement elle n’est pas toujours l’auteure des albums qu’elle illustre  mais quand elle le fait, comme ici ou dans Mister Mok, c’est un régal. Le livre en lui-même est très beau, couverture cartonnée, papier très épais. Un véritable coup de cœur (partagé avec ma fille).

Quel est le secret de ce jardin… un chat, une souris, un papillon, un lézard et un oiseau… ah non plus d’oiseau ! Et puis d’un coup plus de lézard non plus ! Il se passe quelque chose dans ce jardin… mais quoi ?

Ici le texte est signé Céline Lavignette-Ammoun (dont j’avais déjà parlé lors de la chronique sur le magnifique Les étoiles amoureuses) mais on retrouve cette légère méchanceté que j’aime dans les albums d’Estelle Billon-Spagnol. Attention ce n’est jamais de la méchanceté gratuite mais plutôt une sorte de férocité jubilatoire. Le texte est ici aussi très drôle donc, sorte de texte répétitif où chaque fois un animal a disparu. À la fin le mystère reste entier, seul le chat est là… mais où ont bien pu passer les autres animaux ? On s’amuse avec les enfants à essayer de deviner et certains détails des dessins sont là pour nous aider. Ici aussi très bel objet… normal c’est Philomèle… (à qui les couvertures cartonnées vont très bien !).

Estelle Billon-Spagnol est, je le dis encore une fois, une des illustratrices que je suis le plus heureux d’avoir découvert depuis que je fais ce blog, j’adore vraiment son univers et je n’ai jamais été déçu par aucun de ses livres. Si vous ne la connaissez pas et que vous aimez l’humour piquant… FONCEZ !

 

Petit lagouin
d’Estelle Billon-Spagnol
Éditions Frimousse.
12,50€
Le jardin du secret
de Céline Lavignette-Ammoun, illustré par Estelle Billon-Spagnol
Philomèle.
12,90€

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A part ça ?

Depuis aujourd’hui vous remarquez un nouveau code pour le public. Je trouvais la précédente (Tout petit / À leur lire / Lecteurs débutants / Lecteurs confirmés) trompeuse si on n’allait pas voir ce qu’elle voulait dire et parfois bizarre (à leur lire pour un CD ou un livre sans texte…) celle-ci sera donc moins claire au premier abord mais moins trompeuse. En espérant qu’elle vous plaise ! Les mots têtard (pour les tout petits, donc ce qui n’est pas fragile dans les petites mains), moustique (pour ceux qui ne savent pas encore lire mais ne déchirent plus, ce qui correspond grosso modo à la maternelle), grenouille (pour les enfants qui commencent à lire, ce qui correspond en gros au début du primaire) et canard (pour ceux qui lisent déjà bien). Les dessins sont de la géniale Soufie, merci infiniment à elle !

Gabriel

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Trois contes magnifiques issus des légendes coréennes

Par 12 mars 2012 Livres Jeunesse

Chan-ok est un éditeur dont je n’avais absolument jamais entendu parler. Comme, vous devez commencer à le remarquer, j’adore les contes du monde et en particulier les contes asiatiques. J’étais très curieux, car c’est le point commun des livres édités par Chan-ok : toutes les histoires viennent de la Corée du sud.

Jik-Nyeo est la plus jeune fille de l’empereur du ciel. Sa vie consiste à tisser les nuances du temps, à fabriquer les saisons mais cette vie l’ennuie. Elle va descendre sur Terre et y rencontrer Gyeon-woo. Elle en tombe éperdument amoureuse. Son père ne verra pas d’un bon œil cet amour et la forcera à revenir dans le ciel. Mais Jik-Nyeo ne peut vivre sans Gyeon-woo et ses larmes provoqueront des déluges. Mais si l’amour des deux amants était plus fort que tout ?

C’est un très beau conte, une magnifique histoire d’amour. Les étoiles amoureuses nous raconte donc la rencontre de deux jeunes gens qui n’étaient pas fait pour se rencontrer et qui pourtant vont s’aimer malgré les interdictions. Cette histoire est inspirée d’une légende coréenne qui est à l’origine de la fête de Chilseok, équivalent de notre St Valentin, célébrée chaque année. Le très beau texte de Céline Lavignette-Ammoun est magnifiquement mis en image par Kim Dong-seong. Un album qui va séduire tout ceux qui aiment les belles histoires d’amour légendaires.

