La mare aux mots
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Chun-Liang Yeh

Avec un peu d’aide…

Par 10 juin 2013 Livres Jeunesse

Et si je vous parlais de deux très beaux albums ?

Ours et les papillonsOurs avait pris l’habitude de repêcher les papillons tombés dans l’eau et de les faire sécher sur le bout de son nez. Dès qu’ils se réveillaient ils partaient aussi vite qu’ils le pouvaient, sans même remercier, de peur de se faire manger. Pourtant un jour Ours tomba sur un papillon plus gros que les autres et lui, en se réveillant, ne s’enfuit pas et ils devinrent amis. Jusqu’au jour où Ours, à son tour tombât à l’eau.

Ours et les papillons fait partie de ces albums qui vous donnent la chair de poule et vous mettent les larmes aux yeux alors qu’il n’y a rien de triste, juste parce qu’ils véhiculent Ours et les papillonsénormément d’émotion. La première fois que je l’ai lu je n’ai pu m’empêcher de dire à voix haute (alors que j’étais seul) « mais que c’est beau !». Je suis tout de suite tombé sous le charme de cette magnifique histoire d’entraide, cette histoire d’ours qui vit pour aider les autres, qui passe son temps à repêcher les papillons pour les sauver. Je ne peux pas vous raconter la suite, je préfère que vous la découvriez mais c’est d’une extrême poésie, d’une telle beauté… les illustrations de Marjorie Pouchet accompagnent parfaitement cette histoire. Un album tout simplement magnifique.

Le calligrapheLaolao la Vieille se lamentait, le temps ne lui était pas favorable, comment vendre des éventails alors qu’il ne fait pas très chaud ? Elle n’allait pas rapporter d’argent chez elle et ne pourrait pas nourrir son petit-fils. Wang Xizhi, le plus célèbre calligraphe de Chine, lui proposa de déposer une vingtaine de ses éventails par terre et il se mit à dessiner dessus, comme ça elle les vendrait bien mieux et plus cher. Laolao n’en était pas persuadée et elle se disait que maintenant elle avait des éventails tout tachés dont personne ne voudrait… et si elle se trompait ?

Le calligraphe est une petite merveille sortie chez HongFei et écrit par le talentueux Chun-Liang Yeh. On y parle ici de l’importance de l’art dans nos vies, comment un objet usuel peut devenir une œuvre. On parle aussi de la valeur marchande de l’art (Laolao pense que ses éventails sont maintenant tout abimés quand d’autres sont prêts à payer une fortune pour les acquérir). Avec beaucoup de poésie, Chun-Liang Yeh Le calligrapheparle également d’entraide, de générosité. Wang Xizhi va faire don de son talent pour permettre à Laolao de gagner de l’argent. C’est enfin un très beau livre sur la calligraphie et la poésie, qui a déjà eu une dédicace de Chun-Liang Yeh fera le parallèle entre les calligraphies pleines de sens de Wang Xizhi et les idéogrammes que l’auteur dessine sur les livres, prenant chaque fois le temps de les expliquer. Cette histoire, issue d’une anecdote célèbre d’un personnage qui a vraiment existé, est magnifiquement illustrée par Nicolas Jolivot. Un magnifique album, une petite merveille.
Voir plus d’extraits.

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué des ouvrages signés par Chun-Liang Yeh (Le goût de la pêche, L’auberge des ânes, Pi, Po, Pierrot, Yexian et le soulier d’or, Le duc aime le dragon et L’autre bout du monde).

Ours et les papillons
Texte de Susanna Isern, illustrations de Marjorie Pourchet
OQO dans la collection O
14€, 250×230 mm, 36 pages, imprimé au Portugal, 2013.
Le calligraphe
Texte de Chun-Liang Yeh, illustrations de Nicolas Jolivot
HongFei
14€, 185×250 mm, 40 pages, imprimé à Taïwan, 2013.

A part ça ?

