La mare aux mots
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Censure

Des albums extravagants

Par 30 juin 2016 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, je vous propose deux albums totalement loufoques, des histoires d’animaux drôles et impertinentes qui nous font voir le monde autrement.

Si j’avais une girafe
de Shel Silverstein (traduit par Christian Demilly)
Grasset jeunesse
16,90 €, 238×290 mm, 56 pages, imprimé en Espagne, 2016.
Le chat peintre
Texte d’Edvin Sugarev (traduit par Eli), illustré par Bearboz
Élitchka
16,50 €, 240×215 mm, 40 pages, imprimé en Espagne, 2016.

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Les invités du mercredi : France Quatromme et Le tour de la question « Peut-on tout écrire dans un livre pour enfants ? » (+ concours)

Par 24 octobre 2012 Livres Jeunesse

Aujourd’hui nous recevons la tricoteuse conteuse, France Quatromme. J’ai adoré son album Le géant de la grande forêt et j’avais envie de lui poser quelques questions. Pour l’occasion, j’avais envie de vous faire gagner un exemplaire de ce très bel album et grâce à la gentillesse des éditions D’orbestier l’un de vous va être sacrément chanceux. Ensuite nous ferons le tour de la question « Peut-on tout écrire dans un livre pour enfants ? » avec de prestigieux invités : Gudule, Clémentine Beauvais, Gaël Aymon et Marie-Aude Murail… je vous préviens leurs réponses sont passionnantes ! Beau mercredi à vous !


L’interview du mercredi : France Quatromme

Quel a été votre parcours ?
J’ai fait des études universitaires car je ne voyais pas comment trouver ma place dans le milieu du travail, une maîtrise moderne sur le conte et un DESS en « sciences du jeu ». Durant ce DESS, j’ai pensé m’orienter vers l’édition et devenir éditrice mais un stage m’a découragé. C’était très hiérarchique et très orienté sur le marketing, je cherchais quelque chose de plus créatif.
Après mon DESS, je me suis orientée vers le métier de la petite enfance, j’ai travaillé 7 ans en halte-garderie et à l’hôpital en tant qu’éducatrice de jeunes enfants. C’est un métier qui m’a passionné, j’ai beaucoup appris au contact des éducateurs, des parents et des enfants. Parallèlement à mon travail, j’ai suivi plusieurs formations de conteurs et j’ai commencé à raconter bénévolement mais de manière très intensive. C’est devenu une véritable passion. Il s’est trouvé que mon travail à l’hôpital me demandait beaucoup d’énergie à tel point que je n’étais plus disponible pour conter lorsqu’on m’y invitait. Je me suis dit qu’il était grand temps de faire un choix avant de passer à côté de mon rêve. Je suis devenue conteuse. Pour rien au monde je ne reviendrais en arrière !

Quels sont vos souvenirs de lectures d’enfant, d’adolescente ?
Mes albums d’enfants ont beaucoup compté. Mes souvenirs sont plutôt liés à des sensations, des moments. Difficile de citer un livre en particulier. J’ai découvert le roman avec la Comtesse de Ségur. Adolescente, il m’arrivait de relire un livre 6 fois s’il me plaisait. J’ai eu des périodes assez boulimiques adolescente et jeune adulte. Je lisais tout ce qui pouvait me passer sous la main même si je ne comprenais pas tout !
C’est avec une grande émotion que je ré-ouvre aujourd’hui mes albums d’enfants, comme une madeleine de Proust.
Avec eux, je vivais de manière plus intense, plus dense. C’est sans doute cela qui me ramène aujourd’hui à l’écriture.

Ces lectures vous ont-elles inspirée ?
Je ne peux pas dire qu’elles m’aient inspirées directement mais indirectement certainement.

Vous êtes conteuse, les histoires que vous publiez ont-elles été d’abord orales ?
Certaines oui mais pas toutes. J’ai plaisir à écrire d’autres types de textes que des contes, plaisir à explorer des terrains nouveaux. Cependant, je travaille mes textes en les lisant à haute voix. J’aime travailler le rythme, la musique des phrases.

