La mare aux mots
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Chun-Liang Yeh

Entre Orient et Occident

Par 10 juillet 2018 Livres Jeunesse

Aujourd’hui pour bien démarrer les grandes vacances, on plonge dans l’Antiquité grecque et chinoise, à la rencontre de deux personnages d’exception grâce à deux albums : Zeus, le roi des dieux de Sylvie Baussier et Ariane Pinel et Confucius toute une vie de Chun-Liang Yeh et Clémence Pollet.

Zeus, le roi des dieux
Texte de Sylvie Baussier, illustré par Ariane Pinel
Casterman
12,95 €, 205×275 mm, 48 pages, imprimé en France, 2018.
Confucius toute une vie
Texte de Chun-Liang Yeh, illustré par Clémence Pollet
HongFei 
19 €, 248×327 mm, 52 pages, imprimé en France, 2018.

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À l’autre bout du monde…

Par 6 février 2018 Livres Jeunesse

Aujourd’hui on part, en direction des États-Unis, à la rencontre de Ruby Bridges, icône – malgré elle – des droits civiques, puis l’on suit les mésaventures d’une petite fille chinoise et de sa grand-mère… Préparez-vous à un magnifique voyage !

Ruby tête haute
Texte d’Irène Cohen-Janca, illustré par Marc Daniau
Les éditions des éléphants
15€, 245×337 mm, 40 pages, imprimé en France, 2017.
L’arbre de Tata
Texte de Yu Liqiong (traduit par Chun-Liang Yeh), illustré par Zaü
HongFei
15,90€, 237×268 mm, 40 pages, imprimé en France, 2017.

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Les invité·e·s du mercredi : Magdalena, Chun-Liang Yeh et Elitza Dimitrova

Par 4 octobre 2017 Les invités du mercredi

Magdalena c’est une autrice qu’on aime. Pour ses livres, bien sûr, mais aussi pour la gentillesse qu’elle dégage dès la première rencontre, son accessibilité, son humour. C’est quelqu’un que j’ai toujours plaisir à croiser dans un salon du livre ou dans les couloirs d’une maison d’édition (oui, j’ai cette chance). J’avais envie de lui poser quelques questions. Elle a accepté de me répondre. Ensuite, je vous propose une nouvelle question bête, notre nouvelle rubrique. J’ai demandé à Chun-Liang Yeh (auteur et éditeur chez HongFei Cultures) et à Elitza Dimitrova (éditrice chez Elitchka) si quand on est né dans un autre pays on doit adapter ses livres pour le public français ou si l’on publie les mêmes livres qu’on publierait dans son pays d’origine. Le premier est né en Chine, la seconde en Bulgarie et les deux ont répondu (avec beaucoup d’intelligence) à cette question (bête). Bon mercredi à vous.


L’interview du mercredi : Magdalena

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
Heu ! je commence depuis bébé ? Je pense que je vais sauter quelques étapes c’est préférable !
J’ai appris à lire avec Madame Doux au CP elle m’a aussi appris à danser le French cancan pour le spectacle de fin d’année, mais j’avoue que ce second apprentissage ne m’a jamais servi dans ma vie.
En cinquième, un jour j’ai oublié ma carte de cantine j’ai dû écrire un mot pour que l’on m’accorde l’autorisation de déjeuner et j’ai été punie pour avoir rédigé une demande au style ampoulé selon la surveillante générale. Mais je n’avais fait qu’appliquer la formule de politesse préconisée par mon père « Veuillez agréer Madame l’expression de mes sentiments… »
En troisième mon professeur de français m’a rendu une copie en me disant « on s’en fiche de l’orthographe, écrivez vous serez écrivain, vous avez du style. » et je l’ai cru !
J’ai passé le concours d’institutrice après le Bac pendant ma formation le directeur m’a convoquée pour me dire « vous n’êtes pas Proust ma petite alors des phrases plus courtes et par pitié de la ponctuation ! ».
Bon de fil en aiguille, je suis devenue institutrice au CP, j’ai enseigné pendant 16 ans. J’apprenais à lire à mes élèves le jour, et je lisais et j’écrivais la nuit.
En résumé j’ai toujours écrit et ce dès le CP et j’ai continué pendant toutes ces années, il y a 22 ans j’ai posté un texte Une Histoire à faire peur que Kaléidoscope a publié. Depuis je suis restée fidèle à mes deux maisons d’édition Flammarion et Kaléidoscope. Et par chance elles continuent d’aimer mes histoires !

Comment naissent vos histoires ?
Elles naissent de ma vie, un peu de moi, un peu de ce que je vois, un peu de ce que j’entends, un peu de ce que je rêve…
Le point de départ c’est le titre, une phrase, une idée… il n’y a ni recette, ni règle. Je ne sais pas toujours où je vais quand je commence. Mais c’est comme la vie on ne sait jamais à quoi ressemblera demain.

J’ai l’impression qu’il y a souvent un lien très fort entre vous et les illustrateur·trice·s qui illustrent vos livres, je me trompe ?
C’est vrai je suis fondue d’admiration pour eux, et tellement reconnaissante, car ils donnent vie à mes histoires, ils le font si merveilleusement, si magiquement. Nous partageons plus que la création d’un livre, nous partageons sa naissance, son succès ou son échec. Nous partageons un rêve et sa réalisation. Et j’ai toujours envie de recommencer, de poursuivre l’aventure avec eux, je les aime !

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Dans l’ordre j’ai commencé par Martine, Caroline, Oui-Oui, Le club des 5, Alice détective… puis les classiques Les misérables

Que lisez-vous en ce moment ?
Je viens de finir Une très légère oscillation de Sylvain Tesson et je vais commencer Dans ce jardin qu’on aimait de Pascal Quignard en parallèle je relis des bribes de La Voie d’Edgar Morin.

Pouvez-vous nous dire quelques mots de vos prochains ouvrages ?
Bébé boule et Bébé Brioche viennent de sortir en librairie !
On s’est beaucoup amusé avec Christine Davenier sur ces deux projets, deux vrais bébés ont inspiré les pages de ces ouvrages.
Il faudra attendre le printemps pour voir Louna et la petite Tahitienne. Je crois bien que je le préfère à Louna et la chambre bleue que pourtant j’adore ! J’espère aller le dédicacer à Tahiti !
Je continue à me régaler en écrivant mes séries je suis en CP, CE1, CE2. J’en ai toujours un sorti du four et un sur le feu comme on dit !