On vous parlais l’autre jour de Mes deux papas, l’homophobie existe jusque dans les librairies

Gabriel

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Deux très belles fables

Par 16 mai 2013 Livres Jeunesse

TrocCatherine la brebis a ses petites habitudes, elle aime tous les après-midi boire son petit chocolat chaud, en lisant, assise sur sa chaise préférée. Imaginez donc la catastrophe le jour où un pied de la chaise cassa en pleine histoire des trois petits cochons ! Catherine rafistola le tout mais se dit qu’en vendant sa vieille chaise elle pourrait en acheter une autre… A peine exposée, Romuald le coq se porte acquéreur et la lui échange contre un tabouret. Le marché est vite conclu et Catherine put retourner à son histoire… mais sur un tabouret on n’est pas bien assis… et si on échangeait ce tabouret ? Contre un canapé du cochon Narcisse ça semble une bonne affaire…

OQO sort toujours des petites merveilles, c’est encore le cas avec ce conte enTroc randonnée, Troc. Une magnifique histoire sur la lecture, sur le troc et sur le destin des choses. Les illustrations sont très belles et pleines d’humour. Le texte est rythmé (et entrecoupé par l’histoire des Trois petits cochons qui font aussi parti visuellement du décor), agréable à lire. C’est un album riche, le genre d’album dont on scrute les détails, les références. Un superbe album.

COUV-GP_myTigre et Cheval sont impressionnés par les connaissances de leur ami Serpent lors d’une balade en forêt. Serpent lit beaucoup et connaît donc bien le nom des choses, ainsi quand il voit une pêche il sait que c’est le fruit le plus délicieux du monde et il veut absolument la faire goûter à ses amis. Ni une ni deux Serpent monte à l’arbre chercher ce fruit. Il n’est pas seulement cultivé, il est drôlement courageux comme le remarque Cheval. Mais Tigre est jaloux, tant de compliments adressés à quelqu’un d’autre que lui, il ne le supporte pas…

Je ne vous dévoile pas la suite de cette très belle histoire pleine d’humour et de bon sens sortie chez un autre éditeur fétiche deLe gout de la pêche La mare aux mots, HongFei. Un conte sur l’amitié, la jalousie, le partage, et tant d’autres choses encore. Chun-Liang Yeh a une plume magnifique et chacun de ses textes est un petit bijou de poésie, des histoires très riches. Un album plein d’humour et de pep’s qui va beaucoup plaire aux enfants.

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué plusieurs livres de Chun-Liang YEH : L’auberge des ânes, Pi, Po, Pierrot, Yexian et le soulier d’or, Le duc aime le dragon et L’autre bout du monde.

Troc
de Roberto Castro, illustré par Margherita Micheli
OQO dans la collection O
14€, 250×230 mm, 36 pages, imprimé au Portugal, 2013
Le goût de la pêche
de Chun-Liang YEH, illustré par Pauline Kalioujny
HongFei Cultures
12,70€, 216×217 mm, 32 pages, imprimé à Taïwan, 2013

A part ça ?

Un très beau clip d’Amnesty international pour vous rappeler que vos signatures ont du poids

 

Gabriel

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Femme fragile et femme forte

Par 8 octobre 2012 Livres Jeunesse

Un seigneur puissant avait épousé une femme aussi fragile qu’il était fort ainsi se sentait-il encore plus fort et pour que ce sentiment augmente il la malmenait, la frappait. Bien-sûr pas pour son propre plaisir, lui expliquait-il mais pour son bien à elle… Malgré les cadeaux dont la couvrait le seigneur pour se faire pardonner, la jeune fille était malheureuse et se transformait physiquement. Aux gens qui s’étonnaient de ce changement le seigneur prétextait que cette sale mine venait du petit pois qu’elle gardait sous son matelas. Mais un jour la poupée demanda des souliers écarlates et grâce à eux… elle réussit à s’évader la nuit… jusqu’à ce que le seigneur ne le découvre…

Il fallait le tact et la finesse des mots de Gaël Aymon pour parler d’un sujet aussi grave que celui des femmes battues et réussir à en faire une belle histoire. Alors bien-sûr c’est une histoire dure mais pleine d’espoir, et les contes sont souvent durs. D’ailleurs les Contes d’un autre genre de Gaël Aymon, sont assez proches des contes classiques, car ceux-ci aussi comportaient souvent des éléments horribles, que l’on a gommés avec le temps comme si les enfants n’étaient pas capables de les entendre. Comme dans ces vieux contes, Gaël Aymon glisse des choses réelles, de nos quotidiens dans des éléments fantastiques, ce côté fantastique fait d’ailleurs que ce n’est pas trop plombant, qu’on s’échappe de la réalité. Ici la jeune fille réussira à s’évader en claquant trois fois des talons telle Dorothy pour passer dans un monde où elle veut fuir. L’histoire peut être aussi lue à un autre degré… Comme dans Le magicien d’Oz, ce monde existe-t-il vraiment ? N’est-ce pas une échappatoire où la jeune fille s’évade en pensée ? Toujours est-il que l’histoire est superbe et captivante. Les illustrations de Nancy Ribard sont magnifiques. L’objet lui-même est très beau avec son dos toilé. Je le dis à chaque fois, mais décidément Gaël Aymon est un auteur à suivre de très près, c’est un des rares auteurs dont je ne veux louper aucun livre. Ici encore il nous transporte dans un conte merveilleux tout en nous parlant de choses graves. Le livre a d’ailleurs reçu le soutien de Amnesty International.

