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Charlotte Moundlic

Les invité-e-s du mercredi : Charlotte Moundlic et Jean Pichinoty, libraire

Par 17 juin 2015 Les invités du mercredi

Charlotte Moundlic est une auteure dont les ouvrages me bluffent régulièrement. Parce qu’elle écrit des histoires qui touchent et parce qu’elle les écrit particulièrement bien. Loin d’être une faiseuse de livres sur des thématiques, elle aborde des sujets forts, mais pour l’histoire, pas pour traiter absolument les sujets. J’ai l’occasion d’échanger régulièrement avec elle, c’est quelqu’un de passionnant et j’avais envie qu’on parle ensemble de son travail, d’elle, de sa vision des choses. Je suis ravi de vous proposer aujourd’hui de lire notre échange. Jean Pichinoty, quant à lui, est un libraire que je n’ai jamais rencontré, mais quand je me passe sur la page Facebook ou le blog de sa librairie, La soupe de l’espace, je suis toujours ravi de ce que j’y découvre. Les livres qui y sont présentés, mais surtout les prises de position, l’engagement de ce libraire. Il est l’invité du Coup de cœur/coup de gueule. Deux personnalités fortes, deux personnes qui comptent dans la littérature jeunesse, à des stades différents de la chaîne du livre. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Charlotte Moundlic

9782081208551Quand avez-vous commencé à écrire ?
J’ai commencé à écrire un peu par hasard. En fait, c’est une éditrice avec laquelle je travaillais chez Flammarion, Catherine Zelvelder, qui m’a proposé d’écrire un texte. Elle m’a proposé de faire un synopsis pour une histoire. On travaillait sur des livres un peu particuliers dans lesquels on insérait des objets. Il fallait une histoire en lien avec l’objet et on avait reçu plusieurs essais qui ne lui convenaient pas à cause de cette contrainte-là et du coup moi j’avais quelques idées, j’en ai parlé avec elle. Elle m’a dit « écoute, essaye de m’écrire une trame d’histoire » et puis après « ben développe la trame » puis « ben ajoute des dialogues » puis enfin « ben je vais le publier ! ». Je ne savais pas du tout que je continuerais après, ça a été un concours de circonstances et voilà. Ça s’est fait comme ça, ça a commencé comme ça.

Quand est-ce que vous y avez pris goût alors ?
Euh… je me suis beaucoup amusée à le faire… c’est après, mais assez vite après en fait que l’histoire de La croûte m’est tombée dessus puisqu’on peut dire ça comme ça. Cette histoire m’est véritablement tombée dessus et il y avait comme un besoin, une urgence à l’écrire, je ne savais pas ce que j’allais en faire, mais, elle est sortie d’un coup, comme ça, après plusieurs événements, mais du coup… c’est parti comme ça !

La croûte c’est le premier album « personnel » ?
Oui, c’est le premier texte personnel que j’ai écrit. Ce n’est pas le premier qui est paru, mais c’est le premier texte vraiment personnel que j’ai écrit.

Ce n’est pas le premier qui est paru parce…
Pour des histoires d’agenda en fait

Pas parce qu’il avait été refusé par des éditeurs ?
Non non il n’a pas été refusé, il a été pris tout de suite.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
TOUT ! Je lisais tout. Je lisais la presse jeunesse. Moi j’ai eu la chance d’être abonnée au premier J’aime Lire et aux premiers Astrapi. J’ai eu les numéros zéro ! Les invitésJe ne sais plus pourquoi… parce que ma mère qui était instit avait une de ses copines qui bossait pour Bayard et du coup il fallait tester et j’ai eu les numéros zéro… Du plus loin que remontent mes souvenirs, j’ai toujours lu.