Bibliographie sélective :

  • Bébé Boule et Bébé Brioche, albums illustrés par Christine Davenier, Kaléidoscope (2017).
  • Série Je suis en CP, romans première lecture illustrés par divers·es illustrateurs·trices, Père Castor (2011-2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Série Je suis en CE1, romans première lecture illustrés par divers·es illustrateurs·trices, Père Castor (2015-2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Les monstres de la nuit, album illustré par Christine Davenier, Père Castor (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Série Les contes du CP, romans première lecture illustrés par divers·es illustrateurs·trices (2014-2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Dans le noir de la nuit, album illustré par Christine Davenier, Père Castor (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Louna et la chambre bleue, album illustré par Christine Davenier, Kaléidoscope (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • La princesse Tralala. Une histoire qui joue avec les voyelles, album illustré par Gwen Keraval, Père Castor (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Pipi Caca Popot, album illustré par Claire Frossard, Père Castor (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • La petite fille du tableau, album illustré par Elsa Huet, Kaléidoscope (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • La princesse rosebonbon, album illustré par Éléonore Thuillier, Kaléidoscope (2010).
  • Série Bali, albums illustrés par Laurent Richard, Père Castor (2009-2015), que nous avons chroniqué ici.
  • 24 petites souris vont à l’école, album illustré par Nadia Bouchama, Père Castor (2004), que nous avons chroniqué ici.
  • La princesse Tambouille, album illustré par Marianne Barcillon, Kaléidoscope (2003).
  • La semaine de souris chérie, album illustré par Maïté Laboudigue, Kaléidoscope (2001).


Ma question est peut-être bête, mais…

Régulièrement, on osera poser une question qui peut sembler un peu bête (mais l’est-elle vraiment ?) à des auteur·trice·s, illustrateur·trice·s, éditeur·trice·s… Histoire de répondre à des questions que tout le monde se pose ou de tordre le cou à des idées reçues. Cette fois-ci, j’ai demandé à deux personnes nées ailleurs (l’un en Chine, l’autre en Bulgarie) « Est-ce que quand on est né dans un autre pays on doit adapter ses livres pour le public français ou est-ce qu’on publie les mêmes livres qu’on publierait dans son pays d’origine ?  ». Je vous propose de lire leurs réponses. Si vous avez des questions bêtes, n’hésitez pas à nous les dire !

Chun-Liang Yeh :
La question touche à plusieurs aspects de mon activité et de l’environnement dans lequel je l’exerce. Je vais essayer d’y répondre en me fiant à mon expérience, sans prétendre bien sûr que ce soit la seule valable.

Naître ailleurs, créer ici
Tout d’abord, la question met en évidence le fait que les gens ne vivent pas toujours dans le pays où ils sont nés. Marchands, missionnaires, travailleurs, chercheurs : nous avons connu cela, au fil des siècles. Il se trouve que je suis l’un d’eux aujourd’hui, et que les circonstances de la vie m’ont amené à développer une compétence en écriture et en édition de livres jeunesse en France, alors que je suis né à Taiwan, et y ai vécu jusqu’à l’âge de 23 ans.
Lorsque je crée un récit comme auteur, ou que je dirige le travail des auteurs et des illustrateurs dans le cadre d’une direction artistique, le « livre » à créer est encore virtuel, dans un état de gestation. Quand il vient au monde, il vient dans le monde des Français avec tout ce que cela implique comme rythme, langage, métaphores et références en propre.
Pour autant, mon expérience d’enfant, mes lectures et mes premiers pas dans la vie d’adulte à Taiwan ont participé à la formation de ma personnalité et à l’émergence d’un point de vue sur le monde. Je dirais qu’ils continuent de le faire car ma vie en France ne cesse d’« activer » ces souvenirs vécus et me révèle les vérités que j’ignorais à l’époque. Mais Taiwan n’est pas le pays où je crée des livres, pas à l’heure actuelle en tout cas.
Supposons, malgré tout, que j’écrive et édite des livres à Taiwan. Ma capacité de créer ou d’aider à la création ne varierait pas. Cela ne signifie pas qu’au final ces livres seraient identiques, mais j’engagerais la même démarche consistant à être attentif à mon environnement, et à m’interroger sur la valeur de ma création aux yeux du public du pays considéré, selon ce qu’il est susceptible d’entendre et apprécier.

La création et le public : un pas de deux
Ainsi, quand Loïc Jacob et moi-même avons impliqué Clémence Pollet dans la création de la version illustrée de La Ballade de Mulan (éd. HongFei 2015) sur un texte chinois du IVe siècle dont j’ai assuré la traduction en français, je me suis mobilisé pour bien raconter une histoire aux jeunes lecteurs en France, d’abord comme traducteur (qui est souvent un auteur placé dans des circonstances particulières) puis comme éditeur. En premier lieu, nous avons fait le choix d’illustrer le personnage à travers son intériorité, un angle d’attaque jamais emprunté jusqu’ici, ni par les versions successives de Chine ni par Disney. Mais le travail ne s’est pas arrêté là : nous nous sommes également interrogés sur la façon de dire aux Français : « Cette histoire née ailleurs, son thème, vous concernent. » À l’époque, la société française était agitée par le débat sur la question du genre. La conception d’une couverture sous une jaquette (cf. image) est le résultat direct de cet état de fait. Ce n’est certainement pas la seule considération prise en compte pour la création de cette double couverture audacieuse, mais cela fait partie des forces qui ont façonné l’ouvrage, cherchant à bien l’ancrer dans un espace-temps tout en lui préservant sa portée universelle.
Je tiens à préciser que cette attention au public (ici, français) n’ampute pas la chance d’un livre d’être apprécié ailleurs, en l’occurrence en Chine où La Ballade de Mulan a suscité un intérêt réel. En effet, pour nous, l’une des conditions de création d’une version française d’un tel texte est qu’elle n’ait pas à rougir de honte devant le public chinois qui la découvrirait un jour. Satisfaire le public en France ne peut en aucun cas se faire au détriment de la crédibilité de l’ouvrage auprès d’un autre public. Dans le cas présent, cette ligne de conduite nous a sans doute aidés dans l’accomplissement d’un projet qui sera finalement récompensé par le prix Chen Bochui à Shanghai en novembre 2015 et dont une version chinoise sera publiée par l’éditeur Jieli début 2018.
Si j’insiste ici, c’est parce que cette double attention est une exigence que ne partagent pas nécessairement tous les éditeurs et à laquelle ne songent pas toujours les publics lorsqu’ils se satisfont d’ouvrages discutables, en particulier lorsqu’il y est question de l’ailleurs.