Il y a bien longtemps, dans la ville de Bianzhou, en Chine, une femme nommée Sansan avait une auberge. Personne ne savait d’où elle venait et d’où elle tenait sa richesse mais elle avait réussi a acquérir plusieurs maisons et de nombreux ânes. Son auberge était très fréquentée par les voyageurs et c’est ainsi que Zhao s’y arrêta lui aussi. Le jeune homme n’était pas du genre à participer aux bavardages et à boire comme les autres, ainsi quand il se coucha il était le seul à ne pas être ivre… et ce qu’il vu cette nuit-là allait répondre à bien des questions sur l’aubergiste…

Quel bonheur de retrouver un nouvel ouvrage des éditions HongFei ! L’auberge des ânes est un très bel album. L’histoire est un conte chinois du IXème siècle pour la première fois illustré et adapté en français, le précise le dos de couv’… et quel magnifique conte ! J’adore ce genre d’histoire traditionnelle avec une partie de magie, de sorcellerie. Les illustrations de Clémence Pollet sont très belles également, elles sont lumineuses, elles apportent beaucoup au récit et en font un album aussi captivant à lire qu’esthétique. Venez donc rencontrer Sansan mais attention… gardez l’œil ouvert cette nuit !

Quelques pas de plus…
Retrouvez Gaël Aymon en interview sur le blog et nos chroniques de ses autres livres : La princesse Rose-Praline, Une place dans la cour, Contes d’un autre genre et Giga Boy.
Les livres que nous avons chroniqués de Chun-Liang Yeh : Pi, Po, Pierrot, Yexian et le soulier d’or, Le duc aime le dragon et L’autre bout du monde.

Les souliers écarlates
de Gaël Aymon, illustré par Nancy Ribard
Talents Hauts
13,80€, 195×260 mm, 24 pages, imprimé en Italie
L’auberge des ânes
de Alexandre Zouaghi et Chun-Liang Yeh, illustré par Clémence Pollet
HongFei dans la collection Contes de Chine
15,20€, 218×275 mm, 40 pages, imprimé à Taïwan

A part ça ?

Le week-end dernier j’ai vu un spectacle que je vous recommande si vous habitez Paris : Loulou par Les muettes bavardes à la Manufacture des Abbesses. Deux comédiennes et un musicien sur scène pour jouer Loulou et Tom, les fameux héros du livre de Grégoire Solotareff. Marionnettes, ombres chinoises, chant, danse, musique,… un spectacle complet qui captive les enfants (et les effrayent un peu parfois). On a passé un très bon moment. Ma fille, 4 ans, a adoré et nous a demandé, en sortant, quand on y retournait ! C’est jusqu’au 6 janvier 2013 (le spectacle a tellement de succès qu’il a été prolongé). Plus d’info sur la compagnie ici et sur la salle .

Gabriel

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Dis… c’est quoi ton métier ? Les éditeurs de livres pour enfants : Loïc Jacob, Chun-Liang Yeh et Cécile Emeraud

Par 1 août 2012 Fiches métiers, Les invités du mercredi

Tous les mercredis de juillet et août je vous propose de découvrir un métier grâce à deux personnes qui font ce métier-là. Vous découvrirez ainsi ceux qui travaillent autour du livre pour enfants : illustrateurs jeunesse, libraires jeunesse, blogueurs jeunesse, vous avez déjà découvert les auteurs jeunesse (avec Marie Aude Murail et Séverine Vidal), les attachés de presse dans une maison d’édition jeunesse (avec Myriam Benainous et Angela Léry), les traducteurs de livres pour enfants (Rose-Marie Vassallo et Josette Chicheportiche) et les bibliothécaires jeunesse (Laurence Horvais et Thierry Bonnety), cette semaine je vous propose de découvrir les éditeurs de livres pour enfants ! J’ai donc posé des questions, afin de mieux connaître leur profession, à trois éditeurs : Loïc Jacob et Chun-Liang Yeh des éditions HongFei et Cécile Emeraud des éditions du Rouergue. Merci infiniment à eux d’avoir pris le temps de me répondre.