Parlez-nous du magnifique « Le géant de la grande forêt », comment est née cette histoire ?
Le début de cette histoire correspond au début d’un spectacle. C’est une histoire cadre pour introduire et rassembler différents contes autour de la forêt et des arbres. Une petite vieille nourrit un bébé trouvé dans la forêt de nourriture et d’histoires. Ce bébé devient un ogre, véritable dévoreur d’histoires. A force de le raconter, j’ai eu envie de prolonger l’histoire de ces personnages qui m’habitaient.

Quels sont vos projets ?
Beaucoup plus de projets que de temps pour les réaliser malheureusement. Il faudra donc faire des choix. Mais je suis en train d’écrire une histoire pour un livre-disque. J’aimerais également enregistrer « Petipa » mon dernier spectacle pour les tout-petits avec un musicien.

Bibliographie :

Retrouvez France Quatromme sur ses blogs : son blog d’auteure : http://raconte.over-blog.com et son blog de conteuse : http://lestricoteuses.over-blog.com

Comme je vous le disais en début d’interview, grâce aux Éditions d’Orbestier, j’ai la joie de faire gagner à l’un de vous le très très beau Le géant de la grande forêt. Je l’avais chroniqué ici, je suis certain que vous serez nombreux à vouloir le gagner. Alors pour participer, je vous propose de me donner votre avis sur la question que j’ai posée à des auteurs (à lire juste en dessous), d’après vous, peut-on tout écrire dans un livre pour enfants ? Au contraire quels sont pour vous les thèmes qui ne sont pas assez abordés par crainte d’une certaine forme de censure, quels sont les thèmes qui d’après vous ne devraient jamais être dans un livre jeunesse. Bref donnez moi aussi votre opinion (et si vous n’en avez pas dites le aussi, vous participerez quand même !). Vous avez jusqu’à lundi 20h !


Le tour de la question… Peut-on tout écrire dans un livre pour enfants ?

Une fois par mois je propose à plusieurs auteurs de répondre à une même question, ce mois-ci je leur ai proposé de nous dire si on peut tout écrire dans un livre pour enfant.

Gudule :
Il est évident qu’on ne peut pas parler de tout, dans un livre pour enfant. Non seulement pour des raisons “morales”, mais surtout parce que de nombreux sujets, qui passionnent les adultes ou les adolescents, n’ont aucun intérêt pour les tout-petits. Vouloir à tout prix les sensibiliser à certains thèmes est une aberration, surtout s’ils ne sont pas adaptés à leurs préoccupations. Tout est une question d’âge bien entendu.
Ceci dit, la mort, la maladie, le sexe, voire l’inceste ou le harcèlement, qu’on ne s’autorisait pas jadis dans la littérature pour la jeunesse, peuvent être abordés même en direction des très jeunes enfants (puisque nombre d’entre eux y sont confrontés), mais tout est dans le discours, dans la manière de présenter les choses, dans le langage employé. Ce qui ne veut pas dire, même si l’auteur met, dans son texte, tout le doigté nécessaire, que les éditeurs le suivent ! J’ai, personnellement, eu de nombreux manuscrits refusés pour ces raisons — pourtant, ils s’adressaient à des adolescents. A commencer par l’un des tout premiers de ma carrière, qui traitait de la folie, et que la direction de Gallimard a stoppé en cours d’impression, contre la volonté du directeur de collection. Ce qui ne m’a pas empêché de récidiver, par la suite. J’ai publié chez Hachette un livre sur le sida (La vie à reculons), chez Flammarion un livre sur le suicide (Mordre le ciel), chez Thierry Magnier une première expérience sexuelle (L’amour en chaussettes), chez Grasset un livre sur l’homosexualité féminine (Étrangère au paradis), sur l’enfant né d’un viol (Notre secret à nous) et sur une grossesse de lycéenne (La vie en Rose). Tous ces romans, bien que la plupart d’entre eux aient essuyé, avant publication, plusieurs refus d’éditeurs, ont été plutôt bien accueillis par le public. Certains, comme La vie à reculons, ont même cumulé les prix. D’autres, en dépit de leur succès, m’ont valu quelques déboires, comme L’amour en chaussettes, sélectionné pour le grand prix de la ville de Rennes, mais boycotté par les établissements scolaires privés (sans compter les courriers insultants, émanant de parents d’élèves, ou les reproches de vive voix lors de salons ou de signatures). Les préjugés ont la vie dure !
Gudule est auteur, elle vient de sortir Contes et Légendes : Les mille et une nuit chez Nathan. Retrouvez la sur son blog : http://gudule.over-blog.com