La création n’exclut pas les choix
Très souvent, la création est associée à l’idée de spontanéité et d’inspiration : l’élan créatif serait irrépressible et le créateur comme « habité ». C’est, évidemment, une vision simpliste des choses. En réalité, un créateur qui fait profession de son art (ces mots ne sont pas antinomiques… pensons à l’architecte, par exemple) organise sa création et choisit, plus ou moins consciemment, les voies qu’il emprunte.
Quand on naît dans un pays et qu’on crée dans un autre, ces choix de création peuvent ne pas être vécus comme une entrave mais comme une source enrichissante, ce qui est mon cas. En France, je suis co-fondateur avec Loïc Jacob des éditions HongFei. Ensemble, nous avons tenu compte de nos compétences, de nos aspirations et de la disponibilité des lecteurs français pour installer la maison dans sa spécialisation (livres illustrés pour la jeunesse). Mais pas à n’importe quel prix et pas pour n’importe quel livre : nous cultivons une ligne éditoriale qui propose aux lecteurs une expérience de l’altérité, parfois en passant par la Chine mais pas obligatoirement. Cette ligne est un sillon qu’on creuse et qui répond à notre connaissance intime de la société française et de ses attentes en matière de lecture jeunesse. C’est par ce travail patient et respectueux, comme auteur ou comme éditeur, que je donne une chance à notre proposition éditoriale singulière rencontrée, reconnue et soutenue.
Lorsque, depuis la France, j’écris pour les lecteurs en Chine et à Taiwan, la proximité (que je ne veux pas confondre avec la complicité) avec ces derniers agit comme un stimulant important qui guide ma création. Par exemple, une éditrice de Taipei m’a sollicité il y a trois ans pour écrire le récit de mon parcours depuis Taiwan jusqu’à devenir éditeur en France. M’étant mis au travail (le livre paraîtra en octobre), j’ai apporté le meilleur de moi-même aux lecteurs, mais j’ai aussi choisi ce que je considérais qu’ils pouvaient être désireux de connaître sur le sujet.
Par ailleurs, comme éditeur, je suis régulièrement amené à discuter avec un ami chinois, également éditeur, des livres qu’il pourrait faire en Chine. Lui a une connaissance solide des goûts et des habitudes des lecteurs chinois. Cependant, il tient beaucoup à emprunter mon regard, depuis la France, pour approcher la société et la population chinoises autrement. De ces échanges naîtront peut-être des collections qui, sans dupliquer les livres HongFei en Chine, auront une chance d’accompagner les lecteurs chinois dans leur marche vers une société meilleure, à partir de là où ils sont actuellement.
Chun-Liang Yeh est auteur (dernier titre sorti : La Langue des oiseaux et autres contes du palais) et éditeur chez HongFei Cultures.

Elitza Dimitrova:
Le dictionnaire définit le verbe adapter ainsi : « mettre en accord, arranger une œuvre littéraire en fonction d’un nouveau public », et puis « mettre en harmonie ». Trouver cette harmonie, c’est faire en sorte que l’œuvre d’arrivée soit aussi réussie que celle de départ. Car publier une œuvre littéraire dans une langue étrangère signifie la présenter physiquement à un public différent de celui qui l’a vue naître, mais c’est aussi la traduire pour un public qui ne maîtrise pas la langue d’origine de cette œuvre. Chaque œuvre publiée hors de son pays d’origine est une œuvre « adaptée ».

Adapter les livres Elitchka au public français ? Oui !
L’adaptation « physique » d’une publication étrangère passe par l’aspect technique : format, choix du papier, choix de la reliure. Souvent, en changeant de pays, l’œuvre peut être amenée à changer de format, voire de couverture.
Ainsi, en Bulgarie, pendant de nombreuses années après la chute du mur, les livres pour enfants endossaient un aspect de petit livret dont les pages attachées par des agrafes étaient imprimées sur du papier fin : il était adapté au marché du livre pour enfants de cette époque et son prix modique était relatif aux possibilités du lecteur autochtone. Ce nouvel aspect « adapté » succédait à une période très faste de l’édition jeunesse bulgare (1950-1970, approximativement) où des ouvrages de tous formats avec des finitions diverses faisaient le bonheur des enfants et des parents. En France, le petit livret agrafé est beaucoup moins répandu parmi les livres destinés aux jeunes… En changeant de pays, l’ouvrage aurait subi une adaptation physique afin de mettre davantage en valeur son contenu.
On adapte la forme en s’inspirant des habitudes du pays où l’on vit et où le livre sera publié, surtout si ces habitudes produisent de beaux résultats (grandes images détaillées, polices spéciales, cabochons, lettrines), mais en s’inspirant également de sa propre culture. Les livres Elitchka présentent des artistes aux styles picturaux très différents, s’inspirant – presque inconsciemment, pour le coup –, de la production de livres jeunesse en Bulgarie vers le milieu du 20e s. Une production très éclectique, riche et variée employant des illustrateurs de très haut niveau.
Un autre aspect de l’adaptation de l’œuvre écrite en langue étrangère est sa traduction. Le point de départ des livres Elitchka est un texte en bulgare traduit en français. Passer d’une langue à l’autre est un exercice qui n’a rien de commun, qui est long et nécessite plusieurs étapes. L’œuvre qui passe en français devient une œuvre « nouvelle », recréée et possédant au maximum les qualités de celle dont elle est issue. Figures de style (quand elles sont transposables), jeux de mots (quand ils sont possibles), termes du langage parlé, mots « nouveaux », voire inventés, au service de l’œuvre et pour ses besoins spécifiques – tout ce qui fait le sel et le sucre de notre conte d’origine doit se retrouver dans la mesure du possible dans le conte d’arrivée.
Si on omet tous ces détails, on passe à côté de la nuance, de la couleur, de toute la subtilité du texte.
Pour rester le plus fidèle possible à l’auteur, le traducteur doit franchir plusieurs étapes dans son travail. Le premier « jet » de la traduction sera une transposition mot à mot qui a le mérite d’approfondir l’analyse de l’œuvre faite par le traducteur au moment de la lecture, lui permettre de faire des recherches complémentaires de vocabulaire – si nécessaire – et de révéler les jeux de mots, les figures de style et autres « ornements » du langage. La première relecture a une valeur corrective : dégrossir l’ensemble, chasser les structures de phrases qui ne sonnent pas « à la française », mais préserver les « pépites » : la comparaison avec le texte d’origine opère encore. Suivent plusieurs autres relectures effectuées à différents moments, à plusieurs jours d’intervalle, idéalement, qui permettent de lisser encore et encore l’expression, la rendre française, unifier les temps grammaticaux, chasser les coquilles… Le traducteur est comme un archéologue qui va exhumer un trésor caché sous plusieurs couches de poussière.