Yuhwa, la fille du dieu des rivières et Haemosu, le dieu du soleil, se sont aimés éperduement, un amour que Habaek, le père de Yuhwa, a interdit. Mais un jour, alors qu’elle est assise devant chez elle, Yuhwa voit un rayon l’envelopper, neuf mois plus tard elle met au monde un œuf énorme dont tout le monde va vouloir se débarrasser mais rien n’y fera, l’oeuf restera intact et de cet oeuf Yumong, un enfant très étrange qui parlera à un mois et deviendra très vite un expert en tir à l’arc, naîtra.

C’est une très belle histoire que celle de ce livre. Mon résumé ne parle que des premières pages, Yumong va vivre de nombreuses aventures, sa différence fera de lui une cible, quelqu’un dont on va vouloir se débarrasser car il fait peur. C’est de ça dont parle surtout l’histoire, la peur de l’autre, de la différence, de la méfiance (c’est aussi ce sentiment qui fera qu’Habaek chassera Haemosu). L’histoire prend ici aussi ses racines dans les légendes Coréenne, Jumong étant le fondateur du royaume de Koguryŏ en 37 avant Jésus-Christ. Les illustrations sont de Kim Dong-seong, comme pour le livre précédent et c’est absolument magnifique. En début d’ouvrage les illustrations ressemblent à des enluminures anciennes, toutes en longueur. Il y a une vraie recherche graphique. C’est vraiment un très bel objet.

Bao travaille dans les rizières, sous la chaleur du soleil dont les rayons lui brûlent le dos. Il doit mettre deux gouttes d’eau par pousse, pas plus car il ne faut pas la gaspiller. Elle coûte cher car le seul puits appartient à Tsai Shen et connaissant son avantage il la vend à un prix très élevé. Un jour Bao va sauver une petite araignée, ce geste anodin en apparence va changer sa destinée et celle des autres paysans.

On a encore affaire ici à une histoire magnifique, issue elle aussi des contes traditionnels coréens (il est ici question des dragons cerfs-volants qui apportent la pluie, selon la légende coréenne). Le texte est très agréable à lire à voix haute, très bien écrit et entrecoupé de petites phrases poétiques. Au niveau des illustrations on change radicalement de style par rapport aux deux premiers, et j’avoue y avoir moins adhéré mais ce n’est qu’une question de goût (je suis presque sûr que Marianne, elle, accrocherait bien plus), je n’ai bien entendu pas trouvé ça laid (Marie Caudry a beaucoup de talent) mais ça me parle moins, tout simplement.

Je suis vraiment content d’avoir découvert cet éditeur et je vais suivre de près ce qu’il sort, j’aime ces dépaysements que nous proposent des gens comme HongFei, Picquier Jeunesse ou donc Chan-ok.

Les étoiles amoureuses de Céline Lavignette-Ammoun, illustré par Kim Dong-seong.
Chan-ok, dans la collection Perles du ciel. 14€
Public : A leur lire / Lecteurs débutants

Jumong de Kim Hyang-keum, illustré par Kim Dong-seong.
Chan-ok, dans la collection Perles du ciel. 14€
Public : A leur lire / Lecteurs débutants (dès 5 ans d’après l’éditeur)

Le dragon du vent de Régine Joséphine, illustré par Marie Caudry.
Chan-ok, dans la collection Perles du ciel. 13€
Public : A leur lire / Lecteurs débutants (dès 5 ans d’après l’éditeur)

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A part ça ?

Le magazine Dada, revue d’art pour enfants qui fête cette année ses 20 ans, vient de sortir un numéro spécial Tim Burton à l’occasion de l’expo à la cinémathèque dont vous avez forcément entendu parler. Cinquante pages épaisses sur le cinéaste, on nous parle des films bien-sûr, de l’homme, on décortique des scènes, on parle des œuvres qui l’ont inspiré. Mais on apprend aussi aux enfants à créer des monstres à partir d’une tache ou avec des vieux jouets et des chiffons. La revue est superbe et son prix (7,90€) est justifié car on est plus proche du livre que du magazine. Par contre tout est ici à la gloire du réalisateur sans aucune réserve, c’est bien ici aux fans qu’on s’adresse. Si comme moi vous trouvez que son côté décalé est très calculé pour plaire au plus grand nombre, que ses premiers films ont quand même très mal vieillis et que son meilleur film (L’étrange noël de Mr Jack) n’est même pas de lui (d’ailleurs le jour où il a voulu faire lui-même un film du même genre, Les noces funèbres, c’était beaucoup moins réussi), vous ne trouverez ici que des éloges. Mais comme vous êtes très nombreux à l’adorer, vous adorerez ce numéro de Dada que vous conserverez précieusement et qui est une véritable mine d’information.

Gabriel

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