Clémentine Beauvais :
On peut tout dire dans un livre pour enfants, ça, j’en suis convaincue – et parfois la littérature jeunesse est plus adaptée que la littérature ‘adulte’ pour aborder des sujets difficiles. Philip Pullman, dans un discours devenu célèbre parmi les aficionados de la littérature jeunesse, déclarait que ‘certains thèmes sont si vastes et si importants qu’il faut la littérature jeunesse pour en parler’…
Mais bien sûr, si l’on peut en théorie parler de tout, ça ne veut pas dire qu’on peut être publié en parlant de tout. Il y a toujours énormément de sujets tabous dans l’édition jeunesse, et ce ne sont pas ceux auxquels on peut s’attendre. Sexe, drogue, pas de problème – mais la maladie, la dépression, le handicap, c’est plus difficile. J’ai un album dans mes tiroirs, sur la maladie d’un parent dans une famille, qui n’a jamais trouvé d’éditeur – malgré de très nombreuses réponses enthousiastes, il reste ‘impossible à publier’. Du coup, je l’ai posté en libre consultation sur mon site internet, pour qu’il serve à quelque chose quand même. Je pense que pour certains sujets ultra délicats, mais essentiels, les auteurs doivent envisager des solutions comme celle-ci. Ces livres doivent exister, et peut-être que leur place est en parallèle de l’édition traditionnelle.
Cela dit, mon premier album, Samiha et les fantômes, était sur un sujet extrêmement brûlant, le voile intégral – et pourtant il a été publié par Talents Hauts, reçu le soutien d’Amnesty International, et il a attiré l’attention de la presse. Mon dernier roman en date, La pouilleuse, parle de torture, de racisme et de préjugés de classe. Il faut toujours tout tenter. Les grandes questions de société interpellent les enfants, il y sont très réceptifs. L’injustice, l’insécurité, la violence, le sexisme, ce sont des thèmes qui les concernent et qu’ils sont largement assez intelligents pour comprendre. Il existe maintenant de nombreux livres sur les sans-papiers, les SDF, les violences faites aux femmes. Les petites maisons d’édition indépendantes, c’est évident, sont les plus à même de prendre des risques.
Peut-on vendre en parlant de sujets qui fâchent, ça, c’est encore une autre question. Être un auteur engagé reste un luxe…
Clémentine Beauvais est auteur, son dernier livre, La pouilleuse sorti chez Sarbacane, est un livre qui m’a donné une grosse claque, je vous en parlerai prochainement. Retrouvez la sur son blog : http://www.clementinebeauvais.com

Gael Aymon
Non et surtout pas n’importe comment!
En ayant publié mes premiers manuscrits chez un éditeur engagé comme Talents Hauts, je suis de temps en temps confronté à des parents qui rejettent en bloc. La seule image du prince Perce-Neige (des Contes d’un autre genre), réveillé par le baiser d’une princesse, a curieusement hérissé quelques personnes. Du côté des éditeurs, il est actuellement difficile de placer un texte qui se termine « mal », même si cela a du sens par rapport au message ou à l’histoire.
Pour le plus jeunes lecteurs, le conte permet selon moi de traiter des sujets délicats indirectement, sans heurter, avec la bonne distance. Mais c’est vrai que j’ai beaucoup douté pendant l’écriture des Souliers écarlates, qui aborde la violence contre les femmes. C’était primordial de ne pas sombrer dans le sordide, mais l’équilibre était difficile. Comment préserver la magie sans tomber à côté de la plaque, sur un sujet aussi dur ? Je voulais que ce texte puisse être lu comme n’importe quel autre par un lecteur lambda, tout en s’adressant de façon spécifique à ceux pour qui ce thème n’est malheureusement pas une fiction.
On est beaucoup plus libre avec les ados, c’est différent. Mais le prétexte de leur parler sans mièvrerie ni tabou, est parfois un alibi pour vendre du sensationnel à un public facilement fasciné par le scabreux. Là, il faut vraiment que ce soit pour dire quelque chose au bout du compte, sinon, on crée le malaise à des fins strictement commerciales. La violence est souvent utilisée sans distanciation ni jugement, juste pour se la jouer « littérature de grands ». C’est le reflet de notre société : on est choqué par un tas de choses, on se pose plein de questions sur le fond et la forme, mais on souscrit tous d’assez bonne grâce à l’omniprésence d’une violence divertissante.
C’est ma limite personnelle en tant qu’auteur : ne pas utiliser de violence gratuite.
Gaël Aymon est auteur, il vient de sortir un superbe conte traitant de la violence faite aux femmes, Les souliers écarlates (chroniqué ici). Retrouvez-le sur son blog : http://gaelaymon.com