Il existe des nuances du texte nécessitant parfois une explication : c’est le cas des expressions. Certaines possèdent un équivalent parfait dans la langue d’arrivée et utilisent pratiquement les mêmes mots dans le même ordre. Pour d’autres, l’équivalent use de métaphores très différentes, donc d’images très différentes, et qui, du coup, n’expriment pas la même nuance ni même sens, ni la même subtilité. Ainsi, dans notre ouvrage Le Chat Peintre (2016), parmi les personnages dessinés par le Chat rebelle, il y a une « rose assise en tailleur, à la mode des Turcs » et qui joue de la flûte. Cette proposition est composée d’une partie française et d’une partie bulgare qui lui est apposée. « Assise en tailleur » permet au lecteur de comprendre le propos dans son sens premier. La partie « à la mode des Turcs » est une traduction littérale de l’expression bulgare qui équivaut « assise en tailleur » ; pourtant, le mot « Turcs » y apporte une teinte exotique, soulignant le fait que le Chat Peintre est un voyageur infatigable qui, une fois de retour, se met à dessiner ses impressions de voyage ; et en plus, la rose porte une corolle qui ressemble à un turban oriental. Garder cette image était important – elle apportait plus de subtilité à la lecture.
Les expressions traduites « telles quelles » apportent une teinte complémentaire au texte traduit, une nouvelle couleur à la langue. D’ailleurs, elles contribuent toujours à enrichir la langue d’arrivée.
À l’inverse, omettre de traduire une expression, c’est soit occulter (sciemment ou non) une nuance ou une information, soit appauvrir la teneur de l’œuvre d’arrivée. Plus loin dans Le Chat Peintre déjà cité, si on avait fait le choix de publier la proposition « en grattant sa grosse tête vide bien que couronnée » au lieu de « sa grosse calebasse vide bien que couronnée », on aurait atténué le propos sarcastique de l’auteur, opposant notoire au régime politique en place dans son pays.
Un autre exemple d’adaptation constitue la « comptine » à la fin de notre livre La Luciole et le Hibou (2016). Cette énumération rimée dans le texte bulgare ne l’était pas initialement dans le texte français. Cela ne me choquait même pas au départ, puisque le sens que j’avais traduit était juste et l’expression, « française ». Peu avant la publication, en la relisant, que je me suis rendu compte à quel point l’énumération était en réalité une sorte de comptine, et que si on omettait les rimes, le texte en serait appauvri. D’autant plus que l’on retrouvait d’autres séquences rimées et assonancées dans le livre à partir de cette même énumération, comme un écho. Ce n’était donc pas anodin. Je n’avais pas envie de priver le lecteur de ce plaisir. J’ai revu cette partie et tâché de réécrire une comptine en français, avec des rimes à l’intérieur de chaque vers afin de suggérer la structure originelle du texte bulgare. Je devais aussi garder les termes argotiques et décalés, pour parvenir à mes fins. Au début du même livre, en revanche, j’ai fait un choix de traduction pour la structure « le monde des travailleurs » (telle quelle dans le texte original). Expression trop « socialiste » à mon goût, dépassée et même un peu artificielle, que j’ai préféré atténuer en la traduisant par « les braves gens qui travaillent », plus neutre.
Et notre Conte de Noël, initialement « Conte du Nouvel An », est plus clair pour le lecteur français grâce à ce titre, d’autant plus que dans l’œuvre en bulgare, le mot « Noël » apparaît presque clandestinement dans le texte, comme un oubli du correcteur (ou du censeur) et me fait croire qu’il a dû être supprimé du titre qu’au moment de sa publication en bulgare, mais qu’il y figurait à l’origine (Karaliitchev ayant écrit et publié à l’époque socialiste en Bulgarie, les références religieuses étaient mal vues, voire interdites).
Pour le même livre, recueil de trois contes sur le thème de l’hiver et les fêtes de fin d’année en Bulgarie, nous avons jugé intéressant de constituer un petit annexe expliquant en quoi ces fêtes bulgares sont spécifiques. Ces histoires usaient de mots culturellement intraduisibles – la sourvaknitza, la banitza des chances du Nouvel An –, et pour ne pas édulcorer le texte français, ces termes ont été laissés tels quels. Les expliquer avec un astérisque en bas de page ne me séduisait pas, donc, le choix d’un petit annexe culturel s’est imposé. Et pour emmener le lecteur encore plus loin, nous y avons ajouté la comptine des sourvakari et la recette de la banitza.
D’autres cas d’adaptation pourraient survenir si les cultures des pays sont très différentes. Mais la Bulgarie est un pays chrétien, un pays européen, et en dépit de quelques spécificités culturelles, nous partageons les mêmes mythes, nous nous exprimons selon les mêmes codes et partageons le même calendrier. Finalement, nous sommes plus proches que nous pouvons l’imaginer et je salue le travail de tous les traducteurs et auteurs de langue bulgare et d’expression française (une nouvelle génération est là qui écrit directement en français – fait historique) qui, jour après jour, patiemment, construisent ce pont sur l’Europe.

Est-ce qu’on publie les mêmes livres qu’on publierai dans son pays d’origine ?
Je publie des livres jeunesse car je crois en leur poésie et en leur force invisible, mais aussi parce que je suis un « trait d’union ». Elitchka véhicule une vision éclectique et généreuse du monde à travers des ouvrages qui ouvrent vers un ailleurs pas si lointain, vers une autre culture européenne – celle des frères Cyrille et Méthode, les créateurs du premier alphabet des peuples slaves. Je publie des livres car je suis un pont sur l’Europe : une Bulgare, mais de culture et de formation françaises, et mettre toutes ces choses ensemble, c’est génial, c’est précieux et c’est magique. A travers Elitchka filtre l’expérience de l’étranger, celle qui a bouleversé ma vie, mes voyages et mes expériences.
Si j’étais éditrice en Bulgarie, je publierais plus de poèmes pour les enfants car cette lecture est très courante dans ce pays. En revanche, les thèmes de la liberté, du droit de désobéir, de l’envol et du voyage initiatique ont toujours été mes préférés et m’ont donné le désir de lire et l’envie d’aller plus loin : je les garderais.
Et je publierais des livres français pour souligner ma double culture et apporter aux enfants une ouverture sur le monde.
Elitza Dimitrova est éditrice chez les éditions Elitchka.

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Un tour du monde grâce aux contes

Par 25 novembre 2013 Livres Jeunesse

Ça vous dit un tour du monde ? Amérique, Afrique, Chine, Japon, Russie… Les contes nous font décidément voyager !