Dis c’est quoi ton métier… Loïc Jacob et Chun-Liang Yeh

Comment définiriez-vous « éditeur jeunesse » ?
– L’éditeur jeunesse est d’abord un éditeur, c’est-à-dire quelqu’un qui cultive l’art de publier et celui de transmettre. L’art de publier se rapporte à un projet d’édition, une œuvre (texte, illustration) et à l’attention que l’éditeur met à créer un « bon livre » pour servir cette œuvre (rencontrer les lecteurs). L’art de transmettre se rapporte d’avantage à un projet éditorial (la ligne de la maison) et aux intentions de l’éditeur lorsqu’il construit son catalogue.
L’intitulé « éditeur jeunesse » précise une dimension supplémentaire en signalant toute l’attention que l’éditeur porte à la spécificité du « lecteur type » à qui il destine ses livres : le bébé, l’enfant et l’adolescent. Non pas que l’éditeur réponde nécessairement à une demande (même si c’est parfois le cas) mais plutôt qu’il tient compte des caractères propres de son lectorat. Celui-là est formidable car curieux et très disponible ; mais il est également très exigeant et sans état d’âme.

Comment êtes-vous devenu éditeur jeunesse ?
– Par choix. HongFei Cultures est une maison d’édition que nous avons fondée à deux. Après que chacun de nous deux ait d’abord mené une autre vie professionnelle, nous avons décidé de travailler à la création de livres. La littérature nous accompagnait depuis toujours. L’image occupait une place importante dans nos vies. C’est assez naturellement que nous avons songé à l’édition jeunesse où il est possible de travailler sur ces deux champs d’expression et, même, de les marier. Pour ce qui nous concerne, ce projet n’était pas dissociable d’une intention interculturelle (la rencontre des cultures chinoises et française) et du souhait de l’inscrire dans une entreprise de création.

Comment est faite la rémunération ? (salaire fixe ? pourcentages ? avances ?) Est-ce que vous avez un métier à côté ?
Comme dans toute entreprise, la rémunération de l’éditeur dépend de la nature de ses liens avec la maison d’édition : il peut être gérant (souvent le cas pour les créateurs des maisons), salarié ou intervenir sur mission. Parfois, lorsque la maison d’édition fonctionne sur un mode associatif, il arrive qu’il travaille à titre gracieux. L’existence d’une autre activité, généralement plus sûrement rémunératrice, dépend donc des choix et conditions de chacun. Les deux éditeurs de HongFei Cultures ont fait le choix d’exercer leur métier à part entière et n’ont pas d’autres activités professionnelles que celle-là.

Comment sont répartis les bénéfices d’un livre entre l’auteur, l’illustrateur et l’éditeur ?
– L’économie du livre est beaucoup plus complexe que le suggère la question, pour trois raisons au moins. D’une part les acteurs sont nombreux ; au-delà de l’auteur, l’illustrateur et l’éditeur (derrière qui on trouve le graphiste, la communication, etc.), la chaîne du livre intègre l’imprimeur, le diffuseur (qui assure la commercialisation du livre auprès des libraires), le distributeur (qui se charge du transport du livre jusqu’à la librairie où il sera vendu et, éventuellement du retour du livre en stock s’il n’est pas vendu), et le libraire. Précisons ici que les cas de figure sont variés : certains éditeurs assurent eux-mêmes diverses tâches (graphisme, communication, diffusion ou distribution). D’autre part, une partie des rémunérations intervient avant même la vente du livre : un livre commence par coûter de l’argent avant d’en rapporter (quand c’est le cas). C’est là une des caractéristiques du métier de l’éditeur : la publication est une prise de risque (assumée et mesurée). Enfin, à la question de la répartition, on répond toujours avec un « camembert » qui montre les pourcentages revenant aux uns et aux autres (en gros, sur un livre de 10€, 3€ vont au libraire, 2,6€ à la diffusion-distribution, 2€ à l’imprimeur, 1,4€ à l’éditeur, 1€ à l’auteur). Malheureusement, il y a loin du schéma à la réalité et on y confond souvent les marges (celles grâces auxquelles sont payés les salaires, les fournisseurs, les locaux, etc.) et les bénéfices. Par exemple, un éditeur ne gagne pas 14% du prix d’un livre puisqu’avec cette part il finance le graphisme, la communication, les évènements, ses locaux, etc. En outre, c’est l’éditeur qui supporte le coût financier des livres qui méritent d’être publiés et défendus même s’il s’avère qu’une perte commerciale est possible. Cette confusion entre marge et bénéfice est souvent source de malentendu, notamment entre les auteurs et les autres acteurs de la chaîne du livre.