©Claudie RocardMarie Aude Murail
Quand j’écris pour les plus petits, je n’ai pas tellement en tête la notion de censure/autocensure, mais plutôt celle de limites. Je veux procurer des émotions, raconter de vraies histoires, mais je sais que les enfants jeunes n’ont pas mes références, ni mon bagage linguistique. Il est évident que l’écrivain jeunesse ne peut pas tout dire. Je me donne certaines règles. Je m’interdis de désespérer un enfant. Je ne fais jamais de livre qui se termine mal. Mon livre doit donner envie de grandir. Donc, je ne finis jamais sur une porte fermée ou sur ces fins tristes qui “ font intelligent ”. Mes romans ont délibérément des fins optimistes. C’est sans doute ce qui m’a fait choisir cette littérature. On a le droit d’y être heureux. J’ai donc du mal à parler d’autocensure dans mon cas, avec ce que cela supposerait de frustration et de renoncement… J’aime secouer, bousculer, provoquer la colère, l’indignation, mais je ne vois pas l’intérêt d’une provocation gratuite.
Certains adultes ont été choqués par Oh boy !, pas mes jeunes lecteurs. Ce qui m’ennuie, c’est qu’on puisse penser que je traite du thème de l’homosexualité  dans Oh boy ! ou du handicap mental dans Simple. Je ne me soucie pas de thématique, même audacieuse, je suis romancière et je crée des personnages qui peuvent être, entre autres, homos ou handicapés. Et je m’octroie le droit de les traiter comme n’importe quel autre personnage, par exemple de les rendre comiques. Et il arrive que ça choque certaines belles âmes. Mais faire rire de personnages handicapés, malades, marginaux, c’est enlever la peur qu’on éprouve devant celui qui est différent. Dans Simple, j’ai mis un idiot, on rit avec lui et de lui. Je pense qu’on l’en aime d’autant plus. Au niveau des éditeurs, je sais à qui m’adresser pour tel ou tel texte. Souvent, la censure porte sur le vocabulaire. Je sais que Bayard ne veut pas de “ gros mots ” par peur des réactions des parents. Par exemple, certains parents de petits abonnés à J’aime Lire ont réagi à mon histoire L’espionne déclone où un petit garçon va dire à sa mère que : “ Marie-Eugénie, elle déclone ”. La mère comprend de travers et le gifle. On m’a fait savoir que des parents avaient écrit pour protester contre le jeu de mots (décloner, déconner…) et contre l’image de la mère (la “ mauvaise mère ” qui gifle). Je n’ai pas encore trouvé de sujets que je ne puisse aborder. Tout est dans la manière de dire les choses, l’humour, l’ellipse permettent presque tout. Toutefois, pour certaines scènes, je sais que je n’ai guère de chance de les faire passer ailleurs qu’à l’École des Loisirs.
Marie-Aude Murail est auteur, elle vient de sortir le troisième tome de Malo de Lange à L’école des Loisirs.

Vision de l’éditeur :
J’ai contacté 5 éditeurs en leur proposant de répondre à cette question et malheureusement, à ma grande surprise, aucun n’a souhaité s’exprimer là dessus…

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