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Chiaki Okada

Les invité·e·s du mercredi : Chiaki Okada et Anne-Fleur Multon

Par 20 décembre 2017 Les invités du mercredi

Aujourd’hui je vous propose un peu de douceur et de poésie pour finir l’année en beauté, avec une interview de l’autrice-illustratrice Chiaki Okada. Ensuite, c’est Anne-Fleur Multon, qui nous avait régalé·e·s avec son roman Viser la Lune, qui nous emmène en vacances !


L’interview du mercredi : Chiaki Okada

Quelques mots sur votre parcours ?
Après avoir travaillé dans une boîte de design dans ma ville d’origine, j’ai quitté cet emploi et j’ai intégré une école d’illustration à Tokyo. Tout en travaillant en tant qu’illustratrice, je n’arrêtais pas de me dire que je voulais dessiner des enfants. Comme je lisais tous les soirs des histoires à mes enfants, c’est tout naturellement que j’ai décidé de faire des livres jeunesse. J’ai eu l’occasion de créer un livre pour enfant à partir d’illustrations d’une de mes expositions. À la même époque, j’ai été sélectionnée pour être exposée à la Foire du livre jeunesse de Bologne.

Votre dernier album, Douce Lumière, est un peu différent des précédents, pouvez vous nous en parler ?
Douce lumière est une histoire que l’éditeur a commandée à Kirin Hayashi sur le thème “la vie”. Je me suis chargée des illustrations en suivant ses indications. Elle était déjà venue à mes expositions et connaissait mon œuvre. Comme la bougie était l’héroïne de l’histoire, j’ai choisi des scènes où elle apparaîtrait dans le décor. Il me faut d’habitude beaucoup d’efforts pour trouver quels genres de paysages dessiner, et je fais attention aux scènes dans lesquelles évoluent les personnages. J’éprouve également beaucoup de plaisir à dessiner des paysages naturels.

Comment se passent vos collaborations ? En quoi le processus est-il différent pour les albums dont vous êtes également co-autrice ?
La rencontre avec une histoire se fait de deux manières possibles. La première, c’est lorsque l’éditeur ou l’auteur me choisissent en tant qu’illustratrice. La seconde, c’est lorsqu’un auteur dessine [crée] une histoire en partant d’une de mes œuvres. Je crée le story-board en fonction de l’histoire, et je décide ensuite de la structure. Il arrive que l’histoire soit modifiée durant cette étape. Lorsque la structure est fixée, je fais des croquis de chaque page, et je les assemble à nouveau.  Ces croquis ne sont pas des modèles, je pars directement de ces planches pour réaliser les dessins finaux. Lorsque je m’occupe aussi des textes, je pars tout d’abord d’une illustration. Je réfléchis ensuite à son contexte et je dessine le reste. L’image s’étend alors autour de cette illustration et l’histoire naît ainsi. Mais le processus de création d’un récit prend beaucoup de temps, et j’arrive difficilement à son achèvement.

Quelles sont vos techniques d’illustration ? Comment faites-vous pour rendre une telle impression de douceur ?
J’utilise principalement des crayons. Je scanne ensuite mes dessins, et j’ajoute par ordinateur des calques ainsi que des ombres aux tons clairs. J’imprime cela sur un papier aquarelle, et je modifie ce résultat avec des crayons de couleur.

Où trouvez-vous votre inspiration ?
Avant de dessiner, je me demande toujours qui sera l’origine de la perspective sur l’histoire. Si c’est celui d’un enfant, la vision sera assez basse, et si c’est celui d’un adulte qui regarde un enfant, alors cela donnera sûrement une perspective en plongée. Parfois, cela peut-être vu à travers les yeux d’une peluche, ou d’un personnage extérieur. J’adopte alors le point de vue du lecteur que je souhaite inclure comme spectateur du récit.