Comment choisissez-vous les auteurs ? Les illustrateurs ? Arrive-t-il que des auteurs imposent/proposent un illustrateur ?
– Les éditions HongFei Cultures ont une ligne éditoriale. Nous publions essentiellement des textes d’auteurs de culture chinoise que nous faisons illustrer par des artistes vivant en France. Ensuite, nous avons des intentions à l’égard des jeunes lecteurs ; elles se manifestent notamment à travers une triple thématique : l’intérêt pour l’inconnu, le voyage et la relation à l’autre. Enfin, il y un tempérament général qu’on perçoit à travers la nature des textes et illustrations publiés et qui, chez HongFei Cultures, portent à la douceur plutôt qu’à heurter. C’est sur ces bases que nous effectuons nos choix.

HongFei n’édite que des textes chinois, quelle est la limite de cette spécificité ?
– Notre ligne directrice est double : la rencontre des cultures et la création. Nous publions moins des textes chinois que des textes d’auteurs chinois. La nuance est importante. Elle permet de ne pas trouver dans nos livres une « Chine éternelle » traitée comme un objet de curiosité (souvent sur la base de clichés) mais une écriture qui révèle une Chine sensible et qui s’émeut, susceptible de susciter une création d’illustrations, même loin de sa source (par exemple en France). Par ailleurs, nous publions aussi des livres sans lien avec la Chine, ni par leur auteur ni par leur sujet. Cela rejoint notre préoccupation première d’éditeur : faire de bons et beaux livres pour les jeunes lecteurs.

Est-ce qu’il vous arrive de demander aux auteurs de changer un texte, aux illustrateurs de changer un dessin ?
– Comme éditeur, nous considérons le chemin à parcourir avec un auteur et/ou un illustrateur comme un compagnonnage fondé sur la confiance. Le plus souvent, il y a loin du projet au livre. Chacun, avec son talent et ses compétences, participent à la réalisation du livre et il est entendu que l’éditeur y joue un rôle majeur. C’est d’autant plus vrai lorsqu’il est à l’origine du projet. Ça ne veut pas dire que l’éditeur fait ce qu’il veut et demande ce qu’il veut. Au contraire, nous attendons toujours d’être surpris par le point de vue de l’artiste que vient formaliser un savoir faire technique. Nous ne sommes pas des créateurs et ne souhaitons pas à avoir à dire « il faut écrire cela, il faut dessiner ceci ». Mais nous sommes des lecteurs, au regard formé et exercé. Nos interventions se justifient donc par la recherche de la qualité, de la justesse et, généralement, par la certitude que l’auteur/l’illustrateur peut aller un peu au-delà de sa proposition. Par ailleurs, l’éditeur connaît le marché du livre, ses exigences, ses contraintes, ses faiblesses mais aussi sa disponibilité à découvrir un nouveau texte, une nouvelle illustration. Le succès n’est jamais garanti. Mais avancer ensemble est souvent une satisfaction.

Comment choisissez-vous ce que vous éditez ?
– Le choix se réalise en fonction de critères très objectifs : la ligne de la maison, la possibilité d’intégrer un projet à un ensemble qui le dépasse (le catalogue), la qualité propre du projet, la possibilité de le porter efficacement devant le public. Pourquoi publier un projet qu’on défendra mal ? Il arrive aussi que le choix soit très personnel. Les auteurs ou illustrateurs qui nous sollicitent nous demandent souvent d’expliquer un refus. C’est parfois difficile.