On commence par la Chine.

La legende du serpent blancDeux sœurs-serpents vivaient dans la montagne. Baï était blanche comme les nuages d’hiver et Quing bleue comme le ciel d’été. Elles pouvaient, en regardant un oiseau ou un poisson, en prendre la forme. Elles entendirent parler d’un endroit merveilleux qu’on appelait Le pays du lac de l’Ouest, on disait même que c’était le plus bel endroit sur la Terre. Elles décidèrent de partir y vivre sous l’apparence de deux jeunes filles. Là, elles rencontrèrent le beau Xuxian, dont Baï tomba amoureuse tout de suite. Ils se marièrent… mais l’amour du jeune homme allait-il rester aussi fort le jour où il apprendrait que la jeune fille était en fait un serpent ?

La légende du serpent blanc est un magnifique conte, une légende très ancienne, bien connue des Chinois, qui n’avait jamais été adaptée en France. C’est sous la jolie plume d’Alexandre Zouaghi et les superbes illustrations de Wang Yi que nous la découvrons… et quelle merveille ! C’est un album assez complexe, très riche (donc plutôt pour les jeunes lecteurs, l’éditeur le conseille à partir de 9 ans) dans lequel on parle de la force des sentiments, de l’amour. Des petits bijoux comme savent nous offrir les éditions HongFei.
Des extraits en ligne.

la langue des oiseauxUn homme qui sauva une fourmi de la noyade (contre l’avis général) et qui en fut récompensé, un docteur qui aida un loup qui le paya en or, les négociations entre le roi Chu et le roi des cerfs et un homme qui parlait la langue des oiseaux, quatre magnifiques histoires.

La langue des oiseaux est le premier recueil de contes que sortent les éditions HongFei et c’est une très bonne idée ! Quatre très belles courtes histoires dans lesquelles les hommes ont raison d’écouter les animaux. Ces jolis contes sont réunis dans un petit livre, illustré par Clémence Pollet. Le genre de recueil qu’on adore avoir dans sa bibliothèque, ouvrir de temps en temps. On regrettera juste qu’il n’en contienne que quatre, les amis de HongFei : on en veut plus ! Un très beau recueil de contes venus de Chine pour se rappeler, grâce à de belles histoires, l’importance des animaux.
Des extraits en ligne.

On continue la route par le Japon.

Issun boshiUn couple de paysans se désolait de ne pas avoir d’enfant. Ils auraient tant aimé en avoir un, même tout petit. Ils furent écoutés, car bientôt un enfant naquit, mais il était minuscule, ils décidèrent dont de l’appeler Issun Bôshi « celui qui n’est pas plus grand que le pouce d’un enfant ». Le temps passa, l’enfant ne grandit pas. À quinze ans il décida de partir vivre sa vie. Sa mère lui donna un bol de riz et son père une aiguille. Ainsi commença le périple d’Issun Bôshi. Des aventures qui allaient lui faire rencontrer un ogre puis une princesse… mais je ne vous en dis pas plus !

Là aussi, quel magnifique album ! Tant l’histoire que les illustrations. Ce conte japonais nous fait bien sûr penser aux histoires de Poucette et de Tom Pouce, deux classiques de notre littérature. Ici aussi, ce tout petit personnage va vivre de folles aventures et va devoir faire preuve d’ingéniosité. Les illustrations sont absolument magnifiques et le grand livre, tout en longueur les mettent parfaitement en valeur. Un très bel ouvrage.
Des extraits en ligne.
Le même vu par Enfantipages.

On remonte en Russie.

Contes de RussieUne petite fille rusée qui sut s’évader après avoir été kidnappée par un ours, une vache qui aida la petite Févronia maltraitée par ses beaux-parents, un enfant qui sauva son père grâce à son respect des animaux, un renard qui profitait de la naïveté d’un ours, un enfant qui osa défier un tigre ou encore la terrible Baba Yaga… bienvenue dans les contes russes !

Douze très beaux contes venus de Sibérie, du Caucase ou de Russie. Des contes qui nous rappellent parfois des histoires que l’on connaît (les contes voyagent autant qu’ils nous font voyager). Ici, on n’est pas frustré par la longueur des histoires, on a vraiment l’impression de lire douze petits livres entiers dans ce recueil. Il est joliment illustré par Sébastien Pelon. Un très bel ouvrage pour un voyage au pays du froid !
Des extraits en ligne.

Baba YagaUne petite fille qui n’avait plus de maman vit un jour son père se remarier avec une méchante femme. De sa mère, elle gardait une poupée de chiffon, qu’elle lui avait fabriquée. Un jour, la marâtre ordonna à l’enfant d’aller voir sa sœur pour lui demander du fil blanc et une aiguille pour lui coudre une chemise. La poupée prévint l’enfant du danger, elle lui conseilla d’aller voir sa marraine. Celle-ci lui apprit que la femme qu’elle devait aller voir n’était autre que la terrible Baba Yaga, elle lui donna donc des conseils pour lui échapper.

On retrouve donc l’horrible Baba Yaga dans une histoire adaptée par Claude Clément qui s’est inspirée du conte russe. Une histoire qui fait un peu peur, on tremble pour cette petite fille que la sorcière pense manger. L’album est très grand ce qui permet de mettre en valeur les très belles illustrations de Paul Echegoyen. Un très bel ouvrage sorti au Seuil.
Le même vu par Œil d’ailleurs et par Les lecteurs de Liyah.

Fini le froid, on part pour l’Afrique.

contes d'afriqueUn chat qui avait décidé de ne plus manger de viande, une goutte de miel qui avait provoqué une guerre, un devin mis à mal par une mouche, un jeune homme qui apprit qu’il valait mieux placer son espérance dans les bêtes plutôt que dans les hommes, un roi qui avait décidé de faire tuer tous les vieux de son village… et bien des histoires encore !

Ce sont 26 contes d’Afrique qu’a réuni Jean Jacques Fdida dans le recueil sorti chez Didier Jeunesse, Contes d’Afrique. Des contes fabuleux et pleins de sens dans lesquels on rappelle l’importance de la sagesse (tout en louant la naïveté d’autres), de la générosité, des animaux. Les contes sont vraiment délicieux, le genre d’histoires qu’on prend beaucoup de plaisir à lire, on se régale ! D’autant que l’ouvrage est illustré par le talentueux Rémi Courgeon. En plus des contes on trouvera de temps en temps des pages de devinettes. Un très bon et bel ouvrage.
Des extraits en ligne.
Le même vu par A l’ombre du saule.