Plusieurs de vos ouvrages traitent du thème de la séparation, est-ce un thème qui vous est cher ?
Il est vrai que dans mes deux premières œuvres, les personnages finissent par se séparer à la fin, mais on peut aussi voir ça comme un retour à un état d’origine. L’histoire tourne autour de circonstances qui s’éloignent un peu du quotidien pour ensuite revenir à une situation de départ. Je souhaite que mes personnages apprennent de l’expérience qu’ils vivent à travers le récit et que leur vision du quotidien s’en embellisse par la suite.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ? Y’a-t-il des auteur.trice.s et illustrateur.trice.s qui ont influencé votre travail ?
Lorsque j’étais enfant, je lisais souvent Jerry et le lion (livre illustré basé sur le récit Novelle de Goethe) et La petite maison de Virginia Lee Burton. Plus tard, je me suis prise d’affection pour  Winnie l’ourson d’A.A. Milne et E.H. Shepard, Mary Poppins de Pamela L. Travers, Alice au pays des merveilles par Lewis Carroll et illustré par John Tenniel, et la série Les moumines par Tove Jansson. J’adorais particulièrement les illustrations de Shepard dans Winnie l’ourson.

Quels sont vos prochains projets ?
Je travaille actuellement pour les éditions Walker books sur une histoire de Karl Newson intitulée For all the stars across the sky. J’ai aussi en prévision une publication d’histoires pour enfants sur 8 volumes, réunissant les histoires de plusieurs auteurs des quatre coins du Japon, projet sur lequel nous travaillons depuis 4 ans. Parmi ces volumes, trois sont des travaux réalisés avec Kirin Hayashi, l’auteure de Douce lumière.

Bibliographie sélective :

  • C’est toi le printemps, co-écrit avec Ko Okada, Seuil Jeunesse (2014)
  • Une nuit à la bibliothèque, illustration d’un texte de Kazeki Kazuhito, Seuil Jeunesse (2016), que nous avons chroniqué ici
  • Le portrait de Nounours, illustration d’un texte de Mari Kasai, nobi nobi ! (2016)
  • J’attends maman, illustration d’un texte d’Izumi Motoshita, nobi nobi ! (2016)
  • Douce lumière, illustration d’un texte de Kirin Hayashi, nobi nobi ! (2017)

Un grand merci à Manon Debienne pour la traduction !


En vacances avec… Anne-Fleur Multon

Régulièrement, nous partons en vacances avec un·e artiste. Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais moi j’adore partir comme ça avec quelqu’un, on apprend à la.le connaître notamment par rapport à ses goûts… cet.te artiste va donc profiter de ce voyage pour nous faire découvrir des choses. On emporte ce qu’elle·il veut me faire découvrir. On ne se charge pas trop… 5 de chaque ! 5 albums jeunesse, 5 romans, 5 DVD, 5 CD, sur la route on parlera aussi de 5 artistes qu’il·elle veut me présenter et c’est elle.lui qui choisit où l’on va… 5 destinations de son choix. Cette fois-ci, c’est avec Anne-Fleur Multon que nous partons ! Allez, en route !

5 album jeunesse

  • Ma vallée, de Claude Ponti
  • Le zizi des mots, de Elizabeth Brami
  • Je me marierai avec Anna, de Thierry Lenain
  • Buffalo Belle, de Olivier Douzou
  • Madame Trotte-menu, de Béatrix Potter

5 romans

  • Là où tombent les anges, de Charlotte Bousquet
  • La croisée des mondes, de Philipp Pullman
  • Certaines n’avaient jamais vu la mer, de Julie Otsuka
  • Miss Charity, de Marie-Aude Murail
  • Harry Potter, de JKR

C’était très dur d’en choisir cinq… Je suis une très grosse dévoreuse de livres ! J’ai donc porté mon choix sur ceux que j’ai le plus relus.

5 BD

  • Yoko Tsung, de Roger Leloup
  • Les mauvaises gens, d’Étienne Davodeau
  • Le vrai sexe de la vraie vie, de Cy
  • Aya de Yopougon, de Marguerite Abouet
  • Les mondes d’Aldebaran, de Léo

5 DVD

  • Le fabuleux destin d’Amélie Poulain, de Jean-Pierre Jeunet
  • Love Actually, de Richard Curtis
  • Le château dans le ciel, de Miyazaki
  • Cléo de cinq à sept, d’Agnès Varda
  • Les demoiselles de Rochefort, de Jacques Demy

5 CD

  • AIM, de MIA
  • Viens sur la montagne, de Marie Laforêt
  • Miss Perfumado, de Césaria Evora
  • Baby One More Time, de Britney Spears
  • Racine Carrée, de Stromae

5 artistes

  • Agnès Varda
  • Alix Cléo Roubaud
  • Stephen Shames
  • Claude Ponti
  • Louise Bourgeois