Certains de vos livres peuvent déranger (je pense à La croûte dont on parlait précédemment, Les invités ou récemment Je suis le fruit de leur amour), est-ce que vous sentez en écrivant ce genre de texte que ce sont des sujets sensibles ou est-ce totalement inconscient ? Vous aimez provoquer ?
Non, c’est jamais ce qui déclenche l’envie d’écrire ces textes-là. C’est marrant parce que ces trois textes ont un point commun que j’ai réalisé assez récemment. C’est-à-dire qu’ils viennent tous d’une conversation avec des adultes qui m’a choquée à un moment. En ce qui concerne La croûte j’ai assisté à un colloque à Toulouse (j’étais dans le public), un truc super sérieux sur la lecture des enfants et notamment sur les sujets dits délicats et une dame bardée de diplômes, très aguerrie en psychologie, spécialisée sur l’enfance avec des diplômes longs comme le bras expliquait sur scène qu’en parlant de la mort aux enfants, il fallait choisir ses mots, et que notamment c’était très bien de dire « il est parti » au lieu de « il est mort » et moi c’est quelque chose qui m’a toujours beaucoup choquée parce que « il est parti » pour moi ça veut dire « il va revenir ». Et s’il est parti et qu’il ne revient pas il me semble que c’est source d’une souffrance inouïe pour un enfant. Ça, c’est un point de vue très personnel. Sur le moment, ça m’a super énervée, je n’ai pas compris pourquoi ça m’avait autant énervée, mais vraiment mise en colère. Et en fait, quelques années auparavant, dans mon entourage proche une mère de famille était morte et j’ai accompagné ces enfants-là les premiers mois qui ont suivi la perte de cette mère, les enfants avaient 10, 7 et 18 mois, leur père était totalement anéantis, incapable de faire quoi que ce soit, et les enfants portaient cette maison, La Boumà bout de bras, en parlant de leur mère joyeusement, en colère certes, mais en tout cas ils passaient leur temps à raconter des anecdotes, à s’arrêter et à se regarder « maman… tu te souviens ? Tu te souviens de qui c’est ? », Je leur disais « bien oui, bien sûr » et donc je me suis souvenue de ces enfants-là, à qui on avait tout dit, tout raconté. Je détestais cette idée que ça ne les concerne pas et qu’il faut les protéger. Or de mon point de vue, quand un deuil comme ça, surtout celui de sa mère arrive dans une famille, l’enfant est autant « concerné », ça lui arrive à lui aussi, ça fera partie de sa vie. Et en fait, c’est cette histoire-là que je voulais raconter. C’était cette idée que l’idée de protéger les enfants ça ne veut pas dire de leur dissimuler des choses. Et ensuite, c’est de les accompagner dans les moments difficiles, mais en tout cas je pars du principe qu’il faut dire les choses telles qu’elles sont. C’est mon point de vue d’adulte avant et de parent depuis. Jusque là ça… enfin, ça fonctionne, j’en sais rien, mais en tout cas je ne me sens pas de ne pas raconter ou de ne pas dire les choses.
En ce qui concerne Les invités, ma fille est rentrée un jour de l’école en disant, en gros, les Indiens sont vraiment des ordures et ils ont tué tous les cowboys. Elle était toute petite, donc je lui ai dit que ce n’est pas exactement comme ça que ça s’est passé et j’ai commencé à lui raconter l’histoire de cette maison dans laquelle des gens arrivent, s’installent et puis… Pour moi l’idée c’était de raconter la colonisation avant tout dans une forme naïve, je ne suis pas du tout historienne. Et puis au-delà de ça, raconter la loi du plus fort qui est celle qu’on trouve dans toutes les cours de récréation, de raconter le pillage, l’abus de pouvoir, la suprématie, la domination et de faire réfléchir les enfants là-dessus, c’est-à-dire qu’est-ce qui fait qu’à un moment on adhère à un principe qui est celui d’aller torturer d’autres gens pour les piller, pour les voler, ce qui fait qu’à un moment un groupe devient un cerveau unique et pas une combinaison de plusieurs cerveaux qui pourraient s’équilibrer les uns les autres. Et c’est un texte qui a choqué les adultes, mais dans toutes les classes dans lesquelles je suis allée, ça a été du CE1 à la 3e, j’ai eu des conversations absolument incroyables avec tous les enfants et tous les jeunes adolescents que j’ai rencontrés qui ont très bien compris le sujet de l’histoire.

Je suis le fruit de leur amourEt le dernier, Je suis le fruit de leur amour, qui est sorti récemment ?
Je pense que tous à un moment on a eu le sentiment qu’on n’était pas aimé, qu’on était mal aimés. Y’a un moment où l’on en a voulu à mort à nos parents, où on les a détestés et c’est cette idée que… On a le droit quoi ! On est autorisé à un moment à ne pas aimer. Et alors un adulte que j’ai rencontré m’a dit « ça n’existe pas des parents qui n’aiment pas leurs enfants » et là je me suis dit, mais dans quel… enfin, voilà, je ne suis pas d’accord avec ça. Voilà, c’est parti de là aussi, d’une colère et puis de cette solitude de l’enfance où les… je voudrais qu’on considère que les enfants sont très intelligents et qu’ils peuvent réfléchir sur plein de choses, c’est pas un bout de leurs parents

Oui, pas une extension
Ah non certainement pas ! Ils sont libres de penser et ils ont le droit et surtout qu’ils s’autorisent à un moment à… Je suis souvent frappée par les enfants qui, quand on vient de les engueuler, reviennent et te disent en gros « ahhhh je… »… Ma fille un jour quand elle était petite s’approche de moi et me dit, je venais de l’engueuler, je ne sais plus pourquoi, enfin bref, et elle me dit « maman t’es belle, t’es belle… » et je sentais que dans le fond elle avait envie de me dire qu’elle m’en voulait à mort et la conclusion de tout ça a été « … mais c’est dommage que tu sois pas très sympa » et elle est partie et j’ai trouvé ça super et je lui ai dit « tu as le droit de me le dire, on a le droit de ne pas être d’accord, on a le droit de… » voilà. Et cette idée qu’il y’a des parents qui n’aiment pas leurs enfants ou qui les aiment mal c’est plutôt parce que l’idée d’aimer ou ne pas aimer ça reste très compliqué à… y’a pas de dogme ou de règle en la matière, mais ensuite je pense que chacun à moment peut se sentir mal aimé et donc pas aimé et on a le droit de le dire et d’en parler

Mais je pense que, comme pour La croûte où vous m’aviez dit que vous aviez eu parfois des réactions un peu violentes des lecteurs…
Alors pas des lecteurs ! Des adultes ! Les parents des lecteurs !

le Slip de bainJe pense que pour ces deux livres-là, ça choque les parents. Pour La croûte, car on pense à notre propre mort, on se projette dans l’histoire.
Non, mais bien sûr ! Pour les mères… moi beaucoup de mères de mon entourage, des amies, des gens proches… pour elles c’est INSUPPORTABLE. Et sur un salon, une femme m’a dit « pour écrire des horreurs pareilles vous ne pouvez pas avoir d’enfant »… Bon, j’ai deux enfants, ils étaient nés à l’époque en plus. Mais je ne considère pas que parler de la mort et du deuil ce soit horrible.

C’est important même
C’est HYPER important. Et en fait on peut parler… dans la littérature enfantine on peut parler du hamster, on peut parler du grand-père, mais de la mère et du père… et alors la mort d’un enfant… on est toujours obligé de passer par des ellipses… moi j’avais besoin de quelque chose d’un peu cru, d’un peu… parce que je pense que les enfants ont besoin de réponses aussi un peu concrètes. Qu’est-ce qui se passe une fois que les gens sont morts, qu’est ce qu’on va faire du corps, on va les mettre dans la terre, on va les mettre… mais ils ne reviendront pas… ils ont besoin qu’on leur réponde précisément sur des choses qu’ils considèrent au quotidien, ils ne se projettent pas dans l’avenir, c’est ce qui fait la grande différence. C’est-à-dire que les parents ils se projettent sur qu’est ce que va être sa vie future sans sa mère, c’est horrible ce qui lui arrive. L’enfant je pense que… d’abord tous les enfants que j’ai rencontrés pour eux c’est très clair que c’est l’histoire de cet enfant, c’est l’histoire très triste de cet enfant-là, mais c’est les parents qui se projettent, pas les enfants.