Princesses d'AfriqueUne princesse tanzanienne qui sauva son père transformé en lion par un sorcier, une teinturière mauritanienne qui déjoua les pièges d’une ennemie, une jeune ghanéenne qui se battait comme les hommes et redevenait séduisante quand la guerre était finie et quatre autres princesses d’Afrique.

Que j’aime les princesses de Christine Palluy ! Après Princesses de tous les pays etPrincesses de la cour de Versailles aux palais de Vienne,voici donc les Princesses d’Afrique. Six histoires qu’elle a créées (après s’être beaucoup documentée sur les peuples et les régions dont elle parle) et une inspirée d’une légende africaine. De très beaux contes qui, chaque fois, nous présentent des femmes battantes. Christine Palluy nous donne une autre image de la princesse que celle qu’on voit souvent (le genre nunuche qui attend tranquillement le prince charmant en filant la laine). Ce que j’aime aussi, c’est que ces contes sont dans un livre dans lequel on ne s’attend pas forcément à ce genre de choses (ce n’est pas un livre militant, ce n’est pas un livre de chez Talents Hauts) et d’ailleurs ce n’est pas le genre de livres à message qui veut absolument faire passer quelque chose (ce qui est toujours un peu pénible, attention je ne parle pas des livres de chez Talents Hauts en disant ça, pas d’interprétations !). Christine Palluy a une vraie plume et elle s’entoure ici de très bons illustrateurs. Lito n’a pas toujours une bonne image chez les snobinards qui sont légion dans la littérature jeunesse (le salon de Montreuil qui s’ouvre dans quelques jours est l’occasion de dénoncer ce snobisme puant tellement répandu), ce livre leur donne une fois de plus tort de ne regarder la littérature jeunesse qu’avec des œillères. Un très bel ouvrage, vraiment.
Des extraits en ligne.

On continue le voyage en Amérique.

Les quatre voeuxVeeho avait entendu parler d’un homme qui ne manquait jamais de nourriture, il voulut en savoir plus et alla le rencontrer. L’homme lui offrit à manger et lui proposa même de l’héberger pour la nuit. Veeho, lui, cherchait ce qui le rendait si riche. Il aperçut un sac étrange, il décida de le voler. Il n’aurait peut-être pas dû… Glooskap vivait sur une île perdue, il envoya un lapin dire aux hommes que ceux qui trouveraient son île verraient leurs plus grands souhaits se réaliser. Quatre hommes partirent donc à la recherche de Glooskap et réussirent à le trouver. L’homme leur exauça leurs vœux, mais à une condition… que trois d’entre eux n’arrivèrent pas à tenir.

Les quatre vœux, sorti dans la collection Contes & Classiques du Monde chez Magnard rassemble deux très beaux contes indiens. Il est question ici d’hommes qui accomplissent une action qu’ils n’auraient pas dû faire. On connaît peu les contes indiens et c’est un régal de découvrir ces deux-là, c’est complètement dépaysant. C’est Sandrine Bonini qui les met en image et ses grandes illustrations sont très belles et accompagnent parfaitement le texte, elles nous font aussi voyager. Un très bel album.

Et si l’on refaisait un tour du monde rapidement ?

Fees de legendesUne fée qui couvrit une jeune fille généreuse d’or (puis sa sœur, qui voulait profiter de l’aubaine, de poix), une autre qui devait n’être jamais vue de son amoureux le samedi sous peine de perdre sa forme humaine, la Dame du Lac qui apprit la magie de Merlin pour mieux pouvoir l’emprisonner, la fée Babouchka qui refusa d’aider les rois mages et qui s’en mordit les doigts au point d’apporter chaque Noël des cadeaux aux enfants…

Dix fées sont réunies dans Fées de légende de Christine Pompéi illustré par Anja Klauss. Des contes allemand, poitevin, breton, britannique, italien, hongrois, slave, russe, chinois et vietnamien. C’est un grand livre, très beau comme les aiment généralement les enfants. Le genre de recueil qu’on aime offrir. On fera ici de beaux voyages tout au long de ces belles histoires. On regrettera juste que ces contes soient à ce point résumés (effet amplifié quand on les connaît), mais ça peut-être une première approche. Autre bémol, les contes tiennent sur deux pages, on tourne donc la page à la moitié du conte et généralement l’illustration montre la fin de l’histoire. L’enfant sait donc à mi-parcours comment ça va finir… dommage ! Mais c’est tout de même un très joli livre sorti chez De la Martinière Jeunesse.

Quelques pas de plus…
D’autres contes du monde par exemple ici ou .

On a déjà chroniqué des livres de Alexandre Zouaghi (L’auberge des ânes), Wang Yi (Princesse corbeau, Yexian et le soulier d’or et Petit poisson peut voler), Chun-Liang Yeh (Le calligrapheLe goût de la pêche, L’auberge des ânes, Pi, Po, Pierrot, Yexian et le soulier d’or, Le duc aime le dragon et L’autre bout du monde), Clémence Pollet (Mon coffret pour découvrir la ferme et L’auberge des ânes ), Sébastien Pelon (Pourquoi les éléphants aiment-ils tant leur trompe), Jean-Jacques Fdida (Cendrillon ou La Belle au soulier d’or, La barbe bleue ou Conte de l’Oiseau d’Ourdi, Le Petit Chaperon rouge ou La Petite Fille aux habits de fer-blanc et La belle au bois dormant ou Songe de la vive ensommeillé), Rémi Courgeon (Pieds nus, Toujours debout, Pas de ciel sans oiseaux et Elvis Presley), Christine Palluy (Princesses de la cour de Versailles aux palais de Vienne et Princesses de tous les pays), Sandrine Bonini (Le zoo des légumes et Petits contes des 1001 nuits), Christine Pompéi (Mes premiers contes) et Anja Klauss (La belle au bois dormant). Retrouvez aussi nos interviews de Chun-Liang Yeh et de Rémi Courgeon.