Vous arrive-t-il de commander des projets ?
HongFei Cultures a la particularité d’être essentiellement une maison de commande ; sur la trentaine de titres déjà publiés, à peine un quart sont des projets personnels d’auteurs-illustrateurs. Pour les autres, c’est nous qui avons sollicité les auteurs ou les illustrateurs de notre choix.

Comment vous propose-t-on les textes ?
– Nous recevons surtout les projets par voie électronique ou postale. Parfois, les auteurs ou illustrateurs nous sollicitent pour un rendez-vous pendant lequel ils nous font découvrir leur travail. Les envois sont très nombreux. Rares sont les projets que nous accueillons ; d’abord parce que nous ne publions que très peu de livres par an ; mais aussi parce que, le plus souvent, les envois ne tiennent pas vraiment compte des spécificités de la maison.

Quels sont les plaisirs à être éditeur jeunesse ?
– Comme dans toutes les activités, on a les plaisirs qu’on sait y trouver. Pour notre part, nous avons le plaisir de mettre en œuvre des idées, des projets, celui de mobiliser des talents, de les accompagner, la satisfaction d’un accomplissement de qualité, de servir l’invention géniale du papier par une production qui mérite d’exister. Nous sommes heureux de notre indépendance et de notre liberté, des rencontres nombreuses et variées avec des publics divers… Et puis, comme éditeur jeunesse, nous travaillons en direction d’un lectorat plein des possibles qu’offre la vie lorsqu’elle est à venir.

Et quels sont les mauvais côtés ?
– Les difficultés sont nombreuses mais elles sont chaque fois l’occasion de relever un défi et d’avancer… Nous aimons notre travail et tout ce qui le constitue.

Le site des éditions HongFei Cultures : http://www.hongfei-cultures.com et leur page facebook : https://www.facebook.com/pages/%C3%A9ditions-HongFei-Cultures/282130295139702


Dis c’est quoi ton métier… Cécile Emeraud

– Comment définiriez-vous « éditeur jeunesse » ?
– Le Petit Robert dit de la jeunesse que c’est un « Ensemble de caractères propres à la jeunesse, mais qui peuvent se conserver jusque dans la vieillesse. Fraîcheur, verdeur, vigueur. »
Le travail d’éditeur est justement d’essayer de garder toute sa fraîcheur devant chaque manuscrit, chaque projet, qu’ils soient pour les petits ou pour les grands !
Plus précisément, une fois les manuscrits sélectionnés, mon rôle d’éditrice est d’accompagner le projet dans toutes ses étapes pour le faire devenir livre. C’est un travail de coordinateur car, à chaque étape – sa création avec auteurs et illustrateurs, sa mise en forme avec les graphistes, sa fabrication avec les responsables de production et les imprimeurs, sa promotion et sa diffusion avec les commerciaux – l’éditeur est l’interlocuteur et le pivot qui permet d’aller à l’étape suivante. C’est ce qui est passionnant dans le métier d’éditeur, c’est qu’il ne se résume pas à lire des manuscrits toute la journée, mais qu’il amène à être en lien avec tous les acteurs de la chaîne du livre – de l’auteur jusqu’au libraire – pour faire aboutir ce qui n’était qu’un projet.
On ne peut éditer un livre sans se poser la question de son lectorat – la spécificité « jeunesse » a donc bien sûr toute son importance… mais je ne la prends pas comme une contrainte car il n’est pas « un » enfant mais une multitude d’enfants, chacun avec des besoins, des envies, des expériences et des aspirations différentes. Si l’on fait confiance aux enfants et à leur intelligence, cela laisse une grande latitude ! Face à un manuscrit destiné à la « jeunesse », l’idée est moins de se poser les questions « à qui s’adresse-t-il ? » et « de quoi parle-t-il ? » mais « comment le fait-il » ?
Aux éditions du Rouergue, je m’occupe à présent des collections de romans pour les jeunes lecteurs (zig zag, dacodac et d’autres à venir…)

Comment êtes-vous devenue éditeur jeunesse ?
– D’abord en lisant beaucoup de livres pas forcément pour les enfants quand j’étais enfant. Puis beaucoup de livres pour enfants depuis que je ne suis plus enfant… et, accessoirement, en faisant des études de Lettres Modernes et un DESS d’édition !

Comment travaillez-vous ? (Avez-vous un bureau ou chez vous ?)
– Je travaille dans les bureaux des éditions du Rouergue à Paris, avec mes collègues et ceux des éditions Actes sud et Thierry Magnier. C’est un environnement très stimulant ! Mais je passe aussi du temps au téléphone ou par mail avec mes collègues qui travaillent en Arles, à Rodez et les auteurs et illustrateurs d’ici et d’ailleurs. Et bien sûr, sur les salons, en France ou à l’étranger…

Comment est faite la rémunération ? (salaire fixe ? pourcentages ? avances ?) Est-ce que vous avez un métier à côté ?
Pour ma part, je suis salariée, et n’ai pas d’autre activité que celle d’éditrice.

Comment sont répartis les bénéfices d’un livre entre l’auteur, l’illustrateur et l’éditeur ?
– Grosso modo, les auteurs et illustrateurs ont 6 à 10 % du prix du livre, le libraire environ 35 %, les diffuseur et distributeur 18 %, l’imprimeur 16 %, la TVA 7 % et le reste est pour l’éditeur…

Vous arrive-t-il de commander des projets ?
Très rarement ! Nous publions essentiellement les textes/projets qui nous arrivent spontanément. Dans le cas d’une nouvelle collection que nous lançons, il arrive que nous en parlions aux auteurs pour susciter des idées et des envies, mais sans jamais que la commande ne soit plus précise que cela. Les textes viennent ou ne viennent pas… mais très vite, en général, les collections sont repérées et les projets arrivent d’eux-mêmes.

Comment choisissez-vous ce que vous éditez ? Comment choisissez-vous les auteurs ? Les illustrateurs ? Arrive-t-il que des auteurs imposent/proposent un illustrateur ?
– Je regroupe ces questions, car nous choisissons avant tout des projets faits par des auteurs/illustrateurs, l’un n’allant pas sans l’autre. C’est une question à la fois cruciale et à laquelle il serait fastidieux de répondre précisément, puisqu’il s’agit là de définir notre politique éditoriale ! Bien sûr, nous n’avons pas de grille d’analyse précise avec les différents critères de sélection qui nous permettent de choisir ou de ne pas choisir les manuscrits. Quand nous découvrons un projet, nous nous laissons nécessairement guider par notre subjectivité… Mais nous avons aussi en tête des exigences assez précises en terme d’écriture et d’illustration. Nous ne sélectionnons jamais un projet en fonction du thème qui est traité mais en fonction de la façon dont il est traité : l’originalité du point de vue donné sur un thème, la qualité de l’écriture, du graphisme. Nous recherchons en particulier textes et images qui permettent au lecteur d’avoir des interprétations multiples du livre/du monde et dont le sens ne s’épuise pas à la première lecture…
Quant à la façon dont auteurs et illustrateurs travaillent ensemble, tous les cas sont possibles. Certains auteurs nous proposent de travailler avec un illustrateur de leur choix ; si cela nous semble cohérent avec le projet, alors pourquoi pas ?

Est-ce qu’il vous arrive de demander aux auteurs de changer un texte, aux illustrateurs de changer un dessin ?
– Je dirais que notre rôle d’éditeur est d’être le regard critique des auteurs et illustrateurs : nous les encourageons quand nous trouvons que c’est abouti et nous les poussons à travailler quand nous pensons qu’ils peuvent aller plus loin. Si c’est cela « changer », alors, oui, nous les faisons changer, mais toujours avec leur consentement !

Comment vous propose-t-on les textes ?
– Par La Poste. Par e-mail. Sur les salons… Au téléphone, à l’état d’idée ! Tout est possible !

Quels sont les plaisirs à être éditeur jeunesse ?
– Nombreux : les belles relations qui se nouent avec les auteurs, illustrateurs mais aussi avec les autres acteurs de la chaîne du livre. Les rencontres avec les lecteurs et leurs étonnantes lectures. La belle surprise quand on découvre un manuscrit tout neuf. Et la chance de ne jamais faire la même chose !

Et quels sont les mauvais côtés ?
– C’est addictif !

 Le site des éditions du Rouergue : http://www.lerouergue.com et leur page facebook : https://www.facebook.com/rouerguejeunesse

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Attention chefs-d’œuvres !

Par 16 janvier 2012 Livres Jeunesse

Connaissez-vous Samuel Ribeyron ? Personnellement c’est ma compagne qui m’a fait connaître ce touche à tout de génie. Elle l’a découvert via la chanteuse Amélie-les-crayons (il a fait ses pochettes notamment). Dès la première fois que j’ai vu ses illustrations je suis tombé sous le charme. Je pense vous parler régulièrement de lui mais je vais commencer par trois livres édités chez un de nos éditeurs fétiches à La mare aux mots : HongFei.

Il était une fois un pays où tout le monde vivait heureux, en harmonie. Les gens s’aimaient et tout se passait bien. Mais un jour la cupidité a gangréné ce peuple, on entendît dire que les petites pierres qui brillaient dans le sol valaient très cher, alors les gens se mirent à marcher en regardant le sol, constamment baissés. Ceci pendant des générations si bien que les hommes naissaient maintenant le menton collé à la poitrine. On ne faisait plus attention aux autres, aux étoiles, au sommet des montagnes,… Mais un jour un homme (que l’on nomma Yllavu) tomba dans un trou et sa position fit qu’il vît le ciel, le soleil et la lune…

Ce conte écrit par un moine bouddhiste d’après un rêve est tout simplement une pure merveille. L’histoire est à tomber par terre de poésie et de beauté. C’est « moral » mais pas avec le genre de moralité bête et manichéenne comme on peut voir souvent, ici on est amené à réfléchir sur tellement de choses… Les enfants vont aimer l’histoire au premier degré, les adultes y trouveront matière à réflexion. C’est typiquement le genre de livre qu’on finit par piquer à ses enfants… Par certains côtés ça m’a rappelé Le conte chaud et doux des chaudoudoux (un de mes livres cultes). Un chef d’œuvre !

Pi, Po et Pierrot sont trois frères. Ils ont une pierre sur le dos, et ne savent pas pourquoi, tout le monde en a une. Un jour, alors qu’ils doivent traverser une rivière pour chercher une plante qui sauvera la princesse, leur pierre va devenir un handicap. Mais a-t-on le droit de poser sa pierre ? Et que se passera-t-il si on le fait ?

Ici c’est un texte de Chun-Liang YEH, auteur fétiche de HongFei et qu’on aime beaucoup à La mare aux mots. Comme d’habitude c’est parfait ! Poétique et extrêmement bien écrit. Là encore on est dans les métaphores, les enfants ici aussi y verront une histoire simple mais les parents réfléchiront aux sens que peut avoir cette pierre que l’on traine. C’est un album magnifique (oui je sais comme d’habitude !)

Ayumi aime tous les fruits, ça la rend heureuse. Théo aussi aime les fruits mais il aime surtout Ayumi alors il lui en apporte tous les dimanches. Mais un jour la banane qu’Ayumi a sur le visage quand elle sourit a disparu, elle ressemble de plus en plus à un kiwi, plus rien n’est sucré sans sa vie. Théo décide de parcourir le monde pour trouver toutes sortes de fruits afin de lui rendre son sourire.

Ici tout est signé Samuel Ribeyron, texte et images, et c’est encore un très bel album. Il s’adresse peut-être à un public plus jeune que les deux premiers, il est plus premier degré mais c’est encore un livre d’une extrême poésie. Une belle histoire d’amour… et de fruits !

Ces trois albums sont vraiment des merveilles, je le répète. Je les ai lu avec des étoiles dans les yeux, le genre d’album qu’on lit avec des yeux d’enfants. Les éditions HongFei font vraiment des livres superbes (comment ça je vous l’ai déjà dit ?) et on ne peut que tomber sous le charme. Vous êtes plusieurs à m’avoir dit avoir découvert cette maison d’édition sur ce blog et j’en suis heureux, là encore vous ne serez pas déçus. Samuel Ribeyron a un talent absolument dingue. Entre ces trois albums on voit l’évolution de ses dessins (le premier date de 2007 et le dernier de 2010), les têtes de plus en plus carrées notamment. Je vous invite à découvrir cet illustrateur de toute urgence… mais je vous reparle bientôt de lui !

Son site : http://www.samuelribeyron.com

Yllavu de Gambhiro Bhikkhu, illustré par Samuel Ribeyron. 13,20€
Pi, Po, Pierrot de Chun-Liang YEH, illustré par Samuel Ribeyron. 14€
Salade de fruit de Samuel Ribeyron. 12€50

Tous chez HongFei
Public : A leur lire / Lecteurs débutants (et résolument les adultes)

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A part ça ?

Et si on mettait un peu de couleur et d’enfance dans les rues ? http://www.dispatchwork.info

Gabriel

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