Quel est votre regard justement sur la littérature jeunesse actuelle ?
Je trouve que, en France en tout cas, on a une liberté, de plus en plus.

Oui, la liberté est là, mais est-ce que les gens la prennent ?
Alors je pense que c’est pas tant que les textes n’existent pas… Chamalo est jalouxmais en fait ça dépend des lecteurs. Est-ce que les lecteurs sont prêts ou pas à recevoir ce type de narration ensuite ça c’est vraiment… chacun réagit comme il peut, comme il est, avec son histoire. Avec… Moi je… Voilà, un livre on peut ne pas l’ouvrir, on peut ne pas le lire et c’est aussi une liberté… j’ai pas d’avis là-dessus quoi… Je pense qu’on a une grande grande richesse et une grande offre dans laquelle au final chacun peut peut-être aussi trouver ce qui lui parle et ce qui fait sens pour lui. Je ne prétends pas donner des modes d’emploi sur la manière de gérer les maux.

Quelques mots sur votre collaboration avec Olivier Tallec ? Aurons-nous des nouvelles de Michel ?
Olivier Tallec
, je lui ai fait lire La croûte, parce que c’est un ami et j’adore son travail, au départ pour lui demander si, de son point de vue, c’était illustrable. Je n’en étais pas du tout certaine. Le texte n’avait pas été du tout proposé aux éditeurs. C’était vraiment… voilà… je voulais avoir… Comme c’est un garçon sensible et intelligent et extrêmement doué et qui arrive à faire passer beaucoup d’émotion dans ses images… il est typiquement quelqu’un qui pourrait le mettre en image et est-ce que lui pense que c’est jouable ? Il l’a lu et il m’a dit « ah… pas facile comme exercice, mais oui je pense que c’est tout à fait faisable ». Et ensuite quand le texte a été accepté, je lui ai dit ben le texte est pris chez un éditeur et en même temps j’osais pas trop je me disais il va croire que si je lui ai posé la question avant c’était avec uneMon Coeur En Miette idée derrière la tête ce qui n’était pas le cas et quand je lui ai dit « mais tu te sentirais de le faire » il m’a répondu « j’aurai été super vexé si tu ne me l’avais pas proposé » et donc ça a été le début de cette collaboration à la suite de quoi on a discuté après La croûte voilà on s’est dit qu’on avait envie de continuer à faire des livres ensemble et puis je lui ai parlé de Michel… En fait, je lui ai parlé de mes souvenirs de vacances avec mes cousins et puis lui a commencé à me raconter les siens et après j’ai écrit Le slip de bain et donc on s’est… l’idée c’était pas d’en faire une série, hein ! Mais on s’est vachement attaché à ce personnage et ensuite… suite à une conversation où un adulte m’a déclaré que les enfants ne tombaient pas amoureux, j’ai donc écrit Mon cœur en miette. Et en fait au départ Mon cœur en miette j’avais mis une narratrice, mais ça ne marchait pas du tout, cette histoire ne marchait pas du tout et tout à coup je me suis dit, mais… c’est une histoire pour Michel, quoi. Et donc c’est comme ça que Michel a fait son come-back et ensuite il y a eu cette histoire de La boum… donc des nouvelles de Michel pour le moment je n’en ai pas… Mais on ne sait jamais, Michel est toujours tapi dans l’ombre, prêt à surgir quand une histoire apparaît. Ce sera du sur mesure de toute façon c’est-à-dire qu’on n’ira pas plaquer sur ce personnage des histoires si on n’a rien à lui faire vivre. À chaque fois, ça a été… voilà… ça a été parce qu’on avait envie de faire revenir Michel que voilà… nous verrons !

D’autres projets ?
Comme j’ai changé de travail j’ai eu quand même beaucoup moins de temps et surtout de disponibilité de l’esprit plus que de temps matériel, mais… et là, ça me titille, ça me titille donc j’ai publié une nouvelle pour adultes et là je… je sens que cet été va me faire revenir à l’écrit parce que ça commence à me démanger

Une nouvelle pour adulte, c’est quoi ? Chez qui ?
C’est une nouvelle qui n’est parue qu’en numérique, on pouvait la charger dans les autobus ! Dans les autobus c’était un temps de lecture. C’était une commande, je me suis beaucoup amusé et donc pour le moment elle n’existe pas sur papier. Une histoire de taxi.

Bibliographie sélective :

  • Je suis le fruit de leur amour, roman, Thierry Magnier (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Le papa de Simon, album d’après Maupassant illustré par François Roca, Milan (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • La boum ou la plus mauvaise idée de ma vie, album illustré par Olivier Tallec, Père Castor (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Série Chamalo, albums illustrés par Marion Billet, Père Castor (2010-2013), que nous avons chroniqué ici, et ici.
  • Mon cœur en miette, album illustré par Olivier Tallec, Père Castor (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • Les invités, roman, Thierry Magnier (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • Le slip de bain, ou les pires vacances de ma vie, album illustré par Olivier Tallec, Père Castor (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • Je veux des lunettes !, album illustré par Véronique Deiss, Albin Michel Jeunesse (2010), que nous avons chroniqué ici.
  • La croûte, roman, Thierry Magnier (2009), que nous avons chroniqué ici.


Le coup de cœur et le coup de gueule de… Jean Pichinoty

Régulièrement, un acteur de l’édition jeunesse (auteur, illustrateur, éditeur…) nous parle de deux choses qui lui tiennent à cœur. Une chose qui l’a touché, ému ou qui lui a tout simplement plu et sur laquelle il veut mettre un coup de projecteur, et au contraire quelque chose qui l’a énervé. Cette semaine, c’est Jean Pichinoty, libraire de La soupe de l’espace qui nous livre son coup de cœur et son coup de gueule.

Ainsi donc, je dois me plier à ce douloureux exercice du coup de cœur/coup de gueule.
Bon, les gens qui me connaissent savent à quel point je peux être prolixe en la matière, mais ils se trompent ! Je suis très vigilant à ne pas passer pour un révolutionnaire accompli, surtout quand on me le demande ^^
Loin de moi d’ailleurs l’envie de « plomber l’ambiance », d’en rajouter à la sinistrose ambiante déjà bien galopante, mais je dois avouer qu’il se passe en ce moment dans le monde de l’édition un certain nombre de choses qui méritent qu’on en parle, à défaut d’en hurler.
Récemment, nous avons pu apprendre un certain nombre d’informations qui à mon sens continuent d’ébranler tranquillement ce petit monde du livre.
– ça a commencé avec la vente et la fermeture programmée de la librairie « La Hune » à Paris. Antoine Gallimard (ou son armée de gestionnaires financiers) a donc pris la décision de vendre à un groupe multimilliardaire cette mythique librairie, pour de sombres raisons comptables (les mêmes raisons comptables qui avaient poussé Antoine Gallimard a déplacer la même librairie il y a 3 ans pour ne pas voir mourir ce symbole du Quartier Latin ?).
– Et puis nous avons appris la cession de Volumen (groupe de diffusion/distribution) à Interforum, pour 1 euro symbolique. Au-delà de la désastreuse nouvelle pour les gens qui travaillent chez Volumen et des conséquences économiques pour les libraires, les gens pourront apprécier la formidable ironie de cet euro symbolique.
– Et puis enfin, on a pu apprendre que Bayard quittait le groupe de la Sofedis pour rejoindre un autre groupe, Hachette. Ce que personne n’a dit d’ailleurs, c’est qu’Hachette a dû mettre 8 millions d’euros sur la table, pour dénoncer le contrat qui liait Bayard à la Sofedis.
Voilà, on assiste à ce grand ballet de petits poissons mangés par les moyens poissons, engloutis à leur tour par de plus gros poissons qui se bouffent eux-mêmes entre eux. Ils précarisent la profession, et mettent à mal un peu plus chaque jour un monde du livre à l’économie bien fragile.
Le monde du livre, du moins à travers ces gros poissons, continue de scier sciemment la branche sur laquelle il repose, et tout le monde assiste au spectacle avec la tragique sensation de ne pouvoir rien faire.
Ce système néo-libéral court à sa perte, et entraîne tout le monde avec lui.
Franchement, ça me rend dingue tout ça. D’autant qu’avec notre librairie, j’ai parfois (souvent ?) l’impression de participer activement à ça.
Alors je prends un peu de recul, j’essaye de me rassurer, et je me dis qu’à défaut de pouvoir sauver le monde, je me dois de contribuer à notre petit édifice, de récolter les graines de tout ce que l’on a semé, et de les distiller avec le plus grand nombre, en espérant qu’un jour les germes de nos espoirs seront la réalité de demain.

Mon coup de cœur ira à celles et ceux qui font bouger ce petit monde de l’édition. Les auteurs et les illustrateurs, bien mis à mal ces derniers temps, qui résistent et se battent pour valoir leurs justes droits.
Les maisons d’édition qui se créent et par là osent défier le marasme économique dans nous sommes plongés. Je pense à l’Agrume, avec Chloé Marquaire et Guillaume Griffon qui ont su créer une belle et trépidante maison d’édition, à Julien Magnani pour sa force créative et son intelligence, aux toutes jeunes éditions des éléphants, et je pense à Valérie Cussaguet et Brune Bottero des Fourmis Rouges, parce que la naissance de leur maison d’édition est arrivée au moment où nous avions besoin d’un signe fort pour nous accrocher. Elles sont arrivées au moment où nous en avions le plus besoin, mais elles ne le savaient pas 🙂
Alors on les embrasse bien fort toutes les 2 (et Martin aussi, on voudrait pas qu’il soit jaloux), et on leur dit qu’on les aime.

Jean PichinotyJean Pichinoty est libraire à la super librairie La soupe de l’espace que vous pouvez découvrir 9 avenue des îles d’or à Hyères (83). Mais si vous n’habitez pas dans le coin, vous pouvez commander sur internet sur la boutique en ligne ici (c’est quand même mieux que les gros sites américains qui vendent des livres comme des robots mixeurs). Et si vous n’habitez pas dans le coin et que vous n’aimez pas acheter sur internet, vous pouvez tout de même visiter le super blog de La soupe de l’espace .

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Petit… mais fort !

Par 27 février 2015 Livres Jeunesse

Les trois romans du jour ne dépassent pas les 150 pages à eux trois… et pourtant ils risquent de vous marquer !