La légende du serpent blanc
Texte d’Alexandre Zouaghi, illustré par Wang Yi
HongFei
16,50€, 230×326 mm, 49 pages, imprimé à Taïwan, 2013.
La langue des oiseaux et autres contes du palais
Textes de Chun-Liang Yeh, illustré par Clémence Pollet
HongFei
12,50€, 167×227 mm, 46 pages, imprimé à Taïwan, 2013.
Issun Bôshi, l’enfant qui n’était pas plus haut qu’un pouce
d’Icinori
Actes Sud Junior
16,90€, 226×357 mm, 40 pages, imprimé au Portugal, 2013.
Contes de Russie
Textes de Robert Giraud, illustré par Sébastien Pelon
Père Castor
13,50€, 226×248 mm, 61 pages, imprimé en France, 2013.
Baba Yaga
Texte de Claude Clément, illustré par Paul Echegoyen
Seuil Jeunesse
18€, 268×387 mm, 32 pages, imprimé en Italie, 2013.
Contes d’Afrique
Textes de Jean-Jacques Fdida, illustré par Rémi Courgeon
Didier Jeunesse
18€, 195×240 mm, 125 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2013.
Princesses d’Afrique
Textes de Christine Palluy, illustré par un collectif
Lito dans la collection Histoires pour rêver
18€, 250×238 mm, 72 pages, imprimé en UE, 2013.
Les quatre voeux
Textes de Richard Erdoes et Alfonso Ortiz (traduits par Alain Deschamps), illustrés par Sandrine Bonini
Magnard Jeunesse dans la collection Contes Classiques Monde
16,20€, 329×328 mm, 45 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responable, 2013.
Fées de légende
Textes de Christine Pompéi, illustrés par Anja Klauss
De la Martinière Jeunesse
12,90€, 236×337 mm, 44 pages, lieu d’impression non indiqué , 2013.

À part ça ?

Un concours très sympa pour les classes maternelles autour du très bon Boucle d’ours sur le blog de Didier Jeunesse.

Gabriel

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Les invités du mercredi : Chun-Liang Yeh, Juliette Parachini et Marjorie Béal (+ concours)

Par 26 juin 2013 Les invités du mercredi

Aujourd’hui j’ai la chance de publier une interview d’un très bon auteur, Chun-Liang Yeh. Nous avons très régulièrement parlé de son travail et vous savez à quel point je l’apprécie. C’est une très belle plume, un de ces auteurs qui nous livre chaque fois des petites merveilles. Il a fait des réponses passionnantes à mes questions, je suis vraiment heureux de vous proposer de les lire. A la suite de cette interview vous pourrez tenter de gagner le superbe Le calligraphe, grâce aux éditions HongFei (dont Chun-Liang Yeh est le co-créateur et y est aussi éditeur). A la suite de cette interview, pour notre rubrique Parlez moi de…, j’ai voulu revenir sur un livre dont on a beaucoup entendu parler ces derniers temps, Mes deux papas, avec ses auteurs Juliette Parachini et Marjorie Béal. Marie Moinard, son éditrice, sera aujourd’hui invitée de Écoute ! Il y a un éléphant dans le jardin (où je suis moi même invité ce jour !). Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Chun-Liang Yeh

Chun-Liang YehQuel a été votre parcours ?
Je suis né et ai grandi à Taïwan, une île à l’est du continent chinois. J’ai passé mon enfance à Kaohsiung, une grande ville portuaire dans le sud du pays. Le paysage maritime a très tôt réveillé en moi l’envie de partir en voyage dans des pays lointains. Dès que j’ai appris à lire et à écrire, j’ai compris intuitivement que c’est avec les mots que je pourrais voyager vraiment loin, plus loin que le bout du monde, dans le cœur des gens.

Entré à l’Université de Taïwan pour des études en science physique, j’ai eu la chance d’y être également initié aux littératures européennes. J’ai ainsi été introduit au monde de la création comme lecteur avisé, ensuite comme architecte après mon diplôme obtenu à Paris, et enfin comme éditeur et auteur pour la littérature jeunesse depuis six ans.Pi Po Pierrot

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescent ?
Deux albums illustrés, lus avant mes dix ans, m’ont laissé un souvenir ému. Je parlerai toutefois plus volontiers du premier livre qui fut déterminant dans l’orientation que je donnerais plus tard à ma vie. J’avais alors onze ans. Le livre s’intitule Nouvelles de Sahara signé par la romancière taïwanaise Sanmao. Celle-ci a fasciné toute une génération de Taïwanais dans les années 1980 (et plus tard les Chinois du continent) par son allure de bohème et ses aventures hors de portée de la plupart des gens de l’époque. Grâce à ses récits, j’ai pris conscience que ma vie rêvée était celle d’un voyageur, libre de ses mouvements et dans son esprit. Puis, à la bibliothèque du collège,Couv-Yexian j’ai trouvé dans  L’Attrape-cœurs  de J.D. Salinger (en traduction chinoise) la promesse et l’invitation à une vie de rebelle et naturellement empreinte de générosité. Puis, au lycée, Demian de Hermann Hesse m’a accompagné dans une quête solitaire où le désespoir n’est pas sans beauté. Ces ouvrages, parmi d’autres, m’ont marqué durablement et m’aident, je pense, à développer de véritables échanges avec les enfants dans les classes aujourd’hui.

Quelle place tient encore la Chine aujourd’hui dans votre vie, dans votre écriture ?
Chinois de Taïwan, je vis en France depuis vingt ans. Ma vie professionnelle et personnelle ne m’amène pas à fréquenter spécialement mes compatriotes en France, et il faudrait une occasion vraiment exceptionnelle pour que je cuisine chinois. Pour les gens ici, la Chine peut être passionnante, déplaisante ou ne pas susciter d’intérêt Le duc aime le dragon du tout ; ils vivent la Chine de l’extérieur. Moi, je la vis de l’intérieur, elle est comme un jardin secret où je trouve refuge et me ressource. Les enseignements que j’ai reçus petit, notamment ceux sur la connaissance de soi et des autres, les repères et les valeurs qui m’ont aidé à me libérer et à me conduire en société, sont des graines qui germent et s’épanouissent aujourd’hui sur le sol français. Ce jardin secret n’est toutefois pas clos : il suffit d’aimer la vie pour trouver le chemin qui y mène.

Comme auteur, mon centre d’intérêt n’est pas rendre une Chine traditionnelle, idéalisée et éternelle pour le public français. J’essaie plutôt, à travers ma création, de suggérer un regard et une manière d’être au monde, d’aimer la vie et ainsi d’accéder au « jardin secret » dont j’ai parlé plus haut. Pour y parvenir, j’ai la chance de me nourrir de la tradition littéraire et de l’humanisme chinois, mais ce fond culturel m’a également préparé à admirer les grands esprits et embrasser les belles âmes sous d’autres cieux. Je revendique d’être un auteur chinois qui, ayant côtoyé en lecture D.H. Lawrence et E.M. Forster, s’exprime dans la langue d’André Gide. Ce cosmopolitisme a caractérisé l’Europe des Lumières. J’espère tant qu’elle ne l’oubliera pas.