5 lieux que j’aimerais faire découvrir

  • La rue Daguerre, à Paris, neuf heure et demi, pour croiser Agnès Varda à la boulangerie
  • La médiathèque du Havre dans son petit volcan, pour y lire des heures lové·e dans une alcôve secrète
  • Une promenade après un repas de famille trop copieux le long des quais de la Saône à Lyon
  • Jouer aux aventurièr·e·s sur un îlot perdu dans le lagon calédonien
  • Boire un thé chaud à Harrods après s’être promené·e dans Londres, la semaine de Noël


Anne-Fleur Multon est autrice. Son premier roman, Viser la Lune (que nous avons chroniqué ici), est paru aux éditions Poulpe Fictions en 2017.

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Histoires de bibliothèques

Par 16 novembre 2017 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, des histoires de biblis ! On commence en douceur avec une bande de doudous qui profite de la nuit pour découvrir le monde merveilleux de la lecture… Puis place à l’action, avec un petit héros qui va devoir sauver les livres et affronter deux terribles super-méchants !

Une nuit à la bibliothèque
Texte de Kazuhito Kazeki (traduit par Mutsumi Fomato), illustré par Chiaki Okada
Seuil Jeunesse
13,50€, 215×260 mm, 34 pages, imprimé en Italie, 2016.
Super Lecture Boy, Menace sur la bibliothèque
Texte d’Arnaud Alméras illustré par Clément Devaux
Nathan dans la collection Premiers Romans
6,90€, 145×191 mm, 54 pages, imprimé en France, 2017.

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Des animaux imposants au coeur tendre

Par 25 mars 2014 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, je vous présente deux albums pleins de douceur : on se laisse bercer avec plaisir !

c'est toi le printempsLes lapins en ont marre de manger des noisettes. Maman Lapin le leur promet : le printemps est pour bientôt et il y aura alors bien d’autres choses à manger lorsque la nature sera sortie de son sommeil hivernal. Petit Lapin, le benjamin de la famille, se demande bien ce que peut être ce printemps dont tout le monde parle. Comme les réponses qu’on lui donne ne le satisfont pas complètement, il part explorer la forêt. Il rencontre alors un gros ours polaire, qui malgré sa taille imposante saura répondre avec bienveillance à sa grande interrogation du moment.

Coup de cœur pour C’est toi le printemps ?, qui tombe à point nommé alors qu’on entre dans cette douce saison. Les illustrations de Chiaki Okada sont absolument magnifiques, délicates et d’une grande douceur. Aussi douces que cette histoire pleine de tendresse que nous livre Ko Okada, et qui m’a beaucoup fait penser à celles de Beatrix Potter, que j’aimais tant enfant. Une très belle ode à l’amitié, aux saisons et à la nature, poétique et sensible à découvrir !

EppapataimeAutre animal imposant par excellence : l’hippopotame (tiens, ça faisait longtemps que je nous avais parlé d’hippo). Un jeune hippopotame est baptisé Eppapataime par son père, un gros animal au grand cœur qui aime plus que tout jouer avec son tout-petit : nager, jouer à la baleine, faire du tam-tam, pique-niquer, manger des glaces aux algues… Tout un programme !

Là encore, que de douceur ! Une histoire sans méchant, sans drame, et sans souci, juste pour savourer le plaisir des moments simples du quotidien. Jean-René Saillard nous raconte cette jolie relation entre ce père et son enfant, avec des mots simples et des situations transposables au quotidien des petits humains. Les illustrations de Bruno Doutremer, de jolies aquarelles contribuent aussi à cette atmosphère sereine et joyeuse à la fois, qui fait du bien. C’est ça aussi le pouvoir des livres : créer des ilots tranquilles, où rien ne peut arriver !

Quelques pas de plus…
Retrouvez d’autres chroniques de livres qui mettent à l’honneur le printemps grâce au tag : printemps.

C’est toi le printemps ?
Texte de Ko Okada  (traduit par Anne Regaud-Wildenstein), illustré par Chiaki Okada
Seuil Jeunesse
13,50 €, 209 x 260 mm, 32 pages, imprimé en Belgique, 2014
Eppapataime
Texte de Jean-René Saillard, illustré par Bruno Doutremer
Amiver dans la collection Caneton
12 €, 185 x 185 mm, 13 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2013

A part ça ?

 Leonid Thishkov part en balade avec la lune sous le bras : c’est beau !

Marianne

 

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