Je suis le fruit de leur amourSes parents s’aiment. Éperdument. À la folie. Elle en est la preuve, elle est le fruit de leur amour. Ils ne sont pas très présents, mais c’est normal, quand on s’aime on a envie de passer du temps ensemble. Et puis ils sont si intelligents, ils ont autre chose à faire qu’être avec elle. Ils passent leurs soirées avec leurs amis qui sont comme eux. Pour elle, pour les repas, pour l’accompagner à l’école, il y a MaTalie. Elle est là pour ça, MaTalie, mais ce n’est pas sa mère. Elle le sait, elle est la fille de ses parents si parfaits, le fruit de leur amour.
Je suis le fruit de leur amour est un roman extrêmement fort. Le genre de roman qui ne laisse personne indifférent. Le sujet est véritablement casse gueule et exige une vraie belle plume, c’est le cas de Charlotte Moundlic. On parle donc ici du désespoir d’un enfant qui ne se sent pas aimé (à raison), pas à la hauteur de ses parents, si beaux, si intelligents à ses yeux. Le texte trouve toute sa force lu à voix haute, lu comme un monologue, avec cette phrase qui revient sans cesse, Je suis le fruit de leur amour.
Un court roman, extrêmement fort. Un texte qui ne laissera personne indifférent.
Le même vu par Alias Noukette, La littérature de Judith et Sophie et Enfantipages.

CharlyComme tous les étés, Sam donne un coup de main à ses parents dans leur hôtel. Il aide à porter les valises des touristes qui arrivent, fait visiter les chambres. Il retrouve d’année en année des habitués, mais parfois des petits nouveaux débarquent. Alors là, il faut répondre aux questions, toujours les mêmes. Cette année, l’été de Sam sera bien différent. Il va rencontrer Charly.
Charly nous apparaît au départ comme une histoire d’amitié assez classique, une rencontre entre deux préadolescents. La suite sera bien plus originale, la fin surprendra certain-e-s. Charly est un court roman sur la différence, les clichés, les a priori.
Un bien joli roman qui bouscule les idées reçues.
Le même vu par La littérature de Judith et Sophie et Enfantipages.

le chien anarchisteIl n’aime pas les chiens. Il n’aime pas non plus les animaux abandonnés alors il a pris le chien que son frère a trouvé. Il faudra qu’il s’entende avec les chats. L’homme n’aime pas les chiens, mais il est bon avec lui. Il se lie d’amitié avec l’animal si craintif. L’homme est bon, tous ne le sont pas.
Le chien anarchiste nous parle de la bonté de certains hommes et de la cruauté des autres, en particulier des chasseurs (en même temps, quand on parle des chasseurs on parle rarement d’autre chose que de cruauté…). Avec, là encore, un texte très court, Thierry Maricourt fait passer beaucoup de choses. Son style particulier est déroutant au départ, mais il nous décrit parfaitement des choses simples, des scènes de vie… jusqu’au dénouement tragique.
Un beau texte sur l’amour des animaux et sur la méchanceté de certains hommes.

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué des ouvrages de Charlotte Moundlic (Le papa de Simon, La boum ou la plus mauvaise idée de ma vie, Chamalo aime l’école, Je veux des lunettes !, Mon cœur en miette, Chamalo et sa baby sitter, Chamalo est jaloux, Les invités, Le slip de bain, ou les pires vacances de ma vie et La croûte).

Je suis le fruit de leur amour
de Charlotte Moundlic
Thierry Magnier dans la collection Petite Poche
5,10 €, 102×151 mm, 48 pages, imprimé en France, 2015.
Charly
de Sarah Turoche-Dromery
Thierry Magnier dans la collection Petite Poche
5,10 €, 102×151 mm, 48 pages, imprimé en France, 2015.
Le chien anarchiste
Texte de Thierry Maricourt, illustré par Loïc Mailly
Éditions Chant d’orties dans la collection L’églantine
6 €, 115×150 mm, 30 pages, imprimé en France, 2014.

À part ça ?

Trois minutes avec Samuel Ribeyron.

Gabriel

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Un enfant sans papa et un dragon différent

Par 8 décembre 2014 Livres Jeunesse

Le papa de SimonQuand Simon débarqua à l’école, tout le monde se demanda d’où il venait. Très vite, on décida qu’on le l’aimait pas surtout quand on sut qu’il n’avait pas de papa. Cette différence devint un sujet de raillerie et quand Simon passait les enfants répétaient, comme une comptine, « Pas de papa ! Pas de papa ! ». Un jour Simon rencontra Philippe, un adulte, un homme qui ressemblait au papa qu’il aurait aimé avoir…
Charlotte Moundlic adapte ici une nouvelle de Maupassant et l’on excusera le propos qu’on pourrait résumer par « un enfant a besoin d’un papa » au vu de l’époque où a été écrite l’histoire (1879). Les illustrations de François Roca sont, comme toujours, somptueuses et chaque planche ressemble à un tableau. Elles sont ici en pleine page et l’on se régale. On parle de la différence, de la peur de ce qu’on ne connaît pas, de l’amour…
Le papa de Simon c’est un grand album avec un très beau texte magnifiquement illustré.

Charles apprenti dragonQuand Charles naquit, ses parents étaient d’accord, il était le plus beau des dragons. Oui Charles avait de grands pieds, un petit corps frêle et des ailes énormes, mais peu importe pour des parents aussi aimants. Ses camarades étaient moins indulgents et ils se moquaient du fait qu’il ne sache pas aussi bien voler qu’eux et qu’il ne sache pas cracher du feu. Mais Charles avait un truc à lui, qu’eux n’avaient pas, il était poète.
Charles le jeune dragon a grandi, il est toujours poète et voyage à travers le monde. Il ne lui manque qu’une chose pour être heureux… un ami !
Charles à l’école des dragons et Charles prisonnier du cyclope, deux albums qui sont presque devenus des classiques, sont ici rassemblés dans un grand et beau livre. Ils sont complétés par Mémoires d’un jeune dragon dans lequel Charles écrit à ses parents, s’essaye au dessin et, bien sûr, écrit des poèmes. On parle ici de la différence, des artistes (on pense bien sûr au poème L’albatros de Baudelaire), de la création.
Un grand et bel ouvrage qui réunit deux beaux albums.

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué des ouvrages de Charlotte Moundlic (La boum ou la plus mauvaise idée de ma vie, Chamalo aime l’école, Je veux des lunettes !, Mon cœur en miette, Chamalo et sa baby sitter, Chamalo est jaloux, Les invités , Le slip de bain, ou les pires vacances de ma vie et La croûte), de François Roca (Rose et l’automate de l’opéra et Les mille et une nuits), d’Alex Cousseau (Les mammouths, les ogres, les extraterrestres et ma petite soeur, Les Frères Moustaches et Charles à l’école des dragons) et de Philippe-Henri Turin (Charles à l’école des dragons).

Le papa de Simon
Texte de Charlotte Moundlic, d’après Maupassant, illustré par François Roca
Milan
14,90 €, 256×300 mm, 40 pages, imprimé en Italie, 2014.
Charles apprenti dragon
Texte d’Alex Cousseau, illustré par Philippe-Henri Turin
Seuil Jeunesse
16 €, 224×320 mm, 104 pages, imprimé en Belgique, 2014.

À part ça ?

Bon voyage, Dimitri !Dimitri est un petit oiseau. Alors qu’il migrait avec ses parents, une tempête s’est abattue sur lui et il s’est perdu. Le voilà seul en pleine Afrique… Enfin pas vraiment seul, Dimitri va sympathiser avec les animaux du coin qui vont l’aider à retrouver ses parents.
Dimitri à Ubuyu est un superbe court métrage comme nous en délivre régulièrement le studio Folimage. C’est poétique et plein d’humour, très tendre sans être mièvre. Les enfants se régalent et les parents retrouvent leur âme d’enfant (personnellement, je trouve les 3/4 de la production cinématographique pour la jeunesse absolument exaspérante et je me sens bien vieux devant ces films… heureusement qu’il y a ce genre d’exception). Dimitri à Ubuyu n’est pas venu seul, trois courts métrages l’accompagnent. Le vélo de l’éléphant (un éléphant est prêt à tout pour avoir un vélo), Flocon de neige (et s’il neigeait en Afrique ?) et Tulkou (l’histoire d’un pêcheur qui rencontre une étrange créature). L’ensemble nous permet de passer un magnifique moment, cinquante-cinq minutes tendres et poétiques.
Bande annonce :

Bon voyage, Dimitri ! Collectif, studio Folimage, 55 min.

Gabriel

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Dis, tu peux lui demander… ? (8/8)

Par 20 août 2014 Les invités du mercredi

Cet été, vous avez pu lire, tous les mercredis, une question d’enfant et la réponse d’auteurs, illustrateur-trice-s, éditeur-trice-s… Celle-ci est la dernière (ça vous a beaucoup plu donc on recommencera peut-être l’été prochain !). Les enfants ont été nombreux à nous envoyer des questions, nous en avions choisi huit. Après les questions de Tristan, Daphné, Rose, Madeleine et Martin les semaines passées, aujourd’hui une question d’Ambre, 9 ans qui m’a proposé de demander aux auteurs et aux illustrateur-trice-s : « Est-ce que les auteurs et illustrateurs se rencontrent avant de créer un album ? ». Pour cette question, j’ai décidé de demander à des tandems récurrents. Gwendoline Raisson et Ella Charbon, Michaël Escoffier et Matthieu Maudet et Charlotte Moundlic et Olivier Tallec ont accepté de lui répondre, vous découvrirez, en même temps qu’elle leurs réponses. Charly Tempête On déménageChacune des questions retenues faisait en plus gagner un ouvrage à l’enfant qui l’avait posée. Cette question permet donc à Ambre d’avoir la chance de recevoir, grâce aux éditions Casterman, le premier tome de la super série Charly Tempête d’Annelise Heurtier. Une série qui mêle humour et intrigue et qui nous raconte la vie d’un jeune inventeur. Vous pouvez retrouver notre chronique sur cet album ici.


« Est-ce que les auteurs et illustrateurs se rencontrent avant de créer un album ? » (Ambre, 9 ans)

Gwendoline Raisson et Ella Charbon:
Pour créer nos albums, nous passons beaucoup de temps ensemble à discuter, à nous envoyer des emails et des (millions de) textos. Nous avons établi notre quartier général dans un salon de thé près de chez nous (nous habitons le même quartier, c’est indispensable à cette façon de procéder) et nous essayons d’y imaginer des histoires aussi bonnes que le gâteau au chocolat maison. Notre travail est d’abord celui d’un duo. Nous pensons, écrivons, construisons et dessinons à deux (même s’il est bien clair que, pour le bien-être des lecteurs, c’est Ella qui dessine et Gwendoline qui écrit). Une fois que nous avons l’impression toutes les deux d’être arrivées à un résultat qui nous plaît et qui nous semble abouti, alors seulement nous faisons entrer le troisième larron : l’éditeur. En général, et en fonction de ses remarques, on refait tout deux ou trois (ou dix) fois, jusqu’à ce que le résultat convienne à notre trio.
Moralité, oui, dans notre petite association, c’est la rencontre de l’auteure et de l’illustratrice, la rencontre de nos idées, de nos envies et les litres de thé bus ensemble, qui sont à l’origine de nos livres.

Dun Coté Et De L'autreGwendoline Raisson est auteur, Ella Charbon illustratrice. Ensemble, elles ont signé plusieurs albums : Debout, Super ! et Vite ! chez l’école des loisirs, Le grand voyage d’un petit escargot et De toutes les couleurs chez Circonflexe. Leur prochain livre commun sortira le 1er octobre, chez l’école des loisirs : D’un côté et de l’autre.
Le blog de Gwendoline Raisson : http://gwendolineraisson.blogspot.fr, celui d’Ella Charbon : http://ellacharbon.ultra-book.com.

Michaël Escoffier:
On ne se voit pas forcément, car on habite parfois assez loin les uns des autres, mais on parle pas mal du livre qu’on a envie de faire. Et tout au long de la réalisation de ce livre, on échange beaucoup par email ou par téléphone, si bien qu’à la fin, on ne sait plus qui a eu telle ou telle idée. C’est un peu comme un match de tennis, on se renvoie la balle jusqu’à ce qu’on soit content du résultat. Sauf qu’on joue ensemble, et pas l’un contre l’autre.

Matthieu Maudet :
Dans mon cas, non, pas forcément.
J’ai commencé à travailler avec Jean (Leroy NDLR) et Michaël après avoir reçu un mail de leur part.
On a beaucoup échangé par mails, puis on s’est appelé parfois.
Et comme Jean est à Lille, Michaël à Lyon et moi en Bretagne, on ne se voit que très rarement.

La croccinelleLe duo Michaël Escoffier/Matthieu Maudet est prolifique ! On peut citer, notamment, La croccinelle ou Super Nino (chez Frimousse), Bonjour Docteur et Bonjour Facteur (chez l’école des loisirs), Allo Vénus (chez Thierry Magnier).
Le blog de Michaël Escoffier : http://michaelescoffier.canalblog.com et celui de Matthieu Maudet : http://matthieumaudet.blogspot.fr.

Charlotte Moundlic :
Bonjour Ambre, parfois, l’auteur et l’illustrateur proposent en duo leur album à l’éditeur parce qu’ils aiment bien travailler ensemble.
Il arrive aussi que l’éditeur reçoive un texte sans illustrations. Dans ce cas-là, il choisit lui-même l’illustrateur qui lui semble le mieux pour cette histoire et lui propose de la mettre en images.
Il peut alors arriver que les auteurs n’aient pas l’occasion de se rencontrer. Ils se voient alors quand le livre est imprimé et qu’ils vont le dédicacer.
Mais parfois ils ne se croisent jamais !

Olivier Tallec :
Pas toujours. Cela dépend des albums. Sur certains albums comme Rita et machin (avec Jean-Philippe Arrou-Vignod), ou Le slip de bain, La boum ou Mon cœur en miettes (que je fais avec Charlotte Moundlic), je connais les auteurs depuis longtemps et nous en parlons avant. Pour d’autres albums comme Grand loup petit loup, je n’ai pas rencontré l’auteur et je reçois le texte de l’éditeur. Ensuite, je travaille de mon côté et je montre les illustrations à l’éditeur (qui lui les montrera à l’auteur). Dans ce cas, nous ne nous rencontrons qu’une fois le livre imprimé.

La BoumLe tandem Charlotte Moundlic/Olivier Tallec a sorti La croûte (Père Castor) en 2009 et depuis la série des Michel (toujours au Père Castor) : Mon cœur en miettes ou les plus beaux jours de ma vie, Le slip de bain ou les pires vacances de ma vie et La boum ou la plus mauvaise idée de ma vie.
Le site d’Olivier Tallec : http://www.oliviertallec.fr.

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Par 16 juillet 2014 Les invités du mercredi

Cet été, vous pourrez lire, tous les mercredis, une question d’enfant et la réponse d’auteurs, illustrateur-trice-s, éditeur-trice-s… Les enfants ont été nombreux à nous envoyer des questions, nous en avons choisi huit. Après les questions de Tristan et de Daphné les semaines passées, aujourd’hui la question de Rose, 7 ans, qui m’a proposé de demander aux auteurs : « Comment est-ce qu’ils font les auteurs pour inventer les personnages ? Ils sont complètement inventés ? Ou alors c’est des gens qu’ils connaissent et qu’ils transforment ? Ou déguisent ? ». Estelle Billon Spagnol, Charlotte Moundlic, Olivier Tallec, Michaël Escoffier, Matthieu Maudet, Ronan Badel et Éléonore Thuillier ont accepté de lui répondre, vous découvrirez, en même temps qu’elle leurs réponses. Le YarkChacune des questions retenues fait en plus gagner un ouvrage à l’enfant qui l’a posée. Cette question permet donc à Rose d’avoir la chance de recevoir, grâce aux éditions Grasset, le génial album Le Yark de Bertrand Santini et Laurent Gapaillard. Un album, que l’on avait chroniqué ici, qui nous présente un affreux monstre mangeur d’enfants… qui est bien attachant au final. Un de nos derniers coups de cœur.


« Comment est-ce qu’ils font les auteurs pour inventer les personnages ? Ils sont complètement inventés ? Ou alors c’est des gens qu’ils connaissent et qu’ils transforment ? Ou déguisent ? » (Rose, 7 ans)

Estelle Billon-Spanol :
Hello Rose,
Bien souvent, mes personnages d’albums arrivent comme ça, sans prévenir : quand je bois mon café ou que je vais à la piscine… En tout cas jamais quand je suis à ma table de travail et que j’ai envie de compagnie ! Ils viennent toujours avec un nom. Alors je ne perds pas une seconde, je prends mon carnet et je les dessine. En fonction de ce qui vient par le crayon, leur caractère s’affirme, et plus il s’affirme, plus je vois à qui ces personnages ressemblent. Et l’histoire se construit alors. Je ne décide de rien. C’est d’ailleurs assez étrange de les voir peu à peu prendre vie et se rapprocher de personnes proches ou moins proches. Par exemple, Monsieur MOK, un futur album aux éditions Philomèle, ressemble en tous points à mon kiosquier, ou en tout cas ce que j’en imagine.
Parfois, le personnage arrive plus tard, alors que l’idée principale de l’histoire est posée. Par exemple pour Grong, j’avais envie de faire parler un personnage très (trop) sûr de lui, un condensé de personnes croisées au fil du temps. Et ce monstre est arrivé au bout de dizaines de pages de carnet.
Et puis aussi, je m’inspire de moi petite, ou en tout cas des souvenirs que j’en ai… Et là oui je me déguise ! Bien vu Rose…
N’hésite pas à me dire Rose si je n’ai pas bien répondu à ta question ! J’aime bien ce que tu dis : personnes déguisées

La déclaration des droits des garçonsEstelle Billon-Spagnol est auteur et illustratrice. Elle a sorti en début d’année La déclaration des droits des garçons et La déclaration des droits des filles chez Talents Hauts avec Élisabeth Brami (deux livres que nous avons chroniqués ici). Elle sortira à la rentrée Maxi-Souris aux éditions Frimousse et Monsieur Mok chez Philomèle.
Le site d’Estelle Billon-Spagnol : http://estellebillonspagnol.blogspot.fr.

Charlotte Moundlic :
Bonjour Rose, je crois que je n’invente presque jamais mes personnages.
Ils ressemblent tous un peu à l’enfant que j’étais avec en plus une pincée de ceux qui m’entourent ou que j’observe ou que j’aimerais rencontrer.
Au final, c’est un joyeux mélange de plein de personnes différentes avec des gros bouts de moi à l’intérieur !

La BoumCharlotte Moundlic est auteur. Elle a sorti il y a peu La boum ou la plus mauvaise idée de ma vie avec Olivier Tallec au Père Castor (que nous avons chroniqué ici) et Chamalo va à la plage avec Marion Billet, toujours au Père Castor. À la rentrée, elle sortira Le papa de Simon avec François Roca chez Milan.

Olivier Tallec :
Parfois, ils sont complètement inventés, parfois ils existent un peu. On s’inspire des gens que l’on croise, on mélange la personnalité de plusieurs personnes qu’on connaît. Ou parfois, ils n’existent que dans notre imaginaire.

Bonne journéeOlivier Tallec est auteur et illustrateur. Il a sorti il y a peu La boum ou la plus mauvaise idée de ma vie avec Charlotte Moundlic au Père Castor (que nous avons chroniqué ici) et il sortira à la rentrée Louis Ier, roi des moutons chez Actes Sud Junior et Bonne journée, une BD, chez Rue de Sèvres.
Le site d’Olivier Tallec : http://www.oliviertallec.fr.

Michaël Escoffier:
Mes personnages sont un mélange de plein de gens que je connais ou que je croise dans la vie. Ils s’inspirent aussi beaucoup de mon humeur personnelle. Comme le lecteur qui s’identifie au héros d’une histoire, je m’identifie en tant qu’auteur à mes personnages. Ils reflètent différentes facettes de ma personnalité.

Le chevalier noirMichaël Escoffier est auteur d’albums. Il a sorti il y a peu Le chevalier noir aux éditions Frimousse et il sortira à la rentrée, à l’école des loisirs, Ouvre-moi ta porte avec son complice Matthieu Maudet. Vous pouvez retrouver ici une interview que nous avions réalisée de lui.
Le site de Michaël Escoffier : http://michaelescoffier.canalblog.com.

Matthieu Maudet :
Quand j’imagine une histoire, les personnages viennent en même temps.
Ils se précisent au moment où je réfléchis aux dialogues, à ce qu’ils font, à quoi ils ressemblent.
Et parfois, pendant mes recherches dessinées des personnages, je pense à des gens que je connais, pour approfondir leur caractère, trouver des détails physiques.
Par exemple, le papa dans Un mammouth dans le frigo, c’est Jean Leroy.

Le çaMatthieu Maudet est auteur et illustrateur. Il a sorti au mois d’avril Le ça (que nous avons chroniqué ici) avec Michaël Escoffier et il sortira à la rentrée Ouvre-moi ta porte avec le même Michaël Escoffier à l’école des loisirs. Vous pouvez retrouver ici une interview que nous avions réalisée de lui.
Le site de Matthieu Maudet : Matthieu Maudet : http://matthieumaudet.blogspot.fr.

Ronan Badel :
Quand j’écris une histoire, je m’inspire presque tout le temps de mes souvenirs d’enfance. Dans 3600 secondes, je raconte un rêve que j’ai fait quand j’étais petit… Et donc le petit garçon en couverture… C’est moi.
Dans un autre livre, Kiki et Rosalie, je me suis inspiré de ma grand-mère, et il m’arrive fréquemment de dessiner mon grand-père, on peut le voir dans des cadres sur les murs, ou passant dans une rue en arrière plan.
J’observe aussi beaucoup mes propres enfants. Leurs attitudes, leurs façons de raconter, les choses qu’ils aiment, ce qui leur fait peur… Tout ça contribue à enrichir les personnages que j’invente.

Le livre abominableRonan Badel est auteur et illustrateur. Il vient de sortir Le livre abominable avec Noé Carlain chez Sarbacane. Il sortira à la rentrée Ptit Napo avec Géraldine Elschner chez Glénat et Le meilleur livre pour apprendre à dessiner une vache avec Hélène Rice chez Thierry Magnier. Vous pouvez retrouver ici une interview que nous avions réalisée de lui.

Éléonore Thuillier :
Lorsque je crée un personnage, je l’invente complètement, mais j’y mets certainement (consciemment ou inconsciemment) un peu de moi ou un peu de personnes que je connais… C’est ce mélange qui donne de l’épaisseur aux personnages. Il m’arrive aussi souvent d’insérer dans mes illustrations des clins d’œil qui font directement référence à des proches ou des personnalités connues, ça m’amuse beaucoup.

Rosie & RosetteÉléonore Thuillier est connue pour son Loup (dont Le loup qui voulait changer de couleur) chez Auzou, mais elle a aussi sorti récemment Rosie & Rosette : 100 % pur porc avec un zeste de loup chez De la Martinière jeunesse (que nous avions chroniqué ici). Retrouvez l’interview que nous avions réalisée d’elle.
Le blog d’Éléonore Thuillier : http://eleillustrations.blogspot.fr.

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