Le calligrapheParlez-nous de Le Calligraphe, votre dernier album sorti chez HongFei.
Wang Xizhi, le plus célèbre des calligraphes de la Chine classique, pourrait se vanter d’être un personnage historique dont la vie est une des plus riches en anecdotes. On les raconte depuis 16 siècles comme si elles étaient arrivées hier à un voisin ou un cousin ! C’est ainsi qu’il est censé avoir exercé son talent au bénéfice d’une vieille marchande d’éventails. A partir de ce « pré-texte », j’ai développé une histoire qui introduit, entre autres choses, deux regards en décalage par rapport au point de vue dominant en France. Le premier consiste à désacraliser l’art et à rendre à l’artiste sa part d’humanité. Le deuxième touche à la valeur – marchande – des choses : en effet, dans ma culture et d’après mon expérience, le monde du commerce, plutôt absent des livres pour enfants, n’est pas par nature vicié ou avilissant. Abordé avec justesse et humour, il peut même nous apprendre beaucoup sur nos désirs et motivations, lesquels sont intimement liés à notre épanouissement et à notre bonheur.

Quels sont les contes de votre enfance que vous n’avez pas encore couchés sur papier et que vous rêveriez de faire ?
Ma réponse va peut-être vous surprendre pour plusieurs raisons. Premièrement, les contes ont occupé une place somme toute limitée dans mon bonheur d’enfance ; si certains m’ont donné du plaisir, ce n’est pas pour autant que les enfants en France pourraient les aimer. Deuxièmement, comme auteur ma préoccupation est bien plus la création que la transmission et la diffusion de contes venus d’ailleurs (en l’occurrence de Chine). L’écriture du Calligraphe, évoquée à l’instant, en fournit un exemple : lorsqu’il m’arrive de raconter une histoire ancienne ou connue en Chine, je n’en propose pas uneL"auberge des ânes transcription en langue française mais une re-création unique dotée d’une intention, qui prend corps et âme sous ma plume. Les Deux Paysages de l’empereur, un de mes autres albums, illustre bien ce même propos exposé dans un billet de notre blog « Créations originales et la tradition ». Ceci dit, je vais tout de même tenter une réponse à votre question : je me souviens bien du plaisir étrange que j’éprouvais en lisant la confession des damnés en enfer dans un texte de vulgarisation du bouddhisme, tout comme l’Inferno de Dante découvert des années plus tard. Ce vertige devant la cruauté, la fragilité et l’obscurité de l’âme humaine a participé à la formation de mon caractère d’homme et à ma sensibilité d’auteur, et m’inspirera peut-être pour la création d’un récit pour adultes, à mille lieues de l’adaptation d’un récit bouddhique pour les enfants en France.

Quels sont vos projets ?
Hélas ! La conception ou la réalisation, pour le compte des éditions HongFei, de nos projets éditoriaux occupent l’essentiel de mon temps ; je ne pense pas avoir le loisir de développer des projets plus personnels avant quelques temps. Malgré tout, je garde l’espoir de les réaliser un jour, peut-être aussi pour les lecteurs adultes, pourquoi pas en chinois ? L’avenir reste ouvert…

Bibliographie :

Prochainement :

  • La Langue des oiseaux, illustré par Clémence Pollet ; recueil de quatre contes chinois à paraître en septembre 2013.

Le calligrapheComme je vous le disais avant cette interview, grâce aux éditions HongFei, je vais faire un chanceux parmi vous ! L’un de vous va gagner Le calligraphe, un super album dans lequel un homme transforme un objet du quotidien en œuvre d’art. Dites-moi, en commentaire, quel est l’artiste qui vous touche le plus (peintre, sculpteur… ou autre !) et l’un de vous, celui qui sera tiré au sort, gagnera ce très beau livre. Vous avez jusqu’à lundi 20h… bonne chance à tous !


Parlez moi de… Mes deux papas

Une fois par mois on revient sur un livre qu’on a aimé avec son auteur, éventuellement son illustrateur et son éditeur. L’occasion d’en savoir un peu plus sur un livre qui nous a plu. Cette semaine c’est Mes deux papas, le livre de Juliette Parachini et Marjorie Béal sur lequel j’ai eu envie de revenir.

Juliette ParachiniJuliette Parachini (auteur) :
J’ai écrit ce texte avant les polémiques qui ont accompagné les discussions autour du ‘mariage pour tous’. L’idée que des enfants puissent être considérés comme différents car leur schéma familial n’est pas dans la norme me fait frissonner.
Je peux comprendre que le sujet heurte certaines personnes. Je ne peux pas comprendre qu’il puisse générer une telle intolérance et une telle haine.
J’ai envoyé ce texte à Marie Moinard qui l’a accueilli de façon très positive. Elle m’a proposé Marjorie Béal pour illustrer l’album : ma réponse a été : « OUI ! ».
J’ai écrit ce texte pour les petits. Je réalise aujourd’hui qu’il s’adresse également aux beaucoup plus grands…

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Mes deux papas de Juliette Parachini-Deny et Marjorie Béal, édité par Des ronds dans l’O (2013), que nous avons chroniqué ici.

Juliette Parachini-Deny vient de sortir les tomes 5 et 6 de la collection Boules de poils et Cie chez Fleurus. Vous pouvez la retrouver sur son blog :  http://julietteparachini.blogspot.fr/

 

Marjorie BéalMarjorie Béal (illustratrice) :
Marie Moinard, l’éditrice m’a envoyé le texte Mes deux papas de Juliette Parachini-Deny, en me proposant de faire un essai.
J’ai tout de suite été séduite par le texte, des mots simples et justes, une histoire qui ne parle que d’amour, et de tolérance. Ce texte s’est envolé dans ma boîte mail, à un moment opportun, j’ai travaillé dessus avec mon cœur, étant révoltée par les propos méprisants et violents qui fleurissaient suite au débat sur le mariage pour tous.
C’est donc avec grand plaisir et fierté, que j’ai décidé de l’illustrer.
J’ai choisi de travailler le trait fin, à l’encre et de manière épurée, et d’effectuer une colorisation choisie de certains éléments, afin de mettre l’accent sur certaines actions de l’histoire, j’ai proposé à Marie et Juliette (une planche de Tom , Enzo et Lilou ) et elles m’ont fait confiance pour travailler sur ce projet qui nous tient à cœur.

Marjorie Béal vient de sortir deux albums en même temps ! Et toute la ville s’éveille (illustration d’un texte de Laurie Cohen) chez Balivernes et C’est qui le roi des animaux ? (illustration d’un texte d’Agnès Laroche) chez De la Martinière Jeunesse. Vous pouvez la retrouver sur son blog : http://marjoriebealillu.overblog